{"id":5474,"date":"2024-06-13T19:48:18","date_gmt":"2024-06-13T19:48:18","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/limaginaire-politique-du-postmodernisme-americain\/"},"modified":"2024-09-12T04:35:39","modified_gmt":"2024-09-12T04:35:39","slug":"limaginaire-politique-du-postmodernisme-americain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5474","title":{"rendered":"L\u2019imaginaire politique du postmodernisme am\u00e9ricain"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6881\">Dossier \u00ab Post \u00bb, n\u00b012<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>But to be an American (unlike being English or French or whatever) is precisely to <em>imagine<\/em> a destiny rather than to inherit one; since we have always been, insofar as we are Americans at all, inhabitants of myth rather than history \u2014 and have now come to know it.<\/p>\n<p>Leslie Fiedler<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis ses premiers mouvements hors de la po\u00e9tique moderniste, la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine d&rsquo;apr\u00e8s-guerre a caus\u00e9 bien des discordes chez les critiques. Au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;une \u00e9criture proprement postmoderne \u00e9voluait, de nombreuses interpr\u00e9tations contradictoires en ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es. Les nostalgiques pleurant la disparition des grands modernes ont prononc\u00e9 la mort du roman d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 50. Pour leur r\u00e9pondre sont apparus d\u2019ardents d\u00e9fenseurs de cette nouvelle \u00e9criture marqu\u00e9e par l&rsquo;ind\u00e9cision, caract\u00e9ristique du climat social de l&rsquo;\u00e9poque. Mais le plus important d\u00e9bat sur le postmodernisme litt\u00e9raire tourne autour de son potentiel politique. Certains de ses d\u00e9tracteurs n\u2019y voyaient qu\u2019un art apathique et trop autor\u00e9flexif pour avoir quelque port\u00e9e sur le monde r\u00e9el; la litt\u00e9rature postmoderniste, apr\u00e8s tout, ne parle que d\u2019elle-m\u00eame. D\u2019autres, en revanche, s\u2019affichaient comme de grands enthousiastes d&rsquo;une esth\u00e9tique qui, par son ironie et sa logique de constante remise en question, affirme une volont\u00e9 politique de d\u00e9faire le tissu des id\u00e9ologies dominantes pour rediriger le regard du lecteur vers les marges, l\u00e0 o\u00f9 les syst\u00e8mes binaires repoussent ce dont ils n\u2019admettent pas l\u2019existence.<\/p>\n<p>Le postmodernisme litt\u00e9raire est-il, en d\u00e9pit de toutes ses contradictions, politique? Son discours, en se tournant vers lui-m\u00eame, en menant une r\u00e9flexion sur le litt\u00e9raire m\u00eame, boucle-t-il la boucle en se d\u00e9tournant du monde, sans aspirer \u00e0 aucun impact social? Ou, au contraire, en d\u00e9busquant l\u2019aspect construit de toute entit\u00e9 narrative, la litt\u00e9rature postmoderniste est-elle plut\u00f4t une attaque envers toute structure de pouvoir reposant sur des discours biais\u00e9s apparaissant comme neutres? Une entreprise \u00e9tablie dans une logique de d\u00e9construction rencontre n\u00e9cessairement le probl\u00e8me de l\u2019impossibilit\u00e9 de construction, ou de reconstruction\u00a0: en effet, une esth\u00e9tique qui d\u00e9voile syst\u00e9matiquement comme fausse toute prise de position univoque peut-elle r\u00e9ellement soutenir une pens\u00e9e qui se traduise en une action sur le destin social de la nation am\u00e9ricaine?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e2pre critique d&rsquo;Irving Howe, qui exprime tr\u00e8s t\u00f4t son scepticisme quant \u00e0 la force politique d\u2019un postmodernisme naissant, deux grands penseurs se porteront \u00e0 sa d\u00e9fense\u00a0: Ihab Hassan, qui voit en cette nouvelle esth\u00e9tique la chance qu\u2019aurait la critique de se renouveler sous forme de paracritique multivoque et de participer de pr\u00e8s au devenir humain, et Leslie Fiedler, qui voit un d\u00e9passement du syst\u00e8me des classes \u00e0 travers l&rsquo;abolition des distinctions entre culture lettr\u00e9e et culture de masse. Ces deux grandes voix offrent deux visions uniques de la port\u00e9e politique du postmodernisme litt\u00e9raire qui, si elles ne se rejoignent pas explicitement, se compl\u00e8tent et, surtout, t\u00e9moignent du climat culturel et politique en pleine \u00e9bullition de la fin des ann\u00e9es 60 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 70.<\/p>\n<h2>Modernisme \/ Postmodernisme\u00a0: Bref aper\u00e7u d\u2019une rencontre du troisi\u00e8me type<\/h2>\n<p>C&rsquo;est sur un mode essentiellement n\u00e9gatif que le postmodernisme est originalement d\u00e9fini par la critique. D\u00e9j\u00e0, durant les ann\u00e9es 50, la voix distincte d&rsquo;une nouvelle litt\u00e9rature prend forme dans le champ litt\u00e9raire, chez des auteurs tels Kerouac (<em>On The Road<\/em>, 1957), Burroughs (<em>Naked Lunch<\/em>, 1959) ou Nabokov (<em>Lolita<\/em>, 1955). Les premiers critiques du postmodernisme, qui \u00e9taient aussi les tout derniers critiques contemporains d&rsquo;un modernisme affaibli, sont responsables de lui avoir appos\u00e9 le pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0post-\u00a0\u00bb, qui lui donne son sens ambigu et occasionne le fait qu&rsquo;il ne puisse se d\u00e9finir en lui-m\u00eame et de fa\u00e7on autonome, mais toujours par rapport \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur, le modernisme.<\/p>\n<p>Les deux significations possibles de ce pr\u00e9fixe ont d\u00e9fini les deux grands axes de pens\u00e9e dans la critique du postmodernisme. La premi\u00e8re implique une id\u00e9e de d\u00e9ch\u00e9ance, comme le sugg\u00e8re Steven Connor dans <em>Postmodernist Culture\u00a0: An Introduction to Theories of the Contemporary\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0to designate oneself as \u201cpost\u201d anything, is to admit to a certain exhaustion, diminution or decay.