{"id":5444,"date":"2024-06-13T19:48:17","date_gmt":"2024-06-13T19:48:17","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/folies-marginales-et-marginaux-fous-le-traitement-des-notes-de-bas-de-page-dans-house-of-leaves-de-mark-z-danielewski\/"},"modified":"2024-09-13T17:17:19","modified_gmt":"2024-09-13T17:17:19","slug":"folies-marginales-et-marginaux-fous-le-traitement-des-notes-de-bas-de-page-dans-house-of-leaves-de-mark-z-danielewski","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5444","title":{"rendered":"Folies marginales et marginaux fous : Le traitement des notes de bas de page dans \u00ab House of Leaves \u00bb de Mark Z. Danielewski"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6879\">Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, n\u00b011<\/a><\/h5>\n<p>La note de bas de page, de fin de chapitre, ou\u00a0<em>marginalia<\/em>, fait partie de l\u2019exp\u00e9rience courante de toute lecture, qu\u2019elle soit faite dans un cadre litt\u00e9raire, scientifique, ou encore quotidien. Elle poss\u00e8de une histoire particuli\u00e8re qui n\u2019engage pas d\u00e8s le d\u00e9part la fiction et est originellement attach\u00e9e \u00e0 un usage \u00e9rudit dans des ouvrages scientifiques et surtout historiques. Elle appartient \u00e0 une tradition qui pr\u00f4ne la clart\u00e9, la connaissance, et poss\u00e8de\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0un rapport tr\u00e8s \u00e9troit au r\u00e9el et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9\u00a0; c\u2019est pourquoi un usage fictionnel de la note de bas de page ne semble pas aller de soi. Cependant, bien des auteurs l\u2019ont employ\u00e9e dans un cadre romanesque\u00a0: nous pouvons penser \u00e0\u00a0<em>Tristram Shandy\u00a0<\/em>de Lawrence Sterne, \u00e0\u00a0<em>Finnegan\u2019s<\/em>\u00a0<em>Wake<\/em>\u00a0de James Joyce ou, plus r\u00e9cemment, \u00e0\u00a0<em>Pale Fire\u00a0<\/em>de Vladimir Nabokov,\u00a0<em>The Mezzanine<\/em>\u00a0de Nicholson Baker et\u00a0<em>House of Leaves\u00a0<\/em>de Mark Z. Danielewski. C\u2019est \u00e0 ce dernier roman que nous nous int\u00e9resserons ici. Depuis sa parution en 2000,\u00a0<em>House of Leaves<\/em>\u00a0a acquis le statut de roman culte. Il d\u00e9bute par les confessions de Johnny Truant, un antih\u00e9ros qui entre par hasard en possession du manuscrit d&rsquo;un vieil original nomm\u00e9 Zampano. Ce dernier a remis\u00e9 dans une malle l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de son \u0153uvre\u00a0: un essai volumineux et prodigalement annot\u00e9 portant sur un film qui n\u2019existe pas,\u00a0<em>The<\/em>\u00a0<em>Navidson Record<\/em>.\u00a0<em>House of Leaves\u00a0<\/em>est le r\u00e9cit de la composition\u00a0\/ recomposition d\u2019une \u0153uvre. Nous \u00e9tudierons ici les deux \u00ab\u00a0auteurs\u00a0\u00bb de cet essai, deux instances annotatrices<a id=\"footnoteref1_j2mb9p6\" class=\"see-footnote\" title=\"Il existe une troisi\u00e8me instance annotatrice dont nous ne tiendrons pas compte dans cet article\u00a0: les \u00e9diteurs fictifs du texte de Zampano rassembl\u00e9 par Truant. \" href=\"#footnote1_j2mb9p6\">[1]<\/a> \u00a0des moins traditionnelles. En effet, si le texte principal est pour le moins dense, c\u2019est dans les marges et les notes de bas de page que se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 la fois la vraie nature des personnages et le v\u00e9ritable lieu de la fiction, aussi paradoxal soit-il.\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est en marge que la folie de Truant, comme celle de Zampano, est mise \u00e0 jour et que le texte principal est amen\u00e9 \u00e0 \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9. Nous nous attacherons donc \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler, \u00e0 travers les voix d\u00e9lirantes de Zampano et de Johnny Truant, comment les limites entre le texte et le paratexte, la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction, la folie et l\u2019\u00e9quilibre sont troubl\u00e9es.<\/p>\n<h2>Zampano, le mythomane\u00a0: quand r\u00e9alit\u00e9 et fiction se m\u00e9langent\u00a0<\/h2>\n<p>Zampano est l\u2019auteur de\u00a0<em>House of Leaves<\/em><a id=\"footnoteref2_cwuhxg7\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous distinguerons \u00e0 l\u2019aide d\u2019une \u00e9toile le\u00a0House of Leaves*\u00a0de Zampano, livre dans le livre, du\u00a0House of Leaves\u00a0de Mark Z. Danielewski. \" href=\"#footnote2_cwuhxg7\">[2]<\/a>, ouvrage \u00e9ponyme de celui de l\u2019auteur r\u00e9el Mark Z. Danielewski. Il s\u2019agit d\u2019un essai critique sur le film tourn\u00e9 par Will Navidson, un photoreporter qui d\u00e9cide d\u2019immortaliser son emm\u00e9nagement dans une maison qui s\u2019av\u00e8re poss\u00e9der des dimensions int\u00e9rieures sup\u00e9rieures \u00e0 ses dimensions ext\u00e9rieures, et o\u00f9 des couloirs apparaissent, incitant les protagonistes \u00e0 y tenter des explorations. Le choix d\u2019analyser un film aurait pu para\u00eetre anodin. Cependant, tout se complique pour le lecteur quand il apprend, et ce, d\u00e8s les premi\u00e8res pages du roman, que le\u00a0<em>Navidson Record\u00a0<\/em>n\u2019existe pas et que, quand bien m\u00eame il aurait exist\u00e9, Zampano \u00e9tait aveugle et n\u2019aurait pas pu le regarder. Le texte ne semble offrir que peu d\u2019alternatives \u00e0 son lecteur, sinon celle de prendre Zampano pour un \u00e9rudit illumin\u00e9 et son essai pour des \u00e9lucubrations puisque la sant\u00e9 mentale de Zampano peut effectivement \u00eatre mise en doute. Toutefois, en lecteurs habitu\u00e9s \u00e0 la fiction que nous sommes, nous n\u2019h\u00e9sitons pas \u00e0 \u00ab\u00a0suspendre notre incr\u00e9dulit\u00e9\u00a0\u00bb (Coleridge, 2004 [1817]), pour reprendre l\u2019expression de Coleridge, et \u00e0 adh\u00e9rer, \u00e0 nos risques et p\u00e9rils, \u00e0 la fiction. Et, comme le dit Truant lui-m\u00eame, premier d\u00e9couvreur de la supercherie : \u00ab\u00a0See, the irony is it makes no difference that the documentary at the heart of this book is fiction. Zampano knew from the get go that what\u2019s real or isn\u2019t real doesn\u2019t matter here. The consequences are the same.