{"id":5472,"date":"2024-06-13T19:48:18","date_gmt":"2024-06-13T19:48:18","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-chant-des-possibles-ou-blanchot-et-le-post-livre\/"},"modified":"2024-09-12T04:38:17","modified_gmt":"2024-09-12T04:38:17","slug":"le-chant-des-possibles-ou-blanchot-et-le-post-livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5472","title":{"rendered":"Le Chant des possibles ou Blanchot et le \u00ab post-livre \u00bb"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6881\">Dossier \u00ab Post \u00bb, n\u00b012<\/a><\/h5>\n<p>Avec plus d\u2019une vingtaine d\u2019essais et une dizaine de romans publi\u00e9s, Maurice Blanchot (1907-2003) a ind\u00e9niablement \u00e9t\u00e9 un auteur prolifique. N\u00e9anmoins, sa grande discr\u00e9tion de m\u00eame que le peu d\u2019informations et de photographies que nous poss\u00e9dons de lui font de l\u2019homme une sorte de figure fantomatique que peu de gens connaissent r\u00e9ellement, \u00e0 l\u2019exception de quelques amis dont Jacques Derrida, Michel Foucault et Gilles Deleuze. Le silence autour de son existence est \u00e0 l\u2019image de sa pens\u00e9e, au c\u0153ur de laquelle s\u2019exprime l\u2019absence de tout absolu litt\u00e9raire dans l\u2019\u0153uvre ainsi que \u00ab\u00a0la recherche de sa propre possibilit\u00e9, une recherche de ce qui la fonde.\u00a0\u00bb (Michel, 1997, p. 14.) L\u2019\u00e9criture est d\u00e8s lors l\u2019expression d\u2019une mise \u00e0 distance radicale, qui plonge l\u2019auteur dans une solitude fondamentale. Construite \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un incessant tourbillon, toujours amen\u00e9e \u00e0 se d\u00e9truire et \u00e0 se reconstruire, l\u2019\u0153uvre de Blanchot prend ainsi pour cadre un monde sans cesse en mouvement, dont l\u2019\u00e9criture ne peut parvenir \u00e0 rendre compte. De cette mani\u00e8re, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture blanchotienne entreprend de s\u2019alt\u00e9rer, de devenir une <em>parole sans paroles<\/em>, une <em>\u00e9criture sans \u00e9criture<\/em>; elle s\u2019ing\u00e9nie \u00e0 <em>d\u00e9sarranger<\/em> le discours, \u00e0 rompre le signe..\u00a0\u00bb (Fries, 1999, p. 9.) En somme, c\u2019est une parole <em>neutre<\/em> que recherche Blanchot, d\u00e9barrass\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame et de l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019autre, apte \u00e0 se transformer, \u00e0 red\u00e9finir son identit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ses essais, notamment dans <em>Le livre \u00e0 venir <\/em>(1959), Blanchot s\u2019attarde \u00e0 d\u00e9finir sa conception du livre, dans une approche \u00e0 la fois litt\u00e9raire et philosophique. Publi\u00e9 quatre ans apr\u00e8s <em>L\u2019espace litt\u00e9raire<\/em>, autre ouvrage th\u00e9orique important de l\u2019auteur, <em>Le livre \u00e0 venir <\/em>reprend des concepts d\u00e9j\u00e0 \u00e9bauch\u00e9s dans son essai ant\u00e9rieur, mais qui sont cette fois d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 travers l\u2019\u00e9tude de plusieurs \u00e9crivains dont Proust, Artaud, Rousseau, Joubert, Musil et Claudel. De nouveau, Blanchot questionne l\u2019exp\u00e9rience litt\u00e9raire, laquelle tente de red\u00e9finir le monde tout en se restructurant, en s\u2019auto-engendrant. L\u2019auteur serait par cons\u00e9quent celui qui s\u2019inscrit dans une temporalit\u00e9 \u00e0 venir, dans un espace <em>post\u00e9rieur<\/em>, puisqu\u2019il chercherait, par le biais du livre, \u00e0 conduire la litt\u00e9rature vers ce point d\u2019absence o\u00f9 elle dispara\u00eet, jusqu\u2019\u00e0 cette fin qui est \u00e9galement son origine et son perp\u00e9tuel recommencement. L\u2019acte d\u2019\u00e9crire tendrait ainsi vers l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00ab\u00a0post-livre\u00a0\u00bb, qui entreprendrait d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toute stabilisation pour plut\u00f4t essayer de r\u00e9inventer les possibles et de s\u2019affirmer dans le devenir.