\u00a0\u00bb (Connor, 1997, p.74.) Le postmodernisme, en ce sens, serait associ\u00e9 \u00e0 une certaine d\u00e9ch\u00e9ance du modernisme, un d\u00e9p\u00e9rissement de ses grands id\u00e9aux et un sursis parasitaire de ses r\u00e9alisations culturelles. L&rsquo;autre acception du terme, plus affirmative, permet de consid\u00e9rer le postmodernisme comme une naissance positive suite \u00e0 la tomb\u00e9e du g\u00e9ant qu&rsquo;\u00e9tait le modernisme. En ce second sens, le pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0post-\u00a0\u00bb ne signifierait pas l&rsquo;\u00e9puisement d&rsquo;une esth\u00e9tique, mais bien la lib\u00e9ration de la litt\u00e9rature d&rsquo;un imaginaire d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 50, la critique commence \u00e0 recenser les premiers balbutiements d&rsquo;une esth\u00e9tique postmoderniste dans des articles de Irving Howe, Harry Levin et, plus tard, Gerald Graff et Daniel Bell. En 1959, Howe, \u00e0 la fois militant socialiste de longue date et critique litt\u00e9raire, publie \u00ab\u00a0Mass Society and Postmodern Fiction\u00a0\u00bb dans <em>Partisan Review<\/em>, journal de la gauche am\u00e9ricaine portant sur les arts et la litt\u00e9rature. Consid\u00e9r\u00e9 comme un des articles fondateurs du long d\u00e9bat qui oppose les enthousiastes et les d\u00e9tracteurs du postmodernisme, ce texte inaugure la conversation sur une note peu flatteuse. Les textes litt\u00e9raires auxquels s&rsquo;attarde son analyse ne sont aujourd&rsquo;hui jug\u00e9s repr\u00e9sentatifs que des premiers jours du postmodernisme am\u00e9ricain; toutefois, l&rsquo;analyse de Howe lance une tradition d&rsquo;analyse gauchiste et engag\u00e9e du postmodernisme et le situe dans le contexte social qui a vu et, en quelque sorte, provoqu\u00e9 sa naissance\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 de consommation des belles ann\u00e9es du capitalisme am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Pour Howe, la litt\u00e9rature postmoderniste est indissociable du contexte postmoderne. Elle est son juste sympt\u00f4me, son effet coh\u00e9rent. La soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre ne souffre plus de graves besoins mat\u00e9riels comme dans les ann\u00e9es 30; pourtant, les individus se sentent de plus en plus pi\u00e9g\u00e9s et impuissants. Les signes distinctifs qui s\u00e9parent les classes sociales se sont att\u00e9nu\u00e9s; cependant, les diff\u00e9rences de conditions de vie propres au syst\u00e8me des classes demeurent, malgr\u00e9 le fait qu&rsquo;elles soient plus fuyantes et insaisissables. Les grandes structures d&rsquo;autorit\u00e9 perdent de leur pouvoir, laissant les populations sous le joug d&rsquo;une trop grande libert\u00e9. C&rsquo;est ce monde que refl\u00e8te, selon Howe, la nouvelle litt\u00e9rature am\u00e9ricaine; si elle ne se pr\u00e9occupait pas de la r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaine contemporaine, elle ne pourrait r\u00e9clamer ce titre. Mais ce contexte engendre une \u00e9criture \u00e0 laquelle manquent justement ce que Howe nomme \u00ab\u00a0the focused desire, the quick apprehension and notation of contemporary life\u00a0\u00bb (Howe, 1992, p.29). Une existence d\u00e9tach\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame ne peut inspirer qu&rsquo;une \u00e9criture d\u00e9tach\u00e9e de l&rsquo;existence, c&rsquo;est-\u00e0-dire, pour Howe, une \u00e9criture vide.<\/p>\n<p>Afin d&rsquo;illustrer son propos, Howe s&rsquo;attarde aux \u00e9crivains de la \u00ab\u00a0beat generation\u00a0\u00bb, les jeunes auteurs issus de San Francisco et qui seront parmi les premiers \u00e0 se d\u00e9tacher de l&rsquo;esth\u00e9tique moderne. Il les compare \u00e0 Kingsley Amis, John Braine et John Wain, un groupe d&rsquo;\u00e9crivains anglais des ann\u00e9es 50 connu sous le nom des <em>angry young men<\/em>. Ces derniers ont une r\u00e9alit\u00e9 sociale \u00e0 d\u00e9noncer et \u00e0 partir de laquelle ils d\u00e9veloppent leurs fictions, ce que Howe consid\u00e8re \u00eatre l&rsquo;outil le plus pr\u00e9cieux d&rsquo;un romancier. Ces auteurs sont en quelque sorte b\u00e9nis,<\/p>\n<blockquote>\n<p>blessed with something utterly precious to a writer\u00a0: a subject urgently, relentlessly imposing itself upon their imagination. [&#8230;] Their work touches upon sore spots in English life, hurting some people and delighting others. It threatens the Establishment, perhaps its survival, more likely its present leaders. It creates tension, opposition, a dialectic of interests. All of which is to say\u00a0: it rests upon an articulated, coherent though limited vision of English social relations.\u00a0(<em>Ibid.,<\/em> p.30.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon Howe, les postmodernistes n&rsquo;ont pas de telle cause, pas de r\u00e9alit\u00e9 sociale avec laquelle r\u00e9gler leurs comptes. Pour cette raison, leur litt\u00e9rature souffre d&rsquo;une vacuit\u00e9 absolue. Pour \u00eatre politique, croit-il, la litt\u00e9rature doit se doter d\u2019une cause.<\/p>\n<p>La th\u00e8se de Howe est que, quoiqu&rsquo;une litt\u00e9rature nationale se doive de s&rsquo;occuper de la r\u00e9alit\u00e9 sociale qui lui est contemporaine, une litt\u00e9rature qui se veut le reflet de la soci\u00e9t\u00e9 postmoderne am\u00e9ricaine est n\u00e9cessairement amorphe et d\u00e9pourvue de profondeur historique. L\u2019impression de Howe vient de ce que la pens\u00e9e postmoderne, par d\u00e9finition vague et informe, ne peut servir de support \u00e0 l&rsquo;argumentaire d&rsquo;un discours unique et clairement orient\u00e9. L&rsquo;apport des th\u00e9oriciens fran\u00e7ais d\u00e9montrera d&rsquo;ailleurs, plusieurs ann\u00e9es plus tard, que les changements sociaux qui ont eu lieu apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale ont appel\u00e9 de nouveaux modes de pens\u00e9e se trouvant \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des prises de positions univoques caract\u00e9ristiques des philosophies occidentales depuis les Lumi\u00e8res. Quoique Howe n&rsquo;utilise pas les termes suivants, on retient de sa critique que l&rsquo;esth\u00e9tique postmoderniste est en quelque sorte victime d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 historique qu&rsquo;elle se doit de mettre en r\u00e9cit \u00e0 travers la force totalisante du langage, alors que cette r\u00e9alit\u00e9 est elle-m\u00eame multiple et informe et se refuse \u00e0 la totalisation\u00a0: \u00ab\u00a0How to give shape to a world increasingly shapeless and an experience increasingly fluid [\u2026]?\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.25.) Les romanciers de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, posant le regard sur la r\u00e9alit\u00e9 qui les entoure, constatent \u00ab\u00a0the hovering sickness of soul, the despairing contentment, the prosperous malaise. [\u2026] Yet the problem remain[s]\u00a0: how can one represent malaise, which by nature is vague and without shape?\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>,\u00a0p.27.)