{"id":5396,"date":"2024-06-13T19:48:13","date_gmt":"2024-06-13T19:48:13","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/deux-revolutions-de-lecrit-de-limprime-au-virtuel\/"},"modified":"2024-09-10T14:41:51","modified_gmt":"2024-09-10T14:41:51","slug":"deux-revolutions-de-lecrit-de-limprime-au-virtuel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5396","title":{"rendered":"Deux r\u00e9volutions de l\u2019\u00e9crit : de l\u2019imprim\u00e9 au virtuel"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6876\">Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08<\/a><\/h5>\n<p>\u00c9tant rapidement devenue une r\u00e9alit\u00e9 omnipr\u00e9sente, si ce n\u2019est un lieu commun, l\u2019\u00ab\u00a0autoroute de l\u2019information\u00a0\u00bb promet d\u2019apporter des changements majeurs \u00e0 l\u2019approche traditionnelle du texte litt\u00e9raire. \u00c0 la suite des nouvelles possibilit\u00e9s offertes par l\u2019informatique (lecture en ligne, liens hypertextuels), la litt\u00e9rature s\u2019adapte, comme elle l\u2019a fait lors des pr\u00e9c\u00e9dentes m\u00e9tamorphoses du support \u00e9crit. Pour mieux cerner les effets du ph\u00e9nom\u00e8ne actuel, la pr\u00e9sente r\u00e9flexion propose d\u2019examiner les rapports entre l\u2019apparition du support informatique et une autre r\u00e9volution incontournable de l\u2019\u00e9crit\u00a0: l\u2019invention de l\u2019imprimerie moderne<a id=\"footnoteref1_iehmiaj\" class=\"see-footnote\" title=\"Bien s\u00fbr, l\u2019\u00e9crit a subi de nombreuses r\u00e9volutions avant l\u2019imprimerie moderne\u00a0: des changements scripturaux (\u00e9criture cun\u00e9iforme, hi\u00e9roglyphique, alphab\u00e9tique), des modifications du support (l\u2019arriv\u00e9e du papier, le passage du rouleau au codex \u2014 nom donn\u00e9 au livre rectangulaire compos\u00e9 de feuillets), etc. \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019influence incontestable qu\u2019exerce encore de nos jours l\u2019imprim\u00e9, nous nous concentrerons ici sur les mutations du texte entourant l\u2019invention de Gutenberg. \" href=\"#footnote1_iehmiaj\">[1]<\/a>, au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Gutenberg, consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re de l\u2019imprimerie, est le principal responsable de l\u2019av\u00e8nement de la typographie \u00e0 caract\u00e8res mobiles, proc\u00e9d\u00e9 qui m\u00e9canise l\u2019impression sur une presse \u00e0 imprimer, et qui a pour particularit\u00e9 l\u2019utilisation de caract\u00e8res mobiles r\u00e9utilisables. Depuis Gutenberg, la production \u00e9crite, la lecture, la figure de l\u2019auteur, et jusqu\u2019\u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 grandement modifi\u00e9es. De m\u00eame, avec l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019informatique, une nouvelle conception du livre voit le jour, entra\u00eenant avec elle des possibilit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment insoup\u00e7onn\u00e9es. De l\u2019imprim\u00e9 au virtuel, l\u2019\u00e9crit se transforme, mais cette mutation ne s\u2019effectue pas \u00e0 l\u2019encontre des forces mises en branle \u00e0 l\u2019\u00e8re gutenbergienne. Elle se situe en fait dans la suite logique d\u2019impulsions datant de l\u2019\u00e8re de l\u2019imprimerie, sans pour autant se r\u00e9duire \u00e0 l\u2019\u00e9tat de p\u00e2le copie de la r\u00e9volution de l\u2019imprim\u00e9.<\/p>\n<h2>Premi\u00e8re r\u00e9volution\u00a0: l\u2019imprimerie<\/h2>\n<p>L\u2019\u00e9mergence de l\u2019imprimerie<a id=\"footnoteref2_whq3ksk\" class=\"see-footnote\" title=\"L\u2019imprimerie a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par les Chinois au VIIe si\u00e8cle (Needham et Tsuen-Hsuin, 1985, p.\u00a02). Cependant, nous faisons ici allusion \u00e0 l\u2019imprimerie moderne telle qu\u2019elle est apparue en Europe, au XVe si\u00e8cle. \" href=\"#footnote2_whq3ksk\">[2]<\/a> et les cons\u00e9quences de cette r\u00e9volution ont eu une influence durable sur le domaine du livre. L\u2019arriv\u00e9e, au milieu du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, de la typographie \u00e0 caract\u00e8res mobiles (proc\u00e9d\u00e9 dont l\u2019invention est attribu\u00e9e \u00e0 Johannes Gensfleisch, mieux connu sous le nom de Gutenberg) m\u00e8ne \u00e0 terme \u00e0 une v\u00e9ritable r\u00e9volution de l\u2019\u00e9crit. Malgr\u00e9 les r\u00e9percussions consid\u00e9rables de cette invention, il ne s\u2019agit pourtant au d\u00e9part que d\u2019une innovation technique. Christian Robin, dans <em>Le livre et l\u2019\u00e9dition<\/em>, explique que, par rapport au manuscrit ancien, les textes imprim\u00e9s ont l\u2019avantage d\u2019\u00eatre reproduits beaucoup plus ais\u00e9ment\u00a0: \u00ab\u00a0La principale nouveaut\u00e9 [du proc\u00e9d\u00e9 d\u2019impression de Gutenberg] concerne les caract\u00e8res mobiles r\u00e9utilisables, et la presse \u00e0 imprimer permet une reproduction m\u00e9canique rapide.\u00a0\u00bb (Robin, 2004, p.\u00a010) Cette acc\u00e9l\u00e9ration, qui n\u2019est au d\u00e9part que prouesse technique, entra\u00eene cependant des cons\u00e9quences majeures, puisque l\u2019invention de Gutenberg permet de diminuer les co\u00fbts de production tout en augmentant la vitesse de circulation des \u00e9crits (Gilmont, 1998, p.\u00a081). Pour cette raison, le nouveau proc\u00e9d\u00e9 pr\u00e9domine, et, d\u00e8s la fin du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les manuscrits sont confin\u00e9s dans les biblioth\u00e8ques (Robin, 2004, p.\u00a012).<\/p>\n<h2>1. La production \u00e9crite<\/h2>\n<p>La production \u00e9crite est au d\u00e9part relativement peu influenc\u00e9e par le nouveau proc\u00e9d\u00e9 d\u2019impression de Gutenberg. Les premiers livres imprim\u00e9s reprennent le plus fid\u00e8lement possible le mod\u00e8le des manuscrits de l\u2019\u00e9poque. Par sa forme, l\u2019incunable se veut une r\u00e9plique du manuscrit, et son contenu se limite souvent \u00e0 une reproduction de textes d\u00e9j\u00e0 existants \u2014 des livres religieux et quelques classiques (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a012). L\u2019augmentation des capacit\u00e9s de production a toutefois une importance significative sur l\u2019accessibilit\u00e9 aux \u00e9crits\u00a0: \u00ab\u00a0La duplication d\u2019un texte unique, la simple augmentation dans la production des ouvrages existants transmu[e] les modes de lecture et d\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb en offrant \u00ab\u00a0\u00e0 des lecteurs individuels\u00a0\u00bb la possibilit\u00e9 \u00ab\u00a0d\u2019acc\u00e9der \u00e0 davantage de livres\u00a0\u00bb (Boyer, 1980, p.