{"id":5487,"date":"2024-06-13T19:48:19","date_gmt":"2024-06-13T19:48:19","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-traductologie-entre-litterature-et-linguistique\/"},"modified":"2024-09-11T14:01:14","modified_gmt":"2024-09-11T14:01:14","slug":"la-traductologie-entre-litterature-et-linguistique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5487","title":{"rendered":"La traductologie : entre litt\u00e9rature et linguistique"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6884\">Dossier \u00ab Interdisciplinarit\u00e9s \/ Penser la biblioth\u00e8que \u00bb, n\u00b013<\/a><\/h5>\n<p>La traduction est un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019invisibilit\u00e9. Partout pr\u00e9sente, elle est le plus souvent cach\u00e9e et on pr\u00e9sume de sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019original. Pourtant, \u00e0 la r\u00e9flexion, le concept de fid\u00e9lit\u00e9 est st\u00e9rile, puisqu\u2019il se heurte \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 de traduire \u00e0 la fois le fond et la forme du texte litt\u00e9raire. Que doivent pr\u00e9server les traductrices et traducteurs d\u2019une \u0153uvre? Sur ce terrain, plusieurs \u00e9coles de pens\u00e9e s\u2019affrontent, favorisant, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les normes de la culture d\u2019arriv\u00e9e, et de l\u2019autre, l\u2019inscription de l\u2019\u0153uvre dans son contexte d\u2019\u00e9mergence. La premi\u00e8re solution \u2013 qui est souvent celle privil\u00e9gi\u00e9e par les \u00e9diteurs \u2013 peut sembler la plus ad\u00e9quate pour certains, mais elle suppose une suj\u00e9tion du texte aux normes culturelles et linguistiques du pays d&rsquo;arriv\u00e9e. Seule une recherche exhaustive sur le roman, l&rsquo;auteur et le contexte d&rsquo;\u00e9mergence peut alors garantir une traduction fid\u00e8le \u00e0 la lettre. Le point de vue du traducteur r\u00e9v\u00e8le alors toute son importance\u00a0: le contenu de la traduction d\u00e9pend du jugement du traducteur sur le texte et sur la traduction en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>La traduction et son pendant oral, l\u2019interpr\u00e9tation, sont des pratiques qui font depuis toujours partie de la vie sociale et culturelle. Pourtant, elles n\u2019ont \u00e9t\u00e9 que tr\u00e8s r\u00e9cemment th\u00e9oris\u00e9es au sein d\u2019une discipline reconnue, soit la traductologie, souvent consid\u00e9r\u00e9e comme une branche de la linguistique. Bien entendu, avant ce moment th\u00e9orique, nombreux sont les traducteurs qui ont t\u00e9moign\u00e9 de leur exp\u00e9rience et qui ont tent\u00e9 de mettre en place des pr\u00e9ceptes ou des m\u00e9thodes. Beaucoup de ces \u00e9crits portent sur la traduction de la Bible, texte fondateur de la culture occidentale, mais un certain nombre de penseurs se sont aussi pench\u00e9s sur la traduction du texte litt\u00e9raire, instituant ainsi des questionnements fondamentaux qui traversent encore aujourd\u2019hui cette discipline. J\u2019explorerai dans le cadre de cet article la mani\u00e8re dont les th\u00e9oriciens qui se sont pench\u00e9s sur la traduction se sont attach\u00e9s au point de vue litt\u00e9raire ou linguistique, afin de d\u00e9montrer que l\u2019\u00e9tude des traductions litt\u00e9raires rel\u00e8ve d\u2019une r\u00e9elle interdisciplinarit\u00e9 \u2013 ou m\u00eame multidisciplinarit\u00e9 \u2013 qui seule permet une analyse efficace des traductions.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, je pr\u00e9senterai les diff\u00e9rents \u00e9cueils auxquels se heurtent les penseurs du traduire en explorant, selon diff\u00e9rents points de vue, des sujets souvent probl\u00e9matis\u00e9s par les th\u00e9oriciens de la traduction litt\u00e9raire. Ces points nodaux th\u00e9oriques, comme le statut de la traduction et du traducteur, la n\u00e9cessit\u00e9 de la traduction et ses conditions de possibilit\u00e9, sont les principes qui fondent la traductologie.<\/p>\n<h2>Les questionnements fondamentaux de la traduction litt\u00e9raire<\/h2>\n<p>En premier lieu, beaucoup s\u2019interrogent sur la possibilit\u00e9 de la traduction litt\u00e9raire. En effet, si on tient pour acquis qu\u2019il existe une sorte d\u2019essence de l\u2019\u0153uvre d\u2019art, une \u00ab\u00a0\u00e2me\u00a0\u00bb litt\u00e9raire qui existerait ind\u00e9pendamment du texte, et devant le d\u00e9fi que repr\u00e9sente, par exemple, la traduction d\u2019un obscur po\u00e8me de Mallarm\u00e9, on peut se demander si l\u2019essence de ce po\u00e8me peut \u00eatre transf\u00e9r\u00e9e dans une autre langue. Ce d\u00e9placement d\u2019un espace linguistique \u00e0 un autre peut se r\u00e9v\u00e9ler difficile, puisque, comme l\u2019avance Walter Benjamin\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019elle [l\u2019oeuvre litt\u00e9raire] a d\u2019essentiel n\u2019est pas communication, n\u2019est pas message.