{"id":5388,"date":"2024-06-13T19:48:13","date_gmt":"2024-06-13T19:48:13","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/pour-une-anthropologie-de-la-cybernetique-construction-et-deconstruction-identitaire-dans-le-cybermonde-analyse-de-neuromancien-de-william-gibson\/"},"modified":"2024-09-10T15:06:39","modified_gmt":"2024-09-10T15:06:39","slug":"pour-une-anthropologie-de-la-cybernetique-construction-et-deconstruction-identitaire-dans-le-cybermonde-analyse-de-neuromancien-de-william-gibson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5388","title":{"rendered":"Pour une anthropologie de la cybern\u00e9tique : construction et d\u00e9construction identitaire dans le cybermonde. Analyse de \u00ab Neuromancien \u00bb, de William Gibson"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6876\">Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08<\/a><\/h5>\n<p>Depuis les avanc\u00e9s philosophiques de Descartes s\u2019est progressivement d\u00e9velopp\u00e9e dans l\u2019imaginaire une nouvelle conception de l\u2019identit\u00e9 qui, dor\u00e9navant, est pens\u00e9e dans son clivage entre esprit et corps, ce dernier \u00e9tant r\u00e9duit, pour ainsi dire, \u00e0 la simple fonction de support de la conscience. Cette nouvelle vision de l\u2019identit\u00e9 a in\u00e9vitablement modifi\u00e9 la repr\u00e9sentation du corps, qui, auparavant, n\u2019\u00e9tait dissoci\u00e9 ni de l\u2019\u00eatre ni du cosmos, dont il constitue un fragment. Plus tard, au milieu XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de la modernit\u00e9, les hypoth\u00e8ses, les recherches et les d\u00e9couvertes de certains scientifiques qui ont r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 une intelligence artificielle ont modifi\u00e9 la conception du sujet en instaurant de nouveaux clivages dans la d\u00e9finition de l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans son essai <em>\u00c0 l\u2019image de l\u2019homme\u00a0: du Golem aux cr\u00e9atures virtuelles<\/em>, Philippe Breton explique et commente le discours des trois grands scientifiques qui ont particip\u00e9 \u00e0 la conceptualisation de l\u2019\u00e9ventuel ordinateur. Il s\u2019agit principalement de Norbert Wiener, d\u2019Alain Turing et de John Von Neumann. Au sujet de deux d\u2019entre eux, Breton soutient\u00a0: \u00ab\u00a0La question que posent Alain Turing et John Von Neumann n\u2019est pas de savoir ce que serait un cerveau artificiel, mais plut\u00f4t de savoir d\u2019abord ce qu\u2019est l\u2019humain, \u00e0 travers son cerveau et sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9changer de l\u2019information.\u00a0\u00bb (Breton, 1995, p.\u00a0104) Cette entreprise concernait ainsi davantage la d\u00e9finition de l\u2019homme que la mise au point d\u2019une machine pensante. Et, effectivement, le discours respectif des trois chercheurs inaugure une vision de l\u2019humain o\u00f9 celui-ci est compris comme un \u00ab\u00a0\u00eatre informationnel, et dont les qualit\u00e9s essentielles sont d\u00e9sormais transf\u00e9rables \u00e0 la machine.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0106) La dichotomie corps \/ esprit propre \u00e0 la modernit\u00e9 devient cette trichotomie corps \/ esprit \/ machine que les th\u00e9ories postmodernes discutent abondamment.<\/p>\n<p>Dans <em>Neuromancien<\/em>, de William Gibson, \u0153uvre-culte de la science-fiction cyberpunk, les personnages et les machines entrent en symbiose de diverses mani\u00e8res, plus particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cybermondes qui, comme le corps tel que repr\u00e9sent\u00e9 par la modernit\u00e9, deviennent des supports de l\u2019esprit. Plus encore, ces mondes simul\u00e9s d\u00e9veloppent une autonomie qui permet une correspondance entre leurs structures et celles de l\u2019esprit humain.