{"id":5455,"date":"2024-06-13T19:48:17","date_gmt":"2024-06-13T19:48:17","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-fleau-des-farfadets\/"},"modified":"2024-09-13T17:07:02","modified_gmt":"2024-09-13T17:07:02","slug":"le-fleau-des-farfadets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5455","title":{"rendered":"Le \u00ab Fl\u00e9au des farfadets \u00bb"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6879\">Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, n\u00b011<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>Une troupe de farfadets<br \/>Diff\u00e9rents de taille et de forme,<br \/>L\u2019un ridicule, l\u2019autre \u00e9norme,<br \/>S\u2019y d\u00e9m\u00e8ne en diable-cadets;<br \/>Ma visi\u00e8re en est fascin\u00e9e,<br \/>Mon ou\u00efe en est suborn\u00e9e,<br \/>Ma cervelle en est hors de soi;<br \/>Bref, ces fabriqueurs d\u2019impostures<br \/>\u00c9talent tout autour de moi<br \/>Leurs grimaces et leurs postures.<br \/>&#8211; Saint-Amant,\u00a0<em>Le mauvais logement, caprice<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsqu\u2019en 1818, Alexis Vincent Charles Berbiguier<a id=\"footnoteref1_59w80ab\" class=\"see-footnote\" title=\" Il ajoutera par la suite \u00ab\u00a0Terre-Neuve du Thym\u00bb \u00e0 son nom,\u00a0le thym \u00e9tant en une plante apte selon lui \u00e0 chasser les farfadets. \" href=\"#footnote1_59w80ab\">[1]<\/a> d\u00e9bute l\u2019\u00e9criture de ses m\u00e9moires sur ces immondes cr\u00e9atures que sont, selon lui, les farfadets, il souhaite avant tout d\u00e9noncer ses pers\u00e9cuteurs, qui le torturent depuis plus de vingt ans. Jusqu\u2019en 1820, il veillera \u00e0 porter quotidiennement ses m\u00e9moires \u00e0 l\u2019imprimeur, ce qui aboutira \u00e0 l\u2019impression d\u2019un ouvrage colossal en trois volumes, dans lequel il narre avec une incroyable minutie les tourments inflig\u00e9s par ses bourreaux. Pour Berbiguier, son travail certifie l\u2019existence de ces d\u00e9mons qu\u2019il nomme les \u00ab\u00a0farfadets\u00a0\u00bb, sorte d\u2019esprits malfaisants, la plupart du temps invisibles, qui sont \u00e0 la source de toutes les peines du monde, et plus particuli\u00e8rement des siennes. Il annonce par ailleurs ce projet de \u00ab\u00a0d\u00e9nonciation\u00a0\u00bb d\u00e8s sa pr\u00e9face, dans laquelle il pr\u00e9cise que c\u2019est \u00ab\u00a0dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du genre humain qu\u2019[il] agi[t], [qu\u2019il] veu[t] que tous les farfadets soient mis \u00e0 la raison, et [s]on but sera rempli\u00a0\u00bb (Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, 1990, p. 25).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9poque o\u00f9 Berbiguier compose ses m\u00e9moires est propice aux croyances d\u00e9monologiques, suite \u00e0 la grande Inquisition et \u00e0 l\u2019illuminisme du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, qui marquent profond\u00e9ment le XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle \u00e0 travers, entre autres, un engouement pour l\u2019occultisme. Ce n\u2019est donc gu\u00e8re \u00e9tonnant que la figure de Satan impr\u00e8gne\u00a0<em>Les Farfadets\u00a0<\/em>et que la sorcellerie se manifeste dans le r\u00e9cit sous la forme de la pers\u00e9cution. Le XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle voit \u00e9galement le d\u00e9veloppement de la psychiatrie, par l\u2019entremise de travaux de grands ali\u00e9nistes, tels que Henry Ey et Philippe Pinel, dont Berbiguier sera justement le patient. Pinel, que l\u2019auteur consid\u00e8re litt\u00e9ralement comme le \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant de Satan\u00a0\u00bb dans sa nomenclature des farfadets<a id=\"footnoteref2_04tgy3w\" class=\"see-footnote\" title=\" Selon Berbiguier, la nomenclature des farfadets, selon leur degr\u00e9 de puissance, est constitu\u00e9e de\u00a0: \u00ab\u00a0Moreau, magicien et sorcier \u00e0 Paris, repr\u00e9sentant de Belz\u00e9buth.Pinel p\u00e8re, m\u00e9decin de la Salp\u00eatri\u00e8re, repr\u00e9sentant de Satan.Bonnet, employ\u00e9 \u00e0 Versailles, repr\u00e9sentant d\u2019Eurinome.Bouge, associ\u00e9 de Nicolas, repr\u00e9sentant de Pluton.Nicolas, m\u00e9decin \u00e0 Avignon, repr\u00e9sentant de Moloch.Baptiste Prieur, de Moulins, repr\u00e9sentant de Pan.Prieur a\u00een\u00e9, son fr\u00e8re, marchand droguiste, repr\u00e9sentant de Lilith.Etienne Prieur, de Moulins, repr\u00e9sentant de L\u00e9onard.Papon Lominy, cousin des Prieur, repr\u00e9sentant de Baalberith.Janneton Lavalette, la Mansotte et la Vandeval, repr\u00e9sentant l\u2019archi-diablesse Prosperine, qui a voulu mettre trois diablesses \u00e0 mes trousses.Chay, de Carpentras, repr\u00e9sentant de Lucifer, qui est le grand justicier de la Cour infernale. Tous les autres farfadets dont j\u2019aurai occasion de parler dans mon ouvrage, sont les repr\u00e9sentants d\u2019Alastor, ex\u00e9cuteur des hautes-\u0153uvres, \u00e9galement attach\u00e9s \u00e0 la cour infernale.\u00a0\u00bb (Ibid., p. 64-65.) \" href=\"#footnote2_04tgy3w\">[2]<\/a>, ne r\u00e9ussira gu\u00e8re \u00e0 le d\u00e9livrer des supplices des d\u00e9mons invisibles, r\u00e9els uniquement pour le seul tourment\u00e9. Dans le\u00a0<em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique des sciences m\u00e9dicales<\/em>, tout un passage est d\u2019ailleurs consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur des\u00a0<em>Farfadets<\/em>, le plus \u00ab\u00a0fameux des monomanes hallucin\u00e9s<a id=\"footnoteref3_xwc2bnf\" class=\"see-footnote\" title=\" L\u2019article sur la monomanie du\u00a0Dictionnaire encyclop\u00e9dique des sciences m\u00e9dicales\u00a0propose la description suivante de Berbiguier\u00a0: \u00ab\u00a0Berbiguier, le plus fameux des monomanes hallucin\u00e9s, consacrait tout son temps a se d\u00e9fendre des injures et des attaques des farfadets, \u00e0 faire la chasse \u00e0 ces \u00eatres fantastiques, \u00e0 les emprisonner dans des bo\u00eetes ou dans des bouteilles, \u00e0 les piquer avec des \u00e9pingles comme des papillons.\u00bb (Dictionnaire encyclop\u00e9dique des sciences m\u00e9dicales, s.\u00a02, t.\u00a09, 1868-1889, p. 158.) \" href=\"#footnote3_xwc2bnf\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb (<em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique des sciences m\u00e9dicales<\/em>, s.\u00a02, t.\u00a09, 1868-1889, p. 158). Tel qu\u2019explicit\u00e9 dans l\u2019article sur la monomanie, le propre du d\u00e9lire monomaniaque consiste principalement en l\u2019attachement \u00e0 une ou plusieurs id\u00e9es r\u00e9currentes, ou encore \u00e0 un ou des sentiments dominants, qui deviennent l\u2019axe central de l\u2019existence du malade. Le sujet en vient ainsi \u00e0 ramener toutes ses pens\u00e9es \u00e0 de fausses interpr\u00e9tations, qu\u2019il consid\u00e8re comme v\u00e9ridiques. Pour sa part, Shoshana Felman, sp\u00e9cialiste de la litt\u00e9rature du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0et du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0ce qui caract\u00e9rise la folie, ce n&rsquo;est pas simplement un aveuglement, mais un aveuglement aveugl\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, au point de n\u00e9cessairement comporter une illusion de raison\u00a0\u00bb (Felman, 1978, p. 37). De fait, Berbiguier affirme \u00e0 moult reprises au cours de ses trois livres qu\u2019il n\u2019est pas fou, que sa \u00ab\u00a0t\u00eate est bonne, [s]on corps est sans aucune d\u00e9fectuosit\u00e9\u00a0\u00bb (Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, 1990, p. 63), et que nous n\u2019avons \u00ab\u00a0pas affaire \u00e0 une t\u00eate mal organis\u00e9e\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 154). Pour la victime des farfadets, ses assertions sont donc coh\u00e9rentes et structur\u00e9es, tout comme les propos consign\u00e9s dans ses m\u00e9moires.