\u00a0\u00bb (Benjamin, 2000, p. 245) Benjamin retire donc l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire du sch\u00e9ma de communication et consid\u00e8re que ce n\u2019est pas le \u00ab\u00a0message\u00a0\u00bb du texte qui doit \u00eatre d\u00e9cod\u00e9 et recod\u00e9, mais cette ineffable essence. Il diff\u00e9rencie donc le <em>vis\u00e9 <\/em>\u2013 le mot \u2013 et le <em>mode de vis\u00e9e <\/em>\u2013 la litt\u00e9rarit\u00e9 \u2013, qui est l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui doit \u00eatre traduit (<em>ibid.,<\/em> p. 251). Le concept du \u00ab\u00a0mode de vis\u00e9e\u00a0\u00bb semble alors plus appropri\u00e9 que le \u00ab\u00a0signifi\u00e9\u00a0\u00bb saussurien, car il ne se limite pas au signe, mais englobe toutes les dimensions du texte litt\u00e9raire. Ainsi, Benjamin situe l\u2019essence de la traduction au-del\u00e0 du mot. Dans un m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, Henri Meschonnic d\u00e9nonce la r\u00e9duction de la pratique traduisante au seul domaine de la langue \u2013 le code \u2013 et affirme que \u00ab\u00a0c\u2019est le discours, et l\u2019\u00e9criture, qu\u2019il faut traduire\u00a0\u00bb (Meschonnic, 1999, p. 12). Ces deux chercheurs r\u00e9pondent \u00e0 l\u2019appropriation de la traductologie par les linguistes en affirmant que traduire la litt\u00e9rature ne se r\u00e9duit pas au simple d\u00e9codage\/recodage, mais rel\u00e8ve d\u2019une appr\u00e9hension de l\u2019\u0153uvre d\u2019art comme un tout. Pour Benjamin comme pour Meschonnic, la n\u00e9cessit\u00e9 de traduire est indubitable, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s auxquelles le traducteur se mesure lorsque l\u2019objet de son intervention est un texte litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>La plupart des penseurs, tout particuli\u00e8rement les romantiques allemands, s\u2019entendent sur ce point\u00a0: la grande litt\u00e9rature <em>doit<\/em> \u00eatre traduite. Goethe parle de <em>Weltliteratur <\/em>\u2013 \u00ab\u00a0litt\u00e9rature mondiale\u00a0\u00bb \u2013 et souligne l\u2019importance de la traduction dans la construction d\u2019une litt\u00e9rature universelle plus riche, comme le signale Berman\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019apparition de la litt\u00e9rature mondiale ne signifie pas la fin des litt\u00e9ratures nationales\u00a0: elle est leur entr\u00e9e dans un espace-temps o\u00f9 elles agissent les unes sur les autres et cherchent \u00e0 \u00e9clairer mutuellement leurs images.\u00a0\u00bb (Berman, 1984, p. 91) La traduction est alors un moyen d\u2019enrichir le texte, et m\u00eame d\u2019enrichir les langues, puisqu\u2019elle r\u00e9it\u00e8re l\u2019oeuvre et en r\u00e9p\u00e8te la po\u00e9sie dans un autre idiome. Plus que la critique, elle permet un regard singulier sur le texte. L\u00e9on Robel affirme qu\u2019un \u00ab\u00a0texte doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme <em>l\u2019ensemble de toutes ses traductions significativement diff\u00e9rentes<\/em>\u00a0\u00bb, ce qui signifie qu\u2019un \u00ab\u00a0texte qui ne peut \u00eatre traduit n\u2019a aucun sens\u00a0\u00bb (Robel, 1973, p. 60, c&rsquo;est l&rsquo;auteur qui souligne). La traduction semble donc, en plus de rehausser le texte et la langue, \u00eatre une des conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre d\u2019art.<\/p>\n<p>Les th\u00e9oriciens cit\u00e9s jusqu\u2019ici sont issus de la tradition litt\u00e9raire; leur point de vue refl\u00e8te leur all\u00e9geance. Pourtant, la traductologie est une branche de la linguistique, tout comme l\u2019enseignement de la traduction rel\u00e8ve g\u00e9n\u00e9ralement des d\u00e9partements de science du langage. Qui, entre le linguiste et le litt\u00e9raire, a le droit de traduire? Cette interrogation en soul\u00e8ve une autre\u00a0: en effet, la l\u00e9gitimit\u00e9 du traducteur d\u00e9pend intimement de la discipline \u00e0 laquelle on rattache la traduction. Linguistique et litt\u00e9rature s\u2019entred\u00e9chirent pour la reconnaissance de cette primaut\u00e9. Meschonnic, comme on l\u2019a vu plus haut, situe la traduction du texte litt\u00e9raire au-del\u00e0 des mots, dans le discours et l\u2019\u00e9criture, comme ses coll\u00e8gues litt\u00e9raires. Georges Mounin, de son c\u00f4t\u00e9, ram\u00e8ne r\u00e9solument la traduction vers la linguistique\u00a0: \u00ab\u00a0Les probl\u00e8mes th\u00e9oriques pos\u00e9s par la l\u00e9gitimit\u00e9 ou l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration traduisante, et par sa possibilit\u00e9 ou son impossibilit\u00e9, ne peuvent \u00eatre \u00e9clair\u00e9s <em>en premier lieu <\/em>que dans le cadre de la science linguistique.\u00a0\u00bb (Mounin, 1963, p. 17, c&rsquo;est l&rsquo;auteur qui souligne) Aussi, Mounin consid\u00e8re que la traduction est un ph\u00e9nom\u00e8ne de bilinguisme qui ne saurait \u00eatre \u00e9clair\u00e9 que par la linguistique et par la recherche intensive des universaux du langage, ce \u00e0 quoi George Steiner acquiesce\u00a0: \u00ab\u00a0<em>We know next to nothing of the organization and storage of different languages when they coexist in the same mind. <\/em><em>How then can there be, in any rigourous sense of the term, a \u201ctheory of translation\u201d?<\/em>\u00a0\u00bb (Steiner, 1998 [1975], p. 309) En effet, selon ce dernier, il ne sera possible d\u2019\u00e9laborer une th\u00e9orie de la traduction que gr\u00e2ce \u00e0 une totale compr\u00e9hension du plurilinguisme, \u00e9ventuellement fournie par la psychologie et la linguistique. Les points de vue oppos\u00e9s des diff\u00e9rentes factions montrent que la l\u00e9gitimit\u00e9 du traducteur est fortement tributaire de la discipline \u2013 litt\u00e9rature ou linguistique \u2013 \u00e0 laquelle on rattache la pratique de traduction et sa th\u00e9orisation.