<\/p>\n<p>Ces consid\u00e9rations temporelles sont centrales chez Blanchot, l\u2019importance de la dur\u00e9e se manifestant dans sa fa\u00e7on d\u2019aborder le \u00ab\u00a0point limite\u00a0\u00bb et le pouvoir accord\u00e9 \u00e0 la parole, sans oublier l\u2019in\u00e9vitable disparition de l\u2019\u0153uvre. L\u2019\u00e9tude de ces trois aspects importants de l\u2019essai permettra de mieux saisir le d\u00e9ploiement de cet espace qu\u2019investit la fiction, celle-ci cherchant \u00e0 se diriger, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Ulysse et ses acolytes, vers une destination \u00e0 premi\u00e8re vue idyllique.<\/p>\n<h2>Le \u00ab\u00a0point limite\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p><em>Le livre \u00e0 venir<\/em> d\u00e9bute avec une all\u00e9gorie du chant des sir\u00e8nes qui tentent, dans <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, d\u2019entra\u00eener Ulysse \u00e0 sa perte. Chant encore \u00e0 venir puisqu\u2019il est l\u2019esp\u00e9rance d\u2019atteindre un espace r\u00eav\u00e9, o\u00f9 la m\u00e9lodie se mat\u00e9rialiserait pour devenir bien r\u00e9elle. Les voix paradisiaques repr\u00e9sentent ainsi la direction que doit emprunter le navigateur pour parvenir en un lieu, un point pr\u00e9cis, dans lequel le chant d\u00e9buterait vraiment. Cette repr\u00e9sentation illustre bien entendu \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb qu\u2019est l\u2019\u00e9criture, qui rel\u00e8ve de l\u2019exploration dans l\u2019optique blanchotienne. De la sorte, l\u2019auteur affirme qu\u2019\u00ab\u00a0il y a une lutte fort obscure engag\u00e9e entre tout r\u00e9cit et la rencontre des Sir\u00e8nes [\u2026]\u00a0 [et de] ce qu\u2019on appelle le roman est n\u00e9 de cette lutte..\u00a0\u00bb (Blanchot, 1959, p. 12.) En d\u2019autres termes, le r\u00e9cit relate un \u00e9v\u00e9nement d\u2019exception, ne se r\u00e9duisant non pas \u00e0 une simple relation, mais \u00e0 sa r\u00e9alisation m\u00eame, encore \u00e0 venir.<\/p>\n<p>En ce sens, le r\u00e9cit s\u2019inscrit dans un mouvement orient\u00e9 vers un point lointain, pour ne pas dire inaccessible, un espace en p\u00e9riph\u00e9rie du monde o\u00f9 le chant devient v\u00e9ritablement audible. C\u2019est dans ce mouvement sans fin que s\u2019effectue la rencontre m\u00eame, toujours \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019espace, puisqu\u2019elle <em>est<\/em> l\u2019espace, c\u2019est-\u00e0-dire un intervalle imaginaire au sein duquel l\u2019absence se mat\u00e9rialise pour finalement laisser place \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Dans son ouvrage <em>Maurice Blanchot et le d\u00e9placement d\u2019Orph\u00e9e<\/em>, Chantal Michel s\u2019int\u00e9resse entre autres \u00e0 cet intervalle, \u00e0 la fois \u00ab\u00a0point de l\u2019esprit\u00a0mais aussi n\u00e9cessairement point situ\u00e9 au-del\u00e0 des limites de l\u2019esprit humain, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un point d\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain jouirait d\u2019une vue d\u2019ensemble qui lui permettrait de se saisir lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb (Michel, 1997, p. 12).\u00a0 Ce lieu \u00e9chappe ainsi \u00e0 toute tentative de localisation, si ce n\u2019est \u00e0 travers l\u2019espace litt\u00e9raire qui, seul, peut accueillir ce point sans cesse errant et dont le centre est en mouvement.<\/p>\n<p>Ce point lointain tourne d\u00e8s lors sans discontinuer autour de l\u2019axe central, celui o\u00f9 le chant devient possible. Ses mouvements circulaires sont d\u00e9crits par Blanchot comme l\u2019expression d\u2019une rotation fondamentale qui symbolise l\u2019\u00e9paisseur myst\u00e9rieuse de la sph\u00e8re, de tels d\u00e9placements n\u2019\u00e9tant pas sans rappeler la rotation des astres dans le syst\u00e8me solaire ou encore le Premier moteur d\u2019Aristote. En effet, Aristote \u00e9crit dans sa <em>M\u00e9taphysique<\/em> que \u00ab\u00a0ce mouvement circulaire, c\u2019est le Premier moteur qui le produit [, \u2026que celui-ci est] un \u00eatre n\u00e9cessaire [\u2026] et [qu\u2019]ainsi il est principe du mouvement.\u00a0\u00bb (Aristote, 1991, p. 174). Dans les deux cas, c\u2019est sommairement le m\u00eame \u00e9lan qui est d\u00e9crit, \u00e0 la fois autosuffisant et \u00e0 la source de sa propre gen\u00e8se. Toutefois, Aristote embrasse l\u2019ensemble du monde r\u00e9el avec sa <em>M\u00e9taphysique<\/em>, tandis que l\u2019auteur du <em>Livre \u00e0 venir<\/em> se restreint au seul champ de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire. Il demeure cependant que le geste est similaire, tout en circularit\u00e9, tendu vers un mouvement sans origine ni fin, en dehors du temps et de toutes contraintes.