{"id":5440,"date":"2024-06-13T19:48:17","date_gmt":"2024-06-13T19:48:17","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/lengagement-par-la-fragilite-deux-cas-kim-dore-et-fernand-durepos\/"},"modified":"2024-09-11T04:43:10","modified_gmt":"2024-09-11T04:43:10","slug":"lengagement-par-la-fragilite-deux-cas-kim-dore-et-fernand-durepos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5440","title":{"rendered":"L\u2019engagement par la fragilit\u00e9, deux cas : Kim Dor\u00e9 et Fernand Durepos"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6880\">Actes du colloque \u00abEngagement: imaginaires et pratiques\u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b01<\/a><\/h5>\n<p>Loin de se positionner en marge du monde, l\u2019artiste, diff\u00e9remment selon les \u00e9poques et les courants, interagit avec lui, quand ce n\u2019est pas qu\u2019il agit sur lui, devenant ainsi un acteur majeur de son temps. Or, pr\u00e9sentement, alors que la politique et les id\u00e9ologies qui la portent perdent de l\u2019int\u00e9r\u00eat aux yeux de plusieurs, il appara\u00eet int\u00e9ressant de questionner le type d\u2019engagement de la po\u00e9sie actuelle puisque le po\u00e8te persiste \u00e0 soutenir son appartenance au monde. Prenons l\u2019hypoth\u00e8se suivante\u00a0: la place qu&rsquo;occupe un sens perceptif, le regard par exemple, dans une \u0153uvre po\u00e9tique \u00e9claire la nature de l\u2019engagement de cette derni\u00e8re dans la mesure o\u00f9, comme l\u2019affirme Michel Serres dans l\u2019ouvrage <em>Les cinq sens<\/em>, \u00ab\u00a0il n\u2019y a rien dans l\u2019intellect qui n\u2019ait d\u2019abord pass\u00e9 par les sens\u00a0\u00bb (1985, p.\u00a0213). Mais d\u2019abord, interrogeons-nous sur l\u2019importance du regard dans la conception du monde du sujet et dans le contact qu&rsquo;il \u00e9tablit avec celui-ci. Ce constat fait, il sera possible d&rsquo;observer son incidence sur le type de rapport que le sujet \u00e9tablit avec l\u2019autre et ainsi la place qu&rsquo;il peut avoir dans le texte po\u00e9tique, en particulier dans la po\u00e9sie qu\u00e9b\u00e9coise contemporaine, ici repr\u00e9sent\u00e9e par les \u0153uvres de Kim Dor\u00e9 et de Fernand Durepos.<\/p>\n<p>Les \u0153uvres de ces deux po\u00e8tes contemporains sont assez diff\u00e9rentes dans la mesure o\u00f9 la douleur g\u00e9n\u00e9rant l\u2019engagement chez Fernand Durepos r\u00e9sulte bien souvent d\u2019une dynamique amoureuse, alors qu&rsquo;elle na\u00eet de la confrontation au monde chez Kim Dor\u00e9. De plus, bien que les deux po\u00e8tes appartiennent au registre de l\u2019intime, la po\u00e9sie du premier est plus lyrique, int\u00e9grant le d\u00e9sordre et le d\u00e9sastre, tandis que la deuxi\u00e8me les crie et se d\u00e9m\u00e8ne pour ne pas les laisser l\u2019envahir. Pour Durepos, l&rsquo;acte de publication a tout \u00e0 voir avec son engagement. Dans un entretien pour l\u2019Hexagone, il affirme que \u00ab\u00a0publier c\u2019est se faire le passeur d\u2019espoir, \u00eatre solidaire et \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019autre, peu importe qui il est et o\u00f9 qu\u2019il soit\u00a0\u00bb (edhexagone.com, 2004). Aussi, il appara\u00eet que de toute la tristesse d\u00e9ploy\u00e9e dans son \u0153uvre, l\u2019espoir na\u00eet.<\/p>\n<p>Kim Dor\u00e9 a fait une ma\u00eetrise en \u00e9tudes litt\u00e9raires \u00e0 l\u2019UQAM o\u00f9 elle a \u00e9tudi\u00e9 les rapports entre sciences et litt\u00e9rature. En 1999, alors qu&rsquo;elle n&rsquo;a que vingt ans, elle fait para\u00eetre aux \u00c9ditions des Intouchables son premier recueil, <em>La d\u00e9rive des m\u00e9duses<\/em>, pour lequel on lui d\u00e9cerne le prix Rel\u00e8ve au Salon du livre de Saguenay. En 2004, <em>Le rayonnement des corps noirs<\/em>, publi\u00e9 aux \u00c9ditions Po\u00e8tes de Brousse, lui permet de remporter le prix convoit\u00e9 par plusieurs\u00a0: le prix \u00c9mile-Nelligan.