<\/p>\n<p>Toutefois, l\u2019\u00e9criture de Berbiguier poss\u00e8de un\u00a0<em>style<\/em>\u00a0qui n\u2019est pas sans \u00e9veiller des soup\u00e7ons sur la v\u00e9racit\u00e9 de ses dires, que ce soit par l\u2019usage de certains mots et m\u00e9taphores, les r\u00e9p\u00e9titions et les th\u00e9matiques r\u00e9currentes, qui rendent compte de sa perception singuli\u00e8re du monde. Un examen plus approfondi des traces de la folie dans l\u2019\u00e9criture de ce \u00ab\u00a0grand pers\u00e9cut\u00e9\u00a0\u00bb appara\u00eet en ce sens int\u00e9ressant, que ce soit par les motifs des farfadets m\u00eames, ou encore par son d\u00e9lire mystique, de m\u00eame que par l\u2019expression constante de son masochisme et de sa toute-puissance.<\/p>\n<h2>La secte infernalico-diabolique<\/h2>\n<p>Pour Berbiguier, qui se nomme lui-m\u00eame le \u00ab\u00a0Fl\u00e9au des farfadets\u00a0\u00bb tout au long de son ouvrage, ces g\u00e9nies malfaisants qui le pers\u00e9cutent jour et nuit sont tout ce qu\u2019il y a de plus r\u00e9el. Mais d\u2019abord, qui sont ces farfadets et de quelle mani\u00e8re tourmentent-ils l\u2019auteur des m\u00e9moires\u00a0? Berbiguier propose plusieurs d\u00e9finitions de ces disciples de Belz\u00e9buth\u00a0: tant\u00f4t de chair, qui prennent la forme de ses fr\u00e9quentations pour mieux le tromper, tant\u00f4t invisibles, ceux-ci venant, la nuit tomb\u00e9e danser, sur son corps. Il \u00e9crit ainsi dans son premier livre que les farfadets \u00ab\u00a0jouissent nuitamment des femmes [\u2026], commettent envers les hommes le crime de Sodome et Gomorrhe [\u2026], se nichent dans les poils [\u2026], se m\u00e9tamorphosent en puces, en poux\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 65). Au fur et \u00e0 mesure que les chapitres se poursuivent, leurs crimes se complexifient, prenant une ampleur de plus en plus d\u00e9mesur\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019entourage du pers\u00e9cut\u00e9 et aux conditions atmosph\u00e9riques<a id=\"footnoteref4_u6zld4j\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c0 ce propos, un passage de\u00a0Les Excentriques\u00a0de Champfleury, qui narre une rencontre avec Berbiguier, quelque temps avant sa mort, alors que ce dernier s\u2019est retir\u00e9 dans le Vaucluse, est particuli\u00e8rement \u00e9vocateur\u00a0: \u00ab\u00a0Vous voyez cette plaine, me dit Berbiguier, en \u00e9tendant les bras; toutes les moissons \u00e9taient condamn\u00e9es \u00e0 mon arriv\u00e9e; je les ai sauv\u00e9es; ils ne me le pardonnent pas; ils savent que je suis au monde pour les combattre, et pour d\u00e9livrer mon pays des incendies, des inondations, des pestes, des famines, aussi s\u2019acharnent-ils toujours apr\u00e8s moi, nuit et jour.\u00a0\u00bb (Champfleury, 1967, p. 131.) \" href=\"#footnote4_u6zld4j\">[4]<\/a>, qui ne sont r\u00e9gies, selon lui, que par ces d\u00e9mons qui cherchent sans cesse \u00e0 assouvir leurs cruelles jouissances.<\/p>\n<p>Toutefois, la plupart des crimes imput\u00e9s aux farfadets se rattachent de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 la sexualit\u00e9, car Berbiguier, obs\u00e9d\u00e9 par ses devoirs religieux, poss\u00e8de un rapport au corps des plus ambigus. Dans le cas du \u00ab\u00a0Fl\u00e9au des farfadets\u00a0\u00bb, cette relation est sans contredit d\u00e9fectueuse, son d\u00e9lire s\u2019articulant autour de cet axe central. Le langage employ\u00e9 par Berbiguier est en ce sens le reflet de ce rapport probl\u00e9matique au corps, qui s\u2019exprime par l\u2019entremise de l\u2019\u00e9criture. On peut relever, par exemple, l\u2019emploi syst\u00e9matique d\u2019un vocabulaire li\u00e9 au plaisir et \u00e0 la jouissance lorsqu\u2019il est question des visites nocturnes de ses pers\u00e9cuteurs, qui cherchent notamment \u00e0 le transporter dans \u00ab\u00a0un lieu de d\u00e9lices o\u00f9 [il] jouira\u00a0<em>ad libitum<\/em>\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 575).<\/p>\n<p>Le chapitre LXXXV du\u00a0<em>Livre premier<\/em>\u00a0est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant \u00e0 cet \u00e9gard, puisqu\u2019il s\u2019agit du seul dans lequel Berbiguier narre une p\u00e9riode de sa vie avant qu\u2019il ne soit sous l\u2019emprise des farfadets. En effet, l\u2019enfance de Berbiguier, telle que d\u00e9peinte par l\u2019auteur lui-m\u00eame dans ses m\u00e9moires, semble tout droit sortie du\u00a0<em>Jardin des d\u00e9lices<\/em>\u00a0de Bosch. Il est vrai que les premiers instants de son existence sont assez particuliers\u00a0: a\u00een\u00e9 de deux enfants, infirme jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de neuf ans, il ne commencera \u00e0 marcher que le jour m\u00eame du d\u00e9c\u00e8s de son jeune fr\u00e8re, jusqu\u2019alors le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de ses parents. De la mort de son cadet, il ne dira presque rien, sinon que le Seigneur a \u00ab\u00a0fait ce qu[\u2019il] jug[eait] \u00e0 propos\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 216). Par la suite, le jeune enfant r\u00e9tabli se faufilera dans la ville \u00e0 l\u2019insu de ses parents, fort occup\u00e9s \u00e0 pleurer son fr\u00e8re, et visitera quelques-uns de ses oncles et un monast\u00e8re, au centre duquel se trouve un fabuleux jardin. Cette sc\u00e8ne, qui consiste en l\u2019un des derniers chapitres du\u00a0<em>Livre premier<\/em>, est importante, puisqu\u2019elle permet de saisir plusieurs id\u00e9es r\u00e9currentes chez Berbiguier, notamment le motif du jardin (le jardin d\u2019\u00c9den, le jardin aux Plantes, etc.) et l\u2019importance qu\u2019auront les pr\u00eatres et l\u2019un de ses oncles au cours de son existence. Dans ce passage, l\u2019auteur mentionne qu\u2019il est emmen\u00e9 par les religieux en cet endroit paradisiaque, o\u00f9 lui sont offerts des fruits pour son plaisir. Calqu\u00e9 sur la Gen\u00e8se, ce r\u00e9cit romanc\u00e9 n\u2019est pas sans surprendre, issu d\u2019un des nombreux fantasmes religieux que ch\u00e9rit Berbiguier. N\u00e9anmoins, au-del\u00e0 du motif du p\u00e9ch\u00e9 originel s\u2019exprime ici la concr\u00e9tisation du d\u00e9sir, constamment r\u00e9prim\u00e9 dans le reste de ses m\u00e9moires.<\/p>\n<p>Ce refus chez Berbiguier de laisser libre cours \u00e0 ses penchants n\u2019a rien d\u2019anodin, puisque \u00ab\u00a0l\u2019angoisse comme la jouissance appartiennent \u00e0 la cat\u00e9gorie du r\u00e9el, \u00e9chappent au savoir, \u00e9chappent au symbolique [\u2026] ni l\u2019une ni l\u2019autre ne peuvent se dire [\u2026] \u00e0 la limite, l\u2019une comme l\u2019autre se taisent ou se crient\u00a0\u00bb (Ansermet, Grosrichard et M\u00e9la, 1989, p. 99). L\u2019ouvrage de Berbiguier est sans contredit une fastidieuse tentative d\u2019exprimer ce d\u00e9sir, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019expression du hurlement d\u2019une pens\u00e9e qui se refuse \u00e0 elle-m\u00eame. En ce sens, le motif des farfadets consisterait en la projection de l\u2019inadmissible pour le d\u00e9lirant et repr\u00e9senterait l\u2019accomplissement d\u2019une volont\u00e9 ni\u00e9e. Parce que le sujet refuse d\u2019accepter ses propres inclinations, le malade en viendrait \u00e0 accuser son entourage, en discernant en chacun ce qu\u2019il craint plus que tout en lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Deux seules figures \u00e9chappent \u00e0 la m\u00e9fiance syst\u00e9matique de Berbiguier pour ses proches (trois en comptant son \u00e9cureuil domestique, dont il sera question plus loin), soit Dieu et son oncle ador\u00e9, qui d\u00e9c\u00e8de dans des circonstances n\u00e9buleuses et dont il sera question de mani\u00e8re