{"id":5460,"date":"2024-06-13T19:48:18","date_gmt":"2024-06-13T19:48:18","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/immobilisme-et-surpopulation-la-mise-en-garde-dharry-harrison\/"},"modified":"2024-09-13T17:24:45","modified_gmt":"2024-09-13T17:24:45","slug":"immobilisme-et-surpopulation-la-mise-en-garde-dharry-harrison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5460","title":{"rendered":"Immobilisme et surpopulation :  la mise en garde d\u2019Harry Harrison"},"content":{"rendered":"<p>En janvier 2005, l\u2019ONU annon\u00e7ait qu\u2019en 2050 la population mondiale atteindrait le nombre astronomique de 9,2 milliards d&rsquo;\u00eatres humains, une augmentation d\u2019un tiers par rapport \u00e0 la population mondiale actuelle<a id=\"footnoteref1_khxmae6\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir la brochure ESA\/P\/WP.202 du D\u00e9partement des affaires \u00e9conomiques et sociales des Nations Unies intitul\u00e9e World Population Prospects. The 2006 Revision. Highlights, disponible \u00e0 l\u2019adresse suivante\u00a0:http:\/\/www.un.org\/esa\/population\/publications\/wpp2006\/WPP2006_Highlights_rev.pdf \" href=\"#footnote1_khxmae6\">[1]<\/a>. Une telle quantit\u00e9 a de quoi faire fr\u00e9mir. Si l\u2019\u00e9puisement des ressources naturelles se fait pr\u00e9sentement sentir, qu\u2019en sera-t-il dans quarante-cinq ans? Assisterons-nous, dans les pays occidentaux, au passage d\u2019une \u00e9conomie capitaliste, qui table sur l\u2019abondance des ressources et des produits de consommation, \u00e0 une \u00e9conomie de survivance, semblable \u00e0 celle de certains pays du quart-monde?<\/p>\n<p>Ces questions, Harry Harrison, auteur de science-fiction qui fut pendant un temps le r\u00e9dacteur en chef de la revue <em>Amazing Stories<\/em>, se les \u00e9tait pos\u00e9es il y a d\u00e9j\u00e0 quarante ans. Son roman, <em>Make room! Make room!<\/em>, paru en 1966, qui inspira le film <em>Soylent Green<\/em> de Richard Fleischer (1973), jette un regard sombre sur l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9 si celle-ci ne fait pas \u00e9chec \u00e0 sa croissance d\u00e9mographique exponentielle. Le prologue pose d\u2019ailleurs les pr\u00e9misses de la r\u00e9flexion que sous-tend la di\u00e9g\u00e8se : rappelant un discours prononc\u00e9 en d\u00e9cembre 1959 par le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Dwight D. Eisenhower, dans lequel il r\u00e9affirmait sa volont\u00e9 de rester \u00e0 l\u2019\u00e9cart de toute forme de contr\u00f4le des naissances, Harrison pose ce constat alarmant, fr\u00f4lant l\u2019aporie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>In 1950 the United States \u2014 with just 9.5 percent of the world\u2019s population \u2014 was consuming 50 percent of the world\u2019s raw materials. [\u2026] By the end of the century, should our population continue to increase at the same rate, this country will need more than 100 percent of the planet\u2019s resources to maintain our current living standards. This is a mathematical impossibility [\u2026]. (Harrison, 2008, p. 9.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9videmment, cela signifie que la disponibilit\u00e9 des ressources naturelles sera inversement proportionnelle \u00e0 la croissance de la population, laquelle demeure, sans contr\u00f4le des naissances, exponentielle \u2014 jusqu\u2019au point de rupture, o\u00f9 les ressources naturelles seront compl\u00e8tement \u00e9puis\u00e9es. L\u00e0 r\u00e9side tout le probl\u00e8me d\u00e9mographique de la surpopulation.<\/p>\n<p>Harrison, par le truchement de l\u2019anticipation, imagine la ville de New York en 1999 \u2013 une m\u00e9gapole surpeupl\u00e9e de 35 millions d\u2019habitants qui peine \u00e0 subvenir aux besoins primaires (eau, nourriture, logement) de la vaste majorit\u00e9 des pauvres \u00e2mes qui y demeurent. Cette soci\u00e9t\u00e9, issue de l\u2019extrapolation classique et inh\u00e9rente au sous-genre de l\u2019anticipation, prend des dehors dystopiques \u2014 l\u2019historicit\u00e9 s\u2019arr\u00eatant, de mani\u00e8re d\u00e9finitive, par le surnombre de celui m\u00eame qui l\u2019a entam\u00e9e\u00a0: l\u2019humain.<\/p>\n<p>Et l\u00e0 r\u00e9side tout le paradoxe\u00a0: l\u2019Histoire a d\u00e9but\u00e9 avec la civilisation elle-m\u00eame, \u00e0 mesure que les peuplades nomades se sont s\u00e9dentaris\u00e9es, hi\u00e9rarchis\u00e9es, divis\u00e9es en m\u00e9tiers. L\u2019\u00e9criture aidant, l\u2019historicit\u00e9 \u2014 \u00e9merge par le fait m\u00eame \u2014 et traverse les si\u00e8cles, se d\u00e9veloppant au m\u00eame rythme que l\u2019humanit\u00e9 et ses diverses civilisations. Mais la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019Harrison d\u00e9peint dans <em>Make room! Make room!<\/em> amorce, v\u00e9ritablement, un <em>arr\u00eat<\/em> dans la progression de l\u2019humanit\u00e9. Il ne s\u2019agit pas ici de simple conservatisme, mais bel et bien d\u2019un arr\u00eat sur image de l\u2019histoire, d\u2019une pure stagnation proprement dystopique et caus\u00e9e, \u00e0 l\u2019origine, par la surpopulation. L\u2019humain assurait jusque-l\u00e0, par sa seule pr\u00e9sence, la progression de l\u2019Histoire, mais le nombre d\u00e9mographique et sa croissance intrins\u00e8que, qui fut la cause de l\u2019\u00e9mergence de l\u2019historicit\u00e9, sont ici d\u00e9peint comme le catalyseur de sa fin \u2014 non pas au sens eschatologique du terme, mais bien de la fa\u00e7on dont Thomas More l\u2019entendait\u00a0: au sens utopique ou plut\u00f4t, pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, <em>dystopique<\/em>.<\/p>\n<p>Car c\u2019est bien d\u2019une dystopie dont il est question dans ce roman. Comment, autrement, d\u00e9crire une soci\u00e9t\u00e9 mondiale, dont la ville de New York constitue un \u00e9chantillon, qui repose enti\u00e8rement sur les paradigmes de la survivance et du cannibalisme (nous reviendrons sur ces deux paradigmes)? On ne peut pas, en effet, parler ici de prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The coal that was supposed to last for centuries has all been dug up because so many people wanted to keep warm. And the oil too, there\u2019s so little left that they can\u2019t afford to burn it, it\u2019s got to be turned into chemicals and plastics and stuff. And the rivers \u2014 who polluted them? The water \u2014 who drank it? The topsoil \u2014 who wore it out? Everything has been gobbled up, used up, worn out. [&#8230;] One time we had the whole world in our hands, but we ate it and burned it and it\u2019s gone now. <em>(Ibid.,<\/em> p. 242-243.