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature poss\u00e8de donc la propri\u00e9t\u00e9 de se dissocier de la temporalit\u00e9, ce qui lui permet de r\u00e9v\u00e9ler le monde et d\u2019en d\u00e9voiler les limites. Cette <em>r\u00e9v\u00e9lation<\/em> s\u2019exprime selon Blanchot \u00ab\u00a0lorsque la limite que repr\u00e9sente le tout est atteinte [et] qu\u2019il n\u2019y a plus rien \u00e0 dire..\u00a0\u00bb (Mesnard, 1996, p. 138.) \u00c0 cet \u00e9gard, la seule mani\u00e8re d\u2019outrepasser l\u2019herm\u00e9tisme du monde, c\u2019est de chercher ce point lointain, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019Ulysse, et de d\u00e9couvrir cet espace qui permet d\u2019appr\u00e9hender l\u2019existence. Pourtant, cette qu\u00eate semble perdue d\u2019avance, tout enti\u00e8re r\u00e9duite \u00e0 sa recherche.<\/p>\n<p>Ce qui subsiste en fin de compte, c\u2019est la seule m\u00e9thode, telle celle de Descartes, parce que\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>la forme du <em>Discours<\/em> d\u00e9crit le mouvement m\u00eame d\u2019une recherche, recherche qui lie pens\u00e9e et existence en une exp\u00e9rience fondamentale, cette recherche \u00e9tant celle d\u2019un cheminement, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une m\u00e9thode, et cette m\u00e9thode \u00e9tant la conduite, le mode de se ternir et d\u2019avancer de quelqu\u2019un qui s\u2019interroge. (Blanchot, 1969, p. 2.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0En somme, Blanchot conc\u00e8de \u00e0 la litt\u00e9rature un champ d\u2019action \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l\u2019aboutissement inconcevable, qui s\u2019exprime dans la possibilit\u00e9 m\u00eame de la parole.<\/p>\n<h2>Le pouvoir de la parole<\/h2>\n<p>L\u2019\u0153uvre compl\u00e8te de Blanchot est travers\u00e9e par cette id\u00e9e de rupture, intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la parole. Selon lui, cette derni\u00e8re \u00ab\u00a0s\u2019annonce elle-m\u00eame comme l\u2019absence de pouvoir, cette nudit\u00e9, l\u2019impuissance, mais aussi l\u2019impossibilit\u00e9, qui est le premier mouvement de la communication.\u00a0\u00bb (Blanchot, 1959, p. 48.) L\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire exige ainsi de la part de l\u2019\u00e9crivain un d\u00e9tachement dans la mesure o\u00f9 le cr\u00e9ateur ne peut affirmer tendre vers l\u2019aboutissement de son art, mais seulement y travailler, sans d\u00e9sir de finalit\u00e9s pr\u00e9cises. Ainsi, le langage conduit l\u2019auteur vers la dialectique du ma\u00eetre et de l\u2019esclave, telle que th\u00e9oris\u00e9e par Hegel dans la <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019esprit<\/em><a id=\"footnoteref1_4jm18du\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans le chapitre IV, Hegel \u00e9crit que \u00ab\u00a0le ma\u00eetre se rapporte au serviteur m\u00e9diatement par l\u2019entremise de l\u2019\u00eatre subsistant par soi; car c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment par celui-ci que le serviteur est tenu, c\u2019est lui qui constitue sa cha\u00eene [\u2026] Mais le ma\u00eetre est la puissance disposant d\u2019un tel \u00eatre [\u2026] en tant qu\u2019il est la puissance qui en dispose, et que cet \u00eatre, lui, est la puissance disposant de l\u2019autre.\u00a0\u00bb (Hegel, 2006, p. 207.) \" href=\"#footnote1_4jm18du\">[1]<\/a>.\u00a0 Il s\u2019agit donc pour Blanchot de tenter de retrouver ce point dans l\u2019\u00e9criture o\u00f9 le langage est d\u00e9pourvu de servitude, dans lequel la parole s\u2019expose sans artifices, d\u00e9gag\u00e9e de toutes contraintes. De tendre vers un langage qui ne s\u2019exprime pas dans l\u2019optique de <em>poss\u00e9der<\/em>, \u00e0 l\u2019instar du ma\u00eetre, mais plut\u00f4t vers une parole d\u00e9pouill\u00e9e de tous d\u00e9sirs de pouvoir. Cette langue \u00ab\u00a0impossible\u00a0\u00bb s\u2019adresse en fin de compte \u00e0 un auditeur irr\u00e9el, un homme si \u00e9loign\u00e9 de l\u2019homme qu\u2019il peut difficilement \u00eatre encore consid\u00e9r\u00e9 comme tel.