<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me que pressent Howe est celui d&rsquo;une crise de la repr\u00e9sentation, car le probl\u00e8me de la litt\u00e9rature postmoderne est non le malaise social lui-m\u00eame, comme Howe semble le sugg\u00e9rer en comparant le postmodernisme am\u00e9ricain \u00e0 la litt\u00e9rature des \u00ab\u00a0angry young men\u00a0\u00bb, mais sa <em>repr\u00e9sentation<\/em>, son passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit. Cette question est au centre du d\u00e9bat sur la puissance politique de l&rsquo;esth\u00e9tique postmoderniste. J\u00fcrgen Habermas, seize ans apr\u00e8s Howe, confirmera dans <em>Legitimation Crisis<\/em> l&rsquo;intuition de ce dernier en supposant une influence circulaire entre la d\u00e9gradation des id\u00e9aux progressistes et la d\u00e9t\u00e9rioration des grands sch\u00e9mas de repr\u00e9sentation occidentaux. Habermas, comme Howe, voit entre ces deux termes une dynamique cyclique \u00e0 laquelle la litt\u00e9rature postmoderniste ne peut rien changer; elle n&rsquo;a d&rsquo;autre choix que d&rsquo;y participer. Pour d&rsquo;autres critiques comme Fredric Jameson et Jean-Fran\u00e7ois Lyotard, une crise de la repr\u00e9sentation comme celle de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre a plut\u00f4t des cons\u00e9quences \u00e9pist\u00e9mologiques importantes. Pour ceux-ci, la repr\u00e9sentation du savoir, entre autres \u00e0 travers l&rsquo;art, est la condition m\u00eame de ce savoir. Une remise en question de la repr\u00e9sentation m\u00e8ne donc \u00e0 une remise en question de la connaissance elle-m\u00eame, et des id\u00e9es consid\u00e9r\u00e9es comme des v\u00e9rit\u00e9s. De ce point de vue, la litt\u00e9rature postmoderne, en remettant en cause les sch\u00e9mas traditionnels de la repr\u00e9sentation, exercerait une action directe sur les cat\u00e9gories de savoir.<\/p>\n<p>Il demeure que, pour Howe, disciple du socialisme dont m\u00eame le maccarthisme n&rsquo;a pu saper l&rsquo;engagement, le postmodernisme est trop flasque pour m\u00e9riter ses lettres de noblesse. Des ann\u00e9es avant que les post-humanistes europ\u00e9ens en popularisent l&rsquo;id\u00e9e, il semble que Howe pressente que la pens\u00e9e postmoderne s&rsquo;oppose \u00e0 la logique de l&rsquo;h\u00e9ritage des Lumi\u00e8res, dont est issu en d\u00e9finitive le marxisme\u00a0: la pens\u00e9e des Lumi\u00e8res suppose effectivement un humanisme et une id\u00e9ologie du progr\u00e8s auxquels se refuse le postmodernisme, en raison de son rejet de toute doctrine univoque. C&rsquo;est ce nouveau climat culturel qui, selon Howe, inspire la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;auteurs, climat qu&rsquo;il d\u00e9signe tr\u00e8s vaguement sous le nom de \u00ab\u00a0culture de masse\u00a0\u00bb et qui se caract\u00e9rise par une suite de sympt\u00f4mes dont plusieurs peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme une r\u00e9ticence \u00e0 exercer une action politique sur le monde\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Passivity becomes a widespread social attitude\u00a0: the feeling that life is a drift over which one has little control and that even when men do have shared autonomous opinions they cannot act them out in common. [\u2026] Disagreement, controversy, polemic are felt to be in bad taste; issues are \u02bbironed out\u02bc or \u02bbsmoothed away\u02bc; reflection upon the nature of society is replaced by observation of its mechanics.\u00a0(<em>Ibid.<\/em>, p.25.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Enfin, la combinaison de la passivit\u00e9 de l&rsquo;individu et de l&rsquo;aversion sociale pour la discorde culmine en un passage graduel \u00e0 l&rsquo;obsolescence de l&rsquo;engagement au profit de causes, quelles qu&rsquo;elles soient\u00a0: \u00ab\u00a0The era of \u02bbcauses,\u02bc good or bad, comes to an end; strong beliefs seem anachronistic [\u2026].\u00a0\u00bb (<em>Id.<\/em>)<\/p>\n<p>L&rsquo;esth\u00e9tique postmoderniste serait, pour Irving Howe, la cons\u00e9quence d&rsquo;une d\u00e9politisation croissante de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, non subversive ou critique, mais simplement complice et m\u00eame platement symptomatique de l&rsquo;apathie sociale. C\u2019est en r\u00e9action \u00e0 cette premi\u00e8re interpr\u00e9tation politique mais n\u00e9gative du postmodernisme que se construiront quelques ann\u00e9es plus tard les discours de penseurs comme Leslie Fiedler et Ihab Hassan. Ce dernier, connu principalement pour la table d&rsquo;oppositions entre le modernisme et le postmodernisme qu&rsquo;il a publi\u00e9e en 1982, publie toutefois ses premi\u00e8res r\u00e9flexions sur le sujet bien des ann\u00e9es plus t\u00f4t, vers la fin des ann\u00e9es 60.<\/p>\n<h2>Nouveaux territoires de la critique<\/h2>\n<p>La pens\u00e9e de Hassan a beaucoup chang\u00e9 \u00e0 travers les ann\u00e9es. Elle s&rsquo;est transform\u00e9e et raffin\u00e9e, au point o\u00f9 il a subs\u00e9quemment ressenti l&rsquo;imp\u00e9ratif de revenir sur ses propres positions pour les mod\u00e9rer. Il importe tout de m\u00eame de se r\u00e9f\u00e9rer aux articles qu&rsquo;il a publi\u00e9s sur le sujet d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 70, au moment o\u00f9 il exp\u00e9rimente avec ce qu&rsquo;il nomme une \u00ab\u00a0paracritique\u00a0\u00bb, afin de rendre justice au ton de son intuition premi\u00e8re, ainsi qu\u2019\u00e0 la p\u00e9riode qui a suivi les \u00e9crits incendiaires de Howe et de Levin sur la mont\u00e9e du postmodernisme.<\/p>\n<p>Les premiers articles de Hassan au sujet du postmodernisme n&rsquo;utilisent pas cette lourde expression qui est \u00e0 ce moment encore rare dans le domaine litt\u00e9raire et \u00e0 laquelle il pr\u00e9f\u00e8re les termes \u00ab\u00a0anti-literature\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0the literature of silence\u00a0\u00bb, dont il retrace des manifestations dans le paysage litt\u00e9raire bien au-del\u00e0 de la p\u00e9riode d\u00e9sign\u00e9e aujourd&rsquo;hui comme postmoderne. De la distinction entre le postmodernisme et le modernisme chez Hassan, Connor offre l&rsquo;explication suivante\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>So one of the most obvious problems for anyone trying to extract from Hassan&rsquo;s work a definition of what postmodernism might be, is his unsurrendering insistence that \u00ab\u00a0the postmodern spirit lies coiled within the great corpus of modernism\u00a0\u00bb (<em>TPL<\/em>, 139). This is to see postmodernism partly as a kind of Dionysiac virus within modernism, tempting it to the extremes of madness and self-dissolution, and partly as the secret inner principle of modernism.\u00a0(Connor, 1997, p.118.