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il suffit, pour bien situer le contexte dystopique de cet univers di\u00e9g\u00e9tique, d\u2019\u00e9num\u00e9rer quelques horreurs qu\u2019Harrison d\u00e9peint dans une langue rapide et concise, illustrant toute la banalit\u00e9, pour les protagonistes, de ces tableaux. Ces sc\u00e8nes peuvent \u00eatre regroup\u00e9es sous quatre axes th\u00e9matiques\u00a0: le logement, la criminalit\u00e9, l\u2019eau et la nourriture.<\/p>\n<p><strong>Logement<\/strong><\/p>\n<p>Le logement, dans une soci\u00e9t\u00e9 dystopique reposant sur le concept de surpopulation, est \u00e9videmment un probl\u00e8me criant. Chaque coin de la ville devient un refuge potentiel, un abri qui, en l&rsquo;absence d\u2019autres solutions, devient une habitation plus ou moins permanente. Ainsi, un stationnement de voitures abandonn\u00e9es se transforme en autant d\u2019appartements squatt\u00e9s \u2014 parfois plus d\u2019une famille par voiture\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Each [parking] lot was now a small village with people living in every car because, uncomfortable as the cars were, they were still better than the street. Though each car had long since had its full quota of inhabitants, vacancies occurred in the winter when the weaker ones died. <em>(Ibid.,<\/em> p. 234.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des navires de guerre au rancart, qui rouillent lentement dans le port de New York, deviennent des logements insalubres et forment un quartier dont les rues sont des coursives ou des ponts de fortune reliant les bateaux entre eux\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Secured together by frayed ropes and encrusted chains the rows of ancient Victory and Liberty ships made up an alien and rusty landscape of odd-shaped superstructures, laundry-hung rigging, supports, pipes, aerials and chimneys. [\u2026] There had been no other place to house the flood of newcomers and the ships had seemed a brilliant inspiration at the time; they would certainly do until better was found. But it had been hard to find other quarters and more ships had been gradually added until the rusty, weed-hung fleet was such a part of the city that everyone felt it had been there forever. <em>(Ibid.,<\/em> p. 41.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour les familles les moins chanceuses, il ne reste, une fois toutes les solutions \u00e9puis\u00e9es, que les porches et les cages d\u2019escaliers o\u00f9 s\u2019agglutinent par dizaines les itin\u00e9rants\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] the steps were so packed with humanity that he couldn\u2019t leave the doorway.\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 22-23.)<\/p>\n<p><strong>Criminalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La promiscuit\u00e9, caus\u00e9e par la crise permanente du logement \u00e9chauffant les esprits et exacerbant la criminalit\u00e9, dans un contexte de pauvret\u00e9 galopante, devient la chose la plus naturelle du monde. Lorsque le protagoniste, policier de m\u00e9tier, aper\u00e7oit un cadavre gisant dans la rue avec un enfant bien en vie attach\u00e9 \u00e0 sa cheville, comme une laisse ancrant le bambin et l\u2019emp\u00eachant de s\u2019aventurer trop loin, il adopte la m\u00eame attitude que les passants \u2013 une incurie manifeste\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Andy [\u2026] had to step over the outstretched leg of an old man who sprawled there. He looked dead, not asleep, and he might be for all anyone cared. His foot was bare and filthy and a string tied about his ankle led to a naked baby that was sitting vacantly on the side-walk chewing on a bent plastic dish. <em>(Ibid.,<\/em> p. 23.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On s\u2019aper\u00e7oit alors que la population est tellement habitu\u00e9e \u00e0 c\u00f4toyer la mort et la souffrance que ces deux plaies en viennent \u00e0 faire partie de la vie courante \u2014 et la criminalit\u00e9 rampante n\u2019est qu\u2019un autre des aspects de cette r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Les statistiques sont r\u00e9v\u00e9latrices\u00a0: de cinq \u00e0 dix meurtres chaque jour, quelques milliers d&rsquo;attaques, vingt \u00e0 trente cas de viol, des centaines de vols et ce dans la seule ville de New York. La surpopulation apporte ainsi son lot de criminalit\u00e9 par la paup\u00e9risation \u2014 l\u2019attrait du bien mat\u00e9riel d\u2019autrui \u00e9tant plus fort pour le d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>This city has a million punks who are on Welfare and wish they had a square meal or a TV or a drink. So they try their hand at burglary to see what they can pick up. We [the police] catch a few and send them upstate on work gangs [\u2026] but most of them get away. <em>(Ibid.,<\/em> p. 93.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9s\u0153uvr\u00e9es, des bandes de voyous sont alors pr\u00eates \u00e0 tuer pour un simple litre d\u2019eau potable\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Two figures blocked the sidewalk in front of them. \u00ab\u00a0Let\u2019s have the water\u00a0\u00bb the nearest one said, and the distant light reflected from the knife in front of them. [\u2026] Shirl huddled against the wall and saw, when they walked forward, that they were just young boys, teenagers. But they still had a knife. <em>(Ibid.,<\/em> p. 189.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La classe plus fortun\u00e9e de la population doit constamment se d\u00e9placer en compagnie de gardes du corps, qui procurent une forme de s\u00e9curit\u00e9 souvent par leur seule pr\u00e9sence intimidante \u2014 bien qu\u2019ils semblent avoir le droit de tuer, comme le laisse entendre Tab Fielding, garde du corps au service de Shirl Greene et de Mike O\u2019Brien, la victime fortun\u00e9e (et influente) de Billy Chung (nous y reviendrons)\u00a0: \u00ab\u00a0He straightened up with professional pride. \u00ab\u00a0And I\u2019m a bodyguard, I have a contract to protect him. I don\u2019t break contracts. And when I kill anyone it\u2019s not like <em>that<\/em> \u2014 that\u2019s no way to kill anyone.