{"id":5424,"date":"2024-06-13T19:48:16","date_gmt":"2024-06-13T19:48:16","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/temporalite-du-recit-historique-confronter-ricoeur\/"},"modified":"2024-09-11T04:21:31","modified_gmt":"2024-09-11T04:21:31","slug":"temporalite-du-recit-historique-confronter-ricoeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5424","title":{"rendered":"Temporalit\u00e9 du r\u00e9cit historique : confronter Ric\u0153ur"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6878\">Dossier \u00abLes \u00e9critures de l\u2019Histoire\u00bb, n\u00b010<\/a><\/h5>\n<p>Pendant que les grains de sable tombent implacablement dans le fin goulot du sablier, le temps suit son cours, immuable et imperturbable, presque mena\u00e7ant. \u00c0 chacune des secondes qui passe, il nous rappelle la finitude de notre existence et la corruption qu\u2019elle repr\u00e9sente. Chaque seconde, des gens meurent, des gens naissent, selon un cycle \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, alors que le temps ne revient jamais vers l\u2019arri\u00e8re, vers le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 son caract\u00e8re insaisissable, le temps est, paradoxalement, mesurable, mais surtout <em>repr\u00e9sentable<\/em>. Il est ainsi possible de le saisir sur une pellicule, ou mieux, d\u2019en cataloguer les al\u00e9as pour la post\u00e9rit\u00e9. C\u2019est le travail de l\u2019historien que de rechercher ce qui reste du pass\u00e9, l\u2019<em>ayant \u00e9t\u00e9<\/em>, afin de l\u2019\u00e9claircir pour mieux comprendre nos origines. Ne lui reste plus qu\u2019\u00e0 retransmettre le fruit de son travail dans un r\u00e9cit historique.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il r\u00e9ellement de ce r\u00e9cit historique? De prime abord, le texte historique devrait \u00eatre diff\u00e9rent du texte de fiction\u00a0: la vis\u00e9e n\u2019en est certes pas la m\u00eame. En y regardant de plus pr\u00e8s, r\u00e9cit fictif et r\u00e9cit historique semblent pourtant partager de fascinants \u00e9l\u00e9ments communs. Paul Ric\u0153ur, dans son ouvrage en trois tomes <em>Temps et r\u00e9cit<\/em>, s\u2019est justement pench\u00e9 sur la temporalit\u00e9 du r\u00e9cit historique et, n\u00e9cessairement, sur la corr\u00e9lation qui existe entre ces deux r\u00e9cits dissemblables. Une lecture de sa r\u00e9flexion s\u2019impose alors, afin de mieux la confronter.<\/p>\n<p>Une confrontation \u2014 c\u2019est bien ce dont il s\u2019agit ici. Confronter l\u2019\u00e9crit du pass\u00e9 parlant de la temporalit\u00e9 des \u00e9crits parlant du pass\u00e9. Confronter la lueur du pass\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9clat du pr\u00e9sent\u00a0: confronter la r\u00e9flexion ph\u00e9nom\u00e9nologique et narrative du temps historique aux r\u00e9v\u00e9lations dissimul\u00e9es derri\u00e8re le langage math\u00e9matique et, en ce sens proprement formaliste, de la physique th\u00e9orique et exp\u00e9rimentale \u2014 entre autres. Confronter Ric\u0153ur et v\u00e9rifier l\u2019exactitude de ses all\u00e9gations \u00e0 travers une relecture qui a elle-m\u00eame une valeur de critique.<\/p>\n<p>Cette critique d\u00e9butera d\u00e8s lors par l\u2019exposition de l\u2019hypoth\u00e8se de travail de Ric\u0153ur et des corollaires de la rupture \u00e9pist\u00e9mologique entre les p\u00f4les de la connaissance historique et de la comp\u00e9tence \u00e0 suivre une histoire qui en d\u00e9coule. Il sera ensuite possible d\u2019entamer les modalit\u00e9s de la reconstruction de la m\u00e9diation entre ces deux antagonistes, afin d\u2019en arriver \u00e0 la r\u00e9flexion de Ric\u0153ur sur la preuve documentaire en tant que t\u00e9moignage du r\u00e9el. Ce n\u2019est que lorsque tous ces \u00e9l\u00e9ments auront \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s et mis en perspective que se r\u00e9v\u00e9leront les fondements du postulat initial \u2014 \u00e0 savoir l\u2019interrelation qui existe entre le r\u00e9cit historique et le r\u00e9cit de fiction.<\/p>\n<h2>1. Hypoth\u00e8se de travail de Paul Ric\u0153ur\u00a0:<\/h2>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se de travail que Ric\u0153ur se donne dans <em>Temps et r\u00e9cit<\/em>, concernant le texte historique, se pose en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] je me propose d\u2019explorer par quelles voies <em>indirectes le paradoxe de la connaissance historique <\/em>[\u2026] <em>transpose \u00e0 un degr\u00e9 sup\u00e9rieur de complexit\u00e9 le paradoxe constitutif de l\u2019op\u00e9ration de configuration narrative<\/em>.\u00a0\u00bb (Ric\u0153ur, 1983, p.\u00a0319.) Ric\u0153ur, partant de ce postulat, \u00e9labore une premi\u00e8re \u00e9tape de son travail sur le texte historique \u2014 laquelle consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 explorer le lien indirect entre l\u2019historiographie et la comp\u00e9tence narrative. Ric\u0153ur identifie alors trois coupures \u00e9pist\u00e9mologiques qui surgissent entre la <em>connaissance historique<\/em> et la <em>comp\u00e9tence \u00e0 suivre une histoire<\/em>, soit\u00a0: <strong>1.1<\/strong> l\u2019autonomisation de l\u2019explication historique; <strong>1.2<\/strong> l\u2019autonomisation des entit\u00e9s anonymes; <strong>1.3<\/strong> le statut \u00e9pist\u00e9mologique du <em>temps historique<\/em>. Il convient n\u00e9cessairement d\u2019expliciter en quoi consistent r\u00e9ellement ces trois coupures.<\/p>\n<h3><strong>1.1 Autonomisation de l\u2019explication historique\u00a0:<\/strong><\/h3>\n<p>Lorsque l\u2019on consid\u00e8re l\u2019explication historique, Ric\u0153ur constate qu\u2019\u00ab\u00a0[a]vec l\u2019historien, la forme explicative se rend autonome; elle devient l\u2019enjeu distinct d\u2019un proc\u00e8s d\u2019authentification et de justification.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0311.) De ce proc\u00e8s d\u2019authentification d\u00e9coule \u00e0 nouveau trois corollaires. <em>Primo<\/em>, \u00e0 ce travail de l\u2019explication historique correspond un travail de <em>conceptualisation<\/em>, car la recherche historique, lorsqu\u2019elle effectue son passage vers le r\u00e9cit, n\u00e9cessite l\u2019\u00e9laboration de concepts relatifs aux lieux communs aristot\u00e9liciens dont l\u2019historien est le seul apte \u00e0 juger de la compl\u00e8te validit\u00e9, \u00e9tant donn\u00e9 que cette d\u00e9marche est essentiellement ind\u00e9pendante. <em>Secundo<\/em>, puisque l\u2019historien est le seul apte \u00e0 juger de la validit\u00e9 des lieux communs visit\u00e9s par son analyse, il n\u2019y a pas, dans le r\u00e9cit historique, d\u2019objectivit\u00e9 <em>pure<\/em>, vu que le fondement de l\u2019objectivit\u00e9 historique repose sur la pr\u00e9supposition que l\u2019histoire entourant un \u00e9v\u00e9nement donn\u00e9 est rapport\u00e9e comme v\u00e9ridique parce que diff\u00e9rentes analyses historiques l\u2019ont donn\u00e9e pour v\u00e9ridique. <em>Tertio<\/em>, malgr\u00e9 cette fragilit\u00e9 de l\u2019\u00e9difice objectif, il n\u2019en demeure pas moins que, d\u2019un point de vue id\u00e9ologique, l\u2019histoire recherche autant que faire se peut <em>un maximum d\u2019objectivit\u00e9<\/em>, car \u00ab [l]\u2019historien s\u2019adresse \u00e0 un lecteur m\u00e9fiant, qui attend de lui non seulement qu\u2019il raconte, mais qu\u2019il authentifie son r\u00e9cit.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n<h3><strong>1.2 Autonomisation des entit\u00e9s anonymes\u00a0:<\/strong><\/h3>\n<p>\u00c0 tout r\u00e9cit narratif correspondent des personnages. Seulement, Ric\u0153ur constate que, avec l\u2019effacement des <em>grands hommes <\/em>h\u00e9g\u00e9liens par l\u2019\u00e9cole des Annales, \u00ab\u00a0l\u2019histoire nouvelle para\u00eet ainsi \u00eatre sans personnages. Sans personnages, elle ne saurait rester un r\u00e9cit\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0314). En lieu et place du sujet de l\u2019action, Ric\u0153ur applique une rustine sous la forme des objets nouveaux que sont les nations, les classes sociales, les mentalit\u00e9s, les soci\u00e9t\u00e9s, les civilisations, etc. et qu\u2019il nomme, comme on le verra plus amplement dans le point <strong>2.2<\/strong>, des <em>entit\u00e9s anonymes<\/em>.<\/p>\n<h3><strong>1.3 Statut \u00e9pist\u00e9mologique du <em>temps historique<\/em>\u00a0:<\/strong><\/h3>\n<p>En ce qui a trait au statut \u00e9pist\u00e9mologique du temps historique, Ric\u0153ur affirme d\u2019embl\u00e9e que le temps historique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] ne semble plus r\u00e9f\u00e9r\u00e9 au pr\u00e9sent vivant d\u2019une conscience subjective. [\u2026] D\u2019une part, le temps historique para\u00eet se r\u00e9soudre en une succession d\u2019<em>intervalles homog\u00e8nes<\/em>, porteurs de l\u2019explication causale ou nomologique; d\u2019autre part, il se disperse dans une <em>multiplicit\u00e9 de temps<\/em> dont l\u2019\u00e9chelle s\u2019ajuste, \u00e0 celle des entit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es\u00a0: temps court de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, temps demi-long de la conjoncture, longue dur\u00e9e des civilisations. (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0314-315.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La premi\u00e8re partie de cette affirmation de Ric\u0153ur est pour le moins paradoxale, et requiert son explication par une digression o\u00f9 il est imp\u00e9ratif de consid\u00e9rer l\u2019apor\u00e9tique du temps augustinien. En effet, Ric\u0153ur fait amplement allusion dans son ouvrage \u00e0 la conception augustinienne du temps, laquelle se fonde justement sur une conscience subjective du temps au sens o\u00f9 Augustin postule qu\u2019il est n\u00e9cessaire de poss\u00e9der une \u00e2me pour discriminer le <em>pr\u00e9sent<\/em>, qui se d\u00e9finit par le <em>maintenant<\/em> <em>de l\u2019\u00e9nonciation d\u2019un locuteur.