<\/p>\n<p>Seront donc mises en relief ici la repr\u00e9sentation et la conception de l\u2019identit\u00e9 que l\u2019on peut d\u00e9gager de ce r\u00e9cit, issu du cyberpunk, sous-genre de la science-fiction dont la caract\u00e9ristique principale est de poser le cybermonde comme espace di\u00e9g\u00e9tique. Certaines figures et situations de ce roman semblent, en effet, sugg\u00e9rer un discours anthropologique et philosophique sur la d\u00e9finition de l\u2019identit\u00e9. Les commentaires de Philippe Breton dans son ouvrage th\u00e9orique pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9, ainsi que les th\u00e8ses de David Le Breton dans son essai <em>Anthropologie du corps et modernit\u00e9<\/em> serviront de support th\u00e9orique \u00e0 l\u2019argumentation. Par ailleurs, le concept de simulacre d\u00e9velopp\u00e9 par le sociologue dit postmoderne Jean Baudrillard contribuera \u00e0 d\u00e9gager le discours sur le contemporain que sous-tend <em>Neuromancien<\/em>, le propre des th\u00e9ories associ\u00e9es au postmodernisme \u00e9tant justement, entre autres, de discuter les enjeux et les effets de la modernit\u00e9.<\/p>\n<h2>Peter Riviera et les hologrammes<\/h2>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de commencer l\u2019analyse avec les figures holographiques de Peter Riviera est d\u2019abord de comprendre une partie de la dialectique que propose <em>Neuromancien<\/em> \u00e0 partir d\u2019un dispositif moins complexe que l\u2019ordinateur, soit les hologrammes. Ceux-ci permettent la r\u00e9plique ou la cr\u00e9ation de formes diverses, ou m\u00eame d\u2019individus, par projections lumineuses en trois dimensions. Dans le chapitre \u00ab\u00a0Hologrammes\u00a0\u00bb de <em>Simulacres et simulation<\/em>, Jean Baudrillard sugg\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s le fantasme de se voir (miroir, photo) vient celui de pouvoir faire le tour de soi-m\u00eame, enfin et surtout celui de se traverser, de passer \u00e0 travers son propre corps spectral \u2014 et n\u2019importe quel objet holographi\u00e9 est d\u2019abord l\u2019ectoplasme lumineux de votre propre corps.\u00a0\u00bb (Baudrillard, 1981, p.\u00a0157) On voit ainsi comment l\u2019hologramme s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 du fantasme de voir incarn\u00e9e l\u2019image de soi. Cette technologie permet la projection de l\u2019<em>imago<\/em> dans un support presque immat\u00e9riel\u00a0: la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019<em>imago<\/em> est le produit du stade du miroir. Il se construit depuis l\u2019image qu\u2019offre le miroir au petit enfant, celle-ci donnant \u00e0 l\u2019enfant l\u2019illusion d\u2019une meilleure ma\u00eetrise de l\u2019espace puisque la r\u00e9flexion r\u00e9duit \u00e0 deux dimensions la profondeur. L\u2019<em>imago<\/em> comble ainsi les discordances du moi morcel\u00e9 et offre au sujet une forme qui exclut son d\u00e9sir. Lacan assure qu\u2019au cours du stade du miroir, le sujet \u00ab\u00a0\u00e9prouve ludiquement la relation des mouvements assum\u00e9s de l\u2019image \u00e0 son environnement refl\u00e9t\u00e9, et de ce complexe virtuel \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il redouble, soit \u00e0 son propre corps et aux personnes, voire aux objets qui se tiennent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s\u00a0\u00bb (Lacan, 1966, p.\u00a093). Cette image de soi, chez le psychanalyste, est qualifi\u00e9e du \u00ab\u00a0terme antique d\u2019<em>imago<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a094).<\/p>\n<p>Une remarque formul\u00e9e par David Le Breton au sujet du corps tel que compris par la modernit\u00e9, dans le sillage du <em>cogito<\/em>, sugg\u00e8re d\u2019ailleurs un rapprochement entre celui-ci et l\u2019<em>imago<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Le corps devient un miroir, un autre soi-m\u00eame [\u2026]; l\u2019individu est invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir son corps comme un univers en extension permanente, une forme disponible \u00e0 la transcendance personnelle.