{"id":5380,"date":"2024-06-13T19:48:13","date_gmt":"2024-06-13T19:48:13","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-profondeur-dune-oeuvre-pour-un-apercu-des-espaces-esthetiques-en-litterature-et-en-art\/"},"modified":"2024-09-09T19:02:13","modified_gmt":"2024-09-09T19:02:13","slug":"la-profondeur-dune-oeuvre-pour-un-apercu-des-espaces-esthetiques-en-litterature-et-en-art","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5380","title":{"rendered":"La profondeur d&rsquo;une \u0153uvre. Pour un aper\u00e7u des espaces esthetiques en litt\u00e9rature et en art"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6875\">Dossier \u00abArts, litt\u00e9rature: dialogues, croisements, interf\u00e9rences\u00bb, n\u00b07<\/a><\/h5>\n<p>Cet article pourrait avoir comme origine la pr\u00e9face de l\u2019ouvrage <em>Les Mots et les choses <\/em>de Foucault. Dans son introduction \u00e0 une conception de l\u2019histoire des connaissances, l\u2019auteur rend compte de l\u2019effet que produit la lecture de l\u2019encyclop\u00e9die chinoise de Borges, en prenant soin de lier celui-ci \u00e0 la question de l\u2019espace et de l\u2019organisation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] il y a pire d\u00e9sordre que celui de l\u2019incongru et du rapprochement de ce qui ne convient pas; c\u2019[est] le d\u00e9sordre qui fait scintiller les fragments d\u2019un grand nombre d\u2019ordres possibles dans la dimension, sans loi ni g\u00e9om\u00e9trie, de l\u2019h\u00e9t\u00e9roclite; et il faut entendre ce mot au plus pr\u00e8s de son \u00e9tymologie\u00a0: les choses y sont \u00ab\u00a0couch\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pos\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dispos\u00e9es\u00a0\u00bb dans des sites \u00e0 ce point diff\u00e9rents qu\u2019il est impossible de trouver pour eux un espace d\u2019accueil, de d\u00e9finir au-dessous des uns et des autres un <em>lieu commun<\/em>.\u00a0 (Foucault, 1966, p.\u00a09)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce passage offre les termes constitutifs d\u2019une approche analytique de la litt\u00e9rature et de l\u2019art, une m\u00e9thode d\u2019appr\u00e9hension qui appara\u00eet li\u00e9e \u00e0 la conception de la cr\u00e9ation artistique comme objet qui s\u2019\u00e9labore \u00e0 partir de r\u00e9seaux plus ou moins complexes et rigides de signification. Cette approche aurait comme vis\u00e9e de rendre compte des jeux s\u00e9mantiques qui s\u2019inscrivent dans une \u0153uvre et \u00e9galement des espaces sur lesquels ces jeux se produisent. Au cours du pr\u00e9sent article, il s\u2019agira pr\u00e9cis\u00e9ment de proposer un aper\u00e7u de cette d\u00e9marche, qui se rapprochera d\u2019une analyse formelle de la cr\u00e9ation artistique, tout en s\u2019\u00e9loignant de cette rigidit\u00e9 propre aux analyses structurelles et des interpr\u00e9tations plus ou moins l\u00e9gitimes. Pour ce qui est de l\u2019assise th\u00e9orique, il sera possible d\u2019y trouver une certaine influence de l\u2019approche deleuzienne de l\u2019art et quelques emprunts aux concepts relatifs aux sch\u00e8mes de l\u2019interconnexion.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature et les arts nous offrent des exemples qui mettent en relief l\u2019articulation d\u2019espaces que nous qualifierons d\u2019<em>esth\u00e9tiques<\/em><a id=\"footnoteref1_betpofg\" class=\"see-footnote\" title=\"Ici, disons d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il ne s\u2019agit pas de prendre position au sein du d\u00e9bat philosophique concernant l\u2019esth\u00e9tique, et que nous consid\u00e9rerons simplement que ce terme est applicable \u00e0 ce qui a une vis\u00e9e cr\u00e9ative, artistique et qui appelle du m\u00eame coup \u00e0 une exp\u00e9rience dont l\u2019art est la pierre angulaire. \" href=\"#footnote1_betpofg\">[1]<\/a>. C\u2019est en adoptant une perspective s\u00e9miotique de l\u2019espace, ainsi qu\u2019en int\u00e9grant une vis\u00e9e descriptive du lieu o\u00f9 s\u2019effectuent des interconnexions s\u00e9mantiques, que s\u2019ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9laborer une m\u00e9thode qui donne acc\u00e8s \u00e0 l\u2019organisation des \u0153uvres. Qu\u2019il soit question de la litt\u00e9rature ou des productions artistiques, nous pouvons d\u00e9j\u00e0 comprendre l\u2019espace comme un lieu o\u00f9 se d\u00e9pose un r\u00e9seau de signification et o\u00f9 une exp\u00e9rience est possible. L\u2019espace esth\u00e9tique est une \u00e9tendue qui peut \u00eatre abstraite et qui sous-tend une relation entre des \u00e9l\u00e9ments qui viennent l\u2019occuper, lesquels r\u00e9pondent \u00e0 des r\u00e8gles d\u2019organisation qui les rendent coh\u00e9rents entre eux. Cette approche permet d\u2019\u00e9tudier l\u2019espace esth\u00e9tique \u00e0 la fois dans ses propri\u00e9t\u00e9s dimensionnelles et temporelles, ce qui implique qu\u2019il faut \u00e9galement envisager l\u2019espace esth\u00e9tique comme un lieu o\u00f9 peut s\u2019effectuer un cheminement, tel que le parcours d\u2019un \u00e9l\u00e9ment s\u00e9mantique \u00e9voluant dans l\u2019\u0153uvre par ses agencements avec d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments. C\u2019est sur ce type d\u2019espace que les r\u00e9seaux de signification viennent se coucher et donner corps \u00e0 une r\u00e9alisation artistique, et c\u2019est donc en l\u2019\u00e9tudiant qu\u2019il est possible de rendre compte de l\u2019organisation d\u2019une \u0153uvre.