<\/em> D\u00e8s lors, le temps historique, qui se veut, rappelons-le, le plus objectif possible, ne se r\u00e9f\u00e8re plus qu\u2019\u00e0 la <em>subjectivit\u00e9 <\/em>de la conscience \u00e9nonciatrice.<\/p>\n<p>Il semble alors y avoir, de prime abord, un renversement du couple conceptuel esprit\u00a0\/\u00a0mati\u00e8re qui affirme la primaut\u00e9 de la mati\u00e8re sur l\u2019esprit. Aristote, dans sa propre apor\u00e9tique du temps, que Ric\u0153ur confronte \u00e0 celle d\u2019Augustin, pose justement la primaut\u00e9 du physique empirique en ce qui concerne le temps, puisque la conceptualisation aristot\u00e9licienne repose essentiellement sur la perception <em>cosmologique<\/em> du <em>mouvement<\/em> en tant que relation de l\u2019avant\u00a0\/\u00a0apr\u00e8s de l\u2019<em>instant<\/em> <em>nombrable<\/em>. Pourtant, \u00e0 la lumi\u00e8re de la physique post-einsteinienne, Aristote est dans l\u2019erreur et nulle part Ric\u0153ur n\u2019en fait mention \u2014 puisque, par extension, toujours selon la th\u00e9orie aristot\u00e9licienne, le mouvement serait la<em> mesure<\/em> <em>du temps<\/em>. Depuis Newton, la physique m\u00e9canique nous apprend que le mouvement se quantifie en unit\u00e9 de longueur par unit\u00e9 de temps\u00a0: c\u2019est donc le mouvement qui est mesur\u00e9 par le temps, <em>et non l\u2019inverse<\/em> comme l\u2019affirme Aristote. Certes, Aristote semblait poss\u00e9der les bonnes variables dans son \u00e9quation; seulement, cette derni\u00e8re, inexacte, a pour cons\u00e9quence de r\u00e9duire le temps \u00e0 un corollaire d\u2019un Univers tridimensionnel \u2014 alors que la physique relativiste, celle d\u2019Einstein, souligne que le temps constitue la quatri\u00e8me dimension de l\u2019Univers \u2014, ce pourquoi l\u2019on devrait toujours parler d\u2019<em>espace-temps<\/em>.<\/p>\n<p>Prenons un objet immobile. En conservant \u00e0 l\u2019esprit ce lien fondamental entre temps et espace, cet objet, m\u00eame compl\u00e8tement immobile en apparence, fera quand m\u00eame l\u2019exp\u00e9rience du temps, lequel demeure observable empiriquement par le simple processus de d\u00e9composition, de fragmentation et de corruption de la mati\u00e8re \u2014 ce qui ne serait th\u00e9oriquement pas le cas dans le mod\u00e8le aristot\u00e9licien. Le temps suit son cours\u00a0: imperturbable, il <em>s\u2019\u00e9coule<\/em> et demeure <em>mesurable<\/em>. Ce n\u2019est qu\u2019au niveau des quantons subatomiques, c\u2019est-\u00e0-dire, dans le monde infiniment petit de la physique quantique, que le temps cesse son action conform\u00e9ment au principe de Heisenberg<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Le principe d\u2019Heisenberg stipule qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0on ne peut conna\u00eetre simultan\u00e9ment la position et la vitesse d\u2019une particule quantique\u00a0[\u2026], [puisque] ces derni\u00e8res [i.e. les particules quantiques] ne <em>poss\u00e8dent<\/em> jamais ces deux attributs simultan\u00e9ment. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la repr\u00e9sentation formelle que la physique se fait des particules ne leur attribue jamais ces deux caract\u00e9ristiques <em>\u00e0 la fois<\/em>. Pris ensemble, c\u2019est-\u00e0-dire affect\u00e9s <em>au m\u00eame moment<\/em> \u00e0 un objet donn\u00e9, ces deux concepts n\u2019ont plus de sens. Quant \u00e0 la notion de trajectoire, d\u00e9finie comme la juxtaposition \u00e0 tout instant d\u2019une vitesse et d\u2019une position, elle n\u2019a plus de sens non plus\u00a0\u00bb (Klein, 2004, p.\u00a055-56). Ces deux caract\u00e9ristiques sont ainsi tributaires de la m\u00e9thode analytique employ\u00e9e, \u00e0 savoir la <em>mesure instrumentale de la<\/em> <em>position<\/em> OU <em>la mesure instrumentale de la vitesse<\/em> \u2014 mais jamais les deux \u00e0 la fois. <\/span> et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de Gen\u00e8ve de 2002 sur l\u2019invalidit\u00e9 de l\u2019intrication<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">\u00c0 propos de l\u2019exp\u00e9rience de Gen\u00e8ve, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la s\u00e9rie d\u2019articles d\u2019Herv\u00e9 Poirier, \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience qui nie le temps\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Et s\u2019il y avait deux mondes?\u00a0\u00bb, dans <em>Science et Vie,<\/em> no 1024, janvier 2003, p.\u00a036-47. Par ailleurs, \u00c9tienne Klein, physicien et docteur en philosophie des sciences, dans son commentaire de l\u2019exp\u00e9rience de Gen\u00e8ve de 2002, affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on prend cette th\u00e9orie [la physique quantique] au pied de la lettre, l\u2019 \u201cintrication\u201d entre deux particules ne peut pas \u00eatre d\u00e9crite comme un ph\u00e9nom\u00e8ne strictement causal\u00a0: on ne peut pas dire qu\u2019une particule est \u00e0 un certain endroit, la seconde \u00e0 une autre, et qu\u2019un signal se propage entre les deux. Le syst\u00e8me doit \u00eatre pens\u00e9 comme un tout, sans qu\u2019on puisse parler s\u00e9par\u00e9ment des particules qui le constituent.\u00a0\u00bb (Poirier et Klein, janvier 2003, p.\u00a048.) <\/span>.<\/p>\n<p>Si, au niveau des quantons, le temps cesse son action, il ne devient mesurable, au sens o\u00f9 son action se fait ressentir par le renouvellement incessant du pr\u00e9sent, que lorsque la mati\u00e8re se complexifie davantage et p\u00e9n\u00e8tre dans le domaine macroscopique de la physique relativiste, puisque l\u2019accumulation d\u2019une grande quantit\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments quantiques force l\u2019utilisation des statistiques et, n\u00e9cessairement, des probabilit\u00e9s pour la r\u00e9solution des probl\u00e8mes de l\u2019ordre de grandeur macroscopique. Cette intervention des statistiques et des probabilit\u00e9s fait d\u2019ailleurs dire \u00e0 Antoine Suarez, le physicien \u00e0 l\u2019origine de l\u2019exp\u00e9rience de Gen\u00e8ve, que \u00ab\u00a0[p]our d\u00e9crire l\u2019\u00e9volution d\u2019un syst\u00e8me quantique dans le temps, il faut passer par les probabilit\u00e9s [\u2026]. Ce temps n\u2019a aucun sens dans le monde classique, au niveau statistique. C\u2019est la marque de la finitude de notre capacit\u00e9\u00a0\u00bb (Antoine Suarez cit\u00e9 par Poirier, 2003, p.\u00a047). Cette finitude de notre capacit\u00e9 provient justement de l\u2019inaptitude humaine \u00e0 traiter la multitude d\u2019informations individuelles provenant des quantons formant la mati\u00e8re nous environnant. Le temps ne peut \u00eatre mesur\u00e9, par extension, que de fa\u00e7on subjective, puisque les probabilit\u00e9s font intervenir, au niveau macroscopique, une variable au sein m\u00eame de la dimension temporelle. Malgr\u00e9 l\u2019intervention de la mati\u00e8re et de l\u2019apparente objectivit\u00e9 de la physique moderne, le temps, paradoxalement, contient ainsi une variable de subjectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Il serait toutefois inexact de r\u00e9affirmer la primaut\u00e9 de l\u2019esprit sur la mati\u00e8re au sein du couple conceptuel, puisque, pour d\u00e9finir le temps en physique <em>et<\/em> relativiste <em>et<\/em> quantique, la mati\u00e8re n\u00e9cessite une part d\u2019objectivit\u00e9 <em>et<\/em> de subjectivit\u00e9. Il est alors essentiel de conclure que les deux approches, objective et subjective, sont en interrelation. Cette interrelation de nature apor\u00e9tique entre subjectivit\u00e9 de l\u2019esprit et objectivit\u00e9 de la mati\u00e8re constitue \u00e9trangement le fondement de la conclusion que tire Ric\u0153ur de son analyse ph\u00e9nom\u00e9nologique des apor\u00e9tiques du temps augustinien et aristot\u00e9licien, et ce, malgr\u00e9 une approche min\u00e9e par l\u2019inexactitude de l\u2019assise des r\u00e9flexions d\u2019Augustin<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Puisque Augustin rejette le nombre dans sa r\u00e9flexion temporelle et, par cons\u00e9quent, les statistiques et les probabilit\u00e9s \u2014 ce que l\u2019on ne peut pas lui reprocher, l\u2019homme ayant v\u00e9cu quinze si\u00e8cles avant l\u2019\u00e9laboration de la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s! <\/span> et d\u2019Aristote<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Vu que la conceptualisation physique de la mati\u00e8re d\u2019Aristote repose, comme on l\u2019a vu, sur le constat erron\u00e9 du mouvement. <\/span>. Pour Ric\u0153ur, il est crucial de concilier l\u2019approche psychologique augustinienne et l\u2019approche cosmologique aristot\u00e9licienne afin d\u2019obtenir une dialectique de l\u2019apor\u00e9tique du temps qui soit valable \u2014 d\u2019o\u00f9 le paradoxe de sa n\u00e9gation premi\u00e8re de la conscience subjective du temps historique.<\/p>\n<h2>2. M\u00e9diation entre connaissance historique et configuration narrative\u00a0:<\/h2>\n<p>Parall\u00e8lement aux diff\u00e9rentes coupures \u00e9pist\u00e9mologiques, Ric\u0153ur identifie trois modalit\u00e9s de la reconstruction de la <em>m\u00e9diation<\/em> entre la connaissance historique et l\u2019op\u00e9ration de configuration narrative, modalit\u00e9s qui suivent l\u2019identification des trois coupures \u00e9pist\u00e9mologiques \u00e9nonc\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment\u00a0: <strong>2.1<\/strong> autonomie des proc\u00e9dures explicatives; <strong>2.2<\/strong> autonomie des entit\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rence; <strong>2.3<\/strong> autonomie du <em>temps<\/em> \u2014 ou plut\u00f4t <em>des temps<\/em> \u2014 de l\u2019histoire.