{"id":5448,"date":"2024-06-13T19:48:17","date_gmt":"2024-06-13T19:48:17","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/les-passages-obliges-de-la-pathologie-le-cas-du-sadisme\/"},"modified":"2024-09-13T17:15:49","modified_gmt":"2024-09-13T17:15:49","slug":"les-passages-obliges-de-la-pathologie-le-cas-du-sadisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5448","title":{"rendered":"Les passages oblig\u00e9s de la pathologie : le cas du sadisme"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6879\">Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, n\u00b011<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p><em>\u2013 Oh ! quelle \u00e9nigme que l\u2019homme! dit le duc.<\/em><br \/><em>\u2013 Oui, mon ami, dit Curval. Et voil\u00e0 ce qui a fait dire \u00e0 un homme de beaucoup d\u2019esprit qu\u2019il valait mieux le foutre que de le comprendre.<\/em><br \/>D.A.F. de Sade, <em>Les Cent Vingt Journ\u00e9es de Sodome<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crivain controvers\u00e9 s\u2019il en est, Donatien-Aldonze-Fran\u00e7ois de Sade hante depuis plus de deux si\u00e8cles les lettres fran\u00e7aises. La quantit\u00e9 d\u2019encre que son \u0153uvre a fait couler est vertigineuse. Sa figure est d\u2019autant plus complexe que la fascination qu\u2019elle exerce est tr\u00e8s grande, et qu\u2019on a inextricablement m\u00eal\u00e9 anecdotes sur sa vie \u00e0 ce que son \u0153uvre et sa pens\u00e9e ont de proprement scandaleux, construisant ainsi une figure proche du mythe, o\u00f9 le territoire de la v\u00e9rit\u00e9 s\u2019av\u00e8re difficile \u00e0 circonscrire. Mais si sa figure fut brandie \u00e0 de nombreuses reprises au cours du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2014 des revendications surr\u00e9alistes \u00e0 la cause telquelienne en passant par l\u2019Internationale situationniste \u2014, on a longtemps r\u00e9serv\u00e9 ses \u0153uvres \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0enfer des biblioth\u00e8ques\u00a0\u00bb, tout en les consid\u00e9rant vaguement \u00e0 la fois comme produits d\u2019un libertinage d\u00e9mentiel et sympt\u00f4mes d\u2019une pathologie \u00e0 laquelle Sade, bien malgr\u00e9 lui, a laiss\u00e9 son nom\u00a0: le \u00ab\u00a0sadisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>S\u2019il est aujourd\u2019hui possible de parler de sadisme sans m\u00eame savoir qui est le marquis de Sade, pour r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une association entre le fait d\u2019\u00e9prouver du plaisir et celui d\u2019infliger de la douleur \u00e0 autrui, il n\u2019en a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi. En effet, malgr\u00e9 cette \u00e9volution au cours de laquelle on a en quelque sorte \u00e9vinc\u00e9 Sade pour voir le terme de sadisme \u00eatre l\u2019objet de r\u00e9appropriations dans divers domaines \u2014 notamment du c\u00f4t\u00e9 de la psychopathologie et de la psychanalyse \u2014, Sade demeure en quelque sorte le \u00ab\u00a0p\u00e8re\u00a0\u00bb du sadisme. C\u2019est pourquoi il importe \u00e0 notre sens de faire un retour sur les origines de cette construction lexicale relative d\u2019abord au domaine pathologique pour voir ce que l\u2019on peut y comprendre aujourd\u2019hui quant aux mouvements qui conditionnent la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre dont la violence est radicale, et plus g\u00e9n\u00e9ralement quant aux m\u00e9canismes actifs dans le contact de l\u2019homme avec toute mise en r\u00e9cit, avec toute configuration sensible de l\u2019horreur. Pour ce faire, nous pr\u00eaterons attention \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la notion de sadisme, afin de retourner vers Sade et mesurer plus pr\u00e9cis\u00e9ment, dans la pluralit\u00e9 des sens qu\u2019a connue le sadisme au fil du temps, ce que cette construction pathologique a fait \u00e0 Sade\u00a0: c&rsquo;est-\u00e0-dire que d\u2019un regard plus large sur la r\u00e9ception du texte sadien (principalement dans le xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle fran\u00e7ais), il s\u2019agira d\u2019abord de voir comment on a forg\u00e9 le terme \u00ab\u00a0sadisme\u00a0\u00bb \u00e0 partir de la vie et de l\u2019\u0153uvre de Sade, et ensuite d\u2019observer ce que cette construction pathologique a cach\u00e9 et a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain et de son \u0153uvre. Il nous faudra donc nous interroger sur ses impacts dans la r\u00e9ception du texte sadien afin de mesurer l\u2019ampleur de ses effets \u2014 malins et b\u00e9nins, pour le dire simplement.<\/p>\n<p>La construction d\u2019une cat\u00e9gorie pathologique (au sens o\u00f9 elle sert alors \u00e0 nommer et \u00e0 cat\u00e9goriser un type de comportement humain relevant de la pathologie\u00a0: un d\u00e9r\u00e8glement donc, un \u00e9cart par rapport \u00e0 la normalit\u00e9), \u00e0 partir du nom m\u00eame d\u2019un \u00e9crivain ou d\u2019un penseur n\u2019est pas un processus transparent, et n\u2019est pas sans impact sur la mani\u00e8re dont on recevra par la suite son \u0153uvre. Et bien s\u00fbr, d\u00e8s l\u2019origine, le lexique alors cr\u00e9\u00e9 est li\u00e9 \u00e0 ce que cet \u00eatre humain a \u00e9t\u00e9, \u00e0 ce qu\u2019il a fait et produit, et \u00e0 ce qu\u2019il est rest\u00e9 dans la m\u00e9moire des hommes. C\u2019est pourquoi, avant de pouvoir observer les cons\u00e9quences qu\u2019a eues le sadisme