{"id":5414,"date":"2024-06-13T19:48:15","date_gmt":"2024-06-13T19:48:15","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/presentation-linfect-et-lodieux\/"},"modified":"2024-09-11T00:10:17","modified_gmt":"2024-09-11T00:10:17","slug":"presentation-linfect-et-lodieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5414","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation &#8211; L&rsquo;infect et l&rsquo;odieux"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6877\">Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09<\/a><\/h5>\n<p>Dans un entretien intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La Critique du ciel\u00a0\u00bb, Philippe Muray, r\u00e9pondant \u00e0 une question sur l\u2019utilit\u00e9 de la litt\u00e9rature, \u00e9nonce qu\u2019elle ne sert qu\u2019\u00ab\u00a0\u00e0 nous d\u00e9go\u00fbter d\u2019un monde que l\u2019on n\u2019arr\u00eate pas de nous pr\u00e9senter comme d\u00e9sirable\u00a0\u00bb. Il y aurait ainsi une importance capitale, pour les \u00e9crivains, de s\u2019\u00e9lever constamment contre l\u2019oblit\u00e9ration g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, du Mal par le Bien. En reprenant ce constat, ce neuvi\u00e8me num\u00e9ro de <em>P<\/em><em>ostures<\/em> explore deux versants du Mal\u00a0: l\u2019infect et l\u2019odieux. Les auteurs des articles que nous pr\u00e9sentons cette ann\u00e9e se questionnent donc, \u00e0 travers leur analyse, sur la mani\u00e8re dont la litt\u00e9rature ou le cin\u00e9ma prennent \u00e0 leur charge les relations entre le Bien et le Mal, sur la place donn\u00e9e \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<h2>L&rsquo;abject contemporain<\/h2>\n<p>L&rsquo;article qui ouvre la revue porte sur un roman de Louis-Ferdinand C\u00e9line. M\u00eame si <em>F\u00e9erie pour une autre fois<\/em>, qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 peu apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, n&rsquo;est plus tr\u00e8s contemporain, le travail de C\u00e9line a profond\u00e9ment marqu\u00e9 les g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9crivains qui l\u2019ont suivi. L\u2019\u00e9criture c\u00e9linienne inaugure, baptise cette \u00e8re de destruction qui est la n\u00f4tre, tout en se situant continuellement \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019un discours qui se voudrait rassembleur, unificateur. Julie Boulanger montre comment C\u00e9line prend le contre-pied de l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019irrepr\u00e9sentable qui a eu cours apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, en racontant sans les masquer la douleur et la violence, mais \u00e9galement \u00ab\u00a0la jouissance et la fascination de la guerre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la guerre, l&rsquo;abjection, pr\u00e9sent\u00e9e du point de vue de l&rsquo;intime, est toujours au plus pr\u00e8s de la jouissance. Merc\u00e9d\u00e8s Baillargeon soul\u00e8ve l&rsquo;aspect organisateur de l&rsquo;abject sexu\u00e9 dans <em>Baise-Moi<\/em> de Virginie Despentes. L&rsquo;abjection, devenue moteur du r\u00e9cit, tient lieu d&rsquo;un \u00ab\u00a0f\u00e9minisme brutal\u00a0\u00bb dans ce roman qui ne fait pas la part belle \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale.<\/p>\n<p>Tchicaya U Tam\u2019si, dans sa pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre <em>Le Destin glorieux du Mar\u00e9chal Nnikon Nniku Prince qu\u2019on sort, <\/em>travaille au sein de sa dramaturgie un \u00e9rotisme rude afin de porter jusqu&rsquo;au bout sa critique de l&rsquo;ordre \u00e9tabli. La grossi\u00e8ret\u00e9 in\u00e9vitable de la langue chez U Tam&rsquo;si lib\u00e8re le langage des pouvoirs d&rsquo;autrefois. Bassidiki Kamagat\u00e9 expose la \u00ab\u00a0fr\u00e9n\u00e9sie sexuelle\u00a0\u00bb inh\u00e9rente au portrait de l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, \u00e0 la fois cru et burlesque, que construit la pi\u00e8ce.\u00a0 Cette langue qui se pr\u00e9sente de mani\u00e8re brutale ne masque rien. Elle offre de fa\u00e7on cruelle au lecteur \/ spectateur, comme chez C\u00e9line et Despentes, la r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n<p>La sobri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;odieux dans le film<em> Blue Velvet<\/em> de David Lynch se d\u00e9marque par rapport aux oeuvres \u00e9tudi\u00e9es dans cette premi\u00e8re partie de notre dossier. L&rsquo;infect pr\u00e9sent chez Lynch, m\u00eame s&rsquo;il ne s&rsquo;inscrit pas avec la m\u00eame vulgarit\u00e9 que chez Despentes ou U Tam&rsquo;si, se r\u00e9v\u00e8le au demeurant incompatible avec les canons hollywoodiens, comme nous le montre Aude Weber-Houde. Au lieu de placer son spectateur directement dans l&rsquo;horreur, le film proc\u00e8de par un renversement de la petite banlieue am\u00e9ricaine tranquille vers un d\u00e9sordre int\u00e9rieur des relations humaines. Pour Weber-Houde, cette dualit\u00e9 d\u00e9crit la \u00ab\u00a0conscience inqui\u00e8te\u00a0\u00bb qui caract\u00e9rise la position de Lynch aux prises avec la pr\u00e9pond\u00e9rance de codes dans le cin\u00e9ma \u00e9tasunien.<\/p>\n<p>Pour une deuxi\u00e8me ann\u00e9e, l&rsquo;\u00e9quipe de <em>Postures<\/em> compl\u00e8te cette publication par des comptes rendus d&rsquo;oeuvres litt\u00e9raires pertinentes avec le th\u00e8me du dossier. Dans cette perspective, Shawn Dupriez pr\u00e9sente le recueil de Bernard Lamarche-Vadel, <em>L\u2019Art, le suicide, la princesse et son agonie, <\/em>o\u00f9 le beau et la mort se lient dans une indissociable synth\u00e8se. Sous fond de guerre, le roman <em>Sniper<\/em> de Pavel Hak met en sc\u00e8ne des personnages victimes qui doivent compter sur une forte d\u00e9termination afin de vaincre la violence ambiante. \u00c0 travers les atrocit\u00e9s v\u00e9cues par les victimes, Am\u00e9lie Langlois-B\u00e9liveau d\u00e9crit la voix in\u00e9dite du tireur d\u2019\u00e9lite qui \u00e9merge pour r\u00e9fl\u00e9chir aux \u00e9v\u00e9nements et saisir le lecteur.\u00a0 Un sang noir se d\u00e9verse de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9criture de la r\u00e9sistance\u00a0\u00bb dans le roman <em>La vie et demie <\/em>de Sony Labou-Tansi. \u00c9milie Th\u00e9or\u00eat observe la correspondance du rire et du sang, en tant que trace, dans l&rsquo;horreur de plus en plus envahissante au sein de l&rsquo;univers de Labou-Tansi. Devant la m\u00e9diocrit\u00e9 de sa terre natale, Vega, le personnage principal du <em>D\u00e9go\u00fbt <\/em>de Horacio Castellanos Moya, prof\u00e8re des insultes envers ses semblables. Am\u00e9lie Paquet positionne la misanthropie de Vega dans son rapport \u00e0 la proximit\u00e9.<\/p>\n<h2>De l&rsquo;utopie \u00e0 la dystopie<\/h2>\n<p>La pr\u00e9sence du Mal dans la soci\u00e9t\u00e9 et sa possibilit\u00e9 \u2014 ou non \u2014 d\u2019annihilation sont une source importante d\u2019inspiration et de questionnement pour certains auteurs. Sylvie Germain, par exemple, \u00e9crit depuis longtemps sur les raisons de la douleur et de la souffrance humaines. La possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019existence du Bien semble mince dans un monde de guerre et de mis\u00e8re, o\u00f9 il n\u2019existe aucun signe de la pr\u00e9sence de Dieu. Dans son texte, C\u00e9line Huyghebaert explore la figure de Job telle qu\u2019elle est d\u00e9crite par Germain et qui s\u2019av\u00e8re r\u00e9currente dans son \u0153uvre.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9laboration d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale dans laquelle seraient \u00e9radiqu\u00e9es l\u2019injustice et la souffrance est l\u2019\u0153uvre d\u2019\u00e9crivains et philosophes tels Thomas More ou Louis-S\u00e9bastien Mercier. L\u2019article d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Taillefer rend compte de l\u2019\u00e9volution de l\u2019utopie comme genre litt\u00e9raire, de ses d\u00e9buts, ses questionnements, et finalement, ses \u00e9cueils\u00a0: pour faire \u00e9clore une soci\u00e9t\u00e9 meilleure pour tous, la libert\u00e9 et l\u2019aspiration au bonheur individuel sont souvent les premi\u00e8res sacrifi\u00e9es. Le d\u00e9placement progressif vers la dystopie, aux XIX<sup>e<\/sup> et XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles s\u2019op\u00e8re donc comme un miroir sombre de l\u2019utopie, et il est directement en lien avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir des diff\u00e9rents fascismes.<\/p>\n<p>L\u2019utopie et la dystopie partagent toutefois la pr\u00e9misse que la meilleure place pour vivre est toujours la communaut\u00e9, la \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb. Cette pr\u00e9misse est remise en question par ceux qui croient que la civilisation a eu un effet malsain sur l\u2019humanit\u00e9, qu\u2019elle a corrompu la nature originelle des humains. Genevi\u00e8ve Fournier-Goulet analyse deux nouvelles de Ren\u00e9 Barjavel, dans lesquelles l\u2019am\u00e9lioration du sort des \u00eatres humains ne se trouve pas dans le progr\u00e8s et la technique, mais dans un retour \u00e0 la nature, \u00e0 un \u00e9tat ant\u00e9rieur \u00e0 la civilisation.<\/p>\n<p>Dans sa critique de la nouvelle \u00ab\u00a0La Ride\u00a0\u00bb de Nelly Arcan, Gabrielle Demers nous raconte de quelle mani\u00e8re une simple ride qui s&rsquo;installe dans la vie de la narratrice provoque un grand bouleversement dans son univers auparavant tranquille. Sans constituer une utopie, la nouvelle reprend de fa\u00e7on intime le renversement qui s&rsquo;op\u00e8re dans le passage \u00e0 la dystopie.<\/p>\n<h2>Les pr\u00e9curseurs<\/h2>\n<p>L\u2019attrait des \u00e9crivains pour le Mal, pour une \u00e9criture de l\u2019infect et du d\u00e9go\u00fbt, remonte \u00e0 beaucoup plus loin que la p\u00e9riode contemporaine. Nous n\u2019aurions donc pu clore ce num\u00e9ro sans pr\u00e9senter des textes qui donnent un aper\u00e7u de quelques pr\u00e9d\u00e9cesseurs des auteurs dont le travail est analys\u00e9 dans ce num\u00e9ro. S\u00e9bastien Roldan montre les enjeux de la f\u00e9minisation, au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, de cet arch\u00e9type litt\u00e9raire qu\u2019est le vampire f\u00e9minin, \u00e0 travers des \u0153uvres de Th\u00e9ophile Gautier et de Rachilde. La transformation de cette figure mal\u00e9fique permet de remettre en question les valeurs v\u00e9hicul\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque, que ce soit le pouvoir, l\u2019influence du clerg\u00e9 chez Gautier ou encore les tentatives d\u2019\u00e9mancipation des femmes chez Rachilde.<\/p>\n<p>Finalement, Caroline Charrette analyse la figure du double dans<em> L\u2019\u00c9trange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde<\/em> de Robert Louis Stevenson. La m\u00e9tamorphose du docteur Jekyll permet d\u2019explorer la figure du double en la liant \u00e0 l\u2019abjection et \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Langlois B\u00e9liveau, Am\u00e9lie et Am\u00e9lie Paquet. 2007. \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5414\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/langlois-paquet-09.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 langlois-paquet-09.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-e6d8deec-b5d9-415c-9bcb-ec273ba1ad7e\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/langlois-paquet-09.pdf\">langlois-paquet-09<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/langlois-paquet-09.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-e6d8deec-b5d9-415c-9bcb-ec273ba1ad7e\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abL\u2019infect et l\u2019odieux\u00bb, n\u00b09 Dans un entretien intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La Critique du ciel\u00a0\u00bb, Philippe Muray, r\u00e9pondant \u00e0 une question sur l\u2019utilit\u00e9 de la litt\u00e9rature, \u00e9nonce qu\u2019elle ne sert qu\u2019\u00ab\u00a0\u00e0 nous d\u00e9go\u00fbter d\u2019un monde que l\u2019on n\u2019arr\u00eate pas de nous pr\u00e9senter comme d\u00e9sirable\u00a0\u00bb. 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