{"id":5394,"date":"2024-06-13T19:48:13","date_gmt":"2024-06-13T19:48:13","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/quand-la-litterature-devient-virtuelle-interaction-entre-lhomme-et-la-machine\/"},"modified":"2024-09-10T15:01:09","modified_gmt":"2024-09-10T15:01:09","slug":"quand-la-litterature-devient-virtuelle-interaction-entre-lhomme-et-la-machine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5394","title":{"rendered":"Quand la litt\u00e9rature devient virtuelle : interaction entre l\u2019homme et la machine"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6876\">Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>La dimension technologique, si elle est pr\u00e9pond\u00e9rante, n\u2019est qu\u2019un facteur parmi tant d\u2019autres d\u2019une transformation culturelle majeure.<\/em><br \/>Bertrand Gervais, <em>Entre le texte et l\u2019\u00e9cran<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis les hi\u00e9roglyphes jusqu\u2019au texte \u00e0 l\u2019\u00e9cran, l\u2019\u00e9criture a connu une transformation majeure. Cette m\u00e9tamorphose est tout \u00e0 fait particuli\u00e8re. Cet article illustrera quelques facettes de l\u2019av\u00e8nement de l\u2019hypertexte et de ses effets sur la lecture et l\u2019\u00e9criture. Pour ce faire, nous prendrons appui sur les th\u00e9ories de Christian Vandendorpe et son ouvrage <em>Du papyrus \u00e0 l\u2019hypertexte<\/em>, et celles de Bertrand Gervais, au sujet des th\u00e9ories de la lecture et des nouvelles exp\u00e9riences de la textualit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture, ayant travers\u00e9 les \u00e8res du <em>volumen<\/em> au <em>codex<\/em>, devient maintenant un \u00e9l\u00e9ment de la technologie moderne. Le texte, cet ensemble de signes complexes, est d\u00e9sormais pass\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran reli\u00e9. Si l\u2019invention de l\u2019imprimerie par Gutenberg en 1434 r\u00e9volutionnait l\u2019histoire du livre, les hypertextes, eux, proposent une r\u00e9volution \u00e9quivalente du texte, laquelle transforme, tout particuli\u00e8rement, tant la mat\u00e9rialit\u00e9 du texte que son statut. Mais qu\u2019est-ce que l\u2019hypertexte?<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il convient d\u2019appeler hypertexte est un nouveau paradigme textuel favorisant l\u2019hybridit\u00e9, par exemple en int\u00e9grant l\u2019image \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Cette hybridit\u00e9 entra\u00eene forc\u00e9ment une nouvelle approche de la lecture, o\u00f9 le texte et l\u2019image se chevauchent, se juxtaposent, et o\u00f9 l\u2019ordre de lecture est ainsi r\u00e9invent\u00e9. L\u2019hypertexte est un mode d\u2019organisation des documents textuels informatis\u00e9s caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019existence de liens dynamiques entre ses diff\u00e9rentes sections. Cette nouvelle technologie va jouer non seulement avec les codes du texte, mais aussi avec la fa\u00e7on de le lire et de l\u2019approcher.<\/p>\n<h2>R\u00e9invention du support textuel<\/h2>\n<p>L\u2019apparition de l\u2019hypertexte nous am\u00e8ne \u00e0 passer d\u2019une lecture lin\u00e9aire \u00e0 une lecture tabulaire, aussi est-il au c\u0153ur d\u2019une r\u00e9invention du support du texte. Par cons\u00e9quent, une organisation autre de l\u2019espace de la page mettra en place une rh\u00e9torique visuelle m\u00eal\u00e9e au texte et \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un nouveau paradigme textuel\u00a0: l\u2019hypertexte. L\u2019\u00e9criture partage son espace avec l\u2019image, on peut donc parler d\u2019imbrication, ou encore d\u2019hybridit\u00e9, la notion m\u00eame de l\u2019hypertexte.<\/p>\n<p>En cette \u00e8re de l\u2019information et du m\u00e9dia via l\u2019informatique, une nouvelle approche de la lecture point. Le cyberespace fait place \u00e0 des textes hybrides, comme le dit Christian Vandendorpe\u00a0: \u00ab\u00a0Chaque paragraphe est consid\u00e9r\u00e9 comme un n\u0153ud d\u2019information autonome sur lequel peuvent pointer de multiples cheminements.\u00a0\u00bb (1996, p. 149-155)<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 revoir nos positions en tant que lecteur, puisque \u00ab\u00a0la primaut\u00e9 du texte implique que la transposition se fait du texte \u00e0 l\u2019image, car celle-ci pr\u00e9suppose le texte qui l\u2019inspire\u00a0: un texte, litt\u00e9raire souvent, se trouve \u00e0 l\u2019origine de l\u2019image\u00a0\u00bb (Hoek, 1995, p. 71). Le r\u00e9sultat devient hybride \u00e9tant donn\u00e9 le mariage d\u2019images et de texte. Bien \u00e9videmment, cela vient satisfaire le besoin de<em> voir pour croire<\/em>, parce que l\u2019image compl\u00e8te le texte et l\u2019explicite. En effet, le texte se veut ainsi, lisible et visible \u00e0 la fois. En d\u2019autres termes, \u00ab\u00a0le texte s\u2019\u00e9loigne de sa fa\u00e7on