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Fernand Durepos, il a derri\u00e8re lui une \u0153uvre plus importante. N\u00e9 en 1962, il a publi\u00e9 plusieurs recueils et a particip\u00e9 \u00e0 de nombreuses lectures. Pour l&rsquo;\u00e9tude qui nous occupe ici, il s&rsquo;agira de puiser dans ses deux derniers recueils\u00a0: <em>Mourir m\u2019arrive<\/em>, paru en 2004 \u00e0 l\u2019Hexagone, et, dans la m\u00eame maison d\u2019\u00e9dition en 2006, <em>Les abattoirs de la gr\u00e2ce<\/em>.<\/p>\n<h2>Regard<\/h2>\n<p>Tout d\u2019abord, le regard, parce qu\u2019il est le sens privil\u00e9gi\u00e9, donne \u00e0 lire notre fa\u00e7on de consid\u00e9rer le monde et d\u2019entrer en contact avec lui. Encore plus, il donne \u00e0 voir ce qu\u2019il vise et aussi ce sur quoi son attention se pose; c\u2019est-\u00e0-dire que, simultan\u00e9ment, il d\u00e9voile le monde qui l\u2019entoure, ses pr\u00e9occupations et ses objectifs. En effet, gr\u00e2ce au regard, nous subjectivons le monde puisqu\u2019en le regardant, nous en prenons possession. Durepos \u00e9crit, dans le po\u00e8me \u00ab\u00a0Elle ne doute jamais\u00a0: un m\u00e9t\u00e9ore finit toujours par tomber\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>de tout temps<br \/>c\u2019est d\u2019un long regard pos\u00e9 sur elle<br \/>que je rentre enfin<br \/>chez moi. (2004, p.\u00a055.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette capacit\u00e9 du regard \u00e0 assimiler son objet est une des distinctions qui l\u2019oppose \u00e0 d\u2019autres sens. Dans cette perspective, Serres soutient que \u00ab\u00a0l\u2019odorat et le go\u00fbt diff\u00e9rencient, alors que le langage, comme la vue et l\u2019ou\u00efe, int\u00e8gre\u00a0\u00bb (1985, p.\u00a0204). Le langage, la vue et l\u2019ou\u00efe entrent aussi dans la composition et la r\u00e9ception de la po\u00e9sie. Cette pens\u00e9e implique que le sujet, parce qu\u2019il ne peut se d\u00e9partir de ses sens, ne peut s\u2019affranchir du monde ext\u00e9rieur, qui, inversement, lui demeure pourtant constamment \u00e9tranger. Le regard offre donc une connaissance du monde, d\u00e9sir\u00e9e ou non, comme on peut le voir dans ce po\u00e8me de Durepos o\u00f9 l\u2019ouverture sur l\u2019ext\u00e9rieur donne lieu \u00e0 un constat plut\u00f4t pessimiste\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>de sa maison<br \/>sous mes paupi\u00e8res<br \/>il lui arrive de vouloir<br \/>savoir la vie<br \/>qu\u2019il fait<\/p>\n<p>j\u2019ouvre les yeux<br \/>sur la laideur toujours l\u00e0<br \/>malade de tant la manquer<br \/>elle laisse tomber<\/p>\n<p>aujourd\u2019hui encore il fait mort<\/p>\n<p>dehors est d\u2019une violence<br \/>qui ne se soigne plus. (2006, p.\u00a032.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce po\u00e8me t\u00e9moigne de l\u2019effet du regard\u00a0: une fois vu, le monde ne peut plus \u00eatre oubli\u00e9 par le sujet. Or, ce que nous dit ici Durepos est que le regard n\u2019est gu\u00e8re r\u00e9jouissant ou encourageant.<\/p>\n<p>La facult\u00e9 qu&rsquo;a la vue de susciter la compr\u00e9hension se manifeste constamment dans les plus infimes d\u00e9tails du langage courant\u00a0: nous <em>illustrons <\/em>notre propos, en guise d\u2019explication, et nous croyons souvent plus facilement (ou n\u2019en avons plus le choix) ce que nous avons <em>vu<\/em>\u2026 Cette conviction ne reste pas sans cons\u00e9quence\u00a0: le sujet r\u00e9ussit difficilement \u00e0 s\u2019en d\u00e9faire. La vue n&rsquo;engendre pas qu&rsquo;un spectacle, elle permet une relation \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qui se mue en rapport indissociable, une prise o\u00f9 l\u2019objet se laisse toucher, comme le fait remarquer Levinas \u00e0 partir des philosophies de St-Augustin et Heidegger\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] nous employons le terme <em>vision<\/em> indiff\u00e9remment pour toute exp\u00e9rience, m\u00eame quand elle engage d\u2019autres sens que la vue. Et nous employons dans ce sens privil\u00e9gi\u00e9 le saisir.