<\/p>\n<h2>D\u00e9limitation des espaces esth\u00e9tiques; profondeur et fronti\u00e8res d\u2019une \u0153uvre\u00a0<\/h2>\n<p>C\u2019est en envisageant une \u0153uvre dans ce qu\u2019elle contient comme articulation de la signification qu\u2019il nous est donn\u00e9 d\u2019isoler ses espaces esth\u00e9tiques et d\u2019y trouver la mati\u00e8re abstraite qui les compose. Puisqu\u2019il s\u2019agit essentiellement d\u2019une exp\u00e9rience avec l\u2019art et la litt\u00e9rature, nous ne pouvons r\u00e9duire l\u2019espace \u00e0 ce qui se donne \u00e0 l\u2019observation ou au mouvement habituel de la lecture, et il appara\u00eet donc n\u00e9cessaire d\u2019ajouter \u00e0 l\u2019actualisation d\u2019une \u0153uvre une autre dimension, que nous cernerons par la notion de <em>profondeur<\/em>. Une lecture ou une observation d\u2019une \u0153uvre qui ajoute cette dimension \u00e0 sa modalit\u00e9 d\u2019actualisation se trouve t\u00e9lescop\u00e9e vers des couches s\u00e9dimentaires de sens, chacune d\u00e9tenant la possibilit\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience qui lui est propre. Afin de mieux saisir ces espaces, nous proposerons de voir comment nous pouvons les isoler, et ce, \u00e0 l\u2019aide de deux exemples pris respectivement dans l\u2019art et dans la litt\u00e9rature, soit <em>Dandelion Field<\/em> de David Bouchard et <em>Le Post-exotisme en dix le\u00e7ons, le\u00e7on onze<\/em> d\u2019Antoine Volodine.<\/p>\n<p><em>Dandelion field<\/em><a id=\"footnoteref2_88jiwj7\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette \u0153uvre fut pr\u00e9sent\u00e9e dans le cadre de l\u2019exposition Cafka 2004, peace of mind, \u00e0 Kitchener. \" href=\"#footnote2_88jiwj7\">[2]<\/a> est constitu\u00e9 d\u2019une zone o\u00f9 les d\u00e9placements d\u2019un sujet sont capt\u00e9s du r\u00e9el, substitu\u00e9s et r\u00e9organis\u00e9s dans un espace virtuel qui s\u2019affiche sur un \u00e9cran. Un des effets de l\u2019installation est que le sujet s\u2019adonnant \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation de l\u2019\u0153uvre n\u2019est plus toujours l\u2019actant<a id=\"footnoteref3_u9yjpoa\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous proposons les termes \u00ab\u00a0actant\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb afin de bien distinguer l\u2019individu r\u00e9el qui exp\u00e9rimente l\u2019\u0153uvre (le sujet) et celui \u00e0 qui l\u2019on doit les mouvements sur le field et sur l\u2019\u00e9cran (l\u2019actant).\u00a0 \" href=\"#footnote3_u9yjpoa\">[3]<\/a>, puisque son attention est parfois r\u00e9serv\u00e9e aux mouvements de son empreinte virtuelle au d\u00e9triment de son corps r\u00e9el, qui se d\u00e9place sur une partie de l\u2019installation (le <em>field<\/em>). Notons qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 les d\u00e9placements du sujet sont uniquement attribuables \u00e0 son existence virtuelle, ceux-ci peuvent \u00eatre saisis en terme de mouvements \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un espace objectivement distinguable de celui o\u00f9 il effectue concr\u00e8tement ses actions\u00a0: \u00ab\u00a0Le virtuel est ce qui tient lieu de r\u00e9el, c\u2019en est la solution finale dans la mesure o\u00f9, \u00e0 la fois, il accomplit le monde dans sa r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9finitive et il en signe la dissolution.\u00a0\u00bb (Baudrillard, 2000, p.\u00a052) Nous avons affaire \u00e0 un passage, \u00e0 une relance du sujet au c\u0153ur m\u00eame du projet artistique, et c\u2019est ici que nous pouvons identifier ce que nous avons pr\u00e9alablement compris comme <em>profondeur<\/em>. D\u00e8s le moment o\u00f9 un sujet se pr\u00eate \u00e0 cette \u0153uvre, et o\u00f9 sa r\u00e9f\u00e9rence corporelle devient son image sp\u00e9culaire, l\u2019\u0153uvre s\u2019ouvre de sorte que le sujet s\u2019\u00e9clipse derri\u00e8re un reflet fragment\u00e9 de sa propre personne\u00a0: son empreinte trouve comme lieu d\u2019existence un \u00e9cran. Il n\u2019est donc plus plac\u00e9 dans une position binaire sujet\/objet artistique, une position qui le maintiendrait au simple stade d\u2019observateur d\u2019une production artistique. L\u2019interaction que demande l\u2019\u0153uvre est ce qui le fait mouvoir, et on se retrouve avec deux positions distinctives qui sont engendr\u00e9es par des mouvements, du sujet r\u00e9el avec son image virtuelle et vice versa, qui s\u2019influencent r\u00e9ciproquement. C\u2019est de par l\u2019origine de ces mouvements que nous pouvons isoler les deux espaces esth\u00e9tiques que sont le r\u00e9el et le virtuel. Il s\u2019agit l\u00e0 de deux espaces esth\u00e9tiques distincts, deux endroits o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u0153uvre diff\u00e8re, deux lieux o\u00f9 le contexte r\u00e9f\u00e9rentiel propre \u00e0 ces espaces interf\u00e8re directement sur les mouvements du sujet.<\/p>\n<p>Nous serions port\u00e9s \u00e0 croire que la litt\u00e9rature, quant \u00e0 elle, ne pourrait \u00eatre sujette \u00e0 de telles transformations dynamiques, puisque la lecture d\u2019un texte ne fait pas subir \u00e0 une \u0153uvre de semblables modifications. Or, s\u2019il ne peut s\u2019agir d\u2019un saut entre le r\u00e9el et le virtuel au sens o\u00f9 nous l\u2019avons observ\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre de Bouchard, il n\u2019en demeure pas moins que les \u00e9crits litt\u00e9raires contiennent une <em>profondeur<\/em>. Chez un auteur comme Antoine Volodine, les strates de la spatialit\u00e9 esth\u00e9tique sont \u00e0 la base m\u00eame de la structure de certains de ses \u00e9crits. Son roman qui affiche le plus manifestement des stratifications et qui \u00e9labore des jeux de profondeur entre ses s\u00e9diments di\u00e9g\u00e9tiques est sans aucun doute <em>Le Post-exotisme en dix le\u00e7ons, le\u00e7on onze<\/em>. Ce texte est un ouvrage limite qui veut s\u2019inscrire au-del\u00e0 de multiples fronti\u00e8res, soit celles de la temporalit\u00e9, de la fiction, voire de lui-m\u00eame; les dix premi\u00e8res le\u00e7ons du post-exotisme sont explicitement d\u00e9pos\u00e9es sur la onzi\u00e8me, qui ne devrait pas, selon le titre, exister. La mise en page confirme les espaces, d\u00e9limite le territoire o\u00f9 viennent se d\u00e9rouler les pr\u00e9ceptes souvent paradoxaux du courant fictif. C\u2019est que des encadr\u00e9s balisent les dix premi\u00e8res le\u00e7ons, les d\u00e9tachant ainsi de la onzi\u00e8me; la narration de cette derni\u00e8re se trouve entrecoup\u00e9e, et, ainsi, sa forme ne se donne que par saccades. Cette onzi\u00e8me le\u00e7on est un espace trou\u00e9 par d\u2019autres espaces, lequel parfois, est un fragment incomplet (\u00ab\u00a0Inventaire fragmentaire des dissidents d\u00e9c\u00e9d\u00e9s\u00a0\u00bb) (Volodine, 1998, p.