\u00a0\u00bb (Danielewski, 2000, p.\u00a0xx.) Zampano peut donc sans vergogne \u00e9crire un essai sur un film qui existe seulement dans son imagination d\u00e9lirante, un essai r\u00e9dig\u00e9 de prime abord dans les r\u00e8gles de l\u2019art.<\/p>\n<p>\u00a0Cet essai est en effet abondamment annot\u00e9 et poss\u00e8de des r\u00e9f\u00e9rences multiples. Ses notes de bas de page sont le plus souvent r\u00e9f\u00e9rentielles, renvoyant ainsi \u00e0 d\u2019autres autorit\u00e9s sous le couvert desquelles le vieil aveugle se place. Si l\u2019on reprend les termes de G\u00e9rard Genette dans\u00a0<em>Seuil<\/em>s (1987), les notes de Zampano sont des notes auctoriales fictives<a id=\"footnoteref3_j0phcxc\" class=\"see-footnote\" title=\"La note de Zampano est une note auctoriale fictive car, quand bien m\u00eame il s\u2019agit d\u2019un personnage fictif, ce dernier reste l\u2019auteur de\u00a0House of Leaves*\u00a0dont il \u00e9crit lui-m\u00eame les notes. \" href=\"#footnote3_j0phcxc\">[3]<\/a>. Celles-ci sont identifiables par leur police de caract\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Times\u00a0\u00bb. Ce choix de police est particuli\u00e8rement significatif dans la mesure o\u00f9 le personnage vit \u00e0 l\u2019\u00e9cart des signes ext\u00e9rieurs t\u00e9moignant du passage du temps\u00a0: aveugle, il ne poss\u00e8de pas d\u2019horloge, ses fen\u00eatres sont barricad\u00e9es, il vit compl\u00e8tement enferm\u00e9, \u00e0 l\u2019abri de la lumi\u00e8re. Les notes de Zampano, dans leur r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9, ressemblent aux notes bibliographiques que l\u2019on retrouve chez les historiens. Ces notes poss\u00e8dent la nature \u00ab\u00a0th\u00e9orico constative\u00a0\u00bb (Derrida, 2004, p.\u00a09) de l\u2019annotation telle que la qualifie Jacques Derrida\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019annotation pure n\u2019est,\u00a0<em>en g\u00e9n\u00e9ral,\u00a0<\/em>ni performative, ni po\u00e9tique\u00a0et sa \u201cnature\u00a0<em>secondaire<\/em>\u201d est que l\u2019annotation implique que la priorit\u00e9 pr\u00e9\u00e9minente et l\u2019autorit\u00e9 appartiennent \u00e0 un autre texte\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a010, Derrida souligne). Cette d\u00e9finition correspond exactement \u00e0 l\u2019usage qu\u2019en fait Zampano, qui se place gr\u00e2ce \u00e0 elle sous des autorit\u00e9s reconnues. Ses premi\u00e8res notes sont purement auctoriales :<\/p>\n<blockquote>\n<p><sup>1<\/sup>\u00a0A topic more carefully considered in chapter ix.<\/p>\n<p><sup>2<\/sup>\u00a0See Daniel Bowler\u2019s \u201cResurrection on Ash Tree Lane: Elvis, Christmas past, and other Non-Entities\u201d published in\u00a0<em>The House<\/em>\u00a0(New York: Little Brown, 1995), p.\u00a0167-244 in which he examines the inherent contradiction to any claim alleging resurrection as well as the existence of that place. (Danielewski, 2000, p.\u00a03.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La premi\u00e8re fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la structure de son essai, tandis que la seconde est une r\u00e9f\u00e9rence bibliographique \u00e0 une \u0153uvre portant sur le\u00a0<em>Navidson Record<\/em>. Il s\u2019agit de notes d\u2019apparence compl\u00e8tement traditionnelle, pouvant \u00eatre compar\u00e9es \u00e0 celles d\u2019un auteur comme Pierre Bayle et son\u00a0<em>Dictionnaire historique et critique\u00a0<\/em>(1697) <a id=\"footnoteref4_ruqjkl7\" class=\"see-footnote\" title=\"Selon Anthony Grafton (1997), c\u2019est avec la parution du\u00a0Dictionnaire historique et critique\u00a0de Pierre Bayle que l\u2019acte de naissance de la note est sign\u00e9. Cet ouvrage regorge de notes. Le dictionnaire, o\u00f9 le recours aux notes est un v\u00e9ritable moyen de d\u00e9fense critique, se veut un recueil des erreurs commises par tous les \u00e9rudits connus. \" href=\"#footnote4_ruqjkl7\">[4]<\/a>. Dans cet ouvrage, Bayle cr\u00e9e un mod\u00e8le d\u2019\u00e9rudition dont l\u2019objet central est le retour aux sources primaires, cens\u00e9es \u00eatre pures et d\u00e9tentrices de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Toutefois, les notes de Zampano ne rel\u00e8vent que tr\u00e8s rarement de sources primaires et se r\u00e9v\u00e8lent le plus souvent fictives. Danielewski, \u00e0 travers les notes de ce dernier, m\u00e9lange de mani\u00e8re indiff\u00e9renci\u00e9e les r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9elles et les r\u00e9f\u00e9rences invent\u00e9es de toutes pi\u00e8ces. Ainsi la note 52\u00a0: \u00ab\u00a0See John Hollander\u2019s\u00a0<em>Figure of Echo<\/em>\u00a0(Berkeley: University of California Press, 1981)\u00a0\u00bb (Danielewski, 2000, p.\u00a043) renvoie \u00e0 une \u0153uvre existante. Sur cette m\u00eame page nous trouvons la note 53\u00a0: \u00ab\u00a0Kelly Chamotto, makes mention of Hollander in her essay: \u201cMid-Sentence, Mid-Stream\u201d in\u00a0<em>Glorious Garrulous Graphomania<\/em>\u00a0ed. T.N. Joseph Truslow (Iowa City: University of Iowa Press, 1989), p.\u00a0345\u00a0\u00bb (Danielewski, 2000, p.\u00a043). Ici aussi la citation est tr\u00e8s pr\u00e9cise, on retrouve une date, un \u00e9diteur et m\u00eame un num\u00e9ro de page, mais cette \u0153uvre, dont le nom parodie les sonorit\u00e9s en\u00a0<em>ous<\/em>\u00a0propres au latin, n\u2019existe pas.