{"id":5408,"date":"2024-06-13T19:48:15","date_gmt":"2024-06-13T19:48:15","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-dramaturgie-de-lignoble-dans-le-destin-glorieux-du-marechal-nnikon-nniku-prince-quon-sort-de-tchicaya-u-tamsi\/"},"modified":"2024-09-11T00:39:50","modified_gmt":"2024-09-11T00:39:50","slug":"la-dramaturgie-de-lignoble-dans-le-destin-glorieux-du-marechal-nnikon-nniku-prince-quon-sort-de-tchicaya-u-tamsi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5408","title":{"rendered":"La dramaturgie de l\u2019ignoble dans \u00ab Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku Prince qu\u2019on sort \u00bb de Tchicaya U Tam\u2019si"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6877\">Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09<\/a><\/h5>\n<p>Dans son intention louable de faire du Noir un \u00ab\u00a0homme \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0\u00bb, la n\u00e9gritude a voulu l\u2019Afrique ant\u00e9coloniale idyllique et vertueuse. Seule l\u2019arriv\u00e9e du Blanc aurait instaur\u00e9 le d\u00e9sordre, le chaos et la perdition. Cette vision id\u00e9alisante et id\u00e9alis\u00e9e du monde africain se trouva contrari\u00e9e par le roman <em>Le Devoir de violence<\/em> de Yambo Ouologuem. L\u2019Afrique protocoloniale s\u2019y apparente \u00e0 une jungle o\u00f9 \u00ab\u00a0la loi du plus fort est toujours la meilleure\u00a0\u00bb. La description du sort r\u00e9serv\u00e9 aux captifs des nombreuses guerres est \u00e9difiante\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Et l\u2019\u00e9poux castr\u00e9, paralys\u00e9 par la douleur, cuisses gluantes de sang, regardait impuissant, ses femmes devenir \u2014 debout, puis roul\u00e9es \u00e0 la seconde m\u00eame dans la poussi\u00e8re \u2014 filles de joie du village vainqueur, d\u00e9v\u00eatues puis tour \u00e0 tour poss\u00e9d\u00e9es [\u2026] par chaque villageois, chaque villageoise\u2026 (Ouologuem, 1968, p. 21.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 de la pol\u00e9mique cr\u00e9\u00e9e par ce roman, c\u2019est l\u2019aspect odieux, cruel, de la sc\u00e8ne qui r\u00e9pugne. La langue est d\u2019une grossi\u00e8ret\u00e9 inou\u00efe. Ce faisant, Ouologuem venait de rompre non seulement avec la th\u00e9matique \u00ab\u00a0n\u00e9gritudienne\u00a0\u00bb, mais aussi avec la biens\u00e9ance langagi\u00e8re qui avait plus ou moins pr\u00e9valu jusqu\u2019alors dans la litt\u00e9rature africaine.<\/p>\n<p>Cette \u00e9criture \u00e9rotique et crue fera date et suscitera de nombreux \u00e9mules, dont le dramaturge Tchicaya U Tam\u2019si. Sa pi\u00e8ce <em>Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku Prince qu\u2019on sort<\/em> se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 bien des \u00e9gards h\u00e9riti\u00e8re de l\u2019exp\u00e9rience de Ouologuem. Le dramaturge dit les faits tels qu\u2019ils se pr\u00e9sentent sans se pr\u00e9occuper de la sensibilit\u00e9 ou de l\u2019\u00e9ducation morale du lecteur-spectateur. D\u00e8s lors, sa pi\u00e8ce nous fait p\u00e9n\u00e9trer dans un univers o\u00f9 l\u2019infect et l\u2019odieux r\u00e8gnent en ma\u00eetres absolus puisqu\u2019elle n\u2019embellit pas ou n\u2019expose pas uniquement les merveilles de la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Elle d\u00e9voile tout ce qui se pense, se voit, se fait ou se dit m\u00eame si c\u2019est d\u00e9testable, d\u00e9sagr\u00e9able et choquant. L\u2019artiste entend ainsi lib\u00e9rer le langage, ce qui influera indubitablement sur sa dramaturgie; d\u2019o\u00f9 le titre de cette analyse, <em>La dramaturgie de l\u2019ignoble dans Le Destin glorieux de Nnikon Nniku<\/em>. D\u00e8s lors,\u00a0 comment l\u2019ignoble se manifeste-t-il dans la pi\u00e8ce de U Tam\u2019si? Quelles sont ses fonctions et ses implications dramaturgiques?<\/p>\n<h2>Une po\u00e9tique de la r\u00e9alit\u00e9 crue\u00a0: un langage scatologique et fonci\u00e8rement obsc\u00e8ne<\/h2>\n<p>Chez Tchicaya U Tam\u2019si, le langage familier constitue l\u2019essentiel du registre des personnages. Il semble que ce registre est plus apte \u00e0 dire les choses telles quelles, dans toute leur laideur et dans toute leur nudit\u00e9 ex\u00e9crable, choquante. Le langage chez U Tam\u2019si est le signe ostentatoire de l\u2019atteinte volontaire et voulue aux bonnes m\u0153urs.<\/p>\n<p>Dans <em>Le Destin glorieux de Nnikon Nniku<\/em>, il existe une \u00e9nonciation r\u00e9f\u00e9rent au sexe, car le langage traduit ici la fr\u00e9n\u00e9sie sexuelle, l\u2019obsession sexuelle des personnages. Le sexe n\u2019est plus un tabou\u00a0: il est d\u00e9sacralis\u00e9. Pour des soci\u00e9t\u00e9s puritaines telles les soci\u00e9t\u00e9s africaines, il n\u2019y a pas plus ignoble personnage que celui qui n\u2019a aucune vergogne. Cette obsc\u00e9nit\u00e9 ambiante fait le lit de l\u2019ignoble.