<\/p>\n<p>Dans <em>Le livre \u00e0 venir<\/em>, Blanchot rel\u00e8ve \u00e0 plusieurs reprises cette ali\u00e9nation qu\u2019entra\u00eene l\u2019\u00e9criture et cette dialectique dominant\u00a0\/\u00a0domin\u00e9 qui lui est sous-jacente. L\u2019\u00e9criture cherche de la sorte \u00e0 s\u2019extraire de ce rapport de servilit\u00e9, pour devenir <em>neutre<\/em> et, se faisant, pour ne plus ali\u00e9ner l\u2019autre. En ce sens, \u00ab\u00a0le langage blanchotien se veut r\u00e9ponse \u00e0 la parole v\u00e9ritable, essentielle, parole de l\u2019autre, autre parole, parole du Dehors, parole plurielle, neutre, non dialectique..\u00a0\u00bb (Fries, 1999, p. 84.) Ce qui est vis\u00e9, c\u2019est un changement dans la litt\u00e9rature m\u00eame qui, plut\u00f4t que de se faire l\u2019exposition de la volont\u00e9 du ma\u00eetre, devrait au contraire permettre de rendre possible un nouveau rapport avec la libert\u00e9. Cette r\u00e9flexion traverse bon nombre de passages du <em>Livre \u00e0 venir<\/em>, dans lesquels Blanchot rench\u00e9rit sur le fait que l\u2019acte d\u2019\u00e9criture est orient\u00e9 vers la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 et de la libert\u00e9. Cette qu\u00eate n\u2019aboutit cependant \u00e0 aucun moment\u00a0: elle se restreint \u00e0 la seule voie \u00e0 suivre, sorte de \u00ab\u00a0chemin qui ne m\u00e8ne nulle part<a id=\"footnoteref2_d765dyl\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c0 ce propos, la note introductive de l\u2019ouvrage Chemins qui ne m\u00e8nent nulle part de Martin Heidegger est int\u00e9ressante, en ce qu\u2019elle semble d\u00e9crire la d\u00e9marche exploratrice de l\u2019\u00e9criture telle que th\u00e9oris\u00e9e par Blanchot.\u00a0 Nous pouvons ainsi y lire que\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la for\u00eat, il y a des chemins qui, le plus souvent encombr\u00e9s de broussailles, s\u2019arr\u00eatent soudain dans le non-fray\u00e9.On les appelle Holzwege.Chacun suit son propre chemin, mais dans la m\u00eame for\u00eat.Souvent, il semble que l\u2019un ressemble \u00e0 l\u2019autre. Mais ce n\u2019est qu\u2019une apparence.B\u00fbcherons et forestiers s\u2019y connaissent en chemins. Ils savent ce que veut dire\u00a0: \u00eatre sur un Holzweg, sur un chemin qui ne m\u00e8ne nulle part.\u00a0\u00bb (Heidegger, 1962, p. 7.) \" href=\"#footnote2_d765dyl\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb sur lequel l\u2019auteur s\u2019engage, sans possibilit\u00e9s de parvenir \u00e0 destination. L\u2019auteur du <em>Livre \u00e0 venir<\/em> mentionne en guise d\u2019exemples les d\u00e9marches artistiques d\u2019Antonin Artaud et de Joseph Joubert, notamment les lettres \u00e9crites par le premier \u00e0 Jacques Rivi\u00e8re, dans lesquelles il narre son impuissance face \u00e0 la po\u00e9sie et l\u2019incapacit\u00e9 du second \u00e0 \u00e9crire qui le hanta toute sa vie.<\/p>\n<p>De cette mani\u00e8re, le fondement de la litt\u00e9rature semble se trouver pour Blanchot dans son <em>erreur<\/em> m\u00eame, dans sa capacit\u00e9 de rendre pr\u00e9sent ce qui est absent par la force du r\u00e9cit. Les mots permettent d\u00e8s lors de s\u2019approcher de ce point central invisible puisque c\u2019est avec ces derniers que \u00ab\u00a0nous pouvons le plus justement agir, l\u00e0 o\u00f9 [\u2026] \u201c<em>il y a\u2026 \u00e0 la fois puissance et impossibilit\u00e9<\/em>\u201d.\u00a0\u00bb (Blanchot, 1959, p. 89.) Par cons\u00e9quent, la litt\u00e9rature met en sc\u00e8ne un pouvoir de communiquer qui se retrouve \u00e9galement dans l\u2019expression du vouloir chez les penseurs modernes, notamment Descartes, Hegel et Nietzsche, ce dernier illustrant par l\u2019entremise de sa \u00ab\u00a0volont\u00e9 de puissance\u00a0\u00bb l\u2019exaltation d\u2019une pens\u00e9e centr\u00e9e sur le <em>d\u00e9sir<\/em>, qui se veut souveraine et dominante.<\/p>\n<p>Compar\u00e9e au <em>d\u00e9sert<\/em> plut\u00f4t qu\u2019au <em>d\u00e9sir<\/em> chez Blanchot, la parole est davantage \u00e0 l\u2019image de ces terres aust\u00e8res : sans cesse errante en de vastes \u00e9tendues presque vides, ne s\u2019adressant \u00e0 aucun homme, trop <em>st\u00e9rile<\/em> pour mettre au monde une \u0153uvre v\u00e9ritable. Philippe Fries explicite d\u2019ailleurs tr\u00e8s bien ce rapprochement en \u00e9crivant que l\u2019\u00e9criture de Blanchot est<\/p>\n<blockquote>\n<p>le cheminement infini vers le d\u00e9sert [\u2026] [et que] commencer \u00e0 \u00e9crire, c\u2019est \u00eatre d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019erreur et l\u2019\u00e9garement; continuer \u00e0 \u00e9crire, c\u2019est pers\u00e9v\u00e9rer dans l\u2019erreur, avec pour tout espoir celui d\u2019aller au bout de l\u2019erreur, de transformer ce qui est un cheminement sans but dans la certitude d\u2019un but sans chemin. (Fries, 1999, p. 194.