{"id":5404,"date":"2024-06-13T19:48:15","date_gmt":"2024-06-13T19:48:15","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-misere-de-job-sous-leclat-de-la-plume-de-sylvie-germain\/"},"modified":"2024-09-11T00:46:59","modified_gmt":"2024-09-11T00:46:59","slug":"la-misere-de-job-sous-leclat-de-la-plume-de-sylvie-germain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5404","title":{"rendered":"La mis\u00e8re de Job sous l\u2019\u00e9clat de la plume de Sylvie Germain"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6877\">Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes au temps des g\u00e9nocides.\u00a0\u00bb (Germain, 1996, p. 17.) Qui ne dit rien face aux massacres du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle se rend coupable d\u2019un tacite consentement, d\u2019une complicit\u00e9 avec les bourreaux, d\u2019une non-assistance aux victimes. Coupable d\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des milliards de Job pris dans la Shoah, dans les deux guerres mondiales, ou dans tous les massacres perp\u00e9tr\u00e9s depuis. \u00ab\u00a0Nous sommes au temps des g\u00e9nocides\u00a0\u00bb, mart\u00e8le Sylvie Germain dans son essai sur le Livre de Job, <em>Les \u00c9chos du silence<\/em>. Depuis <em>Le Livre des Nuits<\/em>, son premier roman, qui lui avait fait remporter six prix litt\u00e9raires d\u00e8s sa sortie, jusqu\u2019\u00e0 son dernier en date, <em>Chanson des mal-aimants<\/em>, l\u2019\u0153uvre de Sylvie Germain est travers\u00e9e par la question centrale de l\u2019\u00e9nigme du mal et de la souffrance. Dans ses romans mi-fantastiques mi-r\u00e9alistes o\u00f9 des personnages sanglants de vie d\u00e9ambulent dans une nuit opaque, avec une \u00e9criture po\u00e9tique satur\u00e9e de couleurs criardes et d\u2019images bibliques, Sylvie Germain raconte toujours la m\u00eame histoire\u00a0: celle de Job, arrach\u00e9 \u00e0 son bonheur et \u00e0 ses certitudes, et plong\u00e9 dans l\u2019exp\u00e9rience de la mis\u00e8re et du d\u00e9nuement. Dans l\u2019Ancien Testament, Job \u00e9tait un homme probe et vertueux, dont la foi fut mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve par le satan<a id=\"footnoteref1_lercs2n\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans les textes h\u00e9bra\u00efques, \u00ab\u00a0le satan\u00a0\u00bb ne d\u00e9signe pas la divinit\u00e9 d\u00e9moniaque \u00ab\u00a0Satan\u00a0\u00bb \u2014 l\u2019autorit\u00e9 divine ne se partageant pas \u2014, mais une fonction. Le satan est en fait un messager de Dieu qui \u00e9prouve la foi des croyants afin de l\u2019authentifier.\" href=\"#footnote1_lercs2n\">[1]<\/a>. S\u2019il ne p\u00e9cha pas malgr\u00e9 les supplices que le messager de Dieu lui infligea (mort de son b\u00e9tail, de ses enfants, perte de ses terres, de ses richesses, de sa sant\u00e9), Job exigea n\u00e9anmoins de Dieu qu\u2019il se pr\u00e9sente devant lui pour s\u2019expliquer sur les motifs d\u2019un tel ch\u00e2timent. Condamn\u00e9e par les quatre sages \u2014 Eliphaz, Bildad, \u00c7ophar et Elihu, qui soutenaient que tout malheur atteignant l\u2019homme est n\u00e9cessairement dict\u00e9 par la justice divine \u2014, l\u2019indignation du pauvre homme fut finalement entendue par Dieu. Il bl\u00e2ma les sages pour avoir invent\u00e9 des lois divines, et invita Job \u00e0 faire preuve d\u2019humilit\u00e9 devant son \u0153uvre. Mais il lui donna raison de s\u2019\u00eatre r\u00e9volt\u00e9 contre la th\u00e9ologie profess\u00e9e par les quatre sages. Enfin, il lui restitua le double de ce qu\u2019il lui avait pris, fortune, biens et enfants.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, nulle voix divine ne retentit plus, ni pour punir les impies ni pour r\u00e9conforter les justes. Seul l\u2019\u00e9cho des cris des victimes r\u00e9sonne dans un <em>no God\u2019s land<\/em> insens\u00e9. Alors, face \u00e0 ce silence, certains d\u00e9sesp\u00e8rent au point de conclure \u00e0 l\u2019inexistence de Dieu. Mais Sylvie Germain refuse cette conclusion. Pour elle, il faut \u00ab\u00a0rebrousser chemin, revenir \u00e0 Job transi de froid et d\u2019abandon, et, \u00e0 partir de l\u00e0 \u2014 de ce nulle part \u2014, repartir \u00e0 l\u2019aventure dans le silence de Dieu [\u2026] sans le sommer de se briser, sans le clore sur un vide d\u00e9finitif\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 17). Ainsi nous invite-t-elle \u00e0 embo\u00eeter le pas \u00e0 ses personnages sur le chemin de la pure errance dans le d\u00e9sert du silence. \u00ab\u00a0Et advienne que pourra\u00a0\u00bb, comme le dit Job (Jb 13,13).<\/p>\n<p>En \u00e9gal de Job donc, Prokop Poupa, l\u2019\u00e9corch\u00e9 vif d\u2019<em>Immensit\u00e9s<\/em>, est arrach\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res pages du roman \u00e0 sa douce torpeur et plong\u00e9 dans les affres du doute. Dans la Prague de l\u2019occupation sovi\u00e9tique, il cherche en vain l\u2019\u00e9clat \u00e9blouissant de la lumi\u00e8re divine et bute sur l\u2019\u00e9ternelle incertitude du sens de la vie. Comme Job, il interroge Dieu, le somme de se pr\u00e9senter et l\u2019implore d\u2019accorder aux hommes le droit de \u00ab\u00a0vivre en dignit\u00e9\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 122). Comme Job, il finit par consentir \u00e0 la petitesse de sa condition et aux myst\u00e8res imp\u00e9n\u00e9trables des immensit\u00e9s divines. Mais c\u2019est au travers de son exp\u00e9rience du silence de Dieu, et non gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention du Tout-Puissant, que Prokop acc\u00e8de \u00e0 la patience, puis au bonheur des humbles, le seul qui existe au final. L\u00e0 r\u00e9side le message du Livre de Job, pour Sylvie Germain. L\u2019orgueilleux pan\u00e9gyrique que Dieu d\u00e9blat\u00e8re \u00e0 Job pour le faire taire n\u2019a pas plus de valeur que l\u2019ultime r\u00e9paration qui vient balayer de la main l\u2019\u00e9preuve que le pauvre homme vient de traverser. Pour reprendre les mots de Simone Weil, il ne s\u2019agit pas \u00ab\u00a0de trouver un rem\u00e8de surnaturel contre la souffrance, mais un usage surnaturel de la souffrance\u00a0\u00bb (1988, p. 96), d\u2019admettre l\u2019existence de la souffrance, non comme une injustice, mais comme une r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente aux c\u00f4t\u00e9s de la beaut\u00e9 dans la Cr\u00e9ation. Alors, une lumi\u00e8re et d\u2019infimes traces de surnaturel peuvent d\u00e9couler de cette \u00e9preuve.