<\/p>\n<p>Le texte de U Tam\u2019si est truff\u00e9 de truculences sexuelles exprim\u00e9es de la fa\u00e7on la plus vulgaire possible afin de les rendre accessibles \u00e0 un plus large public. Avec lui, on est bien loin du langage imag\u00e9 et presque initiatique dont Zadi Zaourou entoure l\u2019acte sexuel\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Quand tu seras seule avec l\u2019homme avec qui tu passeras ta premi\u00e8re nuit, observe bien sa nudit\u00e9. \u00c0 la lisi\u00e8re de sa prairie qui est \u00e0 tous points semblable \u00e0 la n\u00f4tre, tu d\u00e9couvriras un arbre sans feuillage. Il porte un fruit qui renferme deux f\u00e8ves. Ne t\u2019acharne pas sur le fruit [\u2026]. Caresse plut\u00f4t l\u2019arbre. Il grandira et grossira subitement [\u2026]. Couche toi sur le dos. Am\u00e8ne ton double \u00e0 s\u2019allonger sur toi, de tout son long. Les tisons que tu portes l\u00e0 sur ta poitrine, le br\u00fbleront d\u2019un feu si doux qu\u2019il roucoulera comme une colombe. Il s\u2019abandonnera \u00e0 toi. Engage alors son arbre dans ton sentier; fais en sorte que lui-m\u00eame lui imprime un rythme\u00a0:<\/p>\n<p>Haut-bas!<\/p>\n<p>Haut-bas!<\/p>\n<p>Haut-bas!<\/p>\n<p>(Zaourou, 2001, p. 35.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chez U Tam\u2019si, le grossier et le burlesque l\u2019emportent sur les all\u00e9gories et autres m\u00e9taphores. Le langage \u00e9rotique et pu\u00e9ril s\u2019invite dans la cr\u00e9ation dramatique par le biais de la r\u00e9currence d\u2019un verbe comme \u00ab\u00a0baiser\u00a0\u00bb, employ\u00e9 neuf fois dans le texte. La langue est ind\u00e9niablement orduri\u00e8re, salace, avec des termes et des expressions aussi vulgaires les uns que les autres \u00e0 l\u2019instar de \u00ab\u00a0bander\u00a0\u00bb et de son synonyme \u00ab\u00a0raide\u00a0\u00bb (avec un emploi cumul\u00e9 de 7 fois), ainsi que leurs pendants f\u00e9minins \u00ab\u00a0chaude\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0humide\u00a0\u00bb (avec une r\u00e9currence totale de 7 fois). \u00c0 ces termes s\u2019ajoutent\u00a0: \u00ab\u00a0Mon Dieu, que \u00e7a va \u00eatre bon!\u00a0\u00bb (U Tam\u2019si, 1979, p. 33), \u00ab\u00a0Salope, ouvre-lui la braguette\u00a0\u00bb ainsi que \u00ab\u00a0Ta putain de s\u0153ur\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 33), \u00ab\u00a0foutre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0couilles\u00a0\u00bb (3 fois). On retrouve \u00e9galement, dans une autre cat\u00e9gorie, les mots \u00ab\u00a0sperme\u00a0\u00bb (9 fois), \u00ab\u00a0mamelles\u00a0\u00bb (3 fois), \u00ab\u00a0jouir\u00a0\u00bb (5 fois)\u00a0; ici, c\u2019est la crudit\u00e9 quasi triviale de ces termes qui interpelle. Par ailleurs, la surprise \u00e9mane de la pr\u00e9sence d\u2019expressions \u00e0 connotation libidineuse dans l\u2019incantation sacr\u00e9e du Sorcier dont le refrain est\u00a0: \u00ab\u00a0Pipi de sang de vierge\u00a0\u00bb (4 fois \u00e0 la page 74).<\/p>\n<p>En fait, ce qui guide U Tam\u2019si, c\u2019est son refus de censurer son langage comme l\u2019attestent ces propos du personnage f\u00e9minin Nniyra, nullement intimid\u00e9e ni effarouch\u00e9e par le langage peu moral de Nkha Nkha Dou\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nkha Nkha Dou\u00a0: [\u2026] Forc\u00e9s d\u2019aller au bordel sous pr\u00e9texte de renseignements, ils y perdent leurs couilles, pardon Mesdames.<\/p>\n<p>Nniyra\u00a0: Capitaine, il faut le langage qu\u2019il faut. (<em>Ibid<\/em>., p. 51.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tous les personnages, hommes ou femmes, paraissent s\u2019accommoder de la lubricit\u00e9. Il ne pouvait en \u00eatre autrement dans ce texte puisque la sexualit\u00e9 y est un programme de gouvernement. Ainsi, peut-on lire sur une pancarte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>MALHEUR \u00c0 QUI R\u00c9SISTE AU SEXE<\/p>\n<p>IL PERD LE POUVOIR D\u2019\u00caTRE<\/p>\n<p>NOUS VAINCRONS<\/p>\n<p>(Extrait du Livre Gris du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku) (<em>Ibid<\/em>., p. 48.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous sommes \u00e9difi\u00e9s sur l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des tenants du pouvoir dramatis\u00e9. On s\u2019aper\u00e7oit que le langage pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9crit est commun aux dirigeants et au peuple. Et c\u2019est cela qui exasp\u00e8re et qui a sans nul doute pouss\u00e9 le dramaturge \u00e0 en parler de fa\u00e7on crue et ouverte. La pi\u00e8ce se rapproche alors des sotties du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, car comme elles, l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 du langage en fait, selon les mots de Madeleine Lazard, \u00ab\u00a0[l]\u2019expression d\u2019une agressivit\u00e9 bouffonne, violemment insolente, qui tend \u00e0 une lib\u00e9ration des interdits et des contraintes\u00a0\u00bb (Lazard, 1980, p. 59). Sans doute, le langage vulgaire manifeste une volont\u00e9 du dramaturge de briser les tabous et les interdits \u00e9tablis par certaines soci\u00e9t\u00e9s faussement moralistes et de d\u00e9sacraliser un pouvoir dictatorial, v\u00e9ritable anti-mod\u00e8le. Mais encore l\u2019expression vulgaire des personnages peut s\u2019appr\u00e9hender comme une parabole. L\u2019\u00e9loge de la vulgarit\u00e9 servirait alors de pr\u00e9texte au dramaturge pour d\u00e9noncer la d\u00e9cadence morale de toute soci\u00e9t\u00e9 en perdition en lui offrant le miroir sch\u00e9matis\u00e9 et caricatur\u00e9 d\u2019elle-m\u00eame. Par le biais de la langue, Tchicaya U Tam\u2019si donne \u00e0 voir l\u2019image peu reluisante des collectivit\u00e9s immorales et amorales o\u00f9 d\u00e9bauche et sexualit\u00e9 se sont \u00e9rig\u00e9es en valeurs, en vertus. Il y a risque de chaos vu la disparition des valeurs socio-morales devant l\u2019invasion submergeante de la lubricit\u00e9 et de son corollaire l\u2019immoralisme\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Lekhi\u00a0: Ben quoi, on r\u00e9siste comme on peut.