<\/p>\n<h3><strong>2.1 Autonomie des proc\u00e9dures explicatives\u00a0:<\/strong><\/h3>\n<p>La plus importante forme de proc\u00e9dure explicative du temps historique provient, comme Ric\u0153ur l\u2019affirme, de la <em>causalit\u00e9\u00a0<\/em>: \u00ab [\u2026]\u00a0l\u2019imputation causale singuli\u00e8re ne constitue pas une explication parmi d\u2019autres, mais <em>le nexus de toute explication en histoire<\/em>.\u00a0\u00bb (Ric\u0153ur, 1983, p. 320. Je souligne.) Ric\u0153ur a ici tout \u00e0 fait raison. En effet, il explique que \u00ab\u00a0[p]ar son caract\u00e8re probabiliste, l\u2019explication causale incorpore au pass\u00e9 l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 qui est la marque du futur et introduit dans la r\u00e9trospection l\u2019incertitude de l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0332). Puisque l\u2019\u00e9coulement temporel efface progressivement les vestiges des pr\u00e9sents-devenus-pass\u00e9s, seule l\u2019explication causale peut op\u00e9rer la reconstruction du <em>ce qui a \u00e9t\u00e9<\/em>, puisque l\u2019\u00e9v\u00e9nement pass\u00e9, pour \u00eatre reconstruit, n\u00e9cessite la compr\u00e9hension des \u00e9v\u00e9nements causals pass\u00e9s ayant men\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement pass\u00e9 en reconstruction.<\/p>\n<p>Ric\u0153ur met par ailleurs en relief, toujours en ce qui a trait \u00e0 la causalit\u00e9, l\u2019importance, pour la d\u00e9marche historique, que prennent les uchronies lorsque consid\u00e9r\u00e9es en tant que fictions fond\u00e9es sur des trames temporelles <em>autres,<\/em> de l\u2019ordre du possible, m\u00eame si elles sont imaginaires<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Cette importance de l\u2019uchronie, Ric\u0153ur l\u2019emprunte \u00e0 Max Weber, lequel l\u2019emprunte lui-m\u00eame \u00e0 von Kries\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] la <em>th\u00e9orie de la \u201cpossibilit\u00e9 objective\u201d<\/em> que Max Weber emprunte au physiologiste von Kries [\u2026] vise essentiellement \u00e0 \u00e9lever les constructions irr\u00e9elles au rang du jugement de possibilit\u00e9 objective qui affecte les divers facteurs de causalit\u00e9 d\u2019un indice de <em>probabilit\u00e9 relative.<\/em>\u00a0\u00bb (Ric\u0153ur, 1983, p.\u00a0327.) Par rapport \u00e0 la probabilit\u00e9, Ric\u0153ur ajoute \u00e9galement, et avec justesse, que \u00ab\u00a0[l]es possibles sont des relations causales irr\u00e9elles que nous avons construites par la pens\u00e9e, et que l\u2019objectivit\u00e9 des \u201cchances\u201d appartient au jugement de possibilit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0328). <\/span>. Comme l\u2019explique Ric\u0153ur, le changement d\u2019un \u00e9v\u00e9nement historique permet de contre-v\u00e9rifier, par le truchement de l\u2019imaginaire, l\u2019importance d\u2019un \u00e9v\u00e9nement donn\u00e9 dans l\u2019histoire extradi\u00e9g\u00e9tique de la ligne spatio-temporelle en cours. La narrativit\u00e9 de l\u2019uchronie devient ici un proc\u00e9d\u00e9 mis au service de l\u2019historicit\u00e9 dont la fonction est d\u2019exp\u00e9rimenter les possibles en fonction des probabilit\u00e9s et ce afin de v\u00e9rifier l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 certains \u00e9v\u00e9nements historiques relevant de l\u2019historiographie, permettant ainsi \u00e0 l\u2019historien de \u00ab\u00a0poser le jugement d\u2019imputation causale qui d\u00e9cide de la signification historique dudit \u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0325). Ric\u0153ur cite d\u2019ailleurs Raymond Aron, auteur de <em>Introduction \u00e0 la philosophie de l\u2019histoire,<\/em> \u00e0 ce sujet\u00a0: \u00ab\u00a0Tout historien, pour expliquer ce qui a \u00e9t\u00e9, se demande ce qui aurait pu \u00eatre.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0324.) Cette introduction d\u2019un \u00e9l\u00e9ment imaginaire au sein m\u00eame d\u2019une proc\u00e9dure explicative qui sert d\u2019outil m\u00e9thodologique est d\u2019une importance fondamentale pour le propos de Ric\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est cette construction imaginaire probabiliste qui offre une double affinit\u00e9, d\u2019une part avec la mise en intrigue, qui est elle aussi une construction de l\u2019imaginaire probable, d\u2019autre part avec l\u2019explication selon des lois.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.) Il convient cependant de mettre un b\u00e9mol sur la conception de la causalit\u00e9 selon Ric\u0153ur puisque malgr\u00e9 la mention rapide du motif nomologique des probabilit\u00e9s, le philosophe omet l\u2019importance qu\u2019ont, pour la causalit\u00e9, les probabilit\u00e9s lorsque prises dans leurs acceptions statistique <em>et<\/em> physique. Seule la th\u00e9orie des c\u00f4nes de lumi\u00e8res de la relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale peut permettre de cerner le ph\u00e9nom\u00e8ne de la causalit\u00e9 avec pr\u00e9cision et exactitude.<\/p>\n<p>Avant de poursuivre, il importe de rappeler que rien, en relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, ne pourra jamais atteindre la vitesse de la lumi\u00e8re et que celle-ci ne peut, en cons\u00e9quence, \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">En fonction de l\u2019\u00e9quivalence entre la masse et l\u2019\u00e9nergie, selon l\u2019\u00e9quation d\u2019Einstein E=mc<sup>2<\/sup> ou E correspond \u00e0 l\u2019\u00e9nergie, m \u00e0 la masse et c \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nergie qu\u2019un objet poss\u00e8de en raison de son mouvement augmentera sa masse et, par cons\u00e9quent, il lui deviendra encore plus difficile d\u2019augmenter sa vitesse. Cet effet n\u2019est r\u00e9ellement significatif que pour les objets se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 des vitesses proches de celle de la lumi\u00e8re. [\u2026] Il ne pourra en fait jamais atteindre la vitesse de la lumi\u00e8re, parce que, alors sa masse devrait \u00eatre infinie, et qu\u2019en raison de l\u2019\u00e9quivalence entre la masse et son \u00e9nergie, cela lui demanderait une quantit\u00e9 infinie d\u2019\u00e9nergie pour y arriver. C\u2019est ainsi que tout objet normal en est \u00e0 tout jamais r\u00e9duit par la relativit\u00e9 \u00e0 se mouvoir \u00e0 des vitesses inf\u00e9rieures \u00e0 celles de la lumi\u00e8re. Seule la lumi\u00e8re, ou d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes d\u00e9nu\u00e9s de masse intrins\u00e8que, peuvent l\u2019atteindre\u00a0\u00bb (Hawking, 1989, p.\u00a043). <\/span> \u2014 alors que sa vitesse est une constante mesurable pr\u00e9cis\u00e9ment (300 000 Km\/s). D\u00e8s lors, \u00ab\u00a0[i]l s\u2019ensuit que si un \u00e9clair de lumi\u00e8re est \u00e9mis \u00e0 un instant particulier en un point particulier de l\u2019espace, au fur et \u00e0 mesure que le temps s\u2019\u00e9coulera, cet \u00e9clair grandira comme une sph\u00e8re de lumi\u00e8re dont la grandeur et la position seront ind\u00e9pendantes de la vitesse de la source.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a047-48.) Un bon moyen d\u2019illustrer un tel ph\u00e9nom\u00e8ne est de le comparer aux rides cr\u00e9\u00e9es par une pierre jet\u00e9e dans un \u00e9tang. En transposant ces rides sur un axe temporel vertical en fonction de leur grosseur dans l\u2019espace, on obtient une superposition des rides qui prend alors l\u2019apparence d\u2019un c\u00f4ne dont le sommet correspond au temps z\u00e9ro du point d\u2019impact du caillou sur la surface de l\u2019\u00e9tang (voir le sch\u00e9ma 1 en annexe A)\u00a0:<\/p>\n<p>De fa\u00e7on similaire, la lumi\u00e8re issue d\u2019un \u00e9v\u00e9nement forme un c\u00f4ne \u00e0 trois dimensions dans l\u2019espace-temps \u00e0 quatre dimensions. Ce c\u00f4ne est appel\u00e9 \u00ab\u00a0c\u00f4ne de lumi\u00e8re future\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. De la m\u00eame mani\u00e8re, nous pouvons dessiner un autre c\u00f4ne, appel\u00e9 le \u00ab\u00a0c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e\u00a0\u00bb, qui est l\u2019ensemble des \u00e9v\u00e9nements d\u2019o\u00f9 un \u00e9clair lumineux peut atteindre l\u2019\u00e9v\u00e9nement en question.\u00a0(<em>Ibid<\/em>., p.\u00a048.)<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re affirmation, tir\u00e9e de l\u2019ouvrage de Stephen W. Hawking <em>Une Br\u00e8ve Histoire du temps<\/em>, est illustr\u00e9e par le sch\u00e9ma 2 en annexe A. Le titulaire de la chaire lucasienne de l\u2019Universit\u00e9 de Cambridge d\u00e9finit \u00e9galement les diverses r\u00e9gions du sch\u00e9ma obtenu\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0futur absolu\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est la r\u00e9gion int\u00e9rieure du c\u00f4ne de lumi\u00e8re future de P.\u00a0C\u2019est l\u2019ensemble de tous les \u00e9v\u00e9nements qui peuvent \u00eatre influenc\u00e9s par ce qui arrive en P.\u00a0Les \u00e9v\u00e9nements hors du c\u00f4ne de lumi\u00e8re de P ne peuvent \u00eatre atteints que par les signaux venant de P parce que rien ne peut voyager plus vite que la lumi\u00e8re. Donc, ils ne peuvent pas \u00eatre affect\u00e9s par ce qui arrive en P.