r\u00e9currente dans les livres suivants. Dans les chapitres XIX et XX du premier livre, l\u2019auteur relate le proc\u00e8s et la mort de son oncle, laquelle ressemble fort \u00e0 un suicide par empoisonnement. Berbiguier y fait mention de son \u00ab\u00a0inviolable attachement\u00a0\u00bb (Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, 1990, p. 88) pour son riche parent, jug\u00e9 fou par les autres membres de sa famille et dont il devait \u00eatre le seul h\u00e9ritier. Pourtant, le \u00ab\u00a0Fl\u00e9au des farfadets\u00a0\u00bb ne cesse de louanger le vertueux vieillard, \u00e0 qui il porte une adoration excessive qui le poussera m\u00eame \u00e0 veiller pendant une journ\u00e9e enti\u00e8re le cercueil ouvert de celui-ci dans le cimeti\u00e8re, avant que la fosse ne soit creus\u00e9e. Cette relation ambigu\u00eb s\u2019observe dans plusieurs passages des m\u00e9moires dans lesquels on peut lire, par exemple, que \u00ab\u00a0sa mort fut un coup de foudre pour [lui], comme elle fut une \u00e9nigme pour le m\u00e9decin, qui n\u2019a jamais pu en dire la cause\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 371). Outre le choc \u00e9motif exprim\u00e9 ici par Berbiguier, l\u2019emploi de l\u2019expression \u00ab\u00a0coup de foudre\u00a0\u00bb implique une lourde charge, \u00e0 la fois \u00e9motive et amoureuse. Car, pour la victime des farfadets, l\u2019amour ne peut \u00eatre autrement que sublime, tel que celui qu\u2019il \u00e9prouve pour Dieu. Seul son oncle pouvait \u00e9galement se vanter de recevoir de son neveu des louanges semblables. De cette mani\u00e8re, la mort de l\u2019oncle bienfaiteur se place naturellement au d\u00e9but des pers\u00e9cutions de Berbiguier, lesquelles semblent redoubler \u00e0 la suite de cet \u00e9v\u00e9nement, dont il ne parvient pas \u00e0 se consoler. En somme, la disparition de cet \u00eatre cher marque une transition cruciale chez le sujet, son d\u00e9lire se nourrissant fortement de l\u2019ambivalence des sentiments ressentis \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mort.<\/p>\n<h2>Le d\u00e9lire mystique<\/h2>\n<p>La notion de pers\u00e9cution est pr\u00e9sente \u00e0 chaque page chez Berbiguier, inscrite au centre de ses id\u00e9es d\u00e9lirantes. D\u2019abord, l\u2019usage m\u00eame du terme \u00ab\u00a0pers\u00e9cution\u00a0\u00bb, que l\u2019on recense un nombre incalculable de fois dans ses m\u00e9moires, est r\u00e9v\u00e9lateur. Issu du latin\u00a0<em>persecutio<\/em>\u00a0(pers\u00e9cution contre les chr\u00e9tiens), il se rapportait, au Moyen \u00c2ge, aux outrages perp\u00e9tr\u00e9s envers les croyants, avant de d\u00e9signer de fa\u00e7on plus large, comme il est d\u2019usage \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Berbiguier, tout tourment injustement commis \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un supplici\u00e9. Le choix d\u2019un tel terme n\u2019est pas fortuit, car la victime des farfadets se rapproche ainsi des martyrs chr\u00e9tiens et met de l\u2019avant sa conscience immacul\u00e9e, en ne l\u00e9sinant pas sur les termes vertueux pour se d\u00e9crire. D\u2019ailleurs, dans son troisi\u00e8me livre, Berbiguier se compare \u00e0 plusieurs saints, dont Job et Saint-Antoine, qu\u2019il pr\u00e9tend m\u00eame surpasser par la qualit\u00e9 de ses souffrances<a id=\"footnoteref5_kpufohc\" class=\"see-footnote\" title=\" Convaincu de sa place au panth\u00e9on des saints martyrs, Berbiguier \u00e9crit que \u00ab\u00a0s\u2019il faut le dire sans d\u00e9tour, je trouve que les souffrances que saint Antoine a \u00e9prouv\u00e9es n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 aussi grandes et surtout aussi longues que les miennes\u00a0\u00bb (ibid., p.\u00a0553). Dans cette m\u00eame envol\u00e9e, il ajoute que \u00ab\u00a0tout comme [lui], Saint Antoine a souvent d\u00e9sir\u00e9 la mort; mais la providence divine, qui voulait se servir de lui \u00e0 autre chose et pour convertir ses d\u00e9serts en un paradis, ne permit pas que le glaive tranch\u00e2t la vie \u00e0 celui qui devait la donner \u00e0 tant d\u2019autres\u00a0\u00bb (ibid., p. 553). \" href=\"#footnote5_kpufohc\">[5]<\/a>. Il fait ainsi mention de sa disposition pour le bien, de sa vie d\u00e9pourvue de la moindre souillure et surtout du fait qu\u2019il \u00ab\u00a0souffre cela avec la r\u00e9signation la plus parfaite, [ne s\u2019]occup[ant] qu\u2019\u00e0 prier Dieu dans les \u00c9glises et \u00e0 [s]e mortifier par l\u2019abstinence et le je\u00fbne\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 130). Une telle surench\u00e8re sur sa propre vertu, plut\u00f4t que de convaincre, tend plut\u00f4t \u00e0 produire l\u2019effet contraire, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 s\u2019interroger sur ce qu\u2019une telle emphase cherche \u00e0 dissimuler. En lisant plus attentivement les m\u00e9moires, nous nous apercevons effectivement que Berbiguier, sous son apparente candeur, est loin d\u2019\u00eatre aussi vertueux qu\u2019il le pr\u00e9tend et qu\u2019il est constamment tiraill\u00e9 par sa propre ambivalence entre l\u2019amour et la haine. Il \u00e9crit par exemple, en s\u2019adressant \u00e0 ses lecteurs, \u00ab\u00a0qu\u2019il faut que je vous fasse partager la haine et l\u2019horreur que [les farfadets] m\u2019ont inspir\u00e9s [\u2026] Pr\u00e9parez-vous \u00e0 \u00e9prouver les plus vives sensations en lisant les cruaut\u00e9s dont je veux encore vous rendre compte \u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 221). De plus, tandis qu\u2019\u00e0 certains moments il s\u2019affirme exempt de toutes offenses,\u00a0\u00e0 d\u2019autres, il demande pardon au Seigneur pour ses p\u00e9ch\u00e9s, afin de \u00ab\u00a0s\u2019affranchir des fautes involontaires qu\u2019[il] [puisse] avoir commises\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 101).<\/p>\n<p>Le rapport qu\u2019entretient l\u2019auteur avec Dieu, qu\u2019il affuble le plus souvent de surnoms comme l\u2019\u00ab\u00a0\u00c9ternel\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Tout-Puissant\u00a0\u00bb ou encore le \u00ab\u00a0Tr\u00e8s-Haut\u00a0\u00bb, est marqu\u00e9 du sceau de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, notamment sexuelle. Les seuls moments du r\u00e9cit dans lesquels Berbiguier se permet la surabondance de termes \u00e0 connotation \u00e9rotique sont ceux o\u00f9 le \u00ab\u00a0Tout-Puissant\u00a0\u00bb est mentionn\u00e9, particuli\u00e8rement dans le chapitre VII du\u00a0<em>Livre premier<\/em>, qui porte le titre \u00ab\u00a0Apparition de J\u00e9sus-Christ\u00a0\u00bb, et dans lequel le \u00ab\u00a0Fl\u00e9au des farfadets\u00a0\u00bb raconte l\u2019un des rares moments de r\u00e9pit octroy\u00e9 par ses pers\u00e9cuteurs. Dans ce chapitre, il pr\u00e9cise que<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pendant trois grandes heures je le contemplais [J\u00e9sus-Christ] en me livrant aux r\u00e9flexions les plus douces et les plus suaves. Je pris la libert\u00e9 de lui faire entendre ma voix tremblante de plaisir et \u00e9touff\u00e9e par des sanglots d\u2019admiration. Seigneur, lui dis-je, votre pr\u00e9sence me fait oublier tous les maux que j\u2019ai soufferts jusqu\u2019\u00e0 ce moment; qu\u2019il me soit permis de contempler votre majest\u00e9 divine, de jouir du bonheur de vous voir. (<em>Ibid.<\/em>, p. 72.