de signifier seulement par les mots\u00a0\u00bb (Reinhard, 1990, p. 13). Les images, ins\u00e9r\u00e9es au fil du texte, offrent au lecteur un sens, une pr\u00e9cision, voire une interpr\u00e9tation. Pour le dire simplement, lorsque nous lisons des mots, seulement des mots, nous nous faisons une image mentale de l\u2019objet que l\u2019on nous pr\u00e9sente, que l\u2019on nous d\u00e9crit; nous le construisons \u00e0 l\u2019aide de notre propre perception du texte. Cela dit, lorsque l\u2019image s\u2019ajoute en plus, c\u2019est moins depuis notre propre imaginaire que nous nous approprions un texte que depuis l\u2019image repr\u00e9sent\u00e9e devant nos yeux, pr\u00e9cise et explicite, comme en t\u00e9moigne Wunenburger\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>En un premier sens, l\u2019image est tenue pour une repr\u00e9sentation sensible qui englobe toutes les impressions perceptives. Elle n\u2019est pas limit\u00e9e aux productions de l\u2019imagination, en tant qu\u2019activit\u00e9 de repr\u00e9sentation en l\u2019absence de l\u2019objet, mais s\u2019\u00e9tend \u00e0 tous les contenus de l\u2019intuition sensible. (Wunenburger, 1997, p. 6)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Le texte dit <em>num\u00e9rique<\/em><\/h2>\n<p>Nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 dit, cette nouvelle situation de lecture se d\u00e9ploie sur un mode tabulaire plut\u00f4t que lin\u00e9aire et appelle ainsi la vitesse, le zapping, le clic d\u2019un bouton pour se transporter instantan\u00e9ment dans un autre univers. L\u2019hypertexte laisse le lecteur d\u00e9cider de son cheminement dans le document en fonction de ses besoins ou de ses int\u00e9r\u00eats, rompant ainsi avec l\u2019approche lin\u00e9aire o\u00f9, tout comme dans un livre ou un film, le concepteur d\u00e9cide de la s\u00e9quence de consultation du document. Ainsi, deux lecteurs d\u2019un m\u00eame document hypertexte ne consultent pas n\u00e9cessairement le m\u00eame contenu dans le m\u00eame ordre. De ce fait, il est clair \u00ab\u00a0qu\u2019une modification des attitudes de lecture entra\u00eene n\u00e9cessairement une modification de l\u2019imaginaire\u00a0\u00bb (Vandendorpe, 1999, p. 235). Les avenues que nous offre le texte num\u00e9rique mettent le lecteur au c\u0153ur d\u2019attentes nouvelles, distinctes et sp\u00e9cifiques, auxquelles le support papier ne peut r\u00e9pondre. En clair, nous sommes en pr\u00e9sence de<\/p>\n<blockquote>\n<p>formes de textes de plus en plus vari\u00e9es, [\u2026] des textes \u00e0 la crois\u00e9e du papier et de l\u2019\u00e9cran, ou alors n\u2019existant que dans le cyberespace, [\u2026] des hypertextes qui nous entra\u00eenent dans des labyrinthes narratifs venant, par leur structure m\u00eame, renouveler les bases de la textualit\u00e9. (Gervais, consult\u00e9 le 25 janvier 2006)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous ce rapport, les ressources propos\u00e9es par le texte num\u00e9rique d\u00e9passent les attentes du lecteur habitu\u00e9 aux fonctionnalit\u00e9s traditionnelles du texte. D\u00e9sormais, il ne doit plus (n\u00e9cessairement) faire une lecture \u00ab\u00a0suivie et intensive\u00a0\u00bb (Vandendorpe, 1999, p. 236). Il se cr\u00e9e une distinction entre l\u2019ancien et le nouveau lecteur. Comme le souligne Vandendorpe, la lecture \u00e0 l\u2019\u00e9cran devenant de plus en plus active, on parle plut\u00f4t d\u2019usager que de lecteur. L\u2019interaction se transforme, car \u00ab\u00a0l\u2019activit\u00e9 du lecteur peut \u00eatre autrement sollicit\u00e9e par l\u2019ordinateur qu\u2019elle ne saurait l\u2019\u00eatre par le papier\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 149-150).<\/p>\n<p>Le Web permet notamment de naviguer dans une s\u00e9quence que le lecteur, ou l\u2019internaute, choisira. La disposition traditionnelle \u00ab\u00a0d\u00e9but-fin\u00a0\u00bb, th\u00e9matique ou m\u00eame alphab\u00e9tique est r\u00e9volue. Chaque terme est un lieu ayant le potentiel de transporter le cybernaute vers une autre fen\u00eatre de texte. Rapidement, il passe d\u2019une fen\u00eatre \u00e0 une autre \u00ab\u00a0en ob\u00e9issant \u00e0 son d\u00e9sir et \u00e0 ses propres associations mentales plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un d\u00e9coupage conceptuel impos\u00e9\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 236).