<\/p>\n<h2>La travers\u00e9e de Job dans la double nuit du mal et du silence de Dieu<\/h2>\n<blockquote>\n<p>Il se voulait pr\u00eat \u00e0 mourir, il se crut m\u00eame par instants en train de mourir. Car c\u2019en \u00e9tait trop, vraiment, de ce porte-\u00e0-faux, de ce d\u00e9go\u00fbt de soi, de cette absolue fadeur d\u2019\u00eatre. C\u2019en \u00e9tait trop de cette douleur qu\u2019il ne pouvait pas ma\u00eetriser, pas m\u00eame nommer, et qui humiliait sa chair et sa raison.\/p&gt;<\/p>\n<p>Sylvie Germain, <em>Immensit\u00e9s<\/em>, p. 55.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ex\u00e9g\u00e8se religieuse du Livre de Job a souvent relativis\u00e9 la port\u00e9e critique de Job en remettant en cause son innocence, afin de faire perdurer la conception classique d\u2019un Dieu juste, omniscient et omnipotent. Dans les \u0153uvres de Sylvie Germain, au contraire, Job est une victime qui repr\u00e9sente, comme le dit Sophie Ollivier, \u00ab\u00a0la quintessence de toutes les plaintes adress\u00e9es \u00e0 Dieu par des hommes de foi mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la souffrance\u00a0\u00bb (2003, p. 56). Ainsi, ses romans mettent en sc\u00e8ne des victimes \u2014 hommes, femmes, enfants et animaux confondus \u2014 d\u00e9chir\u00e9es par l\u2019\u00e9preuve de la souffrance individuelle ou collective. L\u2019Histoire est la premi\u00e8re \u00e0 \u00eatre mise au banc des accus\u00e9s. Dans <em>Le Livre des Nuits<\/em>, l\u2019auteure narre la l\u00e9gende de Victor-Flandrin P\u00e9niel et de sa descendance \u00e0 travers le demi-si\u00e8cle des deux guerres mondiales et de la Shoah. Le roman commence dans un cadre proche de celui de la Gen\u00e8se et glisse rapidement dans une ambiance apocalyptique d\u2019o\u00f9 seuls le h\u00e9ros et son arri\u00e8re-petit-fils sortent vivants. Victor-Flandrin voit ses enfants br\u00fbler, tomber au combat ou sombrer dans la folie \u00e0 force de souffrances. Certes, l\u2019atrocit\u00e9 omnipr\u00e9sente de l\u2019\u00e9poque peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un cas particulier, l\u2019apog\u00e9e du mal dans l\u2019Histoire. Sylvie Germain extrait pourtant le mal de son contexte historique. Il n\u2019est pas dans une \u00e9poque particuli\u00e8re, mais dans la tache \u00e0 l\u2019\u0153il de Victor-Flandrin, h\u00e9ritage de ses anc\u00eatres qu\u2019il transmet \u00e0 son tour \u00e0 ses enfants comme le sceau du p\u00e9ch\u00e9 universel. D\u2019ailleurs, le dernier-n\u00e9 des P\u00e9niel, Charles-Victor, a beau \u00eatre l\u2019enfant de l\u2019apr\u00e8s-guerre, il sera lui aussi condamn\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 lutter dans la nuit\u00a0\u00bb (Germain, 1985, p. 337) dans le roman suivant, <em>Nuit-d\u2019Ambre<\/em>. En fait, si dans ce si\u00e8cle \u00ab\u00a0on [meurt] sous les balles, sous les bombes, certains sur les champs de bataille, d\u2019autres dans les camps, de faim et de coups\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 155), on souffre aussi et depuis toujours de la solitude, de la trahison, de l\u2019humiliation et de l\u2019absurdit\u00e9 inh\u00e9rentes \u00e0 la condition humaine. Dans <em>Immensit\u00e9s<\/em>, les hommes subissent l\u2019oppression de l\u2019histoire dans la Prague de l\u2019occupation sovi\u00e9tique, mais c\u2019est surtout au travers des \u00e9preuves du deuil, de la s\u00e9paration et de la solitude qu\u2019ils s\u2019\u00e9corchent le plus. Lorsque Marie le quitte, par exemple, Prokop implore la mort de le d\u00e9livrer, de la m\u00eame fa\u00e7on que Job suppliait Dieu de la lui accorder. Ce n\u2019est plus la souffrance qui est v\u00e9cue comme une punition, mais cette vie m\u00eame dans laquelle la douleur et le mal sont universels. Ils s\u2019abattent aveugl\u00e9ment sur coupables et innocents, femmes et hommes, enfants et adultes. Ainsi, si la tradition chr\u00e9tienne pouvait encore clamer la culpabilit\u00e9 de Job, rien ne peut plus justifier le viol que subit la petite Lucie de <em>L\u2019Enfant M\u00e9duse<\/em>, viol qui l\u2019arrache aux doux mondes de l\u2019enfance pour la plonger dans la honte et la douleur. Dans <em>Immensit\u00e9s<\/em>, m\u00eame les oiseaux se plaignent de la duret\u00e9 de leur sort. Alors que Dieu leur a fait une place de choix dans l\u2019\u00c9vangile, alors m\u00eame qu\u2019ils ne p\u00e8chent pas par orgueil comme le font les hommes et qu\u2019ils vivent selon les strictes lois de la nature, ils souffrent du froid et de la faim, de l\u2019\u00e2pret\u00e9 de leur condition et des luttes qu\u2019ils doivent sans cesse mener pour rester vivants. Si bien qu\u2019il leur arrive de se sentir \u00ab\u00a0flou\u00e9s par le dit Bon Dieu qui s\u2019est montr\u00e9 bien n\u00e9gligent \u00e0 leur \u00e9gard\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 119). Toute l\u2019\u0153uvre de Sylvie Germain, en dressant le tableau de victimes broy\u00e9es par l\u2019histoire individuelle et collective, universalise ainsi le mal et l\u2019injustice.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je crie vers Toi et Tu ne r\u00e9ponds pas,<strong> \/ <\/strong>Je me pr\u00e9sente sans que Tu me remarques\u00a0\u00bb (Jb 30,20), s\u2019\u00e9poumone Job dans le silence de Dieu. Si Dieu se pr\u00e9sentait, Job trouverait les mots qu\u2019il faut. Mais partout o\u00f9 les yeux du pauvre homme se posent, ce n\u2019est pas Dieu qu\u2019il voit, mais le mal ou le n\u00e9ant<a id=\"footnoteref2_ernfxdf\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans son essai Mourir un peu (2000), Sylvie Germain raconte l\u2019errance de J\u00e9sus et des ap\u00f4tres dans la souffrance de la condition humaine et le silence de Dieu. Comme les personnages de ses romans, et comme Job pour l\u2019auteure, J\u00e9sus perd la foi au summum des souffrances qu\u2019il endure lorsqu\u2019il crie\u00a0: \u00ab\u00a0Eli, Eli, lama sabachtani?