{"id":5468,"date":"2024-06-13T19:48:18","date_gmt":"2024-06-13T19:48:18","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-post-11-septembre-uchronique-chez-paul-auster\/"},"modified":"2024-09-12T04:46:20","modified_gmt":"2024-09-12T04:46:20","slug":"le-post-11-septembre-uchronique-chez-paul-auster","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5468","title":{"rendered":"Le Post-11 septembre uchronique chez Paul Auster"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6881\">Dossier \u00ab Post \u00bb, n\u00b012<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>Si tout homme avait la possibilit\u00e9 d&rsquo;assassiner clandestinement et \u00e0 distance, l&rsquo;humanit\u00e9 dispara\u00eetrait en quelques minutes.<br \/>-Milan Kundera<br \/><em>La Valse aux adieux<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis les attaques du 11 septembre 2001, un imaginaire apocalyptique installe dans notre conception du monde un sentiment d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 face \u00e0 l\u2019avenir. Ces pr\u00e9occupations, qui r\u00e9apparaissent de fa\u00e7on cyclique dans l\u2019imaginaire occidental, \u00e0 chaque point de rupture de notre \u00e9volution, prennent aujourd\u2019hui des formes nouvelles. Depuis la chute de l\u2019empire sovi\u00e9tique, une fin semble in\u00e9vitable. Francis Fukuyama (1992) a d\u2019ailleurs repris cette id\u00e9e de Hegel juste apr\u00e8s la destruction du mur de Berlin qui symbolisait, pensait-on, la victoire incontest\u00e9e des Am\u00e9ricains, peuple aux valeurs individualistes, pr\u00f4nant le libre march\u00e9 sur les Sovi\u00e9tiques, quant \u00e0 eux incapables de marier la d\u00e9mocratie \u00e0 un r\u00e9gime o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie est planifi\u00e9e et la propri\u00e9t\u00e9, collective. Suite \u00e0 cette fin de l\u2019Histoire proclam\u00e9e \u00e0 tous vents, un nouvel \u00e9v\u00e9nement est survenu \u2014 le 11 septembre 2001 \u2014 et a eu pour effet de relancer l\u2019histoire ou, du moins, de d\u00e9montrer que la fin de l\u2019Histoire n\u2019\u00e9tait toujours pas advenue. Et ne le sera jamais.<\/p>\n<p>Mitchum Huehls \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se suivante: \u00ab\u00a0While the Cold War, dominated by spatial metaphors of dominoes, walls, and curtains, sought to territory control (Berlin, Korea, Cuba, Vietnam, Central America, and even outer space), our current \u201cWar on Terrror\u201d needs to control time [\u2026].\u00a0\u00bb (2008, p. 46.) Ce serait, d\u00e8s lors, le contr\u00f4le du temps qui permettrait de traduire les pr\u00e9occupations politiques et sociales des \u00c9tats-Unis. Nous n\u2019affirmons pas que cette qu\u00eate d\u2019ascendance sur le temps soit nouvelle, mais bien que l\u2019engouement r\u00e9it\u00e9r\u00e9 des \u00e9crivains contemporains pour ce th\u00e8me constitue un changement axiologique important dans notre perception du r\u00e9el. Le d\u00e9sir de remonter le temps et de transformer des \u00e9v\u00e9nements qui fa\u00e7onnent notre r\u00e9alit\u00e9 contamine de nombreuses sph\u00e8res de la production culturelle<a id=\"footnoteref1_heg0wxs\" class=\"see-footnote\" title=\" Le th\u00e8me en soit n\u2019est pas nouveau, mais sa r\u00e9actualisation par des \u00e9crivains de plusieurs horizons sort de son confinement science-fictionnel\u00a0: l\u2019uchronie, longtemps r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature populaire. \" href=\"#footnote1_heg0wxs\">[1]<\/a>. Cette fascination pour le contr\u00f4le du temps se traduit parfois par un glissement de notre r\u00e9alit\u00e9 historique vers une autre, qu\u2019elle soit traduite par des voyages dans le temps (<em>Time Traveler\u2019s Wife<\/em>), le r\u00e9visionnisme historique, les th\u00e9ories du complot (<em>Loose Change<\/em>) ou par l\u2019uchronie. Cette vision schizophr\u00e9nique du pr\u00e9sent tend \u00e0 se d\u00e9ployer de plus en plus largement dans le champ culturel am\u00e9ricain actuel.<\/p>\n<p>Nous cernerons d\u2019abord comment le mod\u00e8le uchronique se d\u00e9ploie dans <em>Man in the Dark<\/em> de Paul Auster et contre quoi il s\u2019oppose. Ensuite, nous identifierons les deux types de r\u00e9cits pr\u00e9sents dans le roman, soit le r\u00e9cit r\u00e9aliste focalisant sur la banalit\u00e9 du quotidien et le r\u00e9cit imaginaire proposant une vision politique du monde. Nous verrons comment ils se r\u00e9pondent et surtout de quelle mani\u00e8re ils illustrent deux courants forts de la modernit\u00e9 litt\u00e9raire. En dernier lieu, par l\u2019analyse narrative d\u2019un passage important de ce roman, nous tenterons de d\u00e9montrer comment deux niveaux de narration s\u2019entrecroisent et permettent donner du relief aux enjeux narratifs, politiques, historiques et sociaux que soul\u00e8ve cette uchronie post-11 septembre.<\/p>\n<h2>Man in the Dark\u00a0uchronique<\/h2>\n<p><em>Man in the Dark<\/em> met en sc\u00e8ne deux r\u00e9alit\u00e9s qui s\u2019enchev\u00eatrent: l\u2019une o\u00f9 le 11 septembre est bel et bien arriv\u00e9 et o\u00f9 les Am\u00e9ricains sont en guerre avec l\u2019Irak et l\u2019autre o\u00f9 les \u00c9tats-Unis sont aux prises avec une guerre civile qui trouve son origine dans le scandale des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2000. La trame narrative principale se construit sous la forme d&rsquo;un monologue int\u00e9rieur qu&rsquo;entretient un critique litt\u00e9raire \u00e0 la retraite, vivant dans une grande maison de campagne avec sa famille compl\u00e8te, du moins, ce qu&rsquo;il en reste. Ce septuag\u00e9naire, qui a remport\u00e9 le Pulitzer de la critique en 1984, vit en compagnie de sa fille Miriam, \u00e2g\u00e9e de quarante-sept ans, et de Katya, sa petite-fille de vingt-trois ans. Miriam est divorc\u00e9e depuis cinq ans alors que Katya pleure son petit ami mort \u00e0 la guerre. Le narrateur, quant \u00e0 lui, se remet tant bien que mal de la perte d&rsquo;une jambe et du d\u00e9c\u00e8s de sa femme survenu il y a un peu plus d\u2019un an. August Brill \u2014 l\u2019\u00e9crivain-narrateur dont le nom n\u2019est divulgu\u00e9 qu\u2019au milieu du roman \u2014 entame son r\u00e9cit\u00a0ainsi: \u00ab\u00a0I am alone in the dark, turning the world around my head as I struggle trough another bout of insomnia, another white night in the great American wilderness [\u2026].