\u00a014), un contenu qui s\u2019affiche comme ind\u00e9pendant (\u00ab\u00a0Parlons d\u2019autres choses\u00a0\u00bb) (Volodine, 1998, p.\u00a047), ou une \u00ab\u00a0liste aux apparences objectives [qui] n\u2019est qu\u2019une mani\u00e8re sarcastique de dire \u00e0 l\u2019ennemi, une fois de plus, qu\u2019il n\u2019apprendra rien\u00a0\u00bb (Volodine, 1998, p.\u00a010). Chacune de ces couches constitue un espace esth\u00e9tique qui vient prendre sa place au sein de l\u2019organisation textuelle. La <em>profondeur <\/em>devient surface, elle se tient toujours en amont, elle n\u2019est pas dessous ou au-dessus\u00a0: les le\u00e7ons viennent \u00e9clore sur l\u2019espace principal du texte (la onzi\u00e8me le\u00e7on) \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un gaz dans un liquide.<\/p>\n<p>Chez Volodine, la potentialit\u00e9 d\u2019existence des espaces esth\u00e9tiques est assur\u00e9e, mais c\u2019est leur logique qui d\u00e9fie parfois l\u2019actualisation. D\u2019ailleurs, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces espaces clairement indiqu\u00e9s par la mise en page s\u2019en d\u00e9couvrent d\u2019autres. Certaines phrases du texte appartenant \u00e0 la onzi\u00e8me le\u00e7on demeurent ouvertes, car \u00e9clat\u00e9es, de sorte que les syntagmes tendent \u00e0 se d\u00e9faire des articulations extr\u00eamement serr\u00e9es qu\u2019impose la langue\u00a0: \u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9, quand la pression atmosph\u00e9rique baissait, la puanteur qui.\u00a0\u00bb (Volodine, 1998, p.\u00a010) Selon Lef\u00e8vre,<\/p>\n<blockquote>\n<p>si nous voulons tenir un discours coh\u00e9rent il nous faut respecter la syntaxe, <em>nous contraindre \u2014 mais librement \u2014 \u00e0 accepter un ensemble de r\u00e8gles grammaticales qui constituent en quelque sorte les murs d\u2019un labyrinthe <\/em>[\u2026] dans lequel nous nous imposons d\u2019\u00e9voluer si nous voulons \u00eatre compris. (Lef\u00e8vre, 2001, p.\u00a0172)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comment situer alors ces phrases qui ne r\u00e9pondent pas aux r\u00e8gles rigides du labyrinthe syntaxique? Ce mode du dire qui se d\u00e9fait de la contrainte grammaticale n\u2019est manifestement pas situ\u00e9 dans un non-lieu \u00e9tranger \u00e0 la complexit\u00e9 du discours litt\u00e9raire. Il est plut\u00f4t une ouverture du texte qui ne saurait amener la lecture sur une absence. Par exemple, cette phrase contient des questions-r\u00e9ponses (o\u00f9 \u2014 quand \u2014 qui), une dynamique de dialogue, et plus proprement d\u2019<em>interview<\/em>. Elle ne peut plus se contenter de se plier \u00e0 des lois syntaxiques. Elle doit prendre forme selon les pr\u00e9ceptes du courant fictif qu\u2019est le post-exotisme, mais surtout sur des espaces qui sont r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 ce dernier. Nous pouvons conclure ici en remarquant que la logique qui r\u00e9git les espaces du texte <em>Le Post-exotisme en dix le\u00e7ons, le\u00e7on onze <\/em>n\u2019est donc plus syntaxique, ni propre \u00e0 un genre\u00a0: elle s\u2019organise ailleurs, selon d\u2019autres pans de l\u2019esth\u00e9tisme litt\u00e9raire, sur d\u2019autres espaces que le texte contient et articule, et ce, dans des agencements qui am\u00e8nent les r\u00e8gles s\u00e9mantiques, syntaxiques et romanesques au-del\u00e0 de leur limite.<\/p>\n<p>Au terme de ces premi\u00e8res observations sur l\u2019espace esth\u00e9tique en art et en litt\u00e9rature, il nous est d\u00e9j\u00e0 possible d\u2019\u00e9tablir certains faits et d\u2019\u00e9valuer certaines r\u00e8gles qui paraissent r\u00e9gir la <em>profondeur<\/em>. Une \u0153uvre est soumise \u00e0 une stratification plus ou moins contr\u00f4l\u00e9e par sa structure, que nous pouvons interpr\u00e9ter comme une organisation complexe d\u2019espaces esth\u00e9tiques appartenant \u00e0 un m\u00eame objet. Les espaces sont parfois extr\u00eamement volatils et toujours d\u00e9phas\u00e9s par rapport \u00e0 ceux qui les pr\u00e9c\u00e8dent. Ils constituent \u00e9galement des lieux de fluctuations d\u2019\u00e9l\u00e9ments coh\u00e9rents appartenant \u00e0 une m\u00eame strate et dont le nombre n\u2019est pas infini. Par exemple, chez Bouchard, \u00ab\u00a0virtualit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb deviennent tour \u00e0 tour des espaces, puisqu\u2019ils pr\u00e9supposent une exp\u00e9rience v\u00e9cue par rapport \u00e0 un lieu esth\u00e9tique qui diff\u00e8re de ceux qui le pr\u00e9c\u00e8dent. Les espaces sont \u00e9galement compris comme tels, en autant qu\u2019ils soient constitu\u00e9s d\u2019\u00e9l\u00e9ments signifiants et coh\u00e9rents qui les occasionnent, tels que les onze le\u00e7ons de Volodine. Il appara\u00eet indispensable d\u2019ajouter que ces \u00e9l\u00e9ments ne sont pas exclusifs \u00e0 une seule strate\u00a0: ils peuvent se trouver sur deux, trois, voire tous les espaces que contient une \u0153uvre. Afin de rapprocher cette hypoth\u00e8se d\u2019un mod\u00e8le d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9, soit celui de la ph\u00e9nom\u00e9nologie des formes de Husserl, nous pouvons comprendre ces \u00e9l\u00e9ments comme des <em>qualia <\/em>qui occuperaient le corps spatial d\u2019une forme. L\u2019important maintenant est de d\u00e9terminer les impacts des \u00e9l\u00e9ments s\u00e9mantiques qui occupent et donnent forme \u00e0 ces espaces, et d\u2019\u00e9valuer l\u2019organisation des interconnexions s\u00e9mantiques qui se profilent sur et au travers des diff\u00e9rents espaces contenus dans certaines \u0153uvres.