\u00a0Le \u00ab\u00a0pass\u00e9 absolu\u00a0\u00bb de P est la r\u00e9gion \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e. C\u2019est l\u2019ensemble de tous les \u00e9v\u00e9nements d\u2019o\u00f9 les signaux voyageant \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re ou presque peuvent atteindre P.\u00a0C\u2019est donc l\u2019ensemble des \u00e9v\u00e9nements qui peuvent affecter ce qui arrive en P.\u00a0<em>Si l\u2019on conna\u00eet ce qui arrive \u00e0 tout instant particulier partout dans la r\u00e9gion de l\u2019espace qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e de P, on peut pr\u00e9dire ce qui arrivera en P.\u00a0<\/em>\u00ab\u00a0L\u2019ailleurs\u00a0\u00bb est la r\u00e9gion de l\u2019espace-temps qui ne s\u2019\u00e9tend dans aucun des c\u00f4nes de lumi\u00e8re \u2014 pass\u00e9e ou future \u2014 de P.\u00a0Les \u00e9v\u00e9nements dans \u00ab\u00a0l\u2019ailleurs\u00a0\u00bb ne peuvent affecter les \u00e9v\u00e9nements en P, ni en \u00eatre affect\u00e9s. (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a048-49. Je souligne.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il devient possible, dans ces conditions et en se limitant \u00e0 la relativit\u00e9 restreinte\u00a0\u2014 c\u2019est-\u00e0-dire, en ne prenant pas en compte la gravitation \u2014 de construire un c\u00f4ne de lumi\u00e8re pour chaque \u00e9v\u00e9nement se produisant dans l\u2019espace-temps.\u00a0La causalit\u00e9 fonctionne d\u00e8s lors selon le principe de la th\u00e9orie du Chaos (mieux d\u00e9sign\u00e9e sous son vocable d\u2019<em>instabilit\u00e9 dynamique d\u2019un syst\u00e8me<\/em>)\u00a0: au sein d\u2019un syst\u00e8me ferm\u00e9, le second principe de la loi de la Thermodynamique \u00ab\u00a0pose que dans tout syst\u00e8me clos, le d\u00e9sordre, ou l\u2019entropie, cro\u00eet toujours avec le temps\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0187). Cons\u00e9quemment, la probabilit\u00e9 qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement B survienne dans le futur d\u2019un \u00e9v\u00e9nement A est fonction de la somme des erreurs relatives (qui augmentent de fa\u00e7on exponentielle) provenant de tous les \u00e9v\u00e9nements pouvant influencer l\u2019\u00e9v\u00e9nement A \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son futur absolu, lequel s\u2019\u00e9tend sur un temps fixe <em>t<\/em> \u00e0 venir. Autrement dit, l\u2019\u00e9v\u00e9nement B, situ\u00e9 dans le futur absolu de A, ne deviendra l\u2019\u00e0 venir de A qu\u2019en fonction des probabilit\u00e9s. Il en va de m\u00eame pour le c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e. Un \u00e9v\u00e9nement B situ\u00e9 dans le pass\u00e9 absolu d\u2019un \u00e9v\u00e9nement A ne pourra affecter l\u2019\u00e9v\u00e9nement A qu\u2019en fonction des probabilit\u00e9s. Plus l\u2019\u00e9v\u00e9nement B se situe dans un pass\u00e9 rapproch\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement A (plus il se trouve dans la section rapproch\u00e9e du c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e), plus il est probable que l\u2019\u00e9v\u00e9nement B affectera <em>directement<\/em> la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9v\u00e9nement A se produira.<\/p>\n<h3><strong>2.2 Autonomie des entit\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0:<\/strong><\/h3>\n<h4><strong>2.2.1 D\u00e9finition des entit\u00e9s\u00a0:<\/strong><\/h4>\n<p>Avant d\u2019\u00e9laborer sur les entit\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rence, il est n\u00e9cessaire de prendre en compte la d\u00e9finition toute particuli\u00e8re que leur conf\u00e8re Ric\u0153ur\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019histoire [\u2026] reste historique dans la mesure o\u00f9 tous ses objets renvoient \u00e0 des <em>entit\u00e9s de premier ordre<\/em> \u2014 peuples, nations, civilisations [\u2026]. Ces entit\u00e9s de premier ordre servent d\u2019<em>objet transitionnel <\/em>entre tous les art\u00e9facts produits par l\u2019historiographie et les personnages d\u2019un r\u00e9cit possible. Elles constituent des <em>quasi-personnages<\/em>, susceptibles de guider le renvoi intentionnel du niveau de l\u2019histoire-science au niveau du r\u00e9cit et, \u00e0 travers celui-ci, aux agents de l\u2019action effective. (Ric\u0153ur, 1983, p.\u00a0321.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Partant de cette d\u00e9finition, Ric\u0153ur, en recherchant l\u2019intelligibilit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique propre \u00e0 la hi\u00e9rarchisation des niveaux du discours au sein de l\u2019intentionnalit\u00e9 de la connaissance historique, identifie trois cheminements permettant la mise en relief de l\u2019autonomisation de ces entit\u00e9s\u00a0: <strong>2.2.2<\/strong> personnages du r\u00e9cit; <strong>2.2.3<\/strong> mise en intrigue; dialectique temporelle du r\u00e9cit \u2014 ce dernier point \u00e9tant compl\u00e8tement amalgam\u00e9 par Ric\u0153ur avec l\u2019autonomie des temps de l\u2019histoire (soit la section <strong>2.3<\/strong>), il ne sera pas d\u00e9velopp\u00e9 dans la pr\u00e9sente \u00e9tude.<\/p>\n<h4><strong>2.2.2 Personnages du r\u00e9cit\u00a0:<\/strong><\/h4>\n<p>Ric\u0153ur postule que l\u2019histoire renvoie les sentiments et les actions des individus dans le contexte social dont ces individus font partie. La soci\u00e9t\u00e9, dans ce contexte, se comporte en histoire comme une sorte de <em>grand personnage<\/em> au sens h\u00e9g\u00e9lien du terme, et c&rsquo;est pourquoi Ric\u0153ur lui accorde le statut de <em>quasi-personnage<\/em>, puisque le personnage d\u2019un r\u00e9cit n\u2019est pas forc\u00e9ment oblig\u00e9 d\u2019\u00eatre un individu. La soci\u00e9t\u00e9, en tant que quasi-personnage qui sert de <em>relais<\/em> entre diff\u00e9rentes entit\u00e9s au plan de la configuration narrative, peut ainsi se voir attribuer \u00ab\u00a0certains cours d\u2019actions et la responsabilit\u00e9 historique [\u2026] de certains r\u00e9sultats\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0351).<\/p>\n<p>Ric\u0153ur observe toutefois deux distinctions majeures au sein de l\u2019ordre soci\u00e9tal en historiographie, distinctions qu\u2019il nomme l\u2019\u00ab\u00a0<em>histoire g\u00e9n\u00e9rale<\/em>\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0<em>histoires sp\u00e9ciales<\/em>\u00a0\u00bb, termes emprunt\u00e9s \u00e0 Maurice Mandelbaum dans <em>The Anatomy of Historical Knowledge\u00a0:<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale a pour th\u00e8me des soci\u00e9t\u00e9s particuli\u00e8res, telles que peuples et nations, dont l\u2019existence est <em>continue<\/em>. Les histoires sp\u00e9ciales ont, elles, pour th\u00e8me des aspects <em>abstraits<\/em> de la culture, tels que la technologie, l\u2019art, la science, la religion, qui, faute d\u2019une existence continue propre, ne sont reli\u00e9s entre eux que par l\u2019initiative de l\u2019historien responsable de la d\u00e9finition de ce qui compte comme art, comme science, comme religion, etc. (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0343.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aux entit\u00e9s de premier ordre correspondent l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale et aux entit\u00e9s de deuxi\u00e8me ordre les histoires sp\u00e9ciales. Quant aux entit\u00e9s de troisi\u00e8me ordre, elles correspondent aux d\u00e9signations de p\u00e9riodes pr\u00e9cises int\u00e9grant \u00ab\u00a0les th\u00e8mes, les proc\u00e9dures et les r\u00e9sultats des histoires sp\u00e9ciales\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>), comme par exemple l\u2019Antiquit\u00e9 classique ou la Renaissance.<\/p>\n<p>Il convient de noter, au passage, le pr\u00e9jug\u00e9 n\u00e9gatif que Ric\u0153ur a envers les histoires sp\u00e9ciales. Selon Ric\u0153ur, l\u2019histoire sp\u00e9ciale \u00ab\u00a0n\u2019a pas de signification en elle-m\u00eame, mais seulement par r\u00e9f\u00e9rence aux entit\u00e9s continuellement existantes qui sont les <em>porteurs<\/em> de cette fonction\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0359), c\u2019est-\u00e0-dire les entit\u00e9s de premier ordre. Ric\u0153ur affirme ici que les histoires (sp\u00e9ciales) de la technologie, des sciences, des arts, des religions, de la litt\u00e9rature, etc. <em>n\u2019ont pas de valeur heuristique en soi<\/em>, puisqu\u2019elles ne font sens qu\u2019en fonction des entit\u00e9s soci\u00e9tales dont elles sont issues. Si l\u2019on suit ce raisonnement, une histoire n\u2019a de valeur heuristique que si elle se trouve circonscrite par une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u2014 g\u00e9n\u00e9ralisation qui semble un peu absurde dans le cas, par exemple, de l\u2019histoire chronologique des sciences.<\/p>\n<h4><strong>2.2.3 Mise en intrigue\u00a0:<\/strong><\/h4>\n<p>Consid\u00e9rant que Paul Veyne, dont Ric\u0153ur paraphrase la pens\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u00e9finit \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019intrigue [en ces termes]\u00a0: la conjonction des buts, des causes et des hasards\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0339), Ric\u0153ur d\u00e9finit une <em>quasi-intrigue<\/em> comme une explication <em>causale<\/em> historique indirecte \u00e0 la structure du r\u00e9cit et analogue \u00e0 celle d\u2019un <em>princeps<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9sultant d\u2019une d\u00e9cision individuelle. Puisque la soci\u00e9t\u00e9 forme toutefois un tout h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne constitu\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments disparates, le pluralisme des entit\u00e9s et des intrigues de cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 permet \u00e0 Ric\u0153ur de nuancer avec justesse sa d\u00e9finition de la causalit\u00e9, en tant que ce n\u2019est pas <em>un seul<\/em> \u00e9v\u00e9nement qui <em>produit<\/em> un effet, mais <em>un ensemble<\/em> d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui <em>participent<\/em> <em>conjointement<\/em> \u00e0 l\u2019effet.