<\/p>\n<p>Quel est donc le statut du traducteur, qu\u2019il soit litt\u00e9raire ou linguiste? Selon l\u2019\u00e9cole de pens\u00e9e \u00e0 laquelle on se rattache, il peut \u00eatre un passeur, permettant aux \u0153uvres de s\u2019\u00e9panouir au sein d\u2019une autre langue et d\u2019une autre culture, ou bien un traitre, qui d\u00e9nature l\u2019\u0153uvre d\u2019art en la d\u00e9composant et la recomposant, ce processus occasionnant d\u2019irr\u00e9parables pertes. Mona Baker, qui se penche sur l\u2019apport stylistique du traducteur, commente la place qui lui est g\u00e9n\u00e9ralement laiss\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0<em>a translator cannot have, indeed should not have, a style of his or her own, the translator\u2019s task being simply to reproduce as closely as possible the style of the original<\/em>\u00a0\u00bb (Baker, 2000, p. 244). Selon cette vision des choses, peu d\u2019espace est offert au traducteur pour \u00e9laborer ce texte au statut impr\u00e9cis. Par ailleurs, le traducteur est parfois th\u00e9oricien, dans la lign\u00e9e de ceux qui ont depuis des mill\u00e9naires comment\u00e9 leur travail. Ces praticiens et th\u00e9oriciens ont g\u00e9n\u00e9ralement tendance \u00e0 pr\u00f4ner une critique des traductions plus souple et moins ax\u00e9e sur les couples traduisible\/intraduisible et fid\u00e9lit\u00e9\/trahison, et leur approche de la traduction est souvent plus pragmatique. Par exemple, Ladmiral remarque\u00a0: \u00ab\u00a0Le m\u00e9tier de traducteur consiste \u00e0 choisir le moindre mal; il doit distinguer ce qui est essentiel de ce qui est accessoire.\u00a0\u00bb (Ladmiral, 1979, p. 18-19) Enfin, dans le monde de l\u2019\u00e9dition, le traducteur est souvent rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 un statut plus que secondaire, son nom n\u2019apparaissant que tr\u00e8s rarement sur la page couverture, contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9diteur, au pr\u00e9sentateur de l\u2019\u0153uvre ou m\u00eame au critique qui l\u2019a encens\u00e9e. Lorsqu\u2019il est question de th\u00e9\u00e2tre ou de po\u00e9sie, le traducteur occupe \u00e0 l\u2019occasion une place plus importante, surtout s\u2019il s\u2019agit d\u2019un po\u00e8te ou d\u2019un dramaturge reconnu. Toutefois, dans le monde du roman, qui repr\u00e9sente une part tr\u00e8s largement majoritaire de la litt\u00e9rature publi\u00e9e, il est plus que discret, soumis au bon vouloir des \u00e9diteurs et \u00e0 leurs exigences mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p>Tout comme le traducteur est, selon la perception g\u00e9n\u00e9rale, plus qu\u2019un commentateur sans \u00eatre tout \u00e0 fait un auteur, le texte traduit se situe \u00e0 mi-chemin entre l\u2019objet m\u00e9canique et l\u2019\u0153uvre d\u2019art. L\u00e0 encore, par contre, les opinions divergent. Certains consid\u00e8rent la traduisibilit\u00e9 comme une condition de possibilit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre d\u2019art, d\u2019autres se lancent \u00e0 la recherche d\u2019universaux cens\u00e9s unifier la pratique traductive. Benjamin id\u00e9alise les \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb traductions et affime\u00a0: \u00ab\u00a0En elles la vie de l\u2019original, dans son constant renouveau, connait son d\u00e9veloppement le plus tardif et le plus \u00e9tendu.\u00a0\u00bb (Benjamin, 2000, p. 247-248) Berman admet aussi l\u2019existence d\u2019un tel pouvoir f\u00e9cond du texte traduit\u00a0: \u00ab\u00a0La traduction m\u00e9riterait son s\u00e9culaire statut ancillaire si elle ne devenait pas enfin un acte de d\u00e9centrement cr\u00e9ateur conscient de lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb (Berman, 1984, p. 40) De m\u00eame, Meschonnic fait remarquer\u00a0: \u00ab\u00a0La <em>bonne <\/em>traduction doit faire et non seulement dire. Elle doit comme le texte, \u00eatre porteuse et port\u00e9e.\u00a0\u00bb (Meschonnic, 1999, p. 22, c&rsquo;est l&rsquo;auteur qui souligne) Par contre, tout cela s\u2019applique \u00e0 la \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb traduction, celle qui bonifie au lieu d\u2019appauvrir le texte original. Si ce statut id\u00e9alis\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ralement partag\u00e9 par tous, la traduction m\u00e9diocre ou m\u00eame ordinaire est plut\u00f4t consid\u00e9r\u00e9e comme une contrefa\u00e7on avilissante, et la recherche de ses nombreux d\u00e9fauts constitue une pratique courante de la critique des traductions, au d\u00e9triment de l\u2019apologie des bonnes traductions. Ainsi, au-del\u00e0 de la s\u00e9paration entre litt\u00e9rature et linguistique, on retrouve dans la critique de la traduction de nombreuses approches, qu\u2019Oseki-D\u00e9pr\u00e9 a divis\u00e9es en trois cat\u00e9gories, explicit\u00e9es ci-dessous. Cette typologie permettra de plus ais\u00e9ment caract\u00e9riser et distinguer les diff\u00e9rentes approches des traducteurs analys\u00e9s, afin d\u2019alimenter ma r\u00e9flexion sur la traductologie.<\/p>\n<h2>La typologie d\u2019Oseki-D\u00e9pr\u00e9<\/h2>\n<p>Dans son ouvrage intitul\u00e9 <em>Th\u00e9ories et pratiques de la traduction litt\u00e9raire<\/em>, In\u00eas Oseki-D\u00e9pr\u00e9 propose une typologie des th\u00e9ories de la traduction litt\u00e9raire. Elle divise ces th\u00e9ories en trois cat\u00e9gories\u00a0: les th\u00e9ories prescriptives, les th\u00e9ories descriptives et les th\u00e9ories prospectives. Avant de d\u00e9crire ces trois approches th\u00e9oriques, il est important de pr\u00e9ciser que, comme Oseki-D\u00e9pr\u00e9 le mentionne, le syst\u00e8me propos\u00e9 est subjectif, et ses cat\u00e9gories ne sont pas \u00e9tanches; certains th\u00e9oriciens, malgr\u00e9 leur appartenance \u00e0 un courant th\u00e9orique, puisent quelques id\u00e9es dans les autres syst\u00e8mes de pens\u00e9e. En d\u00e9pit de ces d\u00e9fauts, inh\u00e9rents \u00e0 tout syst\u00e8me de classification, la typologie d\u2019Oseki-D\u00e9pr\u00e9 offre un regard critique et autor\u00e9flexif souvent absent des th\u00e9ories de la traduction, qui permet de cerner le point de vue du traducteur.