{"id":5483,"date":"2024-06-13T19:48:19","date_gmt":"2024-06-13T19:48:19","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/une-scene-de-destruction-reconstruction-la-bibliotheque-derridienne\/"},"modified":"2024-09-12T02:56:35","modified_gmt":"2024-09-12T02:56:35","slug":"une-scene-de-destruction-reconstruction-la-bibliotheque-derridienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5483","title":{"rendered":"Une sc\u00e8ne de destruction\/reconstruction : la biblioth\u00e8que derridienne"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6884\">Dossier \u00ab Interdisciplinarit\u00e9s \/ Penser la biblioth\u00e8que \u00bb, n\u00b013<\/a><\/h5>\n<h2>Pourquoi la biblioth\u00e8que\u00a0?<\/h2>\n<p>On pourrait commencer cette r\u00e9flexion sur la biblioth\u00e8que, son lieu ou son non-lieu, th\u00e8me qui sert de fil conducteur aux r\u00e9flexions de ce num\u00e9ro de <em>Postures<\/em>, en prenant le livre comme point de d\u00e9part. En effet, les livres sont le r\u00e9f\u00e9rent premier auquel renvoie la biblioth\u00e8que, si bien que la conservation, l\u2019organisation et l\u2019acc\u00e8s aux livres restent quelques-uns de ses objectifs principaux.<\/p>\n<p>Or, pourquoi ce stockage\u00a0? \u00c9tablie par Kant au XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, la distinction entre un livre (<em>opera<\/em>) et l\u2019exemplaire qui le repr\u00e9sente (<em>opus<\/em>) pourrait s\u2019av\u00e9rer utile pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question. D\u2019apr\u00e8s cette distinction, le livre n\u2019est pas une \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb\u00a0(<em>Sache<\/em>), mais le <em>discours<\/em> ou \u00ab\u00a0le simple usage des forces\u00a0\u00bb d\u2019un auteur lorsqu\u2019il s\u2019adresse au public des lecteurs, \u00ab\u00a0en son nom\u00a0\u00bb (Kant, 1995 [1785], p.123). Cette conception du livre co\u00efncide et, en m\u00eame temps, s\u2019oppose \u00e0 celle soutenue par Jacques Derrida dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019id\u00e9e du livre, c\u2019est une id\u00e9e de totalit\u00e9, finie ou infinie, du signifiant\u00a0; cette totalit\u00e9 du signifiant ne peut \u00eatre ce qu\u2019elle est, une totalit\u00e9, que si une totalit\u00e9 du signifi\u00e9 lui pr\u00e9existe, surveille son inscription et ses signes, en est ind\u00e9pendante dans son id\u00e9alit\u00e9 (1967, p. 30). \u00a0\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La conservation du livre ne se justifie donc pas seulement du fait qu\u2019il est un objet mat\u00e9riel, mais du fait qu\u2019il est un <em>discours, <\/em>un <em>logos.<\/em> Autrement dit, les livres ont non seulement une valeur mat\u00e9rielle, mais aussi, osons le dire, une valeur spirituelle; et leur emmagasinage dans les biblioth\u00e8ques tient justement \u00e0 la conservation de cette spiritualit\u00e9 accumul\u00e9e. La biblioth\u00e8que devient d\u00e8s lors un sanctuaire o\u00f9 la possibilit\u00e9 de reconstruire le pass\u00e9 ne s\u2019\u00e9puise jamais\u00a0: le contenu spirituel qui y est gard\u00e9 est la mati\u00e8re informe pour les constructions le plus vari\u00e9es de la m\u00e9moire. On y trouve pourtant non seulement de quoi refaire le pass\u00e9, mais \u00e9galement de quoi imaginer les peurs et les horreurs qui hantent l\u2019imaginaire. Qui plus est, la biblioth\u00e8que d\u00e9tient aussi bien la force de l\u2019autorit\u00e9 et de la tradition que celle de la subversion (Raven, 2004, p. 28).