\u00a050). Cette am\u00e9lioration d\u2019ordre purement quantitatif de la production \u00e9crite sera bient\u00f4t suivie par une diversification des ouvrages imprim\u00e9s. Au d\u00e9but du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, de plus en plus d\u2019auteurs contemporains sont publi\u00e9s, ce qui permet de varier les parutions\u00a0: les \u00ab\u00a0ouvrages scientifiques, de droit et romanesques fleurissent\u00a0\u00bb (Robin, 2004, p.\u00a012) alors. L\u2019augmentation et la diversification de la production entra\u00eenent \u00e0 leur tour une multiplication des ressources bibliographiques (Gilmont, 1998, p.\u00a080), n\u00e9cessaires pour que le lecteur puisse faire face \u00e0 cet essor ph\u00e9nom\u00e9nal; une telle prolif\u00e9ration de l\u2019\u00e9crit influera consid\u00e9rablement sur l\u2019activit\u00e9 du lecteur.<\/p>\n<h2>2. La lecture<\/h2>\n<p>La meilleure diffusion des documents modifie peu \u00e0 peu la fa\u00e7on de lire. Les lecteurs cherchent un acc\u00e8s plus ais\u00e9 aux textes (qui doivent \u00eatre facilement disponibles et de format pratique<a id=\"footnoteref3_akq8540\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Comme le rapportent Febvre et Martin dans L\u2019Apparition du livre, les livres de pri\u00e8re et les livres d\u2019heures de format de poche furent probablement les plus nombreux de tous les livres imprim\u00e9s dans les cent et quelque premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019histoire de l\u2019imprimerie.\u00a0\u00bb (McLuhan, 1968, p.\u00a0300-301) \" href=\"#footnote3_akq8540\">[3]<\/a>), et l\u2019uniformit\u00e9 des caract\u00e8res typographiques entra\u00eene une augmentation de la vitesse de lecture, en raison de l\u2019efficacit\u00e9 accrue du d\u00e9codage\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ce d\u00e9sir tout \u00e0 fait naturel d\u2019avoir facilement des livres \u00e0 sa disposition, et des livres de format commode, allait de pair avec l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration marqu\u00e9e de la vitesse de lecture que, contrairement aux manuscrits, les textes imprim\u00e9s avec des caract\u00e8res mobiles identiques rendaient possible. (McLuhan, 1968, p.\u00a0301)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 mesure que la disponibilit\u00e9 des \u00e9crits s\u2019am\u00e9liore, la lecture solitaire \u2014 habituellement silencieuse en Occident depuis le X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Manguel, 1998, p.\u00a061) \u2014 s\u2019\u00e9tend. D\u2019une lecture publique due, entre autres<a id=\"footnoteref4_agkqn9a\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans le choix de la lecture publique, il ne faut cependant pas occulter l\u2019importance du faible taux d\u2019alphab\u00e9tisation parmi la population, surtout chez les moins fortun\u00e9s. Tant que ce taux demeure bas, la lecture \u00e0 voix haute \u00e0 l\u2019adresse d\u2019un groupe s\u2019av\u00e8re encore courante, \u00e9tant donn\u00e9 le nombre de gens incapables de d\u00e9chiffrer eux-m\u00eames les livres. \" href=\"#footnote4_agkqn9a\">[4]<\/a>, au manque de documents disponibles, les gens alphab\u00e9tis\u00e9s passent graduellement \u00e0 de nouvelles habitudes dans le processus m\u00eame de compr\u00e9hension du texte, marquant ainsi le passage de l\u2019oralit\u00e9 \u00e0 une v\u00e9ritable civilisation de l\u2019\u00e9crit. Dans l\u2019oralit\u00e9, la parole n\u2019est pas fix\u00e9e, elle est \u00e9vanescente; le sens se construit \u00e0 l\u2019ajout de chaque terme, il se \u00ab\u00a0d\u00e9roule\u00a0\u00bb en suivant le flot temporel et la pens\u00e9e du locuteur. Au sein d\u2019un monde scolastique oral, il s\u2019agit \u00ab\u00a0d\u2019appr\u00e9hender les sinuosit\u00e9s m\u00eames des mouvements dialectiques de l\u2019esprit dans sa recherche\u00a0\u00bb (McLuhan, 1968, p.\u00a0230). Dans le monde de l\u2019\u00e9crit, la page imprim\u00e9e fournit une image fixe qui peut \u00eatre con\u00e7ue comme un tout \u00e0 saisir dans son enti\u00e8ret\u00e9, bien que le texte demeure une suite de lettres et de mots. Le livre, \u00e9tant rarement \u00e9crit tout d\u2019un trait, donne \u00e0 voir une superposition de moments\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019imprim\u00e9 pr\u00e9sente des instantan\u00e9s de moments successifs d\u2019une attitude mentale.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0232) En cons\u00e9quence, l\u2019attention auparavant apport\u00e9e au sens particulier de chaque terme se d\u00e9place vers une compr\u00e9hension plus g\u00e9n\u00e9rale d\u2019instantan\u00e9s successifs, tandis que l\u2019accessibilit\u00e9 au sens est facilit\u00e9e par l\u2019uniformisation de la langue\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Par ces conseils \u00e0 ses lecteurs, Descartes reconna\u00eet de la fa\u00e7on la plus explicite qui soit l\u2019existence du changement op\u00e9r\u00e9 par l\u2019imprim\u00e9 dans la langue et dans la pens\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019est plus n\u00e9cessaire, comme c\u2019\u00e9tait le cas en philosophie orale, de scruter et de v\u00e9rifier chaque terme. D\u00e9sormais, le contexte suffit. [\u2026] Mais s\u2019il emp\u00eache la subtilit\u00e9 verbale, l\u2019imprim\u00e9 favorise fortement par contre l\u2019uniformisation de l\u2019orthographe et des significations, qui pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat pratique direct pour l\u2019imprimeur et pour son public. (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0228-229)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En acc\u00e9l\u00e9rant le d\u00e9codage et en encourageant la lecture solitaire, ce qui favorise l\u2019\u00e9crit aux d\u00e9pens de l\u2019oralit\u00e9, l\u2019imprim\u00e9 modifie donc la fa\u00e7on de lire, de r\u00e9fl\u00e9chir; par l\u2019uniformisation orthographique et linguistique qui s\u2019ensuit, il red\u00e9finit le rapport m\u00eame \u00e0 la langue.