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 77.) D&rsquo;ailleurs, le manque de ressources affecte cruellement la police \u2014 celle-ci, n\u2019ayant pas suffisamment d\u2019effectifs et \u00e9tant compl\u00e8tement d\u00e9bord\u00e9e, classe les affaires en cours sans v\u00e9ritablement faire enqu\u00eate\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The police are understaffed and overworked. We can\u2019t have time to follow up any case that isn\u2019t open and shut. If someone gets murdered and there are witnesses, okay, we go out and pick the killer up and the case is closed. But in a case like this, frankly, Miss Greene, we usually don\u2019t even try. Unless we get a make on the fingerprints and have a record on the killer. But chances are that we don\u2019t. <em>(Ibid.,<\/em> p. 92-93.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En fait, les policiers sont m\u00eame forc\u00e9s d\u2019\u00e9conomiser les pr\u00e9cieuses munitions\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] with the new austerity regulations you had to have a damn good reason for using up ammunition.\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 22.) On s\u2019en doute, il en va de m\u00eame des ressources vitales \u00a0que sont l\u2019eau et la nourriture.<\/p>\n<p><strong>Eau<\/strong><\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences de la surpopulation sur les r\u00e9serves d\u2019eau potable sont comparables \u00e0 celles d\u2019une s\u00e9cheresse permanente\u00a0: l\u2019eau courante n\u2019existe plus et chaque famille est rationn\u00e9e \u00e0 une seule cruche d\u2019eau par jour, les m\u00e9nages devant constamment surveiller la jauge du r\u00e9servoir de leur logement (lorsqu\u2019ils en poss\u00e8dent un)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Still coughing he reluctantly stood and crossed the room to draw a glass of water from the wall tank; it came out a thin, brownish trickle. He swallowed it, then rapped the dial on the tank with his knuckles and the needle bobbed up and down close to the <em>Empty<\/em> mark. It needed filling, he would have to see to that before he signed in at four o\u2019clock at the precinct. The day had begun. <em>(Ibid.,<\/em> p. 15-16.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une telle restriction signifie des files d\u2019attente aux points de distribution qui s\u2019allongent interminablement; et lorsque la pluie tarde \u00e0 tomber et qu\u2019une s\u00e9cheresse s\u2019installe, comme dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du roman, l\u2019eau rationn\u00e9e cesse brutalement d\u2019\u00eatre distribu\u00e9e, les r\u00e9servoirs \u00e9tant \u00e0 sec. Par ailleurs, le dynamitage des aqueducs urbains par des fermiers arm\u00e9s et en col\u00e8re, v\u00e9ritables gu\u00e9rilleros ruraux, aux d\u00e9pens des citadins per\u00e7us comme des voleurs d\u2019eau, n\u2019aide en rien l\u2019apport public en eau potable\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>They must have had it planned for a long time because they jumped the guards on the aqueduct, they had plenty of guns and explosives, [&#8230;]. They blew up at least a mile of pipe before we got through. Every hayseed in the state must have been there trying to stop us. Not many had guns, but they were doing fine with pitchforks and axes. [\u2026] We\u2019ll bring water in, but it\u2019s going to be very thirsty around here for a while. <em>(Ibid.,<\/em> p. 180.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devant une telle raret\u00e9 d\u2019une ressource essentielle, il devient possible, pour celui qui poss\u00e8de une r\u00e9serve d\u2019eau, m\u00eame stagnante, d\u2019en vendre une partie sur le march\u00e9 \u00e0 un prix prohibitif. Ainsi, dans la cache du bateau d\u00e9mantel\u00e9 du port de Brooklyn o\u00f9 Peter le pr\u00eacheur et Billy Chung trouvent refuge, se trouve une telle r\u00e9serve d\u2019eau stagnante, une eau de pluie accumul\u00e9e remplie de moustiques, qu\u2019ils vendent pourtant \u00e0 bon prix sur la place du march\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>He measured the water carefully every day and locked the door on it as though it were a bank vault full of money. Why not? It was as good as money. As long as the water shortage continued they could get a good price for it, all the D\u2019s they needed to keep warm and eat well. <em>(Ibid.,<\/em> p. 228.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si l\u2019eau devient une denr\u00e9e rare, on peut inf\u00e9rer que la population, souffrant de d\u00e9shydratation chronique, voit son taux de mortalit\u00e9 grimper en proportion. De m\u00eame, on peut \u00e9galement inf\u00e9rer que la mortalit\u00e9 caus\u00e9e par les maladies provoqu\u00e9es par l\u2019ingestion r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d\u2019eau stagnante est \u00e9galement en croissance constante.<\/p>\n<p><strong>Nourriture<\/strong><\/p>\n<p>Au m\u00eame titre que pour l\u2019eau, il va de soi que la nourriture est s\u00e9v\u00e8rement rationn\u00e9e, puisqu\u2019il n\u2019y en a pas suffisamment pour nourrir la population en entier. Dans un tel contexte, il appara\u00eet qu\u2019une majorit\u00e9 de la population souffre de malnutrition, et de nombreux enfants pr\u00e9sentent un abdomen ballonn\u00e9 et des membres ch\u00e9tifs, signes caract\u00e9ristiques du \u00ab\u00a0Kwash\u00a0\u00bb, normalement associ\u00e9, dans notre imaginaire culturel, aux recoins les plus pauvres d\u2019Afrique<a id=\"footnoteref2_30a5fsl\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans le roman, \u00ab\u00a0Kwash\u00a0\u00bb est un diminutif de \u00ab\u00a0Kwashiorkor\u00a0\u00bb, une maladie caus\u00e9e par une d\u00e9ficience en prot\u00e9ines. D'abord pr\u00e9sente en Afrique, cette maladie s'est r\u00e9pendue sur tout le territoire des Etats-Unis, les aliments prot\u00e9in\u00e9s \u00e9tant trop on\u00e9reux\u00a0: \u00ab\u00a0There is no meat around, lentils and soybeans cost too much, so the mamas stuff the kids with weedcrackers and candy, whatever is cheap\u2026\u00a0\u00bb (Ibid., p. 192.) \" href=\"#footnote2_30a5fsl\">[2]<\/a>. En fait, m\u00eame les adultes arborent une semblable difformit\u00e9 \u2014 le protagoniste, se regardant dans le miroir, se pose d\u2019ailleurs la question\u00a0: \u00ab\u00a0And how did he manage to have ribs that stuck out like those of a starved horse, as well as a growing potbelly \u2014 both at the same time?