<\/p>\n<p>Le besoin de r\u00e9f\u00e9rence dont fait preuve Zampano semble souvent tourn\u00e9 en d\u00e9rision. Dans la note 15 on trouve une s\u00e9rie de livres et d\u2019articles\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><sup>15<\/sup>\u00a0See \u00ab\u00a0The Heart\u2019s Device\u00a0\u00bb by Frances Leiderstahl in S<em>cience<\/em>, v. 265 August 5, 1994, p.\u00a0741; Joel Watkin\u2019s \u00ab\u00a0Jewellery Box, Perfume and Hair\u00a0\u00bb in\u00a0<em>Mademoiselle<\/em>, v. 101 May, 1995, p.\u00a0178-181; as well as Hardy Taintic\u2019s more ironic piece \u00ab\u00a0Adult Letters and Family Jewels\u00a0\u00bb\u00a0<em>The American Scholar<\/em>, v. 65 spring 1996, p.\u00a0219-241. (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a011.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces r\u00e9f\u00e9rences sont purement fictives, aucun lecteur ne peut les avoir lues, elles ne valent que par leurs titres, les noms de leurs auteurs et leur simple pr\u00e9sence. Les trois r\u00e9f\u00e9rences ont trait \u00e0 des domaines tr\u00e8s diff\u00e9rents\u00a0: la premi\u00e8re est scientifique, la seconde est tir\u00e9e d\u2019un magazine f\u00e9minin et la troisi\u00e8me, ironique et comique, est tir\u00e9e d\u2019un essai. Danielewski joue sur tous les tableaux et assomme son lecteur de r\u00e9f\u00e9rences sans aucune raison pointue, sinon pour montrer l\u2019absurdit\u00e9 de la recherche d\u2019\u00e9rudition de Zampano. Toutes les ressources susceptibles d\u2019appuyer ou de l\u00e9gitimer sa propre r\u00e9flexion sont convoqu\u00e9es. La quantit\u00e9 de chiffres, de pages, de volumes, rend la note difficile \u00e0 lire, d\u2019autant plus qu\u2019il s\u2019agit de pures inventions. Donner une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un magazine f\u00e9minin dans un essai appara\u00eet pour le moins incongru, mais quitte \u00e0 vouloir particuli\u00e8rement appuyer ses propos, n\u2019importe quoi finit par faire l\u2019affaire. Enfin le clou est plant\u00e9 avec le titre grivois et comique du dernier ouvrage.<\/p>\n<p>Les notes de Zampano forment une sorte de tour de Babel d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescente. Il semblerait, en effet, que l\u2019on ait affaire \u00e0 une certaine forme de destruction du langage comme signifiant dans certaines de ses interventions en bas de page, notamment dans celles qui proposent de longues accumulations. L\u2019exemple le plus flagrant est la note 75, appel\u00e9e dans le texte par une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re de filmer de Navidson et son talent li\u00e9 \u00e0 un pass\u00e9 de photographe\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><sup>75<\/sup>\u00a0See Liza Speen\u2019s\u00a0<em>Images of Dark<\/em>; Brassa\u00ef\u2019s\u00a0<em>Paris by night<\/em>; the tenderly encountered history of rooms in Andrew Bush\u2019s\u00a0<em>Bonnettstown<\/em>; work of O. Winston Link and Karekin Goekijan; as well as some of the photographs by Lucien Aigner, Osbert Lim [&#8230;] (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a064).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u2019en suit une liste de photographes qui s\u2019\u00e9tend du bas de la page 64 \u00e0 la page 67 et qui recouvre enti\u00e8rement les pages 65 et 66, excluant enti\u00e8rement le texte primaire. Cette liste para\u00eet compl\u00e8tement absurde, d\u2019autant plus qu\u2019elle est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de \u00ab\u00a0some of the photographs\u00a0\u00bb. La quantit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences est telle qu\u2019elle devient illisible. Noy\u00e9es dans la masse des informations produites dans cette liste, les r\u00e9f\u00e9rences perdent tout leur sens et l\u2019attention reste port\u00e9e sur l\u2019accumulation elle-m\u00eame. Le lecteur ne peut conna\u00eetre tous ces noms\u00a0: la note n\u2019est donc plus r\u00e9f\u00e9rentielle. Elle ne forme qu\u2019une \u00e9norme masse d\u2019abstraction, le paradoxe r\u00e9sidant donc dans le fait que ces noms soient, malgr\u00e9 tout, r\u00e9els. Par cette juxtaposition onomastique absurde, ces photographes r\u00e9els basculent dans la fiction et contribuent \u00e0 construire la tour de Babel r\u00eav\u00e9e par Zampano, ce personnage avide de toute connaissance et en qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 absolue. Nous devons aussi nous interroger sur la lecture m\u00eame de cette liste\u00a0: qui lit enti\u00e8rement une liste de photographes qui s\u2019\u00e9tend sur quatre pages\u00a0?\u00a0<em>House of Leaves,<\/em>\u00a0par son usage de la liste, repousse les limites de la\u00a0lisibilit\u00e9. Le jeu de d\u00e9construction est alors \u00e0 son paroxysme\u00a0: quand Zampano daigne nous offrir enfin des r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9elles, il rend leur lecture \u00e9prouvante.<\/p>\n<p>Une certaine forme de mythomanie de la part de Zampano se r\u00e9v\u00e8le. En psychologie, la mythomanie correspond \u00e0 une tendance aux mensonges, souvent n\u00e9e d\u2019une peur inh\u00e9rente d\u2019\u00eatre d\u00e9valoris\u00e9. Elle est une \u00ab\u00a0forme de d\u00e9s\u00e9quilibre psychique, caract\u00e9ris\u00e9e par une tendance \u00e0 la fabulation, au mensonge, \u00e0 la simulation\u00a0\u00bb (<em>Le petit Robert de la langue fran\u00e7aise,\u00a0<\/em>2006, p.