<\/p>\n<p>En ce sens, le signe appelle directement un autre signe, on ne peut donc plus parler de projection d\u2019axes et de conception mentaliste comme au temps de Saussure, car les lieux de l\u2019imaginaire sont multiples et vastes. L\u2019imaginaire s\u2019impose d\u2019embl\u00e9e comme un ensemble d\u2019images et de signes, puisqu\u2019il y a interface entre le sujet donn\u00e9, la culture et un \u00e9l\u00e9ment culturel. Cela dit, si l\u2019on se place dans une perspective peircienne, par exemple, l\u2019image, pour devenir une proposition, requiert qu\u2019il y ait des mots. L\u2019image et le mot sont dans un rapport de compl\u00e9mentarit\u00e9. Une image seule est toujours un signe incomplet. Notons que le trait particulier de la s\u00e9miotique de Peirce est de \u00ab\u00a0concilier en un m\u00eame mod\u00e8le deux conceptions du signe longtemps oppos\u00e9es\u00a0: la r\u00e9flexion sur les mots et celle sur les signes en tant que tels, les uns \u00e9tant l\u2019objet d\u2019une relation ou d\u2019un rapport, et les autres d\u2019une interf\u00e9rence\u00a0\u00bb (Gervais, 1999, p. 207).<\/p>\n<p>Voici pourquoi cette latitude ou libert\u00e9 devant l\u2019\u00e9cran reli\u00e9 et les choix individuels qu\u2019elle comporte nous montre combien l\u2019hypertexte vient traduire et concr\u00e9tiser le ph\u00e9nom\u00e8ne de la virtualit\u00e9, car c\u2019est bel et bien un r\u00e9el av\u00e8nement que cette manifestation virtuelle. Le nouveau proc\u00e9d\u00e9 qu\u2019est l\u2019hypertexte est en train de soumettre de nouvelles formes d\u2019\u00e9criture et de lecture.<\/p>\n<h2>Iconotexte<\/h2>\n<p>Kr\u00fcger Reinhard affirme que \u00ab\u00a0la disposition graphique, la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments visuels, ou bien le contexte visuel joue un r\u00f4le dominant et qui est par cons\u00e9quent de toute premi\u00e8re importance pour l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb (1988, p. 14). Comme mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, les images appellent les mots. La juxtaposition des textes et des images est syst\u00e9matiquement interpr\u00e9t\u00e9e comme l\u2019\u00e9nonciation des relations contingentes entre les textes et les images. Il s\u2019agit de la notion d\u2019<em>iconotexte<\/em>. En effet, l\u2019iconotexte est form\u00e9 de \u00ab\u00a0deux objets assembl\u00e9s pour donner une nouvelle conception qui surgit de cette juxtaposition comme qualit\u00e9 nouvelle [\u2026] [et qui] peut \u00e9clairer la constitution insolite des rapports texte-image\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 29). Le texte s\u2019\u00e9loigne ainsi de sa fa\u00e7on premi\u00e8re de signifier seulement par les mots. Il y a \u00e9quilibre entre le s\u00e9mantique et le visuel. On peut dire que, lorsqu\u2019il y a images et mots juxtapos\u00e9s, l\u2019\u00e9criture devient plus explicite et, forc\u00e9ment, plus compr\u00e9hensible. Les images en tant que signes sont compl\u00e9t\u00e9es avec les mots; ainsi, la combinaison des deux forme un signe complet\u00a0: \u00ab\u00a0Les aspects visuels du texte obtiennent, au fur et \u00e0 mesure que les textes seraient aussi con\u00e7us et appr\u00e9ci\u00e9s par leurs auteurs comme objets visuels, le statut d\u2019un deuxi\u00e8me dispositif de signes.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 15) L\u2019\u00e9criture devient donc iconique puisqu\u2019il y a combinaison du signe et de l\u2019objet (d\u2019o\u00f9 l\u2019appellation <em>iconique<\/em>). En d\u2019autres mots, le texte repose sur des images qui appellent des mots. De fait, la caract\u00e9ristique principale de l\u2019iconicit\u00e9 est la ressemblance du signe et de l\u2019objet auquel il renvoie.<\/p>\n<p>Actuellement, il y a un d\u00e9bat sur la confusion qu\u2019am\u00e8ne le nouveau proc\u00e9d\u00e9 qu\u2019est l\u2019hypertexte, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0la fusion de l\u2019\u00e9crit, de l\u2019image, du son et de la vid\u00e9o\u00a0\u00bb (Vandendorpe, 1999, p. 237). L\u2019\u00e9crit a longtemps b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du privil\u00e8ge de la communication. En ce sens, la crainte que le nouveau proc\u00e9d\u00e9 ne vienne alt\u00e9rer la langue est pr\u00e9pond\u00e9rante, de la m\u00eame fa\u00e7on que l\u2019\u00e9mergence de la t\u00e9l\u00e9vision a pu provoquer la peur de l\u2019an\u00e9antissement de la radio. Pourtant, cela n\u2019est pas arriv\u00e9. Un nouveau proc\u00e9d\u00e9 ou m\u00e9dia ne d\u00e9truisent pas n\u00e9cessairement l\u2019ancien. On peut sans doute affirmer qu\u2019il se produit un \u00e9clatement du livre traditionnel, qui devient polymorphe, et auquel s\u2019ajoutent des dimensions importantes telles que\u00a0: la couleur, l\u2019animation et la structure qui se voient r\u00e9invent\u00e9es. On parle d\u2019\u00e9volution plut\u00f4t que de disparition.<\/p>\n<p>Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Saussure, par exemple, qui affirmait que les langues n\u2019ont rien de mat\u00e9riel, qu\u2019elles sont faites d\u2019id\u00e9es et de sons, de sens et d\u2019images acoustiques, il est clair que les langues pourraient \u00eatre dites virtuelles puisqu\u2019elles sont \u00ab\u00a0une manifestation linguistique de plusieurs s\u00e9miotiques\u00a0\u00bb (Rastier, 2002, p. 82), de l\u00e0 leur hybridit\u00e9. Le texte est un \u00eatre de langage fix\u00e9 sur un support qui, lui, est mis en situation. Il est un ensemble organis\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments signifiants pour une communaut\u00e9 donn\u00e9e. Vandendorpe affirme que \u00ab\u00a0plus que par l\u2019oralit\u00e9, c\u2019est par la s\u00e9duction de l\u2019image que le texte et la litt\u00e9rature sont aujourd\u2019hui concurrenc\u00e9s\u00a0\u00bb (1999, p. 237).