\u00a0\u00bb (Le Breton, 1990, p.\u00a0163) Il faut noter que ce rapprochement est audacieux puisque Lacan rappelle, d\u00e8s l\u2019ouverture du texte pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9, que l\u2019exp\u00e9rience du <em>je<\/em> en psychanalyse \u00ab\u00a0nous oppose \u00e0 toute philosophie du <em>Cogito<\/em>\u00a0\u00bb (Lacan, 1966, p.\u00a093).<\/p>\n<p>L\u2019hologramme s\u2019inscrit donc dans le paradigme des supports qui permettent l\u2019extension de l\u2019\u00eatre, voire de sa repr\u00e9sentation, et dont le cyberespace est, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du miroir, l\u2019avanc\u00e9e la plus complexe. Il faut observer que les projections holographiques du <em>hacker<\/em> Peter Riviera pr\u00e9sentent la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre le fruit de son imaginaire. \u00c0 son sujet, Case, le h\u00e9ros du r\u00e9cit, affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019il imagine, tu le vois.\u00a0\u00bb (Gibson, 1985, p.\u00a0109) Cette caract\u00e9ristique de Riviera propose une correspondance entre le corps holographi\u00e9 et l\u2019<em>imago<\/em>. S\u2019il en venait \u00e0 projeter sa propre image, Riviera ne se repr\u00e9senterait pas tel qu\u2019il est, mais bien tel qu\u2019il se per\u00e7oit dans son image id\u00e9alis\u00e9e. Que les projections de Riviera soient le produit de son fantasme s\u2019av\u00e8re notamment confirm\u00e9 par une description du narrateur\u00a0: \u00ab\u00a0Puis le torse se forma, \u00e0 mesure que Riviera le suscitait par ses caresses [\u2026] mais ce n\u2019\u00e9tait pas Molly; c\u2019\u00e9tait Molly telle que Riviera se l\u2019imaginait.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0166) Ainsi, ce n\u2019est pas la personne qui est r\u00e9pliqu\u00e9e dans l\u2019hologramme, mais vraisemblablement la repr\u00e9sentation de la personne telle que d\u00e9sir\u00e9e par celui qui cr\u00e9e la projection lumineuse.<\/p>\n<h2>Dixie le Trait-plat et la m\u00e9moire morte<\/h2>\n<p>Si l\u2019hologramme permet la projection du d\u00e9sir et de la m\u00e9moire de Riviera, c\u2019est surtout \u00e0 partir de la figure laborieuse et ambigu\u00eb du Trait-plat, Dixie, qu\u2019il est possible de d\u00e9gager un discours sur la conscience et, de surcro\u00eet, sur la m\u00e9moire. Le Finnois, Muetdhiver, personnage auquel est consacr\u00e9 le segment ult\u00e9rieur de cette analyse, lance effectivement \u00e0 Case\u00a0: \u00ab\u00a0Le paradigme holographique est ce que vous avez de plus proche d\u2019une repr\u00e9sentation de la m\u00e9moire humaine.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0202) Mais l\u2019hologramme, bien qu\u2019il puisse reproduire l\u2019individu en trois dimensions, ne peut qu\u2019imiter le signifiant identitaire, la forme, et non pas le signifi\u00e9, le contenu. L\u2019information dont le sujet est porteur s\u2019av\u00e8re donc, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce m\u00e9dium de projection, non reproductible. La figure du Trait-plat constitue ainsi un double antith\u00e9tique des images holographiques\u00a0: il est une conscience d\u00e9pourvue de corps, un signifi\u00e9 humain sans signifiant, une m\u00e9moire itin\u00e9rante \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cybermonde.