dans la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre du marquis de Sade, il convient de faire un retour sur le terreau dans lequel on a form\u00e9 le terme \u00ab\u00a0sadisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>L\u2019h\u00e9ritage du \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb\u00a0: un passage \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 probl\u00e9matique<\/h2>\n<p>\u00c0 l\u2019origine du sadisme, donc\u00a0: Sade. \u00c0 partir d\u2019un nom propre, celui d\u2019un \u00eatre humain ayant construit une \u0153uvre singuli\u00e8re (qu\u2019on la juge bonne ou mauvaise, fascinante ou r\u00e9pugnante, int\u00e9ressante ou non n\u2019a pas d\u2019importance), on a forg\u00e9 un nom commun, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose appartenant au domaine du g\u00e9n\u00e9ral \u2014 c\u2019est cette tension entre singularit\u00e9 et g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 qu\u2019il faut conserver en m\u00e9moire au fil de nos analyses, puisque l\u00e0 se joue un tournant essentiel de la r\u00e9ception du texte sadien. \u00c0 l\u2019origine du sadisme, enfin\u00a0: Sade. Et d\u00e9j\u00e0 le nom propre renvoie \u00e0 un contenu multiple\u00a0: d\u2019une signature unique dont a d\u00e9riv\u00e9 le mot \u00ab\u00a0sadisme\u00a0\u00bb certaines choses sont retenues, d\u2019autres n\u00e9cessairement mises de c\u00f4t\u00e9 afin de construire la pathologie qui nous int\u00e9resse \u2014 c\u2019est ce territoire, d\u2019abord, qu\u2019il nous faut circonscrire\u00a0: l\u2019espace aux fronti\u00e8res poreuses compos\u00e9 par la vie et l\u2019\u0153uvre de Donatien-Aldonze-Fran\u00e7ois de Sade, puisque c\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9 le contenu s\u00e9mantique originel du \u00ab\u00a0sadisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il faut d\u2019abord constater que le passage \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 de Sade ne s\u2019est pas fait sans accrocs\u00a0: dire que cet \u00e9crivain pose probl\u00e8me tient presque de l\u2019euph\u00e9misme. Et d\u00e9j\u00e0, comme nous le verrons, le qualifier d\u2019\u00e9crivain n\u2019est pas toujours all\u00e9 de soi\u00a0: c\u2019est d\u2019abord comme un pervers sexuel dont les pratiques singuli\u00e8res l\u2019ont men\u00e9 en prison que son nom est entr\u00e9 dans le domaine public, comme un libertin dont l\u2019exp\u00e9rience et l\u2019entreprise intellectuelle ont d\u00e9pass\u00e9 si largement l\u2019horizon d\u2019attente de ses contemporains qu\u2019il a rapidement \u00e9t\u00e9 exclu de la communaut\u00e9 des hommes, repouss\u00e9 vers le domaine scientifique comme un objet d\u2019\u00e9tude dont la description demandait l\u2019invention d\u2019un nouveau langage, d\u2019un nouveau vocabulaire clinique sur lequel nous nous penchons aujourd\u2019hui. C\u2019est donc sous le mode du refus, de l\u2019exclusion qu\u2019il est entr\u00e9, presque de force, dans nos m\u00e9moires et dans nos r\u00e9cits\u00a0: estimant l\u2019homme dangereux, on l\u2019a enferm\u00e9 de son vivant\u00a0; ne l\u2019estimant toujours pas inoffensif une fois mort, on a interdit et censur\u00e9 son \u0153uvre, dont la violence est si radicale qu\u2019elle semble nier les fondements m\u00eames de la communaut\u00e9 humaine. Mais ce statut illicite de l\u2019\u0153uvre, dans le paysage du romantisme o\u00f9 \u00e9tait mise de l\u2019avant une certaine fascination pour l\u2019inconnu, une exaltation du myst\u00e9rieux, favorisait une circulation particuli\u00e8re de l\u2019\u0153uvre de Sade sous le mode de la glorification souterraine. Sade, figure exemplaire d\u2019une singularit\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9, se faisait alors d\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e9trange compagnon d\u2019infortune de tous ceux qui cherchaient \u00e0 exalter la libert\u00e9\u00a0: ceux qui voulaient s\u2019en prendre \u00e0 un certain ordre bourgeois trouvaient sous son ombre paradoxale le terreau fertile qui leur \u00e9tait n\u00e9cessaire pour ancrer leurs r\u00e9voltes.<\/p>\n<p>Tout cela pour dire que malgr\u00e9 la censure, Sade et son \u0153uvre circulaient d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8re dans les lettres fran\u00e7aises au xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Mais justement \u00e0 cause du statut d\u2019interdit qui pesait sur le texte, les versions disponibles \u00e9taient souvent fautives, et de m\u00eame pour les informations disponibles au sujet de l\u2019auteur\u00a0: les lacunes donnent \u00e0 l\u2019histoire du \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb et de son \u0153uvre une mall\u00e9abilit\u00e9 qui leur a apport\u00e9 le caract\u00e8re l\u00e9gendaire que d\u00e9crit Michel Delon en introduisant Sade et son \u0153uvre dans la prestigieuse collection Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade en 1990\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Un ostracisme identique frappait l\u2019auteur et son \u0153uvre, le premier comme d\u00e9bauch\u00e9 capable des pires exc\u00e8s, la seconde comme incitation \u00e0 des violences similaires. La vie de l\u2019\u00e9crivain se confondait avec ses romans. Les sc\u00e8nes d\u2019accouplement et de torture que d\u00e9crivaient ceux-ci prouvaient la culpabilit\u00e9 de l\u2019homme\u00a0; sa condamnation juridique ricochait sur ses textes. (1990, p.\u00a0ix.