{"id":5463,"date":"2024-06-13T19:48:18","date_gmt":"2024-06-13T19:48:18","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/dystopie-et-spectre-du-totalitarisme-dans-le-monde-selon-gabriel-dandrei-makine\/"},"modified":"2024-09-13T17:27:56","modified_gmt":"2024-09-13T17:27:56","slug":"dystopie-et-spectre-du-totalitarisme-dans-le-monde-selon-gabriel-dandrei-makine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5463","title":{"rendered":"Dystopie et spectre du totalitarisme dans \u00ab Le Monde selon Gabriel \u00bb, d\u2019Andre\u00ef Makine"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6882\">Dossier \u00ab Utopie\/Dystopie: entre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b02<\/a><\/h5>\n<p>Bien des dystopies modernes ont vu dans le socialisme \u2014 plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le stalinisme \u2014 le spectre de la fin de l\u2019Homme. On n\u2019a qu\u2019\u00e0 penser \u00e0 <em>1984 <\/em>(1950), de George Orwell. Par leur esth\u00e9tique inspir\u00e9e des d\u00e9rives utopiques de ces totalitarismes, ces \u0153uvres ont pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame la hantise d\u2019un r\u00e9gime o\u00f9 les libert\u00e9s fondamentales de l\u2019humain seraient \u00e0 jamais bafou\u00e9es, contr\u00f4l\u00e9es par une instance plus grande que l\u2019Homme, qu\u2019elle soit personnifi\u00e9e par un dictateur, des entit\u00e9s extra-terrestres ou robotiques. La dystopie du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle fut largement influenc\u00e9e par le climat de la Guerre froide et la menace nucl\u00e9aire qu\u2019elle sous-tendait; \u00e0 cela s\u2019est ajout\u00e9 la peur de l\u2019Homme devant l\u2019\u00e8re industrielle moderne dont le contr\u00f4le semblait lui \u00e9chapper.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce <em>Le Monde selon Gabriel<\/em> (2007), d\u2019Andre\u00ef Makine<a id=\"footnoteref1_cyj1n4u\" class=\"see-footnote\" title=\"Andre\u00ef Makine est un \u00e9crivain d\u2019origine russe qui s\u2019est exil\u00e9 en France en 1987. \" href=\"#footnote1_cyj1n4u\">[1]<\/a>, entre parfaitement dans la tradition de la dystopie \u00e0 la Aldous Huxley, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s que la \u00ab\u00a0menace historique<a id=\"footnoteref2_p4oimzx\" class=\"see-footnote\" title=\"Pierre Brunel fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la contre-utopie Le Meilleur des mondes (1931), d\u2019Aldous Huxley, qui a inspir\u00e9 Georges Orwell dans l\u2019\u00e9criture de 1984 (1950). \" href=\"#footnote2_p4oimzx\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb (Brunel, 1988, p. 1439) et le conditionnement des personnages sont pr\u00e9sent\u00e9s de fa\u00e7on satirique. Elle met en sc\u00e8ne un monde futuriste pr\u00e9-apocalyptique, dirig\u00e9 par un m\u00e9dia superpuissant et globalis\u00e9 qui contr\u00f4le neuf milliards de t\u00e9l\u00e9spectateurs riv\u00e9s \u00e0 leur \u00e9cran, avides d\u2019images, lib\u00e9r\u00e9s du besoin de penser.<\/p>\n<p>L\u2019action se d\u00e9roule dans un avenir plut\u00f4t rapproch\u00e9\u00a0: d\u2019anciens intellos (pour la plupart soixante-huitards) devenus com\u00e9diens participent \u00e0 une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e sous les directives d\u2019un ex-\u00e9diteur, Ricardo, converti en metteur en sc\u00e8ne. Leur travail s\u2019apparente \u00e0 celui d\u2019une vaste pantomime, car dans ce monde domin\u00e9 par l\u2019Image, la parole n\u2019est plus n\u00e9cessaire. Ricardo est, quant \u00e0 lui, sous la gouverne d\u2019un myst\u00e9rieux \u00ab\u00a0Grand Imagier\u00a0\u00bb qui a le pouvoir de dicter le sujet d\u2019actualit\u00e9 de chaque \u00e9pisode, inspir\u00e9 d\u2019un des grands d\u00e9bats qui a anim\u00e9 la sc\u00e8ne intellectuelle fran\u00e7aise \/ occidentale