<\/p>\n<p>La force et la valeur symbolique d\u2019une biblioth\u00e8que peuvent \u00eatre particuli\u00e8rement constat\u00e9es lors des \u00e9pisodes historiques menant \u00e0 sa destruction. En effet, de la biblioth\u00e8que d\u2019Alexandrie aux biblioth\u00e8ques d\u00e9truites tout au long du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par des conflits militaires ou par des d\u00e9sastres naturels, l\u2019an\u00e9antissement ou la d\u00e9sagr\u00e9gation des biblioth\u00e8ques suscite les plus vives r\u00e9actions\u00a0: on n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 qualifier l\u2019acte de barbarie, de perte irr\u00e9cup\u00e9rable, voire de crime contre le pass\u00e9 d\u2019un peuple (<em>ibid<\/em>., p.8). Pour documenter ces \u00e9pisodes de perte et de barbarie, l\u2019Unesco a entrepris d\u2019\u00e9tablir une liste des biblioth\u00e8ques d\u00e9truites ou perdues au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, projet qui est \u00e0 son tour encadr\u00e9 par un autre projet dont le nom, \u00ab\u00a0<em>Lost Memories<\/em>\u00a0\u00bb, est r\u00e9v\u00e9lateur \u00e0 bien des \u00e9gards (Unesco, 1996). L\u2019objectif de ce projet documentaire, assure-t-on, n\u2019est pas de dresser un monument fun\u00e9raire aux m\u00e9moires in\u00e9vitablement perdues, mais de sensibiliser les responsables des biblioth\u00e8ques et de pr\u00e9venir, l\u00e0 ou cela est possible, la d\u00e9gradation des ressources documentaires. Cela \u00e9tant, le projet pourrait s\u2019av\u00e9rer utile encore d\u2019une autre fa\u00e7on\u00a0: en motivant la reconstruction des biblioth\u00e8ques perdues.<\/p>\n<p>Or, souvenons-nous que les livres ne sont pas seulement des objets (<em>opus<\/em>), mais aussi des discours (<em>opera<\/em>). D\u00e8s lors, la destruction des biblioth\u00e8ques peut \u00eatre con\u00e7ue non seulement comme la destruction mat\u00e9rielle des livres, mais aussi comme la destruction des discours. Cependant, est-il vraiment possible de d\u00e9truire un discours et comment parvient-on \u00e0 le faire\u00a0? J\u2019aimerais proposer ici d\u2019interroger les possibilit\u00e9s de destruction et de reconstruction de la biblioth\u00e8que par la traduction, et ce, \u00e0 partir de la biblioth\u00e8que du philosophe fran\u00e7ais Jacques Derrida (1930-2004). Autrement dit, je tenterai de revisiter la biblioth\u00e8que derridienne telle qu\u2019elle pourrait \u00eatre d\u00e9truite, puis reconstruite dans ses traductions en espagnol.<\/p>\n<h2>Des biblioth\u00e8ques itin\u00e9rantes et des biblioth\u00e8ques reconstruites\u00a0: un bilan de pertes?<\/h2>\n<p>La traduction a parfois \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e comme l\u2019un des moyens de d\u00e9truire le discours d\u2019autrui. Les reproches aussi bien que les \u00e9loges adress\u00e9s aux traductions tiennent justement, pour la plupart, \u00e0 l\u2019effet destructif ou reconstructif que les traducteurs arrivent \u00e0 produire. En d\u2019autres termes, les trahisons qu\u2019on attribue aux textes traduits sont tr\u00e8s souvent des listes de pertes d\u2019\u00e9l\u00e9ments que le texte traduit n\u2019aurait pas conserv\u00e9s. De m\u00eame, les traductions qui m\u00e9ritent le qualificatif de \u00ab\u00a0recr\u00e9ations\u00a0\u00bb ou, tout simplement, de \u00ab\u00a0bonnes traductions\u00a0\u00bb, atteignent ce statut du fait d\u2019\u00eatre arriv\u00e9es \u00e0 tout \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9rer\u00a0\u00bb du texte de d\u00e9part.<\/p>\n<p>Dans le cas particulier des traductions de textes philosophiques, cela implique r\u00e9cup\u00e9rer la biblioth\u00e8que du philosophe traduit. Pensons, par exemple au cas d\u2019Ath\u00e9n\u00e9e de Naucratis (n\u00e9 environ en 170 de notre \u00e8re) \u00e0 qui on attribue un <em>Banquet des sophistes<\/em> encore conserv\u00e9 de nos jours, et dont l\u2019importance consiste \u00e0 citer de nombreux ouvrages perdus de l\u2019Antiquit\u00e9, et \u00e0 permettre, donc, par l\u2019interm\u00e9diaire des citations, la reconstruction d\u2019une biblioth\u00e8que \u00e0 tout jamais perdue, voire \u00ab\u00a0d\u2019une partie importante de notre pass\u00e9\u00a0\u00bb (Chambat-Houillon-Wall, 2004, p. 28). C\u2019est ainsi que gr\u00e2ce aux citations et aux r\u00e9f\u00e9rences faites dans un texte, on assiste \u00e0 des sc\u00e8nes simultan\u00e9es de destruction et de reconstruction de biblioth\u00e8ques ins\u00e9r\u00e9es dans des textes d\u00e9termin\u00e9s.