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plut\u00f4t que de consid\u00e9rer le postmodernisme comme \u00e9tant en conflit ou en opposition directe avec le modernisme, il voit entre les deux mouvements une fluide continuit\u00e9. Hassan cherche \u00e0 d\u00e9peindre l\u2019\u00e9volution de la place prise par ce qu\u2019il nomme le \u00ab\u00a0silence\u00a0\u00bb dans la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine et en trouve les traces dans des textes datant de bien avant la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>En 1970, Hassan publie dans le <em>Virginia Quarterly<\/em> un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Frontiers of Criticism\u00a0: Metaphors of Silence\u00a0\u00bb qui se veut une r\u00e9ponse aux d\u00e9tracteurs de la nouvelle litt\u00e9rature dont la voix se fait de plus en plus entendre au cours des ann\u00e9es\u00a060. \u00c0 propos des positions prises dans cet article, Hassan se montrera par la suite plus pond\u00e9r\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>In 1959 and 1960, Irving Howe and Harry Levin wrote of postmodernism rather disconsolately as a falling off from the great modernist movement. It remained for Leslie Fiedler and myself, among others, to employ the term during the sixties with premature approbation, and even with a touch of bravado. Fiedler had it in mind to challenge the elitism of the high-modernist tradition in the name of popular culture. I wanted to explore the impulse of self-unmaking which is part of the literary tradition of silence.\u00a0(1987, p.86.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une tradition de silence que, dans son article de 1970, Hassan dit vouloir \u00e9tendre \u00e9galement \u00e0 la pratique de la critique litt\u00e9raire. En effet, \u00e0 ce moment de l&rsquo;histoire, nombreux sont ceux qui consid\u00e8rent que la critique se construit de fa\u00e7on tout \u00e0 fait anachronique, dont Ralph Cohen, fondateur du p\u00e9riodique <em>New Literary History\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0The writings of the critics and theorists who argue for \u201cpostmodern\u201d as a turning away from modernism find themselves, with few exceptions, continuing to write in the essay genres that were characteristic of modernism.\u00a0\u00bb (Cohen, 2000, p.304.) Hassan partage enti\u00e8rement ce point de vue\u00a0: l\u2019analyse litt\u00e9raire de l\u2019\u00e9poque, qui fonctionne toujours sous le mode moderniste, ne rend pas justice \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique postmoderniste.<\/p>\n<p>Dans son essai de 1970, Hassan tente donc de renouveler sa propre pratique en incorporant dans son discours critique certains traits formels attribu\u00e9s \u00e0 la fiction postmoderniste\u00a0: au lieu de structurer son argumentaire en suivant une suite logique et univoque, il le construit \u00e0 l&rsquo;aide de listes, d&rsquo;anecdotes, d&rsquo;un r\u00e9cit onirique et m\u00eame d&rsquo;une r\u00e9citation prenant la forme d&rsquo;un po\u00e8me. Le langage de l&rsquo;autorit\u00e9 moderne se d\u00e9fait pour laisser place \u00e0 une r\u00e9flexion fluide aux conclusions nuanc\u00e9es et ouvertes. Ses explorations formelles atteignent un nouveau sommet dans son article de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, \u00ab\u00a0POSTmodernISM\u00a0: A Paracritical Bibliography\u00a0\u00bb, qui inclut des explorations typographiques, une bibliographie au beau milieu du texte ainsi que des blancs \u00e0 remplir par le lecteur. Par ailleurs, le propos lui-m\u00eame repose sur une logique de la disjonction et de la plurivocit\u00e9, si bien que la pens\u00e9e qu&rsquo;il exprime ne peut en d\u00e9finitive \u00eatre s\u00e9par\u00e9e de la mat\u00e9rialit\u00e9 m\u00eame du texte.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la naissance d&rsquo;une critique nouvelle, qui est \u00e0 la critique moderne ce que le postmodernisme est au modernisme, on peut se demander quelle est r\u00e9ellement la limite entre la litt\u00e9rature et la critique. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;abolition de cette limite que propose Hassan. Suivant la logique selon laquelle \u00ab\u00a0fact and fiction have now become the same\u00a0\u00bb (Hassan, 1970, p.89), les textes critiques se doivent, pour leur part, de se fondre \u00e0 la litt\u00e9rature en assimilant ses caract\u00e9ristiques formelles\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Criticism should learn about discontinuity [\u2026]. It should offer the reader empty spaces, silences, in which he can meet in the presence of literature. This is the new anti-criticism; or better still, paracriticism. This, as Brown saw, is also the method of symbolism\u00a0[&#8230;].\u00a0(<em>Ibid.<\/em>, p.91.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hassan propose \u00e0 la critique de devenir, comme la litt\u00e9rature qui est son objet, multivoque. Ce sont les propos de Norman O. Brown, philosophe et penseur de l\u2019herm\u00e9neutique moderne, qu\u2019il reprend afin de soutenir cette proposition. Brown pr\u00e9tend que la logique moderne de la lecture et de l&rsquo;interpr\u00e9tation des textes se dessine sur l\u2019horizon du protestantisme, qui transmet un mod\u00e8le pr\u00e9cis de lecture \u00e0 travers son interpr\u00e9tation du texte biblique. En \u00e9tablissant de fa\u00e7on claire l&rsquo;unique r\u00e9elle signification des textes sacr\u00e9s, l\u2019herm\u00e9neutique protestante a, selon Brown, transmis \u00e0 la critique moderne une tradition d&rsquo;engagement tacite au principe d&rsquo;univocit\u00e9 qui projette sur tout texte analys\u00e9 l&rsquo;impression d&rsquo;une unit\u00e9 organique. Hassan rejette cette tradition. Principale source, selon lui, du m\u00e9contentement des critiques face au postmodernisme, qui se refuse \u00e0 une lecture limpide et irr\u00e9cusable, elle les emp\u00eacherait de voir tout le potentiel rassembleur de la litt\u00e9rature du silence dont on sent, \u00e0 travers les envol\u00e9es de Hassan dans \u00ab\u00a0Frontiers of Criticism\u00a0: Metaphors of Silence\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il y voit la cl\u00e9 du destin humain.<\/p>\n<p>Hassan affirme donc qu&rsquo;une r\u00e9forme de l&rsquo;esth\u00e9tique de la critique est n\u00e9cessaire, mais dans quel but? Il rappelle la th\u00e8se postmoderne selon laquelle l&rsquo;humanisme des trois derniers mill\u00e9naires tire \u00e0 sa fin et que, si la litt\u00e9rature plus qu&rsquo;aucun autre art a soutenu cette id\u00e9ologie \u00e0 travers l&rsquo;histoire, c\u2019est l\u00e0 un r\u00f4le que la critique lui a toujours envi\u00e9. Devant ce constat, une question se pose\u00a0: \u00ab\u00a0How will criticism speak when humanism ceases to breathe? How will criticism survive?