<\/p>\n<p>Nniyra\u00a0: Avec le sexe, c\u2019est plus s\u00fbr. (U Tam\u2019si, 1979, p. 48.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dramaturge stigmatise le pouvoir grandissant du sexe dans quelques sph\u00e8res de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s\u00a0: c\u2019est la marchandise la plus vendue et aussi la plus demand\u00e9e dans plusieurs soci\u00e9t\u00e9s africaines modernes \u00e0 cause de la paup\u00e9risation continue des masses. Toujours est-il que, si le sexe a perdu de sa sacralit\u00e9, il va de soi que c\u2019est l\u2019homme lui-m\u00eame qui a perdu de son humanit\u00e9 puisque son c\u00f4t\u00e9 bestial et lubrique supplante sa raison. Certains noms de personnages le laissent penser.<\/p>\n<h2>Une onomastique <a id=\"footnoteref1_ae10spo\" class=\"see-footnote\" title=\"Pour l\u2019onomastique, nous avons eu recours aux d\u00e9finitions d\u2019amis congolais qui ne sont parfois pas de la m\u00eame aire linguistique que l\u2019auteur.\" href=\"#footnote1_ae10spo\">[1]<\/a> grotesque et d\u00e9risoire<\/h2>\n<p>\u00c0 travers <em>Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku<\/em>, Tchicaya U Tam\u2019si tente d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la trivialit\u00e9 et aux arch\u00e9types du monde r\u00e9el par la construction de personnages qui, apparemment, refusent toute possibilit\u00e9 de transposition. Cette r\u00e9alit\u00e9 transpara\u00eet \u00e0 travers l\u2019onomastique. Pour traduire cet \u00e9tat de fait, nous nous appuierons sur trois personnages repr\u00e9sentatifs de cet imaginaire.<\/p>\n<p>D\u2019abord, il y a le personnage de Nnikon Nniku dont la trivialit\u00e9, la bassesse et l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 r\u00e9sultent du sens de son nom.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nnikon Nniku\u00a0: Pas Nnikiou mais ku comme c.u.l. (<em>Ibid<\/em>., p. 77.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En fait ce nom d\u00e9coule d\u2019une expression grossi\u00e8re du langage familier fran\u00e7ais\u00a0: le mot \u00ab\u00a0con\u00a0\u00bb d\u00e9signe le sexe de la femme. En somme, Nnikon Nniku est un \u00eatre \u00ab\u00a0qui n\u2019a ni con ni cul\u00a0\u00bb. Il est une cr\u00e9ature bizarre, peut-\u00eatre un dieu. De cette \u00e9ventualit\u00e9, il d\u00e9tiendrait le pouvoir absolu qu\u2019il exerce, les autres n\u2019\u00e9tant que des faire-valoir.<\/p>\n<p>Effectivement, en langue congolaise lari, \u00ab\u00a0nkha nkha\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0grand-p\u00e8re\u00a0\u00bb. Le personnage de Nkha Nkha Dou serait donc l\u2019\u00e9manation de l\u2019apposition de cette expression locale et du mot fran\u00e7ais \u00ab\u00a0doux\u00a0\u00bb. Ce nom pourrait ainsi d\u00e9signer un \u00ab\u00a0grand-p\u00e8re g\u00e2teau\u00a0\u00bb. Dans le contexte de l\u2019\u0153uvre, nous d\u00e9celons non seulement la s\u00e9nilit\u00e9 du personnage, mais \u00e9galement son impuissance, son caract\u00e8re amorphe, son flegmatisme et son manque d\u2019initiative. Son nom explicite son \u00e9ternelle d\u00e9pendance, sa subordination et aussi son inefficacit\u00e9. Il serait bourreau (il est ministre au gouvernement) et victime du pouvoir (il n\u2019a aucun pouvoir de d\u00e9cision).<\/p>\n<p>En outre, Mphi Ssan Po pourrait signifier \u00ab\u00a0t\u00eate en l\u2019air, cr\u00e2ne br\u00fbl\u00e9 ou encore brute\u00a0\u00bb. On per\u00e7oit en filigrane le manque de piti\u00e9, la cruaut\u00e9 et la brutalit\u00e9 du personnage. Il se d\u00e9finit par le mal. Con\u00e7us dans une logique essentialiste, ces personnages semblent \u00e9loign\u00e9s de toute humanit\u00e9 ou de toute socialit\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 ce point de vue de Michel Corvin\u00a0: \u00ab\u00a0La vision imm\u00e9diate est suffisamment parlante par elle-m\u00eame pour qu\u2019on n\u2019ait pas recours \u00e0 un alibi rationnel.\u00a0\u00bb (Corvin, 1963, p. 24.) Ainsi, U Tam\u2019si produit des actants all\u00e9goriques, pr\u00e9textes servant \u00e0 porter un regard critique, s\u00e9v\u00e8re et acerbe sur les nouveaux r\u00e9gimes politiques africains. Ces noms phon\u00e9tiquement barbares et laids participent d\u2019une volont\u00e9 de th\u00e9\u00e2tralisation de l\u2019existence de la part du dramaturge. Fataliste, il semble indiquer que nul ne peut \u00e9chapper \u00e0 sa destin\u00e9e. Vu leurs noms, les tenants du pouvoir dans cette pi\u00e8ce sont pr\u00e9destin\u00e9s \u00e0 l\u2019ignominie. Ils n\u2019ont fait qu\u2019ex\u00e9cuter le programme de gouvernement inscrit dans leurs noms le jour de leur bapt\u00eame. Le nom influence le faire et l\u2019\u00eatre de l\u2019individu qui le porte.