<\/p>\n<h2>3. La figure de l\u2019auteur<\/h2>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, la figure de l\u2019auteur n\u2019occupe pas une place centrale, mais elle acquiert de l\u2019influence durant la Renaissance, alors qu\u2019avec l\u2019imprimerie, les conditions de production des livres se modifient radicalement. \u00c0 l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, au fil des reproductions successives d\u2019un ouvrage, de nombreux copistes ajoutent gloses, explications et commentaires, multipliant ainsi les instances \u00e9nonciatives. Cette relative appropriation de l\u2019\u00e9crit par des copistes a pour cons\u00e9quence de diminuer l\u2019importance de l\u2019auteur et de r\u00e9duire la compl\u00e9tude de l\u2019\u0153uvre, puisque d\u2019autres instances s\u2019investissent dans le texte, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 le modifier\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Les diff\u00e9rences entre les versions d\u2019un m\u00eame texte, r\u00e9sultat d\u2019une interpr\u00e9tation, d\u2019une lecture personnelle par le copiste d\u2019un texte au d\u00e9chiffrement et au sens parfois incertain, sont multiples\u00a0: aussi la notion d\u2019\u0153uvre, con\u00e7ue comme un tout achev\u00e9 et ferm\u00e9, propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle d\u2019un auteur, est-elle peu apparente. (Qu\u00e9niart, 1998, p.\u00a013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La situation change lorsque la reproduction m\u00e9canique des livres fait son apparition, et la figure de l\u2019auteur prend progressivement plus de poids\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The medieval listener was not highly interested in the personality of an author, and he had greater respect for form than for authorship.\u00a0But in the Renaissance more modern ideas concerning the personality of the author were contrasted with those of the Middle Ages. The name of an author became more important to the reading public, and the man of literature was aware of his reputation. (Kline, 1963, p.\u00a054)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 mesure que sa personne et sa r\u00e9putation comptent davantage, l\u2019auteur obtient de plus grands droits sur sa cr\u00e9ation. Auparavant, la r\u00e9citation publique de la litt\u00e9rature en faisait une propri\u00e9t\u00e9 commune; dans ce contexte, la notion de plagiat n\u2019avait aucun sens. Or, \u00e0 partir du moment o\u00f9 la copie manuscrite n\u2019est plus le moyen privil\u00e9gi\u00e9 de diffusion de l\u2019\u00e9crit, et o\u00f9 les livres circulent abondamment, il devient r\u00e9pr\u00e9hensible de reproduire sans autorisation un texte dont la paternit\u00e9 doit \u00eatre reconnue\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>In the era of the written manuscript to copy and circulate another author\u2019s work might be a praiseworthy action, but in the age of printing serious consequences could result. [\u2026] But the public recitation of literature made it common property, and the terms plagiarism and copyright did not exist for the minstrel. It was only after the invention of printing, when methods of publication were revolutionized, that these terms began to hold significance for the author. (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a054-55)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e8re du manuscrit, pour reproduire un texte, il n\u2019\u00e9tait pas question de permission ou de d\u00e9dommagement\u00a0: en am\u00e9liorant la circulation de l\u2019\u00e9crit, le copiste posait une action louable. En revanche, une fois que le recours au copiste s\u2019av\u00e8re superflu, l\u2019auteur a des droits sur son texte, qui ne peut plus \u00eatre reproduit sans son autorisation. En raison de son r\u00f4le dans l\u2019\u00e9mergence de la figure de l\u2019auteur, l\u2019imprimerie modifie le rapport m\u00eame \u00e0 l\u2019objet-livre, entra\u00eenant ainsi l\u2019introduction de notions aussi capitales que le droit d\u2019auteur et le plagiat.<\/p>\n<h2>4. La soci\u00e9t\u00e9<\/h2>\n<p>Par ces changements structurels dans la production \u00e9crite, la lecture et la figure de l\u2019auteur, la r\u00e9volution de l\u2019imprim\u00e9 entra\u00eene des transformations qui se propagent d\u2019abord au c\u0153ur de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne renaissante. La hausse fulgurante du nombre de textes disponibles donne lieu \u00e0 une v\u00e9ritable effervescence intellectuelle. \u00c9tant donn\u00e9 cette vivacit\u00e9, caract\u00e9ristique majeure de la Renaissance, Jean-Fran\u00e7ois Gilmont consid\u00e8re l\u2019imprimerie comme historiquement capitale d\u2019un point de vue social\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La multiplication quantitative des textes aboutit \u00e0 des changements qualitatifs. L\u2019imprim\u00e9 ne multiplie pas seulement les lecteurs d\u2019un texte donn\u00e9; il permet aussi \u00e0 chaque lecteur \u2014 et \u00e0 chaque auteur \u2014 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un plus grand nombre de textes. Toute une acc\u00e9l\u00e9ration des \u00e9changes intellectuels s\u2019ensuit. L\u2019\u00e9v\u00e9nement est donc d\u2019importance primordiale pour l\u2019histoire de la soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame si ses effets ne se sont pas fait sentir avant plusieurs si\u00e8cles. (Gilmont, 1998, p.\u00a011)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 mesure que les discussions et les d\u00e9bats autour de ces savoirs nouvellement accessibles s\u2019\u00e9tendent, et que, par cons\u00e9quent, les lieux d\u2019\u00e9change s\u2019accroissent, le monde intellectuel se lib\u00e8re peu \u00e0 peu des milieux de pouvoir que sont la cour et les acad\u00e9mies officielles, telles que l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise et l\u2019Acad\u00e9mie des sciences. Jusqu\u2019au d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les id\u00e9es nouvelles sont en effet discut\u00e9es dans l\u2019entourage du pouvoir royal et institutionnel, ce qui assure \u00e0 celui-ci un certain contr\u00f4le par la censure id\u00e9ologique. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des Lumi\u00e8res se d\u00e9veloppent des lieux de discussion intellectuelle hors du r\u00e9seau officiel, tels que des salons, des caf\u00e9s et des soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires. Cette possibilit\u00e9 d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 un texte \u00e9chappant \u00e0 l\u2019emprise du pouvoir, \u00e0 un texte lu en commun, discut\u00e9, puis relu en priv\u00e9 pour susciter de nouvelles r\u00e9flexions, serait un \u00e9l\u00e9ment majeur dans le d\u00e9veloppement du concept d\u2019opinion publique\u00a0:<\/p>\n<p>Les recherches de R. Chartier sur <em>Les origines culturelles de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (Paris, 1990) ont mis en \u00e9vidence le lien qui, au temps des Lumi\u00e8res, unit le d\u00e9veloppement d\u2019une opinion publique et l\u2019action du livre sur la soci\u00e9t\u00e9. [\u2026] Le livre imprim\u00e9 y agit [dans les salons, caf\u00e9s, soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires] en combinant lectures publiques et lectures priv\u00e9es. Les lectures faites en commun et suivies de discussions suscitent un retour au texte dans la lecture solitaire. Et celle-ci \u00e0 son tour ram\u00e8ne de nouveaux textes \u00e0 soumettre \u00e0 un examen collectif. (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a087)<\/p>\n<p>Curieusement, alors m\u00eame que l\u2019on assiste \u00e0 la formation parmi les intellectuels d\u2019un ensemble collectif qui prendra le nom d\u2019<em>opinion publique<\/em>, un mouvement apparemment oppos\u00e9 progresse, puisque la lecture en solitaire gagne en importance. En d\u2019autres termes, 1a soci\u00e9t\u00e9 se pense, tandis que l\u2019individu pense la soci\u00e9t\u00e9. \u00c9tant donn\u00e9 le paradoxe qu\u2019elle met en \u00e9vidence, cette mont\u00e9e de l\u2019individu, parall\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9volution d\u2019une nouvelle forme de collectivit\u00e9, peut s\u2019expliquer \u00e0 la lumi\u00e8re du d\u00e9veloppement de la modernit\u00e9. Celle-ci se caract\u00e9rise par une tension entre un <em>ph\u00e9nom\u00e8ne global<\/em> de soci\u00e9t\u00e9, li\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0la transcendance abstraite de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (Baudrillard, 2002, p.\u00a0318), et la croissance d\u2019une <em>subjectivit\u00e9<\/em> mouvante\u00a0: il s\u2019agit, selon Jean Baudrillard, de \u00ab\u00a0l\u2019exaltation <em>r\u00e9actionnelle<\/em> d\u2019une subjectivit\u00e9 menac\u00e9e de partout par l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation de la vie sociale\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0319). En favorisant l\u2019\u00e9panouissement de la subjectivit\u00e9 par un acc\u00e8s individuel au texte, la mutation de l\u2019\u00e9crit joue un r\u00f4le non n\u00e9gligeable sur le d\u00e9veloppement de l\u2019individualisme en Occident, voire sur l\u2019entr\u00e9e de celui-ci dans la modernit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019importance des \u00e9changes publics autour du livre ne doit pas cacher son influence fondamentale dans l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale vers plus d\u2019individualisme. La lecture priv\u00e9e, purement visuelle et silencieuse, permet de prendre contact avec un texte sans aucun contr\u00f4le social. Elle pousse donc \u00e0 la r\u00e9flexion solitaire. Il faut voir dans la progression de la ma\u00eetrise de la lecture silencieuse un des facteurs du passage \u00e0 la modernit\u00e9. (Gilmont, 1998, p.\u00a087)<\/p>\n<p>Attendu leur r\u00f4le dans l\u2019av\u00e8nement de l\u2019opinion publique et de l\u2019individualisme \u2014 qui transforment le fonctionnement m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 \u2014, les changements apport\u00e9s par Gutenberg au livre font assur\u00e9ment sentir leurs cons\u00e9quences aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h2>De l\u2019imprim\u00e9 au virtuel\u00a0: transition ou rupture?<\/h2>\n<p>L\u2019imprimerie conserve certes une influence consid\u00e9rable sur la soci\u00e9t\u00e9, mais, en ce d\u00e9but de XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, de nombreux d\u00e9veloppements techniques ont permis l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau support, l\u2019ordinateur (plus justement appel\u00e9 l\u2019<em>\u00e9cran reli\u00e9<\/em>). Ces d\u00e9veloppements remettent en question notre rapport au livre. Devant les r\u00e9centes avanc\u00e9es de la communication et de l\u2019informatique, l\u2019empreinte laiss\u00e9e par Gutenberg est-elle toujours aussi perceptible? Devrions-nous consid\u00e9rer les possibilit\u00e9s du nouveau support informatique comme une transition ou comme une rupture avec la r\u00e9volution gutenbergienne? Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, comparons le rapport au savoir entre l\u2019imprim\u00e9 et le virtuel. L\u2019une des retomb\u00e9es majeures de l\u2019invention de l\u2019imprimerie est sans contredit la possibilit\u00e9 qu\u2019elle donne aux lecteurs et aux auteurs d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 une quantit\u00e9 toujours plus \u00e9lev\u00e9e de textes, ce qui permet \u00e0 la fois de d\u00e9velopper une r\u00e9flexion individuelle sur ceux-ci et d\u2019\u00e9tablir un dialogue intertextuel. Alors que le volume manuscrit repr\u00e9sentait une source de savoir lointain, presque inaccessible pour le commun des mortels \u2014 un article de luxe \u2014, l\u2019imprim\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 sa reproduction acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, devient un objet que tout un chacun peut poss\u00e9der\u00a0: la connaissance demeure publique, mais le livre est maintenant propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Sur un plan strictement mat\u00e9riel, l\u2019accessibilit\u00e9 accrue des ouvrages facilite leur acquisition et leur rassemblement dans ce qui constituera la biblioth\u00e8que d\u2019un