\u00a0\u00bb (1965, p.\u00a0162. Levinas souligne.)<\/p>\n<p>Mais cette prise de contact implique aussi une distance. Levinas pose tr\u00e8s bien ce probl\u00e8me, y ajoutant l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 du regard face au monde\u00a0: \u00ab\u00a0La vision s\u2019ouvre sur une perspective, sur un horizon et d\u00e9crit une distance franchissable, invite la main au mouvement et au contact et les assure.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0165.) Car, bien s\u00fbr, la vue n\u2019agit pas par contact direct. Elle travaille et se constitue toujours par la m\u00e9diation des particules de lumi\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La vision, comme l\u2019a dit Platon, suppose en dehors de l\u2019\u0153il et de la chose, la lumi\u00e8re. L\u2019\u0153il ne voit pas la lumi\u00e8re mais l\u2019objet dans la lumi\u00e8re. La vision est donc un rapport avec un \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb qui s\u2019\u00e9tablit au sein d\u2019un rapport avec ce qui n\u2019est pas un \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb.\u00a0 (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0163.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sentiment d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par le regard est aussi celui par lequel les po\u00e8tes, volontairement ou non, nous confrontent\u00a0: \u00ab\u00a0La vue livre une pr\u00e9sence\u00a0\u00bb, atteste Serres (1985, p.\u00a053). Or, cette pr\u00e9sence est double dans la po\u00e9sie puisque, en plus du regard, la po\u00e9sie travaille avec le langage et leur relation est r\u00e9ciproque. Didi-Huberman rel\u00e8ve de la pens\u00e9e d\u2019Heidegger\u00a0que \u00ab\u00a0[n]ommer, c\u2019est <em>dire, <\/em>c\u2019est-\u00e0-dire montrer. Nommer, c\u2019est montrer en ouvrant\u00a0\u00bb (2005, p.\u00a075). Pour Jonathan Lamy, dans \u00ab\u00a0Benoit Jutras, l\u2019apaisante violence de l\u2019intime\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0[l]e po\u00e8me s\u2019adresse \u00e0 l\u2019\u0153il, notamment pour le d\u00e9ranger, et pour d\u00e9ranger ce qu\u2019il croit voir. On entre dans l\u2019intimit\u00e9 d\u2019un sujet et cette intimit\u00e9 \u00e0 son tour nous rentre dedans\u00a0\u00bb (2007, p.\u00a061).<\/p>\n<h2>Les cons\u00e9quences du discours<\/h2>\n<p>Si le regard t\u00e9moigne de la vision du monde et constitue m\u00eame une possibilit\u00e9 d&rsquo;entrer en contact avec lui, l\u2019utilisation du langage, contrairement au regard, est un geste volontaire vers l\u2019autre.<\/p>\n<p>Alors que le regard livre une connaissance du monde, le langage permet de le structurer. Michel Leiris explique : \u00ab\u00a0Ce mot <em>je <\/em>r\u00e9sume pour moi la structure du monde. Ce n\u2019est qu\u2019en fonction de moi-m\u00eame et parce que je daigne accorder quelque attention \u00e0 leur existence que les choses sont.\u00a0\u00bb (Leiris cit\u00e9 dans Chamberland, 2004, p.\u00a088. Leiris souligne.) Il en r\u00e9sulte que la subjectivit\u00e9 assure une prise en charge du monde. Par l\u2019utilisation du langage, on offre un t\u00e9moignage de cette subjectivit\u00e9 sur le monde. C\u2019est ce qu\u2019attestent les appositions aux titres des diff\u00e9rentes parties du recueil de Kim Dor\u00e9, <em>Le rayonnement des corps noirs\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Syntaxe des choses qui tombent et qui s\u2019enlisent\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Syntaxe de l\u2019air et de l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00bb, \u00ab\u00a0Syntaxe de l\u2019esp\u00e9rance et des incendies\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Syntaxe de la terre et des fins du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or, en plus de permettre le constat de sa propre subjectivit\u00e9, le langage reconna\u00eet aussi l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] le fait m\u00eame de se trouver dans un discours consiste \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 autrui un droit sur cet \u00e9go\u00efsme et ainsi, \u00e0 se justifier\u00a0\u00bb, affirme Levinas (1965, p. 10). Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, il poursuit en soutenant que \u00ab\u00a0[l]e langage est universel parce qu\u2019il est le passage m\u00eame de l\u2019individu au g\u00e9n\u00e9ral, parce qu\u2019il offre des choses miennes \u00e0 autrui. Parler c\u2019est rendre le monde commun, cr\u00e9er des lieux communs\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a049). Ainsi, on peut voir \u00e9merger l\u2019impact du langage sur le monde ou, en d\u2019autres mots, son impossibilit\u00e9 \u00e0 ne pas avoir d\u2019impact sur celui-ci. En ce sens, la po\u00e9sie est toujours engag\u00e9e. Son engagement premier consiste \u00e0 cr\u00e9er des lieux partageables avec son lecteur, mais permet aussi de mettre en \u00e9vidence les liens d\u00e9faillants qui entravent la dynamique entre les diff\u00e9rents acteurs de notre monde, en m\u00eame temps qu&rsquo;un espoir d&rsquo;y trouver des solutions\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] le langage se parle l\u00e0 o\u00f9 manque la communaut\u00e9 entre les termes de la relation, l\u00e0 o\u00f9 manque, o\u00f9 doit se constituer le plan commun\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a010). Le langage est collectif par essence, puisqu&rsquo;il intervient n\u00e9cessairement dans un acte de communication. Il permet au sujet d&rsquo;\u00e9noncer son rapport au monde \u2013 son engagement \u00e0 ce monde \u2013 dans la mesure o\u00f9 il est re\u00e7u par une subjectivit\u00e9 autre, mais semblable. Selon Chamberland\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun seul\u00a0: \u00e7a ne s\u2019additionne pas. \u00c7a se communique\u00a0: oui. Mais comment\u00a0? Quelqu\u2019un crie sa peur ou sa rage. Directement, comme \u00e7a lui vient. Et un autre l\u2019entend.\u00a0\u00bb (2004, p.\u00a047.)<\/p>\n<h2>S&rsquo;engager po\u00e9tiquement au Qu\u00e9bec<\/h2>\n<p>Bien entendu, la nature ou l&rsquo;intensit\u00e9 de cet engagement est variable. L\u2019histoire de la po\u00e9sie litt\u00e9raire du Qu\u00e9bec en fournit la preuve. De nombreux po\u00e8tes qui publiaient dans les ann\u00e9es cinquante et soixante affichaient explicitement leur engagement politique et social\u00a0; pensons \u00e0 la po\u00e9sie nationaliste de G\u00e9rald Godin et de Gaston Miron, pour ne nommer qu&rsquo;eux. L\u2019acte d&rsquo;\u00e9criture \u00e9tait alors n\u00e9cessaire au partage de la prise de conscience politique, mais aussi \u00e0 un geste que le lecteur \u00e9tait convi\u00e9 \u00e0 poser\u00a0: participer activement au d\u00e9bat. Ainsi, le po\u00e8me est un appel \u00e0 l\u2019autre, autre en tant que partie d\u2019une collectivit\u00e9 dans laquelle il peut agir. Aussi, le regard \u00e9tait alors prioritairement tourn\u00e9 vers l\u2019avenir, puisque la production visait \u00e0 produire un impact imm\u00e9diat. N\u00e9anmoins, ce regard portait aussi sur le pass\u00e9\u00a0: les po\u00e8tes \u00e9taient alors \u00ab\u00a0[s]oucieux de contribuer \u00e0 l\u2019affranchissement des contraintes id\u00e9ologiques, politiques et religieuses de m\u00eame qu\u2019\u00e0 l\u2019affirmation nationale\u00a0\u00bb (Brassard, 2007, p.\u00a07).<\/p>\n<p>La situation change radicalement dans les ann\u00e9es soixante-dix. Les po\u00e8tes ne pr\u00e9sentent plus la m\u00eame unit\u00e9 dans leur attitude face au social, ni la m\u00eame conception de leur art\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] deux tendances [\u00e9mergent]\u00a0: dans la production inspir\u00e9e par la contre-culture, on observe une sorte de prolongement du sujet collectif [,] tandis que les tenants du formalisme tentent pour leur part d\u2019\u00e9vacuer le sujet\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a07).