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de cet ensemble d\u2019\u00e9v\u00e9nements constituant la quasi-intrigue, Ric\u0153ur en vient \u00e0 rejeter <em>\u00e0 tort<\/em> le d\u00e9terminisme. Il suppose en effet qu\u2019\u00ab\u00a0[i]l faudrait pouvoir consid\u00e9rer l\u2019univers entier comme un unique syst\u00e8me pour identifier l\u2019id\u00e9e de d\u00e9termination causale \u00e0 celle du d\u00e9terminisme.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0354.) Et le philosophe, qui semble effray\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que chacune de ses actions, prise en tant que probabilit\u00e9, soit influenc\u00e9e, voire conditionn\u00e9e par la somme totale de tous les \u00e9v\u00e9nements s\u2019\u00e9tant produits \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e, ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0 \u2014 il s\u2019empresse en effet de conclure\u00a0: \u00ab [\u2026]\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 causale est conditionnelle et n\u2019implique aucune croyance au d\u00e9terminisme.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0355.) Pourtant, comme il a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 dans la section <strong>2.1<\/strong>, la th\u00e9orie du Chaos et les c\u00f4nes de lumi\u00e8re future et pass\u00e9e s\u2019appliquent dans <em>tout l\u2019univers,<\/em> puisque ces th\u00e9ories, qui font figures de lois et, cons\u00e9quemment, d\u2019un argument nomologique et physique implacable, nous enseignent l\u2019<em>oppos\u00e9<\/em> de l\u2019affirmation de Ric\u0153ur et ce justement <em>\u00e0 cause<\/em> de l\u2019apport des probabilit\u00e9s<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Rappel\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on conna\u00eet ce qui arrive \u00e0 tout instant particulier partout dans la r\u00e9gion de l\u2019espace qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e de P, on peut pr\u00e9dire ce qui arrivera en P.\u00a0\u00bb (Hawking,1989, p.\u00a048-49.) <\/span>. Un ensemble d\u2019\u00e9v\u00e9nements produisant un effet ne pose pas la mort du d\u00e9terminisme, bien au contraire\u00a0: il le r\u00e9affirme.<\/p>\n<h3><strong>2.3 Autonomie <em>des temps<\/em> de l\u2019histoire\u00a0:<\/strong><\/h3>\n<p>Lorsque Ric\u0153ur s\u2019attaque \u00e0 l\u2019autonomie des temps de l\u2019histoire, il cherche \u00e0 montrer que, d\u2019une part, en ce qui a trait au <em>destin de l\u2019\u00e9v\u00e9nement historique<\/em>, l\u2019\u00e9cart entre le temps historique et le temps du r\u00e9cit s\u2019agrandit et, d\u2019autre part, que le temps historique renvoie paradoxalement au temps de l\u2019action, et ce \u00e0 travers le temps du r\u00e9cit. Il y a, en cons\u00e9quence, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un <em>relais<\/em> entre le temps construit par l\u2019historien et la temporalit\u00e9 propre au r\u00e9cit. Ce relais, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019<em>\u00e9v\u00e9nement<\/em>, puisque les \u00e9v\u00e9nements historiques, selon la th\u00e8se de Ric\u0153ur issue de sa lecture de Braudel, \u00ab\u00a0ne diff\u00e8rent pas radicalement des \u00e9v\u00e9nements encadr\u00e9s par une intrigue\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0365). L\u2019\u00e9v\u00e9nement, en ce sens, contribue \u00e0 la progression de l\u2019intrigue puisque \u00ab\u00a0l\u2019intrigue, pour \u00eatre virtuelle, n\u2019en est pas moins agissante\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0381). En accordant un statut d\u2019\u00e9quivalence entre l\u2019\u00e9v\u00e9nement-mis-en-intrigue et l\u2019\u00e9v\u00e9nement historique, Ric\u0153ur r\u00e9unit le temps historique et le temps du r\u00e9cit. Ce principe d\u2019unit\u00e9 permet un d\u00e9placement vers l\u2019\u00e9v\u00e9nement dramatique dont d\u00e9rive l\u2019histoire de longue dur\u00e9e, laquelle correspond en tous points au temps long de l\u2019\u00e9cole des Annales.<\/p>\n<p>Ce temps long constitue la pierre d\u2019angle derridienne de l\u2019unit\u00e9 \u00e9v\u00e9nementielle. En effet, l\u2019\u00e9difice de l\u2019unicit\u00e9 du temps du r\u00e9cit et du temps historique repose sur la pr\u00e9supposition que l\u2019\u00e9v\u00e9nement doit n\u00e9cessairement avoir une r\u00e9percussion dans la longue dur\u00e9e \u2014 ce qui place Ric\u0153ur en face d\u2019un obstacle majeur\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] la remarque risque de remettre en question le bel agencement des trois parties\u00a0: la mort r\u00e9v\u00e8le un destin individuel qui ne s\u2019inscrit pas exactement dans la trame d\u2019une explication dont les mesures ne sont pas celles du temps mortel. Et sans la mort qui tranche un tel destin, saurions-nous encore que l\u2019histoire est celle des hommes? (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0376.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Assur\u00e9ment, la mort est un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle individuelle, celle du temps tr\u00e8s court. Ric\u0153ur est conscient de cette possible aporie \u00e9v\u00e9nementielle que constitue pour la structure de son raisonnement la mort d\u2019un \u00eatre.\u00a0C\u2019est dans cette optique que Ric\u0153ur se sent forc\u00e9 d\u2019apporter une pr\u00e9cision \u2014 \u00e9minemment litigieuse \u2014 \u00e0 ce qu\u2019il d\u00e9finit comme \u00e9tant un \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00e9nement, pour nous, n\u2019est pas n\u00e9cessairement bref et nerveux \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une explosion. Il est une variable de l\u2019intrigue. \u00c0 ce titre, il n\u2019appartient pas seulement au troisi\u00e8me niveau [des entit\u00e9s], mais \u00e0 tous, avec des fonctions diverses. [\u2026] [S]implement, l\u2019\u00e9v\u00e9nement [\u2026] perd [au deuxi\u00e8me et au premier niveau] son caract\u00e8re explosif, pour rev\u00eatir celui de sympt\u00f4me ou de t\u00e9moignage. (Ibid., p. 383.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette pr\u00e9cision effectu\u00e9e, Ric\u0153ur s\u2019emploie \u00e0 d\u00e9montrer, \u00e0 travers plusieurs exemples d\u2019historiens, sa d\u00e9marche historique qui passe par une dramatisation des structures id\u00e9ologiques \u00ab par la construction d\u2019une quasi-intrigue comportant commencement, milieu et fin \u00bb (ibid., p. 386). Cette pr\u00e9pond\u00e9rance de la quasi-intrigue l\u2019am\u00e8ne d\u2019ailleurs \u00e0 poser le concept de quasi-\u00e9v\u00e9nement. Ric\u0153ur le d\u00e9finit en tant que \u00ab l\u2019extension de la notion d\u2019\u00e9v\u00e9nement, au-del\u00e0 du temps court et bref, [et qui] reste corr\u00e9lative \u00e0 l\u2019extension semblable des notions d\u2019intrigue et de personnage [\u2026], [c\u2019est-\u00e0-dire] une quasi-intrigue et des quasi-personnages \u00bb (ibid., p. 395), comme \u00e9l\u00e9ment central dialectique de cette dramatisation des structures id\u00e9ologiques : \u00ab C\u2019est tout ce que je voulais d\u00e9montrer : les quasi-\u00e9v\u00e9nements qui marquent les p\u00e9riodes critiques des syst\u00e8mes id\u00e9ologiques s\u2019encadrent dans des quasi-intrigues, qui assurent leur statut narratif. \u00bb (Ibid., p. 391.)<\/p>\n<h2>3. La preuve documentaire, un t\u00e9moin du r\u00e9el\u00a0:<\/h2>\n<p>Puisque le quasi-\u00e9v\u00e9nement prend un caract\u00e8re \u00ab\u00a0de sympt\u00f4me ou de t\u00e9moignage\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0383), l\u2019historien, lorsqu\u2019il se fait chercheur du pass\u00e9, est mis dans une position de <em>juge<\/em>, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019autonomisation de l\u2019explication historique. Ric\u0153ur explique d\u2019ailleurs que l\u2019historien cherche \u00ab\u00a0des \u201cgarants\u201d, au premier rang desquels vient la preuve documentaire\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0311). Une \u00e9tude de la temporalit\u00e9 historique chez Ric\u0153ur s\u2019av\u00e9rerait, en cons\u00e9quence, incompl\u00e8te sans l\u2019inclusion de l\u2019analyse qu\u2019il effectue de l\u2019aspect <em>empirique<\/em> de la preuve documentaire \u2014 laquelle doit \u00eatre prise comme un <em>t\u00e9moignage<\/em> n\u00e9cessaire \u00e0 la mission de chercheur du pass\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 la profession d\u2019historien. La preuve documentaire, en tant que lien avec un pass\u00e9 <em>ayant \u00e9t\u00e9<\/em>, inscrit de prime abord la narrativit\u00e9 du r\u00e9cit historique dans une relation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 semblable \u00e0 l\u2019effet de r\u00e9el du r\u00e9cit de fiction.<\/p>\n<p>Effectivement, \u00ab\u00a0les constructions de l\u2019historien ont l\u2019ambition d\u2019\u00eatre des <em>reconstructions<\/em> plus ou moins approch\u00e9es de ce qui un jour fut \u201cr\u00e9el\u201d\u00a0\u00bb (Ric\u0153ur, 1985, p.