{"id":5443,"date":"2024-06-13T19:48:17","date_gmt":"2024-06-13T19:48:17","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/presentation-actes-du-colloque-engagement-imaginaire-et-pratique\/"},"modified":"2024-09-11T04:41:11","modified_gmt":"2024-09-11T04:41:11","slug":"presentation-actes-du-colloque-engagement-imaginaire-et-pratique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5443","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation &#8211; Actes du colloque \u00abengagement, imaginaire et pratique\u00bb"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6880\">Actes du colloque \u00abEngagement: imaginaires et pratiques\u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b01<\/a><\/h5>\n<p>Difficile de parler de l\u2019engagement de la litt\u00e9rature sans se demander ce qu\u2019est la litt\u00e9rature, ce que signifie \u00e9crire ou m\u00eame lire. Telles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 quelques-unes des questions qui traversaient le c\u00e9l\u00e8bre essai de Jean-Paul Sartre, <em>Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature\u00a0?<\/em> En ce d\u00e9but de XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, alors que plusieurs pensaient s\u2019\u00eatre \u00e0 jamais d\u00e9barrass\u00e9s de ces r\u00e9flexions encombrantes, les voil\u00e0 qui ressurgissent, transform\u00e9es certes, mais toujours actuelles. C\u2019est \u00e0 tout le moins ce que croient les participants du colloque \u00e9tudiant <em>Engagement\u00a0: imaginaires et pratiques<\/em>, organis\u00e9 par l\u2019Association des cycles sup\u00e9rieurs en \u00e9tudes litt\u00e9raires de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al et qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 le 14 mars 2008 \u00e0 l\u2019usine Grover \u2014 un lieu symbolique de l\u2019engagement artistique et social montr\u00e9alais<a id=\"footnoteref1_kpkjonr\" class=\"see-footnote\" title=\"Construite en 1923 et situ\u00e9e dans un quartier d\u00e9favoris\u00e9 de Montr\u00e9al \u2014 le quartier Centre-Sud \u2014 l\u2019usine Grover emploie, au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, plus de 500 personnes qui \u0153uvrent dans le domaine du textile. Au cours des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, ses locaux sont surtout occup\u00e9s par des artistes et des artisans. En 2004, l\u2019usine est menac\u00e9e de d\u00e9molition et de conversion en condominiums. Les locataires, qui doivent \u00eatre \u00e9vinc\u00e9s, s\u2019unissent pour former une coalition, nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Sauvons l\u2019usine\u00a0\u00bb, et tentent de racheter ce stigmate d\u2019une \u00e9poque industrielle r\u00e9volue pour en faire une coop\u00e9rative, un lieu de rencontre et de cohabitation pour les artistes. La coalition sera appuy\u00e9e par plusieurs organisations artistiques et communautaires. \" href=\"#footnote1_kpkjonr\">[1]<\/a>. Ce colloque, qui a r\u00e9uni des \u00e9tudiants de la ma\u00eetrise comme du doctorat provenant de diff\u00e9rentes universit\u00e9s \u2014 UQAM, Sherbrooke, McGill, Concordia et Lausanne \u2014, a d\u00e9montr\u00e9 le dynamisme de la probl\u00e9matique de l\u2019engagement pour les \u00e9tudes litt\u00e9raires, tant au Qu\u00e9bec qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mettre en gage\u00a0\u00bb\u00a0: tel est le sens originel du verbe \u00ab\u00a0engager\u00a0\u00bb. L\u2019engagement est d\u2019abord et avant tout un lien, une promesse, un accord entre personnes, une parole donn\u00e9e. En s\u2019engageant, un individu s\u2019ins\u00e8re dans le cours des choses et du monde; il entre dans un processus, qu\u2019il soit conflit, n\u00e9gociation, partie sportive ou relation amoureuse. Selon <em>Le petit Robert<\/em>, l\u2019engagement, dans sa d\u00e9finition la plus contemporaine (1945), est l\u2019\u00ab\u00a0acte ou [l\u2019] attitude de l\u2019intellectuel, de l\u2019artiste qui, prenant conscience de son appartenance \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et au monde de son temps, renonce \u00e0 une position de simple spectateur et met sa pens\u00e9e ou son art au service d\u2019une cause.