au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies\u00a0: \u00ab\u00a0Le Choc des civilisations<a id=\"footnoteref3_qhzsq7m\" class=\"see-footnote\" title=\"En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019essai de Samuel Huntington (1997). \" href=\"#footnote3_qhzsq7m\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb (Makine, 2007, p. 26), \u00ab\u00a0La Fin de l\u2019Histoire<a id=\"footnoteref4_3j9ffpo\" class=\"see-footnote\" title=\"En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019essai de Francis Fukuyama (1992). \" href=\"#footnote4_3j9ffpo\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb, (p. 74), \u00ab\u00a0Les H\u00e9ros de notre temps<a id=\"footnoteref5_m9ipwsg\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous pouvons aussi y voir un clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019\u0153uvre majeure de Mikha\u00efl Lermontov,\u00a0Un H\u00e9ros de notre temps (1946). \" href=\"#footnote5_m9ipwsg\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb (p.\u00a091), etc. Chaque \u00e9pisode prend la forme d\u2019un tableau vivant<a id=\"footnoteref6_0l3ofgy\" class=\"see-footnote\" title=\"Qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0Myst\u00e8re\u00a0\u00bb, la pi\u00e8ce de Makine actualise ce genre th\u00e9\u00e2tral m\u00e9di\u00e9val qui consistait \u00e0 pr\u00e9senter des l\u00e9gendes populaires au peuple sous forme de tableaux successifs m\u00ealant le naturel et le surnaturel. \" href=\"#footnote6_0l3ofgy\">[6]<\/a> anim\u00e9 par des personnages qui incarnent diff\u00e9rentes figures caricaturales, telles qu\u2019un joueur de foot, une femme musulmane v\u00eatue d\u2019une burka, une femme occidentale \u00e9mancip\u00e9e, un intellectuel engag\u00e9, etc. Les acteurs sont aussi menac\u00e9s, tout au long de la pi\u00e8ce, par un mur qui s\u2019avance vers eux et les fait trembler de peur.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce de Makine projette une image pessimiste de l\u2019avenir qui r\u00e9v\u00e8le surtout les travers de notre \u00e9poque et les dangers auxquels ils pourraient mener. \u00a0Elle a aussi comme particularit\u00e9 de nous montrer l\u2019envers de la m\u00e9daille\u00a0: si l\u2019utopie communiste ne s\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9e, que nous r\u00e9servent les utopies capitaliste et d\u00e9mocratique? Est-ce que les id\u00e9aux occidentaux peuvent \u00e9ventuellement conduire \u00e0 l\u2019effet contraire de celui souhait\u00e9? C\u2019est ici que la m\u00e9moire culturelle de l\u2019auteur d\u2019origine russe entre en sc\u00e8ne\u00a0: au-del\u00e0 des craintes l\u00e9gitimes qu\u2019inspire le capitalisme, dont celles de voir l\u2019homme r\u00e9duit \u00e0 ce qu\u2019il consomme et la culture de masse effacer toute forme de diversit\u00e9, c\u2019est surtout le spectre du totalitarisme qui hante le texte. Dans l&rsquo;esprit de Makine, la \u00ab\u00a0rectitude politique\u00a0\u00bb limite la libert\u00e9 d\u2019expression des Occidentaux au m\u00eame titre que les m\u00e9canismes de censure en Union sovi\u00e9tique. Les personnages de sa pi\u00e8ce sont musel\u00e9s, non seulement par ce m\u00e9dia superpuissant et globalis\u00e9 qui vise \u00e0 contr\u00f4ler les cerveaux de la plan\u00e8te, mais aussi par leurs propres r\u00e9flexes d\u2019autocensure, eux qui craignent de heurter la sensibilit\u00e9 des t\u00e9l\u00e9spectateurs<a id=\"footnoteref7_s6l0das\" class=\"see-footnote\" title=\"Le discours tenu par les personnages sur la religion en est l\u2019un des exemples; ceux-ci craignent d\u2019\u00e9branler tour \u00e0 tour les juifs et les musulmans, et \u00e9vitent de les nommer par crainte de repr\u00e9sailles. L\u2019autocensure des personnages devient \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce compl\u00e8tement