\u00a0\u00bb (Auster, 2008, p. 1.) Cette insomnie devient alors le lieu de l\u2019invention. Pour tromper son ennui et emp\u00eacher les d\u00e9mons du pass\u00e9 de venir le hanter, Brill invente un r\u00e9cit uchronique mettant en sc\u00e8ne un jeune magicien new-yorkais, Owen Brick, qui se r\u00e9veille subitement dans un trou d\u2019une profondeur de douze pieds<a id=\"footnoteref2_mbrzl9h\" class=\"see-footnote\" title=\" Notez au passage qu\u2019une brique de four (Oven Brick) est prise dans ce qui semble \u00eatre une chemin\u00e9e. \" href=\"#footnote2_mbrzl9h\">[2]<\/a>. Owen Brick, noyau de ce r\u00e9cit en abyme, devient ainsi prisonnier d\u2019un monde qui lui est \u00e0 la fois \u00e9trange et familier. Il y rencontre certains habitants qui lui exposeront les codes qui r\u00e9gissent cet univers, parfois des alli\u00e9s \u00e0 l\u2019instar de la serveuse Molly, des personnages ambigus, \u00e0 l\u2019instar de Virginia Blaine. Cette derni\u00e8re, \u00e0 la fois amante et ge\u00f4li\u00e8re de Brick, entretiendra une relation \u00e9quivoque avec lui. Cette histoire ench\u00e2ss\u00e9e se cl\u00f4t brutalement lorsque le narrateur revient au monde r\u00e9el pour conclure le r\u00e9cit de ses propres exp\u00e9riences de vie, \u00e9trangement similaires \u00e0 celles que Brick a v\u00e9cues de fa\u00e7on condens\u00e9e.<\/p>\n<p>Lorsque s\u2019ouvre<em> Man in the Dark<\/em>, le narrateur invente, au gr\u00e9 de ses fantaisies, un monde dont la forme s\u2019adapte aux simples mouvements de sa pens\u00e9e. Son imagination met en sc\u00e8ne des milliers d\u2019\u00eatres humains dans une r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 la guerre n\u2019est pas export\u00e9e, mais bien v\u00e9cue par les Am\u00e9ricains sur leur propre territoire. D\u00e8s le commencement de la narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne, le lecteur suit un personnage aphasique. Le r\u00e9cit, \u00e9nonc\u00e9 par un homme <em>seul dans le noir<\/em><a id=\"footnoteref3_2pp25fy\" class=\"see-footnote\" title=\" Titre du livre dans sa traduction fran\u00e7aise. \" href=\"#footnote3_2pp25fy\">[3]<\/a><em>,<\/em> r\u00e9pond \u00e0 l\u2019une des principales caract\u00e9ristiques du r\u00e9cit uchronique, soit \u00e0 la pr\u00e9supposition d\u2019une Histoire qui n\u2019est pas celle que conna\u00eet le lecteur.<\/p>\n<blockquote>\n<p>L&rsquo;uchronie est donc un r\u00e9cit qui pr\u00e9suppose \u2014 et non expose \u2014 une d\u00e9viation de l&rsquo;Histoire; celle-ci est tenue pour acquise (avec ce que cela peut avoir de d\u00e9concertant pour le lecteur); la d\u00e9viation historique constitue moins l&rsquo;objet du texte qu&rsquo;un arri\u00e8re-fond sur lequel se d\u00e9coupe une trame romanesque qui n&rsquo;a rien de science-fictionnel, si ce n&rsquo;est par son insertion dans un monde curieusement m\u00e9connaissable. (St-Gelais, 1999, p. 47.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le point de bascule\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0d\u00e9viation de l\u2019Histoire\u00a0\u00bb que choisit le narrateur n\u2019est connu ni du lecteur ni du personnage principal. Dans une uchronie dite classique, les acteurs de la di\u00e9g\u00e8se connaissent leur univers et <span style=\"text-decoration: line-through;\">que<\/span> seul le lecteur doit reconstituer une x\u00e9noencyclop\u00e9die (<em>Ibid.<\/em>, p. 140), c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il doit reconfigurer son champ de r\u00e9f\u00e9rences pour qu\u2019il concorde avec le monde fictif dans lequel \u00e9voluent les personnages du monde divergent. Ici, au contraire d\u2019une uchronie classique, le personnage central ignore les codes de cet univers. Sans qu\u2019elle soit le sujet principal de la seconde di\u00e9g\u00e8se, cette d\u00e9viation de l\u2019Histoire devient une pr\u00e9occupation centrale pour Owen Brick. Projet\u00e9 dans un univers inconnu, prisonnier d\u2019un ab\u00eeme, Brick a perdu ses points de rep\u00e8re et cherche \u00e0 conna\u00eetre qui il est, \u00e0 savoir o\u00f9 il se trouve. Seuls ses papiers confirment son identit\u00e9, tandis qu\u2019un doute persiste sur la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il affronte. Des miliciens viennent \u00e0 sa rencontre et, non sans un certain sens du sarcasme, le sergent de l\u2019escouade r\u00e9v\u00e8le une bribe d\u2019information sur le monde dans lequel Brick\u00a0est immerg\u00e9: \u00ab\u00a0Fuck Iraq, this is America, and America is fighting America [\u2026].\u00a0\u00bb (Auster, 2008, p. 8.) Le protagoniste de la mise en abyme s\u2019imagine que si le pays est en guerre, ce doit \u00eatre contre l\u2019Irak. Cette information, admise par l\u2019interlocuteur comme allant de soi, rel\u00e8ve de la grande \u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Get a grip on yourself boy. You\u2019re fighting a war. What did you think this was? A trip to Fun World?\u00a0\u00bb (<em>Id.<\/em>) Le monde uchronique devient pr\u00e9suppos\u00e9 et ses acteurs ne s\u2019attardent plus sur sa nature, mais cherchent \u00e0 y agir pour le transformer.