<\/p>\n<p>La traduction des textes du philosophe Jacques Derrida peut \u00eatre compar\u00e9e au <em>Banquet des sophistes <\/em>d\u2019Ath\u00e9n\u00e9e de Naucratis, non pas parce que les multiples citations de la tradition philosophique occidentale qu\u2019on y trouve renvoient \u00e0 des textes perdus, mais plut\u00f4t parce qu\u2019\u00e0 l\u2019aide de ces citations, il est possible de reconstruire des parties pr\u00e9cises de la biblioth\u00e8que derridienne, voire l\u2019\u00e9chafaudage de son discours. Mais avant d\u2019analyser la fa\u00e7on dont cette biblioth\u00e8que est d\u00e9truite, puis reconstruite en traduction, il convient de signaler le fonctionnement des citations dans les textes de l\u2019auteur<a id=\"footnoteref1_6nuaxj1\" class=\"see-footnote\" title=\"Je remercie Ren\u00e9 Lemieux de m\u2019avoir sugg\u00e9r\u00e9 l\u2019image de la destruction de la biblioth\u00e8que derridienne qui inspire ces pages.\" href=\"#footnote1_6nuaxj1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Il n\u2019y pas de nouveaut\u00e9 \u00e0 dire que le projet th\u00e9orique de la d\u00e9construction a de fortes racines dans la tradition philosophique occidentale dont il cherche \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019<em>essoufflement<\/em>. Tr\u00e8s souvent, la d\u00e9monstration a recours \u00e0 de nombreuses citations qui font l\u2019objet de lectures minutieuses s\u2019int\u00e9ressant surtout \u00e0 l\u2019\u00e9criture et aux formes textuelles, plut\u00f4t qu\u2019au sens qu\u2019on tente de v\u00e9hiculer par celles-ci. Chez Derrida, la citation ne sert donc pas seulement \u00e0 r\u00e9futer ou \u00e0 appuyer une ligne d\u2019argumentation, mais aussi \u00e0 retourner les mots d\u2019un auteur contre le raisonnement qu\u2019il pr\u00e9tendait construire. Autrement dit, cet emploi de la citation\u00a0<em>sollicite<\/em>\u00a0le texte cit\u00e9, si par\u00a0<em>solliciter<\/em>\u00a0on entend le sens attribu\u00e9 \u00e0 ce verbe au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0remuer, agiter, \u00e9branler violemment\u00a0\u00bb, mais aussi \u00ab tourmenter, inqui\u00e9ter\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0exciter, provoquer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0chercher \u00e0 gagner\u00a0\u00bb. Les citations convoqu\u00e9es par les \u00e9crits de Derrida ne font pas seulement partie de sa biblioth\u00e8que, mais permettent de reconstruire une biblioth\u00e8que racontant une autre histoire de la philosophie.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas sans importance d\u00e8s lors de rappeler que l\u2019examen auquel les citations sont soumises se fonde souvent sur leurs formes linguistiques. Autrement dit, l\u2019argumentation est d\u00e9velopp\u00e9e sur la base des termes et des formulations dans des langues d\u00e9termin\u00e9es, telles que le grec, le latin, l\u2019allemand ou les traductions fran\u00e7aises des \u0153uvres philosophiques originalement \u00e9crites dans ces langues-l\u00e0.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi que cet emploi des citations lance aux traducteurs des textes derridiens n\u2019est donc pas \u00e0 n\u00e9gliger. En effet, face \u00e0 de nombreuses citations des philosophes qui ont souvent d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 traduits, les traducteurs sont confront\u00e9s \u00e0 de longues recherches relatives aux propos cit\u00e9s par Derrida, pour constater que, finalement, la traduction existante ne dit pas exactement la \u00ab\u00a0m\u00eame chose\u00a0\u00bb que celle \u00e0 partir de laquelle Derrida construit son argumentation.