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, Michel Delon d\u00e9crit assez bien le jeu complexe de ricochet qui se d\u00e9ploie entre la vie du marquis de Sade et son \u0153uvre\u00a0; jeu de miroir o\u00f9 les tensions entre ce qui est r\u00e9el et ce qui tient de l\u2019imaginaire s\u2019amenuisent, o\u00f9 les fronti\u00e8res deviennent poreuses pour ne composer, dans les r\u00e9cits au sujet du marquis de Sade, qu\u2019un m\u00eame territoire de d\u00e9bauches et de perversions. Et puisque c\u2019est dans ce territoire, dont les abords difficiles ont repouss\u00e9 nombre de voyageurs, que le domaine m\u00e9dical a circonscrit la notion de sadisme qui nous int\u00e9resse aujourd\u2019hui, il nous faut maintenant le pr\u00e9senter plus avant si nous voulons cerner plus pr\u00e9cis\u00e9ment son contexte d\u2019\u00e9mergence, son origine.<\/p>\n<p>Toute une l\u00e9gende complexe entoure la vie de Sade, mais simplement pour que l\u2019on voie en action l\u2019un des mat\u00e9riaux \u00e0 partir desquels il est entr\u00e9 dans nos m\u00e9moires et dans nos r\u00e9cits, il convient de pr\u00e9senter rapidement le premier scandale public autour de son nom. Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas ici de trancher sur les raisons de ses emprisonnements, mais de pr\u00e9senter \u00e0 titre repr\u00e9sentatif un \u00e9v\u00e9nement qui, soulignons-le, n\u2019a de litt\u00e9raire que les mises en r\u00e9cit ult\u00e9rieures dont il fut l\u2019objet. Il s\u2019agit de ce que l\u2019on a appel\u00e9 dans la critique sadienne l\u2019\u00ab\u00a0affaire d\u2019Arcueil\u00a0\u00bb. Bien des versions de l\u2019histoire ont circul\u00e9, mais nous en ferons la lecture aujourd\u2019hui dans le num\u00e9ro du 26 avril 1768 de la <em>Gazette d\u2019Utrech\u00a0<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le jour de <em>P\u00e2ques<\/em> M. de <em>Sade<\/em>, [\u2026] allant seul dans sa maison d\u2019Arcueil pr\u00e8s de <em>Paris<\/em>, trouva sur son chemin une femme mendiante qu\u2019il amena chez lui sous pr\u00e9texte de l\u2019attacher \u00e0 son service par humanit\u00e9, mais lorsqu\u2019elle y fut arriv\u00e9e, il la conduisit dans un cabinet \u00e9cart\u00e9, lui lia les membres, la b\u00e2illonna pour l\u2019emp\u00eacher de crier, et avec un canif il lui fit plusieurs incisions sur le corps, dans lesquelles il fit fondre une esp\u00e8ce de cire d\u2019<em>Espagne<\/em>; ensuite il sortit tranquillement pour se promener, laissant la victime de sa f\u00e9rocit\u00e9 bien enferm\u00e9e; cependant elle parvint \u00e0 se d\u00e9tacher, et elle se jeta par la fen\u00eatre [\u2026]. Tous les habitants du village qui la virent auraient massacr\u00e9 le comte de <em>Sade<\/em>, s\u2019il n\u2019e\u00fbt pris la fuite. [\u2026] Des gens disent que le comte de <em>Sade<\/em> a seulement une fureur pour la chimie, et que sa cruaut\u00e9, \u00e0 laquelle on ne peut penser qu\u2019en fr\u00e9missant d\u2019horreur, avait pour motifs de faire l\u2019essai d\u2019un Baume, avec lequel il pr\u00e9tend gu\u00e9rir toutes sortes de plaies sur-le-champ. (Cit\u00e9 dans Pauvert, 1990, p.\u00a0180-181. L\u2019auteur souligne.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le marquis n\u2019a alors que vingt-huit ans\u00a0; et il faut noter qu\u2019une telle anecdote, qu\u2019on s\u2019est longtemps racont\u00e9e en la d\u00e9formant de diverses mani\u00e8res, passant du fouet au canif, du baume pour gu\u00e9rir les plaies \u00e0 une cire coul\u00e9e dedans par raffinement de cruaut\u00e9, tout cela enfin est un terreau on ne peut plus fertile pour que la l\u00e9gende prolif\u00e8re. Quelques ann\u00e9es plus tard, un autre scandale important \u00e9clatera autour de son nom alors qu\u2019au cours d\u2019une soir\u00e9e il se fera sodomiser par son valet. \u00c0 cette \u00e9poque, la sodomie \u00e9tant un crime, ils seront tous deux condamn\u00e9s \u00e0 mort quelques jours plus tard. C\u2019est une longue histoire, mais Sade sera enfin sauv\u00e9 par une lettre de cachet qui l\u2019emprisonnera \u00e0 Vincennes, d\u2019o\u00f9 il sera transf\u00e9r\u00e9 un peu plus tard vers la Bastille\u2026 et il n\u2019a encore pratiquement rien \u00e9crit. Il faut donc noter que le nom de Sade a commenc\u00e9 \u00e0 circuler bien avant ses \u0153uvres sous le mode du scandale. Ce n\u2019est qu\u2019une fois la quarantaine bien entam\u00e9e qu\u2019il d\u00e9bute s\u00e9rieusement son entreprise litt\u00e9raire. Mais alors que certains de ses \u00e9crits arrivent en librairie apr\u00e8s la R\u00e9volution, la rumeur publique a toujours en m\u00e9moire les crimes dont il a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant, et elle continue donc d\u2019en propager les r\u00e9cits tout en exag\u00e9rant sans cesse l\u2019ampleur des d\u00e9bauches de mani\u00e8re \u00e0 condamner cat\u00e9goriquement l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pour notre homme. Quant \u00e0 l\u2019\u0153uvre, pour conclure notre premi\u00e8re approche du territoire sur lequel s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e la notion de sadisme, il convient d\u2019en pr\u00e9senter rapidement quelques extraits. Il ne s\u2019agit pas ici de r\u00e9duire une \u0153uvre vaste et complexe \u00e0 quelques propositions, mais simplement de pr\u00e9senter de mani\u00e8re exemplaire certains des exc\u00e8s qu\u2019elle met en sc\u00e8ne afin de mieux cerner, encore une fois, l\u2019impact de ces mat\u00e9riaux dans la constitution de la notion de sadisme. Presque au hasard, puisqu\u2019il serait de toute mani\u00e8re difficile de tomber sur une page qui ne se pr\u00eate pas au jeu, voici la passion d\u2019un libertin racont\u00e9e \u00e0 la 115<sup>e<\/sup> des <em>Cent Vingt Journ\u00e9es de Sodome\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir coup\u00e9 tout ras le vit et les couilles, il forme un con au jeune homme avec une machine de fer rouge qui fait le trou et qui caut\u00e9rise tout de suite\u00a0; il le fout dans cette ouverture et l\u2019\u00e9trangle de ses mains en d\u00e9chargeant.