loufoque. \" href=\"#footnote7_s6l0das\">[7]<\/a>. Selon l\u2019auteur, seule la parole po\u00e9tique peut combattre cette dictature des esprits, comme le prouve l\u2019action de l\u2019un de ses personnages, le po\u00e8te Gabriel. Condamn\u00e9 pour avoir publi\u00e9 un livre subversif, il est le seul \u00e0 pouvoir lib\u00e9rer les derniers humains de la Terre en leur faisant franchir le mur mena\u00e7ant qui s\u2019avance vers eux et qu\u2019il transperce \u00e0 l\u2019aide de sa plume<a id=\"footnoteref8_t76lg5r\" class=\"see-footnote\" title=\"Ce passage rel\u00e8ve du genre fantastique; le mur symbolise la fronti\u00e8re entre le monde physique et le monde m\u00e9taphysique. \" href=\"#footnote8_t76lg5r\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour appuyer son point de vue, Makine pr\u00e9sente en avant-propos de son livre une anecdote \u00e0 valeur d\u2019exemple\u00a0: la pi\u00e8ce contre-r\u00e9volutionnaire <em>Les Jours des Tourbine<\/em><a id=\"footnoteref9_lj7ziff\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette pi\u00e8ce fut traduite en fran\u00e7ais sous le titre La Garde blanche (1925), publi\u00e9e sous forme de roman. \" href=\"#footnote9_lj7ziff\">[9]<\/a> (1925) de Mikha\u00efl Boulgakov a su \u00e9branler le \u00ab\u00a0Spectateur supr\u00eame\u00a0\u00bb (p.\u00a05), Staline, qui assista \u00e0 la repr\u00e9sentation une dizaine de fois tant il \u00e9tait subjugu\u00e9 et ne condamna jamais son auteur, pourtant son \u00ab\u00a0pire ennemi id\u00e9ologique\u00a0\u00bb (p. 5). \u00ab\u00a0Chaque auteur doit avoir le courage d\u2019affronter ce spectateur incr\u00e9dule et m\u00eame hostile \u00bb (p. 8), nous rappelle Makine qui d\u00e9fend par le fait m\u00eame le pouvoir de l\u2019\u00e9crivain de transfigurer son lecteur, de le projeter dans un autre monde. Dans <em>Le Monde selon Gabriel<\/em>, le totalitarisme est omnipr\u00e9sent dans le paratexte et personnifi\u00e9 dans le texte (dialogues et didascalies) par l\u2019identification d\u2019une figure contemporaine du tyran, le \u00ab\u00a0Grand Imagier<a id=\"footnoteref10_5zl5adi\" class=\"see-footnote\" title=\"La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette entit\u00e9 superpuissante n\u2019est pas sans rappeler Big Brother de 1984 (1950) ou la l\u00e9gende du Grand Inquisiteur de F\u00e9dor Dosto\u00efevski, dans Les Fr\u00e8res Karamazov (1880). La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce \u00ab\u00a0Grand Imagier\u00a0\u00bb, qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre un mensonge, \u00e9voque surtout les dictatures invisibles qui nous gouvernent. \" href=\"#footnote10_5zl5adi\">[10]<\/a>\u00a0\u00bb, qui s\u2019av\u00e9rera, \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, une invention du metteur en sc\u00e8ne pour mieux imposer son pouvoir.<\/p>\n<p>Cette critique de l\u2019Occident n\u2019est pas sans rappeler celle qui, traditionnellement, a anim\u00e9 les intellectuels russes qui, comme le rappelle Roman Jakobson, d\u00e9non\u00e7aient la trop grande propension des Fran\u00e7ais \u00e0 privil\u00e9gier une esth\u00e9tique de la repr\u00e9sentation\u00a0 dans toutes les sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 : \u00ab\u00a0L&rsquo;esprit national fran\u00e7ais s&rsquo;entend \u00e0 disposer en groupes picturaux les hommes, les doctrines et les id\u00e9es, et \u00e0 en faire des tableaux et des spectacles\u00a0\u00bb (Jakobson, 1931, p. 13).<\/p>\n<p>Par sa structure en abyme, <em>Le Monde selon Gabriel<\/em> actualise cette critique et avance l\u2019id\u00e9e que le r\u00e8gne de la repr\u00e9sentation porte les germes de sa propre fin. D\u2019ailleurs, ce th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre s\u2019autod\u00e9truit \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce pour se figer en une seule image. Cette finale donne toutefois naissance \u00e0 une autre utopie\u00a0: celle o\u00f9 les esprits se lib\u00e8rent des r\u00f4les impos\u00e9s par l&rsquo;Histoire, o\u00f9 la langue po\u00e9tique retrouve sa v\u00e9ritable valeur.