{"id":5384,"date":"2024-06-13T19:48:13","date_gmt":"2024-06-13T19:48:13","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/salammbo-exotisme-et-alterite\/"},"modified":"2024-09-10T15:18:22","modified_gmt":"2024-09-10T15:18:22","slug":"salammbo-exotisme-et-alterite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5384","title":{"rendered":"\u00ab Salammb\u00f4 \u00bb : exotisme et alt\u00e9rit\u00e9"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6876\">Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>[\u2026] tout cela montait l\u2019un sur l\u2019autre en se cachant \u00e0 demi, d\u2019une fa\u00e7on merveilleuse et incompr\u00e9hensible. On y sentait la succession des \u00e2ges et comme des souvenirs de patries oubli\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Gustave Flaubert, Salammb\u00f4, 2001 [1862].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Concevant l\u2019exotisme comme tout ce qui est \u00ab\u00a0en dehors\u00a0\u00bb, Victor Segalen voyait, \u00e0 juste titre, deux types d\u2019exotisme\u00a0: l\u2019un dans l\u2019espace et l\u2019autre dans le temps<a id=\"footnoteref1_o3ef4de\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir Segalen, Victor. 1978. Essai sur l\u2019exotisme. Une esth\u00e9tique du divers, Montpellier\u00a0: Fata Morgana, p.\u00a020-25. \" href=\"#footnote1_o3ef4de\">[1]<\/a>. Toutefois, si elles semblent aller de soi, les deux cat\u00e9gories, \u00e0 regarder la production litt\u00e9raire exotique du XIX<sup>e<\/sup> et XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, sont souvent imbriqu\u00e9es l\u2019une dans l\u2019autre. Que ce soit dans <em>Voyage en Orient<\/em> de G\u00e9rard de Nerval, dans <em>Ren\u00e9 Leys <\/em>de Victor Segalen, ou encore dans l\u2019imaginaire \u00e9gyptien de Th\u00e9ophile Gautier, l\u2019Orient exotique que ces \u00e9crivains recherchent est investi d\u2019une dimension archa\u00efque; l\u2019ailleurs, en lui-m\u00eame, ne suffit pas. Il faut chercher plus loin, creuser toujours davantage pour, au fond, que l\u2019ailleurs se r\u00e9v\u00e8le inaccessible, d\u2019o\u00f9 sa puissante capacit\u00e9 \u00e0 faire r\u00eaver, \u00e0 activer les m\u00e9canismes de l\u2019imaginaire. Gustave Flaubert avait sans doute compris, comme plusieurs de ses compatriotes, cette puissance cr\u00e9atrice de l\u2019ailleurs. D\u00e9go\u00fbt\u00e9 de son \u00e9poque embourgeois\u00e9e et plus qu\u2019ennuy\u00e9 par sa fr\u00e9quentation, durant sept ans, avec la \u00ab\u00a0Bovary\u00a0\u00bb, il avait sans doute un go\u00fbt de fuite lorsqu\u2019il d\u00e9cida d\u2019entamer la r\u00e9daction de <em>Salammb\u00f4<\/em> en 1857. Et cette fuite trouvera son aboutissement au II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. dans l\u2019archa\u00efsme d\u2019une Carthage largement imaginaire, alors que la ville est menac\u00e9e par une invasion barbare.<\/p>\n<h2>Effet de r\u00e9el, effet d\u2019exotisme<\/h2>\n<p>\u00c9crire un roman dans lequel l\u2019action se d\u00e9roule dans une civilisation disparue n\u2019est pas sans poser probl\u00e8me. An\u00e9antie par Rome apr\u00e8s la troisi\u00e8me guerre punique, Carthage aura laiss\u00e9 peu de documents relatant son histoire. Bien qu\u2019il se soit inspir\u00e9 de plusieurs ouvrages, Flaubert a d\u00fb r\u00e9inventer l\u2019environnement carthaginois \u00e0 cause des nombreuses zones d\u2019ombre de l\u2019histoire de la civilisation. Or cette r\u00e9invention, qui participe largement \u00e0 l\u2019exotisme du roman, semble aller en contradiction avec les techniques romanesques de l\u2019\u00e9cole r\u00e9aliste\u00a0: comment arrimer le r\u00e9el \u00e0 l\u2019exotisme, qui se donne justement comme l\u2019envers du familier auquel renvoie n\u00e9cessairement le r\u00e9f\u00e9rent du langage r\u00e9aliste. Rendre l\u2019exotisme familier, voil\u00e0 le paradoxe de <em>Salammb\u00f4<\/em>. Flaubert jouera donc pleinement de ce que Barthes appelait \u00ab\u00a0l\u2019effet de r\u00e9el\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le signifi\u00e9 est expuls\u00e9 du signe [\u2026]. C\u2019est l\u00e0 ce que l\u2019on pourrait appeler <em>l\u2019illusion r\u00e9f\u00e9rentielle<\/em>. La v\u00e9rit\u00e9 de cette illusion est celle-ci\u00a0: supprim\u00e9 de l\u2019\u00e9nonciation r\u00e9aliste \u00e0 titre de signifi\u00e9 de d\u00e9notation, le \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb y revient \u00e0 titre de signifi\u00e9 de connotation; car le moment m\u00eame o\u00f9 ces d\u00e9tails sont r\u00e9put\u00e9s d\u00e9noter directement le r\u00e9el, ils ne font rien d\u2019autre, sans le dire, que le signifier. (Barthes, 1982, p.