Politiques de l’utopie : entre représentations et reconfigurations

Hors série, actes de la journée d’études de l’AECSEL 2025

Le rapport entre utopie et potentialité politique peut sembler à premier abord paradoxal. En effet, dans l’œuvre de Jacques Rancière, et plus particulièrement dans son ouvrage Le partage du sensible (2000) et son article « Sens et usages de l’utopie » (1997), une acception particulière de l’utopie est formulée, qui se veut aux antipodes du politique selon lui. Pour le philosophe : 

[Le projet utopique veut] supprimer le tort comme principe constitutif conflictuel de la communauté politique. Il propose un ordre où les corps soient à leur vraie place, selon leurs capacités vraies et liés par leurs vrais liens […]. Cet ordre suppose […] toute une refiguration des rapports entre le visible et le dicible, un ordre où la vanité du langage cède à la présentation sensible, dans les corps et dans les liens qui les unissent, du sens de la communauté. (Rancière 1997, 53)

Autrement dit, « le “non-lieu” utopique est en fait le sur-lieu d’une hyper-écriture » (Rancière 1997, 44) où serait « supprimée cette contestation sur les rapports des mots aux choses qui fait le cœur de la politique » (Rancière 2000, 641À ce titre, il peut sembler paradoxal que « les critiques les plus acerbes à l’égard de Rancière ne manquent pas de signaler qu’un […] projet de refondation de la démocratie basé sur le “dissensus” plutôt que le consensus, est du ressort de l’utopie » (Deschamps 2016, 20). Cette tension entre allégations sur la dimension utopique de la pensée de Rancière et le rejet que ce dernier entretient à l’égard de tout « projet utopique », car opposé à toute politique de l’émancipation, repose également sur deux acceptions différentes du terme d’« utopie » : pour les critiques, l’utopie de la pensée ranciérienne renvoie au fait qu’elle se fonde sur un dynamisme comme moteur d’émancipation (le tort, le dissensus), tandis que, selon le philosophe, la poétique de l’utopie tend à justement éliminer ce même principe dynamique pour fixer un ordre sensible supposé parfait.). Deux problèmes sous-tendent cette acception bien spécifique de l’utopie. D’un côté, par cette définition, Rancière fixe l’utopie dans ces itérations premières et dans un courant de pensée particulier : il s’appuie donc, pour dégager les « sens et les usages de l’utopie » sur La République de Platon et le saint-simonisme – idéologie se développant au XIXᵉ siècle et visant à établir une nouvelle société fondée sur l’industrie, le progrès, la fraternité. En ce sens, le philosophe déshistoricise cette notion, lui fixant diachroniquement un sens commun – de Platon à aujourd’hui et du discours à ses incarnations. D’un autre côté, Rancière fait ici un amalgame entre utopie (sens général) et utopisme (sens particulier), c’est-à-dire un discours relevant d’une activité mentale, d’une création théorique (Braga 2018), le second (l’utopisme) subsumant le premier (l’utopie). Lorsque ce dernier évoque l’utopie, il convoque alors la figure de l’utopiste, de ces programmes : la translation directe des mots aux actes, de la fiction au réel qu’il reproche à l’utopiste est en quelque sorte reconduite par sa propre définition. Pour Rancière, dès lors, toute utopie est d’abord et avant tout une création théorique, un projet. De fait, quand il évoque dans son œuvre l’utopie, ce dernier fait constamment référence par synonymie, comme évoqué précédemment, aux expérimentations ressortant des utopismes socialistes du XIXᵉ siècle (le saint-simonisme, par exemple) ou aux discours platoniciens de l’utopie. Rancière occulte par ce geste définitoire tout un pan de l’utopie en tant que notion philosophique qui a été sujette à des développements divers – notamment dès les années 1950 avec Ernst Bloch qui permet de la penser sur la base d’un principe dynamique et processuel en tension, car toujours inachevé (le « non-encore-être [noch-nicht-sein] » (Bloch 1976) –, mais aussi en tant que genre littéraire se déclinant en plusieurs tendances ayant procédé à des mutations des figurations de l’utopie (du lieu bon). C’est ce décalage de l’utopie et de ses liens entre esthétique et politique sur le terrain de la littérature que nous proposons d’opérer ici. En déplaçant la question du sens et de l’usage de l’utopie du côté de la littérature, une tension apparait dans le système de pensée ranciérien. Plus précisément, l’utopie littéraire serait, à la suite de la pensée du philosophe, le lieu d’une tension : si, d’un côté, l’utopie entraîne une « hyper-écriture » saturant la communauté, la littérature, de l’autre côté, est vectrice d’une forme de dissensualité « consist[ant] à créer des formes d’individualité nouvelles qui défont les correspondances établies entre états de corps et significations » (Rancière 2007, 52).