\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 16.) Dans un monde de rationnement extr\u00eame, la maladie devient, pour les protagonistes, une sorte de b\u00e9n\u00e9diction, puisqu\u2019elle permet des rations suppl\u00e9mentaires sous forme de beurre de cacahu\u00e8tes, alors que la base de l\u2019alimentation quotidienne est constitu\u00e9e de margarine fabriqu\u00e9e \u00e0 partir de r\u00e9sidus p\u00e9troliers et de craquelins sans go\u00fbt, dont m\u00eame les miettes sont vendues\u00a0: \u00ab\u00a0Weedcrumbs, the cheapest and most tasteless nourishment ever consumed by man.\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 205.) Lorsque la frange la plus fortun\u00e9e de la population d\u00e9sire acheter un morceau de viande, la transaction se fait dans un local o\u00f9 des gardes arm\u00e9s lui rappellent la raret\u00e9 de ce type de denr\u00e9e \u2014 le boucher \u00e9voquant vaguement une sorte de mafioso\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>A bodyguard squatted in the shade against the wall, only customers were allowed into Schmidt\u2019s [\u2026]. There was a rattle of a lock and an elderly man with sweeping white hair climbed the steps one at a time. [\u2026][The bodyguard] settled back on the high stool against the wall and cradled his double-barreled shotgun in his arms. [\u2026] Schmidt looked up [\u2026] and smiled a wide, porcine grin. <em>(Ibid.,<\/em> p. 62-63.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et pourtant, m\u00eame cette riche client\u00e8le trouve le prix du b\u0153uf exorbitant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Little over a half pound, big enough? [\u2026] That\u2019ll set you back just twenty-seven ninety.\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Isn\u2019t that\u2026 I mean more expensive than last time?\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 64.) Mais pour l\u2019immense majorit\u00e9 de la population, le b\u0153uf a un go\u00fbt compl\u00e8tement inconnu<a id=\"footnoteref3_6dso9i9\" class=\"see-footnote\" title=\"La majorit\u00e9 de la population se contente ainsi de manger inlassablement la m\u00eame nourriture insipide, jour apr\u00e8s jour\u00a0: \u00ab\u00a0Hell, he grimaced sourly, he knew what they would have for dinner. The same as every other night and year.\u00a0\u00bb (Ibid.,, p. 40.) \" href=\"#footnote3_6dso9i9\">[3]<\/a> \u00a0\u2014 et la nourriture est un combat de chaque instant; aussi les \u00e9meutes causant la mort de dizaines de personnes sont fr\u00e9quentes \u2014 comme celle, au d\u00e9but du roman, pour des <em>soylent steaks<\/em> en vente rapide \u00e0 demi-prix\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Got a real riot brewing here and it\u2019s gonna get worse before it\u2019s better [&#8230;] Klein\u2019s had one of those lightning-flash sales, you know, they suddenly put up signs in the windows and they got something that sells quick, they done it before with no trouble. Only this time they had a shipment of soylent steaks [&#8230;]. People are pouring in from all over hell and gone and I don\u2019t think half the streets are blocked yet. Here\u2019s the [barbed-]wire now to seal off this side. <em>(Ibid.,<\/em> p. 29.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arr\u00eatons-nous un instant sur l\u2019\u00e9tymologie du n\u00e9ologisme <em>soylent<\/em>, qui appara\u00eet \u00e0 maintes reprises dans le roman d\u2019Harrison et qui est au c\u0153ur du film qu\u2019il a inspir\u00e9\u00a0: <em>Soylent Green<\/em>. Dans <em>soylent<\/em>, on retrouve le lex\u00e8me <em>soy<\/em>, qui se traduit par <em>soja<\/em>, cette plante grimpante de la famille des fabac\u00e9es, proche du haricot et dont les graines sont riches en prot\u00e9ines, en glucides, en lipides et en sels min\u00e9raux. Seulement, la graine de soja se nomme, en anglais, <em>soybean<\/em>, et non <em>soylent<\/em>. Il y aurait l\u00e0 quelque chose qui n\u2019est pas compl\u00e8tement du soja, mais qui s\u2019y apparenterait, qui serait nourrissant sans \u00eatre la plante originale \u2014 peut-\u00eatre un d\u00e9riv\u00e9 synth\u00e9tique. Harrison tente ainsi de nous faire comprendre qu\u2019il ne s\u2019agit pas l\u00e0 <em>enti\u00e8rement<\/em> de soja \u2014 voire, qu\u2019il n\u2019y a pas l\u00e0 de soja du tout, mais un fac-simil\u00e9, un artifice de soja, un \u00ab\u00a0simulacre\u00a0\u00bb. Dans <em>soylent<\/em>, il y a \u00e9galement la sonorit\u00e9 \u00ab\u00a0lent\u00a0\u00bb, qui renvoie \u00e0 trois termes de natures diff\u00e9rentes et qui r\u00e9v\u00e8lent, par leur juxtaposition s\u00e9mantique, le simulacre derri\u00e8re le lex\u00e8me <em>soylent<\/em>. Le premier signifi\u00e9 auquel le signifiant \u00ab\u00a0lent\u00a0\u00bb semble faire r\u00e9f\u00e9rence devrait \u00eatre celui de <em>lentil<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0lentille\u00a0\u00bb, dans le sens des l\u00e9gumineuses de ce type. Sauf qu\u2019on sait d\u00e9j\u00e0 que la graine de soja est plut\u00f4t une <em>bean<\/em> qu\u2019une <em>lentil<\/em>. \u00ab\u00a0Lentille\u00a0\u00bb, en fran\u00e7ais, se dit \u00e9galement <em>lens<\/em> en anglais, lorsque faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019optique \u2014 comme si Harrison s\u2019amusait \u00e0 nous obliger \u00e0 regarder plus loin. \u00ab\u00a0Lent\u00a0\u00bb, au final, lorsqu\u2019on lui appose une majuscule (<em>Lent<\/em>), renvoie \u00e0 cette p\u00e9riode de privation religieuse qu\u2019est le Car\u00eame. En amalgamant ce jeu s\u00e9mantique, le lecteur comprend par inf\u00e9rence que <em>soylent<\/em> n\u2019est autre chose qu\u2019un sous-produit manufactur\u00e9, synth\u00e9tique, destin\u00e9 aux affam\u00e9s, mais probablement pauvre en substances nutritives et que le fabricant tente de faire passer pour ce qu\u2019il n\u2019est pas \u2014 du soja.