<\/p>\n<p>La traduction en espagnol de <em>La carte postale <\/em>en est un exemple. Dans sa pr\u00e9face, Tom\u00e1s Segovia, le traducteur de Derrida et de Lacan, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ces difficult\u00e9s de traduction dans les termes suivants\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 la nature du texte, il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 ad\u00e9quat d\u2019employer des traductions espagnoles \u00ab\u00a0autoris\u00e9es\u00a0\u00bb des fragments cit\u00e9s par Derrida\u00a0: j\u2019aurais d\u00fb confronter ces versions avec leurs originaux, avec les traductions fran\u00e7aises cit\u00e9es et avec les versions de Derrida lui-m\u00eame. Par exemple, en ce qui concerne les citations de la \u00ab\u00a0Lettre vol\u00e9e\u00a0\u00bb, j\u2019ai suivi le plus possible les versions de Baudelaire cit\u00e9es\u00a0: c\u2019\u00e9tait la seule fa\u00e7on de faire pour que les commentaires de Derrida restent compr\u00e9hensibles\u00a0; de m\u00eame, pour ceux de Lacan, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de faire une chose que le lecteur jugera peut-\u00eatre d\u00e9concertante\u00a0: j\u2019ai parfois retraduit certains passages des <em>\u00c9crits<\/em> de Lacan, dont j\u2019ai sign\u00e9 la traduction espagnole \u00ab\u00a0autoris\u00e9e\u00a0\u00bb (Segovia, 2001, p.\u00a0245\u00a0; ma traduction).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La traduction de <em>Marges de la philosophie <\/em>en est autre exemple. Carmen Gonz\u00e1lez Mar\u00edn, la traductrice espagnole, a recours au m\u00eame proc\u00e9d\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle retraduit toutes les citations incluses dans les essais composant le volume, sans pour autant pr\u00e9venir le lecteur de cette d\u00e9marche. Avertissement qui s\u2019av\u00e8re peut-\u00eatre superflu du fait que les notes en bas de page et les tr\u00e8s nombreuses r\u00e9f\u00e9rences auxquelles Derrida renvoie restent en fran\u00e7ais. Retenons l\u2019exemple de la version en espagnol du dernier essai du recueil, \u00ab\u00a0Signature \u00e9v\u00e9nement contexte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9 au Congr\u00e8s international des soci\u00e9t\u00e9s de philosophie de langue fran\u00e7aise tenu \u00e0 Montr\u00e9al en 1971, le texte propose une r\u00e9flexion sur le concept de \u00ab\u00a0communication\u00a0\u00bb, la possibilit\u00e9 infinie de \u00ab\u00a0citer\u00a0\u00bb (<em>it\u00e9rabilit\u00e9<\/em>) et le pouvoir performatif de la signature; r\u00e9flexion tr\u00e8s proche des pr\u00e9occupations qui se pr\u00e9sentent dans le pr\u00e9sent article<a id=\"footnoteref2_88u9mkh\" class=\"see-footnote\" title=\"Sur cette question, on pourra se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Jacques Derrida traductor, Jacques Derrida traducido. Entre la filosof\u00eda y la literatura (Castro-Ram\u00edrez, 2007).\" href=\"#footnote2_88u9mkh\">[2]<\/a>. Pour l\u2019instant, il est important de consid\u00e9rer que pour se construire, cette r\u00e9flexion cite l\u2019<em>Essai sur l\u2019origine des langues<\/em> de Condillac, la traduction fran\u00e7aise des <em>Logische Untersuchungen <\/em>de Husserl et celle de <em>How to do things with words <\/em>de John L. Austin. Or ces citations ne peuvent pas \u00eatre d\u00e9limit\u00e9es ou s\u00e9par\u00e9es du texte de l\u2019auteur\u00a0: elles s\u2019y trouvent greff\u00e9es de sorte que, pour la traduction de ce texte, il ne s\u2019agit pas seulement de se familiariser avec le jargon derridien, mais \u00e9galement avec celui des auteurs cit\u00e9s dont les propos sont tiss\u00e9s au texte de Derrida. En d\u2019autres termes, les citations de ces auteurs font d\u00e9sormais partie du discours o\u00f9 elles se retrouvent ins\u00e9r\u00e9es. \u00c9tant donn\u00e9 que les langues dans lesquelles Husserl et Austin se sont exprim\u00e9s sont l\u2019allemand et l\u2019anglais, m\u00eame en citant les traductions fran\u00e7aises, Derrida reprend tr\u00e8s fr\u00e9quemment des formulations dans ces langues-l\u00e0 pour d\u00e9velopper son propos. Citons, par exemple, le passage o\u00f9 il s\u2019agit de d\u00e9montrer que