\u00a0\u00bb (Mt 27,45.) C\u2019est \u00e0 ce chemin de croix, \u00e0 cette errance dans la nuit, et non au confort des certitudes, qu\u2019est condamn\u00e9 tout homme sage. \" href=\"#footnote2_ernfxdf\">[2]<\/a>. Pareils \u00e0 Job, qui se tourne vers les quatre points cardinaux pour tenter d\u2019atteindre Dieu<a id=\"footnoteref3_fstiyd4\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Mais si je vais \u00e0 l\u2019orient, il n\u2019y est pas; \/ Si je vais \u00e0 l\u2019occident, je ne le trouve pas; \/ Est-il occup\u00e9 au nord, je ne puis le voir; \/ Se cache-t-il au midi, je ne puis le d\u00e9couvrir.\u00a0\u00bb (Jb 23,8-9.) \" href=\"#footnote3_fstiyd4\">[3]<\/a>, les personnages d\u2019<em>Immensit\u00e9s<\/em> scrutent tous les recoins de leur univers pour mettre la main sur l\u2019\u00e9nigme du sens de la vie. Le chemin de croix int\u00e9rieur de Prokop prend d\u2019ailleurs racine dans une discussion de comptoir pendant laquelle Radomir, un de ses amis, \u00e9voque la l\u00e9gende des dieux Lares et conclut \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019abriter \u00e0 domicile \u00ab\u00a0un esprit tut\u00e9laire\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 26). Pour chacun, le dieu devrait se situer dans la pi\u00e8ce la plus importante d\u2019une maison, mais personne ne parvient \u00e0 s\u2019entendre sur le lieu. Pour Radomir, dont les choix de vie ne l\u2019ont men\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9ternel \u00e9chec et \u00e0 la morosit\u00e9, le dieu Lare ne peut se trouver que dans la cuisine, seul lieu o\u00f9 ce que l\u2019on produit procure un r\u00e9sultat concret et un plaisir imm\u00e9diat. Pour Radka, il peut uniquement se situer dans le grenier, dans lequel elle entrepose son atelier d\u2019imprimerie clandestin et communique avec la voix des po\u00e8tes du pass\u00e9. Pour Jonas, ancien photographe reconverti depuis l\u2019occupation, la salle de bain est le seul lieu saint d\u2019une maison\u00a0: c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il a install\u00e9 son atelier de photographie et qu\u2019il cherche \u00e0 percer le myst\u00e8re du Tout-Puissant. Pour la Grande Baba, le balcon est le lieu de pr\u00e9dilection d\u2019un esprit tut\u00e9laire. Elle y passe des heures \u00e0 clamer aux oiseaux la m\u00eame \u00ab\u00a0pri\u00e8re suppliante et rebelle\u00a0\u00bb sur la question \u00ab\u00a0de la piti\u00e9 de Dieu. Ou du moins de sa justice et de la douteuse bont\u00e9 de sa cr\u00e9ation.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 121-122.) Pour Alo\u00efs, le dieu Lare ne pourrait \u00eatre h\u00e9berg\u00e9 que dans le salon, o\u00f9 ce personnage se prend pour Dieu r\u00e9gissant sa petite Cr\u00e9ation\u00a0: une gare miniature avec un train \u00e9lectrique et des figurines qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9es. Viktor, lui, le situe dans la cave, seule salle dans laquelle il peut jouer du saxophone et tenter de communiquer avec les esprits. Enfin, pour Prokop, l\u2019esprit tut\u00e9laire devrait \u00eatre log\u00e9 dans les toilettes, lieu in\u00e9vitable de la maison car visit\u00e9 par tous ses membres, haut lieu de m\u00e9ditation \u00e9galement, mais surtout lieu qui \u00ab\u00a0confronte chaque homme \u00e0 sa condition dans toute sa crudit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 34). Tel Job rabougri sur son tas de fumier, l\u2019homme ne peut communier avec Dieu que dans la conscience de sa mis\u00e8re et de sa finitude.<\/p>\n<p>Mais, qu\u2019il soit dans la cave ou le grenier, dans la cuisine ou les toilettes, l\u2019esprit tut\u00e9laire reste silencieux face aux questions des hommes. Selon la Grande Baba, si les oiseaux ne r\u00e9pondent pas, c\u2019est qu\u2019elle ne parle pas assez bien leur langage. Quant \u00e0 Prokop, il attend patiemment que \u00ab\u00a0la fleur du temps\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 32), cette tache d\u2019humidit\u00e9 qui cloque sur le plafond de ses toilettes, le d\u00e9livre de ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me. Il reste des heures assis, les yeux perdus dans le vague, m\u00e9ditant sur le sens de la souffrance et de la vie, tout comme la Grande Baba passe des heures \u00e0 tenter de communiquer avec les oiseaux. Mais rien ne se passe, r\u00e9p\u00e8te la narratrice au d\u00e9but de chaque partie. Un peu plus loin, le fils de Prokop, avant de quitter Prague, lui offre la lune pour compenser son absence. Prokop voit dans ce geste d\u2019amour absolu une piste \u00e0 suivre pour atteindre Dieu. Sous la pr\u00e9sence \u00e9ternelle de cette lune, de cette lumi\u00e8re situ\u00e9e dans l\u2019ailleurs, mais rendue pr\u00e9sente et accessible par le don de son fils, il reprend espoir. Toutefois, la lune ne fait qu\u2019\u00e9carter la br\u00e8che dans le c\u0153ur du h\u00e9ros, qui prend encore plus conscience de sa finitude et r\u00e9p\u00e8te inlassablement les vers de David\u00a0: \u00ab\u00a0Et moi je suis un ver et non un homme, l\u2019opprobre des hommes et le m\u00e9pris\u00e9 des peuples.\u00a0\u00bb (Ps 22,7.) Sa question reste en suspens et r\u00e9sonne douloureusement dans un silence que Dieu ne rompt pas. Et, m\u00eame lorsque l\u2019Histoire r\u00e9pare ses torts et que la lib\u00e9ration de Prague rend aux personnages la vie que l\u2019invasion sovi\u00e9tique leur avait arrach\u00e9e, aucun d\u2019eux ne retrouve la paix et le bonheur dans lesquels baigne Job \u00e0 la fin du Livre. Les personnages d\u2019<em>Immensit\u00e9s<\/em> sont doublement flou\u00e9s comparativement \u00e0 Job\u00a0: ils sont flou\u00e9s dans l\u2019attente d\u00e9\u00e7ue d\u2019une r\u00e9ponse de Dieu et flou\u00e9s dans l\u2019espoir d\u2019une r\u00e9paration.