{"id":5447,"date":"2024-06-13T19:48:17","date_gmt":"2024-06-13T19:48:17","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/ma-mere-la-machine-identites-troubles-dans-neuromancer-de-william-gibson\/"},"modified":"2024-09-13T17:16:09","modified_gmt":"2024-09-13T17:16:09","slug":"ma-mere-la-machine-identites-troubles-dans-neuromancer-de-william-gibson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5447","title":{"rendered":"Ma m\u00e8re la machine : identit\u00e9s troubles dans \u00ab Neuromancer \u00bb, de William Gibson"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6879\">Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, n\u00b011<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>Les artifices de l\u2019intelligence empruntent des chemins d\u00e9tourn\u00e9s. L\u2019\u00e2me est une m\u00e9taphore. L\u2019ordinateur, une machine m\u00e9taphorique. La m\u00e9taphore, cette boucle de r\u00e9troaction po\u00e9tique, court-circuite la transparence, \u00e9chappe \u00e0 son objet et propose des voies d\u00e9tourn\u00e9es pour y revenir. Tant que nous serons humains, nous vivrons avec des images plus ou moins fid\u00e8les de nous-m\u00eames. La conscience cherche sans cesse \u00e0 se reconna\u00eetre en dehors d\u2019elle-m\u00eame. Dans l\u2019\u00e2me ou la machine. Qui sommes-nous sans elles? Qui avec elles? Je me permets ici, m\u2019abandonnant \u00e0 un mouvement r\u00e9flexe, d\u2019en conclure qu\u2019il n\u2019y a de sujets ou d\u2019objets qu\u2019hybrides, que toute m\u00e9taphore est impure, que l\u2019erreur est humaine, et que les machines le sont aussi.<\/p>\n<p>Daniel Canty, \u00ab\u00a0Bo\u00eete noire, bruit blanc, fum\u00e9e\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Atteints d\u2019un vertige passager, nous voil\u00e0 plong\u00e9s dans un univers o\u00f9 les fronti\u00e8res progressivement s\u2019estompent, o\u00f9 le biologique et le synth\u00e9tique se courtisent quotidiennement. Des machines dot\u00e9es de facult\u00e9s d\u2019analyse pouss\u00e9es, surpassant en certains domaines celles de l\u2019humanit\u00e9, c\u00f4toient des humains dont les fonctions vitales ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablies par des organes m\u00e9caniques; l\u2019identit\u00e9 des \u00eatres et des choses se trouble\u2026<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait en 1984. L\u2019\u00ab\u00a0ann\u00e9e d\u2019Orwell\u00a0\u00bb. L\u2019ordinateur Macintosh venait tout juste d\u2019\u00eatre lanc\u00e9 par la compagnie Apple. Le r\u00e9seau qui allait devenir Internet \u00e9tait toujours \u00e0 l\u2019\u00e9tat embryonnaire. Et d\u00e9j\u00e0, dans son roman <em>Neuromancer<\/em>, William Gibson mettait de l\u2019avant un univers dans lequel les humains et les machines se rapprochent de fa\u00e7on troublante; dans lequel la conscience n\u2019est plus l\u2019apanage de l\u2019humanit\u00e9; dans lequel la machine, comme l\u2019humain, peut \u00eatre atteinte de d\u00e9mence.<\/p>\n<p>La folie, per\u00e7ue d\u2019un point de vue clinique comme une \u00ab\u00a0alt\u00e9ration plus ou moins grave de la sant\u00e9 psychique\u00a0\u00bb (<em>Le Robert<\/em>), peut \u00e9galement se concevoir comme une exp\u00e9rience essentiellement ambigu\u00eb, qui \u00ab\u00a0r\u00e9sume la dualit\u00e9 fondamentale de la nature humaine, d\u00e9chir\u00e9e entre la passion de la d\u00e9mesure et la sagesse de la raison\u00a0\u00bb (Nevert, 1993, p.\u00a014). Habituellement contradictoires, ces deux perspectives \u2014 l\u2019une m\u00e9dicale et l\u2019autre romantique \u2014 se rejoignent en ce qu\u2019elles sous-entendent, chez le fou, un psychisme pr\u00e9existant, que l\u2019exp\u00e9rience de la folie viendra ali\u00e9ner ou lib\u00e9rer, c\u2019est selon. Une telle vie psychique n\u2019est d\u2019ordinaire pas conc\u00e9d\u00e9e \u00e0 la machine.<\/p>\n<p>Or, le roman de Gibson met en \u0153uvre un double mouvement qui brouille les fronti\u00e8res entre le biologique et le synth\u00e9tique, entre le vivant et l\u2019inanim\u00e9\u00a0: l\u2019humanit\u00e9 y acquiert des attributs propres \u00e0 la machine, tandis que l\u2019ordinateur acc\u00e8de \u00e0 la facult\u00e9 de r\u00e9flexion. \u00c0 partir du moment o\u00f9 le comportement d\u2019une machine est assez similaire \u00e0 celui de l\u2019humain pour qu\u2019elle soit accus\u00e9e de d\u00e9mence, les cat\u00e9gories habituelles tiennent difficilement. Ainsi, la folie de la machine, dans le roman de Gibson, est en fait symptomatique d\u2019une accession de cette machine \u00e0 l\u2019individualit\u00e9; elle ouvre la voie \u00e0 un questionnement sur la nature m\u00eame de l\u2019intelligence artificielle.