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En ce sens, le d\u00e9sert est ce lieu hors de tout temps et de tout espace, incapable d\u2019engendrement. Ce que l\u2019auteur du <em>Livre \u00e0 venir<\/em> nomme la \u00ab\u00a0parole proph\u00e9tique\u00a0\u00bb se rapproche ainsi de ces dunes impropres \u00e0 la vie, puisqu\u2019elle est nomade, faisant sans cesse retour vers l\u2019origine de son propre mouvement.<\/p>\n<p>Cette impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019errance traduit \u00e9galement notre ali\u00e9nation au sens et aux symboles\u00a0: Blanchot expose cette d\u00e9pendance qui nous livre \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019absolu d\u2019un sens [\u2026] qui partout nous poursuit, nous pr\u00e9c\u00e8de, toujours l\u00e0 avant que nous soyons, toujours pr\u00e9sent dans l\u2019absence, toujours parlant dans le silence.\u00a0\u00bb (1959, p. 118.) L\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u00eatre et \u00e0 ses symboles est donc totale. N\u00e9anmoins, ces repr\u00e9sentations n\u2019expriment ni ne signifient quoi que ce soit\u00a0: \u00e0 l\u2019image de l\u2019acte d\u2019\u00e9criture, elles ne sont qu\u2019une exp\u00e9rience contenue dans le seul acte de d\u00e9codage du langage. Sous cette dissimulation des signes, l\u2019\u00e9crivain poursuit son travail, prot\u00e9g\u00e9 par la vacuit\u00e9 des symboles qu\u2019il manie. Les mots deviennent ainsi une \u00e9chappatoire, une dissimulation, par l\u2019entremise desquels il s\u2019emploie \u00e0 demeurer \u00e0 bonne distance du\u00a0 \u00ab\u00a0point limite\u00a0\u00bb, \u00e0 pr\u00e9server cet espace o\u00f9 la parole se fait r\u00e9v\u00e9lation. Cette vision de l\u2019acte d\u2019\u00e9crire peut s\u2019exprimer en ce que, pour Blanchot, m\u00eame si la litt\u00e9rature est apte \u00e0 tout dire du monde, \u00ab\u00a0le pouvoir de tout dire se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre celui de ne rien dire [\u2026 ,] l\u2019\u00e9quivalence du tout au rien s\u2019av\u00e9r[ant] \u00eatre l\u2019imposture parfaite qui r\u00e9trospectivement, avait permis d\u2019imaginer que raconter le monde \u00e9tait possible.\u00a0\u00bb (Mesnard, 1996, p. 138.) Au-del\u00e0 de ce seuil, l\u2019\u0153uvre peut enfin <em>signifier<\/em> au sein d\u2019un espace litt\u00e9raire qui lui est propre et s\u2019engager vers sa propre dissolution, sa disparition.<\/p>\n<h2>La disparition de l\u2019\u0153uvre<\/h2>\n<p>Pour Blanchot, l\u2019espace litt\u00e9raire est un lieu \u00e0 la fois autonome, ferm\u00e9 et sacr\u00e9. Le r\u00e9cit se d\u00e9ploie telle une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience mystique initiale, qui reste le centre autour duquel l\u2019\u0153uvre s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e..\u00a0\u00bb (Blanchot, 1959, p. p. 162.) Le r\u00e9cit, en tant que recherche mystique, peut en quelque sorte \u00eatre rapproch\u00e9 de \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure\u00a0\u00bb de Bataille, pr\u00e8s de l\u2019extase et de la m\u00e9ditation<a id=\"footnoteref3_gyozy44\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans son ouvrage L\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure, publi\u00e9 en 1943, Georges Bataille investigue cette \u00ab\u00a0exp\u00e9rience int\u00e9rieure\u00a0\u00bb, qui rejoint sous quelques aspects l\u2019exp\u00e9rience mystique blanchotienne. \" href=\"#footnote3_gyozy44\">[3]<\/a>. Dans <em>Le livre \u00e0 venir<\/em>, cette exp\u00e9rience est orient\u00e9e vers la disparition, \u00e0 la fois du monde et du sujet \u00e9crivant, par l\u2019entremise de l\u2019\u00e9criture. L\u2019\u00e9crivain, exclu de toute possibilit\u00e9 de s\u2019approcher d\u2019une v\u00e9rit\u00e9, poss\u00e8de ainsi tous les droits dans ses propos, sauf celui de s\u2019affirmer d\u00e9tenteur de r\u00e9v\u00e9lations. Son discours s\u2019inscrit ainsi dans le monde, duquel il prend cependant ses distances. Dans cette optique, l\u2019\u0153uvre de Blanchot, \u00ab\u00a0tourn\u00e9e vers cette absence, pren[d] le parti de mettre en avant l\u2019oubli du r\u00e9el que la fiction poursuit mais aussi son incroyable pouvoir de transformation\u00a0\u00bb (Hurault, 1999, p. 136).