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019emploi d\u2019un tel vocabulaire ne rel\u00e8ve en rien du hasard, puisqu\u2019il d\u00e9voile, comme de nombreux passages des trois volumes, l\u2019investissement fantasmatique de l\u2019auteur dans ces figures religieuses et le refus de toutes manifestations tangibles du d\u00e9sir. L\u2019auteur, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un mystique, d\u00e9place ce d\u00e9sir sur des repr\u00e9sentations immat\u00e9rielles. Si l\u2019amour et le d\u00e9sir prennent pour Berbiguier une forme sublim\u00e9e et invisible, il n\u2019est pas surprenant que la haine, de m\u00eame que les interdits, en fassent de m\u00eame. Les farfadets peuvent, dans cette optique, \u00eatre envisag\u00e9s en tant que manifestations du violent refus que le sujet porte \u00e0 ses propres penchants, qu\u2019il consid\u00e8re comme \u00ab\u00a0impurs\u00a0\u00bb. De cette mani\u00e8re, il sera sans cesse question dans son ouvrage, de fa\u00e7on directe ou indirecte, de ce corps meurtri, voire\u00a0<em>crucifi\u00e9<\/em>\u00a0par ses pers\u00e9cuteurs<a id=\"footnoteref6_niemcyt\" class=\"see-footnote\" title=\" Bien que Berbiguier n\u2019emploie pas directement le terme \u00ab\u00a0crucifier\u00a0\u00bb, ses souffrances rev\u00eatent un caract\u00e8re fortement sacrificiel, l\u2019auteur souhaitant souffrir, \u00e0 la mani\u00e8re du Christ, pour d\u00e9livrer les hommes des farfadets. S\u2019adressant \u00e0 Dieu, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Laissez-moi, laissez-moi souffrir encore pendant longtemps toutes les horreurs auxquelles je suis depuis si longtemps en butte. Je ne puis pas trop d\u00e9sirer la haine de vos ennemis, elle me prouve que je suis digne d\u2019\u00eatre un des \u00e9lus dont le nombre doit \u00eatre si petit.\u00a0\u00bb (Ibid., p. 472.) \" href=\"#footnote6_niemcyt\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans son ouvrage\u00a0<em>L\u2019Inconscient et le sacr\u00e9<\/em>, Catherine Parat s\u2019int\u00e9resse aux rapports entre le d\u00e9lire et la religion, de m\u00eame qu\u2019aux diff\u00e9rentes manifestations du sacr\u00e9 dans le discours. Elle \u00e9crit ainsi que l\u2019exp\u00e9rience mystique \u00ab\u00a0cr\u00e9e une brisure du discours, des ruptures, des plans de clivage qui introduisent \u00e0 des niveaux d&rsquo;existence psychique qui ne sont plus en continuit\u00e9\u00a0\u00bb (Parat, 2002, p. 25). Ces diff\u00e9rentes brisures dans le langage se retrouvent dans les propos du mystique, qui, \u00e0 l\u2019instar du \u00ab\u00a0Fl\u00e9au des farfadets\u00a0\u00bb, exprime dans son d\u00e9lire des d\u00e9sirs de transgressions. Ces d\u00e9sirs, parce que non admis, subissent d\u00e8s lors une forme de travestissement.<\/p>\n<p>En somme, dans un d\u00e9lire comme celui de Berbiguier, le malade projette le plus souvent vers l\u2019ext\u00e9rieur ce qu\u2019il refuse d\u2019accepter en lui-m\u00eame, dans le cas pr\u00e9sent d\u2019avoir manqu\u00e9 aux commandements d\u2019un dieu id\u00e9alis\u00e9. Par ces manquements, le sujet croit devenir par le fait m\u00eame un \u00eatre \u00ab\u00a0abject\u00a0\u00bb tels ces \u00ab\u00a0ex\u00e9crables farfadets\u00a0\u00bb constamment accus\u00e9s par Berbiguier. Cette attention que porte le malade aux intentions des autres (chacun des gestes de l\u2019entourage de l\u2019auteur est sans arr\u00eat interpr\u00e9t\u00e9 dans\u00a0<em>Les Farfadets<\/em>\u00a0et per\u00e7u comme porteur d\u2019intentions hostiles) aurait donc une fonction principalement d\u00e9fensive. Dans son analyse sur le pr\u00e9sident Schreber, c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9lirant mystique, Freud \u00e9crit justement que \u00ab\u00a0dans le d\u00e9lire de pers\u00e9cution, la d\u00e9formation consiste en une transformation d\u2019affect : ce qui aurait d\u00fb \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 int\u00e9rieurement comme de l&rsquo;amour est per\u00e7u de l&rsquo;ext\u00e9rieur comme de la haine\u00a0\u00bb (Freud, 1995, p. 65). Bref, en soustrayant l\u2019attention de ses d\u00e9sirs v\u00e9ritables pour les diriger vers des entit\u00e9s invisibles, le sujet nie ainsi certains de ses souhaits les plus inadmissibles, qui se rapportent, dans le cas de Berbiguier, \u00e0 la sexualit\u00e9 et \u00e0 la mort.<\/p>\n<h2>La mort et le martyr<\/h2>\n<p>L\u2019agressivit\u00e9 contenue dans le d\u00e9lire de pers\u00e9cution de Berbiguier, qui se traduit par la haine envers les d\u00e9mons tourmenteurs, cache \u00e9galement un fort d\u00e9sir de mort, qui s\u2019exprime \u00e0 travers l\u2019aspiration au suicide que l\u2019auteur d\u00e9crit \u00e0 quelques reprises. Toutefois, comme ce souhait de mettre fin \u00e0 ses jours est contraire aux pr\u00e9ceptes religieux, il en imputera la faute aux farfadets en \u00e9crivant, par exemple, qu\u2019ils tentent par tous les moyens de le forcer \u00e0 se jeter dans la rivi\u00e8re. Cette id\u00e9e de mort et de suicide reviendra plusieurs fois dans les m\u00e9moires, prenant souvent la forme d\u2019insinuations voil\u00e9es sous des accusations port\u00e9es contre les pers\u00e9cuteurs tant d\u00e9test\u00e9s<a id=\"footnoteref7_1qgmdie\" class=\"see-footnote\" title=\" Berbiguier \u00e9crit ainsi dans son\u00a0Livre premier\u00a0: \u00ab\u00a0Tourment\u00e9 jour et nuit, on ne me laissa pas tranquille, m\u00eame dans le temps du Seigneur. Si je portais mes pas sur le bord du Rh\u00f4ne, ils \u00e9taient l\u00e0 pour me prendre par l\u2019habit, afin de m\u2019entra\u00eener dans le courant du fleuve; si j\u2019allais sur une \u00e9l\u00e9vation, ils cherchaient \u00e0 me pr\u00e9cipiter dans la plaine.\u00a0\u00bb (Ibid., p. 69.) \" href=\"#footnote7_1qgmdie\">[7]<\/a>. Car Berbiguier ne peut concevoir la haine qu\u2019il ressent envers lui-m\u00eame, de m\u00eame que son attrait pour l\u2019autodestruction, particuli\u00e8rement \u00e0 la suite de la mort de son oncle. Cette volont\u00e9 d\u2019an\u00e9antissement prend donc, outre la forme ext\u00e9rieure des d\u00e9mons tourmenteurs, celle d\u2019un fort sado-masochisme, qui semble jouer un r\u00f4le compensatoire face \u00e0 la n\u00e9gation de la pulsion d\u2019auto-conservation.<\/p>\n<p>Dans le chapitre V du\u00a0<em>Livre second<\/em>, l\u2019auteur r\u00e9sume d\u2019ailleurs tr\u00e8s bien son d\u00e9sir v\u00e9ritable en \u00e9crivant que<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Souffrir ou mourir<\/em>, c\u2019\u00e9tait la devise de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se. Pourquoi ne serait-ce pas la mienne? Je veux \u00eatre pers\u00e9cut\u00e9 pour l\u2019amour de mon Dieu; je veux que les farfadets continuent \u00e0 \u00eatre mes ennemis acharn\u00e9s; je veux qu\u2019ils m\u2019emp\u00eachent de dormir; je veux\u2026 je veux ob\u00e9ir en tout \u00e0 la volont\u00e9 de mon Cr\u00e9ateur. (Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, 1990, p. 232.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9p\u00e9tition presque litanique du \u00ab\u00a0je veux\u00a0\u00bb est signifiante, puisqu\u2019elle indique la volont\u00e9 de souffrir du sujet, qui s\u2019identifie ici \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila, laquelle exp\u00e9rimenta aussi des apparitions divines. Sans contredit tr\u00e8s influenc\u00e9 par sa lecture des m\u00e9moires de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se, Berbiguier d\u00e9crira d\u2019ailleurs ses propres exp\u00e9riences mystiques sous une forme proche des extases racont\u00e9es par la sainte<a id=\"footnoteref8_ewjzr0b\" class=\"see-footnote\" title=\" De cette mani\u00e8re, il d\u00e9crit l\u2019apparition de J\u00e9sus-Christ comme la vision d\u2019\u00ab\u00a0un nombre infini d\u2019\u00e9toiles, au milieu desquelles \u00e9taient une bob\u00e8che plate, d\u2019o\u00f9 sortait une lumi\u00e8re \u00e9clatante [\u2026] un tr\u00f4ne resplendissant de diamants, de rubis et de toutes pierres pr\u00e9cieuses, \u00e9tait dans l\u2019enfoncement o\u00f9 les \u00e9toiles \u00e9taient attach\u00e9es\u00a0\u00bb (ibid., p. 72). \" href=\"#footnote8_ewjzr0b\">[8]<\/a>. De plus, l\u2019usage r\u00e9p\u00e9titif du m\u00eame mot, ou groupe de mots, est souvent r\u00e9v\u00e9lateur des obsessions du malade, puisque, comme l\u2019explique Juan Rigoli dans\u00a0<em>Lire le d\u00e9lire<\/em>, \u00ab\u00a0toute passion s\u2019occupe fortement de son objet, et par cons\u00e9quent elle se plait souvent \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter le mot qui en exprime l\u2019id\u00e9e [\u2026] la r\u00e9p\u00e9tition [\u00e9tant] propre \u00e0 exprimer toutes les passions\u00a0\u00bb (Juan Rigoli, 2001, p. 95). F\u00e9ru de lectures saintes et d\u00e9monologiques, Berbiguier laisse donc filtrer dans son discours plusieurs de ses influences livresques, la victime des farfadets semblant \u00e9prouver quelques difficult\u00e9s \u00e0 ne pas spontan\u00e9ment s\u2019identifier aux figures bibliques. Que ce soit par l\u2019intensit\u00e9 de son style ou encore par la lourde charge \u00e9motive de son \u00e9criture, l\u2019auteur des m\u00e9moires rejoint ici la puissance du discours des martyrs et des mystiques, leur extase dirig\u00e9e vers cette m\u00eame entit\u00e9 c\u00e9leste et toute-puissante.