<\/p>\n<h3><u>Les th\u00e9ories prescriptives<\/u><\/h3>\n<p>Tout d\u2019abord, Oseki-D\u00e9pr\u00e9 pr\u00e9sente les th\u00e9ories prescriptives, ou classiques, qui mettent de l\u2019avant un ensemble de r\u00e8gles pour traduire. Elle en offre une premi\u00e8re d\u00e9finition\u00a0: \u00ab\u00a0Les th\u00e9ories prescriptives de la traduction rejoignent les th\u00e9ories normatives de la langue fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb (Oseki-D\u00e9pr\u00e9, 1999, p. 19) Elle rappelle plus loin que celles-ci pr\u00f4nent \u00ab\u00a0la clart\u00e9, l\u2019\u00e9l\u00e9gance et la lisibilit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid.,<\/em> p. 23). Une premi\u00e8re caract\u00e9ristique des th\u00e9ories prescriptives est donc la pr\u00e9servation de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la langue d\u2019arriv\u00e9e, ce qui a pour cons\u00e9quence de masquer l\u2019op\u00e9ration traduisante au lecteur, qui n\u2019y d\u00e9tecte pas de pr\u00e9sence \u00e9trang\u00e8re. Par exemple, dans la France du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il existe un courant appel\u00e9 \u00ab\u00a0les belles infid\u00e8les\u00a0\u00bb au sein duquel on pr\u00f4ne une adaptation des textes \u00e9trangers \u00e0 la culture, \u00e0 la belle langue et \u00e0 la morale fran\u00e7aises. Un autre aspect important des th\u00e9ories prescriptives est l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un ensemble de r\u00e8gles de traduction. Par exemple, saint J\u00e9r\u00f4me affirme que, pour le texte religieux, \u00ab\u00a0le texte \u00e0 traduire est \u00e0 respecter au nombre pr\u00e8s de mots, voire des lettres de l\u2019original\u00a0\u00bb (<em>id.<\/em>). Lemaistre, traducteur fran\u00e7ais du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e9dicte dix r\u00e8gles pour traduire, d\u2019all\u00e9geance plut\u00f4t litt\u00e9raliste, o\u00f9 on retrouve entre autres l\u2019importance de rendre le texte comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par l\u2019auteur dans la langue d\u2019arriv\u00e9e, d\u2019\u00eatre le plus fid\u00e8le possible \u00e0 la longueur du texte d\u2019origine et \u00e0 ses proc\u00e9d\u00e9s, tout en prescrivant quelques r\u00e8gles de style, \u00e0 propos de la longueur des vers \u2013 pr\u00e9f\u00e9rablement de cinq, sept ou huit pieds \u2013 ou des \u00ab\u00a0allit\u00e9rations cacophoniques\u00a0\u00bb, qu\u2019il d\u00e9plore et recommande d\u2019\u00e9liminer (<em>ibid.,<\/em> p. 33-34).<\/p>\n<p>Oseki-D\u00e9pr\u00e9 range aussi dans la cat\u00e9gorie des th\u00e9ories prescriptives les d\u00e9formations signal\u00e9es par Berman, qui d\u00e9nonce les diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s de la traduction ethnocentrique, comme l\u2019allongement, l\u2019ennoblissement, la destruction des rythmes, des r\u00e9seaux significatifs, etc. M\u00eame si Berman se situe plut\u00f4t, dans sa mani\u00e8re de penser la traduction, dans les th\u00e9ories descriptives, son \u00e9num\u00e9ration de pratiques \u00e0 proscrire le rattache \u00e0 une perspective prescriptive. On retrouve donc dans les th\u00e9ories prescriptives une volont\u00e9 de mettre en place des pr\u00e9ceptes pour une <em>bonne <\/em>m\u00e9thode de traduction, celle-ci devant g\u00e9n\u00e9ralement, sauf pour Berman, qui affiche une vis\u00e9e absolument contraire, masquer l\u2019origine \u00e9trang\u00e8re de l\u2019\u0153uvre de mani\u00e8re \u00e0 donner au lecteur l\u2019impression d\u2019un texte original. Ces th\u00e9ories ne sont pas l\u2019apanage des anciens\u00a0: Mounin, avec sa recherche d\u2019une grammaire universelle qui permettrait d\u2019uniformiser et d\u2019automatiser la pratique traductive, et Eco, avec la pr\u00e9f\u00e9rence qu\u2019il marque pour l\u2019adaptation du texte au lectorat d&rsquo;arriv\u00e9e dans <em>Dire presque la m\u00eame chose <\/em>(Eco, 2007), se situent eux aussi dans une pens\u00e9e prescriptive. De plus, on remarque que la volont\u00e9 de syst\u00e9matisation qui caract\u00e9rise les th\u00e9ories prescriptives est souvent la marque des th\u00e9oriciens qui penchent vers la primaut\u00e9 de l\u2019aspect linguistique, plut\u00f4t que litt\u00e9raire, de la traduction. Si cette position est souvent celle maintenue par le monde \u00e9ditorial, soucieux de la qualit\u00e9 normative de la langue, la volont\u00e9 prescriptive de Berman rel\u00e8ve d\u2019une pr\u00e9occupation \u00e9thique tout \u00e0 fait diff\u00e9rente.<\/p>\n<h3><u>Les th\u00e9ories descriptives<\/u><\/h3>\n<p>Les th\u00e9ories descriptives, ou modernes, de la traduction litt\u00e9raire sont celles qui \u00ab\u00a0ne fournissent de jugements de valeur qu\u2019en derni\u00e8re instance\u00a0\u00bb (Oseki-D\u00e9pr\u00e9, 1999, p. 45)\u00a0: elles sont donc moins attach\u00e9es \u00e0 trouver la bonne m\u00e9thode pour traduire qu\u2019\u00e0 d\u00e9crire et rendre compte du processus de traduction, en \u00e9tudiant le paratexte, le r\u00f4le de l\u2019\u00e9diteur, le projet du traducteur, etc. Les th\u00e9oriciens qui insistent sur le proc\u00e9d\u00e9 plut\u00f4t que sur le r\u00e9sultat font en effet la description, et non la prescription, de l\u2019acte de traduire. Les notes sur la traduction de <em>Paradise Lost <\/em>de Milton par Chateaubriand constituent un bon exemple de th\u00e9orie descriptive. Chateaubriand y explique son projet de faire une traduction litt\u00e9rale du po\u00e8me de douze-mille vers de Milton, en gardant vivant le jeu d\u2019intertextualit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019original et en pr\u00e9servant son style simple, sans fioritures. Puisque l\u2019anglais de Milton est fortement latinis\u00e9, empreint de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la Bible, aux auteurs grecs et latins de l\u2019Antiquit\u00e9, \u00e0 Dante et \u00e0 d\u2019autres, il faut le traduire ad\u00e9quatement\u00a0: \u00ab\u00a0le mot \u00e0 mot est insuffisant et source d\u2019erreurs, et il ne faut pas le confondre avec la litt\u00e9ralit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid.,<\/em> p. 50). Il faut donc traduire les r\u00e9seaux de sens tout autant que les mots du texte, et forcer la langue d\u2019arriv\u00e9e vers celle de d\u00e9part.