<\/p>\n<p>En effet, dans le Livre de Job, Dieu finit par rompre le silence, et prendre en piti\u00e9 la souffrance et la juste r\u00e9volte de son fid\u00e8le. Sylvie Germain refuse d\u2019offrir \u00e0 ses personnages cette d\u00e9livrance. Pour elle, le Dieu qui prend la parole dans le texte biblique est un <em>deus ex machina<\/em> qui fait \u00ab\u00a0bien plus de bruit que de sens, bien plus d\u2019esbroufe que de lumi\u00e8re\u00a0\u00bb (Germain, 1996, p. 23), et son pr\u00eache est aussi inadmissible qu\u2019improbable<a id=\"footnoteref4_sn64xci\" class=\"see-footnote\" title=\"Pour la critique que fait Sylvie Germain du discours de Dieu dans Le Livre de Job, voir le chapitre \u00ab\u00a0Improp\u00e8res\u00a0\u00bb dans Germain, 1996, p. 13-27. \" href=\"#footnote4_sn64xci\">[4]<\/a>. Tout d\u2019abord, s\u2019il rompt le silence, Dieu n\u2019offre \u00e0 Job qu\u2019un vide pour toute r\u00e9ponse. Aucune explication, aucune r\u00e9v\u00e9lation sur le sens de la vie ou de la souffrance, sur l\u2019apparente injustice du monde ou sur les desseins du Tout-Puissant. Juste un \u00ab\u00a0hautain pan\u00e9gyrique de ses \u0153uvres, de sa gloire, de sa puissance et de sa sagesse\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 22), p\u00e2le copie des discours d\u2019Eliphaz, de Bildad et de \u00c7ophar, dont il d\u00e9nonce pourtant le sophisme et l\u2019incorrection. \u00ab\u00a0As-tu un bras comme celui de Dieu, \/ Une voix tonnante comme la sienne?\u00a0\u00bb (Jb 40,4), demande-t-il \u00e0 Job. Je pense que cette finale pieuse a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e apr\u00e8s coup, pour att\u00e9nuer la puissance subversive du monologue de Job<a id=\"footnoteref5_t2366j9\" class=\"see-footnote\" title=\"En effet, la version des textes sacr\u00e9s dont nous avons h\u00e9rit\u00e9 est le fruit de r\u00e9\u00e9critures et d\u2019ajouts qui se sont \u00e9tal\u00e9s sur plusieurs si\u00e8cles. Selon Jean L\u00e9v\u00easque (1981), l\u2019\u00e9criture du Livre de Job s\u2019\u00e9talerait du IIe mill\u00e9naire av. J.-C. au IIIe si\u00e8cle av. J.-C., la partie centrale du livre (le monologue de Job, les dialogues des amis et la r\u00e9ponse de Dieu) provenant de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du Ve si\u00e8cle av. J.-C. selon les r\u00e9f\u00e9rences culturelles, linguistiques et th\u00e9ologiques qui s\u2019y trouvent. \" href=\"#footnote5_t2366j9\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l\u2019autoapologie que s\u2019offre ce Dieu, loin de le disculper, aggrave sa responsabilit\u00e9 face aux atrocit\u00e9s commises par l\u2019Histoire. Si Dieu est omniscient et omnipotent, il est complice, de par son silence, de tous les crimes commis par les hommes, depuis Ca\u00efn jusqu\u2019aux g\u00e9nocides contemporains. Or, si Dieu existe, \u00ab\u00a0il se doit d\u2019\u00eatre <em>bon<\/em> comme un Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire absolument, sans faille ni d\u00e9faillance, sans restriction. Bon et juste et soucieux de la dignit\u00e9 des hommes.\u00a0\u00bb (Germain, 1996, p. 25.) Enfin, et c\u2019est l\u00e0 une des critiques les plus virulentes de Sylvie Germain \u00e0 l\u2019\u00e9gard du texte sacr\u00e9, la g\u00e9n\u00e9reuse compensation que Dieu offre \u00e0 Job pour r\u00e9parer le mal commis n\u2019est qu\u2019un \u00ab\u00a0baume anesth\u00e9siant\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 23) qui met fin aux protestations du pauvre homme et le rend amn\u00e9sique. Pourtant, le bonheur rendu \u00e0 Job n\u2019annihile en rien la question de la souffrance. Celui qui avait os\u00e9 se pr\u00e9senter devant Dieu au p\u00e9ril de sa vie devrait r\u00e9pondre au cadeau de Dieu par un \u00ab\u00a0et alors? que fais-tu de la souffrance que je viens de traverser?\u00a0\u00bb Mais non. Son silence est achet\u00e9. Alors les Job des romans de Sylvie Germain r\u00e9parent la paresse du personnage biblique et reprennent sa pri\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Et alors? Pourquoi? Pourquoi avoir tu\u00e9 les miens, pourquoi m\u2019avoir pris tout ce que j\u2019avais acquis au prix d\u2019un dur labeur et d\u2019une vie juste? Pourquoi cette souffrance physique et mentale?\u00a0\u00bb demandent-ils. Dans <em>L\u2019Enfant M\u00e9duse<\/em>, alors qu\u2019elle avait tant souhait\u00e9 la mort de son violeur, Lucie est plong\u00e9e dans un d\u00e9sespoir encore plus vaste lorsque cet \u00e9v\u00e9nement survient\u00a0: elle esp\u00e9rait retrouver un bonheur absolu, violent, total et imm\u00e9diat \u2014 ce bonheur dans lequel semble baigner le Job des derniers chapitres \u2014, mais elle r\u00e9alise que la mort de celui qu\u2019elle appelle \u00ab\u00a0l\u2019ogre\u00a0\u00bb ne lui rendra pas son enfance. Dans <em>Immensit\u00e9s<\/em> \u00e9galement, les personnages imaginent que la lib\u00e9ration de Prague va r\u00e9parer les ann\u00e9es d\u2019emprisonnement, de mis\u00e8re et de silence, et leur offrir le bonheur qu\u2019on leur a arrach\u00e9. La r\u00e9volution s\u00e8me effectivement l\u2019euphorie en promettant de ramener la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 d\u2019avant. Mais, apr\u00e8s quelques jours, l\u2019amertume refait surface. \u00ab\u00a0Libert\u00e9, libert\u00e9! avait cri\u00e9 la foule descendue un beau jour de novembre des hauteurs du cimeti\u00e8re de Vysehrad. Libert\u00e9 \u2014 tr\u00e8s bien, mais pour quoi faire au juste?\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 150.) Certes, Prokop n\u2019a plus \u00e0 balayer les rues, mais la solitude, le d\u00e9pouillement et l\u2019isolement qu\u2019il a connus pendant l\u2019occupation l\u2019ont tellement transform\u00e9 qu\u2019il ne se sent plus capable d\u2019enseigner quoi que ce soit \u00e0 des \u00e9tudiants. Pour Alo\u00efs, la victoire est encore plus am\u00e8re. Alors qu\u2019il a pass\u00e9 les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter en soliloque les tirades du roi Lear dans l\u2019espoir de pouvoir remonter un jour sur les planches, il est tellement broy\u00e9 par la mis\u00e8re qu\u2019au moment tant attendu, il ne parvient plus \u00e0 se hisser dans la peau d\u2019un si haut personnage pour se pr\u00e9senter devant le public\u00a0: \u00ab\u00a0Une autre vie \u00e9tait l\u00e0, offerte, mais il ne pouvait franchir le seuil.