\u00a0\u00bb (Sade, 1990, p.\u00a0369.) Quelques jours plus t\u00f4t, on racontait l\u2019histoire d\u2019un homme qui \u00ab\u00a0fout une ch\u00e8vre en levrette, pendant qu\u2019on le fouette. Il fait un enfant \u00e0 cette ch\u00e8vre, qu\u2019il encule \u00e0 son tour, quoique ce soit un monstre.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0331.) La tendance est forte \u00e0 concevoir les <em>Cent Vingt Journ\u00e9es<\/em> comme le paroxysme de l\u2019horreur, mais on peut r\u00e9p\u00e9ter l\u2019exercice en \u00e9coutant un instant les propos d\u2019Eug\u00e9nie, fra\u00eechement pervertie, s\u2019adressant \u00e0 sa m\u00e8re dans <em>La Philosophie dans le boudoir<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Venez, belle maman, venez que je vous serve de mari\u00a0; il est un peu plus gros que celui de votre \u00e9poux, n\u2019est-ce pas, ma ch\u00e8re, n\u2019importe, il entrera\u2026 Ah\u00a0! tu cries, ma m\u00e8re, tu cries quand ta fille te fout\u00a0; et toi, Dolmanc\u00e9, tu m\u2019encules\u00a0; me voil\u00e0 donc \u00e0 la fois incestueuse, adult\u00e8re, sodomite, et tout cela pour une petite fille qui n\u2019est d\u00e9pucel\u00e9e que d\u2019aujourd\u2019hui&#8230; (Sade, 1998, p.\u00a0171.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelle r\u00e9action convient-il d\u2019avoir devant des textes aussi inconvenants? Les contemporains du marquis opt\u00e8rent pour le d\u00e9go\u00fbt, le rejet, et le scandale, ce qui about\u00eet paradoxalement \u00e0 investir l\u2019\u0153uvre sadienne d\u2019une efficience singuli\u00e8re, d\u2019un pouvoir. Pouvoir au moins double\u00a0: \u00ab\u00a0didactique\u00a0\u00bb d\u2019une part, alors qu\u2019on rend le texte responsable d\u2019actes immoraux, en t\u00e9moigne ce commentaire de l\u2019id\u00e9ologue Chaussard, contemporain de Sade\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Qu\u2019on interroge, avant de les conduire \u00e0 la mort, les assassins qui, dans ces derniers temps, ont \u00e9pouvant\u00e9 la nature par de nouvelles cruaut\u00e9s, ils vous diront sans doute que la lecture des ouvrages, tels que <em>Justine<\/em>, <em>Aline<\/em>, etc. que les repr\u00e9sentations de ces pi\u00e8ces, dont les h\u00e9ros sont des brigands, ont aliment\u00e9 et exalt\u00e9 leurs principes d\u2019immoralit\u00e9. (Cit\u00e9 dans Delon, 1990, p.\u00a0xxxii.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et pouvoir quasi surnaturel d\u2019autre part, comme l\u2019indique entre autres Jules Janin, dans un texte qui a hant\u00e9 de mani\u00e8re importante la critique sadienne. Pr\u00e9sentant Sade en 1834 dans la<em> Revue de Paris<\/em>, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 un nom que tout le monde sait et que personne ne prononce\u00a0; la main tremble en l\u2019\u00e9crivant, et quand on le prononce, les oreilles vous tintent d\u2019un son lugubre.\u00a0\u00bb (Cit\u00e9 dans Laugaa-Traut, 1973, p.\u00a0124.) Et d\u00e9j\u00e0 on d\u00e9borde du texte, probl\u00e9matique \u00e0 recevoir en lui-m\u00eame, pour lui-m\u00eame\u2026<\/p>\n<h2>Paradoxes du discr\u00e9dit<\/h2>\n<p>Maintenant le territoire sadien un peu mieux balis\u00e9, il nous faut voir plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il en est de la notion de sadisme puisque c\u2019est justement en 1834 aussi que fut lexicalis\u00e9 officiellement le terme. On peut lire en effet dans la huiti\u00e8me \u00e9dition du <em>Dictionnaire Universel<\/em> de Boiste, \u00e0 l\u2019article \u00ab\u00a0sadisme\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0aberration \u00e9pouvantable de la d\u00e9bauche\u00a0; syst\u00e8me monstrueux et anti-social qui r\u00e9volte la nature (<em>De Sade<\/em>, nom propre) (<em>peu usit\u00e9<\/em>).\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0107.) La d\u00e9finition se pose donc d\u00e8s l\u2019origine en deux temps, et on y entend presque l\u2019\u00e9cho de cette \u00e9trange sym\u00e9trie pos\u00e9e entre la vie et l\u2019\u0153uvre de Sade sur laquelle nous avons insist\u00e9 jusqu\u2019ici. Il faut aussi remarquer la complicit\u00e9 qu\u2019entretient cette d\u00e9finition avec les condamnations pr\u00e9c\u00e9dentes de Sade\u00a0: lors des premiers scandales publics autour de son nom, on parle de \u00ab\u00a0d\u00e9mence libertine\u00a0\u00bb, tandis que Royer-Collard, quelques ann\u00e9es plus tard, alors qu\u2019il est \u00e0 la t\u00eate de la maison de Charenton pendant que Sade y est intern\u00e9, r\u00e9clame le transfert du marquis vers la prison en disant que \u00ab\u00a0[son] d\u00e9lire est celui du vice\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a098). Mais cette demande de transfert fut refus\u00e9e\u00a0: Sade demeura enferm\u00e9 parmi les fous, et la folie ainsi postul\u00e9e fut pendant un certain temps garante de l\u2019exclusion, encourageant la non-lecture du texte.