{"id":5383,"date":"2024-06-13T19:48:13","date_gmt":"2024-06-13T19:48:13","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/entre-le-mal-et-le-malade-revendication-du-sujet-a-travers-le-corps-anorexique-chez-valerie-valere\/"},"modified":"2024-09-10T15:34:49","modified_gmt":"2024-09-10T15:34:49","slug":"entre-le-mal-et-le-malade-revendication-du-sujet-a-travers-le-corps-anorexique-chez-valerie-valere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5383","title":{"rendered":"Entre le mal et le malade. Revendication du sujet \u00e0 travers le corps anorexique chez Val\u00e9rie Val\u00e8re"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6876\">Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08<\/a><\/h5>\n<p>Le corps f\u00e9minin est depuis longtemps au centre d\u2019une lutte pour la beaut\u00e9. \u00c0 travers les si\u00e8cles, il a \u00e9t\u00e9 band\u00e9, corset\u00e9, allong\u00e9. \u00c0 chaque p\u00e9riode, il a \u00e9t\u00e9 rendu conforme \u00e0 la tendance du moment et, \u00e0 chaque p\u00e9riode, il en a exprim\u00e9 son d\u00e9saccord \u00e0 travers diverses maladies. Neurasth\u00e9nie, hyst\u00e9rie, agoraphobie et anorexie ne sont que diverses r\u00e9ponses de ces corps de femmes, agress\u00e9s dans leur int\u00e9grit\u00e9 physique, \u00e0 la subordination sociale de laquelle ils sont victimes. Ces maladies et leurs effets parfois radicaux sur le corps f\u00e9minin offrent une image franche de ce corps mutil\u00e9, qui devient ainsi un texte pour l\u2019autre, un texte qui demande \u00e0 \u00eatre lu comme une prise de position sociale et sexu\u00e9e (Bordo, 1997, p. 94).<\/p>\n<p>Depuis la fin des ann\u00e9es soixante-dix, plusieurs \u00e9crivaines ont choisi de mettre leur subjectivit\u00e9 \u00e0 l\u2019avant-plan dans l\u2019\u00e9criture. Par le choix du r\u00e9cit, qui peut \u00eatre<\/p>\n<blockquote>\n<p>t\u00e9moignage, aveu, \u00e9criture du trauma et du deuil, autothanatographie, [\u2026] [elles] rompent avec les oppositions classiques entre le mensonge et la v\u00e9rit\u00e9, la fiction et l\u2019autobiographie, la pr\u00e9sence et l\u2019absence \u00be par rapport non seulement aux autres mais \u00e0 soi. (Delvaux, 2005, p. 8)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00e9criture de soi, qui met au jour un sujet enti\u00e8rement livr\u00e9, sans conditions ni censure, permet la d\u00e9couverte de territoires scripturaux d\u00e9chirants, indicibles et parfois latents. Ainsi, dans un r\u00e9cit de la maladie, celle-ci d\u00e9passe le statut de source d\u2019inspiration et devient le noyau m\u00eame de l\u2019\u00e9criture. Le texte agit \u00e0 titre d\u2019espace d\u2019expression de ce corps malade et devient, par le fait m\u00eame, un lieu de confrontation entre le langage et le corps, entre le mal et le malade.<\/p>\n<p>En 1978, Val\u00e9rie Val\u00e8re, seize ans, publie <em>Le pavillon des enfants fous<\/em>. Faisant simultan\u00e9ment de son texte et de son corps un manifeste social et un espace de maladie, Val\u00e8re am\u00e8ne une \u00e9criture qui va au-del\u00e0 de la simple anecdote en faisant de l\u2019anorexie un langage autonome. Nous \u00e9tudierons, dans ce t\u00e9moignage d\u2019une anorexique, l\u2019expression de la maladie et la r\u00e9appropriation de ce corps malade par l\u2019\u00e9criture. Nous nous int\u00e9resserons d\u2019abord \u00e0 la mani\u00e8re dont Val\u00e8re utilise son enveloppe corporelle comme une fronti\u00e8re close, afin de se prot\u00e9ger du monde social, auquel elle ne veut pas appartenir. Ensuite, nous verrons comment l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de la protagoniste, int\u00e9riorit\u00e9 qui prend de l\u2019ampleur en r\u00e9mission, lui permet partiellement de se reconstituer. Finalement, nous