\u00a0 Pour lui, cette qu\u00eate inlassable et forc\u00e9ment vaine que poursuit le livre permet d\u2019outrepasser le monde mat\u00e9riel, dans une tentative de le m\u00e9tamorphoser.<\/p>\n<p>Les propos de Blanchot sur le Jeu, comme centre primordial, vont \u00e9galement en ce sens. Le Jeu est consid\u00e9r\u00e9 dans <em>Le livre \u00e0 venir<\/em> en tant que rem\u00e9moration de temps anciens et sup\u00e9rieurs, dans lesquels les chants des sir\u00e8nes \u00e9taient perceptibles. Il est aussi le couronnement de la culture, r\u00e9alisant l\u2019exigence d\u2019absolu inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00eatre. En d\u2019autres termes, le jeu, qui doit \u00eatre <em>d\u00e9pass\u00e9<\/em>, est \u00ab\u00a0une cr\u00e9ation supr\u00eame qui consiste \u00e0 rassembler dans une unit\u00e9 vivante l\u2019ensemble de toutes les \u0153uvres et les cr\u00e9ations de tous les temps.\u00a0\u00bb (Blanchot, 1959, p. 250.) Ce mouvement de lib\u00e9ration de toutes limites, de toutes bornes tangibles, permet \u00e0 l\u2019auteur ce d\u00e9passement \u00e0 travers les mots, ce scandale sous forme de confession n\u00e9cessaire, qu\u2019il compare \u00e0 la rencontre de Ph\u00e8dre, amoureuse de son beau-fils Hippolyte, avec sa nourrice \u0152none \u00e0 qui elle annonce son amour incestueux.<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du Jeu, le livre tend invariablement \u00e0 sa propre disparition, \u00e0 un repliement sur lui-m\u00eame, jusqu\u2019\u00e0 sa totale r\u00e9sorption. Pour Blanchot, la cr\u00e9ation artistique en vient ainsi \u00e0 s\u2019isoler et, paradoxalement, \u00e0 tendre vers l\u2019infini, dans un mouvement de lutte sans cesse r\u00e9actualis\u00e9. L\u2019\u0153uvre devient de cette mani\u00e8re la recherche de sa propre gen\u00e8se. C\u2019est cette qu\u00eate qui s\u00e9duit l\u2019\u00e9crivain, en ce qu\u2019elle s\u2019av\u00e8re exempte de toutes finalit\u00e9s, sa <em>fascination<\/em> d\u00e9coulant de cette impossibilit\u00e9 de poser le point final \u00e0 l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>Cette recherche finit par s\u2019\u00e9loigner de la litt\u00e9rature jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en dissocier, pour ne plus devenir que r\u00e9flexion et m\u00e9thode, et ne se pr\u00e9occuper que \u00ab\u00a0de la r\u00e9duire, de la neutraliser ou, plus exactement, de descendre, par un mouvement qui finalement lui \u00e9chappe et la n\u00e9glige, jusqu\u2019\u00e0 un point o\u00f9 ne semble parler que la neutralit\u00e9 impersonnelle..\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p. 272.) De cette mani\u00e8re, l\u2019acte d\u2019\u00e9crire est indissociable de cette <em>impartialit\u00e9<\/em> vers laquelle l\u2019auteur tend, de cette dispersion qui refuse l\u2019unit\u00e9, de ce d\u00e9sir de d\u00e9truire l\u2019idole avant m\u00eame de l\u2019honorer. Cette \u00e9criture neutre, qui ne raconte que sa propre disparition, n\u2019est d\u2019ailleurs par sans rappeler <em>Le degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019\u00e9criture<\/em> de Roland Barthes, dans lequel l\u2019essayiste compare le roman \u00e0 un artifice qui dissimule son absence sous des simulacres<a id=\"footnoteref4_0hs86xo\" class=\"see-footnote\" title=\" Voir Barthes, Roland, Le degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019\u00e9criture, Paris, Seuil, 1953, 126 p. \" href=\"#footnote4_0hs86xo\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Blanchot aborde de cette fa\u00e7on la litt\u00e9rature comme dissoci\u00e9e du monde, et non pas comme cr\u00e9ation sous-jacente \u00e0 celui-ci. Tout comme Heidegger, il consid\u00e8re que \u00ab\u00a0l\u2019art ne construit pas un monde derri\u00e8re le monde r\u00e9el [\u2026] [mais qu\u2019il le] d\u00e9racine purement et simplement [\u2026] provoqu[ant ainsi] sa ruine.