<\/p>\n<p>Dixie, l\u2019adjuvant qui aide Case dans sa qu\u00eate, celle de p\u00e9n\u00e9trer au c\u0153ur du r\u00e9seau informatique d\u2019une multinationale, appara\u00eet comme le prolongement cybern\u00e9tique de l\u2019information contenue dans l\u2019esprit d\u2019un homme mort, un programme qui contient la m\u00e9moire d\u2019un \u00eatre, mais qui, dans son interaction avec Case et l\u2019\u00e9volution de leur relation, semble vraisemblablement dot\u00e9 d\u2019une conscience. Le narrateur extradi\u00e9g\u00e9tique affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait d\u00e9rangeant d\u2019imaginer le Trait-plat sous la forme d\u2019un construct, [soit] une cartouche de m\u00e9moire c\u00e2bl\u00e9e qui r\u00e9pliquait les talents d\u2019un mort, ses obsessions, ses r\u00e9actions, ses r\u00e9flexes\u2026\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p\u00a094) Dixie, simulacre dont l\u2019efficacit\u00e9 est notoire, incarne ainsi davantage que ce que souhaitaient certains des premiers chercheurs en cybern\u00e9tique. En effet, cette capacit\u00e9 du Trait-plat \u00e0 imiter l\u2019\u00eatre conscient semble d\u00e9mentir le postulat de l\u2019un d\u2019entre eux, Jefferson, qui \u00ab\u00a0soutient que la machine ne peut \u00e9galer le cerveau, puisqu\u2019il lui manque d\u2019\u00e9prouver, non seulement des sentiments, mais \u00e9galement le savoir\u00a0\u00bb (<em>Breton<\/em>, <em>op.cit<\/em>., p.\u00a0126).<\/p>\n<p>L\u2019aptitude \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 ressentir dont jouit cette cartouche de m\u00e9moire qu\u2019est Dixie r\u00e9pondrait effectivement mieux \u00e0 la th\u00e8se divergente de John Von Neumann, qui propose \u00ab\u00a0que la m\u00e9moire soit con\u00e7ue comme le v\u00e9ritable si\u00e8ge du raisonnement, comme le lieu o\u00f9 les mouvements de l\u2019information produisent la r\u00e9flexion consciente\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0136). Mais il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une repr\u00e9sentation de la conscience qui peut \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e par une nuance que pose la d\u00e9finition suivante\u00a0: \u00ab\u00a0La conscience [\u2026] n\u2019est pas [\u2026] une mouvante multiplicit\u00e9 de \u201cdonn\u00e9es\u201d, d\u2019\u201c\u00e9tats\u201d ou de \u201ccontenus\u201d.\u00a0\u00bb (Collectif, 2000, p.\u00a0236) \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de la m\u00eame d\u00e9finition, la conscience est effectivement abord\u00e9e comme \u00ab\u00a0l\u2019organisation dynamique et personnelle de la vie psychique\u00a0: elle est cette modalit\u00e9 de l\u2019\u00eatre psychique par quoi il s\u2019institue comme sujet de connaissance et auteur de son propre monde\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.).\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Ce serait donc le traitement d\u2019affects qui distingue l\u2019\u00eatre conscient et l\u2019ordinateur, bien que tous deux soient dot\u00e9s d\u2019une m\u00e9moire. Mais \u00e0 cet effet, peut-on vraiment attribuer \u00e0 cette figure ambigu\u00eb qu\u2019est Dixie la facult\u00e9 de ressentir des \u00e9motions, si l\u2019on tient compte de ce passage o\u00f9 Case demande au Trait-plat\u00a0: \u00ab\u00a0Es-tu sensible, oui ou non?\u00a0\u00bb (Gibson, 1985, p.\u00a0157), et o\u00f9 son interlocuteur lui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Eh bien, c\u2019est tout comme, gamin, mais je ne suis jamais pourtant qu\u2019un paquet de m\u00e9moire morte\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)? Cette affirmation nous reconduit par cons\u00e9quent au simulacre. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 de Dixie sous-entend que la capacit\u00e9 de celui-ci \u00e0 simuler la sensibilit\u00e9 \u00e9quivaut \u00e0 une sensibilit\u00e9 v\u00e9ritable, ce qui peut \u00eatre compris par une affirmation de Breton\u00a0: \u00ab\u00a0Peu importe si la machine pense ou non, l\u2019important c\u2019est qu\u2019elle se comporte comme si elle pensait.\u00a0\u00bb (Breton, 1995, p.