lecteur. \u00c0 un niveau plus abstrait, cette d\u00e9mocratisation permet de plus en plus la cr\u00e9ation de ce que nous appellerons des <em>biblioth\u00e8ques personnelles<\/em>, qui sont form\u00e9es par le rassemblement des discours qu\u2019int\u00e8gre un m\u00eame lecteur. L\u2019augmentation de la quantit\u00e9 de textes ais\u00e9ment consultables multiplie les possibilit\u00e9s de lecture et la masse de lecteurs, accroissant de ce fait la taille et le nombre des <em>biblioth\u00e8ques personnelles<\/em>. Plus qu\u2019un rapport entre livres mat\u00e9riels, c\u2019est ainsi un v\u00e9ritable discours des id\u00e9es qui voit le jour, par le biais de dialogues intertextuels au c\u0153ur m\u00eame du syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rences de chaque lecteur. Comme il s\u2019av\u00e8re clairement impossible pour un \u00eatre humain, aussi z\u00e9l\u00e9 soit-il, d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du contenu \u00e9crit existant, cette constitution d\u2019une <em>biblioth\u00e8que personnelle<\/em> devient rapidement in\u00e9vitable, puisqu\u2019elle permet une appropriation possible d\u2019un ensemble tellement vaste qu\u2019il s\u2019en retrouverait insaisissable. L\u2019illusion de la possibilit\u00e9 d\u2019un acc\u00e8s individuel \u00e0 la connaissance globale s\u2019\u00e9tant \u00e9vapor\u00e9e avec la multiplication exponentielle des ouvrages publi\u00e9s, l\u2019\u00e9rudition ne se fait plus sentir autant par la <em>quantit\u00e9<\/em> des connaissances d\u2019une personne que par la qualit\u00e9 des <em>liens<\/em> que celle-ci \u00e9tablit entre les diff\u00e9rentes informations accessibles\u00a0: chacun doit apprendre \u00e0 constituer sa propre bibliographie des savoirs. Ce d\u00e9placement s\u2019observe aussi dans le sillage de la r\u00e9volution informatique. Gr\u00e2ce au r\u00e9seau Internet, le nouveau support permet la multiplication des \u00e9crits disponibles. L\u2019acc\u00e8s au texte s\u2019en trouve facilit\u00e9\u00a0: gr\u00e2ce au r\u00e9seau mondial, il devient possible d\u2019acc\u00e9der presque instantan\u00e9ment au contenu de certains ouvrages (ceux qui ont \u00e9t\u00e9 num\u00e9ris\u00e9s), sans devoir se d\u00e9placer pour s\u2019en procurer un exemplaire. Les liens hypertextuels qui peuvent \u00eatre \u00e9tablis \u00e0 m\u00eame l\u2019\u00e9cran reli\u00e9 accroissent consid\u00e9rablement le dialogue entre les diff\u00e9rentes parties d\u2019un m\u00eame texte, voire avec d\u2019autres \u0153uvres, puisqu\u2019une participation directe du support s\u2019ajoute aux liens de signification habituellement cr\u00e9\u00e9s par le lecteur d\u2019un \u00e9crit fixe. De cette comparaison entre l\u2019imprim\u00e9 et le virtuel, il ressort que l\u2019augmentation des textes disponibles, l\u2019accessibilit\u00e9 de la connaissance, et l\u2019importance du dialogue intertextuel sont toutes des caract\u00e9ristiques essentielles que partagent les r\u00e9volutions gutenbergienne et informatique. Dans le rapport au savoir, la r\u00e9volution du virtuel se situerait donc dans le prolongement plut\u00f4t que dans la rupture de celle de l\u2019imprim\u00e9.<\/p>\n<h2>Deuxi\u00e8me r\u00e9volution\u00a0: l\u2019informatique<\/h2>\n<p>Le nouveau support que rend possible l\u2019informatique depuis les ann\u00e9es soixante<a id=\"footnoteref5_m6qw0z0\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante, des recherches posent les fondements de ce qui permettra l\u2019\u00e9mergence du multim\u00e9dia ou de l\u2019\u00e9dition \u00e9lectronique. Theodor H. Nelson reprend les id\u00e9es de [Vannevar] Bush et d\u00e9veloppe l\u2019hypertexte.\u00a0\u00bb (Robin, 2004, p.\u00a0135) En plus de l\u2019hypertexte, ces fondements du multim\u00e9dia se trouvent dans le d\u00e9veloppement, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, de l\u2019interactivit\u00e9 et des bases de l\u2019interface graphique. \" href=\"#footnote5_m6qw0z0\">[5]<\/a> partage plusieurs \u00e9l\u00e9ments avec le livre imprim\u00e9 traditionnel. Puisque leur apparition entra\u00eene une prolif\u00e9ration des textes, ces deux supports ont pour cons\u00e9quence de stimuler la production d\u2019outils bibliographiques (bibliographies imprim\u00e9es pour l\u2019un, bibliographies en ligne et moteurs de recherche pour l\u2019autre) et de liens intertextuels. Comme nous l\u2019avons vu, c\u2019est du nombre effarant de publications ayant suivi l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019imprimerie que provient la n\u00e9cessit\u00e9 de savoir construire un \u00ab\u00a0r\u00e9seau\u00a0\u00bb de r\u00e9f\u00e9rences personnelles, par le biais d\u2019une r\u00e9flexion individuelle. Avec le r\u00e9seau Internet, la somme des documents accessibles \u00e0 un individu augmente de fa\u00e7on exponentielle; en cons\u00e9quence, l\u2019importance accord\u00e9e aux bibliographies et aux liens intertextuels devient plus que jamais manifeste. La bibliographie, ce \u00ab\u00a0r\u00e9pertoire des \u00e9crits relatifs \u00e0 un sujet donn\u00e9\u00a0\u00bb (Robert, 1996, p.\u00a0217), a pour fonction de faciliter la recherche d\u2019informations utiles, en raison de la surcharge de donn\u00e9es manquant souvent de pertinence. Lorsque les sources se multiplient, que ce soit \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9mergence de l\u2019imprimerie ou de l\u2019informatique, les bibliographies deviennent essentielles. Dans ce contexte de foisonnement des \u00e9crits, les liens intertextuels prolif\u00e8rent \u00e9galement, ce qui contribue non seulement \u00e0 l\u2019int\u00e9gration d\u2019un savoir, mais aussi \u00e0 la production de sens que permet le caract\u00e8re interactif de l\u2019intertextualit\u00e9.