montrerons que le seul v\u00e9ritable moyen pour Val\u00e8re de r\u00e9aliser son corps et son esprit tel qu\u2019elle le souhaite est de les \u00e9crire. Avec ce r\u00e9cit en guise de t\u00e9moignage-manifeste, l\u2019anorexie de l\u2019auteure s\u2019inscrit dans l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<h2>Le corps d\u00e9poss\u00e9d\u00e9<\/h2>\n<h3><strong>1.1 Opposition<\/strong><\/h3>\n<blockquote>\n<p><em>Le pavillon des enfants fous<\/em> relate le s\u00e9jour de Val\u00e8re dans un h\u00f4pital psychiatrique pour enfants, o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 intern\u00e9e pour anorexie grave. Refusant de s\u2019alimenter, de communiquer, et par le fait m\u00eame de gu\u00e9rir, elle reste enferm\u00e9e dans sa chambre, isol\u00e9e dans une maladie volontaire et destructrice. Tant bien que mal, mais sans se r\u00e9tablir v\u00e9ritablement, elle tente de se r\u00e9approprier un corps qu\u2019on lui a depuis longtemps vol\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but du texte, on remarque que l\u2019anorexie de la narratrice se pr\u00e9sente avant tout comme un refus d\u2019appartenir au monde social, au monde des adultes. Val\u00e8re utilise son enveloppe corporelle comme protection. Afin de se pr\u00e9server des attaques du monde qui l\u2019entoure, elle tente de prendre le dessus \u00e0 m\u00eame le langage. Par exemple, elle formule ses refus en incluant le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb dans la m\u00eame phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Vos kilos je n\u2019en veux pas\u00a0\u00bb (Val\u00e8re, 1978, p. 44); ou encore \u00ab\u00a0Je ne veux pas devenir comme vous, passifs, idiots, but\u00e9s. Je n\u2019ai pas peur de vos phrases, je n\u2019ai pas peur de cette mort que vous redoutez tant.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 22) La phrase \u00ab\u00a0Vous ne m\u2019aurez pas\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 44 et 102) se r\u00e9p\u00e8te constamment, comme autant de barri\u00e8res entre l\u2019auteure et le monde.<\/p>\n<p>Le refus est la premi\u00e8re mani\u00e8re pour Val\u00e8re de s\u2019opposer aux autres. Elle se sent plus forte en rejetant l\u2019aide que l\u2019on veut lui apporter. Refusant si vindicativement les approches des autres, le personnage de Val\u00e9rie se donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre en contr\u00f4le, de se poss\u00e9der totalement. En fait, il semble plut\u00f4t qu\u2019elle ait peur de s\u2019ouvrir aux autres\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00fb le larder de fl\u00e9chettes, de coups de pied, ou de mots sarcastiques mais ma col\u00e8re m\u2019aveuglait trop, je me serais retrouv\u00e9e ridicule, tout enti\u00e8re livr\u00e9e, d\u00e9couverte\u2026\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 27) Son agressivit\u00e9 est davantage reli\u00e9e \u00e0 la peur d\u2019\u00eatre trahie ou d\u00e9\u00e7ue\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Par le refus de s\u2019abandonner et de perdre le contr\u00f4le, l\u2019anorexique fait violence au d\u00e9sir de proximit\u00e9, ce d\u00e9sir qui, passant par le corps, rappelle le manque, le vide, le creux ou parall\u00e8lement, l\u2019envahissement, l\u2019\u00e9touffement, la peur de ne plus exister au profit du d\u00e9sir de l\u2019autre. (Miron et Loubier, 1991, p. 27)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3><strong>1.2 Refus de communication<\/strong><\/h3>\n<p>Le refus de manger, comme le refus de parler aux m\u00e9decins ou \u00e0 ses parents, d\u00e9montre bien que Val\u00e8re ne veut pas se laisser p\u00e9n\u00e9trer. La pr\u00e9sence d\u2019un dialogue pourrait donner aux autres un acc\u00e8s \u00e0 son int\u00e9riorit\u00e9 farouchement prot\u00e9g\u00e9e. Ainsi, la narratrice \u00e9nonce elle-m\u00eame son silence \u00e0 plusieurs reprises\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne veux pas vous parler. Je ne veux pas que vous sachiez quoi que ce soit de moi. Je refuse votre aide. Je ne suis pas malade et vous le savez, c\u2019est pour \u00e7a que je n\u2019ai pas besoin de vous parler.