l\u2019agrammaticalit\u00e9 d\u2019une expression ne peut jamais \u00eatre absolue, toute expression et toute formulation \u00e9tant susceptibles d\u2019acqu\u00e9rir du sens\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est donc seulement dans un contexte d\u00e9termin\u00e9 par une volont\u00e9 de savoir, par une intention \u00e9pist\u00e9mique, par un rapport conscient \u00e0 l\u2019objet comme objet de connaissance dans un horizon de v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est dans ce champ contextuel orient\u00e9 que \u00ab\u00a0le vert est ou\u00a0\u00bb est irrecevable. Mais, comme \u00ab\u00a0le vert est ou\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0abracadabra\u00a0\u00bb ne constituent pas leur contexte en eux-m\u00eames, rien n\u2019interdit qu\u2019ils fonctionnent dans un autre contexte \u00e0 titre de marque signifiante (ou d\u2019indice, dirait Husserl). Non seulement dans le cas contingent o\u00f9, par la traduction de l\u2019allemand en fran\u00e7ais \u00ab\u00a0le vert est ou\u00a0\u00bb pourra se charger de grammaticalit\u00e9, ou (<em>oder<\/em>) devenant \u00e0 l\u2019audition <em>o\u00f9<\/em> (marque de lieu): \u00ab\u00a0O\u00f9 est pass\u00e9 le vert (du gazon: le vert est o\u00f9)\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0O\u00f9 est pass\u00e9 le verre dans lequel je voulais vous donner \u00e0 boire?\u00a0\u00bb. Mais m\u00eame \u00ab\u00a0le vert est ou\u00a0\u00bb (<em>the green is either<\/em>) signifie encore <em>exemple d\u2019agrammaticalit\u00e9<\/em> (1972, p.\u00a0381).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 son tour, la version en espagnol dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>As\u00ed pues, solamente en un contexto dominado por una voluntad de saber, por una intenci\u00f3n epist\u00e9mica, por una relaci\u00f3n consciente con el objeto como objeto de conocimiento en un horizonte de verdad, en este campo contextual \u00ab\u00a0el verde es o\u00a0\u00bb es inaceptable. Pero, como el \u00ab\u00a0verde es o\u00a0\u00bb o \u00ab\u00a0abracadabra\u00a0\u00bb no constituyen su contexto en s\u00ed mismos, nada impide que funcionen en otro contexto a t\u00edtulo de marca significante (o de \u00edndice, dir\u00eda Husserl). No s\u00f3lo en el caso contingente en el que, por la traducci\u00f3n del alem\u00e1n al franc\u00e9s \u00ab\u00a0el verde es o\u00a0\u00bb podr\u00eda cargarse de gramaticalidad, al convertirse o (<em>oder<\/em>) en la audici\u00f3n en d\u00f3nde (marca de lugar): \u00ab\u00a0D\u00f3nde ha ido el verde (del c\u00e9sped\u00a0: d\u00f3nde est\u00e1 el verde)\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00bfD\u00f3nde ha ido el vaso en el que iba a darle de beber?\u00a0\u00bb. Pero incluso \u00ab\u00a0el verde es o\u00a0\u00bb (<em>The green is either<\/em>) significa todav\u00eda <em>ejemplo de agramaticalidad<\/em> (2003, p. 361).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019un des enjeux de cette traduction est justement de parvenir \u00e0 franchir les seuils linguistiques repr\u00e9sent\u00e9s tout en sauvant l\u2019argument d\u00e9crivant le passage du non-sens de la proposition \u00ab\u00a0le vert est ou\/o\u00f9\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb, m\u00eame si cela implique \u00ab\u00a0l\u2019absence de signifi\u00e9\u00a0\u00bb ou l\u2019agrammaticalit\u00e9. Le fragment devient particuli\u00e8rement complexe en espagnol du fait qu\u2019on y parle de la traduction vers le fran\u00e7ais, alors que le lecteur lit la traduction en espagnol. De m\u00eame, l\u2019ensemble des homophonies sugg\u00e9r\u00e9es \u2013 vert\/verre, ou\/o\u00f9 \u2013 semble impossible \u00e0 reconstruire en espagnol (verde\/vaso, o\/d\u00f3nde), de sorte que le passage de \u00ab\u00a0O\u00f9 est pass\u00e9 le vert (du gazon\u00a0: le vert est o\u00f9)\/ D\u00f3nde ha ido el verde (del c\u00e9sped\u00a0: d\u00f3nde est\u00e1 el verde)\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0O\u00f9 est pass\u00e9 le verre dans lequel je voulais vous donner \u00e0 boire\u00a0?