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 173.) Envahi par le doute, d\u00e9sormais silencieux et humili\u00e9 par l\u2019Histoire, il se pend dans la cave de son immeuble.<\/p>\n<p>Alors oui. Certains torts sont r\u00e9par\u00e9s, mais ils ne sont pas effac\u00e9s. Les personnages, flou\u00e9s et trahis dans leurs attentes, continuent \u00e0 lancer dans le nulle part des plaintes et des pri\u00e8res. Mais il ne semble pas s\u2019ouvrir d\u2019autres voies que celle de l\u2019inexorable d\u00e9ception \u00e0 laquelle est condamn\u00e9 le croyant ou celle de l\u2019insupportable d\u00e9sespoir dans lequel s\u2019emprisonne l\u2019ath\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Puissantes, envo\u00fbtantes et tragiques s\u2019imposaient les t\u00e9n\u00e8bres; aigu\u00eb, d\u00e9chirante et plus tragique encore se montrait la lumi\u00e8re [\u2026]. Il fallait choisir entre les deux, il n\u2019y avait pas de troisi\u00e8me voie, quand bien m\u00eame la majorit\u00e9 des \u00eatres s\u2019ing\u00e9niaient \u00e0 louvoyer entre les deux. (Germain, 1993, p. 13.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Job ne remettait pas en cause l\u2019existence de Dieu. Il exigeait de lui qu\u2019il s\u2019explique sur l\u2019ordre du monde. Ici, les \u00eatres broy\u00e9s par l\u2019histoire individuelle et collective, trahis dans leur espoir d\u2019amour et r\u00e9sign\u00e9s devant le silence de Dieu, vont plus loin que Job\u00a0: ils s\u2019abandonnent \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019inexorable solitude des \u00eatres priv\u00e9s de dieu\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 236). Prokop ne r\u00e9p\u00e8te plus inlassablement que le temps s\u2019\u00e9coule et qu\u2019il ne se passe rien. Il d\u00e9cide de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 263), et sombre dans l\u2019ath\u00e9isme. Pourtant, si son errance \u00e0 travers cette nuit dense lui a enlev\u00e9 tout espoir, cette nudit\u00e9, ce d\u00e9s\u0153uvrement, s\u00e8me une graine qui m\u00fbrit lentement et douloureusement dans son c\u0153ur d\u00e9pouill\u00e9. Une troisi\u00e8me voie s\u2019ouvre\u00a0: celle de l\u2019humble Job qui prend conscience de sa finitude, de ses limites et de son orgueil, dans le d\u00e9sert du silence de Dieu \u2014 et non dans l\u2019ordre de la crainte du Tout-Puissant \u2014 pour d\u00e9couvrir patiemment quel genre d\u2019amour peut \u00eatre offert \u00e0 un Dieu silencieux.<\/p>\n<h2>Le chemin de l\u2019absolu d\u00e9pouillement vers l\u2019amour du silence de Dieu<\/h2>\n<blockquote>\n<p>Viktor, qui jouait seul au fond de son tram, \u00e9tait d\u2019une absolue prodigalit\u00e9. Il traversait la ville, allait jusqu\u2019aux faubourgs, offrant son chant \u00e0 qui voulait l\u2019entendre, aux passants, aux statues, aux arbres, aux \u00e9toiles; il donnait tout en se donnant lui-m\u00eame dans le plus pur \u00e9lan de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, de gratuit\u00e9.<\/p>\n<p>Sylvie Germain, <em>Immensit\u00e9s<\/em>, p. 249.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Immensit\u00e9s <\/em>n\u2019est pas qu\u2019un plaidoyer contre l\u2019existence d\u2019une divinit\u00e9. Certes, l\u2019auteure se refuse \u2014 contrairement au Livre de Job \u2014 \u00e0 clore d\u00e9finitivement cette question avec un argument d\u2019autorit\u00e9\u00a0: la voix du <em>deus ex machina<\/em>. Mais elle dessine un chemin dans le d\u00e9pouillement, vers la patience et l\u2019humilit\u00e9. Un chemin qui propose d\u2019explorer les traces d\u2019un silence chancelant dans la nuit plut\u00f4t que de perdre espoir \u00e0 trop attendre la lumi\u00e8re aveuglante d\u2019une com\u00e8te. Ainsi suivons-nous les pas de Prokop sur la route de l\u2019amour de ce Dieu silencieux\u00a0: d\u2019abord d\u2019un Dieu \u00e9corch\u00e9 parmi les \u00e9corch\u00e9s, ensuite d\u2019une divinit\u00e9 incarn\u00e9e dans chaque c\u0153ur humain et chaque infime d\u00e9tail du quotidien, enfin d\u2019un peut-\u00eatre qui reste malgr\u00e9 tout la plus merveilleuse des \u00e9ventualit\u00e9s.<\/p>\n<p>Comment concilier l\u2019existence d\u2019un Dieu bon et omnipotent avec l\u2019omnipr\u00e9sence de la souffrance et du mal? L\u2019auteure propose moins une r\u00e9ponse religieuse qu\u2019une r\u00e9flexion philosophique sur la responsabilit\u00e9 des hommes et qu\u2019une invitation \u00e0 la piti\u00e9. Pour elle, accuser Dieu de nos maux ne reviendrait qu\u2019\u00e0 en faire un \u00e9ni\u00e8me bouc \u00e9missaire, une victime. Sylvie Germain propose plut\u00f4t d\u2019imaginer que Dieu, apr\u00e8s avoir cr\u00e9\u00e9 le monde, a c\u00e9d\u00e9 sa puissance aux hommes \u2014 en s\u2019incarnant dans J\u00e9sus-Christ \u2014 pour qu\u2019ils puissent jouir de leur libert\u00e9. Ainsi aurait-il fait un pari vertigineux\u00a0: celui d\u2019\u00eatre aim\u00e9 absolument, gratuitement, juste \u00ab\u00a0pour la splendeur de la geste du c\u0153ur\u00a0\u00bb (Germain, 1996, p. 81). Ce Dieu-l\u00e0 est un Dieu \u00e9corch\u00e9, souffrant comme les hommes et \u00e0 cause des hommes, de la cruaut\u00e9, du mal et des larmes des victimes. Dans <em>Les \u00c9chos du silence<\/em>, l\u2019auteure invite le lecteur \u00e0 substituer \u00e0 l\u2019image de Dieu celle du roi Lear, un roi abdiquant de \u00ab\u00a0son plein gr\u00e9, avec joie m\u00eame, pour remettre son royaume \u00e0 ses filles\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 59) en \u00e9change de leur amour. Comme le roi Lear, sit\u00f4t son renoncement accompli, Dieu se serait heurt\u00e9 \u00e0 l\u2019ingratitude de ses filles. D\u00e9pouill\u00e9 de sa souverainet\u00e9, il se serait retrouv\u00e9 \u00e0 mendier un peu d\u2019amour. Dans <em>Immensit\u00e9s<\/em>, lorsque Prokop explore les photographies d\u00e9sertiques de Jonas, cet homme est pris d\u2019une vision\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] deux silhouettes accroch\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, en train de marcher \u00e0 contrevent dans l\u2019immensit\u00e9 d\u2019une lande d\u00e9sol\u00e9e. Lear et son fou.