<\/p>\n<p>Outre la profusion des bibliographies, les r\u00e9volutions gutenbergienne et informatique ont en commun une relation paradoxale entre la mont\u00e9e de l\u2019individualisme et la formation d\u2019une nouvelle communaut\u00e9 de lecteurs. Dans notre analyse de l\u2019imprimerie, nous avons mis en relief le paradoxe qui allie le d\u00e9veloppement de l\u2019individualisme et la cr\u00e9ation d\u2019une collectivit\u00e9, celle de l\u2019opinion publique. Pour sa part, la r\u00e9volution informatique est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une forme de communaut\u00e9 liant les utilisateurs du nouveau support. Historiquement, le rapport interactif entre ceux-ci provient de la n\u00e9cessit\u00e9 de partager le mat\u00e9riel durant les d\u00e9buts de l\u2019\u00e8re informatique\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019interactivit\u00e9 na\u00eet du besoin de partager les ressources d\u2019un ordinateur entre plusieurs personnes. En effet, le co\u00fbt d\u2019une machine n\u00e9cessitait de l\u2019occuper en continu, ce qui n\u2019\u00e9tait possible que si plusieurs utilisateurs se le partageaient.\u00a0\u00bb (Robin, 2004, p.\u00a0135) Cet usage collectif des ressources entra\u00eene le d\u00e9veloppement, vers la fin des ann\u00e9es soixante, de structures facilitant les liens entre les utilisateurs, par exemple des techniques pour ex\u00e9cuter plusieurs programmes simultan\u00e9ment sur un m\u00eame ordinateur (\u00e9ventuellement par diff\u00e9rents utilisateurs), et des m\u00e9thodes d\u2019acc\u00e8s \u00e0 distance \u00e0 l\u2019aide de terminaux \u00e9loign\u00e9s de la machine principale. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, l\u2019arm\u00e9e finance le projet Arpanet, dont les technologies seront plus tard utilis\u00e9es pour mettre en place le r\u00e9seau Internet (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0135). Dans les ann\u00e9es quatre-vingt-dix, l\u2019\u00e9mergence d\u2019Internet parmi le grand public permet la constitution de petites communaut\u00e9s s\u2019articulant autour d\u2019int\u00e9r\u00eats communs de plusieurs internautes, dont l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la litt\u00e9rature. Ces groupes virtuels peuvent se rassembler pour \u00e9changer sur un genre litt\u00e9raire, un auteur, une \u0153uvre, cr\u00e9ant ainsi un nouveau rapport, interactif, entre les lecteurs. La communication ne s\u2019\u00e9tablit plus seulement entre amis, connaissances ou coll\u00e8gues de travail\u00a0: elle s\u2019effectue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une communaut\u00e9 potentiellement mondiale qu\u2019une m\u00eame passion unit. Parall\u00e8lement \u00e0 ce mouvement collectif, l\u2019essor de l\u2019ordinateur personnel donne lieu \u00e0 une \u00e9volution en apparence inverse. \u00c0 mesure que les composantes informatiques se miniaturisent, qu\u2019elles gagnent en efficacit\u00e9, et que le co\u00fbt des micro-ordinateurs diminue, le partage des ressources n\u2019est plus autant requis. De plus en plus, l\u2019utilisateur poss\u00e8de sa propre machine, qu\u2019il configure et personnalise comme il l\u2019entend, et dont il se sert souvent seul. Cette appropriation et cette utilisation solitaire de la technologie informatique favorisent l\u2019individualisme, comme l\u2019ont fait auparavant la facilit\u00e9 d\u2019acquisition du livre imprim\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9ralisation de la lecture en solitaire. Par la multiplication des bibliographies qu\u2019elle permet, ainsi que par son m\u00e9lange d\u2019individualisme et de communautarisme, la r\u00e9volution informatique se situe donc dans le prolongement de la r\u00e9volution gutenbergienne.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces nombreux rapprochements, l\u2019\u00e9cran reli\u00e9 offre des possibilit\u00e9s que ne permet pas le support traditionnel. L\u2019une des avanc\u00e9es majeures amen\u00e9es par l\u2019ordinateur sur le plan litt\u00e9raire est l\u2019\u00e9largissement des modalit\u00e9s de lecture, car l\u2019informatique autorise chacun \u00e0 cr\u00e9er \u2014 \u00e0 actualiser \u2014 des liens en int\u00e9grant ceux-ci \u00e0 m\u00eame le support textuel. Bien s\u00fbr, avec le codex traditionnel, le lecteur poss\u00e8de un certain contr\u00f4le sur sa lecture et son utilisation du support\u00a0: il peut choisir de ne lire qu\u2019une phrase sur deux, de commencer le livre par la fin, de n\u2019en lire qu\u2019un chapitre. Le lecteur conserve aussi une libert\u00e9 interpr\u00e9tative\u00a0: il rajoute des connotations au texte, doute de la v\u00e9racit\u00e9 des faits cit\u00e9s, ou encore ne saisit que le tiers de ce qu\u2019il lit. Cependant, les liens hypertextuels que permet l\u2019informatique vont au-del\u00e0 des possibilit\u00e9s que nous venons d\u2019\u00e9voquer avec le codex. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019hypertextualit\u00e9, l\u2019ordinateur offre le moyen de d\u00e9passer la lin\u00e9arit\u00e9 du r\u00e9cit \u00e0 m\u00eame le support, ce que l\u2019imprim\u00e9 n\u2019admet qu\u2019au sein de la narration puisque, intrins\u00e8quement, la forme de l\u2019objet-livre propose un d\u00e9but, une fin, et un ordre de lecture. En autorisant le lecteur \u00e0 transformer ce qu\u2019il lit en fonction des liens qu\u2019il choisit d\u2019\u00e9tablir, le support informatique permet une lecture qui s\u2019apparente au processus instinctif de la pens\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il s\u2019agit aussi, pour d\u2019autres, de profiter d\u2019Internet pour rendre effective la fin du r\u00e9cit lin\u00e9aire qu\u2019ont essay\u00e9 de dynamiter de nombreux auteurs avant eux. L\u2019hypertextualit\u00e9 permettrait de se rapprocher du mode de pens\u00e9e humain, par exemple du processus d\u2019association d\u2019id\u00e9es. (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0139)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec l\u2019hypertextualit\u00e9, les voies ouvertes par l\u2019informatique convient le lecteur \u00e0 construire le texte, autant au niveau formel qu\u2019\u00e0 celui du contenu, pratique inconnue \u00e0 la lecture conventionnelle. Celle-ci implique certes une participation active du lecteur pour produire du sens, mais la base \u00e0 partir de laquelle l\u2019op\u00e9ration est effectu\u00e9e reste le texte\u00a0: la signification mouvante est construite \u00e0 partir d\u2019un mod\u00e8le initial statique. L\u2019\u00e9cran reli\u00e9, en rendant possible la contribution du lecteur \u00e0 cette structure habituellement fixe, augmente les possibilit\u00e9s de <em>collaboration<\/em> cr\u00e9atrice. Il autorise \u00e9galement \u00e0 contourner certaines contraintes \u00e9ditoriales. Puisque l\u2019informatique permet de se soustraire, par l\u2019autopublication en ligne, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9dit\u00e9 afin d\u2019\u00eatre lu, le nouveau support offre un espace de libert\u00e9 pour l\u2019auteur qui h\u00e9site \u00e0 se soumettre \u00e0 la vision d\u2019un \u00e9diteur. Il permet une alternative au caract\u00e8re inalt\u00e9rable du texte imprim\u00e9, laissant ainsi la porte ouverte aux r\u00e9\u00e9critures. Selon Christian Robin, l\u2019inclusion du lecteur dans l\u2019activit\u00e9 cr\u00e9atrice converge avec ce d\u00e9sir de libert\u00e9 accrue\u00a0: \u00ab\u00a0d\u2019autres encore ajoutent le souhait d\u2019int\u00e9grer le lecteur dans la cr\u00e9ation, moyen compl\u00e9mentaire de se lib\u00e9rer des contraintes que pose le mode de production \u00e9ditorial\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0139). \u00c0 la lumi\u00e8re de ces \u00e9l\u00e9ments, la r\u00e9volution informatique et les transformations du livre qui en r\u00e9sultent \u2014 en particulier gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019essor d\u2019Internet \u2014 offrent des possibilit\u00e9s et soul\u00e8vent des questionnements qui exc\u00e8dent ceux entourant le codex, notamment en ce qui a trait au d\u00e9passement de la lin\u00e9arit\u00e9 narrative, \u00e0 l\u2019int\u00e9gration directe du lecteur \u00e0 la cr\u00e9ation, et \u00e0 l\u2019affranchissement des contraintes \u00e9ditoriales auxquelles est traditionnellement soumis l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Avec le recul, il ne fait aucun doute que la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019imprim\u00e9 a boulevers\u00e9 le monde du livre, que ce soit sur le plan de la lecture, de la production \u00e9crite ou de la figure de l\u2019auteur. Elle a engendr\u00e9 des r\u00e9percussions sociales ayant particip\u00e9, entre autres, \u00e0 l\u2019essor d\u2019une opinion publique, au d\u00e9veloppement de l\u2019individualisme, et \u00e0 la transformation du rapport au savoir. M\u00eame pr\u00e8s de six si\u00e8cles apr\u00e8s l\u2019invention de Gutenberg, le support informatique reste tributaire du rayonnement de l\u2019imprimerie. Plut\u00f4t que de concr\u00e9tiser l\u2019envers de l\u2019imprim\u00e9 traditionnel, le livre virtuel peut en fait \u00eatre compris comme un prolongement du mouvement mis en branle \u00e0 partir de la r\u00e9volution gutenbergienne. Dans la relation au savoir, ces deux supports du livre partagent des \u00e9l\u00e9ments essentiels\u00a0: leur mise en \u0153uvre entra\u00eene la multiplication des \u00e9crits, facilite l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance, et stimule le dialogue intertextuel. Ils encouragent tous deux la production d\u2019outils bibliographiques, et sont au c\u0153ur d\u2019un rapport paradoxal entre le d\u00e9veloppement de l\u2019individualisme et la constitution d\u2019une nouvelle communaut\u00e9 de lecteurs. L\u2019\u00e9cran reli\u00e9 ne se limite cependant pas \u00e0 une simple continuation de possibilit\u00e9s d\u00e9j\u00e0 incluses dans le livre traditionnel. Le changement de support permet, outre une intertextualit\u00e9, une hypertextualit\u00e9 \u00e9tendant les modalit\u00e9s de lecture. En plus d\u2019autoriser le d\u00e9passement de la lin\u00e9arit\u00e9 narrative \u00e0 m\u00eame le support, il accentue la participation directe du lecteur \u00e0 la cr\u00e9ation et fournit une alternative aux contraintes \u00e9ditoriales de l\u2019imprim\u00e9. Maintenant, le livre, qui malgr\u00e9 toutes ses transformations depuis Gutenberg avait conserv\u00e9 \u00e0 peu de choses pr\u00e8s la forme de l\u2019ancien manuscrit, exp\u00e9rimente avec un support distinct. Il ne s\u2019agit pour l\u2019instant que d\u2019une infime partie des textes publi\u00e9s, et une certaine r\u00e9ticence persiste\u00a0: l\u2019\u00e9cran reli\u00e9 ne r\u00e9pond toujours pas ad\u00e9quatement \u00e0 certains imp\u00e9ratifs de confort visuel et de facilit\u00e9 de transport, et il diminue l\u2019impression de contact direct, concret, avec les mots. Pour la plupart des gens, lire sur l\u2019\u00e9cran se compare difficilement au plaisir de l\u2019exp\u00e9rience offerte par l\u2019objet-livre. Cette constatation ne suffit aucunement \u00e0 disqualifier le nouveau support, puisqu\u2019il n\u2019est encore, somme toute, qu\u2019\u00e0 ses balbutiements. Le codex, que les lecteurs pr\u00e9f\u00e8rent souvent \u00e0 l\u2019\u00e9cran reli\u00e9, s\u2019est modifi\u00e9 consid\u00e9rablement depuis sa premi\u00e8re apparition en l\u2019an 85, et il a mis plusieurs si\u00e8cles \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser (Barbier, 2000, p.\u00a026); le livre virtuel n\u2019a pas cinquante ans.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BARBIER, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2000. <em>Histoire du livre.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0U. Histoire\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Armand Colin, 304\u00a0p.<\/p>\n<p>BAUDRILLARD, Jean. 2002. \u00ab\u00a0Modernit\u00e9\u00a0\u00bb. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, vol.\u00a015, sous la dir. de Giuseppe Annoscia, Paris\u00a0: Encyclop\u00e6dia Universalis, p.\u00a0317-319.<\/p>\n<p>BOYER, Alain-Michel. 1980. <em>Le livre\u00a0: la civilisation du livre de Rabelais \u00e0 Borges.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Id\u00e9ologies et soci\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Larousse, 190\u00a0p.<\/p>\n<p>GILMONT, Jean-Fran\u00e7ois. 1998. <em>Le livre, du manuscrit \u00e0 l\u2019\u00e8re \u00e9lectronique.<\/em> Coll.\u00a0\u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que du biblioth\u00e9caire 1\u00a0\u00bb, Li\u00e8ge\u00a0: \u00c9ditions du C\u00e9fal, 154\u00a0p.<\/p>\n<p>KLINE, Michael B. 1963. <em>Rabelais and the age of printing.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Travaux d\u2019humanisme et Renaissance\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00c9tudes rabelaisiennes\u00a0\u00bb, tome 4, Gen\u00e8ve\u00a0: Droz, 59\u00a0p.<\/p>\n<p>MANGUEL, Alberto. 1998. <em>Une histoire de la lecture.