<\/p>\n<p>Il reste que, si l\u2019auteur singularise ces personnages, c\u2019est pour pouvoir mieux les ridiculiser, les d\u00e9mystifier, dans la mesure o\u00f9 leur aspect grotesque leur enl\u00e8ve toute possibilit\u00e9 de mythification puisqu\u2019ils ne sont pas r\u00e9els. Par ricochet, le pouvoir par eux exerc\u00e9 se retrouve sans consistance, sans contenu car v\u00e9ritable farce. Les nouveaux pouvoirs africains, avec leurs nombreux p\u00e8res de la nation, ne sont donc que des parodies de pouvoir; d\u2019o\u00f9 l\u2019usage de tout le folklore mystificateur dont certains dirigeants s\u2019entourent pour se maintenir au pouvoir. \u00c0 l\u2019image de Nnikon Nniku, ils font courir la rumeur de d\u00e9tenir des pouvoirs mystiques exceptionnels, preuves qu\u2019ils ne sont pas des humains, mais plut\u00f4t la r\u00e9incarnation de Dieu sur terre. Telle est l\u2019origine des dictatures en Afrique avec son corollaire de trag\u00e9die. En somme, les pouvoirs africains ne sont que de tristes farces \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>En effet, \u00e0 cause des personnages, <em>Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku<\/em> s\u2019apparente aux farces du Moyen \u00c2ge qui, par le biais de personnages all\u00e9goriques, s\u2019attaquaient \u00e0 certains aspects de leur soci\u00e9t\u00e9. Mais ici, il s\u2019agit d\u2019une farce triste, car il y a av\u00e8nement d\u2019un type tragique\u00a0: le mystificateur. Et m\u00eame si les personnages principaux de l\u2019\u0153uvre sont emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019imaginaire, leur possible actualisation fait de la pi\u00e8ce le miroir de la hideur sociale. Le dramaturge congolais s\u2019approprie alors la distanciation brechtienne, car le lecteur-spectateur se retrouve en face d\u2019une situation d\u2019\u00e9trang\u00e9isation, processus d\u2019\u00e9loignement par rapport au fait dramatis\u00e9. C\u2019est cet \u00e9loignement du quotidien du fait de l\u2019\u00e9trang\u00e9it\u00e9 des actants qui donne \u00e0 la pi\u00e8ce ses relents \u00e9piques. Ne se sentant pas directement concern\u00e9, le lecteur-spectateur est donc \u00e0 m\u00eame de mieux la p\u00e9n\u00e9trer afin de la soumettre au moule de son esprit critique, tout processus d\u2019identification \u00e9tant impossible avec des personnages qui n\u2019existent pas dans les faits. Comme dans la farce, U Tam\u2019si ne recherche pas l\u2019adh\u00e9sion du lecteur-spectateur \u00e0 l\u2019attitude d\u2019un quelconque personnage, aucun de ceux-ci, vu l\u2019onomastique, n\u2019\u00e9tant r\u00e9ellement sympathique. Son but s\u2019av\u00e8re la peinture d\u2019un tableau noir, peu optimiste, des hommes et surtout des dirigeants qui ressemblent \u00e0 diff\u00e9rents niveaux \u00e0 des monstres, des vampires et qui, comme des sangsues, s\u2019emploient \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer insidieusement le corps de leur victime, le peuple, pour pouvoir la vider de son sang. D\u00e8s lors na\u00eet la trag\u00e9die puisque l\u2019horreur constitue d\u00e9sormais le quotidien des peuples.<\/p>\n<h2>Un th\u00e9\u00e2tre de l\u2019humainement horrible\u00a0: la n\u00e9antisation de l\u2019homme<\/h2>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e par des \u00eatres tels Nnikon Nniku, Nkha Nkha Dou et Mphi Ssan Po, il ne peut r\u00e9gner que la terreur, \u00e0 l\u2019origine de la trag\u00e9die. L\u2019homme n\u2019y est rien, et l\u2019espace est \u00e9touffant.<\/p>\n<p>Dans <em>Le Destin glorieux de Nnikon Nniku<\/em>, l\u2019homme n\u2019a aucune valeur, aucune importance, car d\u00e9pouill\u00e9 de son \u00e9paisseur d\u2019humanit\u00e9. \u00c0 l\u2019image des personnages du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde, les concitoyens de Nnikon Nniku, Nkha Nkha Dou et Mphi Ssan Po subissent les al\u00e9as de leur m\u00e9pris de la vie d\u2019autrui. Aussi, \u00ab\u00a0[r]\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat larvaire, [leurs compatriotes] sont physiquement soumis \u00e0 toutes les humiliations, \u00e0 toutes les d\u00e9gradations\u00a0\u00bb (Pruner, 2003, p. 116). La souffrance et l\u2019oppression \u00e9lucident ce non-respect de la personne humaine. Ces didascalies l\u2019expriment de fa\u00e7on \u00e9loquente\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne repr\u00e9sente une cellule de prison. Il y a deux lits d\u00e9fonc\u00e9s. Les lits sont macul\u00e9s de taches douteuses. Restes de tortures. Instruments de torture dans un angle. Une devise au mur\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00c9LIE TA LANGUE OU LIE TON<\/p>\n<p>CORPS \u00c0 LA SOUFFRANCE\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(U Tam\u2019si, 1979, p. 15.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec ces indications, aucun myst\u00e8re n\u2019est fait sur le r\u00e8gne du macabre, de l\u2019odieux. La violation de la dignit\u00e9 humaine est \u00e9rig\u00e9e en doctrine, en dogme.<\/p>\n<p>De ce fait, le mot \u00ab\u00a0sang\u00a0\u00bb est r\u00e9current dans l\u2019\u0153uvre avec une occurrence d\u2019emploi de vingt-neuf fois. Devenu un leitmotiv, \u00ab\u00a0sang\u00a0\u00bb d\u00e9voile le triomphe de la terreur et de la violence conform\u00e9ment \u00e0 ce constat d\u2019un des personnages de la pi\u00e8ce\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La femme\u00a0: Pour ton mari aussi. Le jeu des hommes, c\u2019est rarement sans le sang. (<em>Ibid<\/em>., p. 81.