<\/p>\n<p>L\u2019interdit l\u00e9gal et le discr\u00e9dit social qui p\u00e8sent sur l\u2019\u0153uvre et la personne de Sade se renvoient en quelque sorte constamment la balle, selon une dialectique singuli\u00e8re qui compose la prison m\u00eame de Sade, emp\u00eachant son \u0153uvre de circuler parmi les hommes, et encourageant sa non-lecture au point que Charles Nodier parle en 1831 de <em>Justine<\/em> comme d\u2019un \u00ab\u00a0ouvrage dont le titre m\u00eame est devenu obsc\u00e8ne\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0103)\u00a0: un livre peu lu, per\u00e7u comme un monstre litt\u00e9raire, un bibelot pour les curieux, bref. Cet \u00e9l\u00e9ment est aussi essentiel pour comprendre la toile de fond sur laquelle s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e la notion de sadisme\u00a0: l\u2019absence du texte, interdit et discr\u00e9dit\u00e9 \u2014 Fran\u00e7oise Laugaa-Traut parle alors de \u00ab\u00a0circularit\u00e9 de la punition\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a095). Cette expression fait r\u00e9f\u00e9rence au fait que, consid\u00e9rant le texte sadien comme produit de la prison (selon l\u2019hypoth\u00e8se \u2014 assez r\u00e9pandue, bien que simpliste \u2014 que Sade aurait mis sur papier toutes ces perversions parce qu\u2019il \u00e9tait enferm\u00e9, et ne pouvait donc les r\u00e9aliser physiquement), on se sert du discr\u00e9dit judiciaire pesant sur la personne m\u00eame de Sade pour repousser le texte. Mais dans la d\u00e9cennie 1830, alors qu\u2019on se trouve une g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s celle qui a vu appara\u00eetre les livres du marquis en librairie, cette absence du texte (interdit) et du sujet (d\u00e9c\u00e9d\u00e9) se creuse de mani\u00e8re \u00e0 entourer d\u2019un flou l\u2019objet de la condamnation qui pesait jusque-l\u00e0. Il ne reste alors en quelque sorte qu\u2019une condamnation sans objet, et c\u2019est l\u00e0 que la construction de la notion de sadisme joue un r\u00f4le essentiel dans la r\u00e9ception du texte sadien.<\/p>\n<p>Autour de cette notion se sont cristallis\u00e9s les multiples r\u00e9seaux de sens que nous avons pr\u00e9sent\u00e9s jusqu\u2019ici, et c\u2019est cette cristallisation qui permet justement de sortir de cette circularit\u00e9 concevant simplement l\u2019\u0153uvre comme produit de la condamnation, r\u00e9sultat d\u2019une m\u00eame aberration chez l\u2019homme qu\u2019a \u00e9t\u00e9 Sade, et qui juge ainsi l\u2019\u0153uvre selon le jugement qui p\u00e8se sur l\u2019homme\u2026 Parler de \u00ab\u00a0sadisme\u00a0\u00bb soudain, en 1834, permet de pointer du doigt cette aberration, de la nommer et donc de la circonscrire\u00a0: cela permet de faire sens sur ce qui auparavant n\u2019apparaissait que sous l\u2019aspect d\u2019une abomination absolue qu\u2019on avait de la difficult\u00e9 \u00e0 concevoir comme \u00e9tant la production d\u2019un esprit humain. Et d\u2019ailleurs, pour en revenir \u00e0 la premi\u00e8re mise en d\u00e9finition du sadisme, on y per\u00e7oit tr\u00e8s bien la cristallisation de ce que nous avons nomm\u00e9 avec Fran\u00e7oise Laugaa-Traut la \u00ab\u00a0circularit\u00e9 de la punition\u00a0\u00bb qui p\u00e8se sur le texte sadien\u00a0: il s\u2019agit, rappelons-le, d\u2019une \u00ab\u00a0aberration \u00e9pouvantable de la d\u00e9bauche\u00a0\u00bb <em>et<\/em> d\u2019un \u00ab\u00a0syst\u00e8me monstrueux et anti-social qui r\u00e9volte la nature\u00a0\u00bb. Le sadisme, donc, d\u00e8s sa premi\u00e8re formulation lexicographique, maintient active cette tension entre singularit\u00e9 et g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 qui nous int\u00e9resse, entre l\u2019aberration et sa syst\u00e9matisation, entre le nom propre (Sade) et le nom commun (sadisme).<\/p>\n<h2>Singularit\u00e9 et g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9\u00a0: d\u2019une prison l\u2019autre<\/h2>\n<p>La puissance de g\u00e9n\u00e9ralisation du langage est telle qu\u2019une fois le mot lanc\u00e9, une fois le terme de sadisme lexicalis\u00e9, tout se passe comme si l\u2019\u0153uvre de Sade apparaissait moins inqui\u00e9tante sous le couvert du sadisme, comme si le fait de nommer le sadisme trouvait une cause plus rassurante \u00e0 ce qui apparaissait avant comme incompr\u00e9hensible. Et c\u2019est justement le tour de force que fait cette notion afin d\u2019ouvrir la voie \u00e0 une r\u00e9ception possible du texte sadien\u00a0: elle camoufle sous le couvert de la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 une singularit\u00e9 un peu trop monstrueuse\u2026 Mais alors le sadisme, plut\u00f4t que cette circularit\u00e9 que nous avons d\u00e9crite, devient la prison m\u00eame de Sade, puisque la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et la cat\u00e9gorie r\u00e9duisent bien s\u00fbr la singularit\u00e9 de leur objet, mais ce faisant elles ouvrent la porte \u00e0 une circulation des discours qui \u00e9tait auparavant impossible. Avant, le discours sur Sade faisait de lui une abomination inhumaine, tandis qu\u2019une fois le sadisme officiellement invent\u00e9, le discours scientifique valide en quelque sorte le fait que des comportements comme ceux mis en sc\u00e8ne par Sade dans sa vie et dans son \u0153uvre appartiennent aussi \u00e0 l\u2019esprit humain. Au lieu d\u2019\u00eatre