\u00a0126)<\/p>\n<p>C\u2019est pourtant davantage la d\u00e9finition de la conscience qui semble \u00eatre ici remise en question. Toujours en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019une des d\u00e9finitions offertes dans un dictionnaire de la philosophie, on peut effectivement d\u00e9gager que cette particularit\u00e9 du <em>construct<\/em> illustre une conception de la conscience comme \u00ab\u00a0artifice\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0236). Partant, cette perspective induit une correspondance entre le r\u00e9seau cybern\u00e9tique et l\u2019identit\u00e9, tous deux \u00e9tant des entit\u00e9s capables de produire des artifices, de reproduire la r\u00e9alit\u00e9 par le biais de l\u2019artifice. Philippe Breton n\u2019assure-t-il pas que, dans le sillage de la cybern\u00e9tique, \u00ab\u00a0le grand myst\u00e8re de la diff\u00e9rence entre l\u2019homme et la machine va \u00eatre rabattu sur une indiff\u00e9renciation entre le naturel et l\u2019artificiel\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0119)?<\/p>\n<h2>Muetdhiver, Armitage et Corto<\/h2>\n<p>Le discours qui se d\u00e9gage de la figure d\u2019Armitage, le patron, s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s semblable \u00e0 celui d\u00e9velopp\u00e9 autour du Trait-plat. N\u00e9anmoins, \u00e9tant donn\u00e9 la gen\u00e8se plus complexe de ce personnage, la valeur symbolique de celui-ci est plus riche, mais \u00e9galement plus difficilement d\u00e9finissable. Armitage est le mod\u00e8le de personnalit\u00e9 dans lequel s\u2019incarne Muetdhiver, un programme. Cette personnalit\u00e9 simulacre recouvre celle de l\u2019ancien commandant Corto, dont on a effac\u00e9 la m\u00e9moire. Il s\u2019agit, comme l\u2019\u00e9nonce le narrateur, d\u2019une \u00ab\u00a0entit\u00e9 potentielle, [\u2026] un aspect du cerveau de cette entit\u00e9\u00a0\u00bb (Gibson, 1985, p.\u00a0144). Dans l\u2019univers de <em>Neuromancien<\/em>, il est en effet possible d\u2019agir par <em>feed-back<\/em> autant sur les individus que dans les ordinateurs.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019il est possible de voir dans les diffusions holographiques une projection de l\u2019<em>imago<\/em>, de l\u2019image d\u00e9sir\u00e9e de soi, l\u2019incarnation du programme Muetdhiver en Armitage correspondrait \u00e0 une illustration de la <em>persona<\/em>. Celle-ci est ce personnage social que se cr\u00e9e tout individu de fa\u00e7on \u00e0 s\u2019adapter aux exigences de la soci\u00e9t\u00e9 tout en r\u00e9pondant aux imp\u00e9ratifs du Moi. Carl Gustav Jung assure en effet que la <em>persona<\/em> \u00ab\u00a0dissimule une partie de la psych\u00e9 collective dont elle est constitu\u00e9e, et donne l\u2019illusion de l\u2019individualit\u00e9\u00a0\u00bb (Jung, 2002, p.\u00a084). La figure d\u2019Armitage peut n\u00e9anmoins encore \u00eatre comprise comme une repr\u00e9sentation de l\u2019image du corps dans la modernit\u00e9, repr\u00e9sentation qui, selon David Le Breton, est \u00ab\u00a0la fa\u00e7on dont il [le corps] lui [le sujet] appara\u00eet plus ou moins consciemment \u00e0 travers un contexte social et culturel particularis\u00e9\u00a0\u00bb (Le Breton, 1990, p.\u00a0150).<\/p>\n<p>\u00c0 partir de cette diff\u00e9rence consid\u00e9rable, qui distingue Armitage du Trait-plat et qui consiste en une aptitude \u00e0 prendre forme dans un corps mat\u00e9riel, il est possible d\u2019\u00e9tablir, avec Le Breton toujours, que \u00ab\u00a0le corps [\u2026] c\u2019est la trace la plus tangible du sujet\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0159). La nature d\u2019Armitage semble m\u00eame r\u00e9pondre \u00e0 la d\u00e9finition wienerienne de l\u2019identit\u00e9, qui trace une filiation depuis l\u2019homme jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ordinateur\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026derri\u00e8re l\u2019apparence physique, chercher le mental, derri\u00e8re le mental l\u2019\u00eatre informationnel et derri\u00e8re celui-ci, peut-\u00eatre cette machine \u00e0 \u00e9tats discrets infinie [l\u2019ordinateur] assimilable, si elle est effectivement exhaustive, \u00e0 l\u2019univers tout entier.