<\/p>\n<p>En outre, le masochisme de Berbiguier est clairement exprim\u00e9 dans la description que fait de lui Lor\u00e9dan Larchey, lexicographe fran\u00e7ais, dans son ouvrage biographique intitul\u00e9\u00a0<em>Gens singuliers<\/em>, lorsqu\u2019il \u00e9crit que \u00ab\u00a0c\u2019\u00e9tait quelque chose de singulier [\u2026] que de voir Berbiguier s\u2019interrompre, au milieu d&rsquo;une conversation grave, pour tirer une \u00e9pingle de son \u00e9tui, l\u2019approcher doucement de son habillement, et l\u2019y enfoncer en \u00e9clatant de rire\u00a0\u00bb (1993, p. 129). En effet, l\u2019auteur des\u00a0<em>Farfadets<\/em>\u00a0conservait toujours sur lui plusieurs aiguilles, l\u2019un des meilleurs moyens, selon lui, pour faire cesser l\u2019action de ses bourreaux lorsqu\u2019ils s\u2019acharnaient \u00e0 poursuivre leurs attouchements d\u00e9plac\u00e9s. Il d\u00e9veloppe par ailleurs ses propres rituels pour faire cesser leurs actions\u00a0: par exemple il plonge dans l\u2019huile bouillante des c\u0153urs de b\u0153ufs piquet\u00e9s d\u2019\u00e9pingles, ou encore il enferme les farfadets dans ce qu\u2019il nomme des \u00ab\u00a0bouteilles-prisons\u00a0\u00bb, remplies de tabac et de liquides aromatiques. Berbiguier pr\u00e9cise \u00e9galement que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 26.95pt; text-align: justify;\">les moyens de consumer les farfadets pour qu\u2019il n\u2019en \u00e9chappe pas un seul [\u2026] c\u2019est de me servir d\u2019une grande cuill\u00e8re de fer bomb\u00e9e, dans laquelle je mets du soufre et des petits paquets renfermant les farfadets que j\u2019ai pris dans du tabac\u00a0: je couvre la cuill\u00e8re et j\u2019y mets le feu; c\u2019est alors que je jouis de les entendre p\u00e9tiller de rage et de douleur. (1990, p.\u00a0535).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est int\u00e9ressant de remarquer dans ce passage l\u2019utilisation de termes li\u00e9s de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 la passion, tels que \u00ab\u00a0consumer\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0feu\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0jouir\u00a0\u00bb. La fin de cet extrait t\u00e9moigne, en outre, du plaisir que ressent Berbiguier \u00e0 pers\u00e9cuter \u00e0 son tour ses bourreaux. En ce sens, une autre manifestation de ses penchants destructeurs se retrouve dans l\u2019expression de son sadisme, bien pr\u00e9sent, m\u00eame si dissimul\u00e9 sous les fards de la candeur.<\/p>\n<p>L\u2019exemple le plus frappant est sans contredit la relation de Berbiguier avec son \u00e9cureuil domestique, qui r\u00e9pond au nom de Coco et qui devient selon lui la victime des farfadets, qui arrachent d\u2019abord une partie de sa queue. Le petit animal succombe par la suite \u00e0 ses blessures. Le sadisme r\u00e9prim\u00e9 de l\u2019auteur s\u2019exprime ici envers l\u2019\u00e9cureuil, puisqu\u2019il affirme que ses pers\u00e9cuteurs \u00ab\u00a0le rendaient insupportable, en le faisant sauter en divers sens, monter, descendre le long de [s]es habits, pour [l]e chagriner au point de [l]e faire sortir de [s]on caract\u00e8re, de [l]e forcer \u00e0 frapper ce pauvre petit animal\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 326). Cette m\u00eame cruaut\u00e9 s\u2019observe ainsi aux d\u00e9tours de plusieurs phrases, dans lesquelles l\u2019auteur manifeste, par exemple, sa jouissance \u00e0 l\u2019id\u00e9e des supplices \u00e9ternels subis par les farfadets qui grillent en enfer, de m\u00eame que sa d\u00e9lectation de l\u2019accomplissement de la vengeance de Dieu envers les infid\u00e8les. Dans le chapitre LXXXVI du\u00a0<em>Livre premier<\/em>, il explicite ce d\u00e9sir en \u00e9crivant que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 45.1pt; text-align: justify;\">voil\u00e0 un farfadet qui a re\u00e7u la juste punition de ses forfaits [\u2026] il br\u00fble maintenant dans les enfers [\u2026] ainsi finiront tous les farfadets. Je ne suis pas m\u00e9chant mais je jouis en me p\u00e9n\u00e9trant de cette v\u00e9rit\u00e9. (<em>Ibid.<\/em>, p. 220.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019agressivit\u00e9 sous-jacente au d\u00e9lire de Berbiguier serait en somme l\u2019expression de ce d\u00e9sir de mort que le sujet oriente vers l\u2019autre plut\u00f4t que vers lui-m\u00eame, gardant ainsi intact son propre narcissisme. Le d\u00e9sir de mort est ici intimement li\u00e9 au motif de la jouissance, qui revient constamment, tel un leitmotiv, dans les m\u00e9moires. Le chapitre LVIII du\u00a0<em>Livre premier<\/em>\u00a0est particuli\u00e8rement \u00e9vocateur \u00e0 ce propos, puisque Berbiguier y raconte le mauvais sort que lui a lanc\u00e9 une jeune et jolie demoiselle en lui touchant la cuisse. Apr\u00e8s avoir insinu\u00e9 que les pers\u00e9cutions de Berbiguier provenaient de son c\u00e9libat, la jeune fille, que le narrateur qualifiera tr\u00e8s t\u00f4t de\u00a0<em>farfadette<\/em>, lui effleure le haut de la jambe pour se moquer de lui. Berbiguier ressentit aussit\u00f4t une douleur \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 les doigts s\u2019\u00e9taient pos\u00e9s sur le tissu. Son trouble va ensuite en augmentant, ne se dissipant pas avant plusieurs jours. Le plus \u00e9tonnant est sans doute que \u00ab\u00a0l\u2019ensorcel\u00e9\u00a0\u00bb insistera par la suite pour \u00ab\u00a0la remercier des douleurs qui avaient suivi l\u2019attouchement\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 193). La pr\u00e9sence des termes \u00ab\u00a0remercier\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0douleur\u00a0\u00bb de fa\u00e7on aussi rapproch\u00e9e r\u00e9v\u00e8le fort bien la volont\u00e9 de souffrir du pers\u00e9cut\u00e9, qui en vient avec le temps \u00e0 cultiver, voire \u00e0 rechercher des tourments. Cette douleur est donc consid\u00e9r\u00e9e comme une forme de \u00ab\u00a0punition divine\u00a0\u00bb, juste et fond\u00e9e, parce qu\u2019elle vient ch\u00e2tier Berbiguier de s\u2019\u00eatre adonn\u00e9, m\u00eame de mani\u00e8re involontaire, \u00e0 un acte r\u00e9pr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>En somme, que ce soit dans cet \u00e9pisode ou encore dans sa relation avec son \u00e9cureuil domestique, sans oublier les supplices endur\u00e9s par ses tourmenteurs, Berbiguier fait sans contredit l\u2019\u00e9loge de la douleur et du \u00ab\u00a0martyr\u00a0\u00bb dans ses m\u00e9moires, tant\u00f4t en se faisant lui-m\u00eame le bourreau, tant\u00f4t en subissant avec impuissance et jouissance les foudres de ses tortionnaires. Profond\u00e9ment convaincu du r\u00f4le d\u00e9cisif qu\u2019il a \u00e0 jouer dans cette lutte contre le fl\u00e9au