<\/p>\n<p>L\u2019ignorance de Brick quant \u00e0 la nature du monde dans lequel il se trouve constitue le seul accroc \u00e0 la composition de l\u2019uchronie classique. Cette entorse au code du genre, qui consiste \u00e0 peindre un monde alternatif au n\u00f4tre, devient un point important de ce r\u00e9cit. En effet, l\u2019accent sera mise sur les divergences qui s\u00e9parent la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019Owen et celle de l\u2019Am\u00e9rique en guerre de S\u00e9cession. Cette mise en \u00e9vidence intervient lorsque Brick refuse l\u2019ordre de mission que lui impose la milice de lib\u00e9ration de l\u2019\u00c9tat o\u00f9 il se trouve, mission qui consiste justement \u00e0 reprendre le contr\u00f4le de la temporalit\u00e9 qui r\u00e9git ce monde. Ce faisant, Brick d\u00e9roge aux r\u00e8gles de son monde d\u2019adoption. Confront\u00e9 \u00e0 une menace qu\u2019il ne conna\u00eet pas, immerg\u00e9 dans un monde dont le pass\u00e9 lui est inconnu, Brick doit agir imm\u00e9diatement. Or, en refusant de passer \u00e0 l\u2019action, il rej\u00e8te le r\u00f4le impos\u00e9 par la milice et tente de se convaincre que ce monde n\u2019existe pas; prisonnier d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 inconnue, Brick d\u00e9sire s\u2019en \u00e9chapper en n\u2019y voyant qu\u2019un r\u00eave. Pour \u00e9viter que ne vacille son esprit, il se prot\u00e8ge en se persuadant que ce n\u2019est pas r\u00e9el, pour ne pas agir mais plut\u00f4t assister, tel un spectateur, au passage du temps. Lorsque l\u2019escouade vient \u00e0 la rencontre de Brick, elle l\u2019informe sur la nature des projets pour lesquels il est recrut\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Civil war, Brick. Don\u2019t you know anything? This is the fourth year. But now that you\u2019ve turned up, it\u2019s going to end soon. You\u2019re the guy who\u2019s going to make it happen.<br \/>How do you know my name?<br \/>You\u2019re on my platoon dumbbell. [&#8230;]<br \/>But I didn\u2019t sign up. I didn\u2019t enlist.<br \/>Of course not. No one does. But that\u2019s the way it is. One minute you\u2019re living your life,<br \/>and the next minute you\u2019re in the war.<br \/>Brick is so confounded by Tobak\u2019s statements, he doesn\u2019t know what to say.\u00a0 (<em>Ibid.<\/em>, p. 8-9.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il devient alors vital pour le personnage invent\u00e9 par August Brill de compenser son ignorance par tous les moyens possibles. Ext\u00e9nu\u00e9 par une marche de douze milles, Brick arrive dans une petite localit\u00e9 et va au boui-boui du coin pour se restaurer; il cherche alors \u00e0 savoir o\u00f9 il se trouve physiquement et temporellement. Le calendrier concorde (\u00ab\u00a0April nineteenth. Good. That\u2019s just what I would have said [&#8230;]. Two thousand and seven\u00a0\u00bb(<em>Ibid.<\/em>, p. 30)), mais l\u2019Histoire diverge\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Good. Now, if I said the words September eleventh to you, would they have any special meaning?<br \/>Not particularly.<br \/>And the World Trade Center?<br \/>The twin towers? Those tall buildings in New York?<br \/>Exactly.<br \/>What about them?<br \/>They\u2019re standing?<br \/>Of course they are. What\u2019s wrong with you?<br \/>Nothing, Brick says, muttering to himself in a barely audible voice. Then, looking down at his half-eaten eggs, he whispers: One nightmare replaces another. (<em>Ibid.<\/em>, p. 31.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00e9nement que l\u2019on consid\u00e8re comme le d\u00e9but symbolique du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle n\u2019a pas eu lieu dans cette histoire alternative. Que \u00ab\u00a0September eleventh\u00a0\u00bb n\u2019ait aucun sens particulier pour la serveuse Molly intensifie le sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 qui se d\u00e9gage de ce monde et ce tant pour le lecteur que pour le personnage du r\u00e9cit ench\u00e2ss\u00e9. En outre, ce sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 cr\u00e9e une tension qui se r\u00e9percute dans cette seconde histoire. Brick, pi\u00e9g\u00e9 dans une temporalit\u00e9 qu\u2019il n\u2019a jamais connue, note les \u00e9carts pr\u00e9cis que ce monde entretient avec le sien\u00a0: \u00ab\u00a0There are no houses or buildings anywhere in sight, no telephone poles, no trafic signs, no indication of human presence except the road itself, a badly paved stretch of tar and asphalt with numerous cracks and potholes, no doubt unrepaired for years [\u2026].\u00a0\u00bb(<em>Ibid.<\/em>, p. 23.) Il y a un vide qui t\u00e9moigne d\u2019un changement radical de <span style=\"text-decoration: line-through;\">la<\/span> situation politique qui pr\u00e9vaut dans cet \u00c9tat encore inconnu. Plus loin, ce sont des hommes \u00e0 bicyclette qui empruntent cette route et non pas des voitures.<\/p>\n<p>Ainsi, une opposition radicale vient diff\u00e9rencier le monde uchronique du monde r\u00e9aliste. Ce sont non seulement les \u00e9l\u00e9ments des deux mondes d\u00e9crits qui diff\u00e8rent, mais aussi, et surtout, les th\u00e8mes abord\u00e9s par les deux narrations \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le roman qui t\u00e9moignent de la divergence entre les deux r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n<h2>L\u00e0 o\u00f9 l\u2019uchronie devient politique<\/h2>\n<p>Nous assistons dans le r\u00e9cit ench\u00e2ss\u00e9 \u00e0 l\u2019exposition d\u2019un id\u00e9al politique qui s\u2019oppose \u00e0 celui qui r\u00e9gnait alors aux \u00c9tats-Unis. La situation politique qui r\u00e9git l\u2019Am\u00e9rique alternative demeure partiellement confuse tant pour Brick qui vient d\u2019essuyer une correction, que pour le lecteur qui en ressent les contrecoups.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Federal troops attack . . . Albany, Buffalo, Syracuse, Rochester . . . New York City bombed, eighty thousand Dead . . . but the movement grows . . . in 2004, Maine, New Hampshire, Vermont, Massachussetts, Connecticut, New Jersey, and Pennsylvania join New York in the Independant States of America [&#8230;] Meanwhile, the fighting continues, often horrendous, the toll of casualities steadily mounting . . . U. N. r\u00e9solutions ignored by the Federals, but until now no nuclear weapons, which would mean death to everyone on both sides. . . . Foreing Policy\u00a0: no meddling anywhere. . . . Domestic policy\u00a0: universal health insurance, no more oil, no more cars or planes, a fourhold increase in teachers\u2019 salaries [&#8230;]. (<em>Ibid.<\/em>, p. 62.