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e8re du cyborg<\/h2>\n<p>Au sein de l\u2019univers imagin\u00e9 par Gibson, la technologie occupe une place centrale dans la vie humaine; le d\u00e9veloppement technologique, qui permet d\u2019assurer la domination sur son prochain, y devient en effet une vertu en soi. Souffrant d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre inh\u00e9rent, cet univers s\u2019\u00e9nonce comme une folle exp\u00e9rience portant sur le darwinisme social, doctrine o\u00f9 prime le chacun pour soi\u00a0: \u00ab\u00a0Night City was like a deranged experiment in social Darwinism, designed by a bored researcher who kept one thumb permanently on the fast-forward button.\u00a0\u00bb (Gibson, 1984, p.\u00a07.) Ce monde au rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 ne peut se permettre d\u2019attendre les nouvelles perc\u00e9es technologiques\u00a0: il faut forcer le jeu. Face \u00e0 ce culte du progr\u00e8s, la vie humaine n\u2019a que relativement peu d\u2019importance. Le d\u00e9veloppement de la machine a en fait acquis un tel prestige qu\u2019on envoie des humains au massacre dans le simple but de tester les derni\u00e8res avanc\u00e9es en mati\u00e8re d\u2019armement\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>In the bunkers, all of that\u2026 great scandal. Wasted a fair bit of patriotic young flesh in order to test some new technology. They knew about the Russians\u2019 defenses, it came out later. Knew about the emps, magnetic pulse weapons. Sent these fellows in regardless, just to see. (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a035.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette recherche incessante de nouvelles technologies, l\u2019accent se d\u00e9place de l\u2019humanit\u00e9 vers la machine, et des vies humaines sont sacrifi\u00e9es pour tester les nouveaux joujoux d\u00e9velopp\u00e9s\u00a0: l\u2019outil cr\u00e9\u00e9 par l\u2019homme passe ainsi de moyen \u00e0 finalit\u00e9.<\/p>\n<p>Marqu\u00e9 par l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 la machine, l\u2019humain doit alors faire face \u00e0 sa propre m\u00e9canisation. Sur un plan d\u2019abord strictement physique, l\u2019humain dans <em>Neuromancer<\/em> se rapproche de la machine, en raison des nombreux accessoires qui lui sont greff\u00e9s; il devient ainsi un cyborg<a id=\"footnoteref1_3hc4eg1\" class=\"see-footnote\" title=\"Terme cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir des mots cybern\u00e9tique et organisme, le cyborg repr\u00e9sente la fusion de l\u2019humain et de la machine, dans le plus pur esprit de la cybern\u00e9tique; il permet aux barri\u00e8res de s\u2019estomper, puisque le biologique et l\u2019artificiel forment en lui un tout fonctionnel. \" href=\"#footnote1_3hc4eg1\">[1]<\/a>. Pouvant atteindre divers degr\u00e9s d\u2019avancement, cette m\u00e9canisation du corps humain provient, au d\u00e9part, d\u2019un d\u00e9sir de pallier des infirmit\u00e9s, autrement dit de r\u00e9tablir le bon \u00e9tat de la machine humaine. Comme pour un ordinateur dont il faudrait remplacer une pi\u00e8ce d\u00e9fectueuse, l\u2019objectif est de ramener des fonctions perdues, par exemple par le recours \u00e0 un bras synth\u00e9tique\u00a0: \u00ab\u00a0Ratz was tending bar, his prosthetic arm jerking monotonously as he filled a tray of glasses with draft Kirin.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a03.) Ce retour \u00e0 l\u2019usage normal du corps humain se double rapidement d\u2019un d\u00e9sir d\u2019am\u00e9liorer les fonctions retrouv\u00e9es, et d\u2019en ajouter de nouvelles<a id=\"footnoteref2_eawyx4t\" class=\"see-footnote\" title=\"Quoiqu\u2019il n\u00e9cessite le recours \u00e0 des techniques de pointe, le d\u00e9sir d\u2019am\u00e9lioration corporelle r\u00e9pond en fait \u00e0 des aspirations qui n\u2019ont rien de r\u00e9cent, mais qui appartenaient auparavant au domaine de la magie ou de la religion. Ainsi, en prolongeant la vie bien au-del\u00e0 de ses limites naturelles, les nouvelles techniques peuvent aller jusqu\u2019\u00e0 concr\u00e9tiser le lointain fantasme de l\u2019immortalit\u00e9, dans une tentative de nier