<\/p>\n<h2>Dystopie, utopie, paratopie<\/h2>\n<p>Selon Yol\u00e8ne Dilas-Rocherieux, le point commun entre l\u2019utopie et la dystopie est la volont\u00e9 de montrer les failles du monde empirique (2000, p. 340)\u00a0: l\u2019une propose en opposition avec le monde r\u00e9el le mod\u00e8le d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale, qui sous-tend souvent n\u00e9anmoins l&rsquo;id\u00e9e de sa d\u00e9ch\u00e9ance (l&rsquo;Atlantide en est un exemple); l&rsquo;autre amplifie les failles d\u2019un syst\u00e8me pour les rendre plus visibles au lecteur. Toutes deux sont donc fond\u00e9es sur le rejet amer du pr\u00e9sent et d\u00e9voilent au grand jour les craintes suscit\u00e9es par l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;une civilisation. \u00c0 l\u2019instar d&rsquo;un Ievgueni Zamiatine<a id=\"footnoteref11_gk81fiz\" class=\"see-footnote\" title=\"Ievgueni Zamiatine est l\u2019auteur du roman de science-fiction\u00a0 Nous autres, une dystopie publi\u00e9e en URSS en 1920. \" href=\"#footnote11_gk81fiz\">[11]<\/a>, plusieurs auteurs de dystopies cherchent \u00e0 montrer comment certaines utopies, pouss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, peuvent se retourner contre l&rsquo;Homme (Heller, 1995, p. 118).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ce rejet du pr\u00e9sent, l\u2019utopie et la dystopie d\u00e9fendent deux points de vue oppos\u00e9s sur les rapports entre individu et soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, la forme de l&rsquo;utopie pr\u00e9sente souvent un id\u00e9al collectiviste, o\u00f9 chaque individu trouve le bonheur parfait aux c\u00f4t\u00e9s de ses concitoyens. Au contraire, la dystopie moderne est n\u00e9e notamment de la crainte du communisme, synonyme de la fin des libert\u00e9s fondamentales; c&rsquo;est pourquoi elle d\u00e9fend la survie de la pens\u00e9e libre par le mod\u00e8le d&rsquo;individus r\u00e9calcitrants. <em>Le Monde selon Gabriel<\/em> donne l\u2019exemple de personnages qui ne se reconnaissent pas dans ce monde\u00a0globalis\u00e9 et unifi\u00e9 et en refusent les r\u00e8gles\u00a0: c\u2019est le cas de Gabriel, le po\u00e8te prisonnier, mais aussi du balayeur africain qui, par sa pr\u00e9sence muette, incarne un autre type de r\u00e9sistance. L\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre de Makine d\u00e9fend d\u2019ailleurs cet id\u00e9al humaniste selon lequel chaque personne, par la singularit\u00e9 de son existence, peut constituer un \u00eelot de r\u00e9sistance face aux abus de pouvoir, \u00e0 la marche fatale de l\u2019Histoire. Fid\u00e8le \u00e0 la tradition slave, l\u2019\u0153uvre pr\u00e9sente aussi un personnage d\u2019\u00e9crivain qui agit comme un guide spirituel. Cette figure du po\u00e8te salvateur, seul capable d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 un monde sans merci, n&rsquo;est pas sans rappeler celle pr\u00e9sent\u00e9e par Ray Bradbury dans <em>Fahrenheit 451 <\/em>(1953), o\u00f9 les \u00ab\u00a0hommes-livres\u00a0\u00bb \u00e9taient les seuls d\u00e9positaires de la culture et du savoir, exil\u00e9s dans ce qu&rsquo;il restait de la nature, o\u00f9 ils pouvaient pr\u00e9server la m\u00e9moire des hommes, hors de la cit\u00e9 totalitaire. <em>Le Monde selon Gabriel<\/em> est aussi un acte de foi envers la litt\u00e9rature qui demeure, dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u00e9crivain, le seul v\u00e9hicule de la parole libre.