effray\u00e9s par la contemplation d\u2019une abomination sans nom, incompr\u00e9hensible, tous peuvent d\u00e8s lors se rassurer devant la possibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00ab\u00a0Sade est sadique\u00a0\u00bb. En prenant la cons\u00e9quence (le sadisme) pour l\u2019origine (Sade), on permet en quelque sorte au loup de rentrer dans la bergerie\u00a0: on r\u00e9int\u00e8gre, sous le couvert d\u2019une cat\u00e9gorie qui lui redonne son humanit\u00e9, ce qu\u2019on jugeait auparavant \u00eatre une singularit\u00e9 trop dangereuse pour la communaut\u00e9 des hommes\u2026<\/p>\n<p>Mais paradoxalement \u00e0 ce mouvement qui d\u00e9culpabilise d\u2019une \u00e9trange mani\u00e8re Sade pour faire du sadisme le coupable, qui d\u00e9samorce la singularit\u00e9 sous la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, un autre mouvement central se cristallise autour de la notion de sadisme\u00a0: il s\u2019agit d\u2019un \u00e9l\u00e9ment qui sera fondamental dans les d\u00e9bats de la critique sadienne et que l\u2019on pourrait r\u00e9sumer comme l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9pist\u00e9mologique de la lecture de Sade. Il nous faut n\u00e9anmoins faire un saut jusqu\u2019en 1880-1885 pour observer ce deuxi\u00e8me mouvement se d\u00e9tacher plus clairement, et aussi pour voir se disloquer l\u2019\u00e9quation \u00ab\u00a0Sade est sadique\u00a0\u00bb (qui deviendra plut\u00f4t quelque chose comme \u00ab\u00a0Sade est un sadique parmi d\u2019autres\u00a0\u00bb, ce qui relativise fortement l\u2019abomination absolue qu\u2019on lisait en lui jusque-l\u00e0). En 1880, alors qu\u2019Alcide Bonneau r\u00e9imprime la <em>Justine<\/em> de 1791, il introduit le texte de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Baste\u00a0! Napol\u00e9on est mort, il ne peut plus nous envoyer au peloton d\u2019ex\u00e9cution. <em>Justine<\/em> reste, apr\u00e8s tout, un chef-d\u2019\u0153uvre en son genre, si monstrueux que soit le genre, et les monstruosit\u00e9s ne sont pas sans offrir souvent quelque int\u00e9ressant sujet d\u2019\u00e9tude. (<em>Ibid.<\/em>, 1973, p.\u00a0156.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On assiste alors \u00e0 un important renversement du jugement qui p\u00e8se sur le texte sadien\u00a0: le monstrueux n\u2019est pas \u00e9vacu\u00e9, bien au contraire, alors que Bonneau pr\u00e9sente le texte sadien comme un \u00ab\u00a0chef-d\u2019\u0153uvre en son genre\u00a0\u00bb, il met justement de l\u2019avant le fait que \u00ab\u00a0les monstruosit\u00e9s ne sont pas sans offrir souvent quelque int\u00e9ressant sujet d\u2019\u00e9tude\u00a0\u00bb. Le monstrueux qui, une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es auparavant, servait plut\u00f4t de repoussoir, a maintenant bonne presse\u00a0: il faut l\u2019\u00e9tudier, et c\u2019est en ce sens que la lecture de Sade aurait une port\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique.<\/p>\n<p>Mais bien s\u00fbr, le fait m\u00eame de pouvoir parler du monstrueux et du texte sadien dans les termes de Bonneau suppose des mutations profondes des organes administratifs, de l\u2019appareillage critique, de l\u2019espace herm\u00e9neutique, etc.\u00a0; ces mutations renvoient aussi \u00e0 un mouvement plus large et plus profond qui a trait aux bouleversements de la modernit\u00e9. Il a en effet fallu de complexes modifications sociales, politiques, juridiques, etc. pour qu\u2019il puisse m\u00eame \u00eatre pensable de formuler une critique de ce type\u00a0: la citation de Bonneau indique d\u2019ailleurs bien, par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mort de Napol\u00e9on, les mutations qui permettent alors sa prise de parole. Quant au sadisme plus pr\u00e9cis\u00e9ment, un article de 1885, publi\u00e9 dans <em>La Revue ind\u00e9pendante<\/em>, l\u2019aborde aussi d\u2019une mani\u00e8re novatrice. On peut y lire en effet que \u00ab\u00a0[p]our le cerveau de notre sujet [sadique] ces deux termes\u00a0: <em>volupt\u00e9<\/em>, <em>cruaut\u00e9<\/em> s\u2019associaient avec une intensit\u00e9 effrayante\u00a0\u00bb ([s. a.], 1885, p.\u00a0206. L\u2019auteur souligne). Le sadisme n\u2019est d\u00e8s lors plus une \u00ab\u00a0d\u00e9mence libertine\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0aberration\u00a0\u00bb, mais l\u2019association singuli\u00e8re entre le plaisir et le fait d\u2019infliger une douleur qui est en quelque sorte devenue la d\u00e9finition la plus courante du sadisme. \u00ab\u00a0Or, poursuit l\u2019auteur, de la douleur \u00e0 la cruaut\u00e9, il n\u2019y a qu\u2019un pas\u00a0; la cruaut\u00e9 n\u2019est-elle pas alors l\u2019instinct de d\u00e9fense, r\u00e9agissant jusqu\u2019au paroxysme\u00a0? Nous sommes tous plus ou moins sadiques.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0207.) Et voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 Sade un peu plus libre\u00a0: d\u2019une part il est maintenant possible d\u2019aborder son \u0153uvre et sa figure autrement que sur le mode du scandale, et d\u2019autre part la conception du sadisme se modifie. Il ne lui appartient plus alors en propre, il ne renvoie m\u00eame plus seulement \u00e0 son \u0153uvre, mais \u00e0 quelque chose de plus large qui se jouerait dans les profondeurs d\u2019une humanit\u00e9 que l\u2019on partage tous.