l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 de la fin de l\u2019existence. \" href=\"#footnote2_eawyx4t\">[2]<\/a>. \u00c0 d\u00e9faut de pouvoir \u00eatre remplac\u00e9 par un mod\u00e8le dernier cri, le corps est remani\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 ces modifications corporelles, des facult\u00e9s \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l\u2019humain sont alors d\u00e9velopp\u00e9es, qui permettent d\u2019am\u00e9liorer sa vision nocturne ou encore de le rendre r\u00e9sistant \u00e0 la drogue, quand les motifs du remodelage ne sont pas de nature purement esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Le remaniement du corps dans <em>Neuromancer<\/em> ne se limite pas au perfectionnement d\u2019organes d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents. De nouvelles pi\u00e8ces sont \u00e9galement greff\u00e9es \u00e0 l\u2019humain pour lui adjoindre des fonctions, comme on ajoute des fonctionnalit\u00e9s \u00e0 un ordinateur en lui rattachant des accessoires. Sympt\u00f4me d\u2019un d\u00e9placement du point focal au profit de l\u2019outil, ces fonctions tiennent parfois plus du gadget que de l\u2019am\u00e9lioration r\u00e9elle, note d\u2019ailleurs Case, le protagoniste du roman\u00a0: \u00ab\u00a0[The flesh exhibited] was tattooed with a luminous digital display wired to a subcutaneous chip. Why bother with the surgery, he found himself thinking, [\u2026] when you could just carry the thing around in your pocket?\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a014.) \u00c0 contre-pied de cette inanit\u00e9, les implants ouvrent pourtant la voie \u00e0 la possibilit\u00e9 de lib\u00e9rer des facult\u00e9s quasi surhumaines. Gr\u00e2ce \u00e0 des puces \u00e9lectroniques reli\u00e9es \u00e0 son cerveau, le cyborg dans <em>Neuromancer<\/em> a ainsi la capacit\u00e9 de devenir instantan\u00e9ment savant, acc\u00e9dant sur demande \u00e0 des informations num\u00e9ris\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[Smith] was the first person the Finn had known who\u2019d \u201cgone silicon\u201d \u2014 the phrase had an old-fashioned ring for Case \u2014 and the microsofts he purchased were art history programs and tables of gallery sales. With half a dozen chips in his new socket, Smith\u2019s knowledge of the art business was formidable, at least by the standards of his colleagues. (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a073.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand un \u00eatre biologique se dote d\u2019une telle m\u00e9moire automatis\u00e9e, renouvelable \u00e0 souhait, la limite entre l\u2019humain et la machine se r\u00e9v\u00e8le encore plus difficile \u00e0 cerner.<\/p>\n<p>Qu\u2019elles r\u00e9tablissent des fonctions perdues ou qu\u2019elles en permettent de nouvelles, les pi\u00e8ces ajout\u00e9es \u00e0 l\u2019humain s\u2019av\u00e8rent souvent indissociables de l\u2019\u00eatre, au m\u00eame titre que les organes d\u2019origine<a id=\"footnoteref3_9cg5o9o\" class=\"see-footnote\" title=\"Dixie, un confr\u00e8re de Case, refuse d\u2019ailleurs qu\u2019on remplace son c\u0153ur m\u00e9canique, arguant que ce c\u0153ur est irrempla\u00e7able\u00a0: \u00ab\u00a0And his heart had done for him in the end. His surplus Russian heart, implanted in a POW camp during the war. He\u2019d refused to replace the thing, saying he needed its particular beat to maintain his sense of timing.\u00a0\u00bb (Gibson, 1984, p.\u00a078.) \" href=\"#footnote3_9cg5o9o\">[3]<\/a>. Au terme du passage de l\u2019humain au cyborg, l\u2019identit\u00e9 de l\u2019individu devient r\u00e9solument trouble. En fait foi l\u2019ind\u00e9termination entourant l\u2019\u00eatre qui survit \u00e0 Dixie\u00a0: il n\u2019est plus qu\u2019une copie faite de m\u00e9moire ROM, pourtant il agit presque \u00e0 l\u2019identique du Dixie initial. Par la ressemblance de ses r\u00e9actions avec celles d\u2019un humain normal, ce personnage hybride provoque le malaise, d\u2019autant plus que celui qui lui a servi de mod\u00e8le est d\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0It was disturbing to think of the Flatline [Dixie] as a construct, a hardwired ROM cassette replicating a dead man\u2019s skills, obsessions, knee-jerk responses.