d\u00e9moniaque dont il est la victime, l\u2019auteur des\u00a0<em>Farfadets<\/em>\u00a0livre un combat qui prendra \u00e0 ses yeux une ampleur universelle\u00a0: ainsi, tous les borgnes qu\u2019il croisait, de m\u00eame que les boiteux, devenaient des farfadets victimes de ses impitoyables \u00e9pingles\u2026<\/p>\n<h2>Entre cosmologie et m\u00e9galomanie<\/h2>\n<p>Ce n\u2019est \u00e0 personne de moins qu\u2019aux \u00ab\u00a0princes et souverains des quatre parties du monde\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 24) que\u00a0<em>Les Farfadets<\/em>\u00a0sont d\u00e9di\u00e9s, puisque leur auteur est d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 faire conna\u00eetre \u00e0 l\u2019univers le fl\u00e9au dont il est l\u2019innocente victime. La m\u00e9galomanie, qui vient souvent de pair avec le d\u00e9lire de pers\u00e9cution, \u00e9tablit ici une relation de compensation chez le sujet, une forme de\u00a0<em>contrepoids<\/em>\u00a0\u00e0 ses tourments. Berbiguier, pour qui le rapport au corps\u00a0<em>d\u00e9sirant<\/em>\u00a0est probl\u00e9matique, trouve en somme un r\u00e9confort dans ce sentiment de \u00ab\u00a0toute-puissance\u00a0\u00bb ressenti envers lui-m\u00eame et dans ce narcissisme pouss\u00e9 \u00e0 son paroxysme. Sa m\u00e9galomanie est \u00e0 l\u2019image de son adoration pour Dieu et de sa haine pour les d\u00e9mons; elle se traduit notamment par l\u2019omnipotence totale qu\u2019il leur impute. Les th\u00e9ories de Freud vont aussi en ce sens. Dans son analyse sur Schreber, il \u00e9crit que \u00ab\u00a0le d\u00e9lire des grandeurs [\u2026] p[eut \u00eatre] con\u00e7[u] comme une surestimation sexuelle du moi propre, le mettant ainsi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la surestimation de l&rsquo;objet d&rsquo;amour\u00a0\u00bb (Freud, 1995, p. 63). La m\u00e9galomanie se trouve ainsi intimement li\u00e9e au d\u00e9lire de pers\u00e9cutions dont elle devient en ce sens l\u2019<em>instrument<\/em>, justifiant les tourments subis par le sujet. De cette mani\u00e8re, les affronts que supporte Berbiguier sont selon lui l\u00e9gitimes\u00a0: parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9\u00a0<em>choisi<\/em>\u00a0par nul autre que Dieu, ces affronts consistent en une sorte d\u2019hommage de sa singularit\u00e9, de son caract\u00e8re \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9lu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, la relation du \u00ab\u00a0Fl\u00e9au des farfadets\u00a0\u00bb \u00e0 ses bourreaux se modifie au cours de ses m\u00e9moires. L\u2019auteur \u00e9crit dans le\u00a0<em>Livre premier<\/em>\u00a0qu\u2019il cherche \u00e0 tout prix \u00e0 mettre fin \u00e0 ses tourments, pour en venir graduellement \u00e0 rechercher leur pr\u00e9sence dans le\u00a0<em>Livre troisi\u00e8me<\/em>, comme s\u2019il \u00e9tait d\u00e9sormais incapable de se passer de l\u2019attention particuli\u00e8re des farfadets. Les lettres re\u00e7ues de Lucifer et ses supp\u00f4ts m\u00eame, dans le dernier livre, viennent aussi appuyer ce fort d\u00e9sir qu\u2019a Berbiguier de se consid\u00e9rer comme d\u00e9sign\u00e9, la horde infernale ne s\u2019acharnant plus que sur sa malheureuse personne<a id=\"footnoteref9_u3k6i7a\" class=\"see-footnote\" title=\" Les lettres rassembl\u00e9es par Berbiguier \u00e0 la fin de son troisi\u00e8me livre, dont quelques-unes sont pr\u00e9tendument sign\u00e9es par les farfadets, sont particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrices de sa m\u00e9galomanie, puisqu\u2019on peut, par exemple, y lire\u00a0: \u00ab\u00a0Berbiguier, finiras-tu de me tourmenter, moi, et tous mes coll\u00e8gues\u00a0? Mis\u00e9rable que tu es\u00a0! Tu viens de me faire p\u00e9rir quatorze cents de mes sujets, et moi-m\u00eame j\u2019ai failli \u00eatre victime le jour de tes travaux, lorsque j\u2019\u00e9tais dans le tuyau de ton po\u00eale. Si tu voulais \u00eatre plus indulgent pour nous, nous te nommerions notre souverain; regarde quelle place \u00e9minente tu poss\u00e9derais\u00a0! Tu serais le chef de tous les esprits\u00a0: tu jouirais non seulement de ce grand avantage, mais encore de celle de poss\u00e9der toutes les belles qui seraient dans ton palais; car tu dois savoir que nous avons ici toutes les reines, les princesses, enfin toutes les belles femmes qui, depuis 4800 ans, ont fait les d\u00e9lices de tous les grands h\u00e9ros de ce monde. Sign\u00e9 par\u00a0L\u2019ambassadeur extraordinaire, Rhotomago.\u00a0\u00bb (Ibid., p. 628.) \" href=\"#footnote9_u3k6i7a\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>En ce sens, les exemples de la m\u00e9galomanie de Berbiguier abondent dans\u00a0<em>Les Farfadets<\/em>, que ce soit les \u00e9loges de son entourage, pour sa pi\u00e9t\u00e9 et son travail, sa surestimation de lui-m\u00eame par rapport aux savants (qui ne sont, selon lui, que de vulgaires sots), sans oublier cette influence que poss\u00e8dent les farfadets sur \u00ab\u00a0sa plan\u00e8te\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0208). Car c\u2019est peut-\u00eatre lorsqu\u2019il est question de la force des \u00ab\u00a0plan\u00e8tes\u00a0\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019astrologie, que se r\u00e9v\u00e8le le plus dans le langage la folie de Berbiguier. Cependant, l\u2019auteur se \u00ab\u00a0r\u00e9approprie\u00a0\u00bb l\u2019astrologie, puisqu\u2019il emploie \u00e0 ce sujet plusieurs phrases et tournures ampoul\u00e9es aux significations obscures, telles que \u00ab\u00a0les satellites de Satan\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.104), \u00ab\u00a0une plan\u00e8te qui soufflait un vent affreux\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 128), et \u00ab\u00a0mes \u00e9pingles piquent jour et nuit leurs satellites\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 221). Le d\u00e9lire de Berbiguier est ici perceptible, de m\u00eame que sa fascination pour ce qui lui para\u00eet \u00ab\u00a0tout-puissant\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019image d\u2019un dieu id\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p>Henry Ey, psychiatre et auteur du\u00a0<em>Trait\u00e9 des hallucinations<\/em>, qualifie pour sa part de \u00ab\u00a0psychose d\u00e9lirante fantastique\u00a0\u00bb ce type de d\u00e9sordre psychologique \u00e0 saveur astrale, qui se caract\u00e9rise comme une<\/p>\n<blockquote>\n<p>production d\u00e9lirante \u00e0 th\u00e8mes multiples principalement m\u00e9galomaniaques et cosmiques [et] une pens\u00e9e archa\u00efque, magique ou paralogique indiff\u00e9rente dans l\u2019\u00e9laboration de ses conceptions aux valeurs logiques d\u2019une intelligence par ailleurs intacte (Henry Ey, 2004, p. 834).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0Les multiples n\u00e9ologismes invent\u00e9s par Berbiguier, comme \u00ab\u00a0anti-farfad\u00e9en\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0diabolico-infernale\u00a0\u00bb, ach\u00e8vent de nourrir cette psychose d\u00e9lirante, qui finit par poss\u00e9der son propre vocabulaire et ses rem\u00e8des sp\u00e9cifiques (les bouteilles-prisons, les \u00e9pingles, etc.) invent\u00e9s par le malade. Bref, par ces extravagances qui se d\u00e9tachent du reste du texte, l\u2019auteur exprime malgr\u00e9 lui les fondements d\u2019un \u00ab\u00a0univers\u00a0\u00bb qui lui est parfaitement coh\u00e9rent, et qui poss\u00e8de \u00e0 la fois son langage et ses propres efforts th\u00e9rapeutiques. Dans son ouvrage sur les fous litt\u00e9raires, Andr\u00e9 Blavier affirme que pour distinguer l\u2019\u00e9crit d\u2019un fou d\u2019entre les autres, \u00ab\u00a0le langage employ\u00e9 est un crit\u00e8re plus s\u00fbr [&#8230;] ces fous [ayant] toujours trouv\u00e9 la formule universelle, r\u00e9solu le probl\u00e8me que personne n&rsquo;avait jamais pu r\u00e9soudre, ils ont des solutions pour tout\u00a0\u00bb (2001, p. 31). Le d\u00e9lire de Berbiguier, dans toute sa complexit\u00e9, rend bien compte de cet \u00e9nonc\u00e9, puisqu\u2019\u00e0 la source m\u00eame de l\u2019acte d\u2019\u00e9criture se trouve cette\u00a0<em>volont\u00e9<\/em>\u00a0de d\u00e9noncer un fl\u00e9au universel et de rendre publics les moyens qu\u2019il a d\u00e9velopp\u00e9s pour mettre ses pers\u00e9cuteurs hors d\u2019\u00e9tat de nuire.