<\/p>\n<p>Mais pour l\u2019affam\u00e9, le steak de soylent para\u00eet \u00eatre le summum de la richesse et du luxe \u2014 ce qui nous ram\u00e8ne au topos de la survivance. L\u2019eau et la nourriture sont, est-il n\u00e9cessaire de le rappeler, les garants de la perp\u00e9tuation d\u2019une esp\u00e8ce au sein d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me donn\u00e9. Un tel constat nous renvoie d\u2019ailleurs \u00e0 la th\u00e8se de Thomas Malthus, fondateur de la d\u00e9mographie, qui d\u00e9montre, par son postulat de la croissance exponentielle de la population<a id=\"footnoteref4_iy46oze\" class=\"see-footnote\" title=\"Se basant sur la table d'Euler (une m\u00e9thode pour solutionner les \u00e9quations diff\u00e9rentielles), gr\u00e2ce \u00e0 laquelle il calcule la croissance de la population en fonction des taux de mortalit\u00e9 et de naissance, Malthus en vient \u00e0 la conclusion que \u00ab\u00a0lorsque la population n\u2019est arr\u00eat\u00e9e par aucun obstacle, elle double tous les vingt-cinq ans, et cro\u00eet ainsi de p\u00e9riode en p\u00e9riode selon une progression g\u00e9om\u00e9trique [i.e. exponentielle]\u00a0\u00bb. (Malthus, 1798, p. 10). \" href=\"#footnote4_iy46oze\">[4]<\/a> oppos\u00e9e \u00e0 la croissance lin\u00e9aire des ressources<a id=\"footnoteref5_c0nmhb1\" class=\"see-footnote\" title=\"Supposant que la production des terres agricoles ne peut cro\u00eetre ind\u00e9finiment puisque l'am\u00e9lioration des terres st\u00e9riles a forc\u00e9ment ses limites, Malthus affirme qu'il est impossible que la quantit\u00e9 de nourriture disponible puisse cro\u00eetre plus rapidement qu'en suivant une progression lin\u00e9aire. En combinant cette loi d'accroissement \u00e0 celle de la population, il en arrive au constat suivant\u00a0: \u00ab\u00a0Le r\u00e9sultat est frappant. Comptons onze millions la population de la Grande-Bretagne, et supposons que le produit actuel de son sol suffit pour la maintenir. Au bout de vingt-cinq ans, la population sera de vingt-deux millions; et la nourriture ayant \u00e9galement doubl\u00e9, elle suffira encore \u00e0 l\u2019entretenir. Apr\u00e8s une seconde p\u00e9riode de vingt-cinq ans, la population sera port\u00e9e \u00e0 quarante-quatre millions\u00a0: mais les moyens de subsistance ne pourront plus nourrir que trente-trois millions d\u2019habitants. [\u2026] \u00c0 la fin du premier si\u00e8cle, la population sera de cent soixante-seize millions, tandis que les moyens de subsistance ne pourront suffire qu\u2019\u00e0 cinquante-cinq millions seulement. Cent vingt et un millions d\u2019hommes seront ainsi condamn\u00e9s \u00e0 mourir de faim!\u00a0\u00bb (Ibid., p. 11-12.) \" href=\"#footnote5_c0nmhb1\">[5]<\/a>, \u00ab\u00a0que l\u2019obstacle primordial \u00e0 l\u2019augmentation de la population est le manque de nourriture, qui provient lui-m\u00eame de la diff\u00e9rence entre les rythmes d\u2019accroissements respectifs de la population et de la production\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 13). En d\u2019autres termes, \u00ab\u00a0le d\u00e9bordement rapide de la population ne s\u2019arr\u00eate jamais qu\u2019au point o\u00f9 le manque d\u2019aliments oppose une barri\u00e8re infranchissable \u00bb (Rey, 1842, p. 178). Malthus poussait m\u00eame sa r\u00e9flexion plus loin \u2014 au point o\u00f9 elle lui vaudra les foudres des divers courants socialistes du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En effet, il affirmait que les lois qui visent \u00e0 prot\u00e9ger les pauvres sont n\u00e9fastes puisqu&rsquo;elles encouragent une augmentation des naissances sans pour autant augmenter les ressources, ne faisant que diviser davantage celles qui sont d\u00e9j\u00e0 disponibles. Cette augmentation artificielle de la population aurait pour cons\u00e9quence, selon lui, de diminuer la quantit\u00e9 de nourriture disponible pour les travailleurs et d&rsquo;encourager l&rsquo;oisivet\u00e9. Il ajoute que si les riches acceptaient de partager leur richesse, il en r\u00e9sulterait une augmentation du niveau de vie global, et donc de la consommation, diminuant ainsi la quantit\u00e9 de ressource disponible et augmentant sa valeur\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] en d\u2019autres termes, pour une m\u00eame somme d\u2019argent on aurait moins d\u2019aliments et le prix de la vie monterait.\u00a0\u00bb (Malthus, 1798, p. 75-76.) Non content de se vautrer dans un tel argumentaire honteux par son inhumanit\u00e9, il en rajoute\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Un homme qui na\u00eet dans un monde d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9, cet homme n\u2019a pas le moindre droit \u00e0 r\u00e9clamer une portion quelconque de nourriture, et il est r\u00e9ellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n\u2019y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s\u2019en aller et elle ne tarde pas \u00e0 mettre elle-m\u00eame cet ordre \u00e0 ex\u00e9cution. (Malthus cit\u00e9 par Angenot, 2005, p. 188.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il semble bien que la th\u00e8se malthusienne soit \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le roman d\u2019Harrison. Une th\u00e8se pouss\u00e9e dans ses extr\u00eames\u00a0: le rationnement ne s\u2019applique pas \u00e0 la population enti\u00e8re \u2014 il faut, en effet, d\u00e9bourser quelques dizaines de dollars pour obtenir des cartes de rationnement \u2014 argent qu\u2019une large frange de la population de New York ne poss\u00e8de pas. Un exemple\u00a0: le jeune Billy Chung, un adolescent dont la famille squatte un navire de guerre \u00e0 l\u2019abandon dans le port de New York, est activement recherch\u00e9 pour le meurtre, commis au cours d\u2019un vol qui a mal tourn\u00e9, d\u2019un membre de la p\u00e8gre dont l\u2019influence s\u2019\u00e9tend sur la classe politique<a id=\"footnoteref6_hfuaew5\" class=\"see-footnote\" title=\"Le film est ici tr\u00e8s