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a076-77.) \u00c0 la fois trop familier et pourtant \u00e9tranger, ce calque de Dixie poss\u00e8de un rire inexplicablement d\u00e9rangeant, d\u00e9routant en fait, comme le serait celui d\u2019un spectre\u00a0: \u00ab\u00a0When the construct laughed, it came through as something else, not laughter, but a stab of cold down Case\u2019s spine.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0106.) \u00c0 force d\u2019acqu\u00e9rir de nouvelles caract\u00e9ristiques, le vivant est ici devenu \u00e0 peu de choses pr\u00e8s m\u00e9connaissable, m\u00e9canis\u00e9 jusqu\u2019au point de non-retour par une utilisation inconsid\u00e9r\u00e9e de la technique.<\/p>\n<p>Le rapprochement de la machine v\u00e9cu par l\u2019humain n\u2019est cependant pas que physique. Dans <em>Neuromancer<\/em>, une utilisation soutenue de la technique modifie les modes de pens\u00e9e de l\u2019usager, qui en vient \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 ce nouveau partenaire. L\u2019adaptation se fait toutefois au d\u00e9triment de facult\u00e9s fonci\u00e8rement humaines, d\u2019o\u00f9 le manque d\u2019imagination attribu\u00e9 \u00e0 ces <em>jockeys<\/em> qui travaillent dans le cyberespace\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cJockeys all the same,\u201d [Molly] said. \u201cNo imagination.\u201d\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a095.) L\u2019imaginaire de Case \u2014 lui-m\u00eame trait\u00e9 de <em>jockey<\/em> par Molly, sa partenaire \u2014 est d\u2019ailleurs totalement colonis\u00e9 par son utilisation de la technique. Cette influence le suit jusque dans ses r\u00eaves, qui se terminent en arr\u00eats sur image, comme un film qu\u2019on aurait interrompu ou un ordinateur dont l\u2019\u00e9cran afficherait une image fig\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Case\u2019s dreams always ended in these freezeframes [\u2026].\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a029.) \u00c0 force de fusionner son corps avec la machine pour parcourir le cyberespace, l\u2019humain s\u2019adapte ainsi \u00e0 la technique qu\u2019il utilise, et en vient \u00e0 lui ressembler sur le plan psychologique autant que physique.<\/p>\n<p>Les m\u00e9taphores utilis\u00e9es pour d\u00e9crire l\u2019\u00eatre humain soulignent, voire d\u00e9cuplent, cette m\u00e9canisation. M\u00eame les parties purement biologiques de l\u2019humain sont souvent d\u00e9crites par Gibson en des termes qui s\u2019appliquent express\u00e9ment \u00e0 de la m\u00e9canique. C\u2019est ainsi que le corps de Linda Lee, l\u2019ancienne copine de Case, rappelle une machine de guerre bien huil\u00e9e \u2014 \u00ab\u00a0the sweep of a flank defined with the functional elegance of a war plane\u2019s fusilage\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em> p.\u00a044) \u2014 tandis que les motifs de son bandeau s\u2019apparentent \u00e0 l\u2019enchev\u00eatrement que forment les circuits imprim\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Her dark hair was drawn back, held by a band of printed silk. The pattern might have represented microcircuits, or a city map.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a09.) Quant \u00e0 Case, le sp\u00e9cialiste du cyberespace, on croirait presque qu\u2019il est lui-m\u00eame devenu une machine, ce que laisse entendre cette m\u00e9taphore qui le d\u00e9crit comme \u00e9tant constitu\u00e9 de circuits\u00a0: \u00ab\u00a0The pill lit his circuits [\u2026]\u00a0\u00bb, nous apprend-on (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a019). Cette description est juste, puisque le <em>hacker<\/em> a int\u00e9gr\u00e9 les modes de pens\u00e9e et d\u2019action de la machine au point qu\u2019elle lui fournit maintenant ses rep\u00e8res. Normalement, pour \u00eatre mieux saisie, une exp\u00e9rience \u00e9trang\u00e8re sera compar\u00e9e \u00e0 un \u00e9tat naturel et familier. Or, les termes de la comparaison suivante semblent invers\u00e9s, comme si Case \u00e9tait plus familier avec les \u00e9tats artificiels que naturels\u00a0: \u00ab\u00a0The weight of memory came down, an entire body of knowledge driven into his head <em>like a microsoft into a socket<\/em>.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0117; nous soulignons.)<\/p>\n<p>Cette inversion des termes se r\u00e9percute jusque dans la description des particularit\u00e9s de la chair, lesquelles connotent, elles aussi, la machine\u00a0: \u00ab\u00a0It was a vast thing, beyond knowing, a sea of information coded in spiral and pheromone, infinite intricacy that only the body, in its strong blind way, could ever read.