<\/p>\n<p>La sacralisation du r\u00f4le de l\u2019\u00e9crivain, presque divinis\u00e9 (ne porte-t-il pas d\u2019ailleurs le nom de l\u2019archange?), cr\u00e9e un renversement int\u00e9ressant\u00a0: car \u00e0 la figure autoritaire (Ricardo) s\u2019oppose celle du po\u00e8te Gabriel, v\u00e9ritable guide spirituel qui sauvera les seuls esprits \u00e9clair\u00e9s qui oseront le suivre. Ainsi, cette dystopie impose, par la force des choses, une vision tout aussi manich\u00e9enne du monde que celle qu\u2019elle d\u00e9nonce\u00a0: ceux qui n&rsquo;auront pas le courage d&rsquo;adopter le m\u00eame regard que celui du po\u00e8te sont condamn\u00e9s \u00e0 une mort certaine ou \u00e0 l&rsquo;ali\u00e9nation totale. L\u00e0 ne se trouve-t-il pas, malheureusement, le danger de tout id\u00e9alisme? Pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, il conduit bien souvent \u00e0 une division du monde entre les aveugles et les esprits \u00e9clair\u00e9s.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son caract\u00e8re satirique et de la v\u00e9racit\u00e9 de certaines craintes qui y sont formul\u00e9es, la pi\u00e8ce montre surtout la transition difficile d\u2019une \u00e9criture qui s\u2019est \u00e9mancip\u00e9e du totalitarisme et qui ne parvient pas \u00e0 se lib\u00e9rer des arch\u00e9types qu\u2019il a impos\u00e9s. Le lecteur occidental peut avoir l\u2019impression, en lisant Makine, que sa vision du monde porte encore les traces de l\u2019exp\u00e9rience sovi\u00e9tique. Emmanuel Boujou \u00e9voque cette transition difficile en ces termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[C]omment couper les ponts avec la p\u00e9riode totalitaire, renverser le cours des habitudes d\u2019\u00e9criture li\u00e9es directement aux imp\u00e9ratifs de la r\u00e9sistance ou de la dissidence, sans pour autant renouer \u00ab\u00a0le fil du vieux discours interrompu\u00a0\u00bb et comment en m\u00eame temps assumer la m\u00e9moire de cette p\u00e9riode, en \u00e9vitant la tentation d\u2019une tabula rasa in\u00e9vitablement mutilante? (1997, p. 135.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En \u00e9crivant <em>Le Monde selon Gabriel<\/em>, Makine retrouve une posture de dissidence et exprime ses craintes de voir le monde se transformer en une dictature, ce qui l\u2019incite \u00e0 d\u00e9noncer toute forme de censure ou d\u2019abus de pouvoir. Il v\u00e9hicule aussi l\u2019id\u00e9e que seule la po\u00e9sie peut transcender le langage id\u00e9ologique qui, pour reprendre les mots de Pierre Rosanvallon,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[&#8230;] impose en effet une vision purement instrumentale du monde, la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00e9tant totalement effac\u00e9e par les concepts, comme s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 transcrire\u00a0et\u00a0traduire des \u00e9vidences dans des institutions ou dans des programmes. La marque de l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9side de la sorte dans la perte du sens de la langue. Qu\u2019elle\u00a0devienne langue de bois ou de caoutchouc, elle s\u2019ass\u00e8che dans les deux cas; elle n\u2019est plus alors le travail risqu\u00e9 de l\u2019expression; elle n\u2019est plus affrontement\u00a0\u00e0\u00a0l\u2019inconnu. (2000, p. 31.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette distinction claire entre ce qui rel\u00e8ve du po\u00e9tique et de l\u2019id\u00e9ologique a la particularit\u00e9 chez Makine de ne pas \u00eatre nuanc\u00e9e; on pourrait ais\u00e9ment reprocher \u00e0 l\u2019auteur d\u2019opposer \u00e0 l\u2019autoritarisme (au sens large) un discours tout aussi dogmatique, sans concessions, d\u2019une intransigeance aussi grande que celle qui a men\u00e9 aux extr\u00e9mismes d\u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour mieux saisir la posture marginale du po\u00e8te dans une \u0153uvre dystopique, il peut \u00eatre utile d\u2019avoir recours au concept de \u00ab\u00a0paratopie\u00a0cr\u00e9atrice \u00bb (Maingueneau, 2004, p. 85)\u00a0: elle d\u00e9crit la posture de l\u2019\u00e9crivain qui doit s\u2019arracher au monde pour mieux pouvoir le d\u00e9crire. Cette id\u00e9e est clairement repr\u00e9sent\u00e9e dans la pi\u00e8ce de Makine par la place qu\u2019occupe Gabriel, toujours en marge du reste de la collectivit\u00e9\u00a0: il est \u00e0 la fois pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne mais \u00e0 l\u2019\u00e9cart, encha\u00een\u00e9; cette position ne l\u2019emp\u00eache pas pour autant d\u2019\u00e9veiller des consciences. Le concept formul\u00e9 par Maingueneau vise \u00e0 d\u00e9signer la posture de l\u2019\u00e9crivain qui, parce qu\u2019il se consacre enti\u00e8rement \u00e0 son art, se place en retrait du monde et tend \u00e0 d\u00e9crire dans son \u0153uvre des situations o\u00f9 la recherche d\u2019un Ailleurs est vitale, o\u00f9 l\u2019appartenance \u00e0 un lieu semble impossible. Cela se traduit par des personnages qui vivent des situations familiales, identitaires ou sociales complexes, tendent \u00e0 rechercher des lieux limitrophes, exigus. <em>L\u2019Utopie<\/em> de Thomas More (1516) en est un bon exemple puisque cette r\u00e9publique id\u00e9ale \u00e0 l\u2019image du c\u00e9l\u00e8bre mythe platonicien \u00e9tait bel et bien implant\u00e9e sur une \u00ab\u00a0\u00eele nouvelle\u00a0\u00bb (Brunel, 1988, p. 1432).<\/p>\n<p>Cet exemple met en \u00e9vidence le caract\u00e8re all\u00e9gorique de ce genre d\u2019\u0153uvre qui d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e que la litt\u00e9rature peut transformer la vision du monde des lecteurs, les projeter dans un univers \u00ab\u00a0radicalement diff\u00e9rent\u00a0\u00bb, pour emprunter les mots \u00e0 Makine (p. 8). Dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne du <em>Monde selon Gabriel<\/em>, l\u2019invitation du po\u00e8te \u00e0 traverser le mur symbolise l\u2019accession \u00e0 cet espace po\u00e9tique. Elle peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e au sens religieux comme un passage vers l\u2019au-del\u00e0, ou, au sens po\u00e9tique, comme l\u2019arrachement au monde physique pour tendre vers un monde m\u00e9taphysique, atemporel. En cela, l\u2019\u0153uvre de Makine, tout en \u00e9tant dystopique, est aussi porteuse d\u2019une utopie qui pr\u00f4ne une recherche de ce qui a une valeur d\u2019\u00e9ternit\u00e9 et rejette le r\u00e9gime de temporalit\u00e9 actuel, d\u00e9fini par une surconscience du pr\u00e9sent (Hartog, 2003).<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><strong>\u0152uvres de fiction<\/strong><\/h3>\n<p>Boulgakov, Mikha\u00efl. 1984 (1925). <em>La Garde blanche<\/em>. Paris\u00a0: Laffont, 345 p.<\/p>\n<p>Bradbury, Ray. 2003 (1953). <em>Farhenheit 451<\/em>. New York\u00a0: Simon and Schuster, 190\u00a0p.<\/p>\n<p>Dosto\u00efevski, F\u00e9dor. 1969 (1880).<em> Les Fr\u00e8res Karamazov<\/em>. Paris\u00a0: Garnier, 1107\u00a0p.<\/p>\n<p>Huxley, Aldous. 1933 (1931). <em>Le Meilleur des mondes<\/em>. Paris\u00a0: Plon, 331 p.\u00a0<\/p>\n<p>Lermontov,\u00a0Mikha\u00efl. 1946 (1841). <em>Un<\/em> <em>H\u00e9ros de notre temps.<\/em> Paris\u00a0: Ch\u00eane, 256 p.<\/p>\n<p>Makine, Andre\u00ef. 2007. <em>Le Monde selon Gabriel<\/em>. Monaco\u00a0: Du Rocher, 157 p.<\/p>\n<p>More, Thomas. 1945 (1516). <em>L\u2019Utopie<\/em>. Paris\u00a0: \u00c0 l\u2019Enseigne du pot cass\u00e9, 189\u00a0p.<\/p>\n<p>Orwell, George. 2007 (1950). <em>1984<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 407\u00a0p.<\/p>\n<p>Zamiatine, Ievgueni. 2008 (1920). <em>Nous Autres<\/em>. \u00a0Paris\u00a0: Gallimard, 218 p.\u00a0<\/p>\n<h3><strong>Th\u00e9orie<\/strong><\/h3>\n<p>Boujou, Emmanuel. 1997. \u00ab De la difficult\u00e9 d\u2019\u00e9crire apr\u00e8s les totalitarismes (pr\u00e9sentation) \u00bb. <em>Revue de litt\u00e9rature compar\u00e9e<\/em>, no 2 (avril-juin), p.