De manière générale, l’utopie est un genre relevant d’un « méta-genre littéraire », celui des « littératures conjecturales » : « [l]a caractéristique principale de ce méta-genre est de réunir l’ensemble des récits forgés autour d’une conjecture (romanesque), c’est-à-dire l’extrapolation rationnelle d’un état mondain (réel) vers un autre état mondain (fictionnel, celui-ci) » (Atallah 2011). Plus spécifiquement, l’utopie littéraire peut être appréhendée comme « la matérialisation d’un principe d’appréciation négative et d’un principe amélioratif de la conjoncture présente dans un espace-temps autre » (Duret 2019, 71). Alliant critique et développement d’espaces-temps heuristiques, l’utopie, en tant que genre, constitue « une mise en perspective de ce qu’est une norme et de ce qu’est une déviation » (Carabédian 2022, 47). L’examen de la pensée utopique est donc un objet d’étude pertinent pour son apport à la pensée politique.

De ce fait, on peut se demander : de quelle manière l’utopie littéraire contemporaine peut-elle relever, à la suite de la pensée ranciérienne notamment, d’une politique? Notre intention première est d’explorer la littérature utopique sous un angle peu exploré tant dans le champ des études utopologiques que des théories de la science-fiction : celle d’une analyse des politiques des œuvres ne se limitant pas à leur seul cadre représentationnel, mais qui engagent plus largement un dispositif poétique et des modalités de lecture des récits. Avec et contre la pensée de Rancière, notre hypothèse est que l’utopie littéraire contemporaine s’avère doublement politique : d’abord, sur le plan des récits, par l’entremise d’une représentation du politique (au sens ranciérien du terme) que nous étudierons à travers la mutation poétique des utopies par rapport à leurs itérations traditionnelles (l’Utopie de Thomas More en étant l’exemple paradigmatique). Ensuite, en analysant leur dispositif narratif, nous explorons la manière dont ses œuvres sont également politiques par les reconfigurations cognitives issues des spécificités de la lecture science-fictionnelle qu’elles induisent, permettant une expérience du « malentendu ». Pour faire cette étude, nous nous appuierons sur les romans Les Furtifs d’Alain Damasio (2019) et Visite de Li-Cam2Toutes les références se rapportant au roman et au recueil de nouvelles composant le corpus seront désormais présentées dans le corps du texte, entre parenthèses, et désignées par les sigles LF et V respectivement, suivi du folio. Toutes les italiques présentes dans les citations des œuvres sont issues des textes. (2023), tous deux publiés aux éditions La Volte. Ces derniers ont été choisis, car ils sont paradigmatiques d’un développement original de la production utopique francophone contemporaine. En effet, nombre d’auteur·ices développent à partir des années 2010 des fictions utopiques conjuguant critique du capitalisme et déploiement d’imaginaires futurs à travers des espaces-temps des « communs ». Ces « utopies des communs » (Kabo 2020) représentent des mondes situés dans le capitalisme mondialisé, ou extrapolant la conjoncture liée à ce dernier. À travers leurs œuvres, iels explorent le dépassement de cet espace-temps par l’instauration, notamment à travers des pratiques militantes, de « spatialités utopiques pleinement réalisées au sein de la diégèse3« [Commons utopias] are distinguished from dialectical utopias by representing fully realised utopian spatialities brought to life through radical political activity. » (Je traduis) » (Kabo 2020, 18). Plus spécifiquement, les communs se définissent à partir de trois éléments qui les composent : « un groupement de ressources matérielles ou immatérielles (les biens communs); une communauté […] disposée à fournir un travail matériel ou immatériel; et le processus critique appelé communalisation, qui lie les biens communs à la communauté et vice-versa4« a pool or pools of material or immaterial resources (the commonwealth); a community of commoners willing to provide material or immaterial labour; and the critical process called commoning, which ties the commonwealth to the community and vice versa. » (Je traduis) » (Kabo 2020, 66. L’auteur souligne). Nous verrons, en parallèle, que le déploiement des potentialités politiques de ces utopies est corollaire, à l’intérieur des fictions, d’un élargissement des notions de bien commun et de communauté, ainsi que d’une intensification des processus de communalisation. Les romans de Damasio et de Li-Cam nous serviront d’exemples d’applications; nous ne visons donc pas ici à une analyse profonde et exhaustive de chacune des œuvres.

1. Représentation du politique : tort et dissensus

Tout d’abord, les utopies contemporaines mettent en lumière une représentation du politique au sens cher à Rancière, c’est-à-dire d’une expression d’un « tort » dans l’organisation de la société. Dans La Mésentente, le penseur définit le tort comme la confrontation entre « deux logiques hétérogènes de la communauté » (Rancière 1995, 63), soit la répartition ainsi que l’exclusion liées à la distribution des parts fondant la société et le principe d’égalité, dévoilant un constat : « l’impossibilité […] de l’arkhè » (33. L’auteur souligne), d’un ordre stable. Moteur de dynamisme, le tort est par conséquent une figure pratique de l’égalité perpétuelle.