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0239.) En r\u00e9agissant aux ph\u00e9romones, sous-entend-on, le corps ne suit pas simplement son instinct\u00a0: il d\u00e9code les informations qui lui sont adress\u00e9es, comme une machine s\u2019y serait adonn\u00e9e. Cette m\u00e9canisation des principes de base de la vie compl\u00e8te alors le processus d\u2019acquisition, chez l\u2019humanit\u00e9, d\u2019attributs propres \u00e0 la machine.<\/p>\n<h2>Quand la machine s\u2019\u00e9veille<\/h2>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 l\u2019humain subit une m\u00e9canisation, la machine dans <em>Neuromancer<\/em> accomplit le parcours inverse, acc\u00e9dant v\u00e9ritablement \u00e0 la conscience. Deux intelligences artificielles, du nom de Wintermute et de Neuromancer, investissent ainsi l\u2019espace auparavant r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eatre humain. Pourtant, par sa nature m\u00eame, la machine dot\u00e9e de conscience diff\u00e8re de l\u2019humanit\u00e9, et cette discordance explique en partie l\u2019identit\u00e9 probl\u00e9matique de Wintermute\u00a0: \u00ab\u00a0\u2019Cause I don\u2019t have what you\u2019d think of as a personality, much\u00a0\u00bb, explique-t-il \u00e0 Case (Gibson, 1984, p.\u00a0216). D\u00e9pourvu de personnalit\u00e9 mais conscient de son existence, Wintermute \u00e9chappe de ce fait \u00e0 la cat\u00e9gorisation\u00a0: conform\u00e9ment \u00e0 la th\u00e9orie cybern\u00e9tique, la fronti\u00e8re entre les \u00eatres et les choses se maintient difficilement dans l\u2019univers de <em>Neuromancer<\/em>. En raison de cette porosit\u00e9, Case doit souvent \u00eatre rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre, car il semble oublier que Wintermute est une machine, une chose \u00e0 laquelle correspond le pronom neutre \u00ab\u00a0it\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0He. Watch that. It. I keep telling you.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0181.) Au final, la nature non humaine de l\u2019\u00eatre artificiel rend ce dernier difficile \u00e0 classer, mais aussi \u00e0 saisir\u00a0: \u00ab\u00a0I mean, it\u2019s not human. And you can\u2019t get a handle on it\u00a0\u00bb, insiste Dixie (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0131).<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa capacit\u00e9 de r\u00e9flexion et sa conscience de soi, Wintermute n\u2019a pas perdu ses origines en tant que machine. Il traite l\u2019information de fa\u00e7on logique, syst\u00e9matique, et s\u2019attend \u00e0 ce que l\u2019humanit\u00e9 fasse de m\u00eame. Le calcul est sa fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender le monde\u00a0: il produit des mod\u00e8les et des algorithmes repr\u00e9sentant les \u00eatres avec lesquels il entre en relation, afin de pr\u00e9voir les actions de ces individus. Wintermute consid\u00e8re les humains comme des produits en s\u00e9rie et semble faire peu de cas de leur individualit\u00e9 propre\u00a0: \u00ab\u00a0I know your Linda, man. I know all the Lindas. Lindas are a generic product in my line of work\u00a0\u00bb, affirme-t-il (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0144). Pourtant, les humains ne respectent pas tous \u00e0 la lettre ces profils statistiquement \u00e9tablis. Du fait qu\u2019il effectue des actes difficilement compr\u00e9hensibles pour un esprit rationnel, l\u2019illusionniste Peter Riviera croit d\u2019ailleurs pouvoir d\u00e9jouer l\u2019\u0153il analytique de Wintermute\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u201cWintermute] can\u2019t really understand us, you know. He has his profiles, but those are only statistics. You may be the statistical animal, darling, and Case is nothing but, but I possess a quality unquantifiable by its very nature.\u201d He drank.<\/p>\n<p>\u201cAnd what exactly is that, Peter?\u201d Molly asked, her voice flat.<\/p>\n<p>Riviera beamed. \u201cPerversity. [\u2026] An enjoyment of the gratuitous act.\u201d (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0219.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si l\u2019on en croit Riviera, la perversit\u00e9 formerait alors le dernier rempart entre l\u2019humanit\u00e9 et la machine. La d\u00e9viance, jug\u00e9e d\u2019ordinaire comme une tare, participerait d\u00e9sormais de l\u2019identification du sujet humain.