\u00a0\u00bb (Val\u00e8re, 1978, p. 43)<\/p>\n<p>L\u2019apologie du \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb est \u00e9galement, pour l\u2019anorexique, une mani\u00e8re de s\u2019opposer \u00e0 la communication. En \u00e9non\u00e7ant qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 savoir d\u2019elle, Val\u00e8re \u00e9nonce qu\u2019elle n\u2019est rien\u00a0: \u00ab\u00a0Au moins, je garderai quelque chose \u00e0 moi, pour moi. Ils ne m\u2019auront pas tout enti\u00e8re, ils n\u2019auront pas ma voix, ni mes pens\u00e9es, rien.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 27) En refusant tout, elle voudrait effectivement devenir ce rien\u00a0: \u00ab\u00a0Le vide est impossible \u00e0 quitter pour l\u2019anorexique parce qu\u2019il repr\u00e9sente la d\u00e9fense contre les autres.\u00a0\u00bb (Miron et Loubier, 1991, p. 27) \u00c0 travers ce mot \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb, la protagoniste cr\u00e9e un vide avec son corps, en le refermant de mani\u00e8re absolue. Le mot \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb formera simultan\u00e9ment cet espace corporel du vide mais \u00e9galement de la pl\u00e9nitude, parce qu\u2019elle n\u2019a pas besoin de l\u2019aide qu\u2019on lui offre. Paradoxalement, \u00ab\u00a0l\u2019anorexique ne manque de rien\u00a0\u00bb (Michaud, 1997, p. 22).<\/p>\n<h3><strong>1.3 Amincissement de la fronti\u00e8re<\/strong><\/h3>\n<p>Alors qu\u2019elle se montre particuli\u00e8rement agressive et ferm\u00e9e au d\u00e9but du texte, Val\u00e8re semble perdre ses moyens vers le milieu du r\u00e9cit, avec ce qu\u2019elle appelle \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9clatement des peaux\u00a0\u00bb (1978, p. 93, 102 et 104). Cet \u00e9pisode justifie la volont\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dente d\u2019\u00e9tablir une fronti\u00e8re entre elle et les autres puisque Val\u00e8re expose maintenant une fragilit\u00e9 coupable et incontr\u00f4lable. En utilisant des mots comme \u00ab\u00a0craquer\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9clater\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0effriter\u00a0\u00bb, elle montre non seulement qu\u2019elle n\u2019est pas inatteignable, mais \u00e9galement que son v\u00e9ritable combat est men\u00e9 contre elle-m\u00eame. En s\u2019emp\u00eachant de se r\u00e9v\u00e9ler au monde, en n\u2019\u00e9tant que silence, vide et rien, elle se cr\u00e9e une pression psychologique qui un jour la fera litt\u00e9ralement \u00e9clater, comme elle le mentionne elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment pr\u00e9cis, la situation change de cap. Plut\u00f4t que de refuser de se laisser p\u00e9n\u00e9trer par les autres, Val\u00e8re retient quelque chose dans son propre corps\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019en peux plus, \u00e7a essaie de me percer les os des c\u00f4tes\u2026 Merde, je perds encore, \u00e7a sort, \u00e7a \u00e9clate comme une bombe retourn\u00e9e contre moi.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 146) Dans son d\u00e9sir de tout contenir, la malade reproduit sur elle-m\u00eame le traitement que lui inflige l\u2019h\u00f4pital\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut enfermer, inclure, contenir, mettre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et ne laisser sortir qu\u2019\u00e0 bon escient.