<\/p>\n<h2>Interconnexions s\u00e9mantiques reliant les espaces esth\u00e9tiques<\/h2>\n<h3><em>a) organisation des \u00e9l\u00e9ments; texture d\u2019un espace<\/em><\/h3>\n<p>Il faut rappeler que les espaces sont fondamentalement des lieux o\u00f9 une exp\u00e9rience esth\u00e9tique est possible gr\u00e2ce aux \u00e9l\u00e9ments s\u00e9mantiques qui se profilent \u00e0 leur surface. Afin de rendre compte de l\u2019organisation des \u00e9l\u00e9ments qui nous int\u00e9ressent, nous nous proposons de les \u00e9tudier en litt\u00e9rature chez Borges, et en art chez Bouchard et Lewis. Il s\u2019agit avant tout de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la nature des \u00e9l\u00e9ments s\u00e9mantiques qui viennent constituer la texture des espaces esth\u00e9tiques, avant de comprendre les relations qui peuvent les unir et faire fluctuer les divers niveaux de spatialit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature et l\u2019art nous offrent des exemples qui mettent au premier plan des \u00e9l\u00e9ments s\u00e9mantiques minimaux, qui viennent tisser un espace esth\u00e9tique pr\u00eat \u00e0 s\u2019ouvrir sur d\u2019autres. Pensons par exemple \u00e0 <em>Alien Letter Forms<\/em> Cette \u0153uvre fut pr\u00e9sent\u00e9e dans le cadre du colloque en s\u00e9miotique computationnelle, COSING 2004, qui a eu lieu en Croatie., de Bouchard et de Lewis, dans le domaine des arts. Ce projet utilise les lettres alphab\u00e9tiques comme des agents quasi autonomes, qui se caract\u00e9risent par leur typographie et par un comportement venant d\u00e9terminer leurs mouvements au sein d\u2019un espace visuel. Ces agents sont appel\u00e9s \u00e0 entrer en contact, \u00e0 former des mots et \u00e0 subir des mutations g\u00e9r\u00e9es par des lois lexicales algorithmiques. L\u2019espace sur lequel se d\u00e9placent ces agents am\u00e8ne les mots \u00e0 constituer des phrases, mais \u00e9galement \u00e0 influencer leurs caract\u00e9ristiques, \u00e0 m\u00e9tamorphoser leurs composantes. Nous pouvons comprendre qu\u2019un premier espace se donne comme <em>aformel<\/em>, et que des \u00e9l\u00e9ments <em>pr\u00e9individuels<\/em> \u00e9manent de celui-ci pour le recouvrir et l\u2019ouvrir \u00e0 la multiplicit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il faut essayer de penser ce monde o\u00f9 le m\u00eame plan fixe, qu\u2019on appellera d\u2019immobilit\u00e9 ou de mouvement absolus, se trouve parcouru par des \u00e9l\u00e9ments informels de vitesse relative, entrant dans tel ou tel agencement individu\u00e9 d\u2019apr\u00e8s leurs degr\u00e9s de vitesse et de lenteur. Plan de consistance peupl\u00e9 d\u2019une mati\u00e8re anonyme, parcelles infinies d\u2019une mati\u00e8re impalpable qui entrent dans des connexions variables. (Deleuze et Guattari, 1980 p.\u00a0312-313)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces lettres peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es comme \u00e9tant \u00e0 l\u2019origine de l\u2019organisation d\u2019espaces esth\u00e9tiques, sur lesquels s\u2019effectuerait une multiplicit\u00e9 d\u2019agencements pouvant d\u00e9terminer l\u2019individualit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre. Avec <em>Alien Letter Forms<\/em>, nous sommes convi\u00e9s \u00e0 la gen\u00e8se de stratifications signifiantes, avec comme fond une surface repr\u00e9sentationnelle tr\u00e8s pr\u00e8s d\u2019un motif chaotique. Ceci n\u2019est pas sans \u00e9voquer <em>La Biblioth\u00e8que de Babel<\/em>, \u00ab\u00a0la machine narrative combinatoire la plus vertigineuse de l\u2019\u0153uvre de Borges\u00a0\u00bb (Nicaise, 1990, p.\u00a020). <em>A priori<\/em>, cette biblioth\u00e8que ne semble toutefois pas contenir quelque chose qui pourrait se rapprocher des lois lexicales algorithmiques d\u2019<em>Alien Letter Forms<\/em>. Or, comme nous l\u2019avons vu chez Volodine, les m\u00e9canismes abstraits qui r\u00e9gissent un espace esth\u00e9tique peuvent op\u00e9rer \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des r\u00e8gles syntaxiques du langage, et rien n\u2019emp\u00eache qu\u2019ils fonctionnent hors des lois lexicales, du moins si l\u2019on en croit Borges\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La Biblioth\u00e8que comporte toutes les structures verbales, toutes les variations que permettent les vingt-cinq symboles orthographiques, mais point un seul non-sens absolu. Rien ne sert d\u2019observer que les meilleurs volumes parmi les nombreux hexagones que j\u2019administre ont pour titre <em>Tonnerre coiff\u00e9, La Crampe de pl\u00e2tre, <\/em>et <em>Axaxaxas ml\u00f6<\/em>. Ces propositions, incoh\u00e9rentes \u00e0 premi\u00e8re vue, sont indubitablement susceptibles d\u2019une justification cryptographique, all\u00e9gorique; pareille justification est verbale, et, <em>ex hypothesie,<\/em> figure d\u2019avance dans la Biblioth\u00e8que.\u00a0 (Borges, 1983, p.\u00a080)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>La Biblioth\u00e8que de Babel <\/em>est un univers o\u00f9 r\u00e8gne la multiplicit\u00e9, mais, d\u00e9j\u00e0, le narrateur \u00e9voque qu\u2019<em>elle contient en elle <\/em>les termes par lesquels il est possible de donner du sens \u00e0 son contenu. C\u2019est un d\u00e9fi lanc\u00e9 \u00e0 l\u2019al\u00e9atoire, au pur chaos, \u00e0 tout \u00e9l\u00e9ment qui se voudrait as\u00e9mantique<em>, <\/em>et ce, qu\u2019il r\u00e9ponde ou non aux r\u00e8gles lexicales et syntaxiques. Nous devons donc comprendre que les espaces esth\u00e9tiques impliquent un ordre sous-jacent, ainsi que des principes de liaisons qui ordonnent les articulations du sens \u00e0 leur surface. Nous avons droit \u00e0 une texture dont les mailles peuvent \u00eatre plus ou moins serr\u00e9es, donc \u00e0 une \u00e9tendue plus ou moins poreuse qui peut laisser entrevoir une sous-couche pr\u00eate \u00e0 la remplacer. Ceci nous permet \u00e9galement de remarquer que ces espaces sont des organisations qui n\u2019ont pas comme seul mode d\u2019existence le traitement cognitif, puisque leur morphologie peut \u00eatre saisie de fa\u00e7on objective.