\u00a0\u00bb (Hurault, 1999, p. 139.) Le \u00ab\u00a0post-livre\u00a0\u00bb s\u2019inscrit donc dans un espace hors du livre, au-del\u00e0 de l\u2019acte concret d\u2019\u00e9criture. C\u2019est son absence de fin que raconte le r\u00e9cit, son ind\u00e9cision, l\u2019attente de sa propre concr\u00e9tisation. Par cons\u00e9quent, \u00ab\u00a0le Livre est ainsi, discr\u00e8tement, affirm\u00e9 dans le devenir qui est peut-\u00eatre son sens, sens qui serait le devenir m\u00eame du cercle [\u2026] la fin de l\u2019\u0153uvre est son origine, son nouveau et son ancien commencement\u00a0: elle est sa possibilit\u00e9 ouverte encore une fois.\u00a0\u00bb (Blanchot, 1959, p. 332). La concr\u00e9tisation de la rencontre, l\u2019av\u00e8nement d\u2019une parole <em>neutre<\/em>, ne peut d\u00e8s lors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e qu\u2019en diff\u00e9r\u00e9, le livre \u00e0 venir appartenant \u00e0 un temps \u00e9ternellement lointain et inaccessible.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Blanchot, et plus sp\u00e9cifiquement <em>Le livre \u00e0 venir<\/em>, est l\u2019expression de cette recherche d\u2019une parole <em>neutre<\/em>, en dehors du temps et porteuse de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019absence. Sans cesse condamn\u00e9e au recommencement, \u00e0 ne jamais parvenir \u00e0 une quelconque finalit\u00e9, l\u2019\u00e9criture s\u2019engage dans le perp\u00e9tuel mouvement de son auto-an\u00e9antissement. Que ce soit par la recherche du \u00ab\u00a0point limite\u00a0\u00bb, ou encore par le pouvoir de la parole et de la disparition de l\u2019\u0153uvre, <em>Le livre \u00e0 venir<\/em> expose le propos de tout r\u00e9cit, qui dit \u00ab\u00a0sa propre impossibilit\u00e9, sa propre ruine, et par cons\u00e9quent son absence de fin..\u00a0\u00bb (Michel, 1997, p. 70.) L\u2019acte d\u2019\u00e9crire, mouvement sans origine ni limites, devient de cette mani\u00e8re li\u00e9 \u00e0 un temps en suspens, qui est celui de sa dispersion.<\/p>\n<p>Ce \u00ab\u00a0post livre\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019existence hypoth\u00e9tique, chim\u00e9rique, s\u2019inscrit donc dans un espace inaccessible, rendant compte par le fait m\u00eame de la d\u00e9tresse de l\u2019homme postmoderne, engonc\u00e9 dans le nihilisme typique des XX<sup>e<\/sup> et XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Car que reste-t-il lorsque l\u2019\u00eatre est \u00e0 l\u2019image d\u2019un nomade qui erre sans fin dans un d\u00e9sert d\u00e9pourvu de toutes significations? Que les mots se d\u00e9robent, appartiennent \u00e0 un temps \u00e9loign\u00e9, si hors de port\u00e9 qu\u2019il est impossible de l\u2019appr\u00e9hender? Peut-\u00eatre l\u2019espoir d\u2019atteindre, \u00e0 l\u2019instar de Blanchot, ce point limite et lointain, l\u00e0 o\u00f9 r\u00e9sonnent encore les \u00e9chos du chant des sir\u00e8nes\u2026<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Aristote. 1991. <em>M\u00e9taphysique<\/em>. Paris\u00a0: J. Vrin, 2 v.<\/p>\n<p>Barthes, Roland. 1953. <em>Le degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019\u00e9criture<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 126 p.<\/p>\n<p>Blanchot, Maurice. 1959. <em>Le livre \u00e0 venir<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 340 p.<\/p>\n<p>Blanchot, Maurice. 1969. <em>L\u2019entretien infini<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 640 p.<\/p>\n<p>Fries, Philippe. 1999. <em>La th\u00e9orie fictive de Maurice Blanchot<\/em>. Paris : L\u2019Harmattan, 294\u00a0p.<\/p>\n<p>Hegel, Georg Wilhelm Friedrich. 2006.<em> Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019esprit<\/em>. Paris\u00a0: Vrin, p. 701\u00a0p.<\/p>\n<p>Heidegger, Martin. 1962. <em>Chemins qui ne m\u00e8nent nulle part<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 461 p.<\/p>\n<p>Hurault, Marie-Laure. 1999. <em>Maurice Blanchot\u00a0: le principe de fiction<\/em>. Saint-Denis\u00a0: Presses universitaires de Vincennes, 233 p.<\/p>\n<p>Mesnard, Philippe. 1996. <em>Maurice Blanchot\u00a0: le sujet de l\u2019engagement<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 350 p.<\/p>\n<p>Michel, Chantal. 1997. <em>Maurice Blanchot et le d\u00e9placement d\u2019Orph\u00e9e<\/em>. Paris\u00a0: A-G. Nizet, 182 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_4jm18du\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_4jm18du\">[1]<\/a> Dans le chapitre IV, Hegel \u00e9crit que \u00ab\u00a0le ma\u00eetre se rapporte au serviteur <em>m\u00e9diatement par l\u2019entremise de l\u2019\u00eatre subsistant par soi<\/em>; car c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment par celui-ci que le serviteur est tenu, c\u2019est lui qui constitue sa cha\u00eene [\u2026] Mais le ma\u00eetre est la puissance disposant d\u2019un tel \u00eatre [\u2026] en tant qu\u2019il est la puissance qui en dispose, et que cet \u00eatre, lui, est la puissance disposant de l\u2019autre.