<\/p>\n<p>Bien que l\u2019inventaire des pratiques traductives ethnocentriques pr\u00e9sent\u00e9 par Berman dans <em>La traduction et la lettre ou L\u2019auberge du lointain <\/em>m\u2019ait plus haut servi d\u2019exemple de th\u00e9orie prescriptive, ce th\u00e9oricien se situe souvent dans une perspective descriptive, puisque Berman prend Chateaubriand pour traducteur mod\u00e8le. Ainsi, il se refuse \u00e0 une critique des traductions qui juge le texte traduit, mais pense une critique enrichissante et inform\u00e9e, marqu\u00e9e par une volont\u00e9 d\u2019am\u00e9lioration de la traduction\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>La critique est en son fond illustrative\u00a0:<\/em> illumin\u00e9e par l\u2019oeuvre elle l\u2019illumine \u00e0 son tour [\u2026]. Il appartient au critique, et d\u2019\u00e9clairer le pourquoi de l\u2019\u00e9chec traductif (nous retrouvons l\u00e0, d\u2019une certaine mani\u00e8re, nos socio-s\u00e9mio-critiques, mais sans leurs concepts et leur type de discours), et de pr\u00e9parer l\u2019<em>espace de jeu d\u2019une retraduction <\/em>sans faire le \u00ab\u00a0donneur de conseils\u00a0\u00bb. (Berman, 1995, p. 17, c&rsquo;est l&rsquo;auteur qui souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Berman d\u00e9sire donc s\u2019\u00e9loigner des jugements dogmatiques, normatifs et prescriptifs, qui visent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 d\u00e9truire plus qu\u2019\u00e0 construire. Le syst\u00e8me d\u2019\u00e9valuation qu\u2019il construit repose sur des consid\u00e9rations \u00e9thiques et po\u00e9tiques, qu\u2019il formule bien entendu apr\u00e8s avoir d\u00e9crit avec minutie les caract\u00e9ristiques de la traduction analys\u00e9e.<\/p>\n<p>Il est certain que le portrait dessin\u00e9 ici n\u2019est pas exhaustif et ne refl\u00e8te pas l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des mouvements au sein des th\u00e9ories descriptives. On remarque toutefois que ces th\u00e9ories sont caract\u00e9ris\u00e9es par un souci de communication entre les traditions litt\u00e9raires, par la mise en avant de la description des m\u00e9canismes litt\u00e9raires, sociaux et culturels \u00e0 l\u2019oeuvre dans le monde de la traduction, soit sur un mode objectif, provenant de la linguistique, comme chez Mounin et Steiner, soit sur un mode subjectif, ax\u00e9 vers une appr\u00e9ciation litt\u00e9raire, dans la lign\u00e9e de Meschonnic et de Berman (Oseki-D\u00e9pr\u00e9, 1999, p. 97). D\u00e9j\u00e0, la s\u00e9paration souvent induite entre les th\u00e9oriciens relevant de la linguistique et ceux relevant de la litt\u00e9rature se fait moins importante, la typologie d\u2019Oseki-D\u00e9pr\u00e9 permettant une appr\u00e9hension plus englobante des th\u00e9ories de la traduction.<\/p>\n<h3><u>Les th\u00e9ories prospectives<\/u><\/h3>\n<p>Les th\u00e9ories prospectives, ou artistiques, mettent de l\u2019avant la traduction comme un processus litt\u00e9raire cr\u00e9atif. Oseki-D\u00e9pr\u00e9 note qu\u2019ainsi \u00ab\u00a0la traduction constitue une activit\u00e9 ouverte et, pourquoi pas, artistique\u00a0\u00bb (<em>id.<\/em>). De nombreux souscourants existent parmi les th\u00e9ories prospectives et leur objet d\u2019\u00e9tude est tr\u00e8s souvent la po\u00e9sie, r\u00e9put\u00e9e particuli\u00e8rement difficile \u00e0 traduire puisque sa forme et son fond sont intimement li\u00e9s. Il est \u00e0 remarquer que les th\u00e9ories prospectives se d\u00e9tachent du probl\u00e8me de la fid\u00e9lit\u00e9 au texte original, puisqu\u2019elles insistent sur le r\u00f4le cr\u00e9atif du traducteur. On y distingue plusieurs courants\u00a0: le litt\u00e9ralisme, la traduction-recr\u00e9ation et la transcr\u00e9ation po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Le courant litt\u00e9raliste est, comme une partie des th\u00e9ories descriptives de la traduction, fortement inspir\u00e9 de Ch\u00e2teaubriand. Non seulement ce dernier a-t-il d\u00e9crit avec acuit\u00e9 les divers proc\u00e9d\u00e9s \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans <em>Paradise Lost<\/em>, mais il s\u2019est aussi permis de plier la langue fran\u00e7aise pour y faire entendre Milton. Dans une perspective prospective, ce type de litt\u00e9ralisme cr\u00e9atif cherche \u00e0 faire communiquer l\u2019essence de l\u2019\u0153uvre et celle de l\u2019\u00eatre humain, la traduction constituant un moyen d\u2019atteindre, \u00e0 travers l\u2019amalgame et la correspondance des langues, la langue essentielle. Comme le fait remarquer Oseki-D\u00e9pr\u00e9, \u00ab\u00a0[l]e vrai traducteur est donc celui qui pr\u00e9serve l\u2019intouchable et m\u00eame pas transmissible, comme l\u2019est la parole de l\u2019\u00e9crivain dans l\u2019original.