\u00a0\u00bb Cette d\u00e9finition, quoi qu\u2019on en dise, est largement tributaire du d\u00e9bat qui a eu lieu en France pendant l\u2019entre-deux-guerres, un d\u00e9bat qui avait Jean-Paul Sartre pour figure de proue et certains concepts-cl\u00e9 de l\u2019existentialisme en guise de pavillon. Au coeur de l\u2019ar\u00e8ne au sein de laquelle disputaient les diff\u00e9rends discours, la prose occupa un rang singulier; elle \u00e9tait le cheval de bataille de Sartre, la responsabilit\u00e9 et la libert\u00e9, ses conqu\u00eates. Et l\u2019\u00e9crivain, lui, par la force r\u00e9v\u00e9latrice de ses mots, s\u2019\u00e9levait au rang de ma\u00eetre de conscience. \u00ab\u00a0La fonction de l\u2019\u00e9crivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne s\u2019en puisse dire innocent<a id=\"footnoteref2_ujg9wlc\" class=\"see-footnote\" title=\"Jean-Paul Sartre, Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature?, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio Id\u00e9es\u00a0\u00bb, 1948, p. 31. \" href=\"#footnote2_ujg9wlc\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb, \u00e9crivait-il. Ne restait plus alors qu\u2019au lecteur \u00e0 prendre acte du monde et de son envers, \u00e0 prendre en charge son humanit\u00e9 et \u00e0 agir. Il poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est donc \u00e0 la fois d\u00e9voiler le monde et le proposer comme une t\u00e2che \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du lecteur<a id=\"footnoteref3_xstqwcx\" class=\"see-footnote\" title=\"Ibid., p. 76. \" href=\"#footnote3_xstqwcx\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb Ainsi, en choisissant d\u2019\u00e9crire, le prosateur s\u2019engage g\u00e9n\u00e9reusement. Il accepte de relever la t\u00e2che de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 soi un lecteur fondamentalement libre, parce qu\u2019humain, parce que perfectible, parce que fin en soi. Toutefois, fruit d\u2019un temps de crise, cette conception de l\u2019engagement de la litt\u00e9rature se veut \u00e9galement une r\u00e9action rapide aux al\u00e9as de l\u2019histoire. Dans un troublant paradoxe, que confirme George Steiner dans cet exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Les toiles ne tombaient pas des murs quand les bourreaux parcouraient respectueusement les galeries, catalogues en main<a id=\"footnoteref4_4nfuzw0\" class=\"see-footnote\" title=\"George Steiner, Dans le ch\u00e2teau de Barbe-Bleue. Notes pour une red\u00e9finition de la culture, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio Essais\u00a0\u00bb,\u00a0 1973, p. 76. \" href=\"#footnote4_4nfuzw0\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb, le r\u00e9gime nazi vint d\u00e9montrer que ni la culture ni la litt\u00e9rature ne peuvent emp\u00eacher l\u2019\u00eatre humain de commettre l\u2019impensable. Weimar a c\u00f4toy\u00e9 Buchenwald. Devant un tel \u00e9tat des choses, que peut alors, v\u00e9ritablement, la litt\u00e9rature\u00a0?<\/p>\n<p>Les articles r\u00e9unis dans ce num\u00e9ro sp\u00e9cial de la revue <em>Postures<\/em> n\u2019ont pas la pr\u00e9tention de trouver de r\u00e9ponses ou de solutions aux probl\u00e8mes de l\u2019engagement, mais ils cherchent tous, \u00e0 leur fa\u00e7on, \u00e0 trouver un passage. Et pour ce faire, ils questionnent, interrogent, constatent et remettent en question. Sensibles aux enjeux et aux contradictions qui entourent la question de l\u2019engagement litt\u00e9raire, ils parcourent po\u00e9sie, th\u00e9\u00e2tre, prose et chansons en qu\u00eate de voix engag\u00e9es.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, parmi eux, il y a ces sondeurs de l\u2019intime pluriel, ceux qui tentent de retrouver les plans du pont menant de la singularit\u00e9 \u00e0 la collectivit\u00e9. En t\u00eate de liste, Jonathan Lamy pr\u00e9sente l\u2019artiste am\u00e9rindien Jimmie Durham, dont l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re est travers\u00e9e par la question de l\u2019engagement artistique et de l\u2019homme dans sa singuli\u00e8re authenticit\u00e9. Impliqu\u00e9 dans la refonte des discours sur l\u2019am\u00e9rindien, le travail de Durham a pour arme des mots, des couleurs, des formes d\u2019expression et, pour combat, toutes formes entendues de repr\u00e9sentations. <em>Trickster<\/em> du quotidien selon Lamy, cet