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9sormais, l\u2019homme ne repr\u00e9sente rien pour son semblable qui se r\u00e9jouit de sa mis\u00e8re inh\u00e9rente \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance du corps\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Entre le ge\u00f4lier, tel un zombi; il a une corde au cou qui tra\u00eene et entrave sa marche. [\u2026] Cette sc\u00e8ne mim\u00e9e se termine par une scansion\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 MORT! \u00c0 MORT! \u00c0 MORT!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La foule de jeunes filles et de jeunes gens se retire, comme aspir\u00e9e. On retrouve le ge\u00f4lier ficel\u00e9 comme une momie. Les deux soldats en faction ont un cr\u00e2ne au bout de leur fusil. (<em>Ibid<\/em>., p. 25.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019<em>homo sapiens<\/em> semble avoir laiss\u00e9 la place au primate qui manifeste ses ascendances animales, bestiales. Telle est la trag\u00e9die sous-jacente \u00e0 l\u2019odieux dramatis\u00e9 par Tchicaya U Tam\u2019si. Rien ne para\u00eet \u00eatre r\u00e9el malgr\u00e9 les certitudes. Cette trag\u00e9die na\u00eet de l\u2019incertitude des certitudes, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019absence de r\u00e9f\u00e9rent ontologique. Tout est \u00e0 la fois vrai et faux, \u00e0 en croire le ge\u00f4lier\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le ge\u00f4lier\u00a0:\u00a0Cette mort-ci est un fait divers. Cette mort-l\u00e0 est un drame national. Laquelle des deux n\u2019est pas fausse? Le chagrin de ce peuple est une col\u00e8re. Cinq doigts pour un poing lev\u00e9, quelle arme est-ce? (<em>Ibid<\/em>., p. 43.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les interrogations stigmatisent le trouble dans lequel baignent les hommes. En r\u00e9alit\u00e9, le ge\u00f4lier indique implicitement la question fondamentale \u00e0 l\u2019origine du tragique con\u00e7u par le dramaturge congolais\u00a0: l\u2019homme existe-t-il dans une soci\u00e9t\u00e9 de violence et de barbarie?<\/p>\n<p>Il n\u2019en reste pas moins que, lorsque l\u2019on en arrive \u00e0 s\u2019interroger sur des certitudes telle la mort, c\u2019est sa propre existence qui se trouve remise en cause. Le th\u00e9\u00e2tre de Tchicaya U Tam\u2019si m\u00e8ne \u00e0 se demander si l\u2019homme lui-m\u00eame existe. La subsistance de doutes sur une r\u00e9alit\u00e9 quasi futile exprime la trag\u00e9die de la personnalit\u00e9 de l\u2019homme\u00a0: est-il ange ou d\u00e9mon? La superposition du r\u00e9el et de l\u2019irr\u00e9el, du vraisemblable et de l\u2019invraisemblable, amplifie cette angoisse relative \u00e0 la double nature de l\u2019homme. L\u2019homme est-il un mythe ou une r\u00e9alit\u00e9? La trag\u00e9die, c\u2019est l\u2019id\u00e9e m\u00eame de toute possibilit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 et \u00e0 l\u2019immat\u00e9rialit\u00e9 des \u00eatres et des choses chez Tchicaya U Tam\u2019si. En effet, l\u2019ind\u00e9termination est pesante et tragique. Et nulle part ne point un quelconque refuge.<\/p>\n<h2>L\u2019espace\u00a0: une r\u00e9alit\u00e9 affligeante<\/h2>\n<p>Dans <em>Le Destin glorieux de Nnikon Nniku<\/em>, l\u2019espace t\u00e9moigne d\u2019un certain r\u00e9alisme. Il est vraisemblable car compos\u00e9 de lieux \u00ab\u00a0mat\u00e9rialisables\u00a0\u00bb, r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s tels \u00ab\u00a0une cellule de prison\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un bar\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0une salle de conf\u00e9rence\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le cabinet de travail du Mar\u00e9chal\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la salle d\u2019apparat du Palais\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0une tribune\u00a0\u00bb. Ces lieux se d\u00e9coupent en trois cat\u00e9gories avec des fonctions diverses.<\/p>\n<p>D\u2019abord, l\u2019espace est ferm\u00e9 comme le sous-entend \u00ab\u00a0une cellule de prison\u00a0\u00bb. \u00c9videmment, cet espace explicite l\u2019enfermement, la privation de libert\u00e9, puisque signe de l\u2019oppression et de la barbarie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Entre Shese, mitraillette au poing. Il examine la cellule, s\u2019assure de la solidit\u00e9 des barreaux d\u2019une fen\u00eatre haute. Va au pied de chaque lit, s\u2019assure \u00e9galement des cha\u00eenes qui sont fix\u00e9es aux murs. Consid\u00e8re les instruments de torture avec effroi. (<em>Ibid<\/em>., p. 15.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel qu\u2019il est pr\u00e9sent\u00e9, ce lieu incarne le ravalement de l\u2019homme \u00e0 la b\u00eate, sa r\u00e9ification. Partant, c\u2019est un espace tragique. L\u2019homme n\u2019y est plus homme. Quel qu\u2019en soit le motif, une privation de libert\u00e9 est une trag\u00e9die, surtout lorsqu\u2019elle s\u2019accompagne de tortures, symboles de l\u2019arbitraire et du manque de libert\u00e9 d\u2019expression. Cet espace ferm\u00e9 d\u00e9shumanisant a son pendant de libert\u00e9 qui est \u00ab\u00a0[l]e cabinet de travail du Mar\u00e9chal\u00a0\u00bb. Ce lieu se charge de l\u2019intimit\u00e9, de l\u2019arrogance et du narcissisme de Nnikon Nniku\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Accessoire\u00a0: Le cabinet de travail du Mar\u00e9chal. Un grand portrait en pied du Mar\u00e9chal dont tout le buste est couvert de m\u00e9dailles. Dans un coin-repos du cabinet on voit le Mar\u00e9chal vautr\u00e9 dans un canap\u00e9. Il est flanqu\u00e9 de deux jeunes filles qui lui font des mamours. Le Mar\u00e9chal ronronne de plaisir. Les filles gloussent de plaisir.\u00a0(<em>Ibid<\/em>., p. 63.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce symbole du pouvoir est d\u00e9sacralis\u00e9 par son locataire. Ce n\u2019est plus un espace de d\u00e9cision, mais celui de la d\u00e9pravation des m\u0153urs, de la d\u00e9bauche et du manque de sens du devoir. Nnikon Nniku n\u2019a aucune id\u00e9e des responsabilit\u00e9s qui lui incombent en sa qualit\u00e9 de pr\u00e9sident. Subs\u00e9quemment, cet espace aussi devient tragique. Le peuple a \u00e0 sa t\u00eate un pr\u00e9sident libertin et peu enclin au travail. Seul l\u2019occupe le plaisir charnel. C\u2019est un pouvoir fantoche qui ne peut que conduire le peuple \u00e0 la ruine.<\/p>\n<p>Ensuite viennent deux espaces semi-ouverts. Le premier espace de ce type est \u00ab\u00a0la salle de conf\u00e9rence\u00a0\u00bb, qui mat\u00e9rialise la prise de pouvoir de Nnikon Nniku. La description de ce lieu donne des sueurs froides et pr\u00e9sage d\u00e9j\u00e0 ce qui attend le peuple. L\u2019aspect macabre des accessoires qui s\u2019y trouvent annonce la trag\u00e9die \u00e0 venir. Le nouveau pouvoir s\u2019affirmera au m\u00e9pris de la vie d\u2019autrui\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Une salle de conf\u00e9rence de presse. Au premier plan, des chaises ou des bancs. Au fond, sur une estrade, le si\u00e8ge est un squelette g\u00e9ant, dans la posture d\u2019un homme assis. (<em>Ibid<\/em>., p. 34.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On assiste ici \u00e0 l\u2019officialisation de l\u2019ill\u00e9gal\u00a0: Nnikon Nniku a pris le pouvoir par la force. On pressent aussi la trag\u00e9die que repr\u00e9sente l\u2019av\u00e8nement des militaires au pouvoir. Nnikon Nniku est mar\u00e9chal. Pour sa part, le second espace semi-ouvert qu\u2019est \u00ab\u00a0la salle d\u2019apparat du Palais\u00a0\u00bb abrite les c\u00e9r\u00e9monies de l\u2019intronisation rituelle de Nnikon Nniku. En tant que tel, c\u2019est un lieu de mystification et de confiscation du pouvoir. L\u2019exigence de v\u00e9n\u00e9ration qu\u2019implique ce rituel sous-tend la trag\u00e9die future. Les hommes ne sont plus dirig\u00e9s par un humain mais par un dieu. Comme tel, ce dieu aura droit de vie et de mort sur eux; il fera et d\u00e9fera les destins. Nous sommes de plain-pied sous l\u2019\u00e8re des grands timoniers.<\/p>\n<p>Enfin, deux espaces ouverts s\u2019offrent \u00e0 l\u2019analyse. Nous avons \u00ab\u00a0le bar\u00a0\u00bb, lieu de retrouvailles du peuple. Mais cet espace rev\u00eat une connotation n\u00e9gative, car il d\u00e9voile l\u2019insouciance du peuple \u00e0 travers la perdition. C\u2019est un espace tragique puisqu\u2019il donne \u00e0 voir les hommes d\u00e9nu\u00e9s de toute facult\u00e9 intellectuelle; la boisson ayant annihil\u00e9 tout bon sens.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le Barman\u00a0: L\u00e0, petit, tu vas un peu fort.<\/p>\n<p>Nniyra\u00a0: Non. Vas-y, Bruce Lee. Te laisse pas faire. On lui am\u00e8ne les clients qui se marrent. Ils se marrent et ont une soif de gouffre du tonnerre, apr\u00e8s. Vas-y, sinon on le taxe\u00a0: 15 %.<\/p>\n<p>Un Buveur\u00a0: Ha, ha! 15 % Hi, hi! 15 %.<\/p>\n<p>Le Barman\u00a0: C\u2019est fini, oui!<\/p>\n<p>Voix\u00a0: Ha, ha, ha! 15 %, 30 %. Non, 100 %.<\/p>\n<p>Nniyra\u00a0: Et alors? La libert\u00e9, c\u2019est pas pour s\u2019emmerder, non?<\/p>\n<p>Le Barman\u00a0: Alors, fichez le camp. (<em>Ibid<\/em>., p. 28.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toute situation constitue mati\u00e8re \u00e0 rire, \u00e0 se distraire de sorte qu\u2019on n\u2019a plus une saine et juste appr\u00e9ciation des choses. Or, le pouvoir s\u2019organise de mani\u00e8re \u00e0 endormir la conscience des hommes. Cela se per\u00e7oit avec l\u2019espace \u00ab\u00a0une tribune\u00a0\u00bb. La propagande se cache derri\u00e8re ce terme. L\u2019on y d\u00e9c\u00e8le l\u2019endoctrinement, la d\u00e9magogie. N\u00e9anmoins, cet espace se caract\u00e9rise par l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui y r\u00e8gne\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ovations fr\u00e9n\u00e9tiques, tonnerre d\u2019applaudissements et on voit la tribune trembler, ses occupants donner des signes de d\u00e9tresse. Des cris d\u2019effroi, puis soudain, l\u2019obscurit\u00e9 se fait sur le plateau. (<em>Ibid<\/em>., p. 91.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Partout r\u00e8gne l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, car les activistes s\u00e8ment la terreur et ne font pas de tri entre tenants du pouvoir et victimes du pouvoir. Voil\u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 des attentats aveugles. Quel que soit l\u2019espace, le quotidien du peuple rime avec trag\u00e9die. Les uns s\u2019emploient \u00e0 le dominer, et les autres, qui veulent le lib\u00e9rer, en font des h\u00e9catombes. Tchicaya U Tam\u2019si \u00e9labore ainsi une dramaturgie de la douleur aux relents politiques ind\u00e9niables.