\u00a01703, sous mythomanie). Le mythomane se cr\u00e9e un monde fictif auquel il croit profond\u00e9ment et qui lui para\u00eet souvent moins d\u00e9cevant que la r\u00e9alit\u00e9. Zampano, en bon mythomane, est un personnage qui poss\u00e8de toutes les apparences de l\u2019essayiste ou du critique rigoureux. On a vu qu\u2019en tant que tel, il fait preuve d\u2019une \u00e9vidente recherche de pr\u00e9cision et d\u2019\u00e9rudition dans ses propos, dont il ne cesse de vouloir prouver l\u2019authenticit\u00e9. Car, comme le fait remarquer Lipking, \u00ab [&#8230;] stand for a scholarly community, assembled by the author specifically so that he can join it\u00a0\u00bb (1977, p.\u00a0639). Zampano est pr\u00eat \u00e0 toutes les inventions pour faire partie de cette communaut\u00e9 \u00e9rudite\u00a0: c\u2019est \u00e0 travers la profusion des r\u00e9f\u00e9rences qu\u2019il utilise, que sa qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019\u00e9rudition et de l\u00e9gitimit\u00e9 se d\u00e9voile.<\/p>\n<p>L\u2019usage m\u00eame de la note est symbolique d\u2019un niveau de connaissance et de fiabilit\u00e9. Zampano cherche \u00e0 faire montre d\u2019un savoir \u00e9clectique et \u00e9tendu. Sa volont\u00e9 d\u2019embrasser un maximum de r\u00e9f\u00e9rences est symptomatique de son besoin de lier les connaissances entre elles, de produire d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment un monde o\u00f9 il existerait un savoir unique et absolu. Thomas McFarland voit l\u2019annotation comme un mythe dans la mesure o\u00f9 elle r\u00e9sulte d\u2019un besoin social et qu\u2019elle est li\u00e9e \u00e0 une certaine forme d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 par rapport aux autres individus, comme le r\u00e9v\u00e8lent toutes ses fonctions usuelles : \u00ab\u00a0[\u2026] explaining, qualifying, adding, specifying, rebuting, bullwarking are with regard to the text so many indications of a defencive anxiety.\u00a0\u00bb (1991, p.\u00a0165.) L\u2019annotateur cherche \u00e0 prouver sa l\u00e9gitimit\u00e9, son appartenance \u00e0 un groupe d\u2019autorit\u00e9s. Les notes de bas de page, malgr\u00e9 leurs petits caract\u00e8res, exercent une menace sur le texte\u00a0: elles peuvent l\u00e9gitimer ou non l\u2019auteur du texte principal. Elles forment une sorte de mise en sc\u00e8ne de l\u2019autorit\u00e9 textuelle et, en tant que telles, manipul\u00e9es et manipulatrices, les notes r\u00e9f\u00e9rentielles nient la r\u00e9alit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The first lie against reality is that the reference notes are necessary so that the reader may have access to the context of the material being cited. The second lie against reality is that the reference notes connect the textual argument with other stanchion of culture, and thus allow the text to take its place in a network of cultural forms. (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0167.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La note, \u00e0 l\u2019image de Zampano,\u00a0conna\u00eet un profond \u00e9cart entre ce qu\u2019elle se veut \u00eatre et ce qu\u2019elle est en r\u00e9alit\u00e9. En cela, elle est d\u00e9j\u00e0 quelque peu fictionnelle. Elle appartient \u00e0 cette fiction qu\u2019est l\u2019\u00e9rudition. La qu\u00eate du savoir propre \u00e0 Zampano est vaine et fictionnelle, dans le sens o\u00f9 l\u2019\u00e9rudition est un produit de l&rsquo;imagination qui n&rsquo;a pas de mod\u00e8le complet dans la r\u00e9alit\u00e9. La note r\u00e9f\u00e9rentielle ayant ce genre de propension au d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9, son usage romanesque se trouve facilit\u00e9. Danielewski se glisse alors dans cette br\u00e8che de d\u00e9finition inh\u00e9rente \u00e0 la note de bas de page et profite de l\u2019occasion pour d\u00e9noncer la conception erron\u00e9e de ce qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre un outil fictionnel des plus int\u00e9ressants.<\/p>\n<p>On aura vu comment la note r\u00e9f\u00e9rentielle trouve un emploi d\u00e9tourn\u00e9 dans\u00a0<em>House of Leaves\u00a0<\/em>et comment elle estompe peu \u00e0 peu la distinction entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction. La note de bas de page, originellement associ\u00e9e \u00e0 une tradition r\u00e9f\u00e9rentielle et \u00e9rudite, se d\u00e9tache de son usage traditionnel pour entrer dans la fiction et devient le lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 se d\u00e9construit la confiance du lecteur envers les propos de Zampano et o\u00f9 sa mythomanie se d\u00e9ploie de mani\u00e8re r\u00e9v\u00e9latrice. Si le s\u00e9rieux du texte principal persiste, c\u2019est dans les notes que s\u2019op\u00e8re la critique de la volont\u00e9 d\u2019\u00e9rudition du personnage et que s\u2019effectue la parodie ch\u00e8re \u00e0 Danielewski. Toutefois, le jeu avec les notes de bas de page ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 la fictionnalisation des r\u00e9f\u00e9rences; \u00e0 travers le personnage de Johnny Truant, nous avons affaire \u00e0 un autre traitement de l\u2019espace marginal et \u00e0 une autre d\u00e9viance\u00a0: la n\u00e9vrose.<\/p>\n<h2>Johnny Truant, le n\u00e9vros\u00e9\u00a0: la lutte pour la primaut\u00e9 du texte<\/h2>\n<p>Johnny Truant, tatoueur menant une vie dissolue \u00e0 Los Angeles, est une sorte d\u2019instance \u00e9ditoriale qui pr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre de Zampano et l\u2019annote largement, profitant de l\u2019espace ouvert en bas de page pour ins\u00e9rer sa propre voix et faire partager ses exp\u00e9riences personnelles. L\u2019espace marginal est en effet propice aux \u00e9panchements. La note de bas de page, \u00e0 premi\u00e8re vue secondaire, presque facultative dans sa lecture, ouvre au personnage \u00e0 la fois un espace de non-responsabilit\u00e9 et d\u2019intimit\u00e9 o\u00f9 il peut commenter l\u2019\u0153uvre de Zampano et ses r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur sa sant\u00e9 mentale. Les notes de Truant apparaissent comme le lieu t\u00e9moin de sa descente psychologique aux enfers. Ses notes, sous bien des aspects \u00e9gotistes, op\u00e8rent tout au long du roman une authentique menace sur le texte principal en l\u2019envahissant de mani\u00e8re irr\u00e9vocable. Elles forment de longues digressions tr\u00e8s personnelles, racontant l\u2019histoire de Johnny, sa vie quotidienne. Elles nous font partager ses pens\u00e9es et ses r\u00e9flexions sur l\u2019\u0153uvre du vieil aveugle et s\u2019\u00e9talent en un discours parall\u00e8le \u00e0 la critique du\u00a0<em>Navidson Record<\/em>.