<\/p>\n<p>La suite de l\u2019histoire est assez simple\u00a0: en 1886, le Dr von Krafft-Ebing publie la premi\u00e8re \u00e9dition de <em>Psychopathia sexualis<\/em> et on lui accordera dans l\u2019ensemble la paternit\u00e9 du terme sadisme, dont il justifie la lexicalisation comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Ainsi nomm\u00e9 d\u2019apr\u00e8s le mal fam\u00e9 Marquis de Sade, dont les romans obsc\u00e8nes sont ruisselants de volupt\u00e9 et de cruaut\u00e9. Dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u201csadisme\u201d est devenu le mot courant pour d\u00e9signer cette perversion.\u00a0\u00bb (Cit\u00e9 dans Laugaa-Traut, 1973, p.\u00a0169.) La mise en parall\u00e8le des cat\u00e9gories litt\u00e9raire et m\u00e9dicale n\u2019est encore une fois pas transparente. Elle permet au contraire de relativiser le cas de Sade et engage, comme l\u2019indique Michel Delon, \u00e0 \u00ab\u00a0distinguer l\u2019\u00e9crivain capable de composer <em>Justine<\/em> et l\u2019<em>Histoire de Juliette<\/em> de tous les pervers qui se contentent de fouetter leur Jeannette Testard et autres Rose Keller\u00a0\u00bb (Delon, 1990, p.\u00a0xliv). Sade et son \u0153uvre ne deviennent alors qu\u2019un des exemples possibles permettant \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 m\u00e9dicale de penser le sadisme. Et enfin, conclut Delon, le \u00ab\u00a0contenu insupportable des textes de Sade est [\u2026] objectiv\u00e9 et le marquis peut appara\u00eetre moins comme le sadique que comme l\u2019\u00e9crivain qui a su mettre en sc\u00e8ne le sadisme\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0xliii), ce qui ach\u00e8ve de renverser la perspective. De \u00ab\u00a0Sade est un sadique\u00a0\u00bb, on est pass\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Sade est un sadique parmi d\u2019autres\u00a0\u00bb et enfin \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u0153uvre de Sade met en sc\u00e8ne certaines exp\u00e9riences sadiques\u00a0\u00bb\u00a0; et \u00e0 partir de l\u00e0 le domaine litt\u00e9raire prendra en quelque sorte le relais du domaine m\u00e9dical. Le mouvement qu\u2019il serait possible d\u2019observer d\u00e8s lors va plut\u00f4t en sens inverse\u00a0: pour un peu plus d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, le mot d\u2019ordre de la critique sadienne sera plut\u00f4t \u00ab\u00a0Sade n\u2019est pas <em>que<\/em> sadique\u00a0\u00bb, et apr\u00e8s le passage par la cat\u00e9gorie qu\u2019est le sadisme, apr\u00e8s un passage par la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, c\u2019est au combat pour la singularit\u00e9 que l\u2019on assistera. Au contraire du mouvement de relativisation de la monstruosit\u00e9 sadienne que l\u2019on a pu observer au fil de notre parcours, on tentera plut\u00f4t de redonner \u00e0 Sade sa singularit\u00e9 en mettant de l\u2019avant la complexit\u00e9 de son entreprise, la richesse de son \u0153uvre, et son irr\u00e9ductibilit\u00e9 justement \u00e0 toute cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rique comme le sadisme. Ce n\u2019est qu\u2019une fois le sadisme devenu v\u00e9ritablement un nom commun, une fois que Sade en fut v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, que l\u2019ouverture d\u2019un espace plus sp\u00e9cifiquement herm\u00e9neutique devint possible et qu\u2019on put alors commencer \u00e0 aborder l\u2019\u0153uvre de Sade pour elle-m\u00eame.<\/p>\n<h2>Premi\u00e8res cartographies du territoire sadien<\/h2>\n<p>\u00c0 prendre le cas de Sade d\u2019une mani\u00e8re exemplaire, force est de constater que ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 travers la mall\u00e9abilit\u00e9 permise par la notion de sadisme qu\u2019on a pu produire des traces, effectuer nombre de mises en r\u00e9cit, dont la s\u00e9dimentation, apr\u00e8s un temps de mac\u00e9ration n\u00e9cessaire, en est venue \u00e0 permettre une r\u00e9habilitation. C\u2019est donc par le d\u00e9tour de la pathologie qu\u2019on a enfin ouvert la voie \u00e0 une r\u00e9ception<em> r\u00e9elle<\/em>. Pour comprendre Sade et son \u0153uvre, il fallait d\u2019abord les prendre un peu au s\u00e9rieux (ce qui n\u2019\u00e9tait pas d\u2019embl\u00e9e facile lorsque l\u2019\u0153uvre \u00e9tait censur\u00e9e, indisponible, clandestine)\u00a0: c\u2019est ce que le discours m\u00e9dical a permis d\u2019entr\u00e9e de jeu. Autour du sadisme furent donc produites ces traces qui ont ensuite permis d\u2019avoir prise sur l\u2019\u0153uvre. Et m\u00eame si la cat\u00e9gorie pathologique s\u2019est \u00e9vanouie peu \u00e0 peu au fil du temps, m\u00eame si on la consid\u00e8re maintenant d\u00e9pass\u00e9e, d\u00e9su\u00e8te pour rendre compte de l\u2019\u0153uvre sadienne, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elle fut, au fil des deux si\u00e8cles qui nous s\u00e9parent de l\u2019\u00e9criture du texte, l\u2019une des cat\u00e9gories essentielles qui permirent aux premiers explorateurs de s\u2019aventurer en territoire sadien. C\u2019est le \u00ab\u00a0r\u00e9cit\u00a0\u00bb de ces voyages, les traces, les discours qu\u2019ils produisirent qui servirent enfin de point d\u2019appui \u00e0 une prise en charge r\u00e9elle de l\u2019\u0153uvre sadienne. Autour de la notion de sadisme, nous avons donc cherch\u00e9 \u00e0 circonscrire ces mouvements, ces r\u00e9seaux de sens qui se sont cristallis\u00e9s afin de rendre plus compr\u00e9hensible une r\u00e9alit\u00e9 qui n\u2019\u00e9tait d\u2019abord per\u00e7ue que sous la forme d\u2019une