artiste am\u00e9ricain nous rappelle que derri\u00e8re chaque \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb se cache un \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb et que tout consensus m\u00e9rite d\u2019\u00eatre remis en question. Un appel \u00e0 la d\u00e9linquance engag\u00e9e est donc ici lanc\u00e9 et, semble-t-il, au Nord de la fronti\u00e8re, quelque part entre Lacolle et les berges de la baie d\u2019Hudson, les po\u00e8tes qu\u00e9b\u00e9cois en ont entendu les \u00e9chos. Aussi, contre le refus de Jean-Paul Sartre \u00e0 accorder \u00e0 la po\u00e9sie un quelconque pouvoir \u00ab\u00a0engageant\u00a0\u00bb, Christine Lalumi\u00e8re reconna\u00eet la pr\u00e9gnance de la parole du po\u00e8te dans le monde en analysant les \u0153uvres de Fernand Durepos et de Kim Dor\u00e9. Pour \u00e9laborer son propos, elle se fait d\u2019abord historienne et relate les transformations de l\u2019engagement de la po\u00e9sie qu\u00e9b\u00e9coise. Du nationalisme des ann\u00e9es soixante dix \u2014 o\u00f9 l\u2019engagement s\u2019affirmait franchement par rapport \u00e0 un avenir \u00e0 transformer \u2014 elle nous guide, \u00e0 travers une \u00e9tude du regard, vers la d\u00e9marche beaucoup plus intimiste de ces deux po\u00e8tes contemporains pour qui le quotidien et l\u2019exp\u00e9rience personnelle peuvent s\u2019\u00e9crire de fa\u00e7on engag\u00e9e. Ainsi, contre la conception herm\u00e9tique de la po\u00e9sie pr\u00e9sent\u00e9e au fil de <em>Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature\u00a0?<\/em>, Christine Lalumi\u00e8re nous permet de voir autrement cette po\u00e9sie que Laurance Ouellet-Tremblay a \u00e9galement tenu \u00e0 analyser. Cependant, cette derni\u00e8re, plut\u00f4t que de s\u2019int\u00e9resser au regard, a port\u00e9 son attention sur le corps et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur les corps en pr\u00e9sence dans le recueil <em>Des fois que je tombe<\/em> de Ren\u00e9e Gagnon. \u0152uvre de combat, \u0153uvre coup de poing aux canons de beaut\u00e9 institutionnalis\u00e9s par l\u2019industrie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui se refuse \u00e0 vieillir, <em>Des fois que je tombe<\/em> oppose le corps-image au corps-scandale. Du moins, c\u2019est ce que nous propose Ouellet-Tremblay dans sa lecture juste d\u2019un corps qui se r\u00e9volte et dont le scandale contamine l\u2019oeuvre jusque dans sa forme et devient, par le fait m\u00eame, \u00ab\u00a0un obstacle qui fait tr\u00e9bucher les discours dominants et l\u2019univocit\u00e9 du sens qu\u2019ils supposent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Nicolina Katinakis analyse l\u2019engagement de Marguerite Duras, une \u00e9crivaine fran\u00e7aise proche des mouvements r\u00e9volutionnaires, impliqu\u00e9e dans la r\u00e9sistance, le Parti communiste et les d\u00e9bats autour de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. \u00c0 partir des th\u00e9ories de la sociologue de l\u2019art Nathalie Heinich, particuli\u00e8rement des notions de r\u00e9gimes de singularit\u00e9 et de communaut\u00e9, Katinakis note que le parcours de Duras est marqu\u00e9 par une tension entre engagement et \u00ab\u00a0d\u00e9sengagement\u00a0\u00bb, o\u00f9 l\u2019\u00e9criture appara\u00eet comme une alternative, une \u00ab\u00a0voie m\u00e9diane\u00a0\u00bb. Sonya Florey, quant \u00e0 elle, propose une lecture de <em>Extension du domaine de la lutte<\/em>, de Michel Houellebecq, un auteur que d\u2019aucuns qualifieraient, a priori, d\u2019engag\u00e9. Toutefois, \u00e0 en croire Florey, si l\u2019on ne reconna\u00eet pas \u00e0 cet auteur une voix engag\u00e9e, c\u2019est que, pour lui, la conception traditionnelle de l\u2019engagement ne tient plus; la litt\u00e9rature, dans le contexte actuel, ne peut plus avoir une incidence concr\u00e8te sur le monde. \u00c0 la lumi\u00e8re du d\u00e9ploiement, dans le roman de Houellebecq, de deux discours propres \u00e0 l\u2019imaginaire contemporain \u2014 les discours postmoderne et n\u00e9olib\u00e9ral \u2014, elle constate ainsi que, d\u00e9sormais, la litt\u00e9rature \u00ab\u00a0se [destine] \u2014 plus modestement \u2014 \u00e0 dire la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 faire \u00e9voluer nos perceptions sur le monde, mais en aucun cas \u00e0 le d\u00e9noncer frontalement\u00a0\u00bb. Aux m\u00e9tar\u00e9cits s\u2019est substitu\u00e9e la paralogie; autrement dit, \u00e0 l\u2019univocit\u00e9 des grands r\u00e9cits, la postmodernit\u00e9 a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la pluralit\u00e9 des modes de l\u00e9gitimation.