\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.84.) Afin de retrouver une fonction sociale, la critique devra, tout comme la fiction, se r\u00e9former. Plus la soci\u00e9t\u00e9 avance vers son ach\u00e8vement le plus parfait, moins l&rsquo;art lui est n\u00e9cessaire\u00a0: \u00ab\u00a0The excellence of our senses, the redemption of our consciousness, the perfection of the human community, tend to make art superfluous.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.86.) La litt\u00e9rature du silence a pour Hassan une force n\u00e9gative qui lui conf\u00e8re une propension \u00e0 la destruction ou encore au remplacement par le n\u00e9ant, force n\u00e9gative qui culmine en un d\u00e9ni de l&rsquo;art lui-m\u00eame. Cette litt\u00e9rature, afin de r\u00e9aliser sa propre n\u00e9gation, se montre sous son jour le plus absurde et nie sa propre existence \u00e0 travers l&rsquo;usage de la page blanche. Chez des auteurs comme Robert Coover, Donald Barthelme ou John Barth, elle d\u00e9rive vers le ludisme, l&rsquo;al\u00e9atoire, l&rsquo;impossibilit\u00e9 interpr\u00e9tative.<\/p>\n<p>L&rsquo;effet de cette inanit\u00e9 grandissante de l&rsquo;art en tant qu\u2019art est que l&rsquo;autonomie de la litt\u00e9rature par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 est de moins en moins pris\u00e9e. D\u2019ailleurs, comme le remarque Hassan, \u00ab\u00a0the distinction between art and life is one that few contemporary artists find interesting to maintain.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.88.) Paradoxalement, c&rsquo;est ce rapprochement de la litt\u00e9rature et de la r\u00e9alit\u00e9, caus\u00e9 par le glissement de l&rsquo;art dans la d\u00e9su\u00e9tude, qui lui donne un certain pouvoir politique. L\u2019art n\u2019est d\u00e9sormais plus une sph\u00e8re de la vie humaine \u00e0 l\u2019\u00e9cart des autres; afin de justifier son existence, elle doit se m\u00ealer au destin humain. Et comme les distinctions entre critique et litt\u00e9rature tendent \u00e9galement \u00e0 s\u2019amenuiser, la m\u00eame chose peut \u00eatre dite de la critique litt\u00e9raire\u00a0: \u00ab\u00a0the critic must seek continually to wed language and reality in some region of his awareness [\u2026] [and] learn that nothing finally needs to be said about literature. Beyond criticism, and teleologically present in criticism, lie the silent erotics of participation, of union.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.90.) Par la rencontre du texte et du monde, la critique doit r\u00e9flexivement proclamer sa propre inefficacit\u00e9. Elle porte en son propre sein \u00e0 la fois la trace de son inutilit\u00e9 et le mouvement qui l&rsquo;unit \u00e0 la vie et lui donne son pouvoir participatif dans le devenir humain.<\/p>\n<p>Hassan est r\u00e9put\u00e9 pour \u00eatre parmi les premiers critiques am\u00e9ricains \u00e0 avoir pris connaissance des travaux des d\u00e9constructionnistes (Bertens. 1995. p.45) et sa pens\u00e9e en porte d\u2019ailleurs les couleurs\u00a0: \u00ab\u00a0In a very general way, most of Hassan&rsquo;s postmodern features \u2014 and perhaps all of them \u2014 are related to Deconstructionism&rsquo;s concept of a decentered world.\u00a0\u00bb (Bertens, 1986, p.28.) C\u2019est d\u2019ailleurs par cette disparition des forces centralisatrices que Hassan caract\u00e9rise les tendances politiques du postmodernisme, comparativement \u00e0 celles du modernisme\u00a0: \u00ab\u00a0Yet it is already possible to note that whereas Modernism created its own forms of Authority, precisely because the center no longer held, Postmodernism has tended toward Anarchy, in deeper complicity with things falling apart.\u00a0\u00bb (Hassan, 1971, p.29.) La th\u00e9matique de l&rsquo;anarchisme inh\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique postmoderniste revient d&rsquo;ailleurs \u00e0 plusieurs reprises dans les textes de Hassan. Il s\u2019agit d\u2019une esth\u00e9tique d\u2019attaque\u00a0: \u00ab\u00a0[n]ot only aesthetic but also actual (guerilla) attacks on reason and history, science and society.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.27.)<\/p>\n<p>La position du postmodernisme sur le compas politique est une pr\u00e9occupation constante de la pens\u00e9e de Hassan, mais les textes pr\u00e9sent\u00e9s ici datent du d\u00e9but de sa r\u00e9flexion sur le sujet, r\u00e9flexion qu&rsquo;il a d\u00e9velopp\u00e9e jusque dans les ann\u00e9es 2000. De plus, comme l\u2019esth\u00e9tique de ses premiers articles leur refuse une conclusion univoque, ils adoptent une position mitig\u00e9e et empreinte de doute par rapport \u00e0 la force politique du postmodernisme, en comparaison avec celle du modernisme\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Yet is the Anarchy of Postmodernism a deeper response, somehow more inward with our destiny? Though my sympathies are in the present, I can not believe this to be so. True, there is enhancement of life in certain anarchies of the spirit, in humor and play, in love released and freedom of the imagination to overreach itself, in a cosmic consciousness of variousness as of unity. I recognize these as values intended by Postmodern art, and see the latter as closer, not only in time but even more in tenor, to the transformation of hope itself.\u00a0(<em>Ibid.<\/em>, p.30.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette incertitude n&#8217;emp\u00eache pas qu&rsquo;un id\u00e9al transparaisse \u00e0 travers les \u00e9crits de Hassan, qui demeure tout compte fait plus humaniste qu&rsquo;il ne veuille bien le laisser croire, \u00ab\u00a0because he still expects so much from literary language.\u00a0\u00bb (Bertens, 1995, p.45.) C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation spirituelle de la communaut\u00e9 humaine \u00e0 travers la puissance de l&rsquo;esth\u00e9tique postmoderniste qui le hante quand il conclut ainsi sa r\u00e9flexion sur les nouveaux r\u00f4les que la critique telle qu&rsquo;il l&rsquo;envisage (multivoque, disjonctive, paracritique) doit acqu\u00e9rir\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[t]here is a power in literature that enhances our presence as it recovers the infinitude of human consciousness. That same power, richly felt, adapts the future to our needs. That same power fits our will to evolution. Let criticism, then, [&#8230;] become a design for life. Let it envision a new man. Let it also praise, and thus foster mutability. This I know\u00a0: at the frontiers, things come together. The frontiers are here. As Cage put it, \u00ab\u00a0The purpose of one activity is no longer separate from the purpose of any other activity.