<\/em> Paris\u00a0: Actes Sud; Montr\u00e9al\u00a0: Lem\u00e9ac, 428\u00a0p.<\/p>\n<p>McLUHAN, Marshall. 1968. <em>La galaxie Gutenberg\u00a0: la gen\u00e8se de l\u2019homme typographique.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Constantes\u00a0\u00bb, Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions HMH, 428\u00a0p.<\/p>\n<p>NEEDHAM, Joseph (dir.), et Tsien TSUEN-HSUIN. 1985. <em>Science and Civilization in China,<\/em> vol.\u00a05, n<sup>o\u00a0<\/sup>1. Cambridge\u00a0: Cambridge University Press, 504\u00a0p.<\/p>\n<p>QU\u00c9NIART, Jean. 1998. <em>Les Fran\u00e7ais et l\u2019\u00e9crit\u00a0: XIII<sup>e<\/sup>-XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/em> Coll.\u00a0\u00ab\u00a0Carr\u00e9 Histoire\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Hachette, 255\u00a0p.<\/p>\n<p>ROBERT, Paul, Josette REY-DEBOVE et Alain REY. 1996 [1993]. <em>Le nouveau petit Robert.<\/em> Paris\u00a0: Dictionnaires Le Robert, 2551\u00a0p.<\/p>\n<p>ROBIN, Christian. 2004. <em>Le livre et l\u2019\u00e9dition.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Rep\u00e8res pratiques Nathan\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Nathan, 159\u00a0p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_iehmiaj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_iehmiaj\">[1]<\/a> Bien s\u00fbr, l\u2019\u00e9crit a subi de nombreuses r\u00e9volutions avant l\u2019imprimerie moderne\u00a0: des changements scripturaux (\u00e9criture cun\u00e9iforme, hi\u00e9roglyphique, alphab\u00e9tique), des modifications du support (l\u2019arriv\u00e9e du papier, le passage du rouleau au codex \u2014 nom donn\u00e9 au livre rectangulaire compos\u00e9 de feuillets), etc. \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019influence incontestable qu\u2019exerce encore de nos jours l\u2019imprim\u00e9, nous nous concentrerons ici sur les mutations du texte entourant l\u2019invention de Gutenberg.<\/p>\n<p id=\"footnote2_whq3ksk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_whq3ksk\">[2]<\/a> L\u2019imprimerie a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par les Chinois au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Needham et Tsuen-Hsuin, 1985, p.\u00a02). Cependant, nous faisons ici allusion \u00e0 l\u2019imprimerie moderne telle qu\u2019elle est apparue en Europe, au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p id=\"footnote3_akq8540\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_akq8540\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0Comme le rapportent Febvre et Martin dans <em>L\u2019Apparition du livre,<\/em> les livres de pri\u00e8re et les livres d\u2019heures de format de poche furent probablement les plus nombreux de tous les livres imprim\u00e9s dans les cent et quelque premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019histoire de l\u2019imprimerie.\u00a0\u00bb (McLuhan, 1968, p.\u00a0300-301)<\/p>\n<p id=\"footnote4_agkqn9a\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_agkqn9a\">[4]<\/a> Dans le choix de la lecture publique, il ne faut cependant pas occulter l\u2019importance du faible taux d\u2019alphab\u00e9tisation parmi la population, surtout chez les moins fortun\u00e9s. Tant que ce taux demeure bas, la lecture \u00e0 voix haute \u00e0 l\u2019adresse d\u2019un groupe s\u2019av\u00e8re encore courante, \u00e9tant donn\u00e9 le nombre de gens incapables de d\u00e9chiffrer eux-m\u00eames les livres.<\/p>\n<p id=\"footnote5_m6qw0z0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_m6qw0z0\">[5]<\/a> \u00ab\u00a0Au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante, des recherches posent les fondements de ce qui permettra l\u2019\u00e9mergence du multim\u00e9dia ou de l\u2019\u00e9dition \u00e9lectronique. Theodor H. Nelson reprend les id\u00e9es de [Vannevar] Bush et d\u00e9veloppe l\u2019hypertexte.\u00a0\u00bb (Robin, 2004, p.\u00a0135) En plus de l\u2019hypertexte, ces fondements du multim\u00e9dia se trouvent dans le d\u00e9veloppement, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, de l\u2019interactivit\u00e9 et des bases de l\u2019interface graphique.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Taillefer, H\u00e9l\u00e8ne. 2006. \u00abDeux r\u00e9volutions de l\u2019\u00e9crit : de l\u2019imprim\u00e9 au virtuel\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5396\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/taillefer-08.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 taillefer-08.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-f77e86f9-76f1-47f9-b86c-c4f79125c055\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/taillefer-08.pdf\">taillefer-08<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/taillefer-08.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-f77e86f9-76f1-47f9-b86c-c4f79125c055\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abEspaces in\u00e9dits: les nouveaux avatars du livre\u00bb, n\u00b08 \u00c9tant rapidement devenue une r\u00e9alit\u00e9 omnipr\u00e9sente, si ce n\u2019est un lieu commun, l\u2019\u00ab\u00a0autoroute de l\u2019information\u00a0\u00bb promet d\u2019apporter des changements majeurs \u00e0 l\u2019approche traditionnelle du texte litt\u00e9raire. \u00c0 la suite des nouvelles possibilit\u00e9s offertes par l\u2019informatique (lecture en ligne, liens hypertextuels), la litt\u00e9rature s\u2019adapte, comme elle l\u2019a [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1185,1183],"tags":[339],"class_list":["post-5396","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-dossier-espaces-inedits-nouveaux-avatars-du-texte-et-du-livre","category-espaces-inedits-les-nouveaux-avatars-du-livre","tag-taillefer-helene"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5396","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5396"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5396\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9192,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5396\/revisions\/9192"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5396"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5396"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5396"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}