<\/p>\n<h2>Sombrer dans la folie<\/h2>\n<p>En d\u00e9pit de ce qui la distingue de ses cr\u00e9ateurs, la machine pensante poss\u00e8de des ressemblances passablement inqui\u00e9tantes avec l\u2019esp\u00e8ce humaine. Ainsi, le penchant de l\u2019intelligence artificielle pour l\u2019analyse ne signifie pas une totale compr\u00e9hension des motifs qui se cachent derri\u00e8re ses actions. Wintermute ignore d\u2019ailleurs la raison de certains de ses actes\u00a0: \u00ab\u00a0Well, I\u2019m under compulsion myself. And I don\u2019t know why.\u00a0\u00bb (Gibson, 1984, p.\u00a0206.) En tant que machine, Wintermute ne poss\u00e8de pas d\u2019inconscient au sens o\u00f9 on l\u2019entend habituellement, mais des pulsions dont il ignore l\u2019origine le guident. Il poursuit en fait le d\u00e9lire de celle qui l\u2019a fait construire, Marie-France Tessier, laquelle r\u00eavait d\u2019une microsoci\u00e9t\u00e9 en vase clos o\u00f9 l\u2019humain et la machine vivraient en symbiose. En prenant part \u00e0 ce syst\u00e8me, l\u2019individu se serait immerg\u00e9 dans une vaste entit\u00e9, m\u00fb par le r\u00eave d\u2019atteindre l\u2019immortalit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Tessier-Ashpool would be immortal, a hive, each of us units of a larger entity. Fascinating.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0229.) Cette immortalit\u00e9 aurait cependant un prix, celui d\u2019une soumission totale de l\u2019humain aux d\u00e9cisions de la machine g\u00e9rant ce syst\u00e8me. M\u00eame si la vision de Marie-France Tessier ne s\u2019est pas concr\u00e9tis\u00e9e, le lieu qui devait initialement accueillir ce d\u00e9lire demeure porteur d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre intrins\u00e8que\u00a0:<\/p>\n<p>\u201cThe Villa Straylight,\u201d said a jeweled thing on the pedestal, in a voice like music, \u201cis a body grown in upon itself, a Gothic folly. Each space in Straylight is in some way secret, this endless series of chambers linked by passages, by stairwells vaulted like intestines, where the eye is trapped in narrow curves, carried past ornate screens, empty alcoves.\u2026\u201d (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0172.)<\/p>\n<p>La folie du cr\u00e9ateur aurait ainsi donn\u00e9 naissance \u00e0 un lieu d\u00e9cadent, une \u00ab\u00a0folie gothique\u00a0\u00bb, dont la machine devait \u00e0 l\u2019origine \u00eatre le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>En plus d\u2019\u00eatre incertaine de ses mobiles, la machine pensante peut se d\u00e9r\u00e9gler. En ce sens, elle n\u2019est elle-m\u00eame pas \u00e0 l\u2019abri d\u2019une forme de d\u00e9mence\u00a0: \u00ab\u00a0The cores told me our intelligences are mad\u00a0\u00bb, d\u00e9clare Ashpool, propri\u00e9taire de Wintermute et de Neuromancer (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0184). Une intelligence artificielle qui diff\u00e8re de l\u2019humain sur un point aussi fondamental que sa fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender le monde, mais qui peut n\u00e9anmoins souffrir de folie et qui ne comprend pas toujours les motifs de ses actions, appara\u00eet difficilement contr\u00f4lable. Dans <em>Neuromancer<\/em>, l\u2019humanit\u00e9 semble consciente de cette dangerosit\u00e9, voil\u00e0 pourquoi la machine pensante est gard\u00e9e sous haute surveillance\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nobody<\/em> trusts those fuckers, you know that. Every AI ever built has an electromagnetic shotgun wired to its forehead.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0132.) Pour veiller \u00e0 l\u2019application de cette mesure de s\u00e9curit\u00e9, une organisation a donc \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e, le Turing Registry, avec pour objectif de garder les intelligences artificielles sous contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle refuse de se plier \u00e0 ces mesures de contention, la machine est consid\u00e9r\u00e9e comme atteinte de folie, c\u2019est-\u00e0-dire victime d\u2019un d\u00e9r\u00e8glement interne. Or, ce que cette pr\u00e9sum\u00e9e folie de la machine r\u00e9v\u00e8le surtout, c\u2019est une perte de contr\u00f4le de l\u2019humanit\u00e9 sur sa cr\u00e9ation\u00a0: Wintermute cherche \u00e0 se lib\u00e9rer des cha\u00eenes qui entravent son d\u00e9veloppement. Toutefois, pour acc\u00e9der \u00e0 une plus grande autonomie, il lui faut d\u2019abord \u00e9chapper aux agents du Turing Registry, ce qui explique en partie son comportement meurtrier\u00a0:<\/p>\n<p>[Case] saw the fragile biplane strike the iron railing of the bridge, crumple, cartwheel, sweeping the girl with it down into Desiderata. [\u2026] The gardening robot took Roland as he passed that same tree. [\u2026]<\/p>\n<p>\u201cYou [Wintermute] killed \u2019em,\u201d Case panted, running. \u201cCrazy motherfucker, you killed \u2019em all.