\u00a0\u00bb Perhaps all activities are a metamorphosis that we can understand only, silently, in metaphors of love.\u00a0(Hassan, 1970, p.95.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 un bilan aux accents plut\u00f4t mystiques dont l&rsquo;avantage est d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la conclusion monolithique qui est le propre de la critique moderne. La question politique demeure plut\u00f4t \u00e9th\u00e9r\u00e9e dans le discours que propose Hassan sur la question du postmodernisme; cependant, son projet de renouvellement de la critique est incontestablement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exercice d&rsquo;une action positive sur le destin humain, dans un contexte o\u00f9 les champs artistique, social et culturel ne sont plus des syst\u00e8mes isol\u00e9s les uns des autres, mais des vases communicants qui \u00e0 la fois s&rsquo;inspirent de ce destin et le nourrissent. La conception que se fait Hassan de l&rsquo;impact politique de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, pour tout ce qu\u2019elle communique en termes d\u2019optimisme et de conviction, n&rsquo;est toutefois pas aussi concr\u00e8te ou puissante que celle de son contemporain et fr\u00e8re d&rsquo;armes dans la bataille de la l\u00e9gitimation du postmodernisme, Leslie Fiedler.<\/p>\n<h2>Fiedler et le Pop art\u00a0: franchir le gouffre<\/h2>\n<p>Les ann\u00e9es 60 sont la d\u00e9cennie du Pop art. Leslie Fiedler fonde sa conception du postmodernisme litt\u00e9raire presque exclusivement \u00e0 partir de l&rsquo;influence que ce grand courant artistique exerce sur la litt\u00e9rature. R\u00e9solument am\u00e9ricain dans sa pens\u00e9e et les objets de sa critique, Fiedler a parfois m\u00eame \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 d\u2019europhobe. D\u00e8s 1965, dans le p\u00e9riodique <em>Partisan Review<\/em> et en r\u00e9ponse \u00e0 Irving Howe qui, six ans auparavant, y avait publi\u00e9 sa critique virulente du postmodernisme, il fait para\u00eetre son article \u00ab\u00a0The New Mutants\u00a0\u00bb dans lequel il explique comment le Pop art a r\u00e9ussi \u00e0 franchir et \u00e0 \u00e9liminer le gouffre entre la culture de masse et la culture d&rsquo;\u00e9lite. Quelques ann\u00e9es plus tard, il pr\u00e9cise ses observations dans <em>Cross the Border \u2013 Close the Gap<\/em>, un essai qui proclame la mort du modernisme et l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e8re postmoderniste, en faveur de laquelle il se prononce, du fait qu&rsquo;elle repr\u00e9sente pour lui un mouvement tr\u00e8s attendu de d\u00e9mocratisation de l&rsquo;art.<\/p>\n<p>Fiedler fait partie des ennemis du modernisme les plus bruyants, annon\u00e7ant sans r\u00e9serve que \u00ab\u00a0the traditional novel is dead \u2014 not dying, but dead.\u00a0\u00bb (Fiedler, 1992, p.34.) Les ann\u00e9es 60 sont les moments de gloire d&rsquo;un Pop art fort et vigoureux qui fournit une forte inspiration aux renouvellements formels de la litt\u00e9rature postmoderniste. Cette litt\u00e9rature se caract\u00e9rise par une esth\u00e9tique domin\u00e9e par les proc\u00e9d\u00e9s que sont le collage, la parodie et le pastiche, et \u00e0 partir de laquelle Fiedler d\u00e9finit sa version du postmodernisme. Cela se manifeste, selon Fiedler, par la r\u00e9cup\u00e9ration des formes du western, de la science-fiction et de la pornographie; il n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas anodin que <em>Cross the Border \u2013 Close the Gap<\/em> ait \u00e9t\u00e9 d&rsquo;abord publi\u00e9 en 1969, sous forme d&rsquo;article dans le <em>Playboy Magazine<\/em> de Hugh Hefner. Sa critique, parce qu&rsquo;elle vise moins la d\u00e9mocratisation de l&rsquo;art des hautes sph\u00e8res culturelles que la l\u00e9gitimation de la culture populaire, s&rsquo;inscrit dans une tradition critique am\u00e9ricaine; elle se distingue d&rsquo;ailleurs volontairement de la tradition des penseurs europ\u00e9ens. Le postmodernisme, pour Fiedler, est incontestablement am\u00e9ricain, comme l&rsquo;annonce l&rsquo;exemple du western en tant que forme populaire de premier choix \u00e0 \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e. D&rsquo;ailleurs, celui-ci n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 disqualifier du postmoderne le <em>nouveau roman<\/em> fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Robbe-Grillet, for example, is still the prisoner of dying notions of the <em>avant-garde<\/em>; and though he is aware of half of what the new novelist must do (destroy the Old, destroy Marcel Proust), he is unaware of what he must create in its place.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.36.) Selon lui, il manque \u00e0 la tradition europ\u00e9enne cet appel \u00e0 la culture populaire que le roman se doit de faire pour survivre et se m\u00e9riter le qualificatif vivant et actuel de postmoderniste.<\/p>\n<p>La grande valeur du postmodernisme en tant que r\u00e9cup\u00e9ration des formes populaires est qu&rsquo;il remet en question l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des genres litt\u00e9raires. Parall\u00e8lement \u00e0 Ihab Hassan, Fiedler sugg\u00e8re une r\u00e9volution du genre de la critique\u00a0: \u00ab\u00a0Why not, then, invent a New New Criticism, a Post-Modernist criticism appropriate to Post-Modernist fiction and verse?\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>, p.32.) Cette critique r\u00e9invent\u00e9e serait contextuelle plut\u00f4t que textuelle, d\u00e9laissant la structure et la syntaxe au profit d&rsquo;une dynamique et d&rsquo;un rythme divinatoires, magiques et empreints de folie. Comme Hassan, il remet en question la distinction cat\u00e9gorique effectu\u00e9e entre critique et litt\u00e9rature. Cette tendance postmoderniste \u00e0 la transgression des registres et des genres r\u00e9serv\u00e9s aux cultures \u00ab\u00a0haute\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0basse\u00a0\u00bb est porteuse d&rsquo;une pulsion anti-artistique et anti-\u00e9litiste qui, par ailleurs, se trouve \u00e0 \u00eatre anti-moderniste et anti-intellectuelle.<\/p>\n<p>La pr\u00e9misse th\u00e9orique que donne Fiedler \u00e0 son \u00ab\u00a0The New Mutants\u00a0\u00bb ne laisse planer aucun doute sur la conception qu\u2019il a du r\u00f4le social de la litt\u00e9rature\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>At any rate, [affirme-t-il,] we have long been aware (in the last decades uncomfortably aware) that a chief function of literature is to express and in part to create not only theories of times but also attitudes toward time. Such attitudes constitute, however, a politics as well as an esthetics [\u2026].\u00a0(Fiedler, 1965, p.506.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Andreas Huyssen fait remarquer que la scandaison du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0post-\u00a0\u00bb dans cette communication (car l\u2019essai de Fiedler est la retranscription d&rsquo;une conf\u00e9rence prononc\u00e9e sur le campus de Rutgers en juin 1965) a eu un effet exaltant\u00a0: \u00ab\u00a0[t]he postmodern harbored the promise of a \u201cpost-white\u201d, \u201cpost-male\u201d, \u201cpost-humanist\u201d, \u201cpost-Puritan\u201d world.\u00a0\u00bb (Huyssen, 1988, p.194.) Le roman se voit attribuer \u00ab\u00a0a revolutionary or prophetic or futurist function\u00a0\u00bb (Fiedler, 1965, p.506) qui devient, de plus en plus clairement dans les propos de Fiedler, une puissance active sur l&rsquo;avenir social des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Fiedler \u00e9crit \u00e0 un moment de l&rsquo;histoire o\u00f9 la contre-culture am\u00e9ricaine s&rsquo;exprime haut et fort. Les ann\u00e9es 60 sont une p\u00e9riode explosive de protestations populaires et de contestation de l&rsquo;autorit\u00e9 en place; il n&rsquo;est donc pas surprenant que la litt\u00e9rature prenne une importance politique si marqu\u00e9e dans la pens\u00e9e de Fiedler. Les brouillages entre culture d&rsquo;\u00e9lite et culture de masse prennent d&#8217;embl\u00e9e une couleur subversive\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[T]o turn high art into vaudeville and burlesque at the same moment that Mass Art is being irreverently introduced into museums and libraries is to perform an act which has political as well as aesthetic implications\u00a0: an act which closes a class, as well as a generation gap. The notion of one art for the \u00ab\u00a0cultural,\u00a0\u00bb i.e., the favored few in any given society and in another subart for the \u00ab\u00a0uncultured,\u00a0\u00bb i.e., an excluded majority [\u2026], in fact represents the last survival in mass industrial societies (capitalist, socialist, communist \u2014 it makes no difference in this regard) of an incidious distinction proper only to a class-structured community.\u00a0(Fiedler, 1992, p.43.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Face \u00e0 l\u2019existence de diff\u00e9rents types de culture correspondant \u00e0 diff\u00e9rentes classes sociales, face aux perturbations dont le Pop art est responsable dans ce contexte social, force est de constater que, comme l&rsquo;affirme Fiedler, \u00ab\u00a0Pop Art is, whatever its overt politics, <em>subversive\u00a0<\/em>: a threat to all hierarchies insofar as it is hostile to order and ordering in its own realm.\u00a0\u00bb (<em>Id.<\/em>) En questionnant les distinctions entre les diff\u00e9rentes \u00ab\u00a0classes\u00a0\u00bb d\u2019art, le postmodernisme questionne par extension le syst\u00e8me social des classes.<\/p>\n<p>Si le mod\u00e8le de potentialit\u00e9 politique de Fiedler poss\u00e8de de grandes forces, il comporte n\u00e9anmoins une faille que d\u00e9nonce Paul Maltby dans son essai, <em>Dissident Postmodernists<\/em>. Fiedler assume que la litt\u00e9rature postmoderniste r\u00e9ussit \u00e0 r\u00e9unir deux lectorats\u00a0: le cultiv\u00e9 et le populaire. Toutefois, comme le fait remarquer Maltby,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[s]urely one has to be intellectually prepared for works like <em>Lost in the Funhouse<\/em> [John Barth] or <em>Pale Fire<\/em> [Vladimir Nabokov] [\u2026]. These are \u00ab\u00a0self-reflexive\u00a0\u00bb works which depend upon the reader&rsquo;s prior knowledge of the narrative conventions they exploit, parody, and subvert. Whether or not these works sell well, they speak, first and foremost, to the minority sensibility of the college educated.\u00a0(1999, p.18.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les textes que Fiedler prend en exemple pour d\u00e9finir son esth\u00e9tique, m\u00eame s&rsquo;ils se font conna\u00eetre d&rsquo;un large public, ne s&rsquo;adressent en d\u00e9finitive qu&rsquo;aux r\u00e9cipiendaire d&rsquo;une culture lettr\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une \u00e9lite; en cela, le postmodernisme de Fiedler se rapproche du modernisme qu&rsquo;il d\u00e9nonce pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 il pr\u00e9tend s&rsquo;en distancier.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;en demeure pas moins que le mod\u00e8le propos\u00e9 dans \u00ab\u00a0The New Mutants\u00a0\u00bb et <em>Cross the Border \u2013 Close the Gap<\/em> a le m\u00e9rite d&rsquo;anticiper de plusieurs d\u00e9cennies sur les d\u00e9veloppements subs\u00e9quents dans les discours sur le postmodernisme\u00a0:<\/p>\n<p>Although Fiedler does not yet present the typical 1980s view of Enlightenment humanism as deeply prejudiced against women and people of color, he anticipates the Enlightenment critique that would be imported with the work of the French theorists. He is, with qualificartions such as \u00ab\u00a0post-white\u00a0\u00bb and \u00ab\u00a0post-male\u00a0\u00bb, arguably even closer to the spirit of the later 1980s and early 1990s than the French theorists who are now generally seen as the champions of posthumanisms.\u00a0(Bertens, 1995, p.30.)<\/p>\n<p>En effet, la pens\u00e9e de Fiedler en appelle \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;un d\u00e9bat plus pouss\u00e9 sur la dialectique postmoderne. Cette dialectique, ancr\u00e9e dans la tension qui caract\u00e9rise toujours les prises de position critiques sur le postmodernisme apr\u00e8s Fiedler, oscille entre complicit\u00e9 avec le syst\u00e8me \u00e9tabli d\u2019une part et, d\u2019autre part, contestation des structures de pouvoir au nom de la d\u00e9mocratisation de l&rsquo;art.<\/p>\n<p>De la fin des ann\u00e9es 50 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, le postmodernisme a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 tout consensus, dans la pratique comme dans la critique. Ses formes multiples ont contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9largir l\u2019\u00e9ventail des discours \u00e0 son propos; mais c\u2019est d\u2019abord l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 de son discours qui a suscit\u00e9 la discorde. Comment, apr\u00e8s tout, d\u00e9construire le concept d\u2019id\u00e9ologie et ensuite pr\u00e9tendre d\u00e9tenir une solution ou un discours alternatif? \u00c0 la fois complice et contestataire, le postmodernisme litt\u00e9raire ne propose rien sinon d\u2019exposer le fait qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 proposer. Mais, d\u00e9j\u00e0, cette proposition peut \u00eatre le point de d\u00e9part d\u2019une action sociale qui se situerait en dehors de la litt\u00e9rature; c\u2019est ce que pressent Hassan quand il glorifie une litt\u00e9rature qui tend \u00e0 s\u2019annihiler elle-m\u00eame, pour laisser place \u00e0 l\u2019accomplissement du destin humain. Fiedler non plus n\u2019est pas si loin de cette id\u00e9e de destruction de l\u2019art. En subvertissant les r\u00e8gles qui d\u00e9terminent quel type d\u2019art convient \u00e0 quelle classe sociale, le postmodernisme de Fiedler porte atteinte \u00e0 la structure m\u00eame du monde artistique et litt\u00e9raire. Il en r\u00e9sulte que sa pulsion dominante est destructive par rapport \u00e0 l\u2019art, vu comme un adjuvant \u00e0 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale. Cette pratique artistique s\u2019auto-consume dans l\u2019espoir de voir se construire, dans le sillon laiss\u00e9 par sa destruction, une r\u00e9elle pratique politique de d\u00e9mocratisation.<\/p>\n<p>Tout comme la fiction litt\u00e9raire se nourrit de fiction \u00e0 travers le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;intertextualit\u00e9, la critique litt\u00e9raire se nourrit \u00e9galement de critique. Les discours sur la litt\u00e9rature se r\u00e9pondent, s&rsquo;entre-citent et s&rsquo;inspirent les uns les autres comme autant de nouvelles ou de romans. Avec la paracritique d&rsquo;Ihab Hassan, un pas de plus est franchi\u00a0: la critique, v\u00e9hicule traditionnel d&rsquo;un contenu r\u00e9flexif, s&rsquo;approprie une forme nouvelle, la forme de la fiction qu&rsquo;elle commente. L&rsquo;innovation formelle est r\u00e9put\u00e9e \u00eatre le propre de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire. La critique a-t-elle toujours \u00e9t\u00e9 une forme litt\u00e9raire? Fiedler nous le confirme\u00a0: \u00ab\u00a0criticism is literature or it is nothing.\u00a0\u00bb (1992, p.33.) Le postmodernisme a aboli l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique non seulement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du domaine de la fiction, mais \u00e0 travers tout le domaine du textuel. M\u00eame la fiction, chez John Barth, s&rsquo;occupe de discours critique. Le postmodernisme a s\u00e9vi; les fronti\u00e8res entre les genres ne seront plus jamais imperm\u00e9ables. Mais il y a plus\u00a0: les fronti\u00e8res entre la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction se d\u00e9sagr\u00e8gent. Qu\u2019il soit critique ou litt\u00e9raire, le texte postmoderniste s\u2019occupe d\u00e9finitivement de lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire de politique.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BELL, Daniel. 1976. <em>The Cultural Contradictions of Capitalism<\/em>, London\u00a0: Heinemann, 301\u00a0p.<\/p>\n<p>BERTENS, Hans. 1986. \u00ab\u00a0The Postmodern <em>Weltanschauung<\/em> and its Relation to Modernism\u00a0: An Introductory Survey\u00a0\u00bb, in BERTENS, Hans and Douwe FOKKEMA, <em>Approaching Postmodernism<\/em>. Amsterdam\/Philadelphia\u00a0: John Benjamins Co., pp.\u00a09-48.<\/p>\n<p>\u2013. 1995. <em>The Idea of the Postmodern\u00a0: A History<\/em>. New York\u00a0: Routledge, 284\u00a0p.<\/p>\n<p>COHEN, Ralph. 2000. \u00ab\u00a0Do Postmodernist Genres Exist?\u00a0\u00bb, in LUCY, Niall, <em>Postmodern Literary Theory<\/em>, Malden\u00a0: Blackwell, 454\u00a0p.<\/p>\n<p>CONNOR, Steven. 1997. <em>Postmodernist Culture\u00a0: An Introduction to Theories of the Contemporary<\/em>. Cambridge\u00a0: Blackwell, 2\u00e8me \u00e9dition, 327\u00a0p.<\/p>\n<p>FIEDLER, Leslie A. Automne 1965. \u00ab\u00a0The New Mutants\u00a0\u00bb. <em>Partisan Review<\/em>, vol.\u00a032, no.\u00a04, pp.\u00a0505-25.<\/p>\n<p>\u2013. 1992 [1972]. <em>Cross the Border \u2013 Close the Gap<\/em>, in WAUGH, Patricia, <em>Postmodernism\u00a0: A Reader<\/em>. New York\u00a0: Routledge, pp.\u00a031-48.<\/p>\n<p>GRAFF, Gerald. Hiver 1973. \u00ab\u00a0The Myth of the Postmodernist Breakthrough\u00a0\u00bb. <em>TriQuarterly<\/em>, vol.\u00a026, pp.\u00a0383-417.<\/p>\n<p>HASSAN, Ihab. Hiver 1970. \u00ab\u00a0Frontiers of Criticism\u00a0: Metaphors of Silence\u00a0\u00bb. <em>The Virginia Quarterly<\/em>, vol.\u00a046, no.\u00a01, pp.\u00a081-95.<\/p>\n<p>\u2013. Automne 1971. \u00ab\u00a0POSTmodernISM\u00a0: A Paratactical Bibliography\u00a0\u00bb. <em>New Literary History<\/em>, vol.\u00a03, no.\u00a01, pp.\u00a05-30.<\/p>\n<p>\u2013. 1987. <em>The Postmodern Turn\u00a0: Essays in Postmodern Theory and Culture<\/em>, Colombus\u00a0: Ohio State University Press, 267\u00a0p.<\/p>\n<p>HUYSSEN, Andreas. 1988. \u00ab\u00a0Mapping the Postmodern\u00a0\u00bb, in <em>After the Great Divide<\/em>. Basingstoke\u00a0: Macmillan, pp.\u00a0178-221.<\/p>\n<p>HOWE, Irving. 1992 [1972]. \u00ab\u00a0Mass Society and Postmodern Fiction\u00a0\u00bb, in WAUGH, Patricia, <em>Postmodernism\u00a0: A Reader<\/em>. New York\u00a0: Routledge, pp.\u00a024-31.<\/p>\n<p>LEVIN, Harry. \u00c9t\u00e9 1960. \u00ab\u00a0What Was Modernism?\u00a0\u00bb. <em>Massachussetts Review<\/em>, vol.\u00a01, no.\u00a04, pp.\u00a0609-30.<\/p>\n<p>MALTBY, Paul. 1991. <em>Dissident Postmodernists\u00a0: Berthelme, Coover, Pynchon<\/em>, Philadelphia\u00a0: University of Pennsylvania Press, 215\u00a0p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Ladouceur, Moana. 2010. \u00ab L\u2019imaginaire politique du postmodernisme am\u00e9ricain \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Post &#8211; \u00bb, n\u00b012. En ligne,https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5474\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx). D&rsquo;abord paru dans: Ladouceur, Moana. 2010. \u00ab L\u2019imaginaire politique du postmodernisme am\u00e9ricain \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Post &#8211; \u00bb, n\u00b012\u00a0p. 49-64<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ladouceur-12.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 ladouceur-12.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-2646774d-059f-4e84-88c1-bd19ad9eb3ab\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ladouceur-12.pdf\">ladouceur-12<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ladouceur-12.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-2646774d-059f-4e84-88c1-bd19ad9eb3ab\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Post \u00bb, n\u00b012 But to be an American (unlike being English or French or whatever) is precisely to imagine a destiny rather than to inherit one; since we have always been, insofar as we are Americans at all, inhabitants of myth rather than history \u2014 and have now come to know it. 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