<\/p>\n<h3><em>b) Interconnexions;\u00a0 intrications et disjonctions<\/em><\/h3>\n<p>Il s\u2019agit maintenant d\u2019aborder les interconnexions s\u00e9mantiques qui relient les espaces esth\u00e9tiques, soit ce qui permet le passage au travers de la <em>profondeur <\/em>d\u2019une \u0153uvre. Ces interconnexions ne r\u00e9pondent pas \u00e0 une seule loi, et les \u0153uvres contiennent leurs propres articulations de leurs espaces. Par exemple, la travers\u00e9e des diff\u00e9rentes stratifications, dans le roman de Volodine, se fait selon la disposition des dix premi\u00e8res le\u00e7ons, qui s\u2019immiscent dans la onzi\u00e8me, tandis que, dans <em>Dandelion Field<\/em>, le passage entre les espaces que nous avons abord\u00e9s est tributaire de l\u2019interaction r\u00e9el\/virtuel et virtuel\/r\u00e9el. Toutefois, les interconnexions s\u00e9mantiques ne peuvent \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 ces seules donn\u00e9es, parce qu\u2019elles peuvent \u00eatre saisies \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des propri\u00e9t\u00e9s qui individualisent une \u0153uvre. Il nous est possible de comprendre les interconnexions en termes de disjonction et d\u2019intrication. Proposons que, en l\u2019absence de disjonctions<a id=\"footnoteref4_7fiaofc\" class=\"see-footnote\" title=\"Notons que, si l\u2019on propose le concept de \u00ab\u00a0disjonction\u00a0\u00bb plut\u00f4t que de \u00ab\u00a0scission\u00a0\u00bb ou encore de \u00ab\u00a0segmentation\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e9galement par la valeur qu\u2019il prend en logique, soit d\u2019\u00eatre un connecteur. \" href=\"#footnote4_7fiaofc\">[4]<\/a>, isoler les diff\u00e9rentes stratifications d\u2019une \u0153uvre soit irr\u00e9alisable, et que, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019intrications, le passage d\u2019un espace \u00e0 un autre soit inex\u00e9cutable. Exemple, <em>Dandelion Field <\/em>est \u00e9labor\u00e9 autour de relations qui se tracent entre des polarit\u00e9s \u00e9tablies, et c\u2019est l\u00e0 que se d\u00e9couvre la disjonction (r\u00e9el <em>ou <\/em>virtuel). Toutefois, ces polarit\u00e9s viennent se croiser \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019enchev\u00eatrements (r\u00e9el <em>et <\/em>sujet, objet <em>et <\/em>virtuel), et ces relations r\u00e9pondent au concept d\u2019intrication :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le concept d\u2019<em>intrication <\/em>[\u2026] exprime le <em>lien orient\u00e9 <\/em>entre des entit\u00e9s distinctes et d\u00e9pendantes. Ce lien, plus ou moins fort, constitue un <em>code particulier de description du monde<\/em>. Il peut \u00eatre de nature tr\u00e8s diverse\u00a0: influence entre les \u00e9l\u00e9ments interconnect\u00e9s d\u2019un syst\u00e8me, association, r\u00e9gularit\u00e9 statistique entre ph\u00e9nom\u00e8nes, causalit\u00e9s plus ou moins diffuses. (Lef\u00e8vre, 2001, p.\u00a0168)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de ces deux concepts que nous allons analyser bri\u00e8vement les sauts qu\u2019il nous est possible d\u2019effectuer entre les espaces que nous avons d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9s. De tout ce que contient l\u2019installation de Bouchard, c\u2019est \u00e0 la zone concr\u00e8te o\u00f9 se d\u00e9place un sujet que nous devons accorder la fonction de disjoindre les deux espaces esth\u00e9tiques que sont le r\u00e9el et le virtuel. Le <em>field <\/em>permet au sujet d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois lui-m\u00eame et autre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u0153uvre, c\u2019est-\u00e0-dire son corps physique et une image potentielle de son existence. Au mim\u00e9tisme morphologique de la repr\u00e9sentation du sujet qui transforme l\u2019espace et le d\u00e9place vient s\u2019ajouter une relation de d\u00e9pendance du sujet \u00e0 son corps m\u00e9diatis\u00e9. L\u2019image du sujet qui se d\u00e9place sur l\u2019\u00e9cran vient perdre progressivement son aspect sp\u00e9culaire, pour finalement imposer l\u2019\u00e9tendue virtuelle comme espace surpassant le r\u00e9el, et, ainsi, aux \u00ab\u00a0images virtuelles correspondent des couches plus ou moins profondes de l\u2019objet actuel\u00a0\u00bb (Deleuze et Panet, 1996, p.\u00a0180). La repr\u00e9sentation du sujet dans l\u2019\u0153uvre de Bouchard devient un mode d\u2019\u00catre. Le <em>field<\/em> qui s\u00e9pare deux espaces esth\u00e9tiques se donne comme lieu d\u2019une possible dialectique, mais plus encore comme une forme d\u2019englobant, \u00e0 savoir les limites ultimes de l\u2019\u00catre <em>qui vit dans l\u2019\u0153uvre <\/em>aussi bien concr\u00e8te (le<em> field<\/em>) que dans sa portion de virtualit\u00e9 (ce qui occupe l\u2019\u00e9cran). Ainsi, \u00e0 la primaut\u00e9 de la modalit\u00e9 simulatrice qu\u2019impose l\u2019\u0153uvre vient s\u2019ajouter l\u2019intrication, soit celle de l\u2019influence (qui devient plus ou moins rapidement \u00ab\u00a0association\u00a0\u00bb) entre le sujet et sa repr\u00e9sentation. Le <em>field<\/em> est ce qui marque la disjonction, et le sujet, une fois sur celui-ci, autorise l\u2019intrication entre deux \u00e9tendues distinctes. De plus, nous ajouterons que le lien entre les deux espaces esth\u00e9tiques n\u2019en est que plus renforc\u00e9, si l\u2019on remarque que l\u2019interconnexion r\u00e9pond \u00e0 la <em>loi prox\u00e9mique des causes et des effets<\/em>. C\u2019est le sujet, en se d\u00e9pla\u00e7ant sur le <em>field<\/em>, qui occasionne un monde virtuel, donnant ainsi corps au reflet et \u00e0 une \u00e9tendue. En d\u2019autres termes, l\u2019espace <em>de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir<\/em> est s\u00fbrement impossible en l\u2019absence d\u2019une \u00ab\u00a0Alice\u00a0\u00bb, mais \u00e9galement sans la pr\u00e9sence d\u2019un \u00ab\u00a0premier c\u00f4t\u00e9<a id=\"footnoteref5_6a28fkm\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous rappellerons que les \u00e9l\u00e9ments qui peuplent l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir dans le roman de Lewis Carroll trouvent leur forme originaire dans la r\u00e9alit\u00e9 fictionnelle, telle la Reine Rouge, qui rel\u00e8ve de Kitty.