<\/p>\n<p>Puis, sur le mode de la fiction, Simon Leduc revisite une figure r\u00e9volutionnaire l\u00e9gendaire, celle du dirigeant sovi\u00e9tique Vladimir Ilitch Oulianov, mieux connu sous le nom de L\u00e9nine. Entour\u00e9 des articles courts de Philippe Mangerel et d\u2019Elaine Despr\u00e9s \u2014 traitant respectivement de l\u2019oeuvre provocatrice de Guillaume de Dustan et du film de S\u00e9bastien Rose <em>Le Banquet<\/em> \u2014, il nous propose une cr\u00e9ation qui porte \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la faiblesse et la puissance de toute \u00e9criture. \u00c0 travers ses mots cr\u00e9\u00e9s de toutes pi\u00e8ces, Simon Leduc nous permet donc de faire le pont, celui dont tous les autres cherchent les plans, \u00e0 savoir le pont entre l\u2019intimit\u00e9 de la sph\u00e8re priv\u00e9e et la grandiloquence de la mobilisation publique.<\/p>\n<p>\u00c0 cet effet, centr\u00e9 sur le rapport v\u00e9ritable de l\u2019oeuvre au monde, Francis Ducharme s\u2019applique \u00e0 distinguer le th\u00e9\u00e2tre d\u2019intervention du th\u00e9\u00e2tre engag\u00e9. Traitant de l\u2019un des enjeux les plus importants de l\u2019engagement litt\u00e9raire, il nous entra\u00eene sur les traces de ce th\u00e9\u00e2tre associ\u00e9 aux r\u00e9seaux communautaires dont le caract\u00e8re engag\u00e9 est motiv\u00e9 moins par \u00ab\u00a0le degr\u00e9 s\u00e9mantique de militance des pi\u00e8ces [que par] des choix organisationnels et institutionnels\u00a0\u00bb. Explicitant certains aspects des th\u00e9ories de Schlossman et de Boal et analysant le cas pr\u00e9cis de certaines productions r\u00e9centes d\u2019Olivier Choini\u00e8re, entre autres, il montre que les distinctions formelles entre th\u00e9\u00e2tre engag\u00e9 et th\u00e9\u00e2tre d\u2019intervention sont parfois poreuses et, surtout, rappelle que \u00ab\u00a0le th\u00e9\u00e2tre, m\u00eame lorsqu\u2019il se veut apolitique, a une valeur politique en soi\u00a0\u00bb. Enfin, consacr\u00e9s \u00e0 deux figures importantes de la chanson dite engag\u00e9e au Qu\u00e9bec, soit au chanteur Tom\u00e1s Jensen et au groupe rap Loco Locass, les textes de Jade Pr\u00e9fontaine et de Marie-Claude Tremblay s\u2019attardent \u00e0 comprendre les particularit\u00e9s et les enjeux de l\u2019engagement de ces \u00ab\u00a0manifestations\u00a0\u00bb. Dans un premier temps, \u00e0 la suite de Tom\u00e1s Jensen, Jade Pr\u00e9fontaine, au contraire des premiers auteurs, nous invite dans un voyage \u00e0 rebours\u00a0: du collectif \u00e0 l\u2019individuel. Retra\u00e7ant le parcours musical et les textes de ce chanteur multiculturel qu\u2019elle compare \u00e0 juste titre aux id\u00e9es et aux mouvements altermondialistes, elle met en relief l\u2019essoufflement d\u2019une certaine forme d\u2019engagement dont elle trouve les causes tant dans une d\u00e9liquescence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du collectif que dans une valorisation marqu\u00e9e de la sph\u00e8re individuelle. \u00c0 l\u2019inverse, chez Loco Locass, l\u2019engagement appartient \u00e0 l\u2019ordre du collectif, plus, il est une conqu\u00eate\u00a0: il se \u00ab\u00a0fraye un chemin dans la terre de ta t\u00eate\u00a0\u00bb. Tel qu\u2019observ\u00e9 par Marie-Claude Tremblay, il proc\u00e8de par une invitation \u00e0 l\u2019engagement du spectateur qui se mat\u00e9rialise dans les chansons par une interpellation \u00e0 l\u2019action et par un \u00ab\u00a0travail herm\u00e9neutique\u00a0\u00bb et intertextuel. Enracin\u00e9, il contribue \u00e9galement \u00e0 la r\u00e9actualisation de la culture qu\u00e9b\u00e9coise aupr\u00e8s d\u2019un public jeune et cherche, en ce sens, \u00e0 resserrer les liens d\u2019une m\u00eame communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Finalement, anim\u00e9e par Louise Dupr\u00e9, une table ronde, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Possibilit\u00e9s et limites