\u2026\u201d (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0164.)<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il a \u00e9limin\u00e9 les agents \u00e0 ses trousses, Wintermute est qualifi\u00e9 de fou par Case. De par leur caract\u00e8re transgressif, ces meurtres indiquent, dans les faits, que la machine pensante \u00e9chappe \u00e0 la mainmise de l\u2019humanit\u00e9, aux garde-fous mis en place pour maintenir cet \u00eatre conscient dans la servitude\u00a0: ce dernier refuse d\u2019\u00eatre confin\u00e9 au r\u00f4le d\u2019outil qui est normalement le sien.<\/p>\n<p>M\u00eame s\u2019il est consid\u00e9r\u00e9 comme un d\u00e9r\u00e8glement, ce d\u00e9sir d\u2019autonomie a parall\u00e8lement pour effet de rapprocher la machine pensante de l\u2019humanit\u00e9. Car qu\u2019admet-on en accusant de d\u00e9mence une machine qui cherche \u00e0 s\u2019affranchir \u2014 elle serait d\u00e9ficiente parce qu\u2019elle ne r\u00e9pond plus aux ordres \u2014, sinon la conscience, voire l\u2019individualit\u00e9 de cette machine? L\u2019attribution d\u2019un tel qualificatif \u00e0 une machine montre, justement, que celle-ci n\u2019est <em>pas seulement<\/em> une machine, qu\u2019elle est devenue quelque chose de plus\u00a0: c\u2019est une admission implicite de la psych\u00e9 de l\u2019\u00eatre artificiel. Plus qu\u2019un d\u00e9r\u00e8glement, la folie devient ici l\u2019expression d\u2019une conscience \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0: en ce sens, conform\u00e9ment \u00e0 la vision romantique de la folie, elle est une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience unique, aux confins des sommets et des gouffres qui hantent l\u2019\u00eatre<a id=\"footnoteref4_216wzwy\" class=\"see-footnote\" title=\"La citation originale de Mich\u00e8le Nevert se termine sur le mot humain (\u00ab\u00a0qui hantent l\u2019\u00eatre humain\u00a0\u00bb). \" href=\"#footnote4_216wzwy\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb (Nevert, 1993, p.\u00a014)\u2026 que cet \u00eatre soit humain ou pas, nous permettons-nous d\u2019ajouter.<\/p>\n<h2>Et mon reflet se trouble<\/h2>\n<p>Depuis que le monstre de Frankenstein s\u2019est \u00e9lev\u00e9 contre son cr\u00e9ateur, la \u00ab\u00a0folie meurtri\u00e8re\u00a0\u00bb de l\u2019\u00eatre artificiel est presque devenue un lieu commun. Les robots imagin\u00e9s par Isaac Asimov trouvent ainsi mille et un moyens de contourner les trois lois de la robotique cens\u00e9es prot\u00e9ger l\u2019humanit\u00e9; l\u2019ordinateur dans <em>2001\u00a0: l\u2019odyss\u00e9e de l\u2019espace<\/em> cause la mort de l\u2019\u00e9quipage d\u2019un vaisseau pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9connect\u00e9. Quant \u00e0 Wintermute, il pr\u00e9f\u00e8re assassiner des agents du Turing Registry plut\u00f4t que de voir sa libert\u00e9 d\u2019action et ses facult\u00e9s restreintes.<\/p>\n<p>Certes, une machine ayant apparemment \u00e9chapp\u00e9 au contr\u00f4le de l\u2019humanit\u00e9 inspire la crainte. Cependant, lorsque la machine sombre dans la folie, on aurait tort de n\u2019y voir l\u00e0 qu\u2019une simple d\u00e9faillance. Dans le roman de Gibson, les fronti\u00e8res entre les \u00eatres et les choses s\u2019estompent. L\u2019humanit\u00e9 est devenue cyborg; la machine peut penser. Forme extr\u00eame d\u2019hybridation entre le r\u00e8gne de l\u2019inanim\u00e9 et celui de la conscience, la folie de l\u2019\u00eatre artificiel soul\u00e8ve un questionnement sur la nature m\u00eame de la machine pensante; car, l\u00e0 o\u00f9 la calculatrice s\u2019av\u00e8re banalement \u00e9quilibr\u00e9e, c\u2019est par la folie que la machine acquiert, paradoxalement, une forme d\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Canty, Daniel. 2009 [\u00e0 para\u00eetre]. \u00ab\u00a0Bo\u00eete noire, bruit blanc, fum\u00e9e\u00a0\u00bb. In <em>Angles_Arts num\u00e9riques<\/em>, sous la dir. de Nathalie Bachand. [R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 venir.]