<\/p>\n<h2>La pertinence id\u00e9ologique et politique de l\u2019ignoble chez Tchicaya U Tam\u2019si<\/h2>\n<p>La pr\u00e9sence de l\u2019ignoble dans la pi\u00e8ce de Tchicaya U Tam\u2019si influe sur la finalit\u00e9 qu\u2019il assigne \u00e0 sa cr\u00e9ation. Avec lui prend forme le th\u00e9\u00e2tre politique.<\/p>\n<p>Dans <em>Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku<\/em>, les didascalies foisonnent. Derri\u00e8re leur fonction d\u2019indicateurs sc\u00e9niques, elles d\u00e9voilent bien souvent la vision du monde de l\u2019auteur puisque \u00ab\u00a0[l]es didascalies sont dans le texte dramatique la seule partie o\u00f9 l\u2019auteur s\u2019exprime directement\u00a0\u00bb (Duch\u00e2tel, 1998, p. 12). Dans cette optique, la gestuelle joue un r\u00f4le important chez Tchicaya U Tam\u2019si comme le montre cette pantomime\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Entre le ge\u00f4lier, tel un zombi; il a une cha\u00eene au cou qui tra\u00eene et entrave sa marche. Il jette derri\u00e8re lui des regards furtifs. Il va \u00e0 chaque cloison de la cellule, les mains et le corps dans la posture de celui qui demande gr\u00e2ce. Chaque mur lui offre un refus mena\u00e7ant. Il se prot\u00e8ge le corps, la t\u00eate les pieds de ses mains. Il en est de m\u00eame de la porte par laquelle il ne peut plus sortir. (U Tam\u2019si, 1979, p. 25.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La claustrophobie sous-jacente aux gestes d\u00e9nonce tous ces pouvoirs liberticides, d\u00e9shumanisants et machiav\u00e9liques qui finissent par faire de l\u2019homme l\u2019ombre de lui-m\u00eame, v\u00e9ritable mort en sursis. Partout le danger guette. M\u00eame les prisons n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 cette atmosph\u00e8re de suspicion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0: \u00abEntre le ge\u00f4lier, tel un zombi\u00a0; il a une corde au cou qui tra\u00eene et entrave sa marche.\u00a0Il jette derri\u00e8re lui des regards furtifs.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.25.) Le d\u00e9cor cauchemardesque explicite la terreur qu\u2019inspire la dictature instaur\u00e9e par Nnikon Nniku et ses semblables qui r\u00e8gnent sous les tropiques.<\/p>\n<p>De nombreuses didascalies pr\u00e9cisent cette soumission de l\u2019homme \u00e0 un ordre mystificateur, grotesque et absurde. M\u00eame les objets contribuent \u00e0 montrer un homme parano\u00efaque, n\u00e9vros\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le Barman est hagard et regarde de tous c\u00f4t\u00e9s et aussi furtivement du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u0153il. L\u2019\u0153il plac\u00e9 l\u00e0 pour tout voir, tout entendre, tout noter.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 28.) En fait cette divinisation de l\u2019\u0153il sert de pr\u00e9texte \u00e0 Tchicaya U Tam\u2019si pour critiquer v\u00e9h\u00e9mentement la couardise d\u2019un peuple martyris\u00e9 qui se sert de motifs fallacieux pour justifier son inaction et se complaire dans une insouciance ali\u00e9nante. Chaque peuple a le pouvoir qu\u2019il m\u00e9rite. Tant qu\u2019il y aura des peuples lunatiques, des r\u00e9gimes comme celui de Nnikon Nniku prosp\u00e9reront. Partant, le dramaturge exprime sa soif de libert\u00e9 et aussi son d\u00e9sir de voir toutes les victimes des dictatures, r\u00e9sign\u00e9es, sortir de leur torpeur pour engager le combat de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, quand la lutte est hardie, ces dirigeants se retrouvent tr\u00e8s vite d\u00e9bord\u00e9s et isol\u00e9s, leurs sbires ne leur \u00e9tant d\u2019aucun secours.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Shese (ahuri)\u00a0: Qu\u2019est-ce que tu fais l\u00e0, Mheme? (Il se retourne et voit derri\u00e8re lui le portrait en pied de Nnikon Nniku qui pend de travers. Il essaie en vain de le remettre droit.) (<em>Ibid<\/em>., p. 107.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chute devient in\u00e9vitable. Rien ne peut s\u2019opposer \u00e0 la volont\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9termination d\u2019un peuple\u00a0: \u00ab\u00a0De sinistres craquements pr\u00e9c\u00e8dent la chute fracassante du portrait en pied de Nnikon Nniku. Il y a un silence puis les drums, tambours, tam-tams \u00e9clatent.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 108.) Les objets traduisent la victoire du peuple sur Nnikon Nniku. Comme lui, tous les dictateurs chuteront lorsque leurs peuples prendront conscience de leurs forces.<\/p>\n<p>\u00c0 travers les didascalies, nous notons l\u2019engagement politique de Tchicaya U Tam\u2019si. Il condamne \u00e0 la fois les dictatures et les peuples qui les acceptent sans broncher. M\u00eame s\u2019il finit par chasser Nnikon Nniku, il n\u2019en demeure pas moins que le peuple a longtemps \u00e9t\u00e9 complice des affabulations et des errements de ce pouvoir. Malgr\u00e9 l\u2019invraisemblance des tenants du pouvoir dans l\u2019\u0153uvre, le dramaturge indique les pr\u00e9occupations quotidiennes de certains peuples. La d\u00e9nonciation du totalitarisme de Nnikon Nniku affirme l\u2019ancrage de l\u2019auteur dans les r\u00e9alit\u00e9s socio-politiques de son \u00e9poque et de sa soci\u00e9t\u00e9. Ind\u00e9niablement, son th\u00e9\u00e2tre aspire \u00e0 une vocation politique d\u2019autant plus qu\u2019il semble avoir, \u00e0 l\u2019image des partisans de ce th\u00e9\u00e2tre didactique et militant, \u00ab\u00a0puis\u00e9 dans l\u2019actualit\u00e9 les situations, les d\u00e9cors et les sujets propices \u00e0 l\u2019expression d\u2019un parti pris id\u00e9ologique et politique\u00a0\u00bb (Lioure, 1998, p. 91). En invitant le peuple \u00e0 prendre en main son destin avec sa victoire sur Nnikon Nniku, l\u2019auteur d\u00e9voile son penchant pour la d\u00e9mocratie. \u00c0 l\u2019autorit\u00e9 de quelques politiciens qui confondent pouvoir et \u00e9crasement \u2014 pouvoir dont le peuple est le v\u00e9ritable d\u00e9tenteur \u2014 il pr\u00e9f\u00e8re la dictature de celui-ci.<\/p>\n<h2>L\u2019ignoble, une dynamique ambivalente<\/h2>\n<p>La pr\u00e9sence de l\u2019ignoble dans <em>Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku Prince qu\u2019on sort<\/em> a donn\u00e9 naissance chez Tchicaya U Tam\u2019si \u00e0 ce que Georges Versini a appel\u00e9 \u00ab\u00a0le th\u00e9\u00e2tre de violence\u00a0\u00bb avec des auteurs tels Henry Bernstein, St\u00e8ve Passeur, Paul Raynal et H. R. Lenormand. Comme dans la plupart des \u0153uvres de ces auteurs, les personnages du dramaturge congolais \u00ab\u00a0sont vrais d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9diocre, sans profondeur ni po\u00e9sie\u00a0\u00bb, car \u00ab\u00a0il nous d\u00e9peint des hommes livr\u00e9s aux forces obscures de l\u2019inconscient, ob\u00e9issant \u00e0 l\u2019instinct plus qu\u2019\u00e0 la raison\u00a0\u00bb (Versini, 1970, p. 18). V\u00e9ritable pi\u00e8ce grin\u00e7ante, cette \u0153uvre se veut l\u2019expression de la d\u00e9ch\u00e9ance de l\u2019homme, marionnette des inepties de certaines contingences socio-politiques. La tristesse qui emplit cette cr\u00e9ation souligne le pessimisme de l\u2019auteur quant \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de leaders politiques africains mus par les seuls int\u00e9r\u00eats des peuples. Ce cri de d\u00e9tresse s\u2019accompagne chez lui d\u2019une r\u00e9volution dramaturgique. La complexit\u00e9 du genre de sa pi\u00e8ce laisse tout aussi perplexe que l\u2019imbroglio et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 politiques et sociales pourfendus\u00a0: <em>com\u00e9die-farce-sinistre<\/em>. N\u00e9anmoins, son pessimisme est sans d\u00e9sespoir. Les malheurs ne sont pas une fatalit\u00e9, car il existe une solution \u00e0 tout, pourvu que les uns et les autres acceptent de rechercher leur propre bien-\u00eatre. En somme, il faut refuser de chuter. Quand on chute, on tombe. Et quand on tombe, c\u2019est la tombe.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>CORVIN, Michel. 1963. <em>Le Th\u00e9\u00e2tre nouveau en France.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Que sais-je?\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: PUF, 126 p.<\/p>\n<p>DUCH\u00c2TEL, \u00c9ric. 1988. <em>Analyse litt\u00e9raire de l\u2019\u0153uvre dramatique.<\/em> Paris\u00a0: Armand Colin\/ Masson, 95 p.<\/p>\n<p>LAZARD, Madeleine. 1980. <em>Le Th\u00e9\u00e2tre en France au XVI<sup>e<\/sup> Si\u00e8cle.<\/em> Paris\u00a0: PUF, 253 p.<\/p>\n<p>LIOURE, Michel. 1998. <em>Lire le th\u00e9\u00e2tre moderne de Claudel \u00e0 Ionesco.<\/em> Paris\u00a0: Dunod, 190 p.<\/p>\n<p>OUOLOGUEM, Yambo. 1968.<em> Le Devoir de violence.<\/em> Paris\u00a0: Seuil, 206 p.<\/p>\n<p>PRUNER, Michel. 2003.<em> Les th\u00e9\u00e2tres de l\u2019absurde.<\/em> Paris\u00a0: Nathan\/VUEF, 154 p.<\/p>\n<p>U TAM\u2019SI, Tchicaya. 1979. <em>Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku Prince qu\u2019on sort.<\/em> Paris\u00a0: Pr\u00e9sence Africaine, 108 p.<\/p>\n<p>VERSINI, Georges. 1970. <em>Le Th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais depuis 1900.<\/em> Coll. \u00ab\u00a0Que sais-je\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: PUF, 126 p.<\/p>\n<p>ZAOUROU, Zadi. 2001. <em>La Guerre des femmes<\/em>, suivi de <em>La Termiti\u00e8re<\/em>. Abidjan\u00a0: NEI\/\u00c9ditions Neter, 144 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_ae10spo\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_ae10spo\">[1]<\/a> Pour l\u2019onomastique, nous avons eu recours aux d\u00e9finitions d\u2019amis congolais qui ne sont parfois pas de la m\u00eame aire linguistique que l\u2019auteur.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Kamagat\u00e9, Bassidiki. 2007. \u00abLa dramaturgie de l\u2019ignoble dans Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku Prince qu\u2019on sort de Tchicaya U Tam\u2019si\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5408\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kamagate-09_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 kamagate-09_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-1342adb2-e679-4063-a38e-a45205997864\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kamagate-09_0.pdf\">kamagate-09_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kamagate-09_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-1342adb2-e679-4063-a38e-a45205997864\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09 Dans son intention louable de faire du Noir un \u00ab\u00a0homme \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0\u00bb, la n\u00e9gritude a voulu l\u2019Afrique ant\u00e9coloniale idyllique et vertueuse. 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