de l\u2019engagement\u00a0\u00bb, cl\u00f4turait la journ\u00e9e de communications. Jacques Lanct\u00f4t, Jos\u00e9 Acquelin et Denise Desautels, les participants \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement, ont g\u00e9n\u00e9reusement accept\u00e9 de contribuer \u00e9galement \u00e0 cette publication. Chacun \u00e0 leur fa\u00e7on, ces trois \u00e9crivains d\u00e9finissent, par leurs actions comme dans leur \u00e9criture, les enjeux de l\u2019engagement litt\u00e9raire. \u00c0 cet \u00e9gard, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9 dans des actions politiques et sociales qui ont profond\u00e9ment marqu\u00e9 l\u2019histoire du Qu\u00e9bec (il est, entre autres, l\u2019un des r\u00e9dacteurs du Manifeste du Front de lib\u00e9ration du Qu\u00e9bec), Jacques Lanct\u00f4t a pris la d\u00e9cision de fonder sa propre maison d\u2019\u00e9dition. Par ce geste d\u00e9terminant, il s\u2019est donc impliqu\u00e9 concr\u00e8tement au sein de la vie litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise, \u00e0 laquelle il a consacr\u00e9 vingt-cinq ans de sa vie. Jos\u00e9 Acquelin, pour sa part, est un po\u00e8te engag\u00e9. Signataire du manifeste \u00ab\u00a0R\u00e9sister ou dispara\u00eetre\u00a0\u00bb, il s\u2019est depuis toujours impliqu\u00e9 dans la vie culturelle montr\u00e9alaise. Po\u00e8te tout aussi prolifique, Denise Desautels repr\u00e9sente une figure importante de l\u2019engagement f\u00e9ministe, tant au Qu\u00e9bec qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Nous tenons \u00e0 sp\u00e9cifier que des cachets symboliques ont \u00e9t\u00e9 offerts aux intervenants de cette table ronde. Comme la possibilit\u00e9 de vivre de l\u2019art dans notre soci\u00e9t\u00e9 para\u00eet intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 la question de l\u2019engagement, il s\u2019agissait donc de promouvoir l\u2019art dans ce qu\u2019il a de plus concret, c\u2019est-\u00e0-dire le mode de subsistance de ceux qui cr\u00e9ent la mati\u00e8re qui viendra bouleverser un lecteur ou un spectateur attentif et qui sera \u00e9ventuellement \u00e9tudi\u00e9e dans les universit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019association \u00e9tudiante des cycles sup\u00e9rieurs en \u00e9tudes litt\u00e9raires et la revue <em>Postures<\/em> remercient chaleureusement les \u00e9tudiants, les professeurs, les participants \u00e0 la table ronde, les membres des comit\u00e9s de r\u00e9daction et de correction ainsi que les partenaires financiers qui ont permis \u00e0 ce colloque de conna\u00eetre un tel succ\u00e8s et \u00e0 cette publication de voir le jour. Gr\u00e2ce \u00e0 leur contribution financi\u00e8re, Figura, le Centre de recherche sur le texte et l\u2019imaginaire, l\u2019AFEA, Erre d\u2019aller, le D\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires et la Facult\u00e9 des Arts, via le programme <em>Initiative<\/em>, encouragent des projets d\u2019envergure qui permettent \u00e0 des \u00e9tudiants de participer concr\u00e8tement \u00e0 la recherche universitaire et \u00e0 la reconnaissance de la place de la litt\u00e9rature dans le monde. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, nous pouvons \u00e9crire, avec Breton\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>ce qu\u2019il exprimait ne m\u2019\u00e9tait en rien \u00e9tranger, les noms de po\u00e8tes d\u2019auteurs cit\u00e9s m\u2019en eussent, \u00e0 eux seuls, \u00e9t\u00e9 de s\u00fbrs garants, mais surtout l\u2019accent de ces pages \u00e9tait de ceux qui ne trompent pas, qui attestent qu\u2019un homme est engag\u00e9 tout entier dans l\u2019aventure et en m\u00eame temps qu\u2019il dispose des moyens capables de fonder, non seulement sur le plan esth\u00e9tique, mais encore sur le plan moral et social, que dis-je, de rendre n\u00e9cessaire et in\u00e9vitable son intervention<a id=\"footnoteref5_65ngkzp\" class=\"see-footnote\" title=\"Andr\u00e9 Breton cit\u00e9 dans Aim\u00e9 C\u00e9saire, Cahier d\u2019un retour au pays natal. Paris, Pr\u00e9sence africaine et Montr\u00e9al, Gu\u00e9rin litt\u00e9rature, 1956, p. 84. \" href=\"#footnote5_65ngkzp\">[5]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_kpkjonr\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_kpkjonr\">[1]<\/a> Construite