\u00a0\u00bb (Breton, 1995, p.\u00a0123) Cette d\u00e9finition pourrait tr\u00e8s bien d\u00e9crire la structure d\u2019Armitage, puisqu\u2019il est une conscience contenue dans un programme informatique qui en r\u00e9plique les caract\u00e9ristiques, programme qui est recouvert par une forme humaine. Cette poup\u00e9e russe mi-cybern\u00e9tique, mi-humaine est donc un signifiant humain dont le signifi\u00e9 informatique reproduit un autre signifi\u00e9 humain.<\/p>\n<h2>Le cyberespace\u00a0: lieu d\u2019incarnation, param\u00e8tre de r\u00e9alit\u00e9<\/h2>\n<p>Maintenant qu\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e la mise en ab\u00eeme identitaire dont Armitage est le produit, il est int\u00e9ressant de remarquer combien la vision de l\u2019identit\u00e9 qu\u2019avait Alan Turing, dont le patronyme d\u00e9signe d\u2019ailleurs l\u2019une des cit\u00e9s de <em>Neuromancien<\/em>, peut renvoyer explicitement au d\u00e9nouement du <em>r\u00e9cit<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Retirez les peaux de l\u2019homme pour chercher l\u2019\u00eatre r\u00e9el, vous ne trouverez rien.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0127) Effectivement, certaines descriptions du narrateur \u00e0 la fin du r\u00e9cit sugg\u00e8rent que l\u2019ensemble de la di\u00e9g\u00e8se raconte un voyage cybern\u00e9tique, que les p\u00e9rip\u00e9ties du roman se d\u00e9roulent toutes dans des mondes simul\u00e9s qui s\u2019embo\u00eetent. Certains indices permettent m\u00eame de voir en Case un programme informatique qui, comme Muetdhiver, se serait incarn\u00e9 en une personnalit\u00e9 dont on aurait effac\u00e9 la m\u00e9moire. Mais, contrairement \u00e0 Armitage, Case n\u2019est pas conscient d\u2019\u00eatre un programme incarn\u00e9 en une personne qui contient une m\u00e9moire morte. \u00c0 cet effet, le nom du h\u00e9ros est porteur de sens, le terme anglais <em>case<\/em> pouvant se traduire par \u00ab\u00a0caisse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bo\u00eete\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0valise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un \u00e9nonc\u00e9 formul\u00e9 par Armitage \u00e0 l\u2019endroit de Case au d\u00e9but du roman\u00a0: \u00ab\u00a0On vous a invent\u00e9 en Sib\u00e9rie, Case\u00a0\u00bb (Gibson, 1985, p.\u00a036), porte m\u00eame \u00e0 supposer qu\u2019il serait le produit du programme russe Point-hurlant. Ce dernier est le programme-virus auquel Case a la mission de s\u2019attaquer, un programme qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par une multinationale pour faire s\u2019effondrer le syst\u00e8me de communication, le r\u00e9seau. Qu\u2019il soit le seul hormis Muetdhiver \u00e0 pouvoir faire voyager sa conscience \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019autres corps, notamment celui de Molly, contribue certainement \u00e0 confirmer l\u2019hypoth\u00e8se que Case est un programme informatique.<\/p>\n<p>Ce passage, o\u00f9 le narrateur commence \u00e0 donner quelques signes aux lecteurs quant \u00e0 la nature v\u00e9ritable du h\u00e9ros, para\u00eet d\u00e9crire symboliquement l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019humain dans la modernit\u00e9, son dualisme corps \/ esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Et il [Case] se retrouva en train de contempler, par l\u2019\u0153il intact de Molly, un visage livide et ravag\u00e9 [\u2026]. L\u2019homme qu\u2019il \u00e9tait en train de contempler, c\u2019\u00e9tait lui.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0304-305) C\u2019est de cette fa\u00e7on que Case porte un regard satellitaire sur son corps, comme s\u2019il en \u00e9tait dissoci\u00e9. On reconna\u00eet ici une autre illustration de la <em>persona<\/em>, telle que comprise par C. G. Jung\u00a0: \u00ab\u00a0Certes, nous pouvons imaginer que nous poss\u00e9dons des \u00e2mes parcellaires et nous les repr\u00e9senter. Ainsi, nous pouvons, par exemple, sans difficult\u00e9, nous voir sous les traits de notre <em>persona<\/em>.