<\/p>\n<p>Truant doit \u00eatre avant tout per\u00e7u comme l\u2019interm\u00e9diaire entre Zampano et le lecteur, il utilise d\u2019ailleurs la police de caract\u00e8re \u00ab\u00a0Courier\u00a0\u00bb. Ce mot d\u00e9signe en anglais un messager, un guide, celui qui transmet, transporte une information. La typographie utilis\u00e9e n\u2019est pas sans rappeler aussi celle des machines \u00e0 \u00e9crire, ce qui donne un caract\u00e8re rudimentaire \u00e0 ces notes. Le commentaire de Truant est de style allographe<a id=\"footnoteref5_a8ujy9l\" class=\"see-footnote\" title=\"Le vocabulaire utilis\u00e9 ici est emprunt\u00e9 \u00e0 G\u00e9rard Genette dans\u00a0Seuil\u00a0(1987). \" href=\"#footnote5_a8ujy9l\">[5]<\/a>, typique de la fonction \u00e9ditoriale, puisque ses notes sont \u00e9crites par une instance diff\u00e9rente de celle du texte primaire, mais elles sont aussi fictives.<\/p>\n<p>\u00a0Au d\u00e9but du roman, Truant prend son r\u00f4le d\u2019\u00e9diteur au s\u00e9rieux, mais tr\u00e8s vite sa voix se r\u00e9v\u00e8le peu orthodoxe. La note 18 r\u00e9sume tr\u00e8s bien l\u2019usage de la note de bas de page propre \u00e0 Johnny. Elle intervient de mani\u00e8re compl\u00e8tement impromptue, \u00e0 la fin du report des paroles de Karen, l\u2019\u00e9pouse de Navidson, par Zampano. Une panne de chauffe-eau constitue le lien entre le texte primaire et la note. Il s\u2019agit de la premi\u00e8re note \u00e0 caract\u00e8re non \u00e9ditorial de Truant. Elle appartient \u00e0 ces notes purement autobiographiques qu\u2019on retrouve de mani\u00e8re de plus en plus syst\u00e9matique \u00e0 mesure que l\u2019on avance dans la lecture de\u00a0<em>House of Leaves<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><sup>18\u00a0<\/sup>I got up this morning to take a shower and guess what? No fucking hot water. [\u2026] (Danielewski, 2000, p.\u00a012.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette longue note s\u2019\u00e9tend de la page 12 \u00e0 la page 16 et est introduite de mani\u00e8re tr\u00e8s significative par le pronom personnel sujet\u00a0: \u00ab\u00a0I\u00a0\u00bb. Johnny s\u2019adresse directement au lecteur et l\u2019interpelle. Le ton familier et vulgaire de cet antih\u00e9ros est donn\u00e9. La note se poursuit sur trois pages, abordant les th\u00e8mes favoris de Truant\u00a0: sexe, drogue, alcool et mensonges. Ce dernier semble d\u2019ailleurs poss\u00e9der un don certain pour raconter des histoires rocambolesques, son public de pr\u00e9dilection \u00e9tant, bien entendu, les femmes, mais (et l\u00e0 r\u00e9side une question centrale et non r\u00e9solue du roman) peut-\u00eatre aussi le lecteur. Truant ne cache pas son talent de conteur ni ses manipulations. \u00c0 la fin de la note, il d\u00e9cide de faire un aveu au lecteur\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Is it just a coincidence that this cold water predicament of mine also appears in this chapter?<br \/>Not at all. Zampano only wrote \u00ab\u00a0heater.\u00bb The word \u00ab\u00a0water\u00a0\u00bb back there \u2014\u00a0I added that.<br \/>Now there\u2019s an admission, eh?<br \/>Hey, not fair, you cry?<br \/>Hey, hey, fuck you, I say.<br \/>Wow, am I mad right now. (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a016.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Truant va jusqu&rsquo;\u00e0 modifier le texte de Zampano pour pouvoir raconter une histoire parfaitement invent\u00e9e. Le lecteur est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019obligation de ne tenir pour acquis ni les paroles de Zampano ni celles de Truant.<\/p>\n<p>Les notes de Truant,\u00a0<em>a priori\u00a0<\/em>de type \u00e9ditorial, d\u00e9voilent ainsi tr\u00e8s vite la propension du personnage \u00e0 s\u2019\u00e9pancher sur sa vie personnelle et ses propres exp\u00e9riences. Elles deviennent le lieu d\u2019une autobiographie fictive, satirique, famili\u00e8re et parfois m\u00eame violente. Ces notes, digressives et longues, sont \u00e9loign\u00e9es de l\u2019horizon d\u2019attente du lecteur.\u00a0<em>Alors que les annotations sont habituellement reconnues pour leur neutralit\u00e9, celles de Truant deviennent paradoxalement le lieu d\u2019une certaine intimit\u00e9, d\u2019un discours parall\u00e8le et subjectif.<\/em><\/p>\n<p>Au d\u00e9but, le personnage fait montre d\u2019une r\u00e9elle volont\u00e9 d\u2019expliciter le texte et de nous faire partager ses recherches, mais tout cela d\u00e9rive tr\u00e8s vite en\u00a0<em>stream of consciousness<\/em>, en monologue int\u00e9rieur cathartique. Nous retrouvons l\u2019aspect fragmentaire propre au monologue int\u00e9rieur dans le discours tr\u00e8s interrompu de Truant qui change radicalement de sujet d\u2019une phrase \u00e0 l\u2019autre sans aucune logique et qui \u00e9crit selon le fil de ses pens\u00e9es. Ce dernier profite de l\u2019espace libre, du vide, laiss\u00e9 par les marges pour s\u2019exprimer. Les marges apparaissent alors, tel que l\u2019explique Lipking, comme un espace \u00e0 remplir\u00a0: \u00ab\u00a0Margin so conceived, rationalize the white space of books. The possibility of glossing demonstrates that space surrounding print is not a vacuum but a plenum.