diff\u00e9rent du roman. Ce crime qui, dans le roman, est l\u2019accident de parcours d\u2019un cambriolage qui a mal tourn\u00e9, devient, dans la version cin\u00e9matographique, un meurtre command\u00e9, effectu\u00e9 non par un gamin rachitique vivant sur les navires militaires abandonn\u00e9s, mais bien par un solide tueur \u00e0 gages vivant dans un stationnement de voitures et qui se fait offrir l\u2019arme du crime, une barre \u00e0 mine, par son commanditaire, qui la lui livre dans un attach\u00e9-case. Alors que dans le roman la victime est surprise de voir Billy Chung chez elle \u2014 surprise mutuelle, il va sans dire \u2014 et tente de se d\u00e9fendre, dans le film, la victime est r\u00e9sign\u00e9e, et se laisse tuer sans opposer de r\u00e9sistance. \" href=\"#footnote6_hfuaew5\">[6]<\/a>. Ce dossier de police, par ses ramifications politiques, fait alors exception parmi la masse quotidienne de crimes qui submerge New York et fera cons\u00e9quemment l\u2019objet d\u2019une v\u00e9ritable enqu\u00eate de la part du protagoniste, le d\u00e9tective Andy Rusch. Billy Chung est le prototype m\u00eame de l\u2019adolescent issu d\u2019un <em>lumpenproletariat<\/em> maintenu dans la fange par le manque global d\u2019eau, de nourriture, de travail, de moyens financiers, de logements d\u00e9cents et d\u2019\u00e9ducation (limit\u00e9e \u00e0 trois ans, elle demeure insuffisante pour acc\u00e9der \u00e0 un statut social sup\u00e9rieur autrement que par une voie criminelle). D\u2019ailleurs, Marx d\u00e9finit le <em>lumpenproletariat<\/em> comme ceci\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[Une] pourriture passive des couches inf\u00e9rieures de la vieille soci\u00e9t\u00e9 [\u2026] [qui] peut se retrouver, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, entra\u00een\u00e9 dans le mouvement par une r\u00e9volution prol\u00e9tarienne; cependant ses conditions de vie le disposeront plut\u00f4t \u00e0 se vendre et se livrer \u00e0 des men\u00e9es r\u00e9actionnaires. (Marx et Engels, 1998, p. 39.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9peinte par Harrison montre une pullulation du <em>lumpenproletariat<\/em> qui vient supplanter le prol\u00e9tariat en importance \u2014 \u00e0 la fois d\u00e9mographique, mais \u00e9galement \u00e9conomique, par son seul poids, son seul nombre \u2014, d\u2019une part, \u00e0 cause du manque d\u2019emplois, et, d\u2019autre part, par l\u2019insuffisance chronique de ressources, notamment celles satisfaisant les besoins essentiels (nourriture, eau, logement).<\/p>\n<p>Si l\u2019on adopte une logique purement marxiste, une telle r\u00e9partition de la population montre que la quasi-inexistence du prol\u00e9tariat, parce que destitu\u00e9 par un <em>lumpenproletariat<\/em> trop occup\u00e9 par sa propre survie quotidienne pour se constituer en force r\u00e9volutionnaire, ne pourra en aucun cas former une masse populaire dont le nombre de r\u00e9volutionnaires issus de ce m\u00eame prol\u00e9tariat sera suffisant pour briser le cycle d\u2019immobilisme que constitue la fin de l\u2019historicit\u00e9. Aucune r\u00e9volution digne de ce nom n\u2019est envisageable puisque la soci\u00e9t\u00e9 de survivance se suffit en elle-m\u00eame par son propre \u00e9touffement, qui enraye l\u2019ardeur r\u00e9volutionnaire. Le <em>lumpenproletariat<\/em> devine, par ce qui filtre, au sein de la di\u00e9g\u00e8se, de l\u2019exemple du Bloc sovi\u00e9tique, que le manque de ressources ne fera que perdurer et ce, peu importe les m\u00e9thodes socio-\u00e9conomiques de r\u00e9partition des ressources adopt\u00e9es. Ainsi, les \u00e9meutes caus\u00e9es par le manque de nourriture et d\u2019eau ne sont en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un r\u00e9flexe d\u2019autoconservation du sujet-individu, multipli\u00e9 au centuple par les Autres formant la masse, qui incite au pillage du peu existant pour la seule satisfaction du moment, <em>sans jamais de vision d\u2019avenir<\/em>. L\u2019Histoire s\u2019est bel et bien arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la rationalit\u00e9 des \u00eatres, le paradigme de la survivance entra\u00eene, lorsque pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, un second corollaire normalement caract\u00e9ristique, pour le sujet pensant et individuel, de l\u2019animalit\u00e9, du <em>\u00e7a<\/em> freudien\u00a0: un r\u00e9flexe d\u2019autoconservation par l\u2019appropriation et la <em>consommation<\/em> de l\u2019\u00eatre de l\u2019Autre, qui est aussi, au niveau social, l\u2019\u00eatre collectif, mais \u00e9galement, au niveau de la mati\u00e8re, l\u2019\u00eatre de la chose. Il s&rsquo;agit du cannibalisme. Les \u00e9meutes pour la nourriture, alors que le sujet-individu sait que la p\u00e9nurie ne peut que perdurer, signifiant par cela qu\u2019il n\u2019y aura plus jamais de nourriture pour tout un chacun \u2014 ce qui motive son r\u00e9flexe d\u2019\u00e9meutier \u2014, constituent une sorte d\u2019autodigestion sociale, un <em>cannibalisme social<\/em> qui participe \u00e0 la stagnation de la soci\u00e9t\u00e9 par le seul fait de son autor\u00e9gulation\u00a0: les \u00e9meutes, puisqu\u2019elles ne constituent pas un geste r\u00e9volutionnaire, nous l\u2019avons dit, renvoient \u00e0 un chacun-pour-soi, une vaste lutte pour la plus petite miette de craquelin, o\u00f9 le voisin est un comp\u00e9titeur, et non un solidaire compagnon d\u2019infortune. Les plus forts s\u2019emparent d\u2019une partie du butin, les plus faibles meurent de faim, pi\u00e9tin\u00e9s ou matraqu\u00e9s par les policiers \u2014 participants involontaires \u00e0 l\u2019autor\u00e9gulation de la soci\u00e9t\u00e9 surpeupl\u00e9e qui mange ses propres parties constituantes pour sa survie globale, au lieu de travailler \u00e0 sa prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>There were people climbing through the broken window, even walking on the bleeding bodies of the injured, grabbing at the boxes piled there. [&#8230;] [A] man with his arms full of packages who forced his way out of the window [&#8230;] writhed and fell under the grabbing hands, his packages [of soylent steaks] eddying away from him. (Harrison, 2008, p. 31.