\u00a0\u00bb (Bibaud, 1997, p. 23) Lorsqu\u2019elle \u00e9clate, les contradictions de sentiments se font plus flagrantes et plus fr\u00e9quentes. Incapable de lancer un v\u00e9ritable appel \u00e0 l\u2019aide, Val\u00e8re masque sa d\u00e9tresse dans un discours ambigu\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ne m\u2019indiff\u00e8rent pas du tout. Je les d\u00e9teste. Je les hais. Je ne peux pas les ignorer. Sinon, je gagnerais.\u00a0\u00bb (1978, p. 63)<\/p>\n<p>L\u2019agressivit\u00e9 que Val\u00e8re d\u00e9fend avec conviction n\u2019est qu\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9fense, lui permettant de se cacher derri\u00e8re le faux pouvoir de son corps malade, derri\u00e8re un refus qui semble assum\u00e9 mais qui est en fait une lutte de forces internes, qu\u2019elle ne pourra contr\u00f4ler ind\u00e9finiment.<\/p>\n<h2>2. Le corps vaincu et reposs\u00e9d\u00e9<\/h2>\n<h3><strong>2.1 Ouverture de l\u2019espace corporel<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9clatement des peaux cr\u00e9e un nouvel espace personnel avec lequel Val\u00e8re doit transiger. Elle a craqu\u00e9, son int\u00e9riorit\u00e9 est expos\u00e9e \u00e0 ceux dont elle se cachait. D\u00e8s le moment o\u00f9 elle recommence \u00e0 s\u2019alimenter, Val\u00e8re s\u2019invente un espace imaginaire qui lui permet de se motiver\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je ne sais pas comment s\u2019appelle cette sensation, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance, je quitte tout, il faut que j\u2019oublie sinon je ne le supporterai jamais, je dois me perdre, ne plus exister que dans mon monde \u00e0 moi, c\u2019est le prix de la libert\u00e9, le prix d\u2019un r\u00eave. (<em>Ibid.<\/em>, p. 116)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Val\u00e8re \u00e9tant d\u00e9sireuse de s\u2019en sortir mais incapable d\u2019affronter le monde ext\u00e9rieur, l\u2019espace cr\u00e9\u00e9 demeure une projection irr\u00e9elle, incompatible avec la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une illusion, je ne \u201csortirai\u201d jamais. \u201cDehors\u201d ne veut rien dire, le vrai \u201cdehors\u201d est \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de distance de notre pauvre monde de d\u00e9chets, \u00e0 des milliers de si\u00e8cles\u2026 Je ne l\u2019atteindrai jamais\u2026\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 122) Val\u00e8re acc\u00e8de difficilement \u00e0 cet endroit paisible si convoit\u00e9, aussi cet espace, qui semble d\u2019abord l\u2019apaiser, produit plut\u00f4t un endroit hostile, o\u00f9 elle projette sa haine et son amertume envers elle-m\u00eame.<\/p>\n<h3><strong>2.2 Introspection de la qu\u00eate d\u2019identit\u00e9\u00a0: la reddition du corps<\/strong><\/h3>\n<p>Incapable d\u2019accepter ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme une d\u00e9faite personnelle, Val\u00e8re retourne l\u2019arme dans sa direction pour attaquer verbalement son incomp\u00e9tence et son manque de contr\u00f4le. La cr\u00e9ation du double avec l\u2019utilisation de la deuxi\u00e8me personne marque l\u2019apparition de ce sentiment de haine. En recommen\u00e7ant \u00e0 manger, Val\u00e8re r\u00e9alise qu\u2019elle est sa propre ennemie. Le d\u00e9doublement d\u00e9montre que la gu\u00e9rison n\u2019est pas assum\u00e9e, et que la narratrice ressent encore le besoin de diriger sa frustration et sa culpabilit\u00e9 envers quelqu\u2019un\u00a0: \u00ab\u00a0T\u2019es une vraie conne, une vraie conne, qu\u2019est-ce que tu cherches? Tu veux te faire plaindre? Non, ce n\u2019est pas vrai, tu ne veux pas qu\u2019on te foute la paix. La preuve, elle qui ne t\u2019a pas parl\u00e9 comme une folle, tu ne la d\u00e9testes pas tout \u00e0 fait.