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une ponctuation atypique vient brouiller la narration des \u00e9v\u00e9nements qui suivent cette estocade. En effet, des points de suspension, puis quatre points accompagnent le r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements capitaux qui fondent ces <em>autres<\/em> \u00c9tats-Unis contemporains du lecteur. La violence de ce monde uchronique emp\u00eache le lecteur de saisir clairement ce qui diverge dans cette Am\u00e9rique parall\u00e8le. On comprend d\u2019abord que ce sont les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2000 qui ont provoqu\u00e9 la s\u00e9cession de plusieurs \u00c9tats lorsque la Cour supr\u00eame trancha pour George W. Bush. Il y est \u00e9galement question de la mise en application de mesures sociales qui \u00e9galiseraient les chances de r\u00e9ussite pour chacun, finalement, l\u2019Histoire bascule\u00a0: une opposition id\u00e9ologique in\u00e9branlable des citoyens aux all\u00e9geances d\u00e9mocrates a provoqu\u00e9 la d\u00e9solidarisation des \u00c9tats progressistes de l\u2019administration conservatrice. Des \u00c9tats \u2014\u00a0l\u2019effet parcellaire du texte induit ici par la ponctuation emp\u00eache une intellection claire de la situation \u2014 ont instaur\u00e9, apr\u00e8s avoir vot\u00e9 pour la s\u00e9cession, des mesures sociales qui font cruellement d\u00e9faut aux \u00c9tats-Unis d\u2019alors. Le texte ne permet pas cependant de savoir quels sont ces \u00c9tats ou cet \u00c9tat. Les points de suspension cr\u00e9ent des vides s\u00e9mantiques qui ne se laissent pas remplir facilement. En effet, alors que Virginia en arrive aux politiques int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures adopt\u00e9es par les \u00c9tats s\u00e9cessionnistes, les points de suspension se multiplient et intensifient le brouillage.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces vides s\u00e9mantiques, l\u2019uchronie devient le lieu de la critique politique. Le monde imagin\u00e9 par Brill agit comme un fer de lance permettant une critique acerbe du monde dans lequel vit l\u2019auteur de ce r\u00e9cit. Outre le fait que le brouillage affecte la nettet\u00e9 du propos, le texte critique et souligne les maux qui troublent l\u2019Am\u00e9rique r\u00e9elle. Ainsi, le r\u00e9cit uchronique, proche du r\u00e9cit contrefactuel qu\u2019\u00e9labore Auster, \u00a0s\u2019\u00e9vertue \u00e0 souligner les probl\u00e8mes auxquels sont confront\u00e9s les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<h2>De l\u2019extraordinaire au banal<\/h2>\n<p>Deux perspectives bien distinctes se d\u00e9gagent du roman d\u2019Auster. D\u2019une part, l\u2019auteur met en lumi\u00e8re une situation politique probl\u00e9matique aux \u00c9tats-Unis par l\u2019entremise d\u2019une uchronie mise en ab\u00eeme; d\u2019autre part, il souligne sans cesse comment la vie de chacun peut \u00eatre triste, voire dramatique, en soulignant le discours \u00e0 la premi\u00e8re personne d\u2019un homme prisonnier de son quotidien. L\u2019opposition entre les deux formes narratives que nous avons soulev\u00e9es plus t\u00f4t se traduit, comme nous le verrons, dans les propos que supportent ces formes d\u2019\u00e9nonciation diff\u00e9rentes sinon oppos\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. La narration \u00e0 la premi\u00e8re personne devient le lieu du trivial et du banal, alors que l\u2019uchronie non seulement construit un monde imaginaire qui r\u00e9pond \u00e0 certains d\u00e9sirs de l\u2019auteur \u2014 nous y reviendrons \u2014 , mais aussi d\u00e9ploie, par l\u2019interm\u00e9diaire du discours rapport\u00e9, un regard qui embrasse une plus grande p\u00e9riode et instaure une dialectique entre le texte et le lecteur qui permet \u00e0 celui-ci de se positionner dans le r\u00e9el. Le discours imm\u00e9diat, quant \u00e0 lui, s\u2019attarde aux malheurs et aux difficult\u00e9s que rencontre quotidiennement le narrateur en restreignant le champ de vision au seul univers qui concerne ce narrateur intradi\u00e9g\u00e9tique.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re interruption de la narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne survient alors qu\u2019une porte claque dans le monde r\u00e9el et que Brick se met en marche vers la ville de l\u2019univers uchronique. Ce bruit extradi\u00e9g\u00e9tique qui interrompt ce r\u00e9cit simultan\u00e9 donne lieu \u00e0 un r\u00e9cit ant\u00e9rieur de la journ\u00e9e du narrateur, pass\u00e9e \u00e0 regarder des films en compagnie de Katya, sa petite-fille. Encore une fois, Brill ench\u00e2sse un r\u00e9cit. En usant all\u00e8grement du pr\u00e9t\u00e9rit \u2014 absent, doit-on le souligner, de l\u2019uchronie \u2014 il rapporte une discussion critique qu\u2019il a soulev\u00e9 avec Katya le jour m\u00eame. Cette suspension subite du r\u00e9cit ench\u00e2ss\u00e9 n\u2019est que la premi\u00e8re d\u2019une longue s\u00e9rie. Plus loin, alors que Brick fuit un agent de la r\u00e9sistance qui insiste pour qu\u2019il assassine un n\u00e9buleux \u00e9crivain, le fil de la lecture est de nouveau rompu. \u00ab\u00a0Suddenly, an urgent need to empty my bladder [\u2026].\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 43.) Une v\u00e9tille interrompt sans pr\u00e9avis le fil de la di\u00e9g\u00e8se\u00a0: cette fois-ci il s\u2019agit d\u2019un besoin physiologique urgent. D\u00e9bute alors une narration d\u00e9crivant dans ses moindres d\u00e9tails les actions que le narrateur doit accomplir pour se soulager, op\u00e9rations complexes et nombreuses\u00a0<span style=\"text-decoration: line-through;\">s\u2019il en est<\/span>\u00a0puisqu\u2019il a perdu l\u2019usage de ses jambes.<\/p>\n<p>Sous la forme d\u2019un \u00ab\u00a0discours imm\u00e9diat\u00a0\u00bb (Genette, 1972, p. 193), le narrateur s\u2019adonne \u00e0 ce que nous consid\u00e9rons, \u00e0 la suite de Paul Ardenne, comme \u00e9tant <em>l\u2019\u00e9loge de la banalit\u00e9<\/em>. Ardenne, dans un court article intitul\u00e9 <em>Non-\u00e9loge de la banalit\u00e9 <\/em>la d\u00e9finit comme suit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019horizon que l\u2019on veut atteindre, ce n\u2019est pas tant la d\u00e9sinscription radicale du sujet, sa descente du pi\u00e9destal que tout autre chose\u00a0: \u00e9crire la l\u00e9gende de l\u2019homme occidental en op\u00e9rant \u00e0 l\u2019envers, constituer une contre-l\u00e9gende. Ce qu\u2019il s\u2019agit de faire, en l\u2019occurrence\u00a0: \u00e9crire de la l\u00e9gende avec, si je puis dire, de l\u2019anti-l\u00e9gende (comme on dirait de l\u2019anti-mati\u00e8re), du mat\u00e9riau qui ne singularise pas mais tire gloire de d\u00e9singulariser. (Ardenne, 2002, p. 75.