\u00a088)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00ab\u00a0effet de r\u00e9el\u00a0\u00bb est fortement pr\u00e9sent dans l\u2019utilisation des toponymes (\u00ab\u00a0Kinsido\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Samnium\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Syrtes\u00a0\u00bb), des noms d\u2019armes (\u00ab\u00a0h\u00e9l\u00e9pole\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0toll\u00e9none\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sarisse\u00a0\u00bb), des termes reli\u00e9s \u00e0 la botanique (\u00ab\u00a0caroubier\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0cardamome\u00a0\u00bb) ou \u00e0 des dieux obscurs (\u00ab\u00a0Astoreth\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mylitta\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Athara\u00a0\u00bb). Pour le lecteur non sp\u00e9cialiste, le foisonnement de ces termes cr\u00e9e certainement un effet d\u2019\u00e9tranget\u00e9, car, en eux-m\u00eames, ils n\u2019ont pratiquement aucun r\u00e9f\u00e9rent. Les noms propres utilis\u00e9s par Flaubert participent \u00e9galement \u00e0 cet effet d\u2019\u00e9tranget\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Annaba\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Magdassan\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Taanach\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Baat-Baal\u00a0\u00bb, etc. Tous ces noms, dans leur sonorit\u00e9, ne sont pas familiers au lecteur francophone; et ils connotent une langue de l\u2019ailleurs, sinon <em>des<\/em> langues de l\u2019ailleurs. Ce proc\u00e9d\u00e9, en quelque sorte, remplace l\u2019utilisation des termes translitt\u00e9r\u00e9s, plus fr\u00e9quents chez un \u00e9crivain comme G\u00e9rard de\u00a0Nerval<a id=\"footnoteref2_3kyeywz\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans Voyage en Orient, par exemple, Nerval fera correspondre fr\u00e9quemment des \u00e9l\u00e9ments de la culture \u00e9gyptienne \u00e0 la culture occidentale afin de les rendre plus intelligibles au lecteur. Par exemple, lorsqu\u2019il \u00e9voque les assaisonnements de meloukia, il sp\u00e9cifie\u00a0: \u00ab\u00a0l\u00e9gumes savoureux dont l\u2019un remplace \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019\u00e9pinard\u2026\u00a0\u00bb (1980. Voyage en Orient I, Paris\u00a0: Garnier-Flammarion, p.\u00a0215) \" href=\"#footnote2_3kyeywz\">[2]<\/a>. Flaubert \u00e9voque d\u2019ailleurs ce caract\u00e8re \u00e9trange des langues dans ce passage o\u00f9 sont pr\u00e9sent\u00e9s\u00a0les barbares:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il y avait l\u00e0 des hommes de toutes les nations, des Ligures, des Lusitaniens, des Bal\u00e9ares, des N\u00e8gres et des fugitifs de Rome. On entendait, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lourd patois dorien, retentir les syllabes celtiques bruissantes comme des chars de bataille, et les terminaisons ioniennes se heurtaient aux consonnes du d\u00e9sert, \u00e2pres comme des cris de chacal. (Flaubert, 2001, p.\u00a059)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sorte de nouvelle Babel, le clan des mercenaires est polyglotte, et, \u00e0 la fa\u00e7on dont elles sont compar\u00e9es \u00e0 des \u00ab\u00a0chars de bataille\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0consonnes du d\u00e9sert\u00a0\u00bb ou \u00e0 des \u00ab\u00a0cris de chacals\u00a0\u00bb, les langues, dans leur sonorit\u00e9 m\u00eame, v\u00e9hiculent des connotations d\u2019un lointain barbare. Selon Lionel Bottineau, les termes techniques ou archa\u00efques, et le caract\u00e8re \u00ab\u00a0lointain\u00a0\u00bb de la sonorit\u00e9 des toponymes mettent en place une \u00ab\u00a0po\u00e9sie exotique\u00a0\u00bb qui, si elle est, dans son foisonnement, vide de sens, ne participe pas moins \u00e0 une \u00ab\u00a0illusion r\u00e9f\u00e9rentielle\u00a0\u00bb inscrivant l\u2019espace romanesque de <em>Salammb\u00f4<\/em> dans une r\u00e9alit\u00e9 fictive<a id=\"footnoteref3_g8zefpq\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir Lionel Bottineau. 1984. \u00ab\u00a0La repr\u00e9sentation de l\u2019espace dans Salammb\u00f4\u00a0\u00bb. La revue des lettres modernes\u00a0: histoire des id\u00e9es et des litt\u00e9ratures, no\u00a0703-706, p.