\u00a0\u00bb (Hegel, 2006, p. 207.)<\/p>\n<p id=\"footnote2_d765dyl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_d765dyl\">[2]<\/a> \u00c0 ce propos, la note introductive de l\u2019ouvrage <em>Chemins qui ne m\u00e8nent nulle part<\/em> de Martin Heidegger est int\u00e9ressante, en ce qu\u2019elle semble d\u00e9crire la d\u00e9marche exploratrice de l\u2019\u00e9criture telle que th\u00e9oris\u00e9e par Blanchot.\u00a0 Nous pouvons ainsi y lire que\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans la for\u00eat, il y a des chemins qui, le plus souvent encombr\u00e9s de broussailles, s\u2019arr\u00eatent soudain dans le non-fray\u00e9.<br \/>On les appelle <em>Holzwege<\/em>.<br \/>Chacun suit son propre chemin, mais dans la m\u00eame for\u00eat.<br \/>Souvent, il semble que l\u2019un ressemble \u00e0 l\u2019autre. Mais ce n\u2019est qu\u2019une apparence.<br \/>B\u00fbcherons et forestiers s\u2019y connaissent en chemins. Ils savent ce que veut dire\u00a0: \u00eatre sur un <em>Holzweg<\/em>, sur un <em>chemin qui ne m\u00e8ne nulle part<\/em>.\u00a0\u00bb (Heidegger, 1962, p. 7.)<\/p>\n<p id=\"footnote3_gyozy44\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_gyozy44\">[3]<\/a> Dans son ouvrage <em>L\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, publi\u00e9 en 1943, Georges Bataille investigue cette \u00ab\u00a0exp\u00e9rience int\u00e9rieure\u00a0\u00bb, qui rejoint sous quelques aspects l\u2019exp\u00e9rience mystique blanchotienne.<\/p>\n<p id=\"footnote4_0hs86xo\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_0hs86xo\">[4]<\/a> Voir Barthes, Roland, <em>Le degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019\u00e9criture<\/em>, Paris, Seuil, 1953, 126 p.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>G\u00e9linas, Ariane. 2010. \u00ab Le Chant des possibles ou Blanchot et le \u00ab\u00a0post-livre\u00a0\u00bb \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Post &#8211; \u00bb, n\u00b012. En ligne,https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5472\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx). D&rsquo;abord paru dans: G\u00e9linas, Ariane. 2010. \u00ab Le Chant des possibles ou Blanchot et le \u00ab\u00a0post-livre\u00a0\u00bb \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Post &#8211; \u00bb, n\u00b012,\u00a0p. 85-93.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gelinas-12.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 gelinas-12.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-aaae0684-c3da-4d44-a734-3e4d56d1492f\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gelinas-12.pdf\">gelinas-12<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gelinas-12.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-aaae0684-c3da-4d44-a734-3e4d56d1492f\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Post \u00bb, n\u00b012 Avec plus d\u2019une vingtaine d\u2019essais et une dizaine de romans publi\u00e9s, Maurice Blanchot (1907-2003) a ind\u00e9niablement \u00e9t\u00e9 un auteur prolifique. N\u00e9anmoins, sa grande discr\u00e9tion de m\u00eame que le peu d\u2019informations et de photographies que nous poss\u00e9dons de lui font de l\u2019homme une sorte de figure fantomatique que peu de gens [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1210,1212],"tags":[156],"class_list":["post-5472","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-post","category-theorie","tag-gelinas-ariane"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5472","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5472"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5472\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9414,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5472\/revisions\/9414"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5472"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5472"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5472"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}