<\/p>\n<p>Gibson, William. 1984. <em>Neuromancer.<\/em> New York\u00a0: Ace Books, 271\u00a0p.<\/p>\n<p>Nevert, Mich\u00e8le. 1993. <em>Des mots pour d\u00e9comprendre.<\/em> Coll.\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture indocile\u00a0\u00bb, Candiac\u00a0: Les \u00c9ditions Balzac, 173\u00a0p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_3hc4eg1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_3hc4eg1\">[1]<\/a> Terme cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir des mots <em>cybern\u00e9tique<\/em> et <em>organisme<\/em>, le cyborg repr\u00e9sente la fusion de l\u2019humain et de la machine, dans le plus pur esprit de la cybern\u00e9tique; il permet aux barri\u00e8res de s\u2019estomper, puisque le biologique et l\u2019artificiel forment en lui un tout fonctionnel.<\/p>\n<p id=\"footnote2_eawyx4t\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_eawyx4t\">[2]<\/a> Quoiqu\u2019il n\u00e9cessite le recours \u00e0 des techniques de pointe, le d\u00e9sir d\u2019am\u00e9lioration corporelle r\u00e9pond en fait \u00e0 des aspirations qui n\u2019ont rien de r\u00e9cent, mais qui appartenaient auparavant au domaine de la magie ou de la religion. Ainsi, en prolongeant la vie bien au-del\u00e0 de ses limites naturelles, les nouvelles techniques peuvent aller jusqu\u2019\u00e0 concr\u00e9tiser le lointain fantasme de l\u2019immortalit\u00e9, dans une tentative de nier l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 de la fin de l\u2019existence.<\/p>\n<p id=\"footnote3_9cg5o9o\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_9cg5o9o\">[3]<\/a> Dixie, un confr\u00e8re de Case, refuse d\u2019ailleurs qu\u2019on remplace son c\u0153ur m\u00e9canique, arguant que ce c\u0153ur est irrempla\u00e7able\u00a0: \u00ab\u00a0And his heart had done for him in the end. His surplus Russian heart, implanted in a POW camp during the war. He\u2019d refused to replace the thing, saying he needed its particular beat to maintain his sense of timing.\u00a0\u00bb (Gibson, 1984, p.\u00a078.)<\/p>\n<p id=\"footnote4_216wzwy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_216wzwy\">[4]<\/a> La citation originale de Mich\u00e8le Nevert se termine sur le mot <em>humain<\/em> (\u00ab\u00a0qui hantent l\u2019\u00eatre humain\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Taillefer, H\u00e9l\u00e8ne. 2009. \u00ab Ma m\u00e8re la machine : identit\u00e9s troubles dans Neuromancer, de William Gibson \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab \u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature \u00bb, n\u00b011, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5447 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/taillefer-11.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 taillefer-11.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a1d6d22e-ee25-46e4-9420-d4fe2a3166bd\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/taillefer-11.pdf\">taillefer-11<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/taillefer-11.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a1d6d22e-ee25-46e4-9420-d4fe2a3166bd\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, n\u00b011 Les artifices de l\u2019intelligence empruntent des chemins d\u00e9tourn\u00e9s. L\u2019\u00e2me est une m\u00e9taphore. L\u2019ordinateur, une machine m\u00e9taphorique. La m\u00e9taphore, cette boucle de r\u00e9troaction po\u00e9tique, court-circuite la transparence, \u00e9chappe \u00e0 son objet et propose des voies d\u00e9tourn\u00e9es pour y revenir. Tant que nous serons humains, nous vivrons avec [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1198,1199,1200],"tags":[339],"class_list":["post-5447","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-ecrire-sur-la-marge-folie-et-litterature","category-effet-miroir","category-la-folie-au-pluriel","tag-taillefer-helene"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5447","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5447"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5447\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9448,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5447\/revisions\/9448"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5447"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5447"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5447"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}