\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 136-137.) Mais il ne parvient pas \u00e0 distinguer lequel des deux suit l\u2019autre; tant\u00f4t le fou trottine en tr\u00e9buchant derri\u00e8re le roi, tant\u00f4t le roi d\u00e9chu, t\u00eate baiss\u00e9e et d\u00e9marche meurtrie, s\u2019accroche \u00e0 la ceinture du fou. Si bien qu\u2019apr\u00e8s la lib\u00e9ration, Alo\u00efs, ayant tant r\u00eav\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter le roi Lear, ne sait plus s\u2019il doit jouer le r\u00f4le du fou ou celui du roi. Car Dieu s\u2019est d\u00e9pouill\u00e9 de toute sa gloire et se blesse \u00e0 l\u2019Histoire. Il tend la main et ne re\u00e7oit que des larmes ou des crachats. Il erre, lui aussi, dans la solitude des victimes \u00e0 qui l\u2019on refuse la compassion, l\u2019amour pur, sans compromis ni enjeu. Dans <em>Immensit\u00e9s<\/em>, Prokop raconte \u00e0 sa fille, meurtrie par son premier chagrin d\u2019amour, la l\u00e9gende de la croix de pierre qui se dresse depuis des mill\u00e9naires dans une for\u00eat d\u00e9sert\u00e9e en qu\u00e9mandant silencieusement de l\u2019amour. Elle n\u2019a re\u00e7u que des larmes vers\u00e9es sur elle par des victimes, des plaintes et des pri\u00e8res, puis des cris de haine et du m\u00e9pris. \u00c0 pr\u00e9sent, elle est seule, d\u00e9laiss\u00e9e dans l\u2019indiff\u00e9rence la plus totale. Comme la fille de Prokop, elle endure l\u2019horrible blessure d\u2019aimer sans \u00eatre aim\u00e9. \u00ab\u00a0Il y a tant de tentations pour ceux dont l\u2019amour est meurtri\u00a0\u00bb, explique-t-il,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[i]l y a l\u2019orgueil qui vient offrir sa hautaine splendeur et sa froide insolence. Il y a la haine qui accourt pr\u00e9senter ses armes \u00e9tincelantes, qui fr\u00e9mit de violence, de col\u00e8re, de d\u00e9sir de vengeance. Il y a l\u2019oubli qui cherche \u00e0 s\u00e9duire par mille ruses pour imposer son n\u00e9ant fade et veule. Et il y a le d\u00e9sespoir qui r\u00f4de et r\u00f4de et qui dit \u00e0 tout non, sauf \u00e0 la mort promue consolation. La croix ne fl\u00e9chit pas. (Germain, 1993, p. 217.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pierre attend patiemment dans le d\u00e9sert de la solitude et du silence qu\u2019une voix surgisse d\u2019outre-tombe pour lui crier comme le fou au roi Lear\u00a0: \u00ab\u00a0M\u2019n\u2019oncle Lear, M\u2019n\u2019oncle Lear, attends-moi! Emm\u00e8ne ta folie!\u00a0\u00bb (Germain, 1996, p. 99.) Elle attend, comme \u00e0 la fin du chapitre, qu\u2019une jeune femme la prenne sur ses genoux pour la bercer et la consoler de toutes les larmes de compassion et de solitude qu\u2019elle a vers\u00e9es. Elle attend comme Dieu attend d\u2019\u00eatre aim\u00e9 gratuitement, en tant qu\u2019\u00eatre d\u00e9chu et sans pouvoir, en tant qu\u2019homme. Sylvie Germain propose donc de faire descendre Dieu de son pi\u00e9destal, non pour blasph\u00e9mer, mais pour l\u2019aimer absolument, dans toute sa mis\u00e8re. De la m\u00eame fa\u00e7on, elle invite les hommes \u00e0 baisser les yeux pour aller chercher l\u2019infiniment grand dans l\u2019infiniment petit\u00a0: le c\u0153ur des hommes et la banalit\u00e9 de la vie.<\/p>\n<p>La critique Sophie Ollivier a interpr\u00e9t\u00e9 la demande de Job de voir le visage de Dieu comme un p\u00e9ch\u00e9 d\u2019orgueil\u00a0: il exige que Dieu l\u2019\u00e9coute et lui parle d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal (2003, p. 53-59). Pour Sylvie Germain, ce d\u00e9fi serait plut\u00f4t une preuve de l\u2019absolu de l\u2019amour que Job voue \u00e0 Dieu. Car aimer Dieu en \u00e9gal, c\u2019est aimer un \u00ab\u00a0dieu minuscule et nomade\u00a0\u00bb (Germain, 1996, p. 98) tapi en chaque \u00eatre, le consoler dans chaque c\u0153ur humain, lui offrir un refuge dans l\u2019humilit\u00e9 et l\u2019imperfection de sa propre personne, et lui autoriser le droit \u00e0 la compassion. Voil\u00e0 le don absolu dont seuls les hommes conscients de leur finitude et de l\u2019inaccessibilit\u00e9 du myst\u00e8re de Dieu sont capables. Le cheminement de Prokop \u00e0 travers l\u2019\u00e9preuve du temps, du silence et de la mis\u00e8re l\u2019aide \u00e0 abaisser le regard. Il cesse d\u2019interroger l\u2019immensit\u00e9 et accorde toute son attention \u00e0 l\u2019immanence du pr\u00e9sent. Dans les premi\u00e8res pages, il esp\u00e8re que le dieu des Lares lui expliquera les myst\u00e8res de la condition humaine et du silence de Dieu. Il interroge ensuite la Lune, abaisse encore son regard et tombe sur celui d\u2019une vieille dame qui porte \u00ab\u00a0la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la chair\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la tendresse folle pour le monde\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 113). Poursuivant sa qu\u00eate d\u2019un merveilleux ailleurs inscrit dans le visible, il scrute les photos de Jonas. Les mod\u00e8les, d\u00e9pouill\u00e9s de tout ornement, rec\u00e8lent une absence si gigantesque qu\u2019elle en est mat\u00e9rialis\u00e9e. Descendant encore dans l\u2019abandon et la compassion, il r\u00eave qu\u2019il survole les corps des d\u00e9chus, des Ca\u00efn, des Pilate et des Judas r\u00e9pudi\u00e9s de tous, m\u00eame apr\u00e8s la mort. Pour eux aussi, il ressent une intense piti\u00e9 et saisit enfin l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019amour qu\u2019il faudrait accorder aux hommes et \u00e0 Dieu. Le travail de d\u00e9pouillement fait son \u0153uvre en silence. Il permet \u00e0 l\u2019homme d\u2019abaisser son regard sur l\u2019homme, les victimes, les enfants, la banalit\u00e9 du monde et, enfin, sur le Tr\u00e8s Bas\u00a0: les bourreaux. Prokop, envahi par la plus haute des compassions, comprend que tous les vivants, y compris lui, \u00ab\u00a0ne sont pas exempts de l\u00e2chet\u00e9 et de tra\u00eetrise, qu\u2019eux-m\u00eames auraient pu accomplir l\u2019acte de trahison qui avait maudit des hommes, \u2014 leurs fr\u00e8res dans la faute et dans la supplication\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 196). L\u2019\u00e9preuve de Job trouve un sens\u00a0: elle le guide vers l\u2019humilit\u00e9 et lui enseigne un amour pur.