<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le texte conserve sa fonction premi\u00e8re, celle d\u2019ancrer une pens\u00e9e et de rendre possibles ais\u00e9ment une communication et son d\u00e9veloppement. En effet, la pens\u00e9e mise par \u00e9crit est une configuration spatiale. R\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019\u00e9crit est donc propice \u00e0 un travail analytique et, cela va de soi, \u00e0 une lecture m\u00e9ditative.<\/p>\n<h2>Geste tactile adapt\u00e9 au mouvement fluctuant de la pens\u00e9e humaine<\/h2>\n<p>Si l\u2019imprimerie a transform\u00e9 la culture orale en une culture plus individualis\u00e9e, le Web, lui, va engendrer une manifestation encore plus singuli\u00e8re de l\u2019\u00e9criture. On passe du papier \u00e0 l\u2019\u00e9cran reli\u00e9, soit au \u00ab\u00a0support immat\u00e9riel de l\u2019\u00e9lectronique\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 238) qui vient, par un simple geste tactile, rendre l\u2019\u00e9criture plus visuelle, plus adapt\u00e9e au mouvement fluctuant qu\u2019est la pens\u00e9e humaine. C\u2019est cette fluctuation de la pens\u00e9e qui s\u2019\u00e9coule en chacun de nous comme d\u00e9membr\u00e9e, sans contr\u00f4le ni r\u00e8gle. C\u2019est le flux de la conscience. Il en va de m\u00eame avec l\u2019\u00e9cran reli\u00e9 et son utilisateur. Il s\u2019agit de mettre l\u2019accent sur la continuit\u00e9, le discontinu et l\u2019intermittent, sur les impressions visuelles et sensorielles, qui font \u00e9cho aux intermittences de l\u2019\u00eatre humain, aux pens\u00e9es en libert\u00e9.<\/p>\n<h2>Diversit\u00e9 croissante des supports textuels<\/h2>\n<p>Il ne fait aucun doute que cette nouvelle structure de l\u2019\u00e9crit va m\u00e9tamorphoser les situations de lecture et d\u2019\u00e9criture. Nous assistons \u00e0 un renouvellement des bases de la textualit\u00e9. En fait, cela donne lieu \u00e0 une expansion du fragment, au collage et au \u00ab\u00a0texte-image\u00a0\u00bb. Comme le fait remarquer Bertrand Gervais, \u00ab\u00a0l\u2019apparition d\u2019un nouveau support de textes [\u2026] change les bases m\u00eames de la textualit\u00e9, en modifiant substantiellement les rapports \u00e0 la lin\u00e9arit\u00e9 du texte\u00a0\u00bb (consult\u00e9 le 25 janvier 2006). Par exemple, le texte de D. Kimm <em>La Suite mongole<\/em> devient enti\u00e8rement num\u00e9ris\u00e9; il est, entre autres, accompagn\u00e9 d\u2019un c\u00e9d\u00e9rom, o\u00f9 l\u2019on voit poindre une mise en spectacle multim\u00e9diatique du texte. Autre exemple, celui-ci livresque, <em>La sensualiste<\/em> (1999), de Barbara Hodgson, un roman o\u00f9 la typographie, la mise en page et l\u2019insertion d\u2019images viennent appuyer la pluralit\u00e9 des \u0153uvres hybrides, o\u00f9 le rapport \u00ab\u00a0texte-image\u00a0\u00bb est mis de l\u2019avant. La mise en page et l\u2019insertion d\u2019images illustrent \u00e0 merveille la diversit\u00e9 toujours en crescendo de ce type d\u2019\u0153uvres, o\u00f9 le \u00ab\u00a0texte n\u2019existe plus seul; il c\u00f4toie des images et il est int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 des dispositifs qui l\u2019animent, l\u2019effacent ou l\u2019opacifient \u00e0 souhait\u00a0\u00bb (Gervais, consult\u00e9 le 25 janvier 2006).<\/p>\n<p>Le concept de livre comme totalit\u00e9 finie, du moins sur le Web, est r\u00e9volu, ce qui ne signifie pas que le livre \u00ab\u00a0traditionnel\u00a0\u00bb soit laiss\u00e9 pour compte ou encore devenu d\u00e9suet, bien au contraire. En fait, la navigation informatique vient \u00e9branler la lin\u00e9arit\u00e9 du r\u00e9cit puisque celui-ci peut \u00eatre lu dans l\u2019ordre que le lecteur d\u00e9sire suivre. Le texte est maintenant divis\u00e9 en segments et devient ainsi fragment\u00e9, ce qui apporte une nouvelle configuration des pratiques de lecture.<\/p>\n<p>L\u2019imprim\u00e9 proposait d\u00e9j\u00e0, depuis longtemps, des textes organis\u00e9s dans le but d\u2019une lecture non s\u00e9quentielle. C\u2019est le cas des <em>Pens\u00e9es<\/em> de Pascal ou encore des <em>Essais<\/em> de Montaigne, qui ont \u00e9t\u00e9 faits dans le but et le sens m\u00eame d\u2019une m\u00e9ditation. De plus, Vandendorpe d\u00e9montre justement, \u00e0 partir de l\u2019\u0153uvre de Roland Barthes, combien \u00ab\u00a0chaque fragment devient une trace d\u2019un parcours intellectuel, un \u00e9pisode dans l\u2019histoire d\u2019une vie, une pi\u00e8ce dans une mosa\u00efque tr\u00e8s coh\u00e9rente et qui dessine le portrait d\u2019un esprit en action\u00a0\u00bb (1999, p. 240-241). Malgr\u00e9 le fragment, il y a unit\u00e9 dans le support, dans le mat\u00e9riau qu\u2019est le livre, le codex.