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il en va de m\u00eame pour les objets mat\u00e9riels que pour les humains\u00a0: puisque les ressources sont quasi-\u00e9puis\u00e9es, les produits de consommation neufs se rar\u00e9fient \u2014 il ne reste plus alors qu\u2019\u00e0 cannibaliser des pi\u00e8ces encore en \u00e9tat de marche pour effectuer des ultimes r\u00e9parations sur les rares objets potentiellement r\u00e9parables, comme ces chaises de table de l\u2019appartement d\u2019Andy Rusch\u00a0: \u00ab\u00a0he pulled out one of the bucket seats salvaged from an ancient 1975 Ford, and sat down across the table\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 17). Ou mieux, le fourneau du m\u00eame appartement, dont la description donne un indice du manque de ressources \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The stove had started life has a gas burner, which he had adapted for tank gas when they had closed off the gas mains, then had installed an electric heating element when the supplies of tank gas had run out. By the time the electric supplies became too erratic \u2014 and expensive \u2014 to cook with, he had installed a pressure tank with a variable jet that would burn [&#8230;] kerosene, methanol, acetone and a number of other fuels [\u2026]. His final adaptation had been the simplest \u2013 and most depressing. He had cut out a hole in the back of the oven and run a chimney outdoors through another hole hammered through the brick wall. When a <em>solid-fuel fire<\/em> was built on the rack inside the oven, an opening in the insulation above it let the heat through the front ring. <em>(Ibid.,<\/em> p. 100. <em>Je souligne<\/em>.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En fait, le manque de ressources \u00e9nerg\u00e9tiques est si criant et les coupures de courant si fr\u00e9quentes que les citadins doivent se fier \u00e0 des moyens m\u00e9caniques, c\u2019est-\u00e0-dire des g\u00e9n\u00e9ratrices manuelles, pour r\u00e9guler leur apport en \u00e9lectricit\u00e9 \u2014 comme la bicyclette reli\u00e9e \u00e0 une batterie d\u2019automobile dans l\u2019appartement d\u2019Andy.<\/p>\n<p>Le film <em>Soylent Green<\/em> pousse le cannibalisme social inf\u00e9r\u00e9 dans le texte d\u2019Harrison au point d\u2019en faire l\u2019objet central du discours. Le titre renvoie directement \u00e0 une forme de nourriture, semblable \u00e0 des craquelins, que la compagnie qui les fabrique, Soylent, affirme \u00eatre tir\u00e9s du plancton. L\u2019enqu\u00eate du d\u00e9tective Roth (le pendant d&rsquo;Andy Rusch dans le film), interpr\u00e9t\u00e9 par Charlton Heston, entam\u00e9e afin de r\u00e9soudre un meurtre, le m\u00e8nera au c\u0153ur de l\u2019usine de Soylent qui produit le fameux <em>soylent green<\/em>, lequel s\u2019av\u00e8re \u00eatre fabriqu\u00e9, non pas \u00e0 partir de plancton ou m\u00eame de soja, mais bel et bien \u00e0 partir de la chair de tous les cadavres que la compagnie Soylent amasse gr\u00e2ce \u00e0 son institutionnalisation du suicide, par le truchement d\u2019un centre appel\u00e9 <em>Home<\/em> (\u00ab\u00a0Foyer\u00a0\u00bb dans la traduction fran\u00e7aise). Ainsi, le film permet de rejoindre le cannibalisme social au cannibalisme de l\u2019individu au moyen d\u2019une v\u00e9ritable institutionnalisation du cannibalisme et du suicide \u2014 concr\u00e9tisant de cette fa\u00e7on la m\u00e9taphore du cannibalisme social du roman d\u2019Harrison en une r\u00e9alit\u00e9 di\u00e9g\u00e9tique concr\u00e8te.<\/p>\n<p>D\u2019une certaine fa\u00e7on, une telle institutionnalisation, dans le film, du suicide et du cannibalisme pris dans son sens litt\u00e9ral (sujet humain mangeant de la chair humaine), institutionnalisation fond\u00e9e sur le mensonge (et qui demeure toutefois absente du roman d\u2019Harrison), pourrait passer pour une forme de contr\u00f4le de la population par un accroissement de la mortalit\u00e9 \u2014 permettant de s\u2019extirper, peut-\u00eatre, du cycle d\u2019immobilisme de l\u2019\u00e9conomie de survivance caus\u00e9e par la surpopulation. Harrison, dans le roman, pose le probl\u00e8me autrement; non par un accroissement de la mort, mais plut\u00f4t par une diminution des naissances\u00a0: un contr\u00f4le des naissances. Sauf que dans les deux cas, la solution possible est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec\u00a0: dans le film, le d\u00e9tective d\u00e9voile au grand jour le secret de Soylent, alors que dans le roman d\u2019Harrison, le projet de loi propos\u00e9 par le Congr\u00e8s sur le contr\u00f4le des naissances est annul\u00e9 le jour de l\u2019an 2000, sans plus d&rsquo;explications. Le cycle se referme, l\u2019historicit\u00e9 se replie sur elle-m\u00eame et la dystopie se perp\u00e9tue, immobile et stagnante, <em>ad vitam aeternam<\/em>\u2026<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p>ANGENOT, Marc. 2005. <em>Le marxisme dans les grands r\u00e9cits. Essai d\u2019analyse du discours<\/em>. Saint-Nicolas \/ Paris\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval \/ L\u2019Harmattan, 466 p.<\/p>\n<p>D\u00e9partement des affaires \u00e9conomiques et sociales des Nations Unies. <em>World Population prospects. The 2006 revision. Highlights<\/em>. Brochure ESA\/P\/WP.202, <a href=\"http:\/\/www.un.org\/esa\/population\/publications\/wpp2006\/WPP2006_Highlights_rev.pdf\">http:\/\/www.un.org\/esa\/population\/publications\/wpp2006\/WPP2006_Highlights&#8230;<\/a>, consult\u00e9 le 21 mai 2009.<\/p>\n<p>HARRISON, Harry. 2008 [1966]. <em>Make room! Make room!<\/em>. New York\u00a0: Tom Doherty, coll. \u00ab\u00a0Orbs\u00a0\u00bb, 284 p.<\/p>\n<p>MALTHUS, Thomas. 1798. <em>Essai sur le principe de population<\/em>. Chicoutimi\u00a0: Biblioth\u00e8que Paul-\u00c9mile-Boulet, coll. \u00ab\u00a0Les classiques des sciences sociales\u00a0\u00bb, 153 p., document num\u00e9ris\u00e9 et disponible en ligne\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/maltus_thomas_robert\/essais_population\/principe_de_population.pdf\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/maltus_thomas_robert\/essais_populat&#8230;<\/a>, consult\u00e9 le 30 ao\u00fbt 2009.<\/p>\n<p>MARX, Karl et Friedrich Engels. 1998. <em>Manifeste du Parti communiste<\/em>. Paris\u00a0: Librio, 91 p.