\u00a0133-136.<\/p>\n<p>Brunel, Pierre (dir.). 1988. <em>Dictionnaire des mythes litt\u00e9raires<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Rocher, 1504\u00a0p.<\/p>\n<p>Dilas-Rocherieux, Yol\u00e8ne. 2007 (2000). <em>L&rsquo;Utopie, ou la m\u00e9moire du futur : de Thomas More \u00e0 L\u00e9nine, le r\u00eave \u00e9ternel d&rsquo;une autre soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Pocket, 645 p.<\/p>\n<p>Ferr\u00e9, Jean. 2003. <em>Dictionnaire des symboles, des mythes et des mythologies<\/em>. Monaco\u00a0: Du Rocher, 747 p.<\/p>\n<p>Fukuyama, Francis. 1992. <em>La Fin de l\u2019histoire et le dernier homme<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion, 452\u00a0p.<\/p>\n<p>Hartog, Fran\u00e7ois. 2003.<em> R\u00e9gimes d\u2019historicit\u00e9. Pr\u00e9sentisme et exp\u00e9riences du temps<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, collection La librairie du XXIe\u00a0si\u00e8cle, 258\u00a0p.<\/p>\n<p>Heller, Leonid. 1995. <em>Histoire de l\u2019utopie en Russie<\/em>. Paris\u00a0: Presses universitaires de France, 295 p.\u00a0<\/p>\n<p>Huntingdon, Samuel. 1997. <em>Le Choc des civilisations<\/em>. Paris\u00a0: O. Jacob, 1997, 402 p.<\/p>\n<p>Jakobson, Roman. 2001 (1931). \u00ab\u00a0Le Mythe de la France en Russie\u00a0\u00bb. <em>Pinakoth\u1ebdk\u1ebd\/\u041f\u0438\u043d\u0430\u043a\u043e\u0442\u0435\u043a\u0430<\/em>. Moscou, n<sup>o<\/sup> 13-14, p.\u00a010-14.<\/p>\n<p>Maingueneau, Dominique. 2004. <em>Le Discours litt\u00e9raire\u00a0: paratopie et sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation.<\/em> Paris\u00a0: Armand Colin, 262 p.<\/p>\n<p>Rosanvallon, Pierre. 2000. \u00ab\u00a0Les Figures de la repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb. Marc Fumaroli, Yves Bonnefoy, Harald Weinrich et Michel Zink (dir.), <em>Identit\u00e9 litt\u00e9raire de l\u2019Europe<\/em>. Paris\u00a0: Presses universitaires de France, collection Perspectives litt\u00e9raires, p.\u00a027-34. \u00a0<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_cyj1n4u\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_cyj1n4u\">[1]<\/a> Andre\u00ef Makine est un \u00e9crivain d\u2019origine russe qui s\u2019est exil\u00e9 en France en 1987.<\/p>\n<p id=\"footnote2_p4oimzx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_p4oimzx\">[2]<\/a> Pierre Brunel fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la contre-utopie <em>Le<\/em> <em>Meilleur des mondes <\/em>(1931), d\u2019Aldous Huxley, qui a inspir\u00e9 Georges Orwell dans l\u2019\u00e9criture de <em>1984<\/em> (1950).<\/p>\n<p id=\"footnote3_qhzsq7m\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_qhzsq7m\">[3]<\/a> En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019essai de Samuel Huntington (1997).<\/p>\n<p id=\"footnote4_3j9ffpo\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_3j9ffpo\">[4]<\/a> En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019essai de Francis Fukuyama (1992).<\/p>\n<p id=\"footnote5_m9ipwsg\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_m9ipwsg\">[5]<\/a> Nous pouvons aussi y voir un clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019\u0153uvre majeure de Mikha\u00efl Lermontov,\u00a0<em>Un<\/em> <em>H\u00e9ros de notre temps<\/em> (1946).<\/p>\n<p id=\"footnote6_0l3ofgy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_0l3ofgy\">[6]<\/a> Qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0Myst\u00e8re\u00a0\u00bb, la pi\u00e8ce de Makine actualise ce genre th\u00e9\u00e2tral m\u00e9di\u00e9val qui consistait \u00e0 pr\u00e9senter des l\u00e9gendes populaires au peuple sous forme de tableaux successifs m\u00ealant le naturel et le surnaturel.