<\/p>\n<h2>Lecture hypertextuelle, le lieu du virtuel<\/h2>\n<p>Peut-on en dire autant de la lecture hypertextuelle? Puisqu\u2019il n\u2019y a plus de maquette unifi\u00e9e, et qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un simple geste du doigt, nous pouvons activer une s\u00e9rie de liens qui nous entra\u00eenent dans divers univers, divers horizons, la lecture peut \u00eatre faite plut\u00f4t en surface. De plus, \u00e9tant donn\u00e9 le caract\u00e8re hybride du texte, qui partage l\u2019\u00e9cran reli\u00e9 avec des fonctions informatiques diverses, l\u2019attention du lecteur est ais\u00e9ment d\u00e9vi\u00e9e, distraite. Cette lecture se situe \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la lin\u00e9arit\u00e9 de l\u2019imprim\u00e9, comme le souligne Vandendorpe\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la porte ouverte au coq-\u00e0-l\u2019\u00e2ne, \u00e0 la d\u00e9rive, \u00e0 l\u2019association sauvage.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 242)<\/p>\n<p>En fait, le lecteur sur le Web peut facilement exercer une lecture superficielle de l\u2019hypertexte. Nous passons de contenu \u00e0 contenant en l\u2019espace d\u2019un \u00e9clair, ce qui favorise le heurt des id\u00e9es, des parall\u00e8les et des recoupements. De l\u00e0 l\u2019id\u00e9e de la m\u00e9taphore de la mer, \u00ab\u00a0naviguer\u00a0\u00bb, et le lien avec la lecture de surface, comme l\u2019exprime bien cet extrait de Bertrand Gervais\u00a0: \u00ab\u00a0On navigue sur une mer, c\u2019est-\u00e0\u2011dire qu\u2019on ne fait que rester en surface d\u2019un lieu qui poss\u00e8de pourtant une densit\u00e9 et une profondeur, m\u00eame si elles sont diff\u00e9rentes de celles de la terre ferme.\u00a0\u00bb (consult\u00e9 le 25 janvier 2006) En d\u2019autres termes, le lecteur cybernaute doit apprendre \u00e0 manipuler ce nouveau texte. Lui-m\u00eame doit trouver la fa\u00e7on de reconstruire le texte ou de cr\u00e9er celui-ci \u00e0 l\u2019aide des liens propos\u00e9s. En effet, l\u2019auteur d\u2019hypertextes saura, au moyen de l\u2019indexation et du classement sur l\u2019ordinateur, faire une mise en ordre des liens possibles, ce qui, pour l\u2019\u00e9criture traditionnelle, serait \u00e0 peu pr\u00e8s impossible \u00e0 faire. L\u2019hypertexte poss\u00e8de des \u00ab\u00a0sous-couches\u00a0\u00bb, qu\u2019on pourrait d\u00e9crire comme des niveaux d\u2019\u00e9criture invisibles, \u00e0 distinguer de l\u2019\u00e9criture traditionnelle. Pour l\u2019hypertexte, toute la page contient des codes qui permettent la lisibilit\u00e9 du texte \u00e0 l\u2019\u00e9cran, impliquant donc une \u00e9criture invisible pour le cybernaute\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 un point de vue \u00ab\u00a0repr\u00e9sentatif\u00a0\u00bb, qui voyait l\u2019hypertexte comme une configuration ou une pr\u00e9sentation du \u00ab\u00a0texte\u00a0\u00bb, vient de plus en plus se substituer un point de vue autor\u00e9f\u00e9rentiel de l\u2019hypertextualit\u00e9, qui voit le r\u00e9seau comme un monde s\u00e9miotique, une s\u00e9miosph\u00e8re dot\u00e9e de codes qui lui sont propres et o\u00f9 chaque n\u0153ud renvoie \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments strictement internes. (Pellizzi, consult\u00e9 le 25 janvier 2006)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le producteur de l\u2019\u0153uvre hypertextuelle devra fournir beaucoup d\u2019efforts et de temps pour la mise en forme de la mati\u00e8re \u00e9crite, car il lui faudra segmenter le texte en fournissant les liens n\u00e9cessaires pour cr\u00e9er un pont entre les diff\u00e9rents liens. Ainsi, l\u2019\u00e9criture hypertextuelle pose des contraintes importantes que l\u2019imprim\u00e9 ne soul\u00e8ve pas, ou alors diff\u00e9remment. En fait, \u00ab\u00a0r\u00e9diger un hypertexte am\u00e8ne ainsi \u00e0 s\u2019interroger inlassablement sur la notion m\u00eame de texte ou de fragment\u00a0\u00bb (Vandendorpe, 1999, p. 244). De fait, il doit y avoir une certaine coh\u00e9sion entre les liens et les titres donn\u00e9s aux fragments afin de faciliter la t\u00e2che au lecteur et de susciter son int\u00e9r\u00eat. L\u2019hyperfiction poss\u00e8de la caract\u00e9ristique suivante\u00a0: elle prend en charge le lecteur \u00e0 l\u2019aide de moyens sophistiqu\u00e9s tels que la cl\u00e9 de l\u2019\u00e9nigme, c\u2019est-\u00e0\u2011dire que tant que le lecteur n\u2019a pas trouv\u00e9 le lien pr\u00e9alable au suivant, il stagnera au m\u00eame endroit.<\/p>\n<p>Notons que la lecture sur \u00e9cran reli\u00e9 peut engendrer une certaine excitation intellectuelle, un aspect ludique pour le lecteur internaute (<em>Ibid.