\u00a0\u00bb (Jung, 2002, p.\u00a0122)<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, il est possible de soutenir que ce passage, o\u00f9 Case a une perception ext\u00e9rieure de son propre corps, constitue non seulement une m\u00e9tonymie de la dissociation relative \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une <em>persona<\/em>, mais \u00e9galement une brillante m\u00e9taphore du dualisme identitaire propre \u00e0 la modernit\u00e9, celui entre corps et esprit. L\u2019anthropologue Le\u00a0Breton stipule effectivement que \u00ab\u00a0le corps de la modernit\u00e9 ressemble \u00e0 un vestige\u00a0\u00bb (Le Breton, 1990, p.\u00a0169), apr\u00e8s avoir sugg\u00e9r\u00e9 que \u00ab\u00a0le corps se d\u00e9tache du sujet et peut, \u00e0 la limite, mener seul son aventure personnelle\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0164). Ce n\u2019est pourtant pas son corps qui se d\u00e9tache de l\u2019esprit de Case, mais, \u00e0 l\u2019inverse, son esprit qui transcende la corporalit\u00e9, voyageant \u00e0 sa guise dans le cybermonde pour, au retour, d\u00e9couvrir un corps en ruines.<\/p>\n<p>Ce clivage identitaire chez le h\u00e9ros, qui rel\u00e8ve de la perception ext\u00e9rieure que celui-ci a de son corps, se fait beaucoup plus complexe quand, \u00e0 la fin du r\u00e9cit, Case, qui croit \u00eatre sorti de la matrice cybern\u00e9tique, s\u2019aper\u00e7oit en compagnie de Riviera et de Molly \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019extr\u00eame lisi\u00e8re de l\u2019un des vastes niveaux de donn\u00e9es\u00a0\u00bb (Gibson, 1985, p.\u00a0319). Si elle traduit manifestement combien \u00ab\u00a0la version moderne du dualisme oppose l\u2019homme \u00e0 son corps\u00a0\u00bb (Le Breton, 1990, p.\u00a0230), cette conclusion du r\u00e9cit d\u00e9montre \u00e9galement ce qui avait \u00e9t\u00e9 retenu par les premiers exp\u00e9rimentateurs de la cybern\u00e9tique, et que Breton r\u00e9sume ainsi\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ce qu\u2019il y a avec l\u2019ordinateur, c\u2019est qu\u2019on finit par ne plus savoir o\u00f9 est le dedans et o\u00f9 est le dehors [dixit Sherry Turkle]. Cette hallucination est en quelque sorte r\u00e9aliste puisque ceux qui l\u2019\u00e9prouvent voient dans la cr\u00e9ature ce qu\u2019elle porte effectivement, l\u2019humain qui y est repr\u00e9sent\u00e9 par d\u00e9tour. (Breton, 1995, p.\u00a0166)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plus encore que par analogie entre les structures qui les composent et leur fonctionnement, comme l\u2019entendaient les p\u00e8res de l\u2019informatique, dans cette repr\u00e9sentation d\u2019un monde cybern\u00e9tique qu\u2019est <em>Neuromancien<\/em>, l\u2019esprit de l\u2019homme et la machine ne font pas que se repr\u00e9senter, ils s\u2019incarnent mutuellement, ce qui produit la trichotomie identitaire corps \/ esprit \/ machine. Et Gibson, par le biais d\u2019une r\u00e9plique d\u2019un personnage, affirme combien efficacement le simulacre remplace le r\u00e9el\u00a0: \u00ab\u00a0Tu t\u2019es tromp\u00e9, Case. Vivre ici, c\u2019est vivre pour de vrai. Il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb (Gibson, 1985, p.\u00a0308)<\/p>\n<p>Il serait possible de relever une pl\u00e9iade d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui, dans <em>Neuromancien<\/em>, contribuent \u00e0 articuler le discours et les paradoxes qu\u2019explore Gibson par voie all\u00e9gorique quant au simulacre et au dualisme identitaire moderne. La pr\u00e9sente analyse a n\u00e9anmoins permis d\u2019\u00e9tablir que l\u2019identit\u00e9 des personnages du r\u00e9cit se construit et se d\u00e9construit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du simulacre informatique, ou par le biais de celui-ci, la perm\u00e9abilit\u00e9 avec le r\u00e9seau cybern\u00e9tique produisant une trichotomie identitaire entre corps, esprit et machine.