\u00a0183). Seule la preuve documentaire peut permettre le retour au pr\u00e9sent d\u2019une image virtuelle de l\u2019<em>ayant \u00e9t\u00e9<\/em>; autrement dit, une m\u00e9moire fonctionnant comme un <em>relais<\/em> entre le pass\u00e9 historique et le pr\u00e9sent subjectif. Ric\u0153ur distingue trois formes de preuves documentaires\u00a0: A) l\u2019archive; B) le document; C) la trace. Toutefois, seule la trace nous int\u00e9resse r\u00e9ellement pour la pr\u00e9sente analyse.<\/p>\n<h3><strong>3.1 La trace\u00a0:<\/strong><\/h3>\n<p>Si la fonction du document est \u00ab\u00a0de renseigner sur le pass\u00e9 et d\u2019\u00e9largir la base de la m\u00e9moire collective\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0217), son v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat pour la m\u00e9moire collective provient de \u00ab\u00a0la <em>signifiance<\/em> attach\u00e9e \u00e0 la trace. Si les archives peuvent \u00eatre dites institu\u00e9es, et les documents collect\u00e9s et conserv\u00e9s, c\u2019est sous la pr\u00e9-supposition que le pass\u00e9 a <em>laiss\u00e9<\/em> une trace, \u00e9rig\u00e9e par monuments et documents en t\u00e9moin du pass\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 217). Les \u00eatres humains, par leur nature mortelle, sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Leurs \u0153uvres, par leur nature <em>chosique<\/em>, ont par contre la possibilit\u00e9 de s\u2019inscrire dans la longue dur\u00e9e. Cependant, \u00ab\u00a0ce caract\u00e8re chosique [\u2026] introduit une relation de cause \u00e0 effet entre la chose marquante et la chose marqu\u00e9e. La trace combine ainsi un rapport de <em>signifiance<\/em> [\u2026] et un rapport de causalit\u00e9 [\u2026]. <em>La trace est un effet-signe<\/em>.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0219.) La trace, lorsque conserv\u00e9e dans le temps du calendrier, devient \u00e9galement un document <em>dat\u00e9<\/em> qui d\u00e9place alors son rapport ph\u00e9nom\u00e9nologique de l\u2019historial vers l\u2019intra-temporel, au sens o\u00f9 \u00ab\u00a0suivre la trace est une mani\u00e8re de <em>compter avec<\/em> le temps\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0225). Malgr\u00e9 le strict rapport d\u2019usage qu\u2019en fait l\u2019historien, la trace est ainsi, pour le philosophe, une forme de refiguration du temps par son op\u00e9ration de \u00ab\u00a0recouvrement de l\u2019existential et de l\u2019empirique\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0227), qui provient de sa signifiance m\u00eame, puisque, pour reprendre la formulation qu\u2019emprunte Ric\u0153ur \u00e0 Emmanuel L\u00e9vinas, \u00ab\u00a0<em>la trace signifie sans faire appara\u00eetre<\/em>\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>) \u2014 en d\u2019autres termes, la trace permet la <em>caract\u00e9risation<\/em> du pass\u00e9 en tant qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 <em>sans jamais<\/em> le r\u00e9v\u00e9ler <em>empiriquement<\/em>.<\/p>\n<h2>4. V\u00e9rit\u00e9 subjective et interrelations r\u00e9cit fictif\u00a0\/\u00a0r\u00e9cit historique\u00a0:<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019unification provenant du quasi-\u00e9v\u00e9nement, Ric\u0153ur souligne qu\u2019\u00ab\u00a0[u]n <em>\u00e9cart subsiste<\/em> entre l\u2019explication narrative et l\u2019explication historique, qui est <em>la recherche elle-m\u00eame<\/em>. Cet \u00e9cart exclut que l\u2019on tienne [\u2026] l\u2019histoire pour une esp\u00e8ce du genre \u201cstory\u201d\u00a0\u00bb (Ric\u0153ur, 1983, p.\u00a0318). Cette affirmation du philosophe semble, curieusement, faire fi de l\u2019\u00e9coulement temporel\u00a0: en effet, les traces qui subsistent de l\u2019oubli, de l\u2019effacement perp\u00e9tuel du pass\u00e9, font figure d\u2019un puzzle o\u00f9 il manquerait des pi\u00e8ces en nombre proportionnel \u00e0 l\u2019\u00e9loignement temporel de l\u2019\u00e9poque constituant l\u2019objet d\u2019\u00e9tude historique. Les projections de l\u2019historien, qui agissent comme une forme de \u00ab\u00a0remplissage\u00a0\u00bb, s\u2019apparentent alors \u00e0 une sorte de quasi-fiction qui rapproche l\u2019histoire du r\u00e9cit de fiction, du \u00ab\u00a0story\u00a0\u00bb. Ric\u0153ur semble n\u00e9anmoins observer, derri\u00e8re l\u2019antagonisme v\u00e9racit\u00e9 de l\u2019histoire\u00a0\/\u00a0virtualit\u00e9 de la fiction, toute la dialectique de la subjectivit\u00e9 du concept de v\u00e9rit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] l\u2019<em>ambition de v\u00e9rit\u00e9<\/em>, par laquelle l\u2019histoire [\u2026] pr\u00e9tend au titre de \u00ab\u00a0r\u00e9cit v\u00e9ridique\u00a0\u00bb ne rev\u00eat toute sa signification que quand on peut l\u2019opposer \u00e0 la suspension d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019alternative entre vrai et faux, caract\u00e9ristique du r\u00e9cit de fiction. Je ne nie pas que cette opposition, entre r\u00e9cit \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb et r\u00e9cit \u00ab\u00a0mi-vrai, mi-faux\u00a0\u00bb, repose sur un crit\u00e8re na\u00eff de v\u00e9rit\u00e9. (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0397-398.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette dialectique de la v\u00e9rit\u00e9 subjective que Ric\u0153ur per\u00e7oit lui permet ainsi de jeter un autre pont entre histoire et fiction qui, toutefois, se trouve occult\u00e9 derri\u00e8re sa critique des th\u00e8ses narrativistes, elles-m\u00eames \u00e9tant occult\u00e9es par son analyse de l\u2019apor\u00e9tique de la temporalit\u00e9, ce que lui reproche d\u2019ailleurs Jean-Fran\u00e7ois Hamel<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Jean-Fran\u00e7ois Hamel \u00e9tant d\u2019ailleurs on ne peut plus clair\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] l\u2019apor\u00e9tique de la temporalit\u00e9 voile chez Ric\u0153ur l\u2019apor\u00e9tique de la narrativit\u00e9.\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0224.) <\/span>. Ce dernier, \u00e0 travers cette critique, en profite \u00e9galement pour construire un ultime pont entre r\u00e9cit historique et r\u00e9cit de fiction \u00e0 travers le concept d\u2019historicit\u00e9, que Ric\u0153ur semble avoir \u00e9vacu\u00e9, et qui agit comme une interrelation entre la temporalit\u00e9 et la narrativit\u00e9 \u2014 lesquelles ont chacune leurs \u00e9chos dans le r\u00e9cit historique <em>et<\/em> le r\u00e9cit de fiction\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] l\u2019histoire des arts du r\u00e9cit r\u00e9sulte de l\u2019imbrication de l\u2019<em>historicit\u00e9 de la temporalit\u00e9 <\/em>et de l\u2019<em>historicit\u00e9 de la narrativit\u00e9 <\/em>dont rend compte leur apor\u00e9tique respective. <em>Chaque exp\u00e9rience du temps re\u00e7oit sa forme<\/em>, avant m\u00eame d\u2019\u00eatre racont\u00e9e, <em>par les r\u00e9cits ant\u00e9rieurs<\/em> qui en constituent pour ainsi dire la condition de possibilit\u00e9; et chaque r\u00e9cit porte au langage une exp\u00e9rience temporelle selon des modalit\u00e9s qui entrent en tension plus ou moins grande avec les r\u00e9cits qui au m\u00eame moment saturent les discours et la m\u00e9moire d\u2019une collectivit\u00e9. C\u2019est dans cette tension toujours irr\u00e9solue, jamais apais\u00e9e que naissent les m\u00e9tamorphoses historiques du r\u00e9cit. (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0222. Je souligne.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Conclusion\u00a0:<\/h2>\n<p>\u00c0 partir de ces quatre liens \u00e0 caract\u00e8re interrelationnel expos\u00e9s dans cette \u00e9tude, soit, dans l\u2019ordre\u00a0: A) la notion de quasi-intrigue qui d\u00e9coule des quasi-personnages et des quasi-\u00e9v\u00e9nements; B) le relais <em>virtuel<\/em> de la preuve documentaire entre le pr\u00e9sent et le pass\u00e9 ayant \u00e9t\u00e9; C) la dialectique de la v\u00e9rit\u00e9 subjective; D) l\u2019imbrication de l\u2019historicit\u00e9 de la temporalit\u00e9 et de l\u2019historicit\u00e9 de la narrativit\u00e9 \u2014 ce dernier point n\u2019\u00e9tant cependant pas de Ric\u0153ur lui-m\u00eame \u2014, il est d\u00e8s lors possible d\u2019affirmer, comme Ric\u0153ur le fait, que les deux types de r\u00e9cits, soit le r\u00e9cit de fiction et, sp\u00e9cifiquement, le r\u00e9cit historique, effectuent des emprunts l\u2019un envers l\u2019autre, se pla\u00e7ant dans une interrelation o\u00f9 le r\u00e9cit de fiction op\u00e8re un d\u00e9placement vers le r\u00e9cit historique alors qu\u2019inversement, le r\u00e9cit historique ex\u00e9cute un d\u00e9placement vers le r\u00e9cit de fiction\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ces emprunts consist[ent] en ceci que l\u2019intentionalit\u00e9 historique ne s\u2019effectue qu\u2019en incorporant \u00e0 sa vis\u00e9e les ressources de <em>fictionalisation<\/em> relevant de l\u2019imaginaire narratif, tandis que l\u2019intentionnalit\u00e9 du r\u00e9cit de fiction ne produit ses effets de d\u00e9tection et de transformation de l\u2019agir et du p\u00e2tir qu\u2019en assumant sym\u00e9triquement les ressources d\u2019<em>historicisation<\/em> que lui offrent les tentatives de reconstruction du pass\u00e9 effectif. De ces \u00e9changes intimes entre historicisation du r\u00e9cit de fiction et fictionalisation du r\u00e9cit historique, na\u00eet ce qu\u2019on appelle le temps humain, et qui n\u2019est autre que le temps racont\u00e9. (Ric\u0153ur, 1985, p.\u00a0185.