<\/em>, p. 232). Ici, le jeu sollicit\u00e9 est \u00e9videmment au niveau de la canalisation. En effet, lorsqu\u2019on lit un livre, tout se passe par l\u2019imaginaire tandis que, sur l\u2019\u00e9cran reli\u00e9, tout est visuel, plus pr\u00e8s du spectacle, donc sollicit\u00e9 par la vue; l\u00e0 se trouve l\u2019art du virtuel. \u00c0 ce propos, Dominique Auti\u00e9 affirme que la \u00ab\u00a0\u201cvirtualisation\u201d n\u2019est pas un langage, c\u2019est une technique qui utilise les ressources exceptionnelles de la num\u00e9risation [\u2026] pour d\u00e9velopper, optimiser des techniques ant\u00e9rieures.\u00a0\u00bb (2000, p. 67)<\/p>\n<p>Le lieu du virtuel ne fait que prolonger les lectures tabulaires d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes, entre autres, dans la lecture des journaux lorsque, par exemple, on nous propose de poursuivre notre lecture de l\u2019article en A-4 \u00e0 une page ult\u00e9rieure (<em>La Presse<\/em> ou <em>Le Devoir<\/em>), ce qui assure le lien ou, du moins, le sugg\u00e8re. Dans l\u2019ensemble, l\u2019hypertexte tabulaire est con\u00e7u, ou encore \u00ab\u00a0envisag\u00e9[,] sous la m\u00e9taphore du spatial plut\u00f4t que de la <em>multis\u00e9quentialit\u00e9<\/em> temporelle\u00a0\u00bb (Vandendorpe, 1999, p. 247). Il succ\u00e8de aux hypertextes d\u00e9j\u00e0 existants mentionn\u00e9s ci-dessus. Assur\u00e9ment, il fait partie int\u00e9grante de l\u2019\u00e9volution du texte.<\/p>\n<p>L\u2019hypertexte n\u2019a pas de mod\u00e8le pr\u00e9\u00e9tabli, pas plus que le livre en tant que forme. \u00c9tant donn\u00e9 les contraintes que posent la lecture sur \u00e9cran reli\u00e9 et sa cr\u00e9ation, on privil\u00e9giera, pour les cr\u00e9ations litt\u00e9raires hypertextuelles, le fragment et les phrases courtes, en d\u2019autres mots \u00ab\u00a0une textualit\u00e9 largement conjugu\u00e9e avec l\u2019iconique plut\u00f4t que simplement verbale\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 247). En fait, ce type d\u2019organisation du texte ne repose pas sur une compr\u00e9hension du sens comme celle des textes lin\u00e9aires, mais bien sur une libert\u00e9 de choix donn\u00e9e au lecteur, tout comme au temps de l\u2019oralit\u00e9. Autrement dit, plus le lecteur d\u00e9couvre des informations de fa\u00e7on rapide, plus il sera libre puisqu\u2019il circulera avec aisance et int\u00e9r\u00eat dans ce m\u00e9dia.<\/p>\n<p>Ce nouvel outil qu\u2019est le m\u00e9dia informatique offre, par sa facilit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s, libre cours \u00e0 quiconque\u00a0: n\u2019importe qui peut y acc\u00e9der, non seulement pour \u00ab\u00a0fouiller\u00a0\u00bb, mais aussi pour y \u00e9crire. Autrefois r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la bourgeoisie, les Belles-Lettres n\u2019\u00e9taient pas accessibles \u00e0 tout un chacun, mais bien destin\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9lite, et prot\u00e9g\u00e9es par des r\u00e8gles strictes et une codification (entre autres, au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle). De nos jours, ceux qui se voient refus\u00e9s par le monde de l\u2019\u00e9dition ont espoir de pouvoir, \u00e0 d\u00e9faut de publier, \u00e9crire et cr\u00e9er un site afin d\u2019\u00eatre lus par le monde entier. Toujours selon Vandendorpe, l\u2019hypertexte \u00ab\u00a0permet de repenser \u00e0 la fois l\u2019unit\u00e9 textuelle minimale, la place de l\u2019illustration, la notion de discours fini et, surtout, le rapport au lecteur\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 248). En fait, on peut affirmer que cette r\u00e9flexion est engendr\u00e9e par une rupture culturelle importante, et l\u2019informatique ne vient que rendre l\u2019acc\u00e8s plus facile pour tous.<\/p>\n<p>Les nouvelles exp\u00e9riences de la textualit\u00e9 sont f\u00e9condes puisque le rapport \u00e0 l\u2019institution litt\u00e9raire est court-circuit\u00e9, ce qui explique la prolif\u00e9ration de textes sur le Web. De plus, la manipulation est simple\u00a0: appuyez sur le bouton et, syst\u00e9matiquement, vous arrivez \u00e0 l\u2019hyperlien. Aussi, le texte devient une imbrication, une hybridit\u00e9\u00a0: le texte partage son espace avec des images. De fait, si le texte est implicite, l\u2019image, elle, est explicite. N\u00e9anmoins, l\u2019hybridit\u00e9 dans laquelle nous plonge l\u2019hypertexte vient assur\u00e9ment \u00e9branler les supports de lecture et aussi les genres litt\u00e9raires.<\/p>\n<p>L\u2019hypertexte poss\u00e8de des caract\u00e9ristiques qui viennent rejoindre celles de la situation d\u2019oralit\u00e9, par exemple la subjectivit\u00e9. En effet, Vandendorpe donne l\u2019exemple des jeunes qui pr\u00e9f\u00e8rent de beaucoup interagir sur \u00e9cran avec du texte qui s\u2019affiche (par exemple, le clavardage), ce qui leur procure une certaine \u00ab\u00a0sensation de contr\u00f4le et de s\u00e9curit\u00e9 cognitive que l\u2019\u00e9coute ne saurait donner, \u00e0 cause de la lin\u00e9arit\u00e9 fondamentale de l\u2019oral et de ses points d\u2019attache avec la subjectivit\u00e9 que charrie la voix\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 249-250).