<\/p>\n<p>REY, Joseph-Auguste. 1842. <em>Th\u00e9orie et pratique de la science sociale<\/em>. Paris\u00a0: Renouard, 354 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_khxmae6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_khxmae6\">[1]<\/a> Voir la brochure ESA\/P\/WP.202 du D\u00e9partement des affaires \u00e9conomiques et sociales des Nations Unies intitul\u00e9e <em>World Population Prospects. The 2006 Revision. Highlights<\/em>, disponible \u00e0 l\u2019adresse suivante\u00a0:<a href=\"http:\/\/www.un.org\/esa\/population\/publications\/wpp2006\/WPP2006_Highlights_rev.pdf\">http:\/\/www.un.org\/esa\/population\/publications\/wpp2006\/WPP2006_Highlights_rev.pdf<\/a><\/p>\n<p id=\"footnote2_30a5fsl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_30a5fsl\">[2]<\/a> Dans le roman, \u00ab\u00a0Kwash\u00a0\u00bb est un diminutif de \u00ab\u00a0Kwashiorkor\u00a0\u00bb, une maladie caus\u00e9e par une d\u00e9ficience en prot\u00e9ines. D&rsquo;abord pr\u00e9sente en Afrique, cette maladie s&rsquo;est r\u00e9pendue sur tout le territoire des Etats-Unis, les aliments prot\u00e9in\u00e9s \u00e9tant trop on\u00e9reux\u00a0: \u00ab\u00a0There is no meat around, lentils and soybeans cost too much, so the mamas stuff the kids with weedcrackers and candy, whatever is cheap\u2026\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 192.)<\/p>\n<p id=\"footnote3_6dso9i9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_6dso9i9\">[3]<\/a> La majorit\u00e9 de la population se contente ainsi de manger inlassablement la m\u00eame nourriture insipide, jour apr\u00e8s jour\u00a0: \u00ab\u00a0Hell, he grimaced sourly, he knew what they would have for dinner. The same as every other night and year.\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,,<\/em> p. 40.)<\/p>\n<p id=\"footnote4_iy46oze\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_iy46oze\">[4]<\/a> Se basant sur la table d&rsquo;Euler (une m\u00e9thode pour solutionner les \u00e9quations diff\u00e9rentielles), gr\u00e2ce \u00e0 laquelle il calcule la croissance de la population en fonction des taux de mortalit\u00e9 et de naissance, Malthus en vient \u00e0 la conclusion que \u00ab\u00a0lorsque la population n\u2019est arr\u00eat\u00e9e par aucun obstacle, elle double tous les vingt-cinq ans, et cro\u00eet ainsi de p\u00e9riode en p\u00e9riode selon une progression g\u00e9om\u00e9trique [i.e. exponentielle]\u00a0\u00bb. (Malthus, 1798, p. 10).<\/p>\n<p id=\"footnote5_c0nmhb1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_c0nmhb1\">[5]<\/a> Supposant que la production des terres agricoles ne peut cro\u00eetre ind\u00e9finiment puisque l&rsquo;am\u00e9lioration des terres st\u00e9riles a forc\u00e9ment ses limites, Malthus affirme qu&rsquo;il est impossible que la quantit\u00e9 de nourriture disponible puisse cro\u00eetre plus rapidement qu&rsquo;en suivant une progression lin\u00e9aire. En combinant cette loi d&rsquo;accroissement \u00e0 celle de la population, il en arrive au constat suivant\u00a0: \u00ab\u00a0Le r\u00e9sultat est frappant. Comptons onze millions la population de la Grande-Bretagne, et supposons que le produit actuel de son sol suffit pour la maintenir. Au bout de vingt-cinq ans, la population sera de vingt-deux millions; et la nourriture ayant \u00e9galement doubl\u00e9, elle suffira encore \u00e0 l\u2019entretenir. Apr\u00e8s une seconde p\u00e9riode de vingt-cinq ans, la population sera port\u00e9e \u00e0 quarante-quatre millions\u00a0: mais les moyens de subsistance ne pourront plus nourrir que trente-trois millions d\u2019habitants. [\u2026] \u00c0 la fin du premier si\u00e8cle, la population sera de cent soixante-seize millions, tandis que les moyens de subsistance ne pourront suffire qu\u2019\u00e0 cinquante-cinq millions seulement. Cent vingt et un millions d\u2019hommes seront ainsi condamn\u00e9s \u00e0 mourir de faim!\u00a0\u00bb <em>(Ibid.,<\/em> p. 11-12.)<\/p>\n<p id=\"footnote6_hfuaew5\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_hfuaew5\">[6]<\/a> Le film est ici tr\u00e8s diff\u00e9rent du roman. Ce crime qui, dans le roman, est l\u2019accident de parcours d\u2019un cambriolage qui a mal tourn\u00e9, devient, dans la version cin\u00e9matographique, un meurtre command\u00e9, effectu\u00e9 non par un gamin rachitique vivant sur les navires militaires abandonn\u00e9s, mais bien par un solide tueur \u00e0 gages vivant dans un stationnement de voitures et qui se fait offrir l\u2019arme du crime, une barre \u00e0 mine, par son commanditaire, qui la lui livre dans un attach\u00e9-case. Alors que dans le roman la victime est surprise de voir Billy Chung chez elle \u2014 surprise mutuelle, il va sans dire \u2014 et tente de se d\u00e9fendre, dans le film, la victime est r\u00e9sign\u00e9e, et se laisse tuer sans opposer de r\u00e9sistance.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Ross Gaudreault, Marc. 2010. \u00ab Immobilisme et surpopulation : \u00a0la mise en garde d\u2019Harry Harrison \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Utopie\/Dystopie: entre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b02, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5460 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ross-gaudreault-hd2.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 ross-gaudreault-hd2.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-dddc53b2-4801-49ed-8f21-4218704cc60f\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ross-gaudreault-hd2.pdf\">ross-gaudreault-hd2<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ross-gaudreault-hd2.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-dddc53b2-4801-49ed-8f21-4218704cc60f\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En janvier 2005, l\u2019ONU annon\u00e7ait qu\u2019en 2050 la population mondiale atteindrait le nombre astronomique de 9,2 milliards d&rsquo;\u00eatres humains, une augmentation d\u2019un tiers par rapport \u00e0 la population mondiale actuelle[1]. Une telle quantit\u00e9 a de quoi faire fr\u00e9mir. Si l\u2019\u00e9puisement des ressources naturelles se fait pr\u00e9sentement sentir, qu\u2019en sera-t-il dans quarante-cinq ans? 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