<\/p>\n<p>Le Prokop de la derni\u00e8re page est un Prokop \u00e9corch\u00e9, un \u00ab\u00a0petit ver rampant sur terre\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 92) se sentant pleinement fr\u00e8re \u00ab\u00a0de cette enfant \u00e0 t\u00eate folle, au c\u0153ur volage et aux pas tr\u00e9buchants, \u2014 l\u2019humanit\u00e9, sa s\u0153ur prodigue\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 255). Cette r\u00e9interpr\u00e9tation du Livre de Job ne vise pas \u00e0 conf\u00e9rer au mal une valeur. L\u2019auteure refuse seulement, comme le disait Simone Weil, de le nier en faisant appel \u00e0 un rem\u00e8de surnaturel. Pour elle, la souffrance reste un mal contre lequel il faut lutter inlassablement. Mais elle peut \u00eatre la source d\u2019une \u00e9nergie \u00e0 condition que l\u2019on se prosterne devant elle dans un total d\u00e9pouillement de soi, dans l\u2019humilit\u00e9 et l\u2019amour des petits, des pauvres, des victimes, des p\u00e9cheurs et des saints\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La souffrance est un corps \u00e0 corps avec la chair, avec la terre, avec la finitude, et d\u2019un m\u00eame tenant avec le ciel, avec l\u2019Esprit. Une lutte lente et silencieuse entre soi et infiniment autre que soi, tout au long de laquelle s\u2019extrait et cro\u00eet une \u00e9nergie insoup\u00e7onn\u00e9e; dans la communion avec tous les d\u00e9funts, les p\u00e9cheurs et les saints. (Germain, 2003, p. 103.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La question de l\u2019existence de Dieu reste donc ouverte \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage. Mais elle n\u2019est plus en souffrance. D\u00e9shabill\u00e9s de leur orgueil et de leur besoin de certitudes absolues, Prokop et les autres saints d\u2019<em>Immensit\u00e9s <\/em>se consacrent \u00e0 l\u2019homme, aux petites traces de merveilleux qui effleurent le banal, le visible, l\u2019imm\u00e9diat et le c\u0153ur des hommes. Prokop consent aux limites de sa condition, \u00ab\u00a0\u00e0 sa grande indigence dans les amours humaines et \u00e0 son d\u00e9nuement encore plus radical dans l\u2019absence de Dieu\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 251). Il renonce \u00e0 l\u2019impatience, \u00e0 la certitude de Dieu et au tourment de cette incertitude. Il accepte le risque de n\u2019aimer qu\u2019un mirage, puisque ce mirage serait le plus admirable de tous.<\/p>\n<p>Pour l\u2019auteure, il faut \u00ab\u00a0accueillir, accepter, consentir; \u00e9couter le silence et scruter l\u2019invisible\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 254) dans l\u2019ici et dans l\u2019instant. Car ce myst\u00e8re est ce qui nous sort de notre finitude, de notre paresse et de notre contentement. L\u2019immensit\u00e9 nous permet de partir en errance dans un \u00e9ternel questionnement et d\u2019y saisir le monde, ses noirceurs et ses \u00e9tincelles, de rencontrer les autres, et parfois des traces aussi fugaces qu\u2019ineffa\u00e7ables de l\u2019Autre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Donc je cherche la r\u00e9ponse et la r\u00e9ponse heureusement n\u2019est jamais donn\u00e9e sinon, \u00e0 nouveau, on s\u2019arr\u00eaterait et cela serait fini et on reprendrait des grosses racines avec tous les risques que cela a. La r\u00e9ponse c\u2019est en fait une myriade de possibilit\u00e9s et de r\u00e9ponses [\u2026]. En un sens, tant mieux qu\u2019il n\u2019y ait pas la preuve de l\u2019existence de Dieu, il y a toujours ce grand doute, ce grand tourment, pour les uns tourment, pour les autres \u00e9merveillement. (Germain, consult\u00e9 le 15 janvier 2007.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prendre le risque d\u2019aimer une incertitude, la plus belle des incertitudes, c\u2019est renoncer \u00e0 la toute-puissance de l\u2019homme et accueillir la beaut\u00e9 du doute et de l\u2019errance. C\u2019est choisir de s\u2019\u00e9merveiller devant chaque parcelle de visible, accepter de regarder avec intensit\u00e9 les choses les plus ordinaires pour y d\u00e9celer des traces de l\u2019infiniment grand. Tel est le message du Livre de Job pour Sylvie Germain\u00a0: le d\u00e9pouillement a un sens. Il aiguise le regard pour nous permettre de trouver les \u00ab\u00a0traces aussi discr\u00e8tes que troublantes qui n\u2019octroient aucune certitude, mais assignent sans fin \u00e0 l\u2019\u00e9tonnement, au songe et \u00e0 l\u2019attente\u00a0\u00bb (Germain, 1993, p. 254).<\/p>\n<p>Le Livre de Job et les \u0153uvres de Sylvie Germain offrent un des plaidoyers les plus virulents contre l\u2019\u00e9ternel paradoxe de l\u2019existence du mal et de la bont\u00e9 de Dieu. L\u2019auteur du Livre avait d\u00e9cid\u00e9 de faire taire Job en invoquant l\u2019immensit\u00e9 du pouvoir du Dieu cr\u00e9ateur et en le d\u00e9dommageant. Sylvie Germain, quant \u00e0 elle, choisit le chemin de la piti\u00e9 plut\u00f4t que celui de la crainte. Pour elle, il existe un troisi\u00e8me sentier \u00e0 tracer entre les voies imp\u00e9n\u00e9trables du divin et la noirceur du nihilisme\u00a0: celui de l\u2019\u00e9ternel questionnement. Justifi\u00e9 par l\u2019omnipr\u00e9sence du mal, ce questionnement peut devenir supportable \u2014 et m\u00eame cr\u00e9ateur \u2014 s\u2019il se fait dans l\u2019absolu don de soi, avec l\u2019humilit\u00e9 et la patience des saints, et pour l\u2019amour des hommes. \u00ab\u00a0Qui oserait encore souhaiter pour soi seul le salut quand il a entrevu, fut-ce un instant, le regard \u00e0 jamais hallucin\u00e9 d\u2019effroi des d\u00e9chus?\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 229), se demande Prokop apr\u00e8s avoir tent\u00e9, dans son r\u00eave, de tendre la main vers ses fr\u00e8res morts depuis des si\u00e8cles sans avoir jamais trouv\u00e9 la paix. M\u00eame si personne n\u2019entend, m\u00eame si Prokop, pauvre petit ver qui n\u2019a qu\u2019un rien \u00e0 offrir \u00e0 tous ces riens, ne parvient pas \u00e0 sauver les victimes et les p\u00e9cheurs, s\u2019il ne parvient m\u00eame pas \u00e0 les effleurer, il sait qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019autre choix que celui-l\u00e0, pour ne pas sombrer dans le d\u00e9sespoir. Et peut-\u00eatre Prokop, Job et tous les autres \u00e9corch\u00e9s qui ont choisi l\u2019errance dans la patience, l\u2019humilit\u00e9 et l\u2019ignorance embrasseront-ils \u2014 \u00e0 force de scruter le visible \u2014 d\u2019infimes traces de la beaut\u00e9 de Dieu.