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.,<\/em> p. 103) Ce point de vue est fortement inspir\u00e9 de l\u2019essai de Benjamin intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La t\u00e2che du traducteur\u00a0\u00bb (Benjamin, 2000, p. 244-262), qui y pr\u00e9sente une vision essentialiste frisant le mysticisme. En continuit\u00e9 avec la pens\u00e9e des romantiques allemands, Benjamin con\u00e7oit la traduction comme un enrichissement, non seulement de la langue d\u2019arriv\u00e9e, mais aussi de l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Moins marqu\u00e9 par les envol\u00e9es philosophiques que le courant litt\u00e9raliste, le courant de la traduction-recr\u00e9ation provient d\u2019un questionnement pratique sur la traduction de la po\u00e9sie. En effet, comme je l\u2019ai mentionn\u00e9, l\u2019oeuvre po\u00e9tique pr\u00e9sente une difficult\u00e9 de traduction particuli\u00e8re par sa construction complexe, tant sur le plan du fond que de la forme. Le traducteur doit alors r\u00e9cr\u00e9er le po\u00e8me dans la langue d\u2019arriv\u00e9e et, pour ce faire, il doit effectuer des choix qui entrainent n\u00e9cessairement des pertes et des ajouts. D\u2019apr\u00e8s Oseki-D\u00e9pr\u00e9, \u00ab\u00a0la traduction po\u00e9tique entraine in\u00e9vitablement un processus de cr\u00e9ation litt\u00e9raire. Dans ce sens, la traduction peut \u00eatre con\u00e7ue comme une fonction sp\u00e9cialis\u00e9e de la litt\u00e9rature.\u00a0\u00bb (Oseki-D\u00e9pr\u00e9, 1999, p. 113). Le traducteur de po\u00e9sie \u00ab\u00a0sait que son po\u00e8me doit aboutir au po\u00e8me original\u00a0\u00bb (<em>id.<\/em>) et, selon le courant de la traduction-recr\u00e9ation, ce transfert ne peut se faire qu\u2019en endossant pleinement le r\u00f4le de cr\u00e9ateur litt\u00e9raire qui est celui du traducteur.<\/p>\n<p>Enfin, le courant de la transcr\u00e9ation po\u00e9tique, dont l\u2019exemple cit\u00e9 par Oseki-D\u00e9pr\u00e9 est Ezra Pound, consiste \u00e0 traduire en toute libert\u00e9, comme l\u2019auteur aurait \u00e9crit s\u2019il l\u2019avait fait dans la langue d\u2019arriv\u00e9e. Cette position suppose qu\u2019il est possible pour le traducteur de se glisser dans la peau de l\u2019auteur, de savoir ce qu\u2019il aurait voulu dire, en transposant le contexte d\u2019\u00e9mergence dans la culture d\u2019arriv\u00e9e. Le probl\u00e8me pos\u00e9 par cette approche est le risque d\u2019une traduction ethnocentrique, occasionn\u00e9e par le d\u00e9tachement de l\u2019\u0153uvre de son contexte de cr\u00e9ation. En effet, le courant de la transcr\u00e9ation po\u00e9tique repose sur la possibilit\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter objectivement le texte original pour le refaire, mais en supposant qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans la langue d\u2019arriv\u00e9e. L\u2019exemple de Pound est parlant, puisque cet homme de lettres a traduit de la po\u00e9sie chinoise avec beaucoup de libert\u00e9, ce qui laisse \u00e0 craindre une abondance de d\u00e9formations de type colonialiste.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, les th\u00e9ories prospectives s\u2019\u00e9loignent du crit\u00e8re de fid\u00e9lit\u00e9 <em>\u00e0 la lettre <\/em>pour adopter une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019essence de l\u2019\u0153uvre\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019intraduisibilit\u00e9 de la po\u00e9sie \u2013 et son corollaire, la recr\u00e9ation po\u00e9tique \u2013 met en \u00e9vidence l\u2019essence du fait litt\u00e9raire. Qu\u2019est-ce qui est intraduisible, en effet, sinon ce qui fonde la litt\u00e9rarit\u00e9, soit le signe po\u00e9tique?\u00a0\u00bb (<em>ibid.,<\/em> p. 127) Les th\u00e9oriciens prospectifs rejettent donc toute tentative de syst\u00e9matisation et de rationalisation, faisant valoir l\u2019aspect artistique insaisissable de tout texte. Ils constituent donc la branche des th\u00e9ories de la traduction qui s\u2019\u00e9loigne le plus du point de vue linguistique, quelques fois \u2013 comme chez Pound \u2013 au d\u00e9triment d\u2019un transfert plus fid\u00e8le du message et du sens du texte original.<\/p>\n<p>En somme, la traduction litt\u00e9raire pr\u00e9sente de nombreux d\u00e9fis, qu\u2019on peut sans doute attribuer \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre d\u2019art, son essence ind\u00e9chiffrable, qu\u2019elle soit imput\u00e9e \u00e0 l\u2019inspiration mystique de son auteur ou \u00e0 la complexit\u00e9 de la langue litt\u00e9raire. Cette part insaisissable du texte litt\u00e9raire, qui complique tant le travail de traduction en brouillant le code, est certainement pr\u00e9sente dans de nombreuses \u0153uvres, mais le transfert du sens ne saurait se faire sans une \u00e9tude exhaustive du syst\u00e8me linguistique dans lequel l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire s\u2019inscrit.<\/p>\n<h2>La traductologie, entre linguistique et litt\u00e9rature<\/h2>\n<p>Prenons pour exemple la traduction de ce passage tir\u00e9 de <em>The Color Purple<\/em> (1982), dont deux traductions ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es. La premi\u00e8re est issue de la traduction officielle du roman, faite en 1984 par Mimi Perrin. La seconde est propos\u00e9e par Bernard Vidal dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le Vernaculaire noir am\u00e9ricain\u00a0: Ses enjeux pour la traduction envisag\u00e9s \u00e0 travers deux \u0153uvres d&rsquo;\u00e9crivaines noires, Zora Neale Hurston et Alice Walker\u00a0\u00bb, publi\u00e9 en 1994 dans la revue <em>TTR\u00a0: traduction, terminologie, r\u00e9daction<\/em>. Les voici, mises en parall\u00e8le avec l\u2019original\u00a0<\/p>\n<table style=\"width: 700px;\" border=\"3\" cellspacing=\"3\" cellpadding=\"3\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p><em>Dear God,<\/em><\/p>\n<p><em>My mama dead. She die screaming and cussing. She scream at me. She cuss at me. I\u2019m big. I can\u2019t move fast en ough. By time I git back from the well, the water be warm. By time I git the tray ready the food be cold. By time I git all the children ready for school it be dinner time. He don\u2019t say nothing. He set there by the bed holding her hand an cryin, talking bout don\u2019t leave me, don\u2019t go.