<\/p>\n<p>La publication virtuelle vient rendre l\u2019\u00e9criture beaucoup plus singuli\u00e8re, puisque celle-ci devient totalement subjective par le fait que l\u2019auteur de l\u2019hypertexte puisse \u00ab\u00a0simplifier\u00a0\u00bb la richesse de son \u0153uvre, d\u2019un point de vue analytique, depuis l\u2019accumulation d\u2019images, d\u2019ic\u00f4nes qui viennent remplacer le d\u00e9veloppement d\u2019analyses. Ainsi, cette publication ouvre la voie au \u00ab\u00a0texte-image\u00a0\u00bb. En ce sens, elle nous am\u00e8ne \u00e0 repenser notre appropriation du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Interroger nos rapports \u00e0 l\u2019\u00e9cran et au papier, c\u2019est s\u2019exposer sur un tout autre registre, c\u2019est explorer les relations que notre corps entretient avec ses outils, avec les objets qui l\u2019entourent, sa fa\u00e7on de s\u2019approprier le monde.\u00a0\u00bb (Auti\u00e9, 2000, p. 97)<\/p>\n<h2>Nouvel acte d\u2019appropriation de lecture<\/h2>\n<p>Comme en t\u00e9moignent Christian Vandendorpe, Bertrand Gervais et les autres auteurs cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, le monde du virtuel est un univers r\u00e9invent\u00e9 qui nous am\u00e8ne \u00e0 revoir nos positions en tant que lecteur. L\u2019hypertexte est une nouvelle forme d\u2019\u00e9criture et, cela va de soi, de lecture o\u00f9 l\u2019image rev\u00eat la m\u00eame importance que le texte. Parce que l\u2019image contient un sens, l\u2019illustration non seulement dirige, mais aussi construit le texte, l\u2019appelle. Il y a compl\u00e9mentarit\u00e9 n\u00e9cessaire, car, si l\u2019image d\u00e9termine le texte, le mot, quant \u00e0 lui, se veut toujours ind\u00e9termin\u00e9 \u00e0 cause de l\u2019imagination singuli\u00e8re du lecteur. L\u2019image devient un pr\u00e9-texte, selon la th\u00e9orie de l\u2019iconicit\u00e9 de Peirce. On assiste \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00e9cit par l\u2019image, donc lisible et visible \u00e0 la fois. <em>Voir pour croire<\/em> prend ici toute sa signification, rendue possible par l\u2019imbrication du texte et des images. Celle-ci rel\u00e8ve de l\u2019hybridit\u00e9 puisque l\u2019on met des images sur les mots ou bien des mots sur les images, le texte partageant son espace avec plusieurs illustrations, ce qui consiste en un travail d\u2019adaptation de la part de l\u2019auteur tout autant que pour le lecteur.<\/p>\n<p>L\u2019auteur doit accorder son texte \u00e0 l\u2019image. Ses descriptions doivent \u00eatre en osmose avec l\u2019icone. Il se forge une hybridit\u00e9 \u00e0 partir de mat\u00e9riaux multiples. L\u2019exp\u00e9rimentation de la coexistence du texte et de l\u2019image en concordance est, sans conteste, tr\u00e8s enivrante, car il y a un d\u00e9fi \u00e0 relever. En d\u2019autres termes, l\u2019auteur se d\u00e9passe dans sa cr\u00e9ation autant dans un sens cognitif que cr\u00e9atif.<\/p>\n<p>Rappelons que les mots permettent de g\u00e9n\u00e9rer une image, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019image seule est toujours un signe incomplet, et que le mot sans image mentale est \u00e9galement impossible selon Peirce. L\u2019image et le mot sont dans un rapport de compl\u00e9mentarit\u00e9. Toujours selon Peirce, l\u2019image, pour devenir une proposition, appelle la pr\u00e9sence de mots. Cela devient un cadre s\u00e9miotique du verbal et du visuel, une esth\u00e9tique de la totalit\u00e9 rendue par le chevauchement du texte et de l\u2019image.<\/p>\n<p>Selon cette perspective, les structures traditionnelles du texte sont chambard\u00e9es, particuli\u00e8rement pour nous, litt\u00e9raires, qui sommes habitu\u00e9s \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 du livre, de la texture\u00a0: \u00ab\u00a0Le papier n\u2019est plus le support, le texte ne peut plus \u00eatre examin\u00e9 dans sa totalit\u00e9, du moins celle \u00e0 laquelle le livre nous avait habitu\u00e9s, marqu\u00e9e par un volume, un poids, des textures.\u00a0\u00bb (Gervais, 2001, p. 381) Cela dit, l\u2019image concurrence avec le texte et nous am\u00e8ne \u00e0 reconsid\u00e9rer la lecture en soi, puisque nous n\u2019en sommes plus \u00e0 lire d\u2019un point \u00e0 l\u2019autre, mais bien \u00e0 lire au gr\u00e9 des liens depuis un simple geste du doigt. Le d\u00e9coupage conceptuel se voit ainsi d\u00e9plac\u00e9, voire d\u00e9pass\u00e9, par le virtuel, lequel est plac\u00e9 dans l\u2019instantan\u00e9it\u00e9. Notre lecture \u00e0 l\u2019\u00e9cran se retrouve \u00ab\u00a0marqu\u00e9e par une logique de la progression et, par cons\u00e9quent, \u00e0 une compr\u00e9hension fonctionnelle\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 382), ce qui \u00e9loigne la relation analytique et m\u00e9ditative habituelle de tout lecteur un tant soit peu intellectuel. On pourrait affirmer que la lecture virtuelle am\u00e8ne \u00e0 la lecture superficielle, mais peut-on vraiment confronter le livre et l\u2019ordinateur? Le virtuel saura-t-il faire muter le livre? Permettez-moi d\u2019en douter\u2026 En fait, il ouvre le chemin \u00e0 d\u2019autres conceptions, \u00e0 d\u2019autres structures, \u00e0 de nouveaux supports.