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En r\u00e9ins\u00e9rant le r\u00e9el de fa\u00e7on si brutale dans le r\u00e9cit ench\u00e2ss\u00e9, Auster accentue le foss\u00e9 qui s\u00e9pare la litt\u00e9rature de l\u2019imaginaire de celle du quotidien. Il fait, comme le dit Ardenne, de l\u2019anti-l\u00e9gende la l\u00e9gende de l\u2019homme contemporain aux prises avec ses angoisses et ses histoires personnelles. En jouant avec la curiosit\u00e9 du lecteur, Auster retarde le retour du r\u00e9cit uchronique de fa\u00e7on \u00e0 faire de cette attente une intrigue. Quand recommencera-t-il \u00e0 faire l\u2019histoire de Brick? \u00ab\u00a0What now? To turn off the light or not to turn off the light? I want to go back to my story and discover what happens to Owen Brick, but [&#8230;].\u00a0\u00bb (Auster, 2008, p. 44.) Commence alors une s\u00e9rie de digressions qui transportent le lecteur toujours un peu plus loin de l\u2019histoire interrompue. Comme la premi\u00e8re interruption, celle-ci intercale plusieurs r\u00e9cits par le biais d\u2019une narration ant\u00e9rieure. Brill nous d\u00e9peint ses opinions sur le mariage, fait la courte histoire de Rose Hawthorne, qui a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0as the weird world rolls on\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 45), phrase qui revient tel un <em>leitmotiv<\/em> tout au long de la narration \u00e0 la premi\u00e8re personne, ou encore replonge dans le souvenir des jours pr\u00e9c\u00e9dents qu\u2019il raconte en d\u00e9tails.<\/p>\n<p>La narration alterne de la premi\u00e8re \u00e0 la troisi\u00e8me personne, et passe ainsi d\u2019un mode classique d\u2019\u00e9nonciation (focalisation interne fixe faite \u00e0 la troisi\u00e8me personne) \u00e0 un mode d\u2019\u00e9nonciation plus moderne et qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0mim\u00e9sis du discours\u00a0\u00bb (Genette, 1972, p. 193). En employant le pr\u00e9t\u00e9rit, Brill se positionne tel un conteur discourant sur lui-m\u00eame. Il utilise la premi\u00e8re personne pour rapprocher le lecteur de sa r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9crire ses journ\u00e9es, puis sa vie d\u2019homme. Alors que la narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne donne lieu \u00e0 un r\u00e9cit d\u2019action lin\u00e9aire qui produit un sch\u00e9ma narratif romanesque se pr\u00e9sentant \u00ab\u00a0comme une p\u00e2le copie de la sc\u00e8ne dramatique\u00a0: mim\u00e9sis \u00e0 deux degr\u00e9s, imitation d\u2019imitation\u00a0\u00bb\u00a0 (Genette, 1972, p. 193). Le r\u00e9cit qui se fait \u00e0 la premi\u00e8re personne souligne quant \u00e0 lui l\u2019emprise du pr\u00e9sent sur les m\u00e9ditations et les pr\u00e9occupations de l\u2019homme contemporain.<\/p>\n<p>Ainsi, la narration \u00e0 la premi\u00e8re personne restreint la vision du propos \u00e0 un individu faisant face aux difficult\u00e9s du quotidien, alors que le r\u00e9cit uchronique s\u2019applique \u00e0 confronter le lecteur \u00e0 notre situation historique et politique qui pr\u00e9vaut dans son monde par la comparaison in\u00e9vitable entre deux r\u00e9alit\u00e9s contradictoires. Ainsi, une vision restreinte, confin\u00e9e \u00e0 un <em>hic et nunc<\/em> s\u2019oppose \u00e0 une vision \u00e9largie des motifs et cons\u00e9quences d\u2019un choix historique impos\u00e9 par la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis dont les r\u00e9percussions se font encore sentir aujourd\u2019hui. L\u2019uchronie, lorsqu\u2019elle s\u2019attarde \u00e0 la situation politique d\u2019un \u00c9tat, engage un regard critique sur notre propre r\u00e9alit\u00e9. Alors que le r\u00e9cit de la vie ordinaire fascine en catapultant le lecteur dans la vie d\u2019un autre, le r\u00e9cit uchronique permet de prendre ses distances face au r\u00e9el, ce qui am\u00e8ne le lecteur \u00e0 d\u00e9velopper une pens\u00e9e critique sur sa r\u00e9alit\u00e9 historique. Ainsi, par un effet de dialectique \u2014 nous verrons se renforcer ce dialogue entre les deux r\u00e9cits dans le prochain point de notre analyse \u2014 le roman d\u2019Auster souligne les rapports qu\u2019entretiennent ses personnages avec leur monde et invite le lecteur \u00e0 questionner son propre rapport au monde.<\/p>\n<h2>\u00c0 la crois\u00e9e des mondes \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/h2>\n<p>Un peu \u00e0 la mani\u00e8re des deux mondes qui prennent appui sur leurs r\u00e9alit\u00e9s politiques respectives, le point de convergence des deux r\u00e9cits survient alors que ces r\u00e9alit\u00e9s semblent se confondre. Une catastrophe cibl\u00e9e, restreinte dans le temps comme dans l\u2019espace, se transforme en une catastrophe qui transcende les limites g\u00e9ographiques et temporelles d\u2019une Am\u00e9rique qui, plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre unie contre un ennemi ext\u00e9rieur, \u00e9clate de l\u2019int\u00e9rieur. La structure m\u00eame du r\u00e9cit introduit le doute et le d\u00e9calage. Alors que le r\u00e9cit-cadre opte pour le discours imm\u00e9diat, le r\u00e9cit ench\u00e2ss\u00e9 adopte la forme du discours rapport\u00e9, ce qui a pour effet d\u2019y introduire une forte part de <em>pathos<\/em>. Le narrateur de la trame principale conna\u00eet l\u2019existence du h\u00e9ros dont il narre l\u2019histoire \u00e0 un auditeur fictif. Bien qu\u2019il ne doute pas de l\u2019existence de celui-ci avant de se voir attribuer une mission visant \u00e0 l\u2019assassiner, Brick finit par le faire conna\u00eetre au lecteur, qui ne conna\u00eet pas le nom et donc l\u2019identit\u00e9 du narrateur avant que ce personnage ne l\u2019apprenne. Cependant, une rupture narrative surgit alors m\u00eame que le r\u00e9cit ench\u00e2ss\u00e9 culmine et prend fin abruptement avec la mort de Brick\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>And that is the end of Owen Brick, who leaves the world in silence, with no chance to say a last word or think a last tought. [\u2026] <em>Meanwhile, seventy-five miles to the Northwest, in a white wooden house in southern Vermont, August Brill is awake, lying in bed and staring into the dark<\/em>. And the war goes on. (Auster, 2008, p. 118.