\u00a0 \" href=\"#footnote5_6a28fkm\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb auquel cet \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb est connect\u00e9.<\/p>\n<p>En litt\u00e9rature, nous retrouvons \u00e9galement la mise en \u00e9vidence de disjonctions et d\u2019intrications au sein d\u2019espaces appartenant \u00e0 un m\u00eame texte. Outre Volodine, Borges nous offre une multitude d\u2019exemples extr\u00eamement int\u00e9ressants. Dans <em>Abenhacan el Bokhari mort dans son labyrinthe<\/em>, le lecteur est en pr\u00e9sence de deux espaces esth\u00e9tiques explicites, l\u2019un po\u00e9tique et l\u2019autre logico-math\u00e9matique. C\u2019est le po\u00e8te qui expose les pr\u00e9mices du r\u00e9cit, et ce, sous la forme d\u2019une multitude d\u2019\u00e9nigmes irr\u00e9solues\u00a0: \u00ab\u00a0En premier lieu, cette maison est un labyrinthe. En second lieu, elle \u00e9tait gard\u00e9e par un lion et un esclave. En troisi\u00e8me lieu, un tr\u00e9sor secret disparut. En quatri\u00e8me lieu, l\u2019assassin \u00e9tait mort quand le crime se produisit. En cinqui\u00e8me lieu [\u2026]\u00a0\u00bb (Borges, 1967, p.\u00a0156). Les myst\u00e8res \u00e9nonc\u00e9s par le po\u00e8te doivent \u00eatre compris comme l\u2019\u00e9mergence d\u2019\u00e9l\u00e9ments s\u00e9mantiques venant occuper et mat\u00e9rialiser un premier espace. Notons \u00e9galement que ceux-ci ont la possibilit\u00e9 de venir solidifier l\u2019interd\u00e9pendance entre l\u2019espace po\u00e9tique et l\u2019espace logico-math\u00e9matique. C\u2019est que les propositions du po\u00e8te sont autant d\u2019ouvertures vers une autre exp\u00e9rience qui, elle, est en relation avec un lieu o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019espace po\u00e9tique se trouve ruin\u00e9e. En somme, ils constituent la texture poreuse d\u2019un premier espace pouvant donner sur un autre. Ces propositions peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es comme les agents quasi autonomes d\u2019<em>Alien Letter Forms, <\/em>puisque<\/p>\n<blockquote>\n<p>les mots sont porteurs, g\u00e9n\u00e9rateurs d\u2019id\u00e9es, plus encore que l\u2019inverse. Op\u00e9rateurs de charme, op\u00e9rateurs magiques, non seulement ils transmettent ces id\u00e9es et ces choses, mais eux-m\u00eames se m\u00e9taphorisent, se m\u00e9tabolisent les uns dans les autres, selon une sorte d\u2019\u00e9volution en spirale. (Baudrillard, 2000, p.\u00a09)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est exactement ce qui se produit dans la nouvelle de Borges, et nous ne pouvons nous emp\u00eacher d\u2019\u00e9voquer ici le concept peirc\u00e9en de <em>semiosis ad infinitum<\/em>, puisqu\u2019il nous est donn\u00e9 de saisir comment les propositions du po\u00e8te sont reprises par le math\u00e9maticien\u00a0: \u00ab\u00a0Toute la journ\u00e9e, il fut pr\u00e9occup\u00e9 et insociable, combinant et recombinant les pi\u00e8ces du puzzle.\u00a0\u00bb (Borges, 1967, p.\u00a0164) L\u2019espace attribuable au math\u00e9maticien s\u2019\u00e9labore \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments appartenant \u00e0 la m\u00eame mati\u00e8re s\u00e9mantique, mais c\u2019est dans un agencement et un d\u00e9veloppement diff\u00e9rent de cette mati\u00e8re qu\u2019un autre espace prend forme, venant ainsi conf\u00e9rer \u00e0 l\u2019espace logico-math\u00e9matique une ind\u00e9pendance par rapport \u00e0 celui qui le pr\u00e9c\u00e8de\u00a0: \u00ab\u00a0Les <em>faits <\/em>\u00e9taient vrais ou pouvaient l\u2019\u00eatre, mais, racont\u00e9s comme tu l\u2019as fait, ils constituaient de fa\u00e7on \u00e9vidente, autant de mensonges.\u00a0\u00bb (Borges, 1967, p.\u00a0164)<\/p>\n<p>La disjonction la plus facilement rep\u00e9rable dans la nouvelle de Borges est celle qui est clairement identifi\u00e9e comme \u00e9tant \u00ab\u00a0\u201cla chambre centrale\u201d du r\u00e9cit\u00a0\u00bb(Borges, 1967, p.\u00a0163). C\u2019est un lieu d\u2019aboutissement pour le premier espace esth\u00e9tique, et la fronti\u00e8re qui marque l\u2019entr\u00e9e dans un second. Cette disjonction s\u2019inscrit dans le texte \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un m\u00e9canisme pr\u00eat \u00e0 reprendre la mati\u00e8re s\u00e9mantique afin qu\u2019elle subisse une r\u00e9organisation, engendrant cons\u00e9quemment d\u2019autres formes qui sont n\u00e9cessairement d\u00e9pos\u00e9es sur un espace diff\u00e9rent du premier. \u00c0 la mani\u00e8re du <em>field <\/em>de Bouchard, cette \u00ab\u00a0chambre centrale\u00a0\u00bb est un lieu o\u00f9 il est impossible que se tiennent simultan\u00e9ment les deux espaces\u00a0: \u00ab\u00a0ce qui est impossible, ce n\u2019est pas le voisinage des choses, c\u2019est le site lui-m\u00eame o\u00f9 elles pourraient voisiner\u00a0\u00bb (Foucault, 1966, p.\u00a08). C\u2019est une segmentation entre deux \u00e9tendues oppos\u00e9es, qui sont coh\u00e9rentes dans leur agencement respectif de la mati\u00e8re s\u00e9mantique, et un connecteur au sens logique du terme. La premi\u00e8re \u00e9tendue est \u00e9labor\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 supporter l\u2019id\u00e9e d\u2019une complexit\u00e9 surpassant la raison, et, en cela, il n\u2019est pas \u00e9trange qu\u2019elle prenne forme au sein d\u2019une multiplicit\u00e9. L\u2019autre espace s\u2019oppose \u00e0 cette constitution chaotique\u00a0en trouvant comme fondement la logique et en normalisant la mati\u00e8re s\u00e9mantique. Le math\u00e9maticien demande au po\u00e8te de ne pas multiplier les myst\u00e8res, pr\u00e9textant que la solution doit \u00eatre tr\u00e8s simple. Ainsi, Unwin veut figer la multiplicit\u00e9 en faisant valoir un raisonnement logique par sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>La lettre vol\u00e9e <\/em>de Poe et \u00e0 la chambre close de Zangwill.