\u00a079-104. L\u2019auteur va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 affirmer que le \u00ab\u00a0paysage de Salammb\u00f4\u00a0\u00bb est illisible, car celui-ci joue trop grandement de cette illusion r\u00e9f\u00e9rentielle et, en ce sens, constitue un \u00e9chec de l\u2019\u00e9criture r\u00e9aliste de Flaubert dans sa tentative de d\u00e9peindre un ailleurs disparu. \" href=\"#footnote3_g8zefpq\">[3]<\/a>. Dans cette perspective, la recherche du pittoresque, si ch\u00e8re \u00e0 bon nombre d\u2019\u00e9crivains voyageurs du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, devient impossible. Selon Jean-Marc Moura, le pittoresque se d\u00e9finit comme la \u00ab\u00a0qualit\u00e9 d\u2019une description qui exprime la r\u00e9alit\u00e9 avec vivacit\u00e9 et couleur\u00a0\u00bb (Moura, 1992, p.\u00a0194). Dans <em>Salammb\u00f4<\/em>, cette \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, bien souvent, est vid\u00e9e de son r\u00e9f\u00e9rent, et les \u00ab\u00a0couleurs locales\u00a0\u00bb ne renvoient qu\u2019\u00e0 elles-m\u00eames. Cette utilisation du langage exotique fait en sorte que l\u2019univers de <em>Salammb\u00f4<\/em> semble clos, ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame. Ainsi, la narration refuse la contemplation\u00a0: l\u2019ailleurs ne peut simplement \u00eatre per\u00e7u, il doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9, le lecteur devant aller au-del\u00e0 du paysage, car le foisonnement de d\u00e9tails et de termes (sur-)pr\u00e9cis ne manque pas de le d\u00e9router. Selon E.\u00a0L. Constable, cette confusion cr\u00e9\u00e9e par le langage est mise en sc\u00e8ne directement dans le roman par la difficult\u00e9 qu\u2019ont les personnages \u00e0 communiquer entre eux\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The weightiness of material detail which mystifies readers of <em>Salammb\u00f4<\/em> figures internally as an analogous dilemma confronting protagonists, and there is an important doubling process connecting readers and protagonists in their interpretive work. Incoherence and incomprehensibility within the text result in a paralyzingly pervasive breakdown in communication between different groups, individuals, and languages, an immobilizing silence amidst a profusion of signs. (Constable, 1996, p.\u00a0636)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous l\u2019avons mentionn\u00e9 plus haut, la multiplicit\u00e9 des peuples pr\u00e9sents dans le roman forme en quelque sorte une nouvelle Babel, et, \u00e0 plusieurs reprises, l\u2019incommunicabilit\u00e9 entre les groupes est flagrante\u00a0: d\u00e8s l\u2019incipit, par exemple, si tous \u00e9coutent silencieusement Salammb\u00f4 chanter ses incantations, aucun ne les comprend; et lorsque Hannon va rencontrer les barbares \u00e0 Sicca, personne ne saisit son discours. Dans un rapport de m\u00e9tonymie, Flaubert semble donc int\u00e9grer \u00e0 m\u00eame son texte le rapport confus entre le signifiant et le signifi\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, citons ce passage fort \u00e9loquent\u00a0dans lequel le pr\u00eatre Schahabarim expose sa \u00ab\u00a0th\u00e9orie des \u00e2mes\u00a0\u00bb \u00e0 Salammb\u00f4:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>[elle] prenait ces conceptions pour des r\u00e9alit\u00e9s; elle acceptait comme vrais en eux-m\u00eames de purs symboles et jusqu\u2019\u00e0 des mani\u00e8res de langage, distinction qui n\u2019\u00e9tait pas, non plus, toujours bien nette pour le pr\u00eatre.\u00a0(Flaubert, <em>op.cit<\/em>., p.\u00a0248)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si nous traitions plus haut de son importance dans l\u2019\u00e9criture de Flaubert, \u00ab\u00a0l\u2019effet de r\u00e9el\u00a0\u00bb est ici directement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 m\u00eame la conception du monde des personnages.<\/p>\n<h2>Une singuli\u00e8re prise sur l\u2019ailleurs<\/h2>\n<p>Le langage exotique, la confusion r\u00e9f\u00e9rentielle et la narration \u00ab\u00a0m\u00e9tonymique\u00a0\u00bb construisent donc un univers herm\u00e9tique, ce qui renforce n\u00e9cessairement l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 du roman, par la difficult\u00e9 du lecteur \u00e0 percer cet espace. Ce caract\u00e8re particulier de la narration se r\u00e9percute aussi dans les comparaisons. Proc\u00e9d\u00e9 central dans plusieurs \u0153uvres exotiques du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la comparaison permettait de mieux mesurer la distance entre l\u2019ici et l\u2019ailleurs. Or, dans <em>Salammb\u00f4,<\/em> le lecteur est directement plong\u00e9 dans l\u2019ailleurs, et l\u2019ici s\u2019efface ou, \u00e0 tout le moins, n\u2019est pas directement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la narration. Ainsi, Flaubert met en place ce que Yvan Leclerc appelle \u00ab\u00a0un syst\u00e8me comparatif int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique\u00a0\u00bb (Leclerc, 1977, p.