1.1. Utopie et démocratie

Avant tout, ce type de représentation émerge notamment grâce aux affinités qu’entretient l’utopie moderne avec la science-fiction, genre avec laquelle elle s’hybride dès les années 1960 (Braga 2018). D’une part, c’est à travers la figuration d’une irruption d’un démos, d’un peuple ou d’une entité perturbant l’espace-temps de la diégèse et l’ordre fictionnel établi – qui est le plus souvent un miroir déformant ou une « extrapolation » de la conjoncture liée au contexte de production de l’œuvre (2018) – qu’une représentation du politique est permise par la littérature utopique contemporaine. Plus largement, l’excès mis en scène dans le récit tord (à l’instar d’une torsion) le « partage du sensible » sur lequel repose la société diégétique en tant que système ordonnant les « évidences sensibles », donnant accès à un commun à une communauté, mais aussi, dans un même mouvement, de partitionner ce commun (Rancière 2000, 12).

Les Furtifs, publié en 2019, prend place en 2040, dans une France où de nombreuses villes ont été privatisées et dans lesquelles de nombreuses technologies assurent un traçage constant des habitant·es afin d’assurer leur confort ainsi que leur sécurité. À ce titre, des forfaits citoyens ont été mis en place dans ces villes dites « expropriées », déterminant les secteurs urbains auxquels les individus ont accès : « un forfait privilège pour les citoyens aisés et leur famille, un forfait premium pour les classes moyennes et un forfait standard pour les plus démunis. Et à ceux qui ne pouvaient pas payer le forfait standard, ils ont proposé de partir » (LF, 43). La nomination de ces forfaits « citoyens » partageant les villes, formés d’adjectifs (« standard », « premium ») ou de noms employés de manière adjectivale (« privilège »), révèle déjà que cette distribution spatiale se conjugue intrinsèquement à des exclusions, fixant les (in)compétences – ici celles liées à l’accès à la ville – des individus sur la scène commune, puisque ces mêmes noms sont fondés sur des distinctions économiques éliminant toute égalité. L’appellation même de « citoyen », renvoyant tout autant aux droits civils communs qu’à une organisation démocratique de la Cité, entre en ce sens en tension avec la notion de « forfaits » qui l’enveloppe, particularisant cette même appellation en la rapprochant du lexique marchand. Ce dispositif, tout en prolongeant le mouvement des enclosures5Voir à ce propos Harvey, David. 2004. « Le “Nouvel Impérialisme” : accumulation par expropriation ». Actuel Marx 35, n° 1 : 71-90. caractérisant la néolibéralisation des villes contemporaines, a pour fonction de réguler l’accès ainsi que la circulation des individus dans l’espace public. Cette partition du sensible et de la société qui se voit littéralisée en milieu urbain rejoint en quelque sorte les conclusions de Rancière à propos du projet utopique ayant pour fonction de saturer le compte de la société par les multiples ramifications et frontières qu’il bâtit dans l’objectif d’englober l’ensemble de la communauté. Toutefois, cette prétention à l’exhaustivité (ou la « saturation ») se voit connotée négativement dans la fiction utopique (relevant alors d’une dystopie, c’est-à-dire d’un « mauvais lieu » et non d’un « bon lieu »). Dans ces villes où de nombreuses technologies sont mises en place pour opérer un traçage constant des habitant·es, les « furtifs » qui donnent le titre au roman échappent à la « société de traces » : ces entités nouvellement découvertes, faites de « chair et de sons », ont fait de « [l]’angle mort […] leur lieu de vie » (LF, 13). L’antithèse (l’espace considéré comme non-lieu, « mort », se trouve être l’espace qu’ils investissent, leur lieu de « vie ») singularisant leur manière d’habiter la ville et d’occuper l’espace fait des furtifs l’incarnation des sans-parts et des incompté·es de l’œuvre de Rancière, des êtres que le partage exclut de manière intrinsèque. Leur état « métastable […] saturé en possibilités » (LF, 396) ainsi que leur capacité à métaboliser l’environnement – ce qui en fait des êtres en constante métamorphose – remettent en cause la communauté établie et inspirent de nombreux collectifs militants, d’individus sans forfait citoyens, de migrants, de clandestins et plus largement de l’ensemble des individus que ce partage exclut de la même manière : iels tentent tout au long du récit de se réapproprier la ville en perturbant par leurs actions l’ordre policier.