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>GERMAIN, Sylvie. 2003. <em>Songes du temps.<\/em> Paris\u00a0: Descl\u00e9e de Brouwer, 109 p.<\/p>\n<p>GERMAIN, Sylvie. Consult\u00e9 le 15 janvier 2007. Entretien dans l\u2019\u00e9mission \u00ab\u00a0La Voix Protestante\u00a0\u00bb du 8 janvier 2001, disponible sur le site Internet\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.protestanet.be\/\">www.protestanet.be<\/a><\/p>\n<p>GERMAIN, Sylvie. 2000. <em>Mourir un peu.<\/em> Paris\u00a0: Descl\u00e9e de Brouwer, 136 p.<\/p>\n<p>GERMAIN, Sylvie. 1996. <em>Les \u00c9chos du silence.<\/em> Paris\u00a0: Descl\u00e9e de Brouwer, 100 p.<\/p>\n<p>GERMAIN, Sylvie. 1993. <em>Immensit\u00e9s.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Gallimard, 256 p.<\/p>\n<p>GERMAIN, Sylvie. 1991. <em>L\u2019Enfant M\u00e9duse.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Gallimard, 282 p.<\/p>\n<p>GERMAIN, Sylvie. 1987. <em>Nuit-d\u2019Ambre.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Gallimard, 360 p.<\/p>\n<p>GERMAIN, Sylvie. 1985. <em>Le Livre des Nuits.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Gallimard, 338 p.<\/p>\n<p>L\u00c9V\u00caSQUE, Jean. 1981. \u00ab\u00a0La datation du livre de Job\u00a0\u00bb. <em>Supplements to Vetus Testamentum<\/em>, n<sup>o<\/sup> 32, p. 206-219.<\/p>\n<p>OLLIVIER, Sophie. 2003. \u00ab\u00a0Le Livre de Job chez Sylvie Germain et Dosto\u00efevski\u00a0\u00bb. Chap. in <em>Sylvie Germain\u00a0: rose des vents et de l\u2019ailleurs<\/em>, sous la dir. de Toby Garfitt, p. 53-59. Coll. \u00ab\u00a0Critiques litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>PIGUET, Patrick. 2003. \u00ab\u00a0Le lyrisme et l\u2019exp\u00e9rience de d\u00e9pouillement\u00a0\u00bb. Chap. in <em>Sylvie Germain\u00a0: rose des vents et de l\u2019ailleurs<\/em>, sous la dir. de Toby Garfitt, p. 133-145. Coll. \u00ab\u00a0Critiques litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>WEIL, Simone. 1988. <em>La Pesanteur et la Gr\u00e2ce.<\/em> Paris\u00a0: Plon, 211 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_lercs2n\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_lercs2n\">[1]<\/a> Dans les textes h\u00e9bra\u00efques, \u00ab\u00a0le satan\u00a0\u00bb ne d\u00e9signe pas la divinit\u00e9 d\u00e9moniaque \u00ab\u00a0Satan\u00a0\u00bb \u2014 l\u2019autorit\u00e9 divine ne se partageant pas \u2014, mais une fonction. Le satan est en fait un messager de Dieu qui \u00e9prouve la foi des croyants afin de l\u2019authentifier.<\/p>\n<p id=\"footnote2_ernfxdf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_ernfxdf\">[2]<\/a> Dans son essai <em>Mourir un peu<\/em> (2000), Sylvie Germain raconte l\u2019errance de J\u00e9sus et des ap\u00f4tres dans la souffrance de la condition humaine et le silence de Dieu. Comme les personnages de ses romans, et comme Job pour l\u2019auteure, J\u00e9sus perd la foi au summum des souffrances qu\u2019il endure lorsqu\u2019il crie\u00a0: \u00ab\u00a0Eli, Eli, lama sabachtani?\u00a0\u00bb (Mt 27,45.) C\u2019est \u00e0 ce chemin de croix, \u00e0 cette errance dans la nuit, et non au confort des certitudes, qu\u2019est condamn\u00e9 tout homme sage.<\/p>\n<p id=\"footnote3_fstiyd4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_fstiyd4\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0Mais si je vais \u00e0 l\u2019orient, il n\u2019y est pas; \/ Si je vais \u00e0 l\u2019occident, je ne le trouve pas; \/ Est-il occup\u00e9 au nord, je ne puis le voir; \/ Se cache-t-il au midi, je ne puis le d\u00e9couvrir.\u00a0\u00bb (Jb 23,8-9.)<\/p>\n<p id=\"footnote4_sn64xci\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_sn64xci\">[4]<\/a> Pour la critique que fait Sylvie Germain du discours de Dieu dans Le Livre de Job, voir le chapitre \u00ab\u00a0Improp\u00e8res\u00a0\u00bb dans Germain, 1996, p. 13-27.<\/p>\n<p id=\"footnote5_t2366j9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_t2366j9\">[5]<\/a> En effet, la version des textes sacr\u00e9s dont nous avons h\u00e9rit\u00e9 est le fruit de r\u00e9\u00e9critures et d\u2019ajouts qui se sont \u00e9tal\u00e9s sur plusieurs si\u00e8cles. Selon Jean L\u00e9v\u00easque (1981), l\u2019\u00e9criture du Livre de Job s\u2019\u00e9talerait du II<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire av. J.-C. au III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C., la partie centrale du livre (le monologue de Job, les dialogues des amis et la r\u00e9ponse de Dieu) provenant de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C. selon les r\u00e9f\u00e9rences culturelles, linguistiques et th\u00e9ologiques qui s\u2019y trouvent.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Huyghebaert, C\u00e9line. 2007. \u00abLa mis\u00e8re de Job sous l\u2019\u00e9clat de la plume de Sylvie Germain\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5404\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/huyghebaert-09.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 huyghebaert-09.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3974025f-b449-4dc3-8b77-466a245fb445\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/huyghebaert-09.pdf\">huyghebaert-09<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/huyghebaert-09.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3974025f-b449-4dc3-8b77-466a245fb445\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09 \u00ab\u00a0Nous sommes au temps des g\u00e9nocides.\u00a0\u00bb (Germain, 1996, p. 17.) Qui ne dit rien face aux massacres du XXe si\u00e8cle se rend coupable d\u2019un tacite consentement, d\u2019une complicit\u00e9 avec les bourreaux, d\u2019une non-assistance aux victimes. 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