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette justesse inh\u00e9rente au fondement <em>g\u00e9n\u00e9ral<\/em> de la r\u00e9flexion de Paul Ric\u0153ur n\u2019emp\u00eache pas, comme on l\u2019a vu, que certains passages, voire certaines sections enti\u00e8res, peuvent, et doivent, \u00eatre critiqu\u00e9s pour leur inexactitude et\/ou leur impr\u00e9cision. Dans l\u2019ensemble, cet herm\u00e9tique et volumineux essai demeure un raisonnement temporel riche et incontournable. Mais puisque les avanc\u00e9es de la physique permettent un renouveau ph\u00e9nom\u00e9nologique en ce qui a trait \u00e0 la conceptualisation du temps, en fait de l\u2019<em>espace<\/em>-temps, cette confrontation \u00e0 travers une relecture demeurait pertinente, voire n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Il est cependant un \u00e9l\u00e9ment que cette \u00e9tude a volontairement occult\u00e9, faute, ironiquement, d\u2019espace et de temps et qui est l\u2019assise de la critique de Jean-Fran\u00e7ois Hamel envers Ric\u0153ur. Au reste, cette confrontation ne saurait \u00eatre enti\u00e8re sans un survol de cette critique acerbe, qui pourrait certes constituer une \u00e9tude \u00e0 part enti\u00e8re. Aussi, Hamel pose que la principale tare de la r\u00e9flexion de Ric\u0153ur porte sur la propension de ce dernier \u00e0 mettre l\u2019accent sur l\u2019importance de la <em>tradition<\/em>, prise en tant que continuit\u00e9 du mod\u00e8le aristot\u00e9licien de la mise en intrigue et justement cautionn\u00e9e par l\u2019importance de la tradition dans les arts du r\u00e9cit<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Comme le souligne Jean-Fran\u00e7ois Hamel\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est alors que Ric\u0153ur fait appel \u00e0 la notion de tradition. Les arts du r\u00e9cit en Occident perp\u00e9tueraient le mod\u00e8le aristot\u00e9licien de la mise en intrigue par leur appartenance \u00e0 une tradition o\u00f9 la s\u00e9dimentation des modes de mise en intrigue l\u2019emporterait en derni\u00e8re analyse sur l\u2019innovation et la diff\u00e9renciation.\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0217.) <\/span>. Cette position tenue par Paul Ric\u0153ur, certainement pol\u00e9mique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Pol\u00e9mique, puisque \u00ab\u00a0la tradition occidentale des arts du r\u00e9cit se maintiendrait d\u00e8s lors malgr\u00e9 les ruptures qui la remettent en cause et se perp\u00e9tuerait par une n\u00e9cessit\u00e9 interne face \u00e0 laquelle les <em>discontinuit\u00e9s n\u2019ont valeur que d\u2019accidents<\/em>\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0218. Je souligne). <\/span> et qui rappelle bizarrement celle des Anciens au cours des d\u00e9bats enflamm\u00e9s les opposant aux Modernes, lui est impos\u00e9e par la fondation de sa propre r\u00e9flexion, la pierre d\u2019angle de l\u2019\u00e9difice de l\u2019unit\u00e9 \u00e9v\u00e9nementielle de l\u2019intrigue\u00a0: le temps long. Le temps long qui unifie l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 l\u2019intrigue et l\u2019intrigue aux entit\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rence. Le temps long qui permet aux preuves documentaires de laisser une trace. Le temps long duquel \u00e9merge la tradition dont la puissance de concordance devient identique \u00e0 celle de la narrativit\u00e9, niant ainsi toute valeur de rupture r\u00e9volutionnaire aux extravagances formelles de la modernit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Ainsi que l\u2019expose Jean-Fran\u00e7ois Hamel\u00a0: \u00ab\u00a0Autrement dit, la puissance de concordance de la narrativit\u00e9 est identique \u00e0 la puissance de concordance de la tradition. Par cons\u00e9quent, les po\u00e9tiques de la modernit\u00e9 ne peuvent qu\u2019effectuer une r\u00e9paration du d\u00e9chirement de l\u2019exp\u00e9rience temporelle puisque la tradition dont elles \u00e9mergent et qui les r\u00e9cup\u00e8re les y contraint. En clair, la tradition est l\u2019instance narrative par laquelle Ric\u0153ur en arrive paradoxalement \u00e0 substantialiser les arts du r\u00e9cit.\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0218.) <\/span>. Il convient ainsi de laisser le dernier mot de cette confrontation \u00e0 Jean-Fran\u00e7ois Hamel\u00a0: \u00ab\u00a0On en arrive ainsi \u00e0 nier le temps de la g\u00e9n\u00e9ration et de la corruption, celui-ci \u00e9tant toujours d\u00e9j\u00e0 soumis \u00e0 la concordance d\u2019une tradition ayant valeur de fondement ontologique. <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5424\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5424-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">Ajoutons \u00e9galement, en guise de parenth\u00e8se, que cette pr\u00e9pond\u00e9rance de la tradition dans l\u2019essai de Ric\u0153ur vient paradoxalement s\u2019opposer \u00e0 l\u2019apor\u00e9tique du temps aristot\u00e9licienne, puisque la tradition inscrit le temps dans une conception cyclique de l\u2019\u00e9ternel retour de l\u2019<em>ayant \u00e9t\u00e9<\/em>, alors que l\u2019apor\u00e9tique du temps d\u2019Aristote suppose une vectorialit\u00e9 propre au mouvement de l\u2019instant nombrable aristot\u00e9licien, puisque tout mouvement ne peut \u00eatre r\u00e9versible dans le m\u00eame laps de temps donn\u00e9 \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire que la r\u00e9versibilit\u00e9 du mouvement s\u2019effectuera <em>ult\u00e9rieurement<\/em> au mouvement premier. <\/span>\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0219.)<\/p>\n<h2>Annexe A<\/h2>\n<h2>Sch\u00e9mas<\/h2>\n<p><strong>Sch\u00e9ma 1<\/strong><\/p>\n<p>Pierre frappant la surface de l\u2019eau<br \/>(espace occup\u00e9 par les rides en fonction du temps)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1058\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/telechargement.jpeg\" alt=\"\" width=\"804\" height=\"402\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/telechargement.jpeg 804w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/telechargement-300x150.jpeg 300w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/telechargement-768x384.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 804px) 100vw, 804px\" \/><\/p>\n<p><strong>Sch\u00e9ma 2<\/strong><\/p>\n<p>C\u00f4ne de lumi\u00e8re future et c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e<br \/>(selon la relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1059\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-le-2024-06-13-a-13.53.47.png\" alt=\"\" width=\"1212\" height=\"654\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-le-2024-06-13-a-13.53.47.png 1212w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-le-2024-06-13-a-13.53.47-300x162.png 300w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-le-2024-06-13-a-13.53.47-1024x553.png 1024w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-le-2024-06-13-a-13.53.47-768x414.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1212px) 100vw, 1212px\" \/><\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Hamel, Jean-Fran\u00e7ois. 2006. <em>Revenances de l\u2019histoire. R\u00e9p\u00e9tition, narrativit\u00e9, modernit\u00e9<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Paradoxe\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Minuit, 234 p.<\/p>\n<p>Hawking, Stephen W. 1989. <em>Une Br\u00e8ve Histoire du temps. Du big bang aux trous noirs<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Champs\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Flammarion, 247 p.<\/p>\n<p>Klein, \u00c9tienne. 2004. <em>Petit Voyage dans le monde des quanta<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Champs\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Flammarion, 205 p.<\/p>\n<p>Poirier, Herv\u00e9. 2003 \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience qui nie le temps\u00a0\u00bb. In <em>Science et Vie<\/em>, no 1024, janvier 2003, p.\u00a036-43.<\/p>\n<p>_____________. 2003. \u00ab\u00a0Et s\u2019il y avait deux mondes?\u00a0\u00bb. In <em>Science et Vie<\/em>, no 1024, janvier 2003, p.\u00a044-47.<\/p>\n<p>Poirier, Herv\u00e9 et \u00c9tienne Klein. 2003. \u00ab\u00a0La notion de temps sur la sellette\u00a0\u00bb. In <em>Science &amp; Vie<\/em>, no 1024, janvier 2003, p.\u00a048-50.<\/p>\n<p>Ric\u0153ur, Paul. 1983. <em>Temps et r\u00e9cit. T. 1. L\u2019intrigue et le r\u00e9cit historique<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Points essais\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Seuil, 404 p.<\/p>\n<p>_____________. 1985. <em>Temps et r\u00e9cit. T. 3. Le temps racont\u00e9<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Points essais\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: Seuil, 533 p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Ross-Gaudreault, Marc. 2008. \u00abTemporalit\u00e9 du r\u00e9cit historique: Confronter Ricoeur\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abLes \u00e9critures de l\u2019Histoire\u00bb, n\u00b010, En ligne,https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5424\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ross-gaudreault-10.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 ross-gaudreault-10.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-dacee6ee-e3f7-4262-adae-927fc8289ef7\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ross-gaudreault-10.pdf\">ross-gaudreault-10<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ross-gaudreault-10.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-dacee6ee-e3f7-4262-adae-927fc8289ef7\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Le principe d\u2019Heisenberg stipule qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0on ne peut conna\u00eetre simultan\u00e9ment la position et la vitesse d\u2019une particule quantique\u00a0[\u2026], [puisque] ces derni\u00e8res [i.e. les particules quantiques] ne <em>poss\u00e8dent<\/em> jamais ces deux attributs simultan\u00e9ment. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la repr\u00e9sentation formelle que la physique se fait des particules ne leur attribue jamais ces deux caract\u00e9ristiques <em>\u00e0 la fois<\/em>. Pris ensemble, c\u2019est-\u00e0-dire affect\u00e9s <em>au m\u00eame moment<\/em> \u00e0 un objet donn\u00e9, ces deux concepts n\u2019ont plus de sens. Quant \u00e0 la notion de trajectoire, d\u00e9finie comme la juxtaposition \u00e0 tout instant d\u2019une vitesse et d\u2019une position, elle n\u2019a plus de sens non plus\u00a0\u00bb (Klein, 2004, p.\u00a055-56). Ces deux caract\u00e9ristiques sont ainsi tributaires de la m\u00e9thode analytique employ\u00e9e, \u00e0 savoir la <em>mesure instrumentale de la<\/em> <em>position<\/em> OU <em>la mesure instrumentale de la vitesse<\/em> \u2014 mais jamais les deux \u00e0 la fois. <\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>\u00c0 propos de l\u2019exp\u00e9rience de Gen\u00e8ve, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la s\u00e9rie d\u2019articles d\u2019Herv\u00e9 Poirier, \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience qui nie le temps\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Et s\u2019il y avait deux mondes?\u00a0\u00bb, dans <em>Science et Vie,<\/em> no 1024, janvier 2003, p.\u00a036-47. Par ailleurs, \u00c9tienne Klein, physicien et docteur en philosophie des sciences, dans son commentaire de l\u2019exp\u00e9rience de Gen\u00e8ve de 2002, affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on prend cette th\u00e9orie [la physique quantique] au pied de la lettre, l\u2019 \u201cintrication\u201d entre deux particules ne peut pas \u00eatre d\u00e9crite comme un ph\u00e9nom\u00e8ne strictement causal\u00a0: on ne peut pas dire qu\u2019une particule est \u00e0 un certain endroit, la seconde \u00e0 une autre, et qu\u2019un signal se propage entre les deux. Le syst\u00e8me doit \u00eatre pens\u00e9 comme un tout, sans qu\u2019on puisse parler s\u00e9par\u00e9ment des particules qui le constituent.\u00a0\u00bb (Poirier et Klein, janvier 2003, p.\u00a048.) <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Puisque Augustin rejette le nombre dans sa r\u00e9flexion temporelle et, par cons\u00e9quent, les statistiques et les probabilit\u00e9s \u2014 ce que l\u2019on ne peut pas lui reprocher, l\u2019homme ayant v\u00e9cu quinze si\u00e8cles avant l\u2019\u00e9laboration de la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s! <\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Vu que la conceptualisation physique de la mati\u00e8re d\u2019Aristote repose, comme on l\u2019a vu, sur le constat erron\u00e9 du mouvement. <\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>Cette importance de l\u2019uchronie, Ric\u0153ur l\u2019emprunte \u00e0 Max Weber, lequel l\u2019emprunte lui-m\u00eame \u00e0 von Kries\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] la <em>th\u00e9orie de la \u201cpossibilit\u00e9 objective\u201d<\/em> que Max Weber emprunte au physiologiste von Kries [\u2026] vise essentiellement \u00e0 \u00e9lever les constructions irr\u00e9elles au rang du jugement de possibilit\u00e9 objective qui affecte les divers facteurs de causalit\u00e9 d\u2019un indice de <em>probabilit\u00e9 relative.<\/em>\u00a0\u00bb (Ric\u0153ur, 1983, p.\u00a0327.) Par rapport \u00e0 la probabilit\u00e9, Ric\u0153ur ajoute \u00e9galement, et avec justesse, que \u00ab\u00a0[l]es possibles sont des relations causales irr\u00e9elles que nous avons construites par la pens\u00e9e, et que l\u2019objectivit\u00e9 des \u201cchances\u201d appartient au jugement de possibilit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0328). <\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>En fonction de l\u2019\u00e9quivalence entre la masse et l\u2019\u00e9nergie, selon l\u2019\u00e9quation d\u2019Einstein E=mc<sup>2<\/sup> ou E correspond \u00e0 l\u2019\u00e9nergie, m \u00e0 la masse et c \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nergie qu\u2019un objet poss\u00e8de en raison de son mouvement augmentera sa masse et, par cons\u00e9quent, il lui deviendra encore plus difficile d\u2019augmenter sa vitesse. Cet effet n\u2019est r\u00e9ellement significatif que pour les objets se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 des vitesses proches de celle de la lumi\u00e8re. [\u2026] Il ne pourra en fait jamais atteindre la vitesse de la lumi\u00e8re, parce que, alors sa masse devrait \u00eatre infinie, et qu\u2019en raison de l\u2019\u00e9quivalence entre la masse et son \u00e9nergie, cela lui demanderait une quantit\u00e9 infinie d\u2019\u00e9nergie pour y arriver. C\u2019est ainsi que tout objet normal en est \u00e0 tout jamais r\u00e9duit par la relativit\u00e9 \u00e0 se mouvoir \u00e0 des vitesses inf\u00e9rieures \u00e0 celles de la lumi\u00e8re. Seule la lumi\u00e8re, ou d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes d\u00e9nu\u00e9s de masse intrins\u00e8que, peuvent l\u2019atteindre\u00a0\u00bb (Hawking, 1989, p.\u00a043). <\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Rappel\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on conna\u00eet ce qui arrive \u00e0 tout instant particulier partout dans la r\u00e9gion de l\u2019espace qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du c\u00f4ne de lumi\u00e8re pass\u00e9e de P, on peut pr\u00e9dire ce qui arrivera en P.\u00a0\u00bb (Hawking,1989, p.\u00a048-49.) <\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Jean-Fran\u00e7ois Hamel \u00e9tant d\u2019ailleurs on ne peut plus clair\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] l\u2019apor\u00e9tique de la temporalit\u00e9 voile chez Ric\u0153ur l\u2019apor\u00e9tique de la narrativit\u00e9.\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0224.) <\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>Comme le souligne Jean-Fran\u00e7ois Hamel\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est alors que Ric\u0153ur fait appel \u00e0 la notion de tradition. Les arts du r\u00e9cit en Occident perp\u00e9tueraient le mod\u00e8le aristot\u00e9licien de la mise en intrigue par leur appartenance \u00e0 une tradition o\u00f9 la s\u00e9dimentation des modes de mise en intrigue l\u2019emporterait en derni\u00e8re analyse sur l\u2019innovation et la diff\u00e9renciation.\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0217.) <\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>Pol\u00e9mique, puisque \u00ab\u00a0la tradition occidentale des arts du r\u00e9cit se maintiendrait d\u00e8s lors malgr\u00e9 les ruptures qui la remettent en cause et se perp\u00e9tuerait par une n\u00e9cessit\u00e9 interne face \u00e0 laquelle les <em>discontinuit\u00e9s n\u2019ont valeur que d\u2019accidents<\/em>\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0218. Je souligne). <\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>Ainsi que l\u2019expose Jean-Fran\u00e7ois Hamel\u00a0: \u00ab\u00a0Autrement dit, la puissance de concordance de la narrativit\u00e9 est identique \u00e0 la puissance de concordance de la tradition. Par cons\u00e9quent, les po\u00e9tiques de la modernit\u00e9 ne peuvent qu\u2019effectuer une r\u00e9paration du d\u00e9chirement de l\u2019exp\u00e9rience temporelle puisque la tradition dont elles \u00e9mergent et qui les r\u00e9cup\u00e8re les y contraint. En clair, la tradition est l\u2019instance narrative par laquelle Ric\u0153ur en arrive paradoxalement \u00e0 substantialiser les arts du r\u00e9cit.\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0218.) <\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>Ajoutons \u00e9galement, en guise de parenth\u00e8se, que cette pr\u00e9pond\u00e9rance de la tradition dans l\u2019essai de Ric\u0153ur vient paradoxalement s\u2019opposer \u00e0 l\u2019apor\u00e9tique du temps aristot\u00e9licienne, puisque la tradition inscrit le temps dans une conception cyclique de l\u2019\u00e9ternel retour de l\u2019<em>ayant \u00e9t\u00e9<\/em>, alors que l\u2019apor\u00e9tique du temps d\u2019Aristote suppose une vectorialit\u00e9 propre au mouvement de l\u2019instant nombrable aristot\u00e9licien, puisque tout mouvement ne peut \u00eatre r\u00e9versible dans le m\u00eame laps de temps donn\u00e9 \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire que la r\u00e9versibilit\u00e9 du mouvement s\u2019effectuera <em>ult\u00e9rieurement<\/em> au mouvement premier. <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abLes \u00e9critures de l\u2019Histoire\u00bb, n\u00b010 Pendant que les grains de sable tombent implacablement dans le fin goulot du sablier, le temps suit son cours, immuable et imperturbable, presque mena\u00e7ant. \u00c0 chacune des secondes qui passe, il nous rappelle la finitude de notre existence et la corruption qu\u2019elle repr\u00e9sente. Chaque seconde, des gens meurent, des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1191,1190],"tags":[325],"class_list":["post-5424","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-dossier-les-ecritures-de-lhistoire","category-les-ecritures-de-lhistoire","tag-ross-gaudreault-marc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5424","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5424"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5424\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9291,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5424\/revisions\/9291"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5424"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5424"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5424"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}