<\/p>\n<p id=\"footnote7_s6l0das\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_s6l0das\">[7]<\/a> Le discours tenu par les personnages sur la religion en est l\u2019un des exemples; ceux-ci craignent d\u2019\u00e9branler tour \u00e0 tour les juifs et les musulmans, et \u00e9vitent de les nommer par crainte de repr\u00e9sailles. L\u2019autocensure des personnages devient \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce compl\u00e8tement loufoque.<\/p>\n<p id=\"footnote8_t76lg5r\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_t76lg5r\">[8]<\/a> Ce passage rel\u00e8ve du genre fantastique; le mur symbolise la fronti\u00e8re entre le monde physique et le monde m\u00e9taphysique.<\/p>\n<p id=\"footnote9_lj7ziff\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_lj7ziff\">[9]<\/a> Cette pi\u00e8ce fut traduite en fran\u00e7ais sous le titre <em>La Garde blanche<\/em> (1925), publi\u00e9e sous forme de roman.<\/p>\n<p id=\"footnote10_5zl5adi\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_5zl5adi\">[10]<\/a> La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette entit\u00e9 superpuissante n\u2019est pas sans rappeler Big Brother de <em>1984<\/em> (1950) ou la l\u00e9gende du Grand Inquisiteur de F\u00e9dor Dosto\u00efevski, dans <em>Les Fr\u00e8res Karamazov <\/em>(1880). La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce \u00ab\u00a0Grand Imagier\u00a0\u00bb, qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre un mensonge, \u00e9voque surtout les dictatures invisibles qui nous gouvernent.<\/p>\n<p id=\"footnote11_gk81fiz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_gk81fiz\">[11]<\/a> Ievgueni Zamiatine est l\u2019auteur du roman de science-fiction\u00a0 <em>Nous autres<\/em>, une dystopie publi\u00e9e en URSS en 1920.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Bellemare-Page, St\u00e9phanie. 2010. \u00ab Dystopie et spectre du totalitarisme dans Le Monde selon Gabriel, d\u2019Andre\u00ef Makine\u00a0\u00a0\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Utopie\/Dystopie: entre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b02, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5463 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bellemare-page-hd2.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 bellemare-page-hd2.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-06c937e0-4757-48b4-9aa6-f7e4009bdfb8\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bellemare-page-hd2.pdf\">bellemare-page-hd2<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bellemare-page-hd2.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-06c937e0-4757-48b4-9aa6-f7e4009bdfb8\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Utopie\/Dystopie: entre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b02 Bien des dystopies modernes ont vu dans le socialisme \u2014 plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le stalinisme \u2014 le spectre de la fin de l\u2019Homme. On n\u2019a qu\u2019\u00e0 penser \u00e0 1984 (1950), de George Orwell. Par leur esth\u00e9tique inspir\u00e9e des d\u00e9rives utopiques de ces totalitarismes, ces [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1208,1205],"tags":[24],"class_list":["post-5463","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-penser-le-present","category-utopie-dystopie-entre-imaginaire-et-realite","tag-bellemare-page-stephanie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5463","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5463"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5463\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9482,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5463\/revisions\/9482"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5463"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5463"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5463"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}