Cette problématisation du partage se traduit par un détournement de l’esthétique de la ville. Le protagoniste Lorca décrit le projet des membres de ces mouvances en ce sens :

Pour eux, un toit n’est pas la couverture d’un bâtiment qu’il sert à étanchéiser et point barre : c’est un îlot de possibles au-dessus d’une mer gris muraille. C’est un sol neuf pour construire une autre ville, non par-dessus mais par-devers elle, afin que d’autres circulations, obliques à nos avenues, s’esquissent. (LF, 383)

Signifiant central pour la tradition utopique, l’« îlot » que représente dans ce passage « un toit » ne renvoie nullement à une conception uniforme du bon lieu, mais est bien davantage un moteur de dynamisme des pratiques spatiales. Le recours au champ lexical de l’alternative pour dénoter l’appréhension de l’espace porté par les activistes (« possibles », « autre », « obliques ») met en lumière que les membres constitutifs de ce démos, en affinité avec les furtifs, font entrer en métamorphose la ville – devenue un bien commun – et l’ordonnancement social. Un autre exemple de ces opérations de réappropriation de la ville prend forme à travers le collectif d’activistes nommé « l’Inter », qui investit pour sa part les interstices urbains :

L’Inter, c’est […] la ville intersticiée dans la ville, un état d’esprit, vouloir habiter les espaces glissants, brumeux, nerveux ou piquants d’une urbanité qui les conjure, accrocher aux façades des maisons sac à dos, suspendre aux ponts des cahutes autonomes, monter des quartiers flottants sur le fleuve avec des palettes et loger des vieilles rames de tram entre deux immeubles pour en faire des cantines. Squatter aussi là où le business délaisse des milliers de mètres carrés de bureaux vides. (LF, 383)

Par leurs actes, les militant·es font ainsi advenir des espaces utopiques à l’intérieur de la société dystopique en opérant un brouillage entre lieu public et lieu privé, ou encore entre lieu fonctionnel et lieu de vie. De plus, ces mêmes activistes font de l’utopie le produit d’un jeu, au double sens du terme : caractère ludique (certain·es pratiquent à ce titre le parkour pour rejoindre les différents bons lieux) et mouvement aisé (démontrant les possibilités de renégocier la distribution en place par l’exercice de l’agentivité des habitant·es). Autrement dit, ce dernier sens du jeu renvoie à une « nouvelle figure de l’utopie qui fait de la séparation, de la non-coïncidence de l’état de séparation son séjour, tenant ainsi à l’écart le mythe de la communauté fusionnelle » (Abensour 1997, 32). En somme, la manière de « démocratiser l’utopie » ou d’« utopianiser » (30) la démocratie est de la figurer « comme non-résolue, comme interminable, non-susceptible de recevoir une solution, […] soit qu’elle fasse de la problématicité son élément » (32). Cette problématisation résulte, si on revient à l’acception ranciérienne du politique, à la confrontation entre « deux processus hétérogènes » (Rancière 1995, 53) de la Cité : une logique distribuant des parts exclusives – les forfaits citoyens ainsi que le traçage – et une autre revendiquant l’égalité, et plus particulièrement l’égalité dans l’accès à la ville, l’égalité dans les différentes potentialités du sensible – l’action des furtifs et des militant·es incompté·es faisant surgir les multiples possibles de l’environnement.

Autrement dit, l’œuvre de science-fiction introduit un démos – ici les furtifs et à leur suite les citoyens marginalisés – s’attribuant « comme part propre l’égalité qui appartient à tous les citoyens. […] [C]ette partie qui n’en est pas une identifie sa propriété impropre au principe exclusif de la communauté et identifie son nom – le nom de la masse indistincte des [vivants] sans qualité – au nom même de la communauté » (27). L’hybridation qui s’opère entre les furtifs et les militant·es au fil du roman (lesquel·les découvrent de nouvelles capacités et des facultés de perception accrues) va dans le sens de cette analogie entre incursion d’une nouvelle entité (redéfinissant la communauté) et redistribution du partage du sensible ainsi que de la ville. Les furtifs, en tant qu’agent initiant le processus de brouillage de la hiérarchie établie, dévoilent que c’est ce que le théoricien Darko Suvin nomme le « novum » qui plus largement permet à l’utopie d’être le lieu d’un sursaut démocratique. De fait, le novum est la « spécificité générique » (Suvin 1977, 11) de la science-fiction et renvoie à « une nouveauté, […] une innovation […] de nature fictionnelle, validé[e] par la logique cognitive » (Suvin, dans Huz 2022. L’auteure souligne). Dans les récits,

[les déclencheurs science-fictionnels] engagent bien plus que des séries d’objets et peuvent aller jusqu’à des aspects très globaux de l’univers. […] Les déclencheurs d’estrangement sont en effet beaucoup plus larges que des [mots-fictions] […] localisés; ils peuvent toucher le récit entier et engager toute une Weltanschauung “étrangère”. (Langlet 2006, 26. L’auteure souligne)

L’incursion du novum dans le champ d’appréhension de la société correspond par conséquent à celle opérée par les furtifs dans l’ordre qui les exclut en problématisant cette partition du commun.

Toutefois, ce « détache[ment] de l’ordre policier » opéré par les furtifs ainsi que les militant·es, et dans un cadre plus large par le novum science-fictionnel, ne « réinscrit [pas] aussitôt sa reconfiguration polémique dans un bon lieu qui, lui, supprime la politique » (Fjelds 2016, 160) comme l’avance Rancière. En ce sens, l’incursion du démos en territoire utopique doit se doubler d’un principe dynamique relevant du tort ranciérien, c’est-à-dire de faire entrer le devenir dans l’organisation du (ou des) bon(s)-lieu(x), pour être une figuration pleinement « politique ».