\u00a061), c\u2019est-\u00e0-dire que les comparants font directement partie du contexte imm\u00e9diat des protagonistes\u00a0: la lune projette une ombre \u00ab\u00a0comme un ob\u00e9lisque qui march[e]\u00a0\u00bb (Flaubert, <em>op.cit<\/em>., p.\u00a0295), Narr\u2019Havas regarde Salammb\u00f4 \u00ab\u00a0comme un l\u00e9opard qui est accroupi dans les bambous\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a073), les syllabes du d\u00e9sert sont \u00ab\u00a0comme des cris de chacal\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a059). Si <em>Salammb\u00f4<\/em> prend place dans un ailleurs spatial et temporel, nous voyons donc de quelle mani\u00e8re Flaubert tente de r\u00e9percuter cet ailleurs \u00e0 m\u00eame le langage et les proc\u00e9d\u00e9s stylistiques dans une sorte de rabattement du signifi\u00e9 sur le signifiant. Cette Carthage-l\u00e0 est emmur\u00e9e, close, difficile \u00e0 percer pour le lecteur; l\u2019exotisme joue ici grandement sur l\u2019\u00e9tranget\u00e9 que provoque la confrontation du lecteur \u00e0 cet espace <em>autre<\/em> foisonnant de d\u00e9tails opaques.<\/p>\n<p>Si le regard sur l\u2019univers de <em>Salammb\u00f4<\/em> n\u2019est jamais ext\u00e9rieur, de l\u2019int\u00e9rieur, l\u2019errance de la focalisation ne manque pas d\u2019ajouter \u00e0 cette confusion g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: le lecteur ne semble pas avoir de prise sur cet ailleurs, laquelle aurait pu se faire par l\u2019entremise d\u2019un personnage lui-m\u00eame confront\u00e9 \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, comme c\u2019est le cas dans plusieurs romans orientalistes du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Dans ces r\u00e9cits, le lecteur peut s\u2019accrocher au point de vue d\u2019un personnage qui, lui-m\u00eame, vit cette confrontation de l\u2019ailleurs; les r\u00e9cits de voyage sont, \u00e0 cet \u00e9gard, le meilleur exemple. Dans <em>Salammb\u00f4<\/em>, rien de tel\u00a0: la focalisation erre d\u2019un camp \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre. Flaubert d\u00e9construit ainsi en quelque sorte la conception romantique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, qui \u00e9tait toujours vue comme un rapport direct au soi, \u00e0 l\u2019identit\u00e9. La multiplication des focalisations ne fait que rendre plus probante la relativit\u00e9 du concept d\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0: l\u2019autre se d\u00e9place sans cesse, et si les Carthaginois sont horrifi\u00e9s par les pratiques anthropophages de certains barbares, ces derniers sont d\u00e9go\u00fbt\u00e9s par le rituel sacrificiel des enfants. La v\u00e9ritable alt\u00e9rit\u00e9 du roman se joue plus globalement et doit \u00eatre comprise dans son rapport au lecteur occidental. <em>Salammb\u00f4<\/em> s\u2019organise autour d\u2019une double alt\u00e9rit\u00e9. Mais pour appuyer davantage l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, Flaubert situe l\u2019action de son roman dans une p\u00e9riode peu connue, alors que r\u00e9gnaient encore les \u00ab\u00a0barbares\u00a0\u00bb, et avant m\u00eame le temps historique de l\u2019Occident. Carthage sera finalement an\u00e9antie par les Romains, et la civilisation punique sera presque enti\u00e8rement effac\u00e9e, ce qui est compl\u00e8tement contourn\u00e9 dans le roman. Le fait de ne pas pr\u00e9senter Carthage dans son opposition avec Rome, qui est beaucoup plus signifiante dans le devenir de la civilisation occidentale, rend l\u2019univers de <em>Salammb\u00f4<\/em> encore plus \u00e9loign\u00e9, encore plus d\u00e9centr\u00e9; Flaubert refuse ainsi de situer le roman dans une logique rationnelle et progressiste de l\u2019histoire. L\u2019id\u00e9e m\u00eame de progr\u00e8s est d\u2019ailleurs \u00e9vacu\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du roman\u00a0: si Carthage an\u00e9antit finalement les Mercenaires, si Tanit vainc Moloch, la gratuit\u00e9 des massacres et la mort finale de Salammb\u00f4 ne produisent aucune synth\u00e8se dialectique. Dans sa conception m\u00eame de l\u2019histoire, donc, Flaubert semble aller \u00e0 contre-courant des id\u00e9es de son temps sur l\u2019histoire, la rationalit\u00e9, le progr\u00e8s. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 se situe aussi \u00e0 ce niveau, m\u00eame si plusieurs critiques ont cherch\u00e9 et m\u00eame forc\u00e9 les rapprochements entre l\u2019\u00e9poque de Flaubert et le r\u00e9cit de <em>Salammb\u00f4<\/em>. Nous le voyons \u00e0 la lecture du roman\u00a0: la psychologie des personnages, le rapport entre les classes, la politique et la guerre ne sont pas r\u00e9gis par des lois rationnelles; Flaubert n\u2019est pas dupe, il sait bien qu\u2019appliquer une vision du monde post-lumi\u00e8res \u00e0 des personnages \u00e9voluant 300 ans avant J.-C. serait un anachronisme impardonnable. Ainsi, plut\u00f4t qu\u2019une confrontation entre des individus, c\u2019est une rencontre entre des forces symboliques incarn\u00e9es par Moloch et Tanit qui se met en place dans le roman\u00a0: \u00ab\u00a0Une logique religieuse semble organiser l\u2019espace romanesque comme une vaste mise en sc\u00e8ne mythologique et cosmologique. Elle commande \u00e0 la fois l\u2019histoire amoureuse et militaire.\u00a0\u00bb (S\u00e9ginger, 2001, p.\u00a0435) Cette logique religieuse participe aussi \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de <em>Salammb\u00f4<\/em>, puisqu\u2019une \u00ab\u00a0psychologie\u00a0\u00bb des personnages fond\u00e9e sur des forces mystiques s\u2019\u00e9loigne de la conception r\u00e9aliste de la psychologie individuelle.<\/p>\n<h2>Mysticisme et croyances<\/h2>\n<p>Comme dans plusieurs r\u00e9cits exotiques du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la place pr\u00e9pond\u00e9rante du religieux appuie l\u2019\u00e9tranget\u00e9 et l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9cit. Il y a dans le roman de Flaubert une multiplicit\u00e9 des religions et des croyances\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ana\u00eftis! Astart\u00e9! Derc\u00e9to! Astoreth! Mylitta! Athara! \u00c9lissa! Tiratha! [\u2026] Par ces symboles cach\u00e9s, par les cistres r\u00e9sonnants, par les sillons de la terre, par l\u2019\u00e9ternel silence et par l\u2019\u00e9ternelle f\u00e9condit\u00e9, dominatrice de la mer t\u00e9n\u00e9breuse et des plages azur\u00e9es, \u00d4 reine des choses humides, salut! (Flaubert, <em>op.cit<\/em>., p.\u00a0103)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est ainsi que d\u00e9bute le chapitre \u00e9ponyme, montrant l\u2019importance du mystique non seulement pour le personnage de Salammb\u00f4, mais dans tout l\u2019univers du roman; la fille d\u2019Hamilcar \u00e9tant un personnage central et convoit\u00e9, la pr\u00e9senter sous un mode mystique fait voir tout le roman sous ce m\u00eame angle. De plus, si ce seul passage, dans l\u2019\u00e9dition critique Garnier-Flammarion (2001), renvoie \u00e0 une page et demie de notes et permet de pr\u00e9senter chacun des dieux mentionn\u00e9s, les r\u00e9f\u00e9rences ne sont pas d\u2019embl\u00e9e accessibles, et ce syncr\u00e9tisme religieux, qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019ensemble du roman, ajoute \u00e0 l\u2019\u00e9tranget\u00e9; le langage mystique qui est d\u00e9ploy\u00e9 dans <em>Salammb\u00f4 <\/em>participe \u00e9galement au langage exotique dont nous avons trait\u00e9 plus haut. Chacun des dieux mentionn\u00e9s dans l\u2019\u00e9num\u00e9ration, les notes nous l\u2019apprennent, font aussi r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des divinit\u00e9s que l\u2019on retrouve dans tout le pourtour m\u00e9diterran\u00e9en, lesquelles Salammb\u00f4 assimile \u00e0 la figure de Tanit, qui, donc, est en elle-m\u00eame une figure syncr\u00e9tique. M\u00eame dans sa fa\u00e7on de d\u00e9velopper une \u00ab\u00a0psychologie mystique\u00a0\u00bb, Flaubert se distancie du monde jud\u00e9o-chr\u00e9tien, de l\u2019Occident. Comme le montre E.\u00a0L. Constable, l\u2019abstraction m\u00e9taphysique est difficilement concevable pour les personnages de <em>Salammb\u00f4<\/em>, et c\u2019est pourquoi le f\u00e9tichisme prend une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans le langage mystique d\u00e9velopp\u00e9 par Flaubert\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0[\u2026] the idea of a God has difficulty emerging any other way than through its image\u00a0: therefore, to have its image becomes (sacrilegiously) close to bankrupting the \u201cidea\u201d of God. Its material images would be its only reality.