<\/em>\u00a0(Walker, 1982, p. 2)<\/p>\n<\/td>\n<td>\u00a0\u00a0<\/td>\n<td>\n<p>Cher bon Dieu,<\/p>\n<p>Ma maman elle est morte. Tout ce temps-l\u00e0, elle a pas arr\u00eat\u00e9 de me crier dessus. De me dire des injures. C\u2019est que me voil\u00e0 grosse, et alors je me bouge pas vite. Le temps de remonter du puits, l\u2019eau \u00e9tait ti\u00e8de. Le temps de lui faire son plateau, le repas \u00e9tait froid. Le temps de pr\u00e9parer les petits pour l\u2019\u00e9cole, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u2019heure de manger. Lui il disait rien. Il restait l\u00e0 assis pr\u00e8s du lit, \u00e0 tenir la main \u00e0 la m\u00e8re. Il pleurait qu\u2019elle ne pouvait pas le quitter comme \u00e7a. (Walker, 1984, p. 10)<\/p>\n<\/td>\n<td>\u00a0\u00a0<\/td>\n<td style=\"width: 33%;\">\n<p>Cher Bon Dj\u00e9<\/p>\n<p>Mo moman l\u00e9 morte.<\/p>\n<p>Li mort pas contente contre moin.<\/p>\n<p>Li gu\u00e9l\u00e9 ap\u00e9 moin.<\/p>\n<p>Mo grosse.<\/p>\n<p>Mo li pas capab aller vite.<\/p>\n<p>\u00c7a fait quand mo revini du puits-l\u00e0, l\u2019eau li t\u00e9 chaude.<\/p>\n<p>Quand mo pr\u00e9par\u00e9 le manger, le manger li t\u00e9 froid.<\/p>\n<p>Quand mo pr\u00e9par\u00e9 y\u00e9 zenfants pour l\u2019\u00e9cole, l\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019heure ap\u00e9 d\u00eener.<\/p>\n<p>Mo popa li dit rien.<\/p>\n<p>Li assis-l\u00e0 c\u00f4t\u00e9 so lit. Li tient so main-l\u00e0. Li pleur\u00e9. Li dit\u00a0: \u00ab\u00a0To pas quitt\u00e9 moin, to ni pas all\u00e9.\u00a0\u00bb (Vidal, 1994, p. 196)<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>L\u2019extrait propos\u00e9 est tir\u00e9 d\u2019un roman \u00e9pistolaire \u00e9crit en vernaculaire noir am\u00e9ricain<a id=\"footnoteref1_at9ad8i\" class=\"see-footnote\" title=\" J\u2019utiliserai sans distinction vernaculaire noir am\u00e9ricain (VNA), Black English et African American English (AAE).\" href=\"#footnote1_at9ad8i\">[1]<\/a>, la langue famili\u00e8re parl\u00e9e par les Afro-Am\u00e9ricains. Ce sociolecte est issu d\u2019une cr\u00e9olisation de l\u2019anglais \u2013 la langue du ma\u00eetre \u2013 et de nombreuses langues africaines, notamment le wolof, <em>lingua franca<\/em> en Afrique durant de nombreux si\u00e8cles. Son usage familier et litt\u00e9raire rel\u00e8ve, \u00e0 l\u2019image du joual qu\u00e9b\u00e9cois, d\u2019une revendication politique et culturelle. On remarque dans l\u2019original la pr\u00e9sence de nombreuses caract\u00e9ristiques linguistiques propres au <em>Black English<\/em>. Par exemple, dans \u00ab\u00a0<em>the water be warm<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>the food be cold<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>it be dinner time<\/em>\u00a0\u00bb, le mot \u00ab\u00a0<em>be<\/em>\u00a0\u00bb n\u2019est pas un usage impropre du verbe \u00ab\u00a0<em>to be<\/em>\u00a0\u00bb, mais bien un marqueur aspectuel d\u2019origine africaine, qui signifie que l\u2019action concern\u00e9e est r\u00e9p\u00e9titive et habituelle (Green, 2002, p. 48). Perrin utilise l\u2019imparfait pour marquer cette quotidiennet\u00e9, mais sa solution a le d\u00e9savantage de ne pas d\u00e9vier de la norme linguistique fran\u00e7aise. L\u2019<em>AAE<\/em> se distingue aussi par des particularit\u00e9s phon\u00e9tiques\u00a0: dans l\u2019extrait, on remarque l\u2019\u00e9lision du \u00ab\u00a0r\u00a0\u00bb central dans le mot \u00ab\u00a0<em>cussing<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 pour \u00ab\u00a0<em>cursing<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 et celle du \u00ab\u00a0g\u00a0\u00bb final dans \u00ab\u00a0<em>cryin<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 pour \u00ab\u00a0<em>crying<\/em>\u00a0\u00bb. Si la traduction de Perrin ne comporte aucune d\u00e9viation phon\u00e9tique, celle de Vidal en abonde, son exotisation extr\u00eame en comportant m\u00eame beaucoup plus que l\u2019original.<\/p>\n<p>Le VNA se caract\u00e9rise aussi par l\u2019usage de mots courts, ce qui en fait une langue rythm\u00e9e et expressive. Dans cet extrait, l\u2019original est compos\u00e9 de mots d\u2019une ou au maximum deux syllabes, avec une pr\u00e9dominance des mots d\u2019une seule syllabe, puisque seuls une dizaine de mots \u2013 \u00ab\u00a0<em>mama<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>screaming<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>cussing<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>enough<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>water<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>children<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>ready<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>dinner<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>nothing<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>holding<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>talking<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 en comportent deux. Perrin utilise dans sa traduction