1.2. De l’île à l’archipel

D’autre part, le bon lieu s’incarne dès lors de diverses manières afin de déjouer l’élimination du politique qui serait le corollaire à sa territorialisation. Ceci s’effectue sur deux plans : l’espace et l’habiter (la manière d’être aux lieux). Les activistes du roman de Damasio, en entrant en affinité avec les furtifs, mais aussi avec le vivant non humain, investissent dans le dernier tiers du roman un espace particulier afin de faire advenir une utopie : un archipel à Porquerolles, forme spatiale de la relationnalité « [d]épassant la traditionnelle opposition entre îles et continents » (Noudelmann et al. 2020, 7). Par conséquent, la localisation du territoire utopique déjoue les limites propres aux utopies classiques – des « lieux clos, fermés sur eux-mêmes et séparés de l’extérieur par des barrières naturelles ou artificielles » (Atallah 2011) –, puisque l’archipel est un espace fondamentalement décentré, permettant l’inscription d’une multiplicité ouverte à des réagencements, autrement dit un lieu aux frontières brouillées, mouvantes.

Porquerolles est une île dite « privilège » (accessible normalement aux citoyen·nes détenant ce forfait) au sud de la France, qui est occupée puis reprise par l’ensemble des mouvements activistes, et étant le départ d’un archipel avec les « petits îlots autour » de la presqu’île de Giens (LF, 531). De fait, Porquerolles rend compossible une « polyphonie des pratiques » (LF, 686) en formant une spatialité du « dissensus », soit un espace au sein duquel « toute situation est susceptible d’être fendue en son intérieur; reconfigurée sous un autre régime de perception et de signification », où l’on peut « remet[tre] en jeu en même temps l’évidence de ce qui est perçu, pensable et faisable et le partage de ceux qui sont capables de percevoir, penser et modifier les coordonnées du monde commun » (Rancière 2008, 55). Autrement dit, Porquerolles rassemble des activistes ayant « un seul point commun : penser que ce système est le mal. Sans avoir la moindre idée, le plus souvent, de ce qui pourrait être “le bien” – ou tout au moins “le mieux” » (LF, 510). Par conséquent, l’archipel, en instaurant une « gouvernance partagée, […] quitte à utiliser l’espace pour que chaque pôle dispose de son champ d’expression » (LF, 510), assure une immanence du processus critique de toute distribution du sensible, car elle devient le jeu de reconfigurations perpétuelles pouvant être initiées par n’importe quel individu. Du fait de son ouverture ainsi que de ses frontières brouillées et mouvantes, l’archipel, couplé à son organisation dissensuelle, rend impossible toute « saturation » du projet utopique, cette dernière reposant sur la clôture du territoire et la cohérence de ses éléments. L’institution de l’utopie et de territoires utopiques se veut donc être une « praxis instituante » (Dardot et Laval 2015, 581) : ce sont des pratiques de communalisation (de l’espace et de la distribution du sensible) qui permettent de faire advenir des bons lieux. La découverte des furtifs – et de leur état toujours changeant (LF, 396) – n’est pas sans lien avec cette mise en avant d’un principe de variation continue comme refus de tout consensus, comme « impossibilité […] de l’arkhè » (Rancière 1995, 33). Sur le plan de la narration, le recours à la polyphonie – ici les six narrateurs et narratrices restituant leur appréhension et leur perception située de l’utopie –, mettant à mal toute représentation uniforme et stable des utopies, correspond de manière inverse à l’unique voix narrative (celle du voyageur, le plus souvent) des récits utopiques traditionnels qui correspond à l’ordonnancement consensuel de la société décrite.

2. Science-fiction utopique et malentendu littéraire

Ensuite, l’utopie contemporaine, en s’hybridant avec la science-fiction, est l’objet de reconfigurations formelles sur le plan de sa mise en récit et de sa lecture, tendant toutes les deux à une introduction du « malentendu littéraire », soit d’une perturbation des liens entre mots et choses, corps et significations : ce malentendu, pour Rancière, « travaille le rapport et le compte […] en suspendant les formes d’individualité par lesquelles la logique consensuelle noue les corps aux significations. […] [Il] cré[e] des formes d’individualité nouvelles qui défont les correspondances établies entre états de corps et significations » (Rancière 2007, 52).

Dans le roman Visite de Li-Cam, on suit une société après un « Grand Déclin » caractérisé par des écocides ainsi que des crises sociales, et dans laquelle la communauté humaine a réussi à éviter la catastrophe grâce à un changement drastique de mode de vie signant l’entrée dans l’« Écoume », organisation politique respectueuse de l’entièreté du vivant et de la Terre en vue de leur guérison. Quelques années plus tard, on suit plus particulièrement le quotidien de plusieurs individus et leur manière d’expérimenter une perte de repère à la suite de l’irruption inexplicable dans le système solaire d’une nouvelle planète, Sitive. Ce changement de paradigme expérimenté par les protagonistes se voit redoublé tout au long de l’œuvre du côté des lecteur·ices par l’utilisation dans la narration d’un langage neutre déhiérarchisant et dénormalisant les genres, tournant linguistique opéré également à l’intérieur de la diégèse.