\u00a0\u00bb (1977, p.\u00a0613.)<\/p>\n<p>\u00a0De la m\u00eame mani\u00e8re, c\u2019est dans les marges de\u00a0<em>House of Leaves*<\/em>\u00a0que se produit la qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 de Truant, la recherche d\u2019un espace propre, correspondant \u00e0 son d\u00e9sir d\u2019expression. L\u2019\u00e9criture devient un moyen de parer les changements, les doutes qui s\u2019emparent du personnage, elle est \u00e0 la fois sympt\u00f4me de et rem\u00e8de \u00e0 la n\u00e9vrose de Truant, qui, depuis qu\u2019il a fait la d\u00e9couverte du manuscrit de Zampano, fait des cauchemars toutes les nuits et a d\u2019effroyables visions. Un jour o\u00f9 Johnny doit descendre \u00e0 la cave de son salon de tatouage pour remplir des tubes d\u2019encre, il est pris d\u2019une terreur incontr\u00f4lable\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>This time it\u2019s human.<br \/>Maybe not.<br \/>Extremely long fingers.<br \/>[\u2026] I don\u2019t know how I know this.<br \/>But it\u2019s already too late, I\u2019ve seen the eyes. The eyes. [\u2026] These eyes are full of blood.<br \/>Except I\u2019m only looking at shadows and shelves.<br \/>Of course, I\u2019m alone. (Danielewski, 2000, p.\u00a071.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce monstre dont il a l\u2019impression qu\u2019il le pers\u00e9cute symbolise sous bien des aspects le livre de Zampano qui le hante. Et c\u2019est par le processus d\u2019\u00e9criture dans les marges que Truant tente de ne pas sombrer dans la folie. Une folie qui pourrait d\u2019ailleurs ne pas toucher seulement le lecteur du\u00a0<em>House of Leaves*<\/em>\u00a0de Zampano, mais aussi celui du\u00a0<em>House of Leaves\u00a0<\/em>de Danielewski\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>You might try scribbling in a journal, on a napkin, maybe even in the margins of this book. That\u2019s when you\u2019ll discover you no longer trust the very walls you always took for granted. (Danielewski, 2000, p.\u00a0xxiii).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte ne se suffit plus \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0: pour exister, il a besoin d\u2019\u00eatre lu et comment\u00e9, ses marges doivent \u00eatre combl\u00e9es. \u00c0 mesure que Truant remplit l\u2019espace libre autour du texte, il tente de saisir l\u2019espace de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0[He] exemplif[ies] the infinite extension of thought, the profound white space forever waiting to be filled, that plies the necessary condition of mental life. We read, as we live, above all in the margins; in becoming not being\u00a0\u00bb (Lipking, 1977, p.\u00a0610). Truant \u00e9crit pour emp\u00eacher le manque, le vide, et donc en quelque sorte \u00e9chapper \u00e0 la mort, dans la mesure o\u00f9 penser est toujours continuer \u00e0 vivre malgr\u00e9 l\u2019effroi qui l\u2019envahit. Cette mani\u00e8re de remplir les marges pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019oubli et \u00e0 la mort rappelle la pratique des scribes du Moyen-\u00c2ge qui inscrivaient en marge des textes manuscrits m\u00e9di\u00e9vaux des\u00a0<em>colophons<\/em>, sortes de signatures ou commentaires personnalis\u00e9s que les copistes ajoutaient aux manuscrits afin de laisser une trace de leur participation \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>\u00a0Normalement, par sa pr\u00e9sence en marge, la note est signe de modestie, mais ceci n\u2019est plus vrai d\u00e8s lors que l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux notes de Truant\u00a0: elles envahissent tout le texte comme pour le supplanter. Le texte dit\u00a0<em>principal<\/em>\u00a0n\u2019est plus central, v\u00e9n\u00e9r\u00e9 et sacr\u00e9, mais fait l\u2019objet d\u2019une menace de la part de la note qui cherche \u00e0 renverser l\u2019autorit\u00e9 et faire de la marge un centre\u00a0: \u00ab\u00a0The sacred texts have begun to disappear; the world is no longer a book, and books are seldom worlds. Yet more and more critics require the margin, not for evidence of what they know, but for evidence that they exist.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0651.) Remplir les marges, remettre en question le texte et ses postulats, c\u2019est prouver son existence par le fait m\u00eame de l\u2019activit\u00e9 de penser. Telle une r\u00e9miniscence des th\u00e8ses cart\u00e9siennes se basant sur le doute m\u00e9thodique et la remise en cause, le traitement des notes de bas de page de Johnny Truant permet d\u2019arriver \u00e0 la conclusion que seule l\u2019activit\u00e9 de pens\u00e9e prouve l\u2019existence\u00a0:\u00a0<em>cogito ergo sum,\u00a0<\/em>le tout \u00e9tant utilis\u00e9 paradoxalement dans le cadre d\u2019une fiction. La note, dont l\u2019objet est normalement le texte, devient \u00ab\u00a0\u00e9gotiste\u00a0\u00bb et retourne \u00e0 la subjectivit\u00e9.<\/p>\n<p>La lutte engendr\u00e9e par Truant \u00e0 travers ses notes de bas de page n\u2019est pas seulement spatiale, son objectif principal est avant tout d\u2019attirer l\u2019attention du lecteur. Par sa fonction pseudo \u00e9ditoriale, Johnny est conscient de livrer son ouvrage \u00e0 un lecteur\u00a0auquel il s\u2019adresse parfois directement. L\u2019annotateur est en conflit permanent avec l\u2019auteur du texte qu\u2019il annote. Cette comp\u00e9tition conduit \u00e0 une interrogation sur la limite entre la fonction du commentateur et celle de l\u2019auteur. Si cette question est ici pos\u00e9e dans le cadre d\u2019un conflit entre des personnages fictifs, elle trouve cependant des \u00e9chos dans presque tout ouvrage faisant l\u2019objet de commentaires. L\u2019usage fictif de la note permet une certaine forme de mise en valeur et d\u2019exag\u00e9ration de cet antagonisme, engendrant ainsi une r\u00e9flexion m\u00e9tatextuelle.