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Travers\u00e9es par l\u2019ambivalence de Berbiguier, ces m\u00e9moires sont particuli\u00e8rement denses et complexes, dissimulant sous leurs apparentes d\u00e9nonciations plusieurs id\u00e9es obs\u00e9dantes. Le choix des mots, les r\u00e9p\u00e9titions et les nombreux th\u00e8mes r\u00e9currents viennent appuyer \u00e0 la fois le d\u00e9lire de pers\u00e9cution de l\u2019auteur, son d\u00e9sir d\u2019autodestruction et sa m\u00e9galomanie. Par cons\u00e9quent,\u00a0<em>Les Farfadets<\/em>\u00a0sont d\u2019une \u00e9tonnante richesse, tant au point de vue litt\u00e9raire que clinique, l\u2019auteur transmettant dans cet \u00e9crit, souvent malgr\u00e9 lui, plusieurs indices qui permettent de mieux cerner sa folie.<\/p>\n<p>En outre, ses influences livresques sont \u00e9galement perceptibles, que ce soit du c\u00f4t\u00e9 litt\u00e9raire, ou encore des lectures th\u00e9ologiques ou d\u00e9monologiques. Berbiguier \u00e9crit justement dans son troisi\u00e8me livre que son ambition est<\/p>\n<blockquote>\n<p>outre de vaincre [s]es ennemis [\u2026] [d\u2019\u00eatre] assimil\u00e9 aux Bossuet, aux Massillon et aux Fl\u00e9chier, qui ont donn\u00e9 leurs \u0153uvres au public pour prouver que les hommes qui ont v\u00e9ritablement de l\u2019esprit ne se sont jamais laiss\u00e9 diriger que par l\u2019esprit du bien\u00a0(Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, 1990, p. 544).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fait aussi mention de Rousseau \u00e0 quelques reprises, notamment dans son\u00a0<em>Livre second<\/em>, o\u00f9 il \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Jean-Jacques Rousseau, qui serait le plus grand homme du monde, s\u2019il n\u2019avait pas avanc\u00e9 des principes r\u00e9prouv\u00e9s, aurait d\u00fb \u00eatre trait\u00e9 de fou, il \u00e9tait pers\u00e9cut\u00e9 aussi par des farfadets. La seule diff\u00e9rence qu\u2019il existe entre lui et moi, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas d\u00e9sign\u00e9 ses pers\u00e9cuteurs par leurs v\u00e9ritables noms, et que j\u2019ai su les signaler par la qualification qui leur est propre (<em>Ibid.<\/em>, p. 298.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est vrai que le discours de Berbiguier n\u2019est parfois pas sans rappeler certains passages des\u00a0<em>R\u00eaveries du promeneur solitaire<\/em>, compos\u00e9es pr\u00e8s de cinquante ans avant\u00a0<em>Les Farfadets<\/em>, dans lesquelles Rousseau accuse ses pers\u00e9cuteurs en \u00e9crivant que<\/p>\n<blockquote>\n<p>Me voici donc seul sur la terre, n\u2019ayant plus de fr\u00e8re, de prochain, d\u2019ami de soci\u00e9t\u00e9 que moi-m\u00eame. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a \u00e9t\u00e9 proscrit par un accord unanime. [\u2026] Dans tous les raffinements de leur haine, mes pers\u00e9cuteurs en ont omis un que leur animosit\u00e9 leur a fait oublier; c\u2019\u00e9tait d\u2019en graduer si bien les effets qu\u2019ils pussent entretenir et renouveler mes douleurs sans cesse en me portant toujours quelque nouvelle atteinte. (Rousseau, 1972, p. 35-37.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que les pers\u00e9cuteurs diff\u00e8rent, car ils sont clairement identifi\u00e9s chez Berbiguier, le m\u00eame mod\u00e8le pers\u00e9cuteur-pers\u00e9cut\u00e9 se r\u00e9p\u00e8te encore ici, semblable au martyr qui s\u2019incline devant les foudres de son Dieu. Le \u00ab\u00a0fl\u00e9au\u00a0\u00bb devient d\u00e8s lors justifi\u00e9, et le sujet en redemande, car celui-ci ne peut que difficilement envisager son existence sans son lot de mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. En effet, que deviendrait Berbiguier sans ses farfadets?<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>1868-1889.\u00a0<em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique des sciences m\u00e9dicales<\/em>. S\u00e9rie 2, tome 9. Paris\u00a0: Masson : P. Asselin : [puis] Asselin et Houzeau, 796\u00a0p.<\/p>\n<p>ANSERMET, Fran\u00e7ois, Alain Grosrichard, et Charles M\u00e9la. 1989.\u00a0<em>La Psychose dans le texte<\/em>. Paris\u00a0: Navarin, 141\u00a0p.<\/p>\n<p>BERBIGUIER DE TERRE-NEUVE DU THYM, Alexis Vincent Charles. 1990.\u00a0<em>Les Farfadets\u00a0<\/em>[1821]. Grenoble\u00a0: \u00c9ditions J\u00e9r\u00f4me Million, 667\u00a0p.<\/p>\n<p>BLAVIER, Andr\u00e9. 2001.\u00a0<em>\u00c0 propos des fous litt\u00e9raires<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions des Cendres, 59\u00a0p.<\/p>\n<p>CHAMPFLEURY. 1967.\u00a0<em>Les excentriques<\/em>\u00a0[1852]. Gen\u00e8ve\u00a0: Statkine reprints, 346\u00a0p.<\/p>\n<p>EY, Henri. 2004.\u00a0<em>Trait\u00e9 des hallucinations\u00a0<\/em>[1973]. Paris, Biblioth\u00e8que des introuvables, 1543\u00a0p.<\/p>\n<p>FELMAN, Shoshana. 1978.\u00a0<em>La folie et la chose litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 349\u00a0p.<\/p>\n<p>FREUD, Sigmund. 1995.\u00a0<em>Le pr\u00e9sident Schreber\u00a0: remarques psychanalytiques sur un cas de parano\u00efa (dementia paranoides)<\/em>\u00a0[1909]. Paris\u00a0: Presses universitaires de France, 84\u00a0p.<\/p>\n<p>LARCHEY, Lor\u00e9dan. 1993.\u00a0<em>Gens singuliers\u00a0<\/em>[1867]. Bassac\u00a0: Plein chant, 212\u00a0p.<\/p>\n<p>PARAT, Catherine. 2002.\u00a0<em>L\u2019inconscient et le sacr\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Presses universitaires de France, 103\u00a0p.<\/p>\n<p>RIGOLI, Juan. 2001.\u00a0<em>Lire le d\u00e9lire\u00a0: ali\u00e9nisme, rh\u00e9torique et litt\u00e9rature en France au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<\/em>. Paris\u00a0: Fayard, 649\u00a0p.<\/p>\n<p>ROUSSEAU, Jean-Jacques. 1972.\u00a0<em>Les r\u00eaveries du promeneur solitaire<\/em>\u00a0[1782]. Paris\u00a0: Gallimard, 277\u00a0p.<\/p>\n<p>SAINT-AMANT, Marc-Antoine Girard de.1855.\u00a0<em>\u0152uvres compl\u00e8tes. Tome 1<\/em>. Paris\u00a0: P. Jannet, 479\u00a0p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_59w80ab\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_59w80ab\">[1]<\/a> Il ajoutera par la suite \u00ab\u00a0Terre-Neuve du Thym\u00bb \u00e0 son nom,\u00a0le thym \u00e9tant en une plante apte selon lui \u00e0 chasser les farfadets.<\/p>\n<p id=\"footnote2_04tgy3w\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_04tgy3w\">[2]<\/a> Selon Berbiguier, la nomenclature des farfadets, selon leur degr\u00e9 de puissance, est constitu\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Moreau, magicien et sorcier \u00e0 Paris, repr\u00e9sentant de Belz\u00e9buth.<br \/>Pinel p\u00e8re, m\u00e9decin de la Salp\u00eatri\u00e8re, repr\u00e9sentant de Satan.<br \/>Bonnet, employ\u00e9 \u00e0 Versailles, repr\u00e9sentant d\u2019Eurinome.<br \/>Bouge, associ\u00e9 de Nicolas, repr\u00e9sentant de Pluton.<br \/>Nicolas, m\u00e9decin \u00e0 Avignon, repr\u00e9sentant de Moloch.<br \/>Baptiste Prieur, de Moulins, repr\u00e9sentant de Pan.<br \/>Prieur a\u00een\u00e9, son fr\u00e8re, marchand droguiste, repr\u00e9sentant de Lilith.<br \/>Etienne Prieur, de Moulins, repr\u00e9sentant de L\u00e9onard.<br \/>Papon Lominy, cousin des Prieur, repr\u00e9sentant de Baalberith.<br \/>Janneton Lavalette, la Mansotte et la Vandeval, repr\u00e9sentant l\u2019archi-diablesse Prosperine, qui a voulu mettre trois diablesses \u00e0 mes trousses.