<\/p>\n<p>De ces deux d\u00e9marches historiquement marqu\u00e9es, on assiste \u00e0 la naissance dans les ann\u00e9es quatre-vingt d&rsquo;une approche compl\u00e8tement diff\u00e9rente\u00a0: \u00ab\u00a0les ann\u00e9es 80 sont marqu\u00e9es par l\u2019essor de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler \u201cpo\u00e9sie intimiste\u201d, qui s\u2019exprime notamment par l\u2019affirmation d\u2019un sujet singulier et un retour au lyrisme\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a07). Or, nous dit Thierry Bissonette, dans \u00ab\u00a0Des <em>nous <\/em>pluriels \u00e0 la r\u00e9invention du groupe\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 26.95pt; text-align: justify;\">le registre de l\u2019intime rencontre l\u2019aporie suivant laquelle aucune parole n\u2019est uniquement personnelle, engageant toujours une certaine polyphonie ou intersubjectivit\u00e9 qui fait de l\u2019ego une propri\u00e9t\u00e9 partag\u00e9e\u00a0; d\u2019autre part le registre collectif semble limit\u00e9, rendu forc\u00e9ment incomplet par l\u2019accumulation de discours via laquelle il se construit. Ni je ni nous, le sujet lyrique. (2007, p.\u00a013-14.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il appara\u00eet alors que, bien que cette po\u00e9sie puisse sembler de prime abord d\u00e9connect\u00e9e du projet social et politique des po\u00e8tes des ann\u00e9es cinquante et soixante, elle persiste dans le m\u00eame sens, mais en prenant un autre chemin.<\/p>\n<h2>Po\u00e9sie actuelle<\/h2>\n<p>La po\u00e9sie actuelle propose une double perspective\u00a0: un regard sur le pass\u00e9 et un sur le pr\u00e9sent. En effet, les po\u00e8tes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 pour ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, cherchant constamment l\u2019actualisation d\u2019une m\u00e9moire collective partag\u00e9e et universelle. Il ne s&rsquo;agit plus de se limiter \u00e0 d\u00e9plorer et questionner la situation identitaire et socio-\u00e9conomique des Qu\u00e9b\u00e9cois, mais aussi \u00e0 d\u00e9noncer les injustices et \u00e0 s&rsquo;interroger sur les probl\u00e8mes de l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re. On note une tendance \u00e0 l\u2019inventaire des drames, pensons seulement au recueil <em>Vingti\u00e8mes si\u00e8cles<\/em> de Jean-Marc Desgent qui recense autant les d\u00e9boires mondiaux, telle la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, que les frustrations qu\u00e9b\u00e9coises, telle l\u2019obligation de s\u2019exprimer dans les deux langues au Qu\u00e9bec. D\u00e9sormais, le po\u00e8te tente de prendre le pouls du monde, tant dans son histoire que dans sa r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente et d\u2019entrer en contact avec l\u2019autre. C&rsquo;est par le biais de sa singularit\u00e9 qu&rsquo;il y parvient.<\/p>\n<p>En effet, la po\u00e9sie s\u2019ancre d\u00e9sormais dans le quotidien et dans l\u2019exp\u00e9rience personnelle, montrant tout ce qu&rsquo;elle peut avoir d&rsquo;universel. Mais, on peut \u00e9galement voir appara\u00eetre une nouvelle attitude du po\u00e8te dans son rapport \u00e0 l&rsquo;autre\u00a0: alors que les po\u00e8tes des ann\u00e9es cinquante et soixante cherchaient \u00e0 convier l\u2019autre \u00e0 partager une position id\u00e9ologique commune et polaris\u00e9e, les po\u00e8tes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui tentent plut\u00f4t d&rsquo;interpeller l&rsquo;autre dans sa sp\u00e9cificit\u00e9. Aussi, il appara\u00eet que l\u2019engagement a subi un changement de nature\u00a0: passant de collectif \u00e0 individuel. On s\u2019adresse d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019homme dans sa singularit\u00e9 et dans ce que celle-ci a de plus universel, mais aussi de plus personnel, c\u2019est-\u00e0-dire la fragilit\u00e9 et l\u2019espoir qui en d\u00e9coulent. \u00c0 cet effet, la po\u00e9sie de Durepos est remarquable, rendant compte de la gravit\u00e9 que nous vivons dans une relation amoureuse. Il \u00e9crit dans le po\u00e8me \u00ab\u00a0On ne tait pas tant d\u2019ann\u00e9es perdues d\u2019un simple b\u00e2illon de dentelle\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>il est des meurtres<br \/>dont personne ne saura<br \/>jamais rien<\/p>\n<p>pourtant<br \/>nous avons surv\u00e9cu<br \/>kidnapp\u00e9s trimball\u00e9s d\u2019amour en amour<br \/>dans le coffre arri\u00e8re des voitures vol\u00e9es<br \/>qu\u2019on nous laissait pour c\u0153ur.