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 106)<\/p>\n<p>Le dialogue interne permet \u00e0 Val\u00e8re de faire un pas r\u00e9el vers la gu\u00e9rison. En s\u2019attaquant, elle s\u2019affaiblit et se force \u00e0 se questionner\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je commen\u00e7ais \u00e0 me poser des questions sur mon comportement, sur mes refus, et surtout sur ces paroles qui avaient, pour le moment, fait tomber ma haine envers \u00ab\u00a0ils\u00a0\u00bb et ranimaient celle envers moi. Mon \u00e9tat d\u2019esprit \u00e9tait totalement diff\u00e9rent. Est-ce qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 je cherchais quelqu\u2019un pour s\u2019occuper de moi? (<em>Ibid.<\/em>, p. 107)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, de plus en plus, les attaques font place \u00e0 des questionnements introspectifs qui, peu \u00e0 peu, se dirigent vers l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h3><strong>2.3 \u00c9laboration d\u2019un univers social int\u00e9rieur\u00a0: la rencontre d\u2019autres anorexiques<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e d\u2019autres anorexiques dans le pavillon permet de projeter le dialogue personnel de Val\u00e8re vers un discours ext\u00e9rieur, ramenant graduellement le contact de la protagoniste avec le monde r\u00e9el. Avec d\u2019autres filles dans le m\u00eame \u00e9tat, elle retrouve une force par le regroupement de trois voix en une seule\u00a0: \u00ab\u00a0Le corps ha\u00ef de Val\u00e8re s\u2019est uni \u00e0 d\u2019autres corps pour n\u2019en former qu\u2019un seul, porteur d\u2019une cause commune. Momentan\u00e9ment, le \u201cje\u201d s\u2019efface derri\u00e8re un \u201cnous\u201d convaincu.\u00a0\u00bb (D\u2019amours, 2000, p. 67) Ce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb permettra \u00e0 Val\u00e8re d\u2019exprimer sa r\u00e9volte\u00a0: \u00ab\u00a0devant leurs m\u00e9thodes que nous jugions \u00e9videmment indignes, nous nous r\u00e9volt\u00e2mes mutuellement\u00a0\u00bb (Val\u00e8re, 1978, p. 135).<\/p>\n<p>En abordant la premi\u00e8re anorexique, Val\u00e8re tente aussit\u00f4t de l\u2019inclure dans son propre discours\u00a0: \u00ab\u00a0Bonjour, je suis anorexique aussi. C\u2019est infect ce qu\u2019ils font, hein?\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 120) Pour Val\u00e8re, cette appropriation du discours de l\u2019autre, par l\u2019utilisation du \u00ab\u00a0aussi\u00a0\u00bb, lui permet de se d\u00e9culpabiliser de ses propres comportements et de se retrouver dans l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0Tu pleures aussi toute la journ\u00e9e?\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 120)<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence d\u2019autres anorexiques dans le pavillon permet \u00e0 Val\u00e8re non seulement de r\u00e9tablir un dialogue avec le monde ext\u00e9rieur, mais \u00e9galement de restituer un dialogue positif avec elle-m\u00eame, en lui permettant d\u2019interpr\u00e9ter davantage ses comportements\u00a0: \u00ab\u00a0Je me rendis parfaitement compte que c\u2019\u00e9tait moi que je cherchais \u00e0 atteindre \u00e0 travers elle.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 120)<\/p>\n<h2>3. Le nouveau corps\u00a0: le corps \u00e9criture<\/h2>\n<h3><strong>3.1 Le t\u00e9moignage comme int\u00e9riorisation de la maladie<\/strong><\/h3>\n<p>Avec son r\u00e9cit en guise de t\u00e9moignage, Val\u00e8re comprend que le seul moyen de r\u00e9aliser son corps et son esprit tel qu\u2019elle le souhaite est de le faire par l\u2019\u00e9criture. Se consid\u00e9rant vaincue par le syst\u00e8me m\u00e9dical, Val\u00e8re utilise l\u2019\u00e9criture pour exprimer sa maladie et ses \u00e9motions sans aucune retenue, de la mani\u00e8re dont l\u2019explique Didier Anzieu dans <em>Corps cr\u00e9ation<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9crivain authentique cr\u00e9e pour faire quelque chose de ce qu\u2019il y a en lui d\u2019inemploy\u00e9, pour \u00e9puiser la part d\u2019imagination, le potentiel d\u2019\u00e9motion qui n\u2019ont point trouv\u00e9 leur emploi dans la vie.