2.1. Le novum utopique : entre étrangisation (estrangement) et familiarisation

D’un côté, le malentendu littéraire, au contraire du projet de l’utopiste qui, selon Rancière, vise à annihiler « l’écart scripturaire des mots et des choses » (Rancière 1997, 57), s’opère à travers le novum utopique qui, comme écart avec le partage du sensible du monde contemporain, oscille entre des procédés d’« étrangisation » (ou d’estrangement) et de « familiarisation ». L’étrangisation est d’abord double : elle est d’un côté diégétique avec l’apparition de la planète Sitive. Plus précisément, selon Aurélie Huz, à la suite de Simon Spiegel, « [l]e premier niveau [d’étrangisation], fictionnel, concerne l’estrangement diégétique, régi par le novum, qui conduit à la construction d’un monde imaginaire perçu comme différent du monde de référence » (2022), phénomène renvoyant à la « collision […] entre deux systèmes de réalité » (Spiegel 2021). Cette « collision » survient dès l’incipit de Visite avec l’apparition de la planète Sitive dans le système solaire. L’événement est rapporté par l’un des personnages, opérant un lien entre ce phénomène et le système de référence des individus : « [l’irruption de la planète] a bousculé raide tous nos repères, tout ce que nous pensions savoir […]. Elle a fait lae moche démonstration que tout est possible, qu’on ne peut plus compter sur rien » (V, 144). L’accumulation d’expressions formées du déterminant indéfini « tout » au singulier et au pluriel (« tous ») – « tous nos repères », « tout ce que nous pensions » et « tout est possible » – renvoient à cette même rencontre entre deux paradigmes contraires : la première et la deuxième désignent les significations établies et évidentes (dans lesquelles se projettent ou s’identifient les lecteur·ices), tandis que la dernière marque le surgissement de l’égalité entre « réalité » et « possible », croisant les aspirations du projet conduit par Haud Guéguen et Laurent Jeanpierre à travers leur ouvrage La perspective du possible. Comment penser ce qui peut nous arriver, et ce que nous pouvons faire (2022). De fait, par cette intrication, le malentendu littéraire permet au sein du récit utopique de 

[d]essiner un nouveau « sens du possible », adapté aux conditions présentes, relié plutôt qu’opposé au « sens du réel » […]; apprendre ou réapprendre pourtant à regarder la réalité du point de vue de ses possibilités, mais d’une tout autre manière […]; et, depuis ce fragile promontoire, rebâtir une orientation critique de la société puis nourrir l’action transformatrice […]. (Guéguen et Jeanpierre 2022, 281)

L’étrangeté fictionnelle du novum a également « pour corrélat une étrangeté formelle explicite, qui touche respectivement le lexique et la syntaxe, soit les deux paramètres de base de la sémiotique linguistique » (Huz 2022) dans lequel le récit-cadre est formulé. À l’instar de l’estrangement diégétique provoqué par Sitive, le langage par lequel le récit est formalisé altérise le système linguistique. L’ouverture du roman est à ce titre révélateur : « Des gentes, de soi-disant expertes, prenaient lae parole, sans trop savoir de quoi yel retournait. Des propos bancalens comme des portes qui se dégondent. Yel était question d’une planète apparue soudainement dans lae système solaire » (V, 13). La perte de repère est donc également (voire d’abord) textuelle du côté des lecteur·ices. Par les reconfigurations déhiérarchisantes qu’induit ce langage, la déconstruction des formes d’individualités (et de communauté) est performée lexicalement et syntaxiquement. C’est ce dont témoigne l’une des instances narratives de l’œuvre : « on a modifié lae langage pour s’assurer que les vieils réflexes de domination des humaines et de destruction des écos ne reviennent pas » (V, 119). L’ensemble de ces processus (brouillage des repères, redistribution du sensible et dévirilisation de la langue) mis en récit dans le roman de Li-Cam a pour finalité de « créer des formes d’individualité nouvelles » (Rancière 2007, 52) : « Nous étions des hommes fiers de notre puissance, méprisant la fragilité, la vulnérabilité; il nous a fallu des millénaires pour devenir enfin humaines » (V, 61). Ici, la transition du terme « hommes » à « humaines » signale l’opération (effectuée par les habitant·es de l’Écoume) de suspension et de reconfiguration du rapport entre corps et significations qui y étaient accolées – l’ordre policier liant auparavant les individus à des « hommes » pour justifier la hiérarchie et la partition de la société.