\/ \u00bfD\u00f3nde ha ido el vaso en el que iba a darle de beber? \u00bb reste tr\u00e8s obscur. L\u2019argumentation derridienne, sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Husserl et la critique implicite du projet de d\u00e9finition d\u2019une grammaire logique pure excluant tous les cas d\u2019\u00ab\u00a0agrammaticalit\u00e9\u00a0\u00bb demeurent, et ce, paradoxalement, <em>agrammaticales<\/em>.<\/p>\n<p>Doit-on alors conclure que la biblioth\u00e8que derridienne en tant que discours (<em>opera<\/em>) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite\u00a0? Serait-il possible de d\u00e9passer le clich\u00e9 de la traduction comme trahison\u00a0? Il est en tout cas souhaitable de pouvoir r\u00e9pondre par l\u2019affirmative \u00e0 cette derni\u00e8re question. Or, d\u00e9terminer dans quelle mesure la destruction de la biblioth\u00e8que derridienne, soit la destruction du discours qui se construit \u00e0 partir de ces citations multiples, force \u00e0 admettre que, loin de se limiter \u00e0 une affaire de fid\u00e9lit\u00e9 ou d\u2019infid\u00e9lit\u00e9 au texte derridien, il s\u2019agit d\u2019une intertextualit\u00e9 complexe qui comprend, en l\u2019occurrence, des textes de trois univers sociohistoriques, soit la philosophie allemande, la philosophie fran\u00e7aise et la philosophie en langue espagnole<a id=\"footnoteref3_26u1olm\" class=\"see-footnote\" title=\"On ne pourrait formuler cette tradition sous la banni\u00e8re \u00ab\u00a0philosophie espagnole\u00a0\u00bb sans, ce faisant, exclure toutes les \u00e9coles de pens\u00e9e latino-am\u00e9ricaines. D\u00e8s lors, on s\u2019y r\u00e9f\u00e8re en employant la formulation \u00ab\u00a0philosophie en langue espagnole\u00a0\u00bb, ce qui, en soi, m\u00e9riterait une analyse que je ne peux pas entreprendre ici.\" href=\"#footnote3_26u1olm\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>La question appelle donc \u00e0 la distinction des diff\u00e9rents niveaux auxquels les citations ont lieu. Au niveau le plus abstrait, les traductions d\u2019une tradition de pens\u00e9e fonctionnent comme des citations qui repr\u00e9sentent cette \u00ab\u00a0tradition source\u00a0\u00bb dans une \u00ab\u00a0tradition cible\u00a0\u00bb. Le texte traduit s\u2019ins\u00e8re donc dans l\u2019univers textuel de la tradition importatrice comme une citation, un fragment de la tradition import\u00e9e. Dans ce sens-l\u00e0, les citations de Husserl dans le texte derridien \u00e9quivalent \u00e0 des citations de la philosophie allemande dans un texte philosophique fran\u00e7ais. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une perspective certes questionnable, car il resterait \u00e0 prouver en quoi Husserl repr\u00e9sente la tradition allemande sans retomber dans un d\u00e9terminisme culturel. Cependant, l\u2019image dit bien des choses \u00e0 propos de la construction de la tradition philosophique\u00a0: comment en effet nier qu\u2019elle est constitu\u00e9e par des biblioth\u00e8ques itin\u00e9rantes contin\u00fbment d\u00e9truites et reconstruites dans des aires linguistiques diff\u00e9rentes\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c0 un niveau plus concret, o\u00f9 un traducteur est tenu responsable de parler \u00ab\u00a0au nom de l\u2019auteur\u00a0\u00bb, de reconstruire son discours et les r\u00e9f\u00e9rences qui constituent sa biblioth\u00e8que, le mouvement d\u00e9crit dans le premier niveau pourrait s\u2019inverser. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019au lieu de reconstruire la biblioth\u00e8que dans et pour la tradition importatrice, ce serait le lecteur \u00e9tranger qui semblerait rendre visite \u00e0 la biblioth\u00e8que du philosophe traduit. Ainsi, pour certains, \u00ab\u00a0quand le traducteur fait bien son travail, il veut moins ins\u00e9rer le discours d\u2019autrui dans son propre discours qu\u2019il ne veut nous ins\u00e9rer, nous les lecteurs (et de fa\u00e7on corollaire, lui-m\u00eame) dans le contexte du texte traduit\u00a0\u00bb (Chambat-Houillon et Wall, 2004, p.42).