\u00a0\u00bb (Constable, 1996, p.\u00a0637) Dans cette perspective, il n\u2019est pas \u00e9tonnant que le <em>za\u00efmph<\/em>, le voile tant convoit\u00e9, d\u00e9tienne un r\u00f4le si important dans le roman et d\u00e9termine l\u2019action<a id=\"footnoteref4_jmc3b0m\" class=\"see-footnote\" title=\"Selon Lawrence R. Schehr (1989, p.\u00a0326-341), le voile incarne l\u2019objet de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 par excellence, et il est une m\u00e9tonymie du roman en entier\u00a0: \u00ab\u00a0The zaimph is the sign of the object and the text of alterity.\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote4_jmc3b0m\">[4]<\/a>. La seule croyance admise par tous des pouvoirs du voile suffit \u00e0 lui conf\u00e9rer de r\u00e9els pouvoirs\u00a0: sa possession permettra \u00e0 M\u00e2tho de ressortir sain et sauf de Carthage apr\u00e8s l\u2019avoir vol\u00e9, les Carthaginois ayant trop peur des pseudo-pouvoirs du voile pour s\u2019en approcher. Toujours selon E.\u00a0L. Constable, par les pouvoirs symboliques qu\u2019il procure, le voile renforce l\u2019identit\u00e9 du porteur, et permet de donner l\u2019illusion d\u2019une diff\u00e9rence absolue entre le soi et l\u2019autre. Cette interpr\u00e9tation est int\u00e9ressante puisqu\u2019elle permet de mettre en lien le za\u00efmph avec la symbolique du voile dans les r\u00e9cits exotiques du XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle. Edward Sa\u00efd, dans son ouvrage <em>L\u2019orientalisme<\/em><a id=\"footnoteref5_qn26g6b\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir Edward Sa\u00efd, 1980, 392 p. \" href=\"#footnote5_qn26g6b\">[5]<\/a>, souligne l\u2019importance de la m\u00e9taphore de d\u00e9voilement dans le rapport (litt\u00e9raire) de l\u2019Occident avec l\u2019Orient. Si cette m\u00e9taphore n\u2019est pas reprise dans <em>Salammb\u00f4<\/em>, il n\u2019en demeure pas moins que le za\u00efmph recouvre la m\u00eame fonction de fronti\u00e8re entre le soi et l\u2019autre.\u00a0Intimement li\u00e9e \u00e0 la symbolique du voile, la femme dans <em>Salammb\u00f4<\/em> permet \u00e9galement de rattacher le roman, par le r\u00f4le qu\u2019elle y occupe, \u00e0 la tradition exotique du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Seule figure f\u00e9minine importante du roman, Salammb\u00f4 est plac\u00e9e au centre du r\u00e9cit, et chacune des figures m\u00e2les importantes entretient un rapport particulier avec elle\u00a0: M\u00e2tho la d\u00e9sire profond\u00e9ment, ce qui le pousse \u00e0 prendre la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e barbare; Hamilcar entreprend une guerre contre les Mercenaires pour la venger; Spendius s\u2019en sert pour inciter M\u00e2tho \u00e0 la r\u00e9volte. Toutefois, c\u2019est sous la focalisation de M\u00e2tho que Salammb\u00f4 endosse sa pleine dimension exotique\u00a0: pour le chef des barbares, elle est vue comme distante et inaccessible, et toute sa rage contre Carthage prendra sa source dans l\u2019interdiction d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la fille d\u2019Hamilcar. Dans cette perspective, Salammb\u00f4 devient une m\u00e9tonymie de Carthage toute enti\u00e8re, ce qu\u2019appuie ce passage du dernier chapitre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ayant ainsi le peuple \u00e0 ses pieds, le firmament sur sa t\u00eate, et autour d\u2019elle l\u2019immensit\u00e9 de la mer, le golfe, les montagnes et les perspectives des provinces, Salammb\u00f4 resplendissante se confondait avec Tanit et semblait le g\u00e9nie m\u00eame de Carthage, son \u00e2me corporifi\u00e9e. (Flaubert, <em>op.cit<\/em>., p.\u00a0372)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La femme orientale est ici un pilier de la narration, et va m\u00eame, ce que semble aussi prouver le passage, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sider \u00e0 l\u2019organisation de l\u2019espace<a id=\"footnoteref6_a0f3j58\" class=\"see-footnote\" title=\"Pour une analyse plus \u00e9toff\u00e9e du r\u00f4le de Salammb\u00f4 dans l\u2019organisation spatiale du roman, voir Lionel Bottineau, 1984, p.\u00a079-104. \" href=\"#footnote6_a0f3j58\">[6]<\/a>.