D’un autre côté, la mise en récit du novum utopique se caractérise par des procédés de familiarisation. Ces derniers prennent la forme de mentions des crises multiples et interconnectées caractérisant le début du XXIᵉ siècle, évènements matriciels dans le déploiement des utopies des communs (Kabo 2020) – les « crises écologiques, climatiques, économiques, financièrens et sanitaires, et les guerres » (V, 31). Plus précisément, le roman se compose entre autres de certains passages se singularisant textuellement par l’utilisation systématique de l’italique. Au sein de ceux-ci, une instance narrative se réfère au contexte contemporain des lecteur·ices pour rapporter le passage entre l’ordre établi et l’utopie (voir Figure 1). En ce sens, on apprend que « [t]out a commencé dans les années 20 » (V, 222) et que « [c]’est durant le covid que la notion de monde d’après a vu le jour » (V, 306). De surcroît, la familiarisation du novum se traduit dans ces mêmes passages par l’évocation de personnages référentiels comme « Greta [Thunberg] » (V, 185). L’ensemble de ces opérations tracent un lien entre le partage du sensible des contemporain·es au contexte de publication de l’œuvre et celui étrangisé de la diégèse. L’écart entre le monde contemporain et l’utopie (et par conséquent entre les mots et les choses) demeure donc ambigu : les mots-fictions qui traduisent le novum (« Sitive », « l’Écoume », et ceux dénotant plus largement la société utopique dévirilisée) ne réfèrent pas à un monde sensible connu du lectorat, mais à un « paradigme absent » (Angenot 1978), un excès que la fiction met en scène; les éléments de la diégèse relevant du monde de référence – les crises contemporaines –, par familiarisation, sont quant à eux détachés de leur signification actuelle pour les inclure dans une chaîne des événements menant à un bon lieu.

2.2. La lecture science-fictionnelle

D’un autre côté, c’est à travers des dispositifs pseudo-réalistes que la poétique de l’utopie se reconfigure, redoublant et intensifiant les changements cognitifs propres à la lecture de la science-fiction moderne qui se développe à partir des années 1970. Dans son ouvrage L’empire du pseudo. Modernités de la science-fiction (1999), Richard Saint-Gelais conceptualise cette notion de « pseudo-réalisme », 

non pas parce que les textes de science-fiction font référence à des entités fictives – en cela, […] ils ne se distinguent pas des autres romans –, mais bien parce que le traitement « réaliste » y affecte des encyclopédies imaginaires, et non un cadre de référence dont le lecteur disposerait avant d’aborder le texte et indépendamment de celui-ci. (Saint-Gelais 1999, 168. L’auteur souligne)

Au sein des œuvres, ce traitement réaliste des encyclopédies se traduit par une dissolution de ses fragments et non à travers l’explication didactique des particularités du monde fictif. Dans Visite par exemple, le récit se compose des narrations de chacun des protagonistes, mais aussi d’un éparpillement, entre ces parties, d’artefacts xéno-encyclopédiques, soit d’extraits de pseudo-documents émanant de l’univers utopique. En premier lieu, des entrées d’un abécédaire assorti de définitions apparaissent sporadiquement au fil de l’œuvre (voir Figure 2). Les termes de cet abécédaire présentent des définitions qui se voient reconfigurées – « h : horizon : l’humilité ouvre sur lae large » (V, 42) –, brouillant l’adéquation entre mots et choses, signifiants et signifiés, renvoyant au « malentendu » ranciérien. Dans le cas du mot « horizon », ce dernier ne dénote ici nullement une étendue topographique, mais connote une appréhension du monde (l’humilité comme ouverture à l’altérité, au vaste monde d’un point de vue décentré). En second lieu, une dissémination dans le récit de pseudo-documents émanant de l’univers diégétique prend place à travers la présence d’articles et de parties de la « Déclaration Universelle des Droits Humains et du Vivant » (voir Figure 3), texte fondant le nouveau partage du sensible fictionnel. L’écart entre l’utopie et le monde de référence se voit dès lors entretenu par des documents juridiques issus de la fiction. 

Le pseudo-réalisme de l’œuvre n’est de surcroît pas sans impact sur la lecture. Selon Saint-Gelais,

Lire de la science-fiction, […] [c’est] progresser à travers un texte qui postule une encyclopédie différant plus ou moins considérablement de celle du lecteur, une xénoencyclopédie. Celle-ci […] n’est jamais donnée entièrement; ce n’est jamais qu’un simulacre d’encyclopédie qui se déploie autour du texte, un simulacre que le lecteur n’a d’autre choix que d’adopter – et avant cela de reconstruire – s’il veut se frayer un chemin à travers le texte et l’histoire, les énoncés et les articulations narratives. (Saint-Gelais 1999, 212)

À la suite de Saint-Gelais, nous avançons que lire de la science-fiction utopique, c’est se confronter aux encyclopédies imaginaires et possibles, toujours partielles et induisant au fur et à mesure de leur déploiement des reconfigurations cognitives redistribuant le partage du sensible des lecteur·ices qui ne peut être fixe. La science-fiction utopique permet alors de naviguer dans ce trouble épistémologique, ce qui a pour finalité de performer une égalité radicale entre encyclopédie réelle et imaginaire, mais aussi de rendre compte par homologie que toute encyclopédie est une construction qui peut ainsi être reconfigurée par le surgissement d’un malentendu dévoilant la contingence de tout consensus.