<\/p>\n<p>Ce double mouvement ne fait que reprendre et repr\u00e9senter la perspective herm\u00e9neutique avanc\u00e9e d\u00e9j\u00e0 au XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle par Schleiermacher (1999 [1813]). Il reste que, de nos jours, l\u2019actualit\u00e9 de cette perspective repose sur le fait que ce n\u2019est ni l\u2019auteur ni le lecteur qui bougent de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, mais qu\u2019ils le font en tant que repr\u00e9sentants de leurs contextes sociohistoriques, en tant que sujets constitu\u00e9s par un ensemble de discours pr\u00e9cis.<\/p>\n<h2>Conclusions<\/h2>\n<p>Reposons alors la question\u00a0: doit-on faire le deuil de la biblioth\u00e8que derridienne du fait qu\u2019elle semble in\u00e9vitablement d\u00e9truite dans ses traductions? Faut-il pleurer cette annonce apocalyptique de la mort de son discours (<em>logos<\/em>)? La biblioth\u00e8que itin\u00e9rante qu\u2019est devenue la tradition philosophique permettrait-elle que la traduction soit quelque chose de plus que l\u2019<em>opus<\/em> que Kant avait oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019<em>opera<\/em>?<\/p>\n<p>Je tenterai de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions de deux fa\u00e7ons. Souvenons-nous tout d\u2019abord que si d\u2019un <em>ton apocalyptique <\/em>on s\u2019empresse de mettre en garde contre la disparition et la destruction de la biblioth\u00e8que, cet avertissement peut \u00e9galement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019une des craintes hantant nos esprits, au moins depuis la naissance de la philosophie, \u00e0 savoir celle de la mort de la parole en tant que <em>logos. <\/em>En effet, comme Derrida l\u2019a par ailleurs montr\u00e9, rien n\u2019est plus paradoxal qu\u2019annoncer la mort du livre \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019on assiste \u00e0 la prolif\u00e9ration des biblioth\u00e8ques et \u00e0 des formes de diffusion d\u00e9passant toutes les attentes. De m\u00eame, comment soutenir la th\u00e8se de la destruction du discours et de la biblioth\u00e8que derridiens par ses traducteurs, alors que Derrida est un des philosophes le plus traduits et cit\u00e9s\u00a0? Dans ses propres termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mort de la parole\u00a0\u00bb est sans doute ici une m\u00e9taphore\u00a0: avant de parler de disparition, il faut penser \u00e0 une nouvelle situation de la parole [et de la biblioth\u00e8que et de la traduction], \u00e0 sa subordination dans une structure o\u00f9 elle ne serait plus l\u2019archonte. (1967, p. 18).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette premi\u00e8re r\u00e9ponse, conduisant vers le changement de statut de la biblioth\u00e8que en tant que <em>logos <\/em>ou <em>discours, <\/em>permet d\u2019aborder une deuxi\u00e8me perspective, celle de l\u2019<em>it\u00e9rabilit\u00e9 <\/em>d\u2019un discours ou de sa possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre infiniment r\u00e9p\u00e9t\u00e9, cit\u00e9 et d\u00e9plac\u00e9, soit d\u00e9truit et reconstruit<em>. <\/em>En d\u2019autres termes, les traductions des textes derridiens peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des citations <em>in extenso<\/em> de cette \u00e9criture qui a perdu son statut privil\u00e9gi\u00e9 pour donner lieu \u00e0 une sc\u00e8ne o\u00f9 les plus \u00ab\u00a0improbables signatures\u00a0\u00bb, celles de ses traducteurs, remettent en mouvement sa biblioth\u00e8que itin\u00e9rante.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>CASTRO-RAMIREZ, Nayelli M. 2007. <em>Derrida traductor, Derrida traducido. Entre la filosof\u00eda y la literatura. <\/em>El Colegio de M\u00e9xico. M\u00e9moire de ma\u00eetrise.