de nombreux mots de deux syllabes, ainsi que quelques mots de trois syllabes. Toutefois, ces mots ne sont pas complexes, et refl\u00e8tent assez bien le vocabulaire \u00e9l\u00e9mentaire de Celie, malgr\u00e9 l\u2019absence de fautes d\u2019orthographe et de grammaire, sauf pour le traitement des phrases n\u00e9gatives. Chez Vidal, on retrouve encore moins de mots, mais leur longueur est d\u2019une \u00e9tendue semblable \u00e0 ce qu\u2019on retrouve dans la version de Perrin. Aussi, \u00e0 cause de l\u2019influence cr\u00e9ole, les mots utilis\u00e9s sont plus simples, m\u00eame plus que dans l\u2019original. Les deux traductions propos\u00e9es sont l\u00e9g\u00e8rement allongeantes\u00a0: celle de Perrin compte quatorze mots et trente syllabes de plus, celle de Vidal trois mots et seize syllabes de plus. Toutefois, la version de Vidal est physiquement plus longue, puisqu\u2019il effectue un retour \u00e0 la ligne apr\u00e8s presque toutes les phrases, alors que, dans l\u2019original et chez Perrin, il s\u2019agit d\u2019un paragraphe d\u2019un seul tenant. Le choix de Vidal renforce l\u2019oralit\u00e9 et la po\u00e9ticit\u00e9 de l\u2019extrait, en faisant un texte qui respire mieux, o\u00f9 chaque affirmation de Celie est martel\u00e9e. Par contre, la disposition originale marque plut\u00f4t l\u2019accumulation que l\u2019affirmation, ce qui est certainement plus en accord avec le ton de cette lettre.<\/p>\n<p>On remarque de nombreuses r\u00e9p\u00e9titions dans l\u2019original, qui ont pour effet de rythmer le texte en plus d\u2019insister par it\u00e9ration sur certains termes. D\u2019abord, il y a l\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re, o\u00f9 l\u2019abondance des cris et des jurons, tout comme la pr\u00e9sence de la mort, est signal\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition\u00a0: \u00ab\u00a0<em>My mama dead. <\/em><em>She die screaming and cussing. She scream at me. She cuss at me.<\/em>\u00a0\u00bb Chez Perrin comme chez Vidal, une partie de cette r\u00e9p\u00e9tition est \u00e9vacu\u00e9e. Si, dans la version de Vidal, le verbe \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb est r\u00e9p\u00e9t\u00e9, aucune des trois r\u00e9p\u00e9titions n\u2019est pr\u00e9sente chez Perrin, alors qu\u2019il s\u2019agit de la traduction la plus longue. On retrouve aussi dans l\u2019extrait une anaphore, puisque trois phrases suivies d\u00e9butent par \u00ab\u00a0<em>by time I git<\/em>\u00a0\u00bb. De plus, ces extraits affichent une scansion semblable \u2013 huit pieds\/cinq pieds, huit pieds\/quatre pieds et douze pieds\/quatre pieds. Chez Perrin, la r\u00e9p\u00e9tition est pr\u00e9sente, avec \u00ab\u00a0le temps de\u00a0\u00bb, et la scansion est partiellement pr\u00e9serv\u00e9e (huit\/quatre, huit\/six, douze\/huit), quoique la traductrice y ajoute un effet de gradation ascendante en augmentant petit \u00e0 petit le nombre de pieds. La version de Vidal est semblable (huit\/quatre, huit\/six, onze\/huit), sauf que l\u2019anaphore n\u2019est pas tout \u00e0 fait respect\u00e9e, puisque la premi\u00e8re phrase d\u00e9bute par \u00ab\u00a0\u00e7a fait quand mo\u00a0\u00bb, alors que les autres commencent par \u00ab\u00a0quand mo\u00a0\u00bb. L\u2019effet r\u00e9p\u00e9titif est moins marqu\u00e9 dans le premier exemple que dans le second, mais il est \u00e9vident que, dans le cas de ce passage o\u00f9 la r\u00e9p\u00e9tition est primordiale, les traducteurs ont tenu \u00e0 ce qui soit pr\u00e9serv\u00e9e la prose de Walker, avec plus ou moins de succ\u00e8s.<\/p>\n<p>La traduction de Perrin fait subir au texte de Walker beaucoup de r\u00e9am\u00e9nagements syntaxiques, ce que Berman appelle la rationalisation, qui consiste \u00e0 remanier la construction des phrases. Cette d\u00e9formation est pr\u00e9sente un peu partout dans l\u2019exemple, sauf peut-\u00eatre dans le passage anaphorique. Ainsi, le d\u00e9but de l\u2019extrait est remani\u00e9, tout comme la fin, o\u00f9, d\u2019une phrase, Perrin en fait deux, tout en laissant tomber certains d\u00e9tails. De m\u00eame, Vidal divise en quatre la derni\u00e8re phrase de l\u2019original, et y ins\u00e8re une r\u00e9plique, introduite par un deux-points et encadr\u00e9e par des guillemets. Rationalisation, ennoblissement, destruction des rythmes, destruction des syst\u00e9matismes et destruction ou exotisation des r\u00e9seaux langagiers vernaculaires, les traductions de Perrin et de Vidal, bien que visant juste sur certains aspects, comportent de nombreuses d\u00e9formations d\u00e9cri\u00e9es par Berman (Berman, 1999 [1985]). Il s\u2019agit donc dans les deux cas de traductions ethnocentriques proc\u00e9dant par, chez Perrin, une normalisation et, chez Vidal, une exotisation de la langue vernaculaire.<\/p>\n<h2><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p>Cette analyse rapide nous indique comment linguistique et litt\u00e9rature sont toutes deux sollicit\u00e9es lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019analyser la traduction d\u2019un texte litt\u00e9raire. J\u2019ai choisi ici, pour les besoins de la d\u00e9monstration, un cas extr\u00eame \u2013 celui du vernaculaire noir am\u00e9ricain tel que transcrit par Alice Walker \u2013, mais les m\u00eames chemins peuvent \u00eatre suivis pour l\u2019\u00e9tude de toute traduction. Dans un monde o\u00f9 le rapport \u00e0 l\u2019Autre prend une importance grandissante et o\u00f9 le principe d\u2019universalit\u00e9 est \u00e9branl\u00e9 par la multiplicit\u00e9 des points de vue, les th\u00e9ories de la traduction litt\u00e9raire apportent un \u00e9clairage particulