{"id":5417,"date":"2024-06-13T19:48:15","date_gmt":"2024-06-13T19:48:15","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/entre-emeutes-algeriennes-et-mille-et-une-nuits-lhistoire-en-fiction-chez-salim-bachi\/"},"modified":"2024-09-11T04:07:42","modified_gmt":"2024-09-11T04:07:42","slug":"entre-emeutes-algeriennes-et-mille-et-une-nuits-lhistoire-en-fiction-chez-salim-bachi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5417","title":{"rendered":"Entre \u00e9meutes alg\u00e9riennes et Mille et une nuits : l\u2019histoire en fiction chez Salim Bachi"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6878\">Dossier \u00abLes \u00e9critures de l\u2019Histoire\u00bb, n\u00b010<\/a><\/h5>\n<p>La conscience de l\u2019histoire joue un r\u00f4le crucial dans le parcours de plusieurs auteurs alg\u00e9riens francophones. Comme Be\u00efda Chikhi l\u2019affirme dans l\u2019essai <em>Litt\u00e9rature alg\u00e9rienne. D\u00e9sir d\u2019histoire et esth\u00e9tique<\/em>, \u00ab\u00a0c\u2019est souvent une conscience historique aiguis\u00e9e qui distingue les \u00e9crivains alg\u00e9riens de leurs voisins maghr\u00e9bins\u00a0\u00bb (Chikhi, 1997, p. 9). \u00c0 cet \u00e9gard, les romans de Salim Bachi\u00a0constituent un exemple flagrant.<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1971 \u00e0 Alger et ayant grandi dans la ville d\u2019Annaba dans l\u2019Est alg\u00e9rien, Bachi\u00a0a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment boulevers\u00e9 par les \u00e9meutes qui ont \u00e9branl\u00e9 son pays en octobre 1988, et en est ressorti effray\u00e9, puis d\u00e9senchant\u00e9. Apr\u00e8s ses \u00e9tudes universitaires en lettres, l\u2019arr\u00eat du processus \u00e9lectoral en janvier 1992, la mont\u00e9e des intol\u00e9rances et de l\u2019int\u00e9grisme ainsi que l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Boudiaf l\u2019ont particuli\u00e8rement frapp\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans la ville o\u00f9 il a grandit, \u00e0 Annaba, le 29 juin 1992, lors d\u2019une r\u00e9union avec de jeunes cadres et des chefs d\u2019entreprises, que Boudiaf a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 par l\u2019un des officiers charg\u00e9s de sa s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce ne sera cependant qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, \u00e0 Paris, dans l\u2019\u00e9loignement g\u00e9ographique et avec le recul psychologique, que Bachi\u00a0racontera ces \u00e9v\u00e9nements \u00e0 travers le filtre litt\u00e9raire dans son premier roman, <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>. Pour aller au-del\u00e0 de certains clich\u00e9s de la litt\u00e9rature du t\u00e9moignage, Bachi pr\u00e9sente une analyse impitoyable de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne des ann\u00e9es quatre-vingt-dix par le biais de la dislocation spatiale et temporelle\u00a0:\u00a0les circonstances de la nuit de l\u2019assassinat de Boudiaf sont v\u00e9cues \u00e0 rebours, le 29 juin 1996, soit exactement quatre ans apr\u00e8s, par un quatuor de personnages romanesques qui vivent leur odyss\u00e9e d\u2019une nuit dans les ruelles de la ville imaginaire de Cyrtha.<\/p>\n<p>Pour comprendre les romans de Bachi dans leur polys\u00e9mie figurative il faut toutefois avoir recours \u00e0 la notion bakhtinienne de \u00ab\u00a0chronotope\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir la relation mutuelle entre le temps et l\u2019espace\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le chronotope d\u00e9termine l\u2019unit\u00e9 artistique d\u2019une \u0153uvre litt\u00e9raire dans ses rapports avec la r\u00e9alit\u00e9. Aussi contient-il toujours un \u00e9l\u00e9ment privil\u00e9gi\u00e9, qu\u2019on ne peut isoler de l\u2019ensemble du chronotope litt\u00e9raire qu\u2019au moyen d\u2019une analyse abstraite. En art et en litt\u00e9rature, toutes les d\u00e9finitions spatiotemporelles sont ins\u00e9parables les unes des autres. (Bakhtine, 1978, p.\u00a0384.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De toute \u00e9vidence, ce concept r\u00e9pond avant tout \u00e0 une appropriation cognitive du monde, l\u2019espace et le temps \u00e9tant des dimensions subjectives qui s\u2019\u00e9tablissent entre ce qui est per\u00e7u, mesur\u00e9, v\u00e9cu, et ce qui rel\u00e8ve de l\u2019imaginaire.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la litt\u00e9rature francophone alg\u00e9rienne, la d\u00e9finition de \u00ab\u00a0chronotope\u00a0\u00bb acquiert toute son importance. Ne figurant pas comme une cat\u00e9gorie distingu\u00e9e de l\u2019espace, le temps fusionne avec ce dernier en mettant l\u2019accent sur les m\u00e9andres de la temporalit\u00e9 orientale que les auteurs visent \u00e0 reproduire dans leurs \u00e9crits. Chez Bachi, cela s\u2019exprime par une composition polyphonique qui unit des \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes dans une architecture romanesque soigneusement orchestr\u00e9e. Par ailleurs, la construction des personnages, dont la complexit\u00e9 rapproche l\u2019\u00e9criture de Bachi de celle de Kateb\u00a0Yacine, participe aussi de l\u2019enqu\u00eate \u00ab\u00a0chronotopique\u00a0\u00bb; nouveaux Ulysses, pourtant charg\u00e9s d\u2019une m\u00e9moire mythique ancestrale, Hocine dans <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em> ou Hamid Ka\u00efm dans <em>La Kah\u00e9na<\/em>, deviennent les instruments dont Bachi se sert pour remonter le temps, pour observer l\u2019espace.\u00a0 Conscient de la difficult\u00e9 de raconter son pays natal, l\u2019auteur, profond\u00e9ment li\u00e9 aux valeurs et aux principes qui s\u2019inspirent de cette r\u00e9alit\u00e9 alg\u00e9rienne, opte pour une distanciation, qui lui permet de mieux analyser cette dite r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h2>Fictionnaliser l\u2019histoire\u00a0: la ville de Cyrtha et la maison de la Kah\u00e9na<\/h2>\n<p>Tout en exploitant une temporalit\u00e9 complexe, le premier roman de l\u2019auteur se fonde, comme nous l\u2019avons vu, sur la nuit de l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Boudiaf. Le meurtre est toutefois v\u00e9cu \u00e0 rebours, dans l\u2019espace multiple et changeant de Cyrtha, ville romanesque imaginaire autant que mythique. Tous les romans de Bachi renvoient \u00e0 cet espace urbain qui, d\u2019une part, \u00e9voque une ville historique, Constantine, mais qui, d\u2019autre part, r\u00e9f\u00e8re \u00e0 toute une tradition mythologique av\u00e9r\u00e9e (on pense \u00e0 la Grande et \u00e0 la petite Sirte, \u00e0 l\u2019ile des Lotophages, mais aussi \u00e0 l\u2019\u00eele de Cyth\u00e8re \u00e9voqu\u00e9e par la sonorit\u00e9 du mot \u00ab\u00a0Cyrtha<a id=\"footnoteref1_wis9jtt\" class=\"see-footnote\" title=\"Au sujet des significations plurielles et d\u00e9routantes de la ville de \u00ab\u00a0Cyrtha\u00a0\u00bb nous renvoyons \u00e0 l\u2019\u00e9tude de Bernard Aresu, \u00ab\u00a0Arcanes alg\u00e9riens ent\u00e9s d\u2019ajours hell\u00e9niques\u00a0: Le Chien d\u2019Ulysse, de Salim Bachi\u00a0\u00bb (2004, p. 177-187).\" href=\"#footnote1_wis9jtt\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb). En cr\u00e9ant cet univers romanesque \u00e0 facettes multiples, l\u2019auteur affirme son d\u00e9sir de sortir du factuel par la construction d\u2019une ville polymorphe, qui se charge de plusieurs significations. Utilis\u00e9e comme un moyen pour passer du travail de journaliste \u00e0 l\u2019\u00e9laboration litt\u00e9raire, Cyrtha devient ainsi un lieu \u00e0 la fois historique et fictif. Elle permet \u00e0 Bachi d\u2019\u00e9crire non seulement sur l\u2019Alg\u00e9rie contemporaine, mais aussi sur les mythes fondateurs \u2013 ou destructeurs \u2013 qui ont fa\u00e7onn\u00e9 son histoire.<\/p>\n<p>La ville de Cyrtha est significative pour l\u2019auteur au point d\u2019\u00eatre \u00e9galement \u00e0 l\u2019origine de son deuxi\u00e8me roman de Bachi, <em>La Kah\u00e9na<\/em>, qui se greffe au premier telle une bouture. Ins\u00e9r\u00e9 dans le m\u00eame monde fictionnel<a id=\"footnoteref2_1eqm3cc\" class=\"see-footnote\" title=\"On pourrait effectivement parler d\u2019un cycle romanesque, qui comprend Le Chien d\u2019Ulysse, La Kah\u00e9na et Les Douzes Contes de minuit. Il n\u2019est pas anodin de remarquer que m\u00eame les ouvrages de Bachi qui n\u2019appartiennent pas directement \u00e0 ce cycle (Autoportrait avec Grenade et Tuez-les tous) citent \u00e9galement la ville fictionnelle de Cyrtha ou encore certains personnages qui la peuplent. \" href=\"#footnote2_1eqm3cc\">[2]<\/a>, peupl\u00e9 par les m\u00eames personnages que <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>, le roman <em>La Kah\u00e9na<\/em> est consacr\u00e9 \u00e0 la naissance de la ville labyrinthique de Cyrtha et \u00e0 son \u00e9volution spatio-temporelle par le biais des souvenirs des personnes qui l\u2019ont habit\u00e9e. Dans ce deuxi\u00e8me roman, Cyrtha appara\u00eet \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, s\u2019effa\u00e7ant pour laisser place \u00e0 un autre lieu narratif \u00ab\u00a0mythique\u00a0\u00bb<em>.<\/em> L\u2019\u00e9nigmatique Kah\u00e9na est une demeure myst\u00e9rieuse<a id=\"footnoteref3_yc3cdcz\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans la repr\u00e9sentation de cette r\u00e9sidence alg\u00e9rienne, on lit \u00e9videmment une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 La Grande Maison (1952) de Mohammed Dib, premier volet de la trilogie \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb que compl\u00e8teront L\u2019Incendie (1954) et Le M\u00e9tier \u00e0 tisser (1957). Chez Dib, Dar-Sbitar, la \u00ab\u00a0grande maison\u00a0\u00bb, qui avait jadis servi d\u2019h\u00f4pital, est une vaste demeure avec patio central o\u00f9 s\u2019entassent plusieurs familles. Comme la Kah\u00e9na, elle est d\u00e9positaire de l\u2019Histoire et d\u2019histoires. \" href=\"#footnote3_yc3cdcz\">[3]<\/a> b\u00e2tie par un colon maltais sur les terres d\u2019une tribu de guerriers-po\u00e8tes, les Beni Djer<em>.<\/em><\/p>\n<p>Elle fut ainsi nomm\u00e9e en l\u2019honneur de la reine rebelle des Berb\u00e8res<a id=\"footnoteref4_6k48855\" class=\"see-footnote\" title=\"Kah\u00e9na, reine des Berb\u00e8res qui f\u00e9d\u00e9ra les tribus des Aur\u00e8s face aux envahisseurs arabes, fait partie d\u2019une imagerie tr\u00e8s ancienne. Nous retrouvons ici une autre qu\u00eate mythique des sources, si ch\u00e8re \u00e0 Bachi.\" href=\"#footnote4_6k48855\">[4]<\/a>. La maison de la Kah\u00e9na semble porter l\u2019histoire de la ville de Cyrtha, voire celle de toute l\u2019Alg\u00e9rie. Espace myst\u00e9rieux o\u00f9 se croisent, pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, la Kah\u00e9na est la r\u00e9sidence que Louis Bergagna, \u00ab\u00a0colon de la derni\u00e8re averse\u00a0\u00bb, d\u00e9barqu\u00e9 en 1900 en Alg\u00e9rie apr\u00e8s avoir vu la Guyane et l\u2019Amazonie, fait b\u00e2tir \u00e0 Cyrtha apr\u00e8s avoir acquis une certaine notori\u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce au commerce du tabac et du vin. Cette imposante villa, charg\u00e9e de secrets, sera la toile de fond o\u00f9 se d\u00e9ploiera peu \u00e0 peu l\u2019histoire de l\u2019Alg\u00e9rie l\u2019\u00e9poque coloniale jusqu\u2019aux \u00e9meutes sanglantes d\u2019octobre 1988.<\/p>\n<p>Poser comme point de rep\u00e8re central du roman la construction de cet \u00e9difice n\u2019est pas un choix anodin\u00a0: ce b\u00e2timent cache un sens tr\u00e8s profond pour Louis Bergagna, qui, \u00e0 travers cette demeure, veut lancer son message de puissance \u00e0 la ville colonis\u00e9e<a id=\"footnoteref5_2j6msnl\" class=\"see-footnote\" title=\"La construction de la Kah\u00e9na invite pourtant \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur d\u2019autres significations. Comment ne pas c\u00e9der, par exemple, au charme de la complexe \u00e9quation selon la quelle l\u2019\u00e9difice \u00e9quivaut au texte que Bachi est en train de cr\u00e9er en b\u00e2tissant l\u2019histoire en m\u00eame temps que Louis Bergagna \u00e9rige sa maison? Corr\u00e9lation qui est ici palpable, d\u2019autant plus que l\u2019\u00e9loquence verbale de l\u2019auteur ressemble, de fa\u00e7on croissante dans le roman, \u00e0 une v\u00e9ritable architecture litt\u00e9raire. \" href=\"#footnote5_2j6msnl\">[5]<\/a>. La Kah\u00e9na semble ainsi participer de l\u2019histoire encore plus que les personnages qu\u2019elle abrite, et finit par \u00eatre l\u2019objet d\u2019une prosopop\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0La maison, comme surmont\u00e9e d\u2019une perruque, \u00e9tait vivante\u00a0: un visage, la fa\u00e7ade; une crini\u00e8re touffue, le jardin suspendu qui balan\u00e7ait ses \u00e9pis.\u00a0\u00bb (Bachi, 2003, p.\u00a064.)<\/p>\n<p>Par le biais de cette personnification, Bachi\u00a0compl\u00e8te ainsi le tableau de l\u2019histoire r\u00e9cente de l\u2019Alg\u00e9rie. <em>La Kah\u00e9na<\/em> raconte la p\u00e9riode du colonialisme, puis celle de l\u2019ind\u00e9pendance, sans oublier la prise du pouvoir par Ben Bella en 1962, le coup d\u2019\u00c9tat de Boum\u00e9di\u00e8ne en 1965, la mont\u00e9e du Front Islamique du Salut (FIS) et le d\u00e9part forc\u00e9 de Chadli en janvier 1992. La trame narrative rend compte des diff\u00e9rentes \u00e9tapes de cette \u00e9poque charni\u00e8re, en manipulant les espaces spatiotemporels gr\u00e2ce au <em>flash-back<\/em> et \u00e0 l\u2019anticipation.<\/p>\n<p>De toute \u00e9vidence, l\u2019histoire fait ici l\u2019objet d\u2019un v\u00e9ritable travail de fictionnalisation. D\u00e8s l\u2019incipit, <em>La Kah\u00e9na<\/em> prend les allures d\u2019un conte merveilleux o\u00f9 les r\u00e9f\u00e9rences aux <em>Mille et une nuits<\/em> se r\u00e9verb\u00e8rent. \u00c9labor\u00e9 \u00e0 partir de la structure des l\u00e9gendes mythiques de Sh\u00e9h\u00e9razade et de leurs constructions embo\u00eet\u00e9es, le roman de Bachi se construit ici en trois nuits. Ainsi, <em>La Kah\u00e9na <\/em>est compos\u00e9e d\u2019un ensemble de r\u00e9cits o\u00f9 l\u2019appel du merveilleux, de la sensualit\u00e9 et de l\u2019aventure se fait entendre gr\u00e2ce aux sorci\u00e8res, aux cavaliers arabes aux cous coup\u00e9s, aux cartomanciennes, aux g\u00e9nies, aux f\u00e9es et au Beni Djer, ce peuple mythique et myst\u00e9rieux qui occupait la ville de Cyrtha avant la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie. Par ailleurs, les savoirs de Sh\u00e9h\u00e9razade semblent appartenir de droit \u00e0 Hamid Ka\u00efm, personnage du premier roman de Bachi, <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>, qui revient dans le deuxi\u00e8me, <em>La Kah\u00e9na<\/em>, pour y jouer un r\u00f4le de narrateur. Conteur talentueux, sorte de Sh\u00e9h\u00e9razade au masculin, Hamid Ka\u00efm \u00e9tale devant son amante, pendant trois nuits, les histoires l\u00e9gendaires qui ont hant\u00e9 la vieille villa de ses parents.<\/p>\n<p>Ainsi, la maison de la Kah\u00e9na se fait d\u00e9positaire d\u2019un double espace\u00a0: celui de l\u2019Alg\u00e9rie r\u00e9elle, qui d\u00e9file \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de ses fen\u00eatres,\u00a0et celui de l\u2019Alg\u00e9rie romanesque, qui trouve place \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses salles. Dans cet entrelacs m\u00e9tafictionnel, le temps aussi est transform\u00e9\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a le temps pr\u00e9sent, palpable, parfois violent, de l\u2019histoire alg\u00e9rienne; de l\u2019autre, le temps flou et ind\u00e9fini des r\u00eaves de Hamid Ka\u00efm, qui raconte <em>son<\/em> Alg\u00e9rie en ayant recours \u00e0 la savoureuse magie des contes des <em>Mille et une nuits<\/em>.<\/p>\n<p>Pendant qu\u2019il raconte \u00e0 son amante l\u2019histoire de la Kah\u00e9na, Hamid Ka\u00efm est d\u00e9crit comme un mage, un djinn qui \u00e9merge de sa lampe, une odalisque alanguie sur son lit qui \u00e9coute sa propre voix s\u2019\u00e9lever pour ensuite se perdre telle une volute de fum\u00e9e. (<em>Ibid.<\/em>, p. 21, p. 30, p. 98.) De nombreuses descriptions de Ka\u00efm sont par ailleurs d\u00e9clin\u00e9es au f\u00e9minin, comme si Bachi voulait continuellement \u00e9voquer une figure <em>in absentia<\/em>, celle de Sh\u00e9h\u00e9razade, en tra\u00e7ant en m\u00eame temps un lien entre la f\u00e9minit\u00e9 et l\u2019art de raconter, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un pouvoir dont les femmes \u00e9taient prioritairement d\u00e9positaires<a id=\"footnoteref6_386sbl7\" class=\"see-footnote\" title=\"D\u2019apr\u00e8s Malek Chebel, la narration au f\u00e9minin serait aussi \u00e0 m\u00eame de cr\u00e9er un r\u00e9cit non conflictuel, situ\u00e9 hors du temps. (Chebel, 2002, p. 51.) \" href=\"#footnote6_386sbl7\">[6]<\/a>. On assiste alors \u00e0 un v\u00e9ritable renversement des r\u00f4les, qui fait dire \u00e0 la ma\u00eetresse de Ka\u00efm\u00a0: \u00ab\u00a0N\u2019\u00e9tait-il pas capable de tous les subterfuges pour me retenir dans ses rets? Il me faisait l\u2019effet d\u2019une Sch\u00e9h\u00e9razade de pacotille, et moi, femme, je devenais son roi, son amante au bras suspendu.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 98.)<\/p>\n<p>En v\u00e9ritable conteur mod\u00e8le, Hamid Ka\u00efm fait aussi appel \u00e0 la curiosit\u00e9 de l\u2019auditoire; il sait d\u00e9ployer son r\u00e9cit en m\u00ealant fiction et r\u00e9alit\u00e9, en d\u00e9clenchant le jeu des prolepses et des analepses, stimulant ainsi l\u2019int\u00e9r\u00eat de son public, \u00e0 savoir son amante, \u00e0 son tour narratrice du roman. Comme elle le souligne\u00a0: \u00ab\u00a0Une magie ancienne permettait \u00e0 Hamid Ka\u00efm de conjurer la mis\u00e8re. Il avait beau malmener la r\u00e9alit\u00e9, alt\u00e9rer les faits, ne respecter aucune chronologie, je ne pouvais me soustraire \u00e0 son \u00e9trange pouvoir.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 30.) Ce passage souligne le pouvoir du conteur qui, comme Sh\u00e9h\u00e9razade, sait tenir en haleine son auditoire en conjurant les t\u00e9n\u00e8bres, la mort, le \u00ab\u00a0sabre tendu au-dessus de sa t\u00eate\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 98). Ce pouvoir, qualifi\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9trange\u00a0\u00bb, ne peut \u00eatre vaincu. M\u00eame si l\u2019amante de Hamid Ka\u00efm sait que les r\u00e9cits de Ka\u00efm ne correspondent pas toujours \u00e0 des faits r\u00e9els, elle ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019y croire en succombant au charme de cette \u00ab\u00a0Sh\u00e9h\u00e9razade de pacotille\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Cherchait-il \u00e0 creuser entre les faits, tels qu\u2019il les rapportait, et la r\u00e9alit\u00e9, telle qu\u2019elle dut se manifester dans sa cruelle v\u00e9rit\u00e9, un ab\u00eeme de nonchalance et de retenue, non pas ce frein impos\u00e9 par les convenances, l\u2019homme s\u2019en moquait, mais cette marge instaur\u00e9e par l\u2019impr\u00e9cision, le d\u00e9sir de complaire, l\u2019\u00e9tonnante volont\u00e9 du conteur qui, assur\u00e9 de tenir son public, cherchait \u00e0 s\u2019en amuser, l\u2019attirant dans ses rets, l\u2019aga\u00e7ant comme un enfant agace un insecte, lui arrachant les ailes pour l\u2019emp\u00eacher de voler? (<em>Ibid.<\/em>, p. 98)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dessin\u00e9es en filigrane, les occurrences des termes \u00ab\u00a0r\u00eave\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u00e9gende\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0merveille\u00a0\u00bb au cours du r\u00e9cit des trois nuits dans <em>La Kah\u00e9na<\/em>\u00a0sont consid\u00e9rables et ne font que souligner une fois de plus l\u2019influence des contes de Sh\u00e9h\u00e9razade sur l\u2019auteur m\u00eame si, dans le chaos bouleversant du monde arabe contemporain esquiss\u00e9 par Bachi, il ne s\u2019agit plus que d\u2019un souvenir lointain, voire d\u2019un r\u00eave. La narratrice de <em>La<\/em> <em>Kah\u00e9na<\/em> poursuit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il r\u00eavait, je crois, port\u00e9 par sa propension \u00e0 enrober la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un voile propice au s\u00e9jour de la parole. Le mythe prenait naissance dans sa bouche. Et les titans \u00e0 cheval, qu\u2019il parait de toutes les vertus, auraient pu tout aussi bien na\u00eetre de ses dents plant\u00e9es dans le r\u00eave.\u00a0 <em>(Ibid.,<\/em> p. 53.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est aussi int\u00e9ressant de noter que le narrateur <em>La Kah\u00e9na<\/em> est, en quelque sorte, \u00ab\u00a0f\u00e9minis\u00e9\u00a0\u00bb par sa capacit\u00e9 \u00e0 raconter, et que l\u2019auditrice de son histoire \u2013 \u00e0 son tour narratrice dans le roman \u2013 est elle aussi une femme. En fait, dans le deuxi\u00e8me roman de Bachi, tout commence et s\u2019ach\u00e8ve avec un personnage f\u00e9minin, comme l\u2019explique l\u2019\u00e9crivain\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Sh\u00e9h\u00e9razade dans <em>La Kah\u00e9na<\/em> est celle qui sauve le monde de l\u2019oubli et donc de la mort. Elle est la parole qui fait surgir les spectres qui peuplent les recoins de la grande maison alg\u00e9rienne. J\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 faire du lecteur une femme, une Sh\u00e9h\u00e9razade en puissance. Cela m\u2019amusait de f\u00e9miniser le monde. C\u2019est peut-\u00eatre cela le plus important chez elle\u00a0: elle f\u00e9minise le monde. Elle le civilise par la parole. C\u2019est la victoire du verbe sur le glaive. (Vitali, 2006b, p. 366-372.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0f\u00e9minisation du monde\u00a0\u00bb est d\u2019autant plus int\u00e9ressante qu\u2019elle r\u00e9pond \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab\u00a0civiliser par la parole\u00a0\u00bb, comme si la complexit\u00e9 historique de l\u2019espace alg\u00e9rien ne pouvait \u00eatre expliqu\u00e9e que par les mots d\u2019un conteur, voire par la voix litt\u00e9raire. Qui plus est, en choisissant d\u2019appliquer une strat\u00e9gie d\u2019embrouillement des pistes temporelles et spatiales, l\u2019auteur tente de mettre en actes la description d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui fait de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 le caract\u00e8re pr\u00e9dominant du texte. Par ailleurs, l\u2019exceptionnelle mosa\u00efque de langues et de cultures que l\u2019Alg\u00e9rie a (re)produite et continue de (re)produire a sans doute influenc\u00e9 l\u2019auteur dans son travail cr\u00e9atif. La rencontre mythique entre l\u2019Orient et l\u2019Occident repose toutefois sur des jalons et des points de rep\u00e8re bien pr\u00e9cis. Espace multiple, le contexte litt\u00e9raire alg\u00e9rien est \u00e9maill\u00e9 par des r\u00e9f\u00e9rences culturelles et historiques incontournables qui reviennent, de fil en aiguille, dans le discours litt\u00e9raire, comme cet extrait sur la construction de la ville de Cyrtha le d\u00e9montre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] les rues de Cyrtha tant de fois arpent\u00e9es, tant de fois perdues et retrouv\u00e9es o\u00f9 le temps lui-m\u00eame se mordait la queue et se jouait des tours, o\u00f9 les si\u00e8cles se t\u00e9lescopaient, permettant ainsi aux Romains de croiser les Numides, aux Arabes de frayer avec les Francs, o\u00f9 le Croissant et la Croix se confondaient et formaient une singuli\u00e8re g\u00e9om\u00e9trie, un signe cabalistique dont les branches et la semi-circularit\u00e9 reproduisaient avec une fid\u00e9lit\u00e9 effrayante le plan de la ville dress\u00e9e sur l\u2019\u00e9cume et la roche, pont jet\u00e9 entre deux univers inconciliables, et pourtant r\u00e9concili\u00e9s. (Bachi, 2001, p. 90.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cet alliage d\u2019\u00e9poques, de cultures et de mythes, nous avons d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 l\u2019importance des <em>Mille et une nuits<\/em>, influence aussi bien culturelle que litt\u00e9raire et renvoi symbolique vers un ailleurs mythique atemporel. De toute \u00e9vidence, Bachi traverse les \u00e9tapes d\u2019un parcours qui d\u00e9bute avec les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els des massacres et des \u00e9meutes de l\u2019Alg\u00e9rie des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, en entrecroisant celui-ci avec l\u2019Orient r\u00eav\u00e9 des <em>Mille et une nuits<\/em>, pour ainsi mieux d\u00e9pouiller ces \u00e9pisodes r\u00e9cents de leur caract\u00e8re purement factuel.<\/p>\n<p>En \u00e9voquant la figure de la Sultane des Aubes, Bachi poursuit un discours jadis amorc\u00e9 par d\u2019autres \u00e9crivains maghr\u00e9bins, notamment Assia Djebar, Le\u00efla Sebbar, ou encore Abdelk\u00e9bir Khatibi,\u00a0qui pla\u00e7ait la conteuse des <em>Mille et unes nuits<\/em> \u00e0 un \u00ab\u00a0niveau hautement th\u00e9orique\u00a0\u00bb, comme \u00ab\u00a0th\u00e9orie de r\u00e9cits\u00a0\u00bb (Khatibi, 1988, p. 19). C\u2019est sans aucun doute en ce sens que Salim Bachi\u00a0entend exploiter la figure de la conteuse, qui devient \u00ab\u00a0l\u2019enchantement de la parole. La construction merveilleuse de l\u2019univers et du texte. L\u2019ench\u00e2ssement des contes jusqu\u2019au vertige<em>.<\/em>\u00a0\u00bb (Vitali, 2006b, p. 366-372.)<\/p>\n<h2>\u00c9largir l\u2019enqu\u00eate \u00ab\u00a0chronotopique\u00a0\u00bb\u00a0: Cyrtha-Grenade, aller-retour<\/h2>\n<p>Dans le troisi\u00e8me ouvrage de Bachi, <em>Autoportrait avec Grenade<\/em>, la ville de Cyrtha, lieu d\u00e9positaire des valeurs symboliques, demeure un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9flexion prolifique qui continue \u00e0 exercer son charme m\u00eame si le roman se d\u00e9tache de la probl\u00e9matique alg\u00e9rienne<a id=\"footnoteref7_5o9rq2t\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans un entretien paru dans Le Nouvel Observateur, Bachi\u00a0a soulign\u00e9 qu\u2019il lui serait impossible de traiter de la condition d\u2019un pays \u00ab\u00a0tellurique\u00a0\u00bb comme l\u2019Alg\u00e9rie sans y vivre\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a fait quatre ans que je suis en France, et je me sens b\u00e9n\u00e9ficiaire d\u2019une situation dont mes amis ne peuvent profiter. Dans mon livre [Le Chien d\u2019Ulysse], je parle de l'ann\u00e9e 1996, parce que je vivais encore l\u00e0-bas, mais je me sentirais coupable de parler de l'Alg\u00e9rie actuelle dans ma situation. En plus, je me m\u00e9fie de la parole des Alg\u00e9riens en France, qui est souvent d\u00e9voy\u00e9e, et sert des b\u00e9n\u00e9fices personnels.\u00a0\u00bb (Jacob, 2001, p. 100.) \" href=\"#footnote7_5o9rq2t\">[7]<\/a>. Ce roman-confession aux allures fonci\u00e8rement m\u00e9tafictionnelles se pr\u00e9sente en \u00e9tonnant autoportrait sur le fond d\u2019une ville, Grenade, o\u00f9 l\u2019Orient et l\u2019Occident se confrontent pour donner naissance \u00e0 un espace original. Dans <em>Autoportrait avec Grenade<\/em>, Bachi semble abandonner les images multiples de Cyrtha, qui avaient hant\u00e9 ses romans pr\u00e9c\u00e9dents, pour se pencher sur lui-m\u00eame, sur les m\u00e9andres labyrinthiques de son inconscient d\u2019\u00e9crivain, et pour mieux d\u00e9finir les th\u00e8mes et les motifs qui ont ponctu\u00e9 toute son \u0153uvre. Surgie dans l\u2019isthme de \u00ab\u00a0l\u2019entre-deux\u00a0\u00bb cultures, avec une histoire qui m\u00eale l\u2019Orient et l\u2019Occident, et pourtant situ\u00e9e dans un espace \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb, en dehors de la France et de l\u2019Alg\u00e9rie, Grenade offre \u00e0 Bachi un lieu propice \u00e0 la r\u00e9flexion. C\u2019est le narrateur d\u2019<em>Autoportrait avec Grenade<\/em>, qui porte le nom de Salim Bachi, qui nous l\u2019avoue\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Face \u00e0 Sacromonte, Grenade m\u2019apparut dans toute sa splendeur. Quelques instants o\u00f9 tout me parut en harmonie\u00a0: le ciel et la vall\u00e9e s\u2019\u00e9pousaient sous le regard bienveillant de la forteresse arabe. Je ressentis une joie intense mais n\u00e9anmoins paisible. Toutes mes angoisses se diluaient dans l\u2019espace o\u00f9, entre les pentes grises et mauves, s\u2019accrochaient des figuiers de barbarie. Les jours s\u2019effa\u00e7aient, regagnaient une zone d\u2019ombre, bien \u00e9loign\u00e9e de moi. La vie v\u00e9cue, me semblait-il, appartenait \u00e0 une autre personne. Comme j\u2019aurais aim\u00e9 na\u00eetre ici! (Bachi, 2004, p. 172.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame dans ce roman qui se d\u00e9tache des autres, nombreuses sont les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Cyrtha, r\u00e9apparaissant sous forme de souvenirs li\u00e9s \u00e0 l\u2019enfance du narrateur, dont le soubassement se fait entendre de temps \u00e0 autre, en filigrane, jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre rendu explicite par un parall\u00e8le Grenade-Cyrtha\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir r\u00eav\u00e9 cette ville avant de la conna\u00eetre. Se peut-il que mes descriptions de Cyrtha, avec ses collines reli\u00e9es par un port, aient \u00e9t\u00e9 des pr\u00e9figurations de cette cit\u00e9 que je d\u00e9couvre en marchant?\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a019.)<\/p>\n<p>Dans <em>Autoportrait avec Grenade<\/em>, par le biais du personnage de Hamid Ka\u00efm, qui r\u00e9appara\u00eet ici dans un jeu m\u00e9tatextuel tr\u00e8s pouss\u00e9 en un double fictionnel du narrateur, Bachi\u00a0nous dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je trouve l\u2019Albaicin semblable \u00e0 certains de nos villages.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a080). En effet, la description de Cyrtha dans <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em> pr\u00e9sente plusieurs points communs avec celle de Grenade dans <em>Autoportrait avec Grenade<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Plusieurs ponts<\/em> relient les ravins entre eux, tissant une toile infinie sur les habitants du <em>Rocher<\/em>, captifs, emmur\u00e9s dans le d\u00e9dale de ses rues, enfouis dans les entrailles de ses venelles. (Bachi<em>.<\/em>, 2001, p. 14.) <a id=\"footnoteref8_u5jpedm\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous soulignons. \" href=\"#footnote8_u5jpedm\">[8]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p><em>Plusieurs ponts<\/em> de pierre, d\u2019un m\u00e8tre cinquante de large et de deux \u00e0 trois m\u00e8tres de long, arriment Grenade au <em>rocher<\/em> o\u00f9 se dressent le palais nasride et ses fortifications. (Bachi, 2004, p. 24.) <a id=\"footnoteref9_c8h4hcg\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous soulignons. \" href=\"#footnote9_c8h4hcg\">[9]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par la pr\u00e9sence de r\u00e9f\u00e9rences ponctuelles qui sont autant de points d\u2019ancrage mim\u00e9tiques, on constate dans ce deuxi\u00e8me passage une volont\u00e9 de pr\u00e9cision g\u00e9ographique, presque didactique, absente dans le premier. La raison est qu\u2019<em>Autoportrait avec Grenade<\/em> se veut, selon le dessein de l\u2019\u00e9diteur Christian Giudicelli, un r\u00e9cit d\u2019impressions de voyage, une sorte de roman-guide touristique, ins\u00e9r\u00e9 dans une collection au nom \u00e9vocateur et transparent\u00a0: \u00ab\u00a0La fantaisie du voyageur\u00a0\u00bb. Gage de vraisemblance et d\u2019authenticit\u00e9, la pr\u00e9cision descriptive de la dimension des ponts, de leurs mat\u00e9riaux de construction, ainsi que les r\u00e9f\u00e9rences g\u00e9ographiques et historiques au palais nasride, t\u00e9moignent d\u2019une volont\u00e9 explicative absente dans <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>, o\u00f9 la ville de Cyrtha \u00e9tait b\u00e2tie d\u2019une mati\u00e8re onirique, mouvante et floue au point de se transformer de page en page\u00a0: \u00ab\u00a0Et Cyrtha me semblait lointaine, \u00e0 l\u2019image d\u2019un songe dont la tonalit\u00e9 particuli\u00e8re se serait perdue, effac\u00e9e par le temps, emport\u00e9e par la brise.\u00a0\u00bb (Bachi, 2001, p. 238).<\/p>\n<p>Encore une fois, espace et temps s\u2019estompent dans le flux de conscience des protagonistes. Au cours du <em>Chien d\u2019Ulysse<\/em>, Cyrtha devient chim\u00e9rique et irr\u00e9elle, atopique et utopique, \u00e0 un point tel que l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle soit invent\u00e9e par les personnages qui peuplent le roman\u00a0\u2013 notamment Hamid Ka\u00efm et Hocine \u2013 prend de plus en plus de l\u2019importance :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Les remparts s\u2019\u00e9croulaient. Les pierres mill\u00e9naires se descellaient et glissaient dans la mer en projetant des trombes, blanches, irr\u00e9elles. Cyrtha <em>b\u00e2tie de mes mains<\/em>, sortie de ma cervelle, me fuyait et mourait sous les coups r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Les rues pav\u00e9es d\u00e9sertaient ma cervelle. Les enfants se noyaient. Leurs cris peuplaient mes entrailles, ouvertes. Tout chutait, signes sur le sable, sous le vent. (<em>Ibid.<\/em>, p. 130.) <a id=\"footnoteref10_2prtnmc\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous soulignons. \" href=\"#footnote10_2prtnmc\">[10]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] deux hypoth\u00e8ses s\u2019opposaient dans mon esprit. La premi\u00e8re, <em>l\u2019invention<\/em> pure et simple, au mieux le cauchemar, au pire le d\u00e9lire. La seconde, la v\u00e9rit\u00e9 stricte, parfaite, m\u00e9dit\u00e9e, et accomplie, dont nous \u00e9tions les rouages infimes, les particules lib\u00e9r\u00e9es par un champ magn\u00e9tique, une fission atomique. (<em>Ibid..