\u00a0(2004, p.\u00a049.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, \u00e0 la solitude d\u00e9rivant d\u2019une peine d\u2019amour, Durepos oppose le partage de cette exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>C\u2019est d&rsquo;ailleurs probablement ce qui voile l\u2019engagement de la po\u00e9sie actuelle\u00a0: son attention port\u00e9e \u00e0 la sph\u00e8re de l&rsquo;intime plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 celle du social. Il n\u2019en demeure pas moins que le d\u00e9sir \u00ab\u00a0d\u2019intervention sur la collectivit\u00e9 [du po\u00e8te], lequel, s\u2019appuyant sur un dialogue entre l\u2019identit\u00e9 personnelle et la nature humaine, semble autoriser une parole dont le statut d\u00e9borde celui du <em>je <\/em>autobiographique\u00a0\u00bb (Bissonnette, 2007, p.\u00a022).<\/p>\n<h2>S&rsquo;engager aujourd&rsquo;hui<\/h2>\n<p>En effet, ce \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb de la po\u00e9sie qu\u00e9b\u00e9coise contemporaine n\u2019est pas le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb lyrique des po\u00e8tes romantiques. \u00c0 ce propos, Liliane Fournelle, en parlant du sujet \u00ab\u00a0auteur\u00a0\u00bb dans les \u0153uvres de Chamberland, Monette et Desgent, \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote>\n<p>[il] ne dit pas <em>je <\/em>au sens identitaire du terme. Ce <em>je <\/em>est un sujet d\u00e9sindividualis\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire projet\u00e9 hors de soi dans l\u2019exp\u00e9rience de dire le monde. Et cette exp\u00e9rience est tout \u00e0 la fois l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019autre et celle de dire le monde <em>avec <\/em>l\u2019autre. (2007, p.\u00a048.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fernand Durepos et Kim Dor\u00e9 s&rsquo;inscrivent pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette conception du sujet. Chez Kim Dor\u00e9, on le voit ais\u00e9ment\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>je tra\u00eene toujours les restes d\u2019un corbeau<br \/>comme une empreinte qui nous prot\u00e8ge<br \/>une couverture d\u2019obscurit\u00e9 au cas o\u00f9<br \/>les jours s\u2019allongeraient vois-tu l\u2019horizon<br \/>a perdu son centre c\u2019est pourquoi nous<br \/>apprenons \u00e0 errer debout et pourtant<br \/>la vie tremble pour qu\u2019on la nomme<br \/>je tra\u00eene toujours un manteau de silence. (2004, p.\u00a047.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais le po\u00e8te ne fait pas que dire, ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 faire entendre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Chacun \u00e0 sa mani\u00e8re oppose une r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement qui nous menace tous. Cette menace concerne principalement trois types de relations, soit individuelle, culturelle et plan\u00e9taire. [\u2026] L\u2019\u00eatre est menac\u00e9 en tant qu\u2019individu parce que ni\u00e9 et ignor\u00e9 par l\u2019autre. [\u2026] Sur le plan collectif [\u2026], il est \u00e9cras\u00e9 par les \u00c9tats plus puissants qui l\u2019entourent et le m\u00e9prisent. [\u2026] Et du point de vue du monde, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, c\u2019est l\u2019\u00eatre en tant qu\u2019humanit\u00e9 qui est menac\u00e9. (Fournelle, 2007, p.\u00a038.