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La narration qui se fait au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dans un monde qui est cens\u00e9 \u00eatre le n\u00f4tre, se fait au \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb dans l\u2019Am\u00e9rique s\u00e9cessionniste. Ce changement de voix \u00e9nonciative souligne le statut fictionnel du monde uchronique dans lequel nous voyons \u00e9voluer Brick. Par cons\u00e9quent, cette \u00e9trange phrase (en italique dans la citation) surgit de nulle part, alors que Brick passe l\u2019arme \u00e0 gauche, d\u00e9soriente le lecteur. Le personnage de Brick suppos\u00e9ment assassin\u00e9 dans ce monde parall\u00e8le au n\u00f4tre, se trouve en v\u00e9rit\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9-ci du miroir lorsque \u00ab\u00a0a second bullet goes straight trough his right eye and out the back of his head. And that is the end of Owen Brick, who leaves the world in silence, with no chance to say a last word or think a last thought.\u00a0\u00bb (<em>Id.<\/em>) Puisque ce n\u2019est pas dans un autre espace-temps que Brill \u00ab\u00a0git dans son lit et regarde la noirceur\u00a0\u00bb mais bien \u00e0 \u00ab\u00a0soixante-quinze milles\u00a0\u00bb <a id=\"footnoteref4_yslsx47\" class=\"see-footnote\" title=\" Nous traduisons ce qui a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 plus haut. \" href=\"#footnote4_yslsx47\">[4]<\/a> de l\u00e0. Les deux personnages partagent le m\u00eame espace-temps et ne sont s\u00e9par\u00e9s que par la distance. Brill, le temps d\u2019une phrase, n\u2019est plus ce narrateur intradi\u00e9g\u00e9tique qui invente une histoire, mais un personnage qui a, d\u2019un point de vue narratif, le m\u00eame statut que Owen Brick. Les deux r\u00e9cits s\u2019entrecroisent pour former un discours qui se situe sur un m\u00eame niveau narratif. Les deux personnages sont c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans une narration qui se fait \u00e0 la troisi\u00e8me personne. Il y a un d\u00e9calage du centre focal. Le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb auquel s\u2019est habitu\u00e9 le lecteur s\u2019est subitement transform\u00e9 en un \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb, alors que le r\u00e9cit dans la fiction se cl\u00f4t. Un troisi\u00e8me niveau de narration \u00e9merge alors et le lecteur doit embrasser une nouvelle posture qui situe sa r\u00e9alit\u00e9 dans un tierce monde.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 la limite, et par extension, [relevait Richard St-Gelais \u00e0 propos de la mise en abyme uchronique,] notre univers devient une variante d&rsquo;un univers parall\u00e8le, perdant du coup le privil\u00e8ge ontologique qui en ferait l&rsquo;univers de base \u00e0 partir duquel des versions fictives pourraient \u00eatre imagin\u00e9es[\u2026] (St-Gelais, 1999, p. 52).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce seul syntagme\u00a0: \u00ab\u00a0August Brill is awake, lying in bed and staring into the dark, and the war goes on\u00a0\u00bb (Auster, 2008, p. 118) offre au lecteur un regard externe sur les deux personnages principaux du roman et sur les deux univers qu\u2019ils incarnent. En un m\u00eame temps, sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, les deux personnages sont vus d\u2019un seul regard. Ce point de convergence des deux r\u00e9cits instille une part de r\u00e9el au monde uchronique tout en inoculant une part de fictionnalit\u00e9 au monde r\u00e9el. Ainsi, \u00e0 elle seule, cette phrase souligne le statut m\u00e9tafictionnel du roman et \u00e9claire le m\u00e9tadiscours que l\u2019on peut y percevoir. L\u2019Am\u00e9rique invent\u00e9e par Brill devient le lieu de la critique, le monde interm\u00e9diaire par lequel doit passer l\u2019auteur r\u00e9el pour porter son regard sur la situation politique de son propre univers. En ce sens, le roman d\u2019Auster engage son opinion politique et d\u00e9voile ses propres pr\u00e9occupations vis-\u00e0-vis des politiques adopt\u00e9es par son pays. En d\u00e9veloppant un dialogue entre les deux r\u00e9cits, un pont se construit entre les deux histoires qui proposent une lecture critique du monde.<\/p>\n<p>En usant des artifices de la fiction, Auster porte un regard acerbe sur le monde qu\u2019il habite. \u00c0 ce propos, Auster affirme d\u2019ailleurs en entrevue avec le <em>stopsmilingonline<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>We watched Al Gore get elected president and then we watched it get taken away from him through legal and political maneuvering in an outrageous Supreme Court decision, which was in some sense a legal coup. [&#8230;] I\u2019ve lived these past seven and a half years with this eerie sense that we\u2019re not in the real world anymore, but a parallel one. This wasn\u2019t supposed to happen. Bush wasn\u2019t supposed to be president, there wasn\u2019t supposed to be a war in Iraq \u2014 there might not have even been a 9\/11 if Gore had been elected. So I think this sense of disconnect is what inspired the story within the story, the one that Brill invents for himself. (Theodoro, 2010.