<\/em>, p. 157.) <a id=\"footnoteref11_py9jd82\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous soulignons. \" href=\"#footnote11_py9jd82\">[11]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 observer que, chez Bachi, la repr\u00e9sentation \u00e9clat\u00e9e de l\u2019histoire dans l\u2019\u00e9laboration de l\u2019univers fictionnel de Cyrtha, l\u2019\u00e9volution des personnages et leur arr\u00eat dans certains lieux, qui figurent souvent comme autant d\u2019\u00e9tapes initiatiques d\u2019un rite perdu ou d\u2019un mythe \u00e0 retrouver, font basculer l\u2019espace-temps d\u2019un statut d\u2019entit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 celui de construction mentale susceptible d\u2019influencer, voire de fonder, la structure du texte litt\u00e9raire. La reprise de cet univers polymorphe dans les ouvrages les plus r\u00e9cents de l\u2019auteur, comme le recueil <em>Les Douze Contes de minuit<\/em> (2007), montre bien que l\u2019auteur continue d\u2019\u00eatre hant\u00e9 par le \u00ab\u00a0chronotope\u00a0\u00bb alg\u00e9rien qu\u2019incarne la ville de Cyrtha.<\/p>\n<p>\u00c0 travers les destins de ses personnages, Bachi cr\u00e9e donc un univers romanesque oscillant entre histoire et fiction, tout en d\u00e9passant la litt\u00e9rature de t\u00e9moignage. \u00c0 ce sujet, l\u2019auteur lui-m\u00eame l\u2019a affirm\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis pas un \u00e9crivain-t\u00e9moin au sens traditionnel du terme. Je pense avoir d\u00e9crit l\u2019esprit plus que la lettre d\u2019une \u00e9poque.\u00a0\u00bb (Temlali, consult\u00e9 le 12 f\u00e9vrier 2008.) En tressant de fa\u00e7on magistrale r\u00e9alit\u00e9 et mythes, textes et m\u00e9tatextes, rep\u00e8res historiques et inventions romanesques, l\u2019\u0153uvre polyphonique de Bachi aura atteint son but\u00a0: non seulement celui de dire l\u2019Alg\u00e9rie dans sa complexit\u00e9 historique, mais surtout celui de brosser le portrait spirituel d\u2019un pays.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><strong>\u0152uvres de Salim Bachi<\/strong><\/h3>\n<p>BACHI, Salim. 2001. <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Blanche\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Gallimard,\u00a0272\u00a0p.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;. 2003. <em>La Kah\u00e9na<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Blanche\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Gallimard, 312\u00a0p.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;. 2004. <em>Autoportrait avec Grenade<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Rocher, 2004.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;. 2007. <em>Les Douze Contes de minuit<\/em>, Coll. \u00ab\u00a0Blanche\u00a0\u00bb. Paris, Gallimard, 192\u00a0p.<\/p>\n<h3><strong>Essais critiques et entrevues avec Salim Bachi<\/strong><\/h3>\n<p>ARESU, Bernard. 2004. \u00ab\u00a0Arcanes alg\u00e9riens ent\u00e9s d\u2019ajours hell\u00e9niques\u00a0: <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>, de Salim Bachi\u00a0\u00bb. Charles Bonn\u00a0(dir.). <em>\u00c9changes et mutations des mod\u00e8les litt\u00e9raires entre Europe et Alg\u00e9rie<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, p.\u00a0177-187.<\/p>\n<p>JACOB, Didier. 2001. \u00ab\u00a0Je ne crois plus en l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb, \u00a0<em>Le Nouvel Observateur<\/em>, 25 janvier 2001, p. 100.<\/p>\n<p>BAKHTINE, Mikha\u00efl. 1978. <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard,\u00a0488\u00a0p.<\/p>\n<p>CHEBEL, Malek. 2002. <em>Psychanalyse des <\/em>Mille et une nuits. Paris\u00a0: Payot &amp; Rivages,\u00a0407\u00a0p.<\/p>\n<p>CHIKHI, Be\u00efda. 1997. <em>Litt\u00e9rature alg\u00e9rienne. D\u00e9sir d\u2019histoire et esth\u00e9tique<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan,\u00a0233\u00a0p.<\/p>\n<p>GAUVIN, Lise. 1997. <em>L\u2019\u00c9crivain francophone \u00e0 la crois\u00e9e des langues. <\/em>Paris\u00a0: Karthala,\u00a0182 p.<\/p>\n<p>KHATIBI, Abdelk\u00e9bir, 1988. <em>Ombres japonaises<\/em>, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de <em>Nuits blanches<\/em>. Montpellier\u00a0: Fata Morgana, 70 p.<\/p>\n<p>MATHIEU-JOB, Martine. 2004. \u00ab\u00a0Renaissance de la trag\u00e9die\u00a0: <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em> de Salim Bachi\u00a0\u00bb. <em>L\u2019Entredire francophone<\/em>. Bordeaux\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux, p. 335-360.<\/p>\n<p>TEMLALI, Yassin. 2007. Consult\u00e9 le 12 f\u00e9vrier 2008.\u00a0 \u00ab Je suis un romancier pas un t\u00e9moin \u00bb, <a href=\"http:\/\/dzlit.free.fr\/sbachi.html\">http:\/\/dzlit.free.fr\/sbachi.html<\/a>.<\/p>\n<p>VITALI, Ilaria. 2006a. \u00ab\u00a0Autoritratto tra Oriente e Occidente. Il caso di Salim Bachi\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Trasparenze<\/em>, no.\u00a026, p. 11-31.<\/p>\n<p>VITALI, Ilaria. 2006b. \u00ab\u00a0Si Sh\u00e9h\u00e9razade ne s\u2019arr\u00eate jamais\u00a0\u00bb. In \u00ab\u00a0Entre les mille et une nuits et Internet. La concurrence des genres et de discours dans la nouvelle litt\u00e9rature alg\u00e9rienne de langue fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Th\u00e8se de doctorat \u00e0 para\u00eetre, Bologne et Paris, Universit\u00e9 de Bologne et Universit\u00e9 Sorbonne-Paris IV, p.\u00a0366-372.