<\/p>\n<p>Il aurait pu \u00eatre int\u00e9ressant, dans une autre perspective d\u2019analyse, d\u2019\u00e9tudier le discours sur l\u2019\u00e9criture et sur la science-fiction que sous-tend <em>Neuromancien<\/em>, en partant d\u2019une affirmation que formule Baudrillard, toujours dans <em>Simulacres et simulation<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Lorsque la carte<\/em> [ou ici le r\u00e9seau] <em>couvre tout le territoire, quelque chose comme le principe de r\u00e9alit\u00e9 dispara\u00eet<\/em> [\u2026], c\u2019est la fin de la science-fiction, c\u2019est l\u2019\u00e8re de l\u2019hyperr\u00e9alit\u00e9 qui commence.\u00a0\u00bb (Baudrillard, 1981, p.\u00a0181) Cette approche permettrait de questionner la litt\u00e9rarit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre qui, selon cette optique, serait, plus qu\u2019une all\u00e9gorie science-fictionnelle de l\u2019aspect hyperr\u00e9el de notre soci\u00e9t\u00e9 actuelle, un hyper-hyperr\u00e9el d\u00e9crivant une posthumanit\u00e9 virtuelle.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><strong>\u0152uvre \u00e0 l\u2019\u00e9tude<\/strong><\/p>\n<p>GIBSON, William. 1985. <em>Neuromancien<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0S-F\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: J\u2019ai lu, 319\u00a0p.<\/p>\n<p><strong>Ouvrages th\u00e9oriques et de r\u00e9f\u00e9rence<\/strong><\/p>\n<p>BAUDRILLARD, Jean. 1981. <em>Simulacres et simulation<\/em>. Paris\u00a0: Galil\u00e9e, 233\u00a0p.<\/p>\n<p>BRETON, Philippe. 1995. <em>\u00c0 l\u2019image de l\u2019homme\u00a0: du Golem aux cr\u00e9atures virtuelles<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Science ouverte\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Seuil, 187\u00a0p.<\/p>\n<p>JUNG, Carl Gustav. 2002 [1964]. <em>Dialectique du Moi et de l\u2019inconscient<\/em>. Coll.\u00a0\u00ab\u00a0Folio essais\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Gallimard, 287\u00a0p.<\/p>\n<p>LACAN, Jacques. 1966. \u00ab\u00a0Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je\u00a0\u00bb. <em>\u00c9crits<\/em>, Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil, p.\u00a093-100.<\/p>\n<p>LE BRETON, David. 1990. <em>Anthropologie du corps et modernit\u00e9<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Quadrige\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: PUF, 263\u00a0p.<\/p>\n<p>Collectif. 2000. <em>Dictionnaire de la philosophie<\/em>. Paris\u00a0: Encyclop\u00e6dia Universalis; Paris\u00a0: Albin Michel, 2041\u00a0p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Bourque, Guillaume. 2006. \u00abPour une anthropologie de la cybern\u00e9tique : construction et d\u00e9construction identitaire dans le cybermonde. Analyse de Neuromancien, de William Gibson\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5388\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bourque-08.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 bourque-08.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-babfd8dd-b9ba-42c3-8186-30094f6e8b49\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bourque-08.pdf\">bourque-08<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bourque-08.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-babfd8dd-b9ba-42c3-8186-30094f6e8b49\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08 Depuis les avanc\u00e9s philosophiques de Descartes s\u2019est progressivement d\u00e9velopp\u00e9e dans l\u2019imaginaire une nouvelle conception de l\u2019identit\u00e9 qui, dor\u00e9navant, est pens\u00e9e dans son clivage entre esprit et corps, ce dernier \u00e9tant r\u00e9duit, pour ainsi dire, \u00e0 la simple fonction de support de la conscience. 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