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le flou juridique de 2000, soulign\u00e9 par un auteur qui fait preuve d\u2019une certaine audace, met \u00e9galement l\u2019accent sur le caract\u00e8re exceptionnel de la prise de pouvoir de George W. Bush, plac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de la superpuissance par un tribunal. En couplant les deux personnages principaux par un jeu narratif, Auster lie deux r\u00e9alit\u00e9s distinctes, ce qui produit une impression de virtualit\u00e9 qu\u2019il ressent lui-m\u00eame depuis ce coup d\u2019\u00c9tat l\u00e9gal. Ce faisant, l\u2019auteur se joint \u00e0 un certain consensus \u00e9ditorial, dans les sph\u00e8res politiques d\u00e9mocrates am\u00e9ricaines, qui voit cette d\u00e9cision comme l\u2019une des plus grandes exactions de notre \u00e9poque. On pouvait en effet lire dans le<em> New York Magazine <\/em>du 14 ao\u00fbt 2006 une histoire contrefactuelle des \u00c9tats-Unis, r\u00e9dig\u00e9e sous la forme d\u2019un blog par le journaliste politique Andrew Sullivan, o\u00f9 Al Gore aurait gagn\u00e9 les \u00e9lections de 2000. Dans cette histoire, les attaques terroristes du 11 septembre n\u2019ont pas eu lieu, mais une attaque concert\u00e9e et beaucoup plus destructrice est survenue dans les ann\u00e9es 2006-2007 (Sullivan, 2006). D\u2019un autre point vue, <em>Le Devoir<\/em> voyait l\u2019\u00e9lection de George W. Bush en 2000 comme l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus marquant de la d\u00e9cennie (Castonguay, 2009, p. A1&amp;A8). Bill Turque, auteur d\u2019une biographie d\u2019Al Gore, souligne dans cette \u00e9dition du <em>Devoir <\/em>le caract\u00e8re litigieux de l\u2019\u00e9lection de 2000 et se prononce sur la possibilit\u00e9 d\u2019un monde o\u00f9 Gore serait devenu Pr\u00e9sident et o\u00f9 les \u00c9tats-Unis ne seraient pas embourb\u00e9s dans une guerre en Irak ayant \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9e par les attaques terroristes du 11 septembre 2001.\u00a0<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>\u00c0 l\u2019instar de cet article et de ce blog, le roman de Paul Auster plonge <span style=\"text-decoration: line-through;\">son regard<\/span> dans une r\u00e9alit\u00e9 alternative qui fait contrepoids au r\u00e9el\u00a0: un pr\u00e9sent autre, post-11 septembre, qui permet une posture politique critique dans l\u2019imaginaire. En mettant en sc\u00e8ne un pr\u00e9sent diff\u00e9rent du n\u00f4tre, Auster prend position du c\u00f4t\u00e9 des vaincus et cristallise une opinion propre \u00e0 certains cercles politiques d\u00e9mocrates. Si l\u2019on s\u2019attarde \u00e0 l\u2019apport de cette \u0153uvre dans l\u2019imaginaire post-11 septembre, les r\u00e9flexions que soul\u00e8ve le roman sont teint\u00e9es du deuil et soulignent l\u2019absurdit\u00e9 de la guerre, comme le font de nombreuses \u0153uvres am\u00e9ricaines post-11 septembre<a id=\"footnoteref5_tpn3tu2\" class=\"see-footnote\" title=\" Le site du Lower Manhattan Project recense \u00e0 ce propos plusieurs \u0153uvres ayant pour th\u00e8me le deuil. \u00a0http:\/\/lmp.uqam.ca\/faceted_search\/results\/DEUIL, consult\u00e9 en ligne le 3 janvier 2010. \" href=\"#footnote5_tpn3tu2\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00a0Brill se r\u00e9fugie dans une autre temporalit\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 la noirceur de son monde. En cr\u00e9ant de toutes pi\u00e8ces cette autre Am\u00e9rique dot\u00e9e d\u2019une histoire diff\u00e9rente de la n\u00f4tre, Brill construit une fiction dans la fiction qui sert d\u2019\u00e9chappatoire \u00e0 un pr\u00e9sent devenu trop lourd <span style=\"text-decoration: line-through;\">de souvenirs<\/span>. En usant du levier de la science-fiction, Auster expose les angoisses de l\u2019Am\u00e9rique suite aux attaques terroristes et aux guerres qu\u2019elles ont d\u00e9clench\u00e9es. Une fois la fiction dans la fiction avort\u00e9e, le r\u00e9el revient au galop. Brill est happ\u00e9 par tous les malheurs qu\u2019il a connus. Ce roman agit comme les films que Brill commente\u00a0: \u00ab\u00a0In one shot we\u2019re given a picture of a whole society living at the edge of disaster.\u00a0\u00bb (Auster, 2008, p. 17.) La soci\u00e9t\u00e9 peinte par Paul Auster est domin\u00e9e par le sentiment d\u2019urgence induit par la pr\u00e9carit\u00e9 d\u2019un monde au bord du gouffre.<\/p>\n<p>L\u2019ind\u00e9cision entre r\u00e9cit du r\u00e9el que l\u2019on associe \u00e0 l\u2019\u00e9loge de la banalit\u00e9 et le r\u00e9cit imaginaire que convoque l\u2019uchronie dans <em>Man in the Dark<\/em> refl\u00e8te \u00e9galement les pr\u00e9occupations de notre modernit\u00e9 qui vacille elle-m\u00eame entre le r\u00e9cit du r\u00e9el et le r\u00e9cit imaginaire. En effet, on rencontre de plus en plus d\u2019\u0153uvres qui s\u2019inspirent des r\u00e9cits de l\u2019imaginaire comme en r\u00e9ponse aux <em>Blank fictions <\/em>(Annesley, 1998) qui correspondaient \u00e0 un d\u00e9sir de voir le monde tel qu\u2019il est, sans qu\u2019aucun agent ext\u00e9rieur ne vienne faire de l\u2019ombre au r\u00e9el. Cette litt\u00e9rature qui cherchait \u00e0 atteindre un niveau de r\u00e9alisme extr\u00eame semble, en effet, dispara\u00eetre au profit d\u2019une litt\u00e9rature qui laisse la place \u00e0 l\u2019imagination d\u2019un sujet, une litt\u00e9rature qui traduit un r\u00e9el tel qu\u2019il est per\u00e7u et non plus tel qu\u2019il est dans l\u2019absolu.<\/p>\n<p>En ce sens, en 1997, Niall Ferguson \u00e9crivait, dans une d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre introduction au recueil intitul\u00e9 <em>Virtual History<\/em>, que les historiens devaient se r\u00e9approprier les \u00e9tudes de l\u2019histoire contrefactuelle pour en tirer des le\u00e7ons et d\u00e9velopper de nouvelles perspectives sur notre pr\u00e9sent. Selon cette appropriation de l\u2019Histoire, s\u2019en tenir aux faits et uniquement aux faits tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s semble d\u00e9pass\u00e9. L\u2019historien doit dor\u00e9navant faire appel \u00e0 son imagination, tout en respectant certaines balises, pour reconstruire l\u2019Histoire telle qu\u2019elle aurait pu \u00eatre. L\u2019uchronie, \u00e0 ce titre, devient le versant litt\u00e9raire d\u2019une m\u00e9thode scientifique qui sert \u00e0 \u00e9valuer les tenants et aboutissants de faits historiques pass\u00e9s. Ce qui est encore vu comme une \u00ab\u00a0vaine entreprise m\u00e9lancolique\u00a0\u00bb (Henriet, 2009, p. 12) devient, par le biais de cette approche cavali\u00e8re de l\u2019Histoire, une m\u00e9thode d\u2019appropriation du r\u00e9el qui permet une meilleure compr\u00e9hension de notre pr\u00e9sent et de notre avenir. D\u2019un \u00ab\u00a0et si&#8230;\u00a0\u00bb m\u00e9lancolique, on tire une nouvelle perspective sur ce jeu de l\u2019esprit qui permet de mieux voir le monde tel qu\u2019il est par le truchement d\u2019un monde tel qu\u2019il aurait pu \u00eatre.