\u00a0\u00bb (1980, p. 119) Plusieurs fois, Val\u00e8re verbalise son d\u00e9sir de s\u2019exprimer, d\u2019inscrire une parole qui existe au fond d\u2019elle-m\u00eame, mais qui reste sans voix\u00a0: \u00ab\u00a0rien ne peut \u00eatre dit dans une phrase, tout est ancr\u00e9 quelque part, au plus profond\u00a0\u00bb (1978, p. 178).<\/p>\n<p>Dans l\u2019impossibilit\u00e9 de \u00ab\u00a0gagner\u00a0\u00bb contre le personnel de l\u2019h\u00f4pital, Val\u00e8re r\u00e9plique avec son t\u00e9moignage\u00a0: \u00ab\u00a0Comme si on pouvait r\u00e9pondre par une phrase \u00e0 toute cette lente destruction, \u00e0 un refus aussi complet.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 135) Isabelle D\u2019amours pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture est une n\u00e9cessit\u00e9 pour Val\u00e8re et lui permet, entre autres, de r\u00e9\u00e9crire son corps, faisant ainsi de l\u2019anorexie une revendication plut\u00f4t qu\u2019une maladie et de l\u2019\u00e9criture un outil servant \u00e0 construire son identit\u00e9.\u00a0\u00bb (2000, p. 28) Ainsi, par la prise de parole, Val\u00e8re se permet de cr\u00e9er son propre espace anorexique, qui lui donne la possibilit\u00e9 d\u2019exprimer sa maladie de la mani\u00e8re qu\u2019elle le souhaite.<\/p>\n<h3><strong>3.2 Inscription du corps directement dans l\u2019\u00e9criture<\/strong><\/h3>\n<p>Non seulement Val\u00e8re parvient \u00e0 s\u2019exprimer par l\u2019\u00e9criture, mais elle peut \u00e9galement y inscrire la relation qu\u2019elle entretient avec son corps et la nourriture. En associant les \u00e9motions avec le processus de digestion, Val\u00e8re explique inconsciemment son malaise avec la nourriture, ou ce que celle-ci symbolise pour elle\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avalais sans r\u00e9agir cette rage contre moi-m\u00eame.\u00a0\u00bb (1978, p. 95) Le travail m\u00e9taphorique permet d\u2019une certaine mani\u00e8re d\u2019expurger cette sensation difficile \u00e0 exprimer concr\u00e8tement\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>toute cr\u00e9ation authentique requiert une difficile r\u00e9gression \u00e0 une zone \u00e9cart\u00e9e de soi-m\u00eame o\u00f9 des repr\u00e9sentations pr\u00e9conscientes de choses n\u2019ont point encore trouv\u00e9 \u00e0 se lier \u00e0 des repr\u00e9sentations pr\u00e9conscientes de mots et subsistent, marginales, latentes et intenses, comme enkyst\u00e9e ou d\u00e9port\u00e9es, non seulement indiscernables mais introuvables. (Anzieu, 1980, p. 120)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019utilisation de l\u2019\u00e9criture permet de comprendre, par un processus d\u2019association, ce que la nourriture repr\u00e9sente pour Val\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Souvent, la solitude a un go\u00fbt de malheur et d\u2019abandon, elle laisse une saveur dans la gorge.\u00a0\u00bb (1978, p. 64) Ce d\u00e9go\u00fbt alimentaire se juxtapose \u00e0 quelque chose de plus grand et d\u2019encore plus difficile \u00e0 dig\u00e9rer. Refuser de s\u2019alimenter, c\u2019est refuser ces \u00e9motions troublantes et d\u00e9plaisantes qui pars\u00e8ment la vie de l\u2019adolescente.