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour r\u00e9sister \u00e0 la menace, la solution que nous offre la po\u00e9sie passe dans un premier temps par cette individualit\u00e9 par laquelle elle est travaill\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Si, d\u2019une part, chacun des trois sujets lyriques r\u00e9siste \u00e0 l\u2019envahisseur en affirmant son appartenance \u00e0 une culture, d\u2019autre part, ils entendent affirmer leur individualit\u00e9 en remodelant la langue commune. Il lui faut d\u00e9jouer le discours ambiant et les formules consacr\u00e9es.\u00a0 (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a044.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En prenant une distance par rapport \u00e0 la <em>doxa<\/em>, on ne se retrouve pas dans un <em>no man&rsquo;s land<\/em>, mais plut\u00f4t sur un nouveau terrain, o\u00f9 les lieux ne sont plus communs, mais partageables. Le premier po\u00e8me du <em>Rayonnement des corps noirs <\/em>pr\u00e9sente le monde auquel le lecteur est convi\u00e9 \u00e0 pr\u00eater son attention :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Vois-tu la terre entaill\u00e9e de petites rigoles<br \/>des enfants morts depuis trop longtemps<br \/>ont creus\u00e9 ici une tombe carr\u00e9e<br \/>de sable et d\u2019eau ce grand lac vide<br \/>d\u2019o\u00f9 la vie s\u2019\u00e9coule encore nous<br \/>l\u2019avons choisi comme on choisit sa fin un soir de canicule pour<br \/>voir ce qu\u2019on en dit ce qui<br \/>en reste mais aussi la vase<br \/>o\u00f9 s\u2019enfoncent les mots<br \/>l\u2019axe o\u00f9 ils retombent<br \/>avec les couteaux<br \/>lanc\u00e9s au hasard<br \/>du monde. (Dor\u00e9, 2004, p.\u00a011.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paul Chamberland r\u00e9ussit particuli\u00e8rement bien \u00e0 rendre compte de l\u2019essence de l\u2019engagement possible \u00e0 notre \u00e9poque \u2013 un engagement qui n&rsquo;est pas \u00e9vident, mais qui impr\u00e8gne la po\u00e9sie actuelle. Il nomme ce nouvel engagement, la politique de la douleur, \u00ab\u00a0celle qui consent \u00e0 ouvrir la blessure \u2013 d\u2019o\u00f9 nous venons tous\u00a0\u00bb (2004, p.\u00a0108), celle de \u00ab\u00a0la non-indiff\u00e9rence \u00e0 la douleur de l\u2019autre\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0131), la seule politique qui \u00ab\u00a0peut tenir t\u00eate \u00e0 la tyrannie de nos jours \u00e9mergente \u00e9tant donn\u00e9 la tournure qu\u2019a prise le cours du monde\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0131).<\/p>\n<p>Cette politique d\u00e9finie par Chamberland rencontre l&rsquo;id\u00e9e du regard, par le biais de l\u2019attention\u00a0: \u00ab\u00a0La douleur maintient mon attention dans la consid\u00e9ration d\u2019un fait remarquablement sous-estim\u00e9, celui de notre vuln\u00e9rabilit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0133). Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 est probablement un des sentiments les plus universels, mais aussi un des plus personnels pour beaucoup.\u00a0Il demeure que tout en partageant la sienne, le po\u00e8te interpelle celle de l\u2019autre. Loin de le laisser dans cet \u00e9tat, il lui offre ensuite l\u2019espoir.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que l\u2019engagement se dessine chez Dor\u00e9 et Durepos. Les deux po\u00e8tes, loin de nier la laideur et la souffrance du monde la r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 partir de leur propre subjectivit\u00e9 et, ce faisant, nous invitent \u00e0 vivre ensemble. Par leur \u00e9crit, les po\u00e8tes remettent au premier plan l\u2019importance du contact \u00e0 l\u2019autre, comme le dit bien un po\u00e8me de Durepos : \u00ab\u00a0n\u2019avoir que l\u2019autre o\u00f9 aller\u00a0\u00bb (2004, p.\u00a059).<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BISSONNETTE, Thierry. 2007. \u00ab\u00a0Des <em>nous <\/em>pluriels \u00e0 la r\u00e9invention du groupe\u00a0\u00bb. Denise Brassard et Evelyne Gagnon (dir. publ.). <em>Aux fronti\u00e8res de l\u2019intime<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Figura, p. 13-33.<\/p>\n<p>BRASSARD, Denise. 