3. Vers un usage politique des utopies littéraires

À travers ces deux exemples contemporains, on peut constater que les utopies littéraires dépassent les sens et les usages dépolitisant qui leur seraient inhérents selon Rancière. Sur le plan de la représentation, une figuration d’un dissensus entre ordre établi et démos est opérée, ce qui s’articule en outre à une revendication de ce même processus (dissensuel) comme moteur de pérennisation du territoire utopique. Le tort ranciérien n’est donc pas supprimé par l’avènement de l’utopie, comme l’avance Rancière; le tort se retrouve plutôt centralisé dans l’avènement et l’organisation de la société utopique. Le maillage avec la science-fiction permet de plus à l’utopie de brouiller fiction et réalité ainsi que mots et choses tout en performant le principe d’égalité, moteur de la politique ranciérienne. Forme et fond des utopies littéraires contemporaines concourent par conséquent à en faire une littérature politique. Cependant, cette politique des utopies contemporaines, si l’on étend notre corpus à l’étude, ne se borne pas aux seuls champs de la représentation diégétique et de sa lecture. De fait, des œuvres comme Bâtir aussi (2019) des Ateliers de l’Antémonde étendent l’univers fictionnel développé dans leur ouvrage par la tenue de « labos-fictions », espaces collectifs « de recherche et d’expérimentation » au sein desquels des discussions, ayant pour objectif « d’attiser [les] imaginaires, [de] mettre en lumière les points de désaccords et [de] susciter du débat » prennent place – dispositif aboutissant à « [u]n temps de mise en fiction ensemble » (Ateliers de l’Antémonde 2023). La dynamique dissensuelle de l’utopie littéraire se transpose de ce fait dans sa réception ainsi que ses prolongements, brouillant le régime d’écriture de cette littérature, soit les distinctions entre auteur·ices et lecteur·ices, auctorialité et réception. En effet, ces ateliers – « espace[s] de fabrication d’imaginaires enthousiastes, féministes et critiques du complexe techno-industriel » (2023) –, par les débats et la collectivisation du récit utopique qu’ils rendent possibles (devenant un projet littéraire et artistique public), renforcent la dimension activiste de l’œuvre. Devenue un bien commun, l’utopie littéraire est désormais le fruit d’un « agonis[me] », soit, selon la philosophe Chantal Mouffe, d’un modèle « où différents projets […] s’affrontent, sans possibilité de réconciliation finale6« For agonis[m,] […], the public space is the battleground where different hegemonic projects are confronted, without any possibility of final reconciliation. » (Je traduis) » (2007, 3). Une étude approfondie de la production communalisée et de la circulation de cet univers utopique mettrait par conséquent en lumière les potentiels usages politiques de l’utopie en tant que genre littéraire.

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pour citer

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Notes

  • 1
    À ce titre, il peut sembler paradoxal que « les critiques les plus acerbes à l’égard de Rancière ne manquent pas de signaler qu’un […] projet de refondation de la démocratie basé sur le “dissensus” plutôt que le consensus, est du ressort de l’utopie » (Deschamps 2016, 20). Cette tension entre allégations sur la dimension utopique de la pensée de Rancière et le rejet que ce dernier entretient à l’égard de tout « projet utopique », car opposé à toute politique de l’émancipation, repose également sur deux acceptions différentes du terme d’« utopie » : pour les critiques, l’utopie de la pensée ranciérienne renvoie au fait qu’elle se fonde sur un dynamisme comme moteur d’émancipation (le tort, le dissensus), tandis que, selon le philosophe, la poétique de l’utopie tend à justement éliminer ce même principe dynamique pour fixer un ordre sensible supposé parfait.
  • 2
    Toutes les références se rapportant au roman et au recueil de nouvelles composant le corpus seront désormais présentées dans le corps du texte, entre parenthèses, et désignées par les sigles LF et V respectivement, suivi du folio. Toutes les italiques présentes dans les citations des œuvres sont issues des textes.
  • 3
    « [Commons utopias] are distinguished from dialectical utopias by representing fully realised utopian spatialities brought to life through radical political activity. » (Je traduis)
  • 4
    « a pool or pools of material or immaterial resources (the commonwealth); a community of commoners willing to provide material or immaterial labour; and the critical process called commoning, which ties the commonwealth to the community and vice versa. » (Je traduis)
  • 5
    Voir à ce propos Harvey, David. 2004. « Le “Nouvel Impérialisme” : accumulation par expropriation ». Actuel Marx 35, n° 1 : 71-90.
  • 6
    « For agonis[m,] […], the public space is the battleground where different hegemonic projects are confronted, without any possibility of final reconciliation. » (Je traduis)