<\/p>\n<p>Les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019\u00e9criture utilis\u00e9s par l\u2019auteure font de son r\u00e9cit-t\u00e9moignage beaucoup plus qu\u2019une simple catharsis. En effet, Val\u00e8re transpose directement sa maladie dans l\u2019\u00e9criture, pour que le texte devienne lui-m\u00eame anorexique. C\u2019est d\u2019ailleurs de cette mani\u00e8re que Val\u00e8re pourra assumer son \u00e9chec physique puisque l\u2019anorexie du texte continuera d\u2019elle-m\u00eame son \u0153uvre. En d\u00e9composant les mots \u00e0 leur plus simple expression, tel que \u00ab\u00a0Je suis folle, folle, f,o,l,l,e\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 62), ou encore \u00ab\u00a0comme une larve\u2026 une l,a,r,v,e\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 211), Val\u00e8re impose un rythme saccad\u00e9 et une \u00e9criture d\u00e9construite \u00e0 l\u2019extr\u00eame, qui a peine \u00e0 sortir, de la mani\u00e8re dont elle-m\u00eame se sent et voudrait \u00eatre\u00a0: fragment\u00e9e et quasi disparue. Comme le pr\u00e9cise Isabelle D\u2019amours\u00a0: \u00ab\u00a0Ce rythme spasmodique, impos\u00e9 par l\u2019\u00e9criture, rend le texte sec et hachur\u00e9\u00a0: il \u00e9voque un vomissement.\u00a0\u00bb (2000, p. 46)<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le fait que l\u2019\u00e9criture tente d\u2019aller au bout des choses, on remarque que certaines barri\u00e8res ou certaines r\u00e9sistances subsistent. Les phrases qui se terminent par des points de suspension sont fr\u00e9quentes et indiquent un blocage, une retenue, une incapacit\u00e9. \u00c9galement, le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb plac\u00e9 \u00e0 la fin d\u2019une phrase montre que la lutte de Val\u00e8re contre elle-m\u00eame persiste\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne savais rien, sauf que j\u2019allais me laisser avoir\u2026 Non!\u00a0\u00bb (1978, p. 104) Bien que le r\u00e9cit devrait contribuer \u00e0 cr\u00e9er un nouvel espace, on retrouve encore certaines restrictions dans l\u2019\u00e9criture. Le r\u00e9cit se pr\u00e9sente de mani\u00e8re anorexique et demeure, comme son auteure, malade.<\/p>\n<h2>Une lutte \u00e0 finir, un \u00e9quilibre \u00e0 atteindre<\/h2>\n<p>La maladie de Val\u00e9rie Val\u00e8re est non seulement un refus de s\u2019alimenter, mais cache \u00e9galement un refus de se r\u00e9v\u00e9ler, de s\u2019accepter, de s\u2019aimer et d\u2019aimer les autres. Elle est le mode d\u2019expression d\u2019un mal de vivre profond et d\u2019une r\u00e9volte sociale qui s\u2019\u00e9nonce \u00e0 travers la violence corporelle que s\u2019inflige la jeune fille. Malgr\u00e9 le r\u00e9tablissement du dialogue entre elle et les autres, les difficult\u00e9s de communication subsistent, et Val\u00e8re, bien que sortie de l\u2019h\u00f4pital, lutte toujours contre un corps d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 et insaisissable.<\/p>\n<p>La r\u00e9daction de son t\u00e9moignage-manifeste permet \u00e0 l\u2019auteure de reprendre partiellement le contr\u00f4le de son corps, en inscrivant sa maladie directement dans un espace d\u2019\u00e9criture. Mais celui-ci se r\u00e9v\u00e8le tout de m\u00eame \u00eatre un cheminement inachev\u00e9, \u00e0 l\u2019image m\u00eame du pseudonyme que l\u2019auteure s\u2019est donn\u00e9e, Val\u00e8re, refl\u00e9tant, par la r\u00e9flexion tronqu\u00e9e de son pr\u00e9nom, l\u2019incompl\u00e9tude et le d\u00e9s\u00e9quilibre que la jeune fille ressent face \u00e0 elle-m\u00eame. Au-del\u00e0 de l\u2019analyse textuelle, le processus d\u2019\u00e9criture, expliqu\u00e9 par l\u2019\u00e9diteur au d\u00e9but du r\u00e9cit, semble s\u2019\u00eatre d\u00e9roul\u00e9 compulsivement\u00a0: \u00ab\u00a0Elle s\u2019est mise \u00e0 la machine \u00e0 \u00e9crire et ne l\u2019a quitt\u00e9e que lorsque la derni\u00e8re ligne de son texte a \u00e9t\u00e9 tap\u00e9e, refusant m\u00eame de se relire.