abomination incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>C\u2019est enfin pourquoi il nous semble que la critique sadienne est un terrain privil\u00e9gi\u00e9 pour voir en \u0153uvre certaines strat\u00e9gies rh\u00e9toriques qui construisent et d\u00e9construisent la valeur du monstrueux\u00a0; nous avons pu observer quelques m\u00e9canismes actifs dans le contact de l\u2019homme avec certaines configurations sensibles de l\u2019horreur, et c\u2019est finalement la raison pour laquelle notre parcours nous semble maintenant un point de d\u00e9part afin de voir ce qu\u2019il en est de ce que l\u2019on pourrait appeler la \u00ab\u00a0gestion du monstrueux\u00a0\u00bb dans le xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle fran\u00e7ais. Dans ce qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 rejette ou valorise, on peut en effet lire les traces de ce qu\u2019elle est, en ce sens qu\u2019on peut reconstituer le cadre axiologique qui supporte la mani\u00e8re dont elle se pense justement en tant que soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est finalement pourquoi, en circonscrivant le renversement du jugement qui pesait sur le texte sadien, on peut suivre certaines m\u00e9tamorphoses essentielles de nos modes de civilisation au cours des si\u00e8cles derniers. L\u2019invitation est donc lanc\u00e9e, \u00e0 qui veut poursuivre cette \u00e9tude de la \u00ab\u00a0gestion du monstrueux\u00a0\u00bb, \u00e0 relire en ce sens d\u2019autres traditions interpr\u00e9tatives qui ont per\u00e7u dans les \u0153uvres de certains \u00e9crivains, de Lautr\u00e9amont \u00e0 Pierre Guyotat en passant par Antonin Artaud et Georges Bataille, quelque chose ayant trait au \u00ab\u00a0monstrueux\u00a0\u00bb, ou en tous les cas quelque chose qui pouvait tant\u00f4t servir de repoussoir, et tant\u00f4t de tremplin \u00e0 l\u2019apologie\u00a0: un cadre int\u00e9ressant afin de voir l\u2019\u00e9volution de ce qui supporte les prises de parole dans nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>[s. a.]. 1885. \u00ab\u00a0Le marquis de Sade\u00a0\u00bb, <em>La Revue ind\u00e9pendante<\/em>, t. II, p.\u00a0206-207.<\/p>\n<p>Delon, Michel. 1990. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb In <em>\u0152uvres<\/em>, Sade, p.\u00a0ix-lviii, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Didier, B\u00e9atrice, Jacques Neefs et Annie Angremy. 1991. <em>La Fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: Sade, R\u00e9tif, Beaumarchais, Laclos<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Manuscrits de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Presses universitaires de Vincennes, 203\u00a0p.<\/p>\n<p>Fish, Stanley Eugene. 2007. <em>Quand lire c&rsquo;est faire : l&rsquo;autorit\u00e9 des communaut\u00e9s interpr\u00e9tatives<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Penser\/croiser\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Prairies ordinaires, 137\u00a0p.<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 1963. \u00ab\u00a0Pr\u00e9face \u00e0 la transgression\u00a0\u00bb. <em>Critique<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a0195-196, p.\u00a0751-769.<\/p>\n<p>Heinich, Nathalie. 1991. <em>La gloire de Van Gogh\u00a0: essai d&rsquo;anthropologie de l&rsquo;admiration<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Critique\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit, 257\u00a0p.<\/p>\n<p>Jauss, Hans Robert. 1990. <em>Pour une esth\u00e9tique de la r\u00e9ception<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Tel\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Gallimard, 305\u00a0p.<\/p>\n<p>Laugaa-Traut, Fran\u00e7oise. 1973. <em>Lectures de Sade<\/em>. Paris\u00a0: Colin, 364\u00a0p.<\/p>\n<p>Le Brun, Annie. 1993. <em>Soudain un bloc d&rsquo;ab\u00eeme, Sade <\/em>[1986]. Coll. \u00ab\u00a0Folio essais\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Gallimard, 330\u00a0p.<\/p>\n<p>Pauvert, Jean-Jacques. 1986-1990. <em>Sade vivant<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Robert Laffont, 3\u00a0vol.<\/p>\n<p>Ric\u0153ur, Paul. 1983-1985. <em>Temps et r\u00e9cit<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Ordre philosophique\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil, 3\u00a0vol.<\/p>\n<p>Sade, Donatien-Aldonze-Fran\u00e7ois. 1990-1998. <em>\u0152uvres<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Gallimard, 3\u00a0vol.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Trahan, Micha\u00ebl. 2009. \u00ab Les passages oblig\u00e9s de la pathologie : le cas du sadisme \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab \u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature \u00bb, n\u00b011, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5448 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/trahan-11.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 trahan-11.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-2765260f-b5c5-4670-ad3a-5079abf85cdd\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/trahan-11.pdf\">trahan-11<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/trahan-11.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-2765260f-b5c5-4670-ad3a-5079abf85cdd\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, n\u00b011 \u2013 Oh ! quelle \u00e9nigme que l\u2019homme! dit le duc.\u2013 Oui, mon ami, dit Curval. 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