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Annesley, James. 1998. <em>Blank fictions consumerism, culture and the contemporary American novel<\/em>. Londres\u00a0: Pluto Press, 175p.<\/p>\n<p>Ardenne, Paul. 2002. \u00ab\u00a0Non-\u00e9loge de la banalit\u00e9\u00a0\u00bb <em>In Soci\u00e9t\u00e9s\u00a0: Marges<\/em>, De Boeck Universit\u00e9, vol. 75, #1, pp.75-77.<\/p>\n<p>Auster, Paul. 2008. <em>Man in the Dark. <\/em>New York : Henry Holt, 180p.<\/p>\n<p>Castonguay, Alec, \u00ab\u00a0Le chaos des ann\u00e9es Bush\u00a0\u00bb. <em>Le Devoir,<\/em> 31 d\u00e9cembre 2009, p. A1 et A8.<\/p>\n<p>Ferguson, Niall (dir.). 1997. \u00ab\u00a0Virtual History\u00a0: Towards a \u201cchaotic\u201d theory of the past\u00a0\u00bb. <em>Virtual History.<\/em> Londres\u00a0: Picador, p. 1-90.<\/p>\n<p>Genette, G\u00e9rard. 1972. <em>Figures III<\/em>. Paris : \u00c9ditions du Seuil, coll. \u00ab\u00a0Po\u00e9tique\u00a0\u00bb, 282p.<\/p>\n<p>Henriet, Eric B. 2009. <em>L&rsquo;uchronie\u00a0<\/em>: <em>50 questions<\/em>. Paris\u00a0: Klincksieck, 232 p.<\/p>\n<p>Huehls, Mitchum. 2008. \u00ab\u00a0Foer, Spiegelmanand and 9\/11\u2019s Timely Traumas\u00a0\u00bb <em>In Literature after 9\/11<\/em>, dirig\u00e9 par Ann Keniston et Jeanne Follansbee Quinn, New York\u00a0: Routledge, pp.42-59.<\/p>\n<p>St-Gelais, Richard. 1999. <em>L\u2019empire du pseudo\u00a0: modernit\u00e9 de la science-fiction<\/em>. Qu\u00e9bec : \u00c9ditions Nota bene, 399p.<\/p>\n<p>St-Gelais, Richard. 2007. \u00ab\u00a0Le contrefactuel \u00e0 travers les genres : promenades entre uchronie et histoire conjecturale\u00a0\u00bb. <em>Le savoir des genres<\/em>, Etudes r\u00e9unies et pr\u00e9sent\u00e9es par Rapha\u00ebl Baroni et Marielle Mac\u00e9, Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes, coll. \u00ab\u00a0La Licorne\u00a0\u00bb, pp.319-337.<\/p>\n<p>Sullivan, Andrew. 2006 \u00ab\u00a0What If 9\/11 Never Happened?\u00a0\u00bb. <u><a href=\"http:\/\/nymag.com\/news\/features\/19147\/index1.html\">http:\/\/nymag.com\/news\/features\/19147\/index1.html<\/a><\/u>, consult\u00e9 en ligne le 3 janvier 2010.<\/p>\n<p>Theodoro, Jose, \u00ab\u00a0Parallel Worlds: PAUL AUSTER (Unabridged)\u00a0\u00bb. <u><a href=\"http:\/\/www.stopsmilingonline.com\/story_detail.php?id=1216&amp;page=2\">http:\/\/www.stopsmilingonline.com\/story_detail.php?id=1216&amp;page=2<\/a>, <\/u>consult\u00e9 le 2 janvier 2010<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_heg0wxs\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_heg0wxs\">[1]<\/a> Le th\u00e8me en soit n\u2019est pas nouveau, mais sa r\u00e9actualisation par des \u00e9crivains de plusieurs horizons sort de son confinement science-fictionnel\u00a0: l\u2019uchronie, longtemps r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature populaire.<\/p>\n<p id=\"footnote2_mbrzl9h\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_mbrzl9h\">[2]<\/a> Notez au passage qu\u2019une <em>brique de four<\/em> (O<em>v<\/em>en Brick) est prise dans ce qui semble \u00eatre une chemin\u00e9e.<\/p>\n<p id=\"footnote3_2pp25fy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_2pp25fy\">[3]<\/a> Titre du livre dans sa traduction fran\u00e7aise.<\/p>\n<p id=\"footnote4_yslsx47\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_yslsx47\">[4]<\/a> Nous traduisons ce qui a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 plus haut.<\/p>\n<p id=\"footnote5_tpn3tu2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_tpn3tu2\">[5]<\/a> Le site du <em>Lower Manhattan Project<\/em> recense \u00e0 ce propos plusieurs \u0153uvres ayant pour th\u00e8me le deuil. \u00a0<a href=\"http:\/\/lmp.uqam.ca\/faceted_search\/results\/DEUIL\">http:\/\/lmp.uqam.ca\/faceted_search\/results\/DEUIL<\/a>, consult\u00e9 en ligne le 3 janvier 2010.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Mayo-Martin, Benjamin. 2010. \u00ab Le Post-11 septembre uchronique chez Paul Auster \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Post &#8211; \u00bb, n\u00b012. En ligne,https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5468\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx). D&rsquo;abord paru dans: Mayo-Martin, Benjamin. 2010. \u00ab Le Post-11 septembre uchronique chez Paul Auster \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Post &#8211; \u00bb, n\u00b012, p. 139-152.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/mayo-martin-12.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 mayo-martin-12.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-2265ecc9-c11d-4f0e-b67e-50e62c47f3fb\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/mayo-martin-12.pdf\">mayo-martin-12<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/mayo-martin-12.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-2265ecc9-c11d-4f0e-b67e-50e62c47f3fb\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Post \u00bb, n\u00b012 Si tout homme avait la possibilit\u00e9 d&rsquo;assassiner clandestinement et \u00e0 distance, l&rsquo;humanit\u00e9 dispara\u00eetrait en quelques minutes.-Milan KunderaLa Valse aux adieux Depuis les attaques du 11 septembre 2001, un imaginaire apocalyptique installe dans notre conception du monde un sentiment d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 face \u00e0 l\u2019avenir. Ces pr\u00e9occupations, qui r\u00e9apparaissent de fa\u00e7on cyclique dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1211,1210],"tags":[263],"class_list":["post-5468","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-lectures","category-post","tag-mayo-martin-benjamin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5468","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5468"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5468\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9419,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5468\/revisions\/9419"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5468"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5468"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5468"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}