2007. \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation\u00a0\u00bb. Denise Brassard et Evelyne Gagnon (dir. publ.). 2007. <em>Aux fronti\u00e8res de l\u2019intime<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Figura, p. 7-12.<\/p>\n<p>CHAMBERLAND, Paul. 2004. <em>Une politique de la douleur. Pour r\u00e9sister \u00e0 notre an\u00e9antissement<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: VLB \u00e9diteurs, 276 p<\/p>\n<p>DIDI-HUBERMAN, Georges. 2005. <em>Gestes d\u2019air et de pierre<\/em>. Paris\u00a0: Minuit, 2005, 84 p.<\/p>\n<p>DOR\u00c9, Kim. 1999. <em>La D\u00e9rive des M\u00e9duses<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: les Intouchables, 73\u00a0p.\u00a0<\/p>\n<p>DOR\u00c9, Kim. 2004. <em>Le rayonnement des corps noirs<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Po\u00e8tes de Brousse, 90 p.<\/p>\n<p>DUREPOS, Fernand. \u00ab\u00a0Entretien sur <em>Mourir m&rsquo;arrive\u00a0\u00bb<\/em><em>. \u00c9ditions<\/em><em> de l\u2019Hexagone<\/em>. 2004. En ligne. &lt;<a href=\"http:\/\/www.edhexagone.com\/pagecat.asp?annee=2004&amp;codecat=cg&amp;no=15&amp;saison=Automne&amp;page=4&gt;\">www.edhexagone.com\/pagecat.asp?annee=2004&amp;codecat=cg&amp;no=15&amp;saison=Automn&#8230;<\/a>. \u00a0Consult\u00e9 le 23 janvier 2009.<\/p>\n<p>DUREPOS, Fernand. 2004. <em>Mourir m\u2019arrive<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: l\u2019Hexagone, 65 p.<\/p>\n<p>DUREPOS, Fernand. 2006. <em>les abattoirs de la gr\u00e2ce<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: l\u2019Hexagone, 63\u00a0p.\u00a0<\/p>\n<p>FOURNELLE, Liliane. 2007. \u00ab\u00a0Une politique de la r\u00e9sistance\u00a0\u00bb. Denise Brassard et Evelyne Gagnon (dir. publ.). 2007. <em>Aux fronti\u00e8res de l\u2019intime<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Figura, p. 35-56.<\/p>\n<p>LAMY, Jonathan. 2007. \u00ab\u00a0Benoit Jutras, l\u2019apaisante violence de l\u2019intime\u00a0\u00bb. Denise Brassard et Evelyne Gagnon (dir. publ.). 2007. <em>Aux fronti\u00e8res de l\u2019intime<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Figura, p. 57-69.<\/p>\n<p>LEVINAS, Emmanuel. 1965. <em>Totalit\u00e9 et Infini<\/em>. La Haye\u00a0: Martinus Nijhoff, 284\u00a0p.<\/p>\n<p>SERRES, Michel. 1985. <em>Les cinq sens<\/em>. Paris\u00a0: Grasset et Fasquelles, 461 p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lalumi\u00e8re, Christine. 2009. \u00abL&rsquo;engagement par la fragilit\u00e9, deux cas: Kim Dor\u00e9 et Fernand Durepos\u00bb, <em>Postures<\/em>, Actes du colloque \u00abEngagement: imaginaires et pratiques\u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b01, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5440 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx). D&rsquo;abord paru dans: Lalumi\u00e8re, Christine. 2009. \u00abL&rsquo;engagement par la fragilit\u00e9, deux cas: Kim Dor\u00e9 et Fernand Durepos\u00bb, <em>Postures<\/em>, Actes du colloque \u00abEngagement: imaginaires et pratiques\u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b01, p. 35-44.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lalumiere-hd1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lalumiere-hd1.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-ff97b59b-343b-45ac-9f86-50e0d30197e0\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lalumiere-hd1.pdf\">lalumiere-hd1<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lalumiere-hd1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-ff97b59b-343b-45ac-9f86-50e0d30197e0\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes du colloque \u00abEngagement: imaginaires et pratiques\u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b01 Loin de se positionner en marge du monde, l\u2019artiste, diff\u00e9remment selon les \u00e9poques et les courants, interagit avec lui, quand ce n\u2019est pas qu\u2019il agit sur lui, devenant ainsi un acteur majeur de son temps. 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