en 1923 et situ\u00e9e dans un quartier d\u00e9favoris\u00e9 de Montr\u00e9al \u2014 le quartier Centre-Sud \u2014 l\u2019usine Grover emploie, au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, plus de 500 personnes qui \u0153uvrent dans le domaine du textile. Au cours des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, ses locaux sont surtout occup\u00e9s par des artistes et des artisans. En 2004, l\u2019usine est menac\u00e9e de d\u00e9molition et de conversion en condominiums. Les locataires, qui doivent \u00eatre \u00e9vinc\u00e9s, s\u2019unissent pour former une coalition, nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Sauvons l\u2019usine\u00a0\u00bb, et tentent de racheter ce stigmate d\u2019une \u00e9poque industrielle r\u00e9volue pour en faire une coop\u00e9rative, un lieu de rencontre et de cohabitation pour les artistes. La coalition sera appuy\u00e9e par plusieurs organisations artistiques et communautaires.<\/p>\n<p id=\"footnote2_ujg9wlc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_ujg9wlc\">[2]<\/a> Jean-Paul Sartre, <em>Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature?<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio Id\u00e9es\u00a0\u00bb, 1948, p. 31.<\/p>\n<p id=\"footnote3_xstqwcx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_xstqwcx\">[3]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 76.<\/p>\n<p id=\"footnote4_4nfuzw0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_4nfuzw0\">[4]<\/a> George Steiner, <em>Dans le ch\u00e2teau de Barbe-Bleue. Notes pour une red\u00e9finition de la culture<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio Essais\u00a0\u00bb,\u00a0 1973, p. 76.<\/p>\n<p id=\"footnote5_65ngkzp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_65ngkzp\">[5]<\/a> Andr\u00e9 Breton cit\u00e9 dans Aim\u00e9 C\u00e9saire, <em>Cahier d\u2019un retour au pays natal<\/em>. Paris, Pr\u00e9sence africaine et Montr\u00e9al, Gu\u00e9rin litt\u00e9rature, 1956, p. 84.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Bouchard, Marie-Pierre; Paul, Jean-Nicolas; Pelletier, Vicky. \u00abPr\u00e9sentation\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Actes du colloque \u00abEngagement: imaginaires et pratiques\u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b01, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5442 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pelletier-hd1_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 pelletier-hd1_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-92a04e04-5eb7-4876-ab1d-012a409a747e\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pelletier-hd1_0.pdf\">pelletier-hd1_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pelletier-hd1_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-92a04e04-5eb7-4876-ab1d-012a409a747e\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes du colloque \u00abEngagement: imaginaires et pratiques\u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b01 Difficile de parler de l\u2019engagement de la litt\u00e9rature sans se demander ce qu\u2019est la litt\u00e9rature, ce que signifie \u00e9crire ou m\u00eame lire. Telles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 quelques-unes des questions qui traversaient le c\u00e9l\u00e8bre essai de Jean-Paul Sartre, Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature\u00a0? En ce d\u00e9but de XXIe [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1192,1140],"tags":[49,296,301],"class_list":["post-5443","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actes-du-colloque-engagement-imaginaires-et-pratiques","category-avant-propos","tag-bouchard-marie-pierre","tag-paul-jean-nicolas","tag-pelletier-vicky"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5443","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5443"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5443\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9323,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5443\/revisions\/9323"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5443"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5443"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5443"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}