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_wis9jtt\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_wis9jtt\">[1]<\/a> Au sujet des significations plurielles et d\u00e9routantes de la ville de \u00ab\u00a0Cyrtha\u00a0\u00bb nous renvoyons \u00e0 l\u2019\u00e9tude de Bernard Aresu, \u00ab\u00a0Arcanes alg\u00e9riens ent\u00e9s d\u2019ajours hell\u00e9niques\u00a0: <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>, de Salim Bachi\u00a0\u00bb (2004, p. 177-187).<\/p>\n<p id=\"footnote2_1eqm3cc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_1eqm3cc\">[2]<\/a> On pourrait effectivement parler d\u2019un cycle romanesque, qui comprend <em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>, <em>La Kah\u00e9na <\/em>et <em>Les Douzes Contes de minuit. <\/em>Il n\u2019est pas anodin de remarquer que m\u00eame les ouvrages de Bachi qui n\u2019appartiennent pas directement \u00e0 ce cycle (<em>Autoportrait avec Grenade <\/em>et <em>Tuez-les tous<\/em>) citent \u00e9galement la ville fictionnelle de Cyrtha ou encore certains personnages qui la peuplent.<\/p>\n<p id=\"footnote3_yc3cdcz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_yc3cdcz\">[3]<\/a> Dans la repr\u00e9sentation de cette r\u00e9sidence alg\u00e9rienne, on lit \u00e9videmment une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>La Grande Maison<\/em> (1952) de Mohammed Dib, premier volet de la trilogie \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb que compl\u00e8teront <em>L\u2019Incendie<\/em> (1954) et <em>Le<\/em> <em>M\u00e9tier \u00e0 tisser<\/em> (1957). Chez Dib, Dar-Sbitar, la \u00ab\u00a0grande maison\u00a0\u00bb, qui avait jadis servi d\u2019h\u00f4pital, est une vaste demeure avec patio central o\u00f9 s\u2019entassent plusieurs familles. Comme la Kah\u00e9na, elle est d\u00e9positaire de l\u2019Histoire et d\u2019histoires.<\/p>\n<p id=\"footnote4_6k48855\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_6k48855\">[4]<\/a> Kah\u00e9na, reine des Berb\u00e8res qui f\u00e9d\u00e9ra les tribus des Aur\u00e8s face aux envahisseurs arabes, fait partie d\u2019une imagerie tr\u00e8s ancienne. Nous retrouvons ici une autre qu\u00eate mythique des sources, si ch\u00e8re \u00e0 Bachi.<\/p>\n<p id=\"footnote5_2j6msnl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_2j6msnl\">[5]<\/a> La construction de la Kah\u00e9na invite pourtant \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur d\u2019autres significations. Comment ne pas c\u00e9der, par exemple, au charme de la complexe \u00e9quation selon la quelle l\u2019\u00e9difice \u00e9quivaut au texte que Bachi est en train de cr\u00e9er en b\u00e2tissant l\u2019histoire en m\u00eame temps que Louis Bergagna \u00e9rige sa maison? Corr\u00e9lation qui est ici palpable, d\u2019autant plus que l\u2019\u00e9loquence verbale de l\u2019auteur ressemble, de fa\u00e7on croissante dans le roman, \u00e0 une v\u00e9ritable architecture litt\u00e9raire.<\/p>\n<p id=\"footnote6_386sbl7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_386sbl7\">[6]<\/a> D\u2019apr\u00e8s Malek Chebel, la narration au f\u00e9minin serait aussi \u00e0 m\u00eame de cr\u00e9er un r\u00e9cit non conflictuel, situ\u00e9 hors du temps. (Chebel, 2002, p. 51.)<\/p>\n<p id=\"footnote7_5o9rq2t\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_5o9rq2t\">[7]<\/a> Dans un entretien paru dans <em>Le Nouvel Observateur<\/em>, Bachi\u00a0a soulign\u00e9 qu\u2019il lui serait impossible de traiter de la condition d\u2019un pays \u00ab\u00a0tellurique\u00a0\u00bb comme l\u2019Alg\u00e9rie sans y vivre\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a fait quatre ans que je suis en France, et je me sens b\u00e9n\u00e9ficiaire d\u2019une situation dont mes amis ne peuvent profiter. Dans mon livre [<em>Le Chien d\u2019Ulysse<\/em>], je parle de l&rsquo;ann\u00e9e 1996, parce que je vivais encore l\u00e0-bas, mais je me sentirais coupable de parler de l&rsquo;Alg\u00e9rie actuelle dans ma situation. En plus, je me m\u00e9fie de la parole des Alg\u00e9riens en France, qui est souvent d\u00e9voy\u00e9e, et sert des b\u00e9n\u00e9fices personnels.\u00a0\u00bb (Jacob, 2001, p. 100.)<\/p>\n<p id=\"footnote8_u5jpedm\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_u5jpedm\">[8]<\/a> Nous soulignons.<\/p>\n<p id=\"footnote9_c8h4hcg\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_c8h4hcg\">[9]<\/a> Nous soulignons.<\/p>\n<p id=\"footnote10_2prtnmc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_2prtnmc\">[10]<\/a> Nous soulignons.<\/p>\n<p id=\"footnote11_py9jd82\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_py9jd82\">[11]<\/a> Nous soulignons.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Vitali, Ilaria. 2008. \u00abEntre \u00e9meutes alg\u00e9riennes et Mille et une nuits : l\u2019histoire en fiction chez Salim Bachi\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00abLes \u00e9critures de l\u2019Histoire\u00bb, n\u00b010, En ligne,https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5417\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vitali-10.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 vitali-10.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4d2a589c-a5f2-4e0b-9ec9-b3f8e22b0027\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vitali-10.pdf\">vitali-10<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vitali-10.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4d2a589c-a5f2-4e0b-9ec9-b3f8e22b0027\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abLes \u00e9critures de l\u2019Histoire\u00bb, n\u00b010 La conscience de l\u2019histoire joue un r\u00f4le crucial dans le parcours de plusieurs auteurs alg\u00e9riens francophones. 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