<\/p>\n<p>Pour ce qui est d\u2019une des intrications qui viennent permettre le passage entre les deux espaces esth\u00e9tiques que nous avons d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9s, le motif labyrinthique est des plus int\u00e9ressants. Remarquons toutefois que, si l\u2019intrication que nous avons soulev\u00e9e dans l\u2019\u0153uvre de Bouchard rel\u00e8ve d\u2019une influence entre des \u00e9l\u00e9ments appartenant \u00e0 un m\u00eame syst\u00e8me, il en est autrement chez Borges. Nous nous trouvons plut\u00f4t en pr\u00e9sence d\u2019une intrication qui r\u00e9pond \u00e0 une conception formaliste et atemporelle. C\u2019est qu\u2019il ne s\u2019agit plus d\u2019influences qui sont empiriquement observables comme dans <em>Dandelion Field<\/em>, mais d\u2019associations qui font subir \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 la fois une d\u00e9gradation et une \u00e9volution; il y a une perte de la valeur po\u00e9tique du motif labyrinthique au profit d\u2019une conceptualisation arbitraire. Le motif labyrinthique est une forme conceptuelle qui est utilis\u00e9e pour interconnecter les deux \u00e9tendues, puisqu\u2019il vient prendre le r\u00f4le d\u00e9terminant d\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019intrication\u00a0: \u00ab\u00a0Toutefois, je confesse que je n\u2019ai pas compris que cette antique image m\u2019apportait la cl\u00e9 du myst\u00e8re, si bien qu\u2019il fut n\u00e9cessaire que ton r\u00e9cit me fournisse un symbole plus pr\u00e9cis\u00a0: la toile d\u2019araign\u00e9e.\u00a0\u00bb (Borges, 1967, p.\u00a0166) Cependant, \u00e0 lui seul, le labyrinthe ne parvient pas \u00e0 permettre le passage d\u2019un espace \u00e0 un autre, si bien qu\u2019un autre \u00e9l\u00e9ment appartenant \u00e0 la mati\u00e8re s\u00e9mantique du premier espace est n\u00e9cessaire pour qu\u2019il y ait intrication.<\/p>\n<p>Les interconnexions s\u00e9mantiques qui viennent relier les espaces esth\u00e9tiques sont issues d\u2019une mati\u00e8re essentiellement constitu\u00e9e de multiples r\u00e9seaux de signification. Pour cette raison, il n\u2019est pas \u00e9trange qu\u2019un seul \u00e9l\u00e9ment ne parvienne pas \u00e0 ouvrir un espace sur un autre. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui appara\u00eet clairement dans la nouvelle de Borges et ce qui nous confronte \u00e0 de multiples difficult\u00e9s analytiques. La mati\u00e8re s\u00e9mantique n\u2019est pas contrainte par des r\u00e8gles fixes et ne peut donc pas \u00eatre mod\u00e9lis\u00e9e sous une forme stable. Une \u0153uvre peut parvenir \u00e0 instaurer sa propre logique, \u00e0 \u00e9laborer ses propres r\u00e8gles qui viendront r\u00e9gir sa morphologie et la dynamique du sens qui l\u2019habite. Loin de nous emp\u00eacher d\u2019inventer des moyens pour appr\u00e9hender l\u2019art et la litt\u00e9rature, ces qualit\u00e9s nous poussent \u00e0 r\u00e9inventer\u00a0une m\u00e9thode d\u2019approche. Nous sommes convi\u00e9s \u00e0 ne pas rejeter la pluralit\u00e9, mais \u00e0 saisir l\u2019organisation r\u00e9seautique qui fa\u00e7onne les espaces sur lesquels se d\u00e9plie une \u0153uvre. C\u2019est pourquoi nous avons propos\u00e9 les outils que sont les concepts d\u2019intrication et de disjonction, sans toutefois pr\u00e9tendre qu\u2019ils \u00e9taient les seuls \u00e0 marquer les espaces et \u00e0 permettre le passage \u00e0 travers diff\u00e9rents niveaux de spatialit\u00e9.<\/p>\n<h2>Consid\u00e9rations br\u00e8ves et g\u00e9n\u00e9rales concernant les espaces esth\u00e9tiques<\/h2>\n<p>La <em>profondeur <\/em>se d\u00e9couvre dans l\u2019ouverture des \u0153uvres, et celles-ci mettent pr\u00e9cis\u00e9ment en jeu l\u2019\u00e9laboration, l\u2019agencement et la construction progressive d\u2019espaces esth\u00e9tiques compris comme lieux o\u00f9 se d\u00e9posent des r\u00e9seaux de signification. Ces espaces, s\u2019ils sont relev\u00e9s au moment de leur actualisation, appartiennent d\u2019abord \u00e0 la morphologie m\u00eame des \u0153uvres qui se donnent \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Ainsi, on doit se placer dans une position pr\u00e8s de celle de Petitot, soit dans une perspective qui redonne \u00e0 la forme la qualit\u00e9 d\u2019\u00eatre un objet de science. En effet, il s\u2019agit de comprendre les \u0153uvres \u00ab\u00a0comme des structures morphologiques \u00e9mergentes [et] objectives\u00a0\u00bb (Petitot, 1996, p.\u00a066). Notre t\u00e2che demeure alors la m\u00eame\u00a0: interpr\u00e9ter. Toutefois, comme l\u2019affirmait Barthes, \u00ab\u00a0interpr\u00e9ter un texte [et nous ajouterons une \u0153uvre d\u2019art], ce n\u2019est pas lui donner un sens (plus ou moins fond\u00e9, plus ou moins libre), c\u2019est au contraire appr\u00e9cier de quel pluriel il est fait\u00a0\u00bb (Barthes, 2002, p.\u00a0123). Ce pluriel appartient \u00e0 l\u2019\u0153uvre, c\u2019est son ossature qui pr\u00e9existe avant toute forme de traitement cognitif qui pourrait lui adjoindre une valeur. Il s\u2019inscrit dans les \u0153uvres \u00e0 la fa\u00e7on de couches s\u00e9dimentaires de sens, et ces derni\u00e8res, qu\u2019elles soient aussi perceptibles qu\u2019en po\u00e9sie concr\u00e8te (nous pensons par exemple \u00e0 <em>Velocidade <\/em>de Ronaldo Azeredo) ou alors qu\u2019elles soient complexes, sont assur\u00e9ment les lieux o\u00f9 se produisent nos exp\u00e9riences d\u2019un texte ou d\u2019une production artistique.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Barthes, Roland. 2002. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes III<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 1074\u00a0p.<\/p>\n<p>Baudrillard, Jean. 2000. <em>Mots de passe<\/em>. Paris\u00a0: Fayards, 106\u00a0p.\u00a0<\/p>\n<p>Borges, Jorge Luis. 1967. <em>L\u2019Aleph<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 220\u00a0p.