<\/p>\n<p>La note, par ses petits caract\u00e8res typographiques et sa position en bas de page, c\u2019est-\u00e0-dire en marge, fait l\u2019objet d\u2019un certain complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 qu\u2019elle essaie de transcender. \u00c0 l\u2019image de Truant qui craint un monstre invisible, les annotations rel\u00e8vent d\u2019une certaine parano\u00efa, se sentant toujours menac\u00e9es par le texte principal. La note de Truant est dialogique. Elle se pose comme une deuxi\u00e8me voix par rapport au texte principal avec lequel elle entretient une relation \u00e0 la fois conversationnelle et conflictuelle. Si la technique de l\u2019appel de note subordonne incontestablement la note \u00e0 un texte principal, il est un pouvoir que l\u2019annotateur aura toujours sur l\u2019auteur\u00a0: celui d\u2019avoir le dernier mot. En effet, l\u2019annotateur agit apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture du texte primaire, il poss\u00e8de par l\u00e0 une forme d\u2019influence sur ce dernier. D\u2019une certaine mani\u00e8re, le commentaire oblige \u00e0 une vision unique, subjective. Le texte est alors consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 travers un prisme qui peut se r\u00e9v\u00e9ler, comme c\u2019est le cas ici, d\u00e9formant, voire tyrannique.<\/p>\n<p>Nous pouvons rapprocher le roman de Danielewski du\u00a0<em>Pale Fire<\/em>\u00a0de Vladimir Nabokov, o\u00f9 le personnage de Charles Kimbote annote un po\u00e8me de John Shade. Les deux personnages d\u2019annotateurs que sont Kimbote et Truant ont plus d\u2019un point commun, surtout en ce qui concerne la mise en doute de leur sant\u00e9 mentale, mais c\u2019est dans leur d\u00e9tournement de l\u2019usage de la note de bas page que r\u00e9side la v\u00e9ritable pierre angulaire de leur comparaison. Nous avons affaire \u00e0 deux annotateurs tyranniques et narcissiques. Chacun est la preuve hyperbolique de la capacit\u00e9 que poss\u00e8de la note de transformer le texte primaire, de le transcender et de la manipuler. Ainsi, le personnage de Kimbote d\u00e9clare-t-il\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Let me state that without my notes Shade\u2019s text simply has no human reality at all since the human reality of such a poem as his [&#8230;] has to depend entirely on the reality of its author and his surroundings, attachment and so forth, a reality that only my notes can provide. To this statement my dear poet would probably not have subscribed, but, for better or worse, it is the commentator who has the last word. (Nabokov, 1962, p.\u00a025.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La note poss\u00e8de un aspect plus ou moins perfide, dans la mesure o\u00f9 elle s\u2019impose au lecteur sans qu\u2019il en soit vraiment conscient, pi\u00e9g\u00e9 par l\u2019aspect modeste que rev\u00eat la note et son pass\u00e9 de d\u00e9tentrice de v\u00e9rit\u00e9. L\u2019usage traditionnel a appris au lecteur \u00e0 lui faire confiance; l\u2019usage fictionnel lui montre qu\u2019il a eu tort et que d\u00e9sormais la note n\u2019est plus fiable.<\/p>\n<p><em>House of Leaves<\/em>\u00a0condense de mani\u00e8re tr\u00e8s aigu\u00eb la probl\u00e9matique d\u2019un usage litt\u00e9raire et fictionnel de la note de bas de page. Tout comme la folie se d\u00e9finit en fonction d\u2019un certain \u00e9cart avec la \u00ab\u00a0normalit\u00e9\u00a0\u00bb, la note fictionnelle s\u2019expose dans la diff\u00e9rence entre les attentes du lecteur et ce qui lui est propos\u00e9 par Danielewski. Une vision po\u00e9tique de la note s\u2019\u00e9panouit alors<em>.<\/em>\u00a0Celle-ci multiplie les entorses \u00e0 sa propre d\u00e9finition. Devenue paradoxale, elle sort de sa position marginale et secondaire pour envahir le roman, engageant une lutte contre le texte auquel elle est subordonn\u00e9e\u00a0: ce qui est \u00e0 premi\u00e8re vue insignifiant devient central, ce qui est secondaire et annexe devient le lieu m\u00eame o\u00f9 se construit le roman, ce qui habituellement pour le lecteur est le lieu de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\/\u00a0r\u00e9alit\u00e9 devient celui de la fiction. Toute tentative de d\u00e9finition et d\u2019instauration de limites est rendue impossible et vaine\u00a0: la note devient fictionnelle, et plus que jamais romanesque. Elle cr\u00e9e donc un espace d\u2019expression in\u00e9dit, o\u00f9 les personnages peuvent faire fi de toute contrainte et exprimer leur vraie personnalit\u00e9. Si ces espaces marginaux sont les lieux privil\u00e9gi\u00e9s de l\u2019expression de la folie des instances annotatrices elles-m\u00eames, c\u2019est surtout, \u00e0 travers elles, la folie m\u00eame du texte de Danielewski qui se r\u00e9v\u00e8le\u00a0: un texte polyphonique et dense, \u00e0 la limite de la schizophr\u00e9nie, o\u00f9 plusieurs voix s\u2019affrontent et s\u2019entrem\u00ealent. Un texte, mis sens dessus dessous par l\u2019usage des notes de bas de page, qui tour \u00e0 tour distordent, fragmentent, envahissent l\u2019espace paginal, cr\u00e9ant ainsi un texte aux dispositions compl\u00e8tement extraordinaires. On trouve par exemple des carr\u00e9s bleus dans lesquels se retrouvent des notes qui trouent litt\u00e9ralement certaines pages (Danielewski, 2000, p.\u00a0119-145). Cette folie peut aussi contaminer le lecteur, qui est lui-m\u00eame contraint \u00e0 faire preuve d\u2019une m\u00e9fiance certaine envers les narrateurs peu fiables que sont Truant et Zampano. Le lecteur est enferm\u00e9, tel le Minotaure, dans un labyrinthe de notes de bas de page, condamn\u00e9 \u00e0 la lecture d\u2019un livre obs\u00e9dant, dont l\u2019influence n\u00e9faste a men\u00e9 Truant au d\u00e9lire, dont il n\u2019est pas certain de sortir mentalement indemne.