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 7) Dans l\u2019oscillation entre deux d\u00e9sirs extr\u00eames, celui de se r\u00e9v\u00e9ler sans restriction et celui de se prot\u00e9ger sauvagement, aucun \u00e9quilibre n\u2019est vraiment atteint, ni pour le texte ni pour l\u2019auteure.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><strong>\u0152uvre analys\u00e9e<\/strong><\/h3>\n<p>VAL\u00c8RE, Val\u00e9rie. 1978. <em>Le pavillon des enfants fous.<\/em> Paris\u00a0: Stock, 239 p.<\/p>\n<h3><strong>Ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence<\/strong><\/h3>\n<p>ANZIEU, Didier. 1980. <em>Corps cr\u00e9ation<\/em>. Lyon\u00a0: Presses universitaires de Lyon, 279 p.<\/p>\n<p>BIDAUD, \u00c9ric. 1997. <em>Anorexie mentale, asc\u00e8se, mystique.<\/em> Paris\u00a0: Deno\u00ebl, 250 p.<\/p>\n<p>CONBOY, Katie, Nadia MEDINA et Sarah STANBURY. 1997. <em>Female Embodiement and Feminist Theory.<\/em> New York\u00a0: Columbia University Press, 430 p.<\/p>\n<p>D\u2019AMOURS, Isabelle. 2000. \u00ab\u00a0Inscription du corps et de l\u2019anorexie dans l\u2019\u0153uvre de Val\u00e9rie Val\u00e8re\u00a0\u00bb. M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Montr\u00e9al, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, 94 p.<\/p>\n<p>DELVAUX, Martine. 2005. <em>Histoires<\/em> <em>de<\/em> <em>fant\u00f4mes.<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, 226 p.<\/p>\n<p>MICHAUD, Ginette. 1997. \u00ab\u00a0La tentation de l\u2019anorexique\u00a0\u00bb. <em>Spirale<\/em>, n<sup>o<\/sup> 154 (mai-juin), p. 22.<\/p>\n<p>MIRON, Th\u00e9r\u00e8se, et Gilles LOUBIER. 1991. \u00ab\u00a0L\u2019anorexie\u00a0: violence au d\u00e9sir et mort psychique\u00a0\u00bb. <em>Fronti\u00e8res<\/em>, n<sup>o<\/sup> 2 (automne), p. 25-28.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dupuis, Jacinthe. 2006. \u00abEntre le mal et le malade. Revendication du sujet \u00e0 travers le corps anorexique chez Val\u00e9rie Val\u00e8re\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5383\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dupuis-08.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dupuis-08.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a9534deb-05c8-4f4f-b329-01873a537130\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dupuis-08.pdf\">dupuis-08<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dupuis-08.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a9534deb-05c8-4f4f-b329-01873a537130\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08 Le corps f\u00e9minin est depuis longtemps au centre d\u2019une lutte pour la beaut\u00e9. \u00c0 travers les si\u00e8cles, il a \u00e9t\u00e9 band\u00e9, corset\u00e9, allong\u00e9. \u00c0 chaque p\u00e9riode, il a \u00e9t\u00e9 rendu conforme \u00e0 la tendance du moment et, \u00e0 chaque p\u00e9riode, il en a exprim\u00e9 son d\u00e9saccord [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1183,1184],"tags":[126],"class_list":["post-5383","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-espaces-inedits-les-nouveaux-avatars-du-livre","category-hors-dossier","tag-dupuis-jacinthe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5383","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5383"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5383\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9218,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5383\/revisions\/9218"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5383"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5383"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5383"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}