<\/p>\n<p>Borges, Jorges Luis. 1983. <em>Fiction<\/em>. Paris\u00a0: Folio, 185\u00a0p.<\/p>\n<p>Deleuze et Guattari. 1980. <em>Mille plateaux<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit, 645\u00a0p.<\/p>\n<p>Deleuze et Panet. 1996. <em>Dialogues<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion, 184\u00a0p.<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 1966. <em>Les Mots et les choses<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 400\u00a0p.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre, Claude. 2001. <em>Le Labyrinthe, Un paradigme du monde de l\u2019interconnexion<\/em>. Rennes\u00a0: Presses Universitaires de Rennes, 245\u00a0p.<\/p>\n<p>Nicaise, Christian. 1990. <em>La Biblioth\u00e8que totale de Jorge Luis Borges<\/em>. Rouen\u00a0: Instant Perp\u00e9tuel, 31\u00a0p.<\/p>\n<p>Petitot, Jean. 1996. \u00ab\u00a0Les mod\u00e8les morphodynamiques en perception visuelle\u00a0\u00bb. <em>Visio<\/em>, n<sup>o<\/sup> 1, printemps, p.\u00a065-73<\/p>\n<p>Volodine, Antoine. 1998. <em>Le Post-exotisme en dix le\u00e7ons, le\u00e7on onze<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 107\u00a0p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_betpofg\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_betpofg\">[1]<\/a> Ici, disons d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il ne s\u2019agit pas de prendre position au sein du d\u00e9bat philosophique concernant l\u2019esth\u00e9tique, et que nous consid\u00e9rerons simplement que ce terme est applicable \u00e0 ce qui a une vis\u00e9e cr\u00e9ative, artistique et qui appelle du m\u00eame coup \u00e0 une exp\u00e9rience dont l\u2019art est la pierre angulaire.<\/p>\n<p id=\"footnote2_88jiwj7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_88jiwj7\">[2]<\/a> Cette \u0153uvre fut pr\u00e9sent\u00e9e dans le cadre de l\u2019exposition Cafka 2004, <em>peace of mind<\/em>, \u00e0 Kitchener.<\/p>\n<p id=\"footnote3_u9yjpoa\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_u9yjpoa\">[3]<\/a> Nous proposons les termes \u00ab\u00a0actant\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb afin de bien distinguer l\u2019individu r\u00e9el qui exp\u00e9rimente l\u2019\u0153uvre (le sujet) et celui \u00e0 qui l\u2019on doit les mouvements sur le <em>field<\/em> et sur l\u2019\u00e9cran (l\u2019actant).\u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote4_7fiaofc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_7fiaofc\">[4]<\/a> Notons que, si l\u2019on propose le concept de \u00ab\u00a0disjonction\u00a0\u00bb plut\u00f4t que de \u00ab\u00a0scission\u00a0\u00bb ou encore de \u00ab\u00a0segmentation\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e9galement par la valeur qu\u2019il prend en logique, soit d\u2019\u00eatre un connecteur.<\/p>\n<p id=\"footnote5_6a28fkm\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_6a28fkm\">[5]<\/a> Nous rappellerons que les \u00e9l\u00e9ments qui peuplent l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir dans le roman de Lewis Carroll trouvent leur forme originaire dans la r\u00e9alit\u00e9 fictionnelle, telle la Reine Rouge, qui rel\u00e8ve de Kitty.\u00a0<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>St-Onge, Simon. 2005. \u00abLa profondeur d&rsquo;une \u0153uvre. Pour un aper\u00e7u des espaces esth\u00e9tiques en litt\u00e9rature et en art\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abArts, litt\u00e9rature: dialogues, croisements, interf\u00e9rences\u00bb, n\u00b07, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5380 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/st-onge-07.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 st-onge-07.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-ee5e92cf-476d-4376-ba8d-9ec15042d063\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/st-onge-07.pdf\">st-onge-07<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/st-onge-07.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-ee5e92cf-476d-4376-ba8d-9ec15042d063\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abArts, litt\u00e9rature: dialogues, croisements, interf\u00e9rences\u00bb, n\u00b07 Cet article pourrait avoir comme origine la pr\u00e9face de l\u2019ouvrage Les Mots et les choses de Foucault. Dans son introduction \u00e0 une conception de l\u2019histoire des connaissances, l\u2019auteur rend compte de l\u2019effet que produit la lecture de l\u2019encyclop\u00e9die chinoise de Borges, en prenant soin de lier celui-ci \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1159,1178,1175,1161,1176,1177,1167,1168,1169,1170,1179,1180,1181,1162,1182,1173,1174,1160,1171,1172],"tags":[338],"class_list":["post-5380","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-arts","category-croisements-interferences","category-croisements-arts","category-croisements","category-croisements-litterature-dialogues","category-croisements-croisements","category-dossier-arts","category-dossier-arts-litterature-dialogues","category-dossier-arts-croisements","category-dossier-arts-interferences","category-interferences-arts","category-interferences-litterature-dialogues","category-interferences-croisements","category-interferences","category-interferences-interferences","category-litterature-dialogues-croisements","category-litterature-dialogues-interferences","category-litterature-dialogues","category-litterature-dialogues-arts","category-litterature-dialogues-litterature-dialogues","tag-st-onge-simon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5380","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5380"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5380\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9145,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5380\/revisions\/9145"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5380"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5380"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5380"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}