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Coleridge, Samuel Taylor. 2004.\u00a0<em>Biographia Literaria\u00a0<\/em>[1817]<em>.<\/em>\u00a0Whitefish\u00a0: Kessinger Publishing, 296\u00a0p.<\/p>\n<p>Danielewski, Mark Z. 2000.\u00a0<em>House of Leaves<\/em>. Deuxi\u00e8me \u00e9dition. Londres : Doubleday, 709\u00a0p.<\/p>\n<p>Derrida, Jacques. 2004. \u00ab\u00a0Ceci n\u2019est pas une note infrapaginale orale\u00a0\u00bb.\u00a0<em>La Licorne\u00a0: L\u2019Espace de la note<\/em>, n\u00b0 67, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, p.\u00a07-20.<\/p>\n<p>Genette, G\u00e9rard. 1987.\u00a0<em>Seuils.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Le Seuil, 389\u00a0p.<\/p>\n<p>Grafton, Anthony. 1997.\u00a0<em>The Footnote: A Curious History.<\/em>\u00a0Londres\u00a0: Faber &amp; Faber Limited, 235\u00a0p.<\/p>\n<p>Lipking, Lawrence. 1977. \u00ab\u00a0The Marginal Gloss\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Critical Inquiry<\/em>, vol.\u00a03, n\u00b0\u00a04, Chicago : University of Chicago Press, p.\u00a0609-655.<\/p>\n<p>McFarland, Thomas. 1991. \u00ab\u00a0Who Was Benjamen Whichcote or the Myth of Annotation\u00a0\u00bb. Chap in\u00a0<em>Annotation and its Texts<\/em>, sous la dir. de Stephen A. Barney, p.\u00a0152-177. New York\u00a0: Oxford University Press,<\/p>\n<p>Montalbetti, Christine. 2001.\u00a0<em>La Fiction.\u00a0<\/em>Coll. \u00ab\u00a0Corpus\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: GF Flammarion, 254\u00a0p.<\/p>\n<p>Nabokov, Vladimir. 1962.\u00a0<em>Pale Fire.\u00a0<\/em>Londres\u00a0: Penguin Books, 272\u00a0p.<\/p>\n<p>Robert, Paul, Josette Rey-Debove et Alain Rey. 2006.\u00a0<em>Le petit Robert de la langue fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Dictionnaire Le Robert, 2\u00a0949\u00a0p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_j2mb9p6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_j2mb9p6\">[1]<\/a> Il existe une troisi\u00e8me instance annotatrice dont nous ne tiendrons pas compte dans cet article\u00a0: les \u00e9diteurs fictifs du texte de Zampano rassembl\u00e9 par Truant.<\/p>\n<p id=\"footnote2_cwuhxg7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_cwuhxg7\">[2]<\/a> Nous distinguerons \u00e0 l\u2019aide d\u2019une \u00e9toile le\u00a0<em>House of Leaves*\u00a0<\/em>de Zampano, livre dans le livre, du\u00a0<em>House of Leaves\u00a0<\/em>de Mark Z. Danielewski.<\/p>\n<p id=\"footnote3_j0phcxc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_j0phcxc\">[3]<\/a> La note de Zampano est une note auctoriale fictive car, quand bien m\u00eame il s\u2019agit d\u2019un personnage fictif, ce dernier reste l\u2019auteur de\u00a0<em>House of Leaves*\u00a0<\/em>dont il \u00e9crit lui-m\u00eame les notes.<\/p>\n<p id=\"footnote4_ruqjkl7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_ruqjkl7\">[4]<\/a> Selon Anthony Grafton (1997), c\u2019est avec la parution du\u00a0<em>Dictionnaire historique et critique\u00a0<\/em>de Pierre Bayle que l\u2019acte de naissance de la note est sign\u00e9. Cet ouvrage regorge de notes. Le dictionnaire, o\u00f9 le recours aux notes est un v\u00e9ritable moyen de d\u00e9fense critique, se veut un recueil des erreurs commises par tous les \u00e9rudits connus.<\/p>\n<p id=\"footnote5_a8ujy9l\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_a8ujy9l\">[5]<\/a> Le vocabulaire utilis\u00e9 ici est emprunt\u00e9 \u00e0 G\u00e9rard Genette dans\u00a0<em>Seuil\u00a0<\/em>(1987).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Guilet, Ana\u00efs. 2009. \u00ab Folies marginales et marginaux fous : Le traitement des notes de bas de page dans House of Leaves de Mark Z. Danielewski \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab \u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature \u00bb, n\u00b011, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5444 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/guilet-11.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 guilet-11.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-6b1abcd9-c8c3-47c0-8d43-bfe5c1ba4359\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/guilet-11.pdf\">guilet-11<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/guilet-11.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-6b1abcd9-c8c3-47c0-8d43-bfe5c1ba4359\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, n\u00b011 La note de bas de page, de fin de chapitre, ou\u00a0marginalia, fait partie de l\u2019exp\u00e9rience courante de toute lecture, qu\u2019elle soit faite dans un cadre litt\u00e9raire, scientifique, ou encore quotidien. Elle poss\u00e8de une histoire particuli\u00e8re qui n\u2019engage pas d\u00e8s le d\u00e9part la fiction et est originellement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1198,1199,1200],"tags":[170],"class_list":["post-5444","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-ecrire-sur-la-marge-folie-et-litterature","category-effet-miroir","category-la-folie-au-pluriel","tag-guilet-anais"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5444","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5444"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5444\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9450,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5444\/revisions\/9450"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5444"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5444"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5444"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}