<\/p>\n<h2>M\u00e9diagraphie<\/h2>\n<p>AUTI\u00c9, Dominique. 2000. <em>De la page \u00e0 l\u2019\u00e9cran.<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions Elaeis, 111 p.<\/p>\n<p>GERVAIS, Bertrand. 1999. \u00ab\u00a0Presbyt\u00e8re, hi\u00e9roglyphes et dernier mot\u00a0: pour une d\u00e9finition de l\u2019illisibilit\u00e9\u00a0\u00bb. <em>La lecture litt\u00e9raire<\/em>, n<sup>o<\/sup> 3 (janv.), p. 205-228.<\/p>\n<p>________ . 2001. \u00ab\u00a0Lire \u00e0 l\u2019\u00e9cran\u00a0: les nouvelles exp\u00e9riences du texte\u00a0\u00bb. <em>De Gutenberg ao Terceiro Mil\u00e9no\u00a0: Actas do <\/em><em>Congresso Internacional de Comunica\u00e7\u00e3o<\/em> (Lisbonne, 6-8 avril 2000), sous la dir. de Jos\u00e9 Augusto dos Santos Alves, Lisbonne\u00a0: UAL, p. 375-385.<\/p>\n<p>________ . Consult\u00e9 le 25 janvier 2006.<em> Entre le texte et l\u2019\u00e9cran.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.interdisciplines.org\/defispublicationweb\/papers\/2\">http:\/\/www.interdisciplines.org\/defispublicationweb\/papers\/2<\/a><\/p>\n<p>HODGSON, Barbara. 1999. <em>La sensualiste.<\/em> Paris\u00a0: Seuil; San Francisco\u00a0: Chronicle Books, 295 p.<\/p>\n<p>HOEK, Leo H. 1995. \u00ab\u00a0La transposition inters\u00e9miotique pour une classification pragmatique\u00a0\u00bb. <em>Rh\u00e9torique et image<\/em>, sous la dir. de Leo H. Hoek et Kees Meerhoff, France\u00a0: Nathan, p. 65-80.<\/p>\n<p>PELLIZZI, Frederico. Consult\u00e9 le 25 janvier 2006. \u00ab\u00a0Hypertextualit\u00e9 et intertextualit\u00e9\u00a0: pour une critique du link\u00a0\u00bb. <em>Bollettino \u2019900.<\/em> Dans le cadre de la journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes <em>Litt\u00e9rature et r\u00e9seaux informatiques<\/em> (Paris, 21 novembre 1997).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www2.unibo.it\/boll900\/convegni\/hypcrit.html\">http:\/\/www2.unibo.it\/boll900\/convegni\/hypcrit.html<\/a><\/p>\n<p>RASTIER, Fran\u00e7ois. 2002. \u00ab\u00a0\u00c9critures d\u00e9miurgiques\u00a0\u00bb. <em>\u00c9c\/arts<\/em>, n\u00b03 (oct.), p. 89-91.<\/p>\n<p>REINHARD, Kr\u00fcger. 1990. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture et la conqu\u00eate de l\u2019espace plastique\u00a0: comment le texte est devenu image\u00a0\u00bb. <em>Signe \/ Texte \/ Image<\/em>, sous la dir. d\u2019Alain Montandon, Meyzieu (France)\u00a0: C\u00e9sura Lyon, p. 13-63.<\/p>\n<p>SAUSSURE, Ferdinand de. 1995 [1916]. <em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale.<\/em> Paris\u00a0: Payot, 520 p.<\/p>\n<p>VANDENDORPE, Christian. 1996. \u00ab Sur l\u2019avenir du livre : lin\u00e9arit\u00e9, tabularit\u00e9 et hypertextualit\u00e9 \u00bb. <em>Le livre. De Gutenberg \u00e0 la carte \u00e0 puce\u00a0: actes du colloque tenu \u00e0 la Queen\u2019s University<\/em> (Kingston, 28-30 octobre 1994), sous la dir. de J. B\u00e9nard et J.\u2011J. Hamm, New York, Ottawa, Toronto : Legas, p. 149-155.<\/p>\n<p>________ . 1999. <em>Du papyrus \u00e0 l\u2019hypertexte.<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al, 271 p.<\/p>\n<p>WUNENBURGER, Jean-Jacques. 1997. <em>Philosophie des images.<\/em> Paris\u00a0: PUF, 322 p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dion, Katherine. 2006. \u00abQuand la litt\u00e9rature devient virtuelle : interaction entre l\u2019homme et la machine\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5394\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dion-08.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dion-08.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4168b116-c860-42fb-90a5-07d553548e8e\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dion-08.pdf\">dion-08<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dion-08.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4168b116-c860-42fb-90a5-07d553548e8e\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08 La dimension technologique, si elle est pr\u00e9pond\u00e9rante, n\u2019est qu\u2019un facteur parmi tant d\u2019autres d\u2019une transformation culturelle majeure.Bertrand Gervais, Entre le texte et l\u2019\u00e9cran. Depuis les hi\u00e9roglyphes jusqu\u2019au texte \u00e0 l\u2019\u00e9cran, l\u2019\u00e9criture a connu une transformation majeure. Cette m\u00e9tamorphose est tout \u00e0 fait particuli\u00e8re. 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