<\/p>\n<p>CHAMBAT-HOUILLON, Marie France, et Anthony WALL. 2004. <em>Droit de citer. <\/em>Rosny-sous-bois\u00a0: \u00c9ditions Br\u00e9al.<\/p>\n<p>DERRIDA, Jacques. 1967. <em>De la grammatologie. <\/em>Paris\u00a0: Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p>DERRIDA, Jacques. 1972. <em>Marges de la philosophie. <\/em>Paris\u00a0: Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p>DERRIDA, Jacques. 2003 [1989]. \u00ab\u00a0Firma, acontecimiento, contexto\u00a0\u00bb. <em>M\u00e1rgenes de la filosof\u00eda. <\/em>Trad. par Carmen Gonz\u00e1lez Mar\u00edn. Madrid\u00a0: C\u00e1tedra, pp. 349-372.<\/p>\n<p>KANT, Emmanuel. 1995 [1785]. <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019un livre? <\/em>Textes de Kant et de Fichte traduits par Jocelyn Benoist, pr\u00e9face de Dominique Lecourt. Paris\u00a0: Quadrige\/PUF.<\/p>\n<p>RAVEN, James (ed.). 2004. <em>Lost Libraries. <\/em>New York\u00a0: Palgrave Macmillan.<\/p>\n<p>SEGOVIA, Tom\u00e1s. 2001. \u00ab\u00a0Nota del traductor\u00a0\u00bb. Jacques Derrida, <em>La tarjeta postal, de S\u00f3crates a Freud y m\u00e1s all\u00e1. <\/em>M\u00e9xico\u00a0: Siglo XXI, pp. 245-247.<\/p>\n<p>SCHLEIERMACHER, Friedrich. 1999 [1813]. <em>Des diff\u00e9rentes m\u00e9thodes du traduire. <\/em>Trad. par Antoine Berman. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>UNESCO. 1996. <em>Memory of the World: Lost Memory &#8211; Libraries and Archives destroyed in the Twentieth Century <\/em>, prepared for UNESCO on behalf of IFLA by Hans van der Hoeven and on behalf of ICA by Joan van Albada, Paris: UNESCO, 1996, 70 pp.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_6nuaxj1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_6nuaxj1\">[1]<\/a> Je remercie Ren\u00e9 Lemieux de m\u2019avoir sugg\u00e9r\u00e9 l\u2019image de la destruction de la biblioth\u00e8que derridienne qui inspire ces pages.<\/p>\n<p id=\"footnote2_88u9mkh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_88u9mkh\">[2]<\/a> Sur cette question, on pourra se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 <em>Jacques Derrida traductor, Jacques Derrida traducido. Entre la filosof\u00eda y la literatura<\/em> (Castro-Ram\u00edrez, 2007).<\/p>\n<p id=\"footnote3_26u1olm\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_26u1olm\">[3]<\/a> On ne pourrait formuler cette tradition sous la banni\u00e8re \u00ab\u00a0philosophie espagnole\u00a0\u00bb sans, ce faisant, exclure toutes les \u00e9coles de pens\u00e9e latino-am\u00e9ricaines. D\u00e8s lors, on s\u2019y r\u00e9f\u00e8re en employant la formulation \u00ab\u00a0philosophie en langue espagnole\u00a0\u00bb, ce qui, en soi, m\u00e9riterait une analyse que je ne peux pas entreprendre ici.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Castro, Nayelli. \u00ab Une sc\u00e8ne de destruction\/reconstruction : la biblioth\u00e8que derridienne \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Interdisciplinarit\u00e9s \/ Penser la biblioth\u00e8que \u00bb, n\u00b013, En ligne,\u00a0 https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5483 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/castro-13.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 castro-13.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4857b05f-069c-41b2-8a1a-0b3fbf83ac0a\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/castro-13.pdf\">castro-13<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/castro-13.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4857b05f-069c-41b2-8a1a-0b3fbf83ac0a\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Interdisciplinarit\u00e9s \/ Penser la biblioth\u00e8que \u00bb, n\u00b013 Pourquoi la biblioth\u00e8que\u00a0? On pourrait commencer cette r\u00e9flexion sur la biblioth\u00e8que, son lieu ou son non-lieu, th\u00e8me qui sert de fil conducteur aux r\u00e9flexions de ce num\u00e9ro de Postures, en prenant le livre comme point de d\u00e9part. 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