<br \/>Chay, de Carpentras, repr\u00e9sentant de Lucifer, qui est le grand justicier de la Cour infernale.<\/p>\n<p>Tous les autres farfadets dont j\u2019aurai occasion de parler dans mon ouvrage, sont les repr\u00e9sentants d\u2019Alastor, ex\u00e9cuteur des hautes-\u0153uvres, \u00e9galement attach\u00e9s \u00e0 la cour infernale.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 64-65.)<\/p>\n<p id=\"footnote3_xwc2bnf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_xwc2bnf\">[3]<\/a> L\u2019article sur la monomanie du\u00a0<em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique des sciences m\u00e9dicales<\/em>\u00a0propose la description suivante de Berbiguier\u00a0: \u00ab\u00a0Berbiguier, le plus fameux des monomanes hallucin\u00e9s, consacrait tout son temps a se d\u00e9fendre des injures et des attaques des farfadets, \u00e0 faire la chasse \u00e0 ces \u00eatres fantastiques, \u00e0 les emprisonner dans des bo\u00eetes ou dans des bouteilles, \u00e0 les piquer avec des \u00e9pingles comme des papillons.\u00bb (<em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique des sciences m\u00e9dicales<\/em>, s.\u00a02, t.\u00a09, 1868-1889, p. 158.)<\/p>\n<p id=\"footnote4_u6zld4j\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_u6zld4j\">[4]<\/a> \u00c0 ce propos, un passage de\u00a0<em>Les Excentriques<\/em>\u00a0de Champfleury, qui narre une rencontre avec Berbiguier, quelque temps avant sa mort, alors que ce dernier s\u2019est retir\u00e9 dans le Vaucluse, est particuli\u00e8rement \u00e9vocateur\u00a0: \u00ab\u00a0Vous voyez cette plaine, me dit Berbiguier, en \u00e9tendant les bras; toutes les moissons \u00e9taient condamn\u00e9es \u00e0 mon arriv\u00e9e; je les ai sauv\u00e9es; ils ne me le pardonnent pas; ils savent que je suis au monde pour les combattre, et pour d\u00e9livrer mon pays des incendies, des inondations, des pestes, des famines, aussi s\u2019acharnent-ils toujours apr\u00e8s moi, nuit et jour.\u00a0\u00bb (Champfleury, 1967, p. 131.)<\/p>\n<p id=\"footnote5_kpufohc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_kpufohc\">[5]<\/a> Convaincu de sa place au panth\u00e9on des saints martyrs, Berbiguier \u00e9crit que \u00ab\u00a0s\u2019il faut le dire sans d\u00e9tour, je trouve que les souffrances que saint Antoine a \u00e9prouv\u00e9es n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 aussi grandes et surtout aussi longues que les miennes\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0553). Dans cette m\u00eame envol\u00e9e, il ajoute que \u00ab\u00a0tout comme [lui], Saint Antoine a souvent d\u00e9sir\u00e9 la mort; mais la providence divine, qui voulait se servir de lui \u00e0 autre chose et pour convertir ses d\u00e9serts en un paradis, ne permit pas que le glaive tranch\u00e2t la vie \u00e0 celui qui devait la donner \u00e0 tant d\u2019autres\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 553).<\/p>\n<p id=\"footnote6_niemcyt\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_niemcyt\">[6]<\/a> Bien que Berbiguier n\u2019emploie pas directement le terme \u00ab\u00a0crucifier\u00a0\u00bb, ses souffrances rev\u00eatent un caract\u00e8re fortement sacrificiel, l\u2019auteur souhaitant souffrir, \u00e0 la mani\u00e8re du Christ, pour d\u00e9livrer les hommes des farfadets. S\u2019adressant \u00e0 Dieu, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Laissez-moi, laissez-moi souffrir encore pendant longtemps toutes les horreurs auxquelles je suis depuis si longtemps en butte. Je ne puis pas trop d\u00e9sirer la haine de vos ennemis, elle me prouve que je suis digne d\u2019\u00eatre un des \u00e9lus dont le nombre doit \u00eatre si petit.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 472.)<\/p>\n<p id=\"footnote7_1qgmdie\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_1qgmdie\">[7]<\/a> Berbiguier \u00e9crit ainsi dans son\u00a0<em>Livre premier<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Tourment\u00e9 jour et nuit, on ne me laissa pas tranquille, m\u00eame dans le temps du Seigneur. Si je portais mes pas sur le bord du Rh\u00f4ne, ils \u00e9taient l\u00e0 pour me prendre par l\u2019habit, afin de m\u2019entra\u00eener dans le courant du fleuve; si j\u2019allais sur une \u00e9l\u00e9vation, ils cherchaient \u00e0 me pr\u00e9cipiter dans la plaine.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 69.)<\/p>\n<p id=\"footnote8_ewjzr0b\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_ewjzr0b\">[8]<\/a> De cette mani\u00e8re, il d\u00e9crit l\u2019apparition de J\u00e9sus-Christ comme la vision d\u2019\u00ab\u00a0un nombre infini d\u2019\u00e9toiles, au milieu desquelles \u00e9taient une bob\u00e8che plate, d\u2019o\u00f9 sortait une lumi\u00e8re \u00e9clatante [\u2026] un tr\u00f4ne resplendissant de diamants, de rubis et de toutes pierres pr\u00e9cieuses, \u00e9tait dans l\u2019enfoncement o\u00f9 les \u00e9toiles \u00e9taient attach\u00e9es\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 72).<\/p>\n<p id=\"footnote9_u3k6i7a\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_u3k6i7a\">[9]<\/a> Les lettres rassembl\u00e9es par Berbiguier \u00e0 la fin de son troisi\u00e8me livre, dont quelques-unes sont pr\u00e9tendument sign\u00e9es par les farfadets, sont particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrices de sa m\u00e9galomanie, puisqu\u2019on peut, par exemple, y lire\u00a0: \u00ab\u00a0Berbiguier, finiras-tu de me tourmenter, moi, et tous mes coll\u00e8gues\u00a0? Mis\u00e9rable que tu es\u00a0! Tu viens de me faire p\u00e9rir quatorze cents de mes sujets, et moi-m\u00eame j\u2019ai failli \u00eatre victime le jour de tes travaux, lorsque j\u2019\u00e9tais dans le tuyau de ton po\u00eale. Si tu voulais \u00eatre plus indulgent pour nous, nous te nommerions notre souverain; regarde quelle place \u00e9minente tu poss\u00e9derais\u00a0! Tu serais le chef de tous les esprits\u00a0: tu jouirais non seulement de ce grand avantage, mais encore de celle de poss\u00e9der toutes les belles qui seraient dans ton palais; car tu dois savoir que nous avons ici toutes les reines, les princesses, enfin toutes les belles femmes qui, depuis 4800 ans, ont fait les d\u00e9lices de tous les grands h\u00e9ros de ce monde. Sign\u00e9 par\u00a0<em>L\u2019ambassadeur extraordinaire<\/em>, Rhotomago.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 628.)<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>G\u00e9linas, Ariane. 2009. \u00ab\u00a0\u00a0Le \u00ab\u00a0Fl\u00e9au des farfadets\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab \u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature \u00bb, n\u00b011, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5455 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gelinas-11.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 gelinas-11.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-d5a77b38-3698-4ccf-941a-a69cb79baec5\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gelinas-11.pdf\">gelinas-11<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gelinas-11.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-d5a77b38-3698-4ccf-941a-a69cb79baec5\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire (sur) la marge: folie et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, n\u00b011 Une troupe de farfadetsDiff\u00e9rents de taille et de forme,L\u2019un ridicule, l\u2019autre \u00e9norme,S\u2019y d\u00e9m\u00e8ne en diable-cadets;Ma visi\u00e8re en est fascin\u00e9e,Mon ou\u00efe en est suborn\u00e9e,Ma cervelle en est hors de soi;Bref, ces fabriqueurs d\u2019impostures\u00c9talent tout autour de moiLeurs grimaces et leurs postures.&#8211; Saint-Amant,\u00a0Le mauvais logement, caprice. 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