<\/p>\n<h2>L\u2019<em>exactitude<\/em> comme <em>myst\u00e8re<\/em><\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Exactitude et myst\u00e8re\u00a0\u00bb, voil\u00e0 par quelle expression Flaubert avait pr\u00e9sent\u00e9 <em>Salammb\u00f4<\/em> aux fr\u00e8res Goncourt. L\u2019exactitude r\u00e9aliste arrim\u00e9e au myst\u00e8re oriental\u00a0: pr\u00e9sent\u00e9 ainsi, le d\u00e9fi est de taille; il aurait peut-\u00eatre fallu dire\u00a0:\u00a0l\u2019exactitude <em>comme<\/em> myst\u00e8re. En effet, la particularit\u00e9 de <em>Salammb\u00f4<\/em> est plut\u00f4t de rendre cette exactitude myst\u00e9rieuse\u00a0: le foisonnement de termes archa\u00efques ou techniques construit un langage exotique qui produit une \u00e9tranget\u00e9. Et en voulant donner une logique \u00ab\u00a0mystique\u00a0\u00bb \u00e0 son univers romanesque, ce qu\u2019il croyait sans doute \u00eatre la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque, Flaubert d\u00e9veloppe une \u00e9criture de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0: la signification des symboles, du temps et de l\u2019espace devient, pour le lecteur, \u00e9tranget\u00e9, et c\u2019est aussi dans cette dimension que le roman inscrit plus visc\u00e9ralement sa distance par rapport \u00e0 l\u2019Occident. Aussi, l\u2019\u00e9criture de Flaubert refuse non seulement le pittoresque de l\u2019espace exotique qu\u2019elle d\u00e9veloppe, mais \u00e9galement le st\u00e9r\u00e9otype. L\u2019Antiquit\u00e9 n\u2019appara\u00eet aucunement id\u00e9alis\u00e9e. Le sang coule \u00e0 flot, les souffrances sont omnipr\u00e9sentes, les personnages sont sales, les odeurs \u00e9c\u0153urent. Seule la place de la femme, dans cet univers \u00e9trange et repoussant, semble plus famili\u00e8re\u00a0: couverte de bijoux, Salammb\u00f4 resplendit par sa beaut\u00e9, et on la d\u00e9sire fortement. Si Flaubert voulait \u00e9crire ce roman pour \u00ab\u00a0emb\u00eater\u00a0les bourgeois\u00a0\u00bb, la femme orientale, dans cet ailleurs o\u00f9 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est enti\u00e8re, offre une prise au lecteur et rend plus coh\u00e9rent cet amalgame confus des langages de la violence, du mystique, de l\u2019archa\u00efque.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><strong>\u0152uvre \u00e0 l\u2019\u00e9tude<\/strong><\/p>\n<p>FLAUBERT, Gustave. 2001 [1862]. <em>Salammb\u00f4<\/em> [Dossier pr\u00e9sent\u00e9 par Gis\u00e8le S\u00e9ginger]. Paris\u00a0: Garnier-Flammarion, 474\u00a0p.<\/p>\n<p><strong>Ouvrages th\u00e9oriques et de r\u00e9f\u00e9rence<\/strong><\/p>\n<p>BARTHES, Roland. 1982. \u00ab\u00a0L\u2019effet de r\u00e9el\u00a0\u00bb. <em>Litt\u00e9rature et r\u00e9alit\u00e9, <\/em>Paris\u00a0: Seuil, p.\u00a081-90.<\/p>\n<p>BOTTINEAU, Lionel. 1984. \u00ab\u00a0La repr\u00e9sentation de l\u2019espace dans <em>Salammb\u00f4<\/em>\u00a0\u00bb. <em>La revue des lettres modernes\u00a0: histoire des id\u00e9es et des litt\u00e9ratures<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a0703-706, Paris\u00a0: Lettres modernes, p.\u00a079-104.<\/p>\n<p>CONSTABLE, E. L. 1996. \u00ab\u00a0Critical Departures: <em>Salammb\u00f4\u2019s <\/em>Orientalism\u00a0\u00bb. <em>Modern Languages Notes<\/em>, vol.\u00a0111, n<sup>o<\/sup>\u00a04, p.\u00a0625-646.<\/p>\n<p>LECLERC, Yvan. 1997. \u00ab\u00a0Notes sur <em>Salammb\u00f4<\/em>\u00a0\u00bb. <em>\u00c9quinoxe<\/em> (num\u00e9ro sp\u00e9cial sur Gustave Flaubert), n<sup>o<\/sup>\u00a014 (printemps), p.\u00a061-70.<\/p>\n<p>LOWE, Lisa. 1986. \u00ab\u00a0The Orient as Woman in Flaubert\u2019s <em>Salamm<\/em><em>b\u00f4<\/em> and <em>Voyage en Orient<\/em>\u00a0\u00bb. <em>Comparative Literature Studies<\/em>, vol.\u00a023, n<sup>o\u00a0<\/sup>1, p.\u00a044-58.<\/p>\n<p>MASSON, Bernard. 1981. \u00ab\u00a0<em>Salammb\u00f4<\/em> ou la barbarie \u00e0 visage humain\u00a0\u00bb. <em>Revue d\u2019histoire litt\u00e9raire de France, <\/em>vol.\u00a081, n<sup>o\u00a0<\/sup>4-5, p.\u00a0585-596.<\/p>\n<p>MOURA, Jean-Marc. 1992. <em>Lire l\u2019exotisme<\/em>, Paris\u00a0: Dunod, p.\u00a05-15, 189-196.<\/p>\n<p>MULLEN HOHL, Anne. 1995. <em>Exoticism in <\/em>Salammb\u00f4<em>. The Languages of Myth, Religion and War<\/em>. Birmingham (Alabama)\u00a0: Summa Publications, 180\u00a0p.\u00a0<\/p>\n<p>NEEFS, Jacques. 1989. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture des confins\u00a0\u00bb. <em>Flaubert, l\u2019autre<\/em>, sous la dir. de F.\u00a0Lecercle et S. Messina, Lyon\u00a0: PUL, p.\u00a055-75.<\/p>\n<p>SA\u00cfD, Edward. 1980. <em>L\u2019orientalisme. L\u2019Orient cr\u00e9\u00e9 par l\u2019Occident.<\/em> Paris\u00a0: Seuil, 392\u00a0p.<\/p>\n<p>SCHEHR, Lawrence R. 1989. \u00ab\u00a0<em>Salammb\u00f4<\/em> as the Novel of Alterity\u00a0\u00bb. <em>Nineteenth-Century French Studies<\/em>, vol.\u00a017, n<sup>o<\/sup>\u00a03-4 (printemps-\u00e9t\u00e9), p.\u00a0326-341.<\/p>\n<p>SEGALEN, Victor. 1978. <em>Essai sur l\u2019exotisme. Une esth\u00e9tique du divers<\/em>. Montpellier\u00a0: Fata Morgana, p.\u00a020-25.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_o3ef4de\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_o3ef4de\">[1]<\/a> Voir Segalen, Victor. 1978. <em>Essai sur l\u2019exotisme. Une esth\u00e9tique du divers<\/em>, Montpellier\u00a0: Fata Morgana, p.\u00a020-25.<\/p>\n<p id=\"footnote2_3kyeywz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_3kyeywz\">[2]<\/a> Dans <em>Voyage en Orient<\/em>, par exemple, Nerval fera correspondre fr\u00e9quemment des \u00e9l\u00e9ments de la culture \u00e9gyptienne \u00e0 la culture occidentale afin de les rendre plus intelligibles au lecteur. Par exemple, lorsqu\u2019il \u00e9voque les assaisonnements de <em>meloukia<\/em>, il sp\u00e9cifie\u00a0: \u00ab\u00a0l\u00e9gumes savoureux dont l\u2019un remplace \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019\u00e9pinard\u2026\u00a0\u00bb (1980. <em>Voyage en Orient I<\/em>, Paris\u00a0: Garnier-Flammarion, p.\u00a0215)<\/p>\n<p id=\"footnote3_g8zefpq\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_g8zefpq\">[3]<\/a> Voir Lionel Bottineau. 1984. \u00ab\u00a0La repr\u00e9sentation de l\u2019espace dans <em>Salammb\u00f4<\/em>\u00a0\u00bb. <em>La revue des lettres modernes\u00a0: histoire des id\u00e9es et des litt\u00e9ratures<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a0703-706, p.\u00a079-104. L\u2019auteur va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 affirmer que le \u00ab\u00a0paysage de <em>Salammb\u00f4<\/em>\u00a0\u00bb est illisible, car celui-ci joue trop grandement de cette illusion r\u00e9f\u00e9rentielle et, en ce sens, constitue un \u00e9chec de l\u2019\u00e9criture r\u00e9aliste de Flaubert dans sa tentative de d\u00e9peindre un ailleurs disparu.<\/p>\n<p id=\"footnote4_jmc3b0m\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_jmc3b0m\">[4]<\/a> Selon Lawrence R. Schehr (1989, p.\u00a0326-341), le voile incarne l\u2019objet de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 par excellence, et il est une m\u00e9tonymie du roman en entier\u00a0: \u00ab\u00a0The zaimph is the sign of the object and the text of alterity.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote5_qn26g6b\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_qn26g6b\">[5]<\/a> Voir Edward Sa\u00efd, 1980, 392 p.<\/p>\n<p id=\"footnote6_a0f3j58\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_a0f3j58\">[6]<\/a> Pour une analyse plus \u00e9toff\u00e9e du r\u00f4le de Salammb\u00f4 dans l\u2019organisation spatiale du roman, voir Lionel Bottineau, 1984, p.\u00a079-104.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Marcil, Dominic. 2006. \u00abSalammb\u00f4: exotisme et alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5384\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/marcil-08.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 marcil-08.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-24217d07-0f13-438c-ad0a-c6f6bd22a59e\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/marcil-08.pdf\">marcil-08<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/marcil-08.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-24217d07-0f13-438c-ad0a-c6f6bd22a59e\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08 [\u2026] tout cela montait l\u2019un sur l\u2019autre en se cachant \u00e0 demi, d\u2019une fa\u00e7on merveilleuse et incompr\u00e9hensible. On y sentait la succession des \u00e2ges et comme des souvenirs de patries oubli\u00e9es. Gustave Flaubert, Salammb\u00f4, 2001 [1862]. Concevant l\u2019exotisme comme tout ce qui est \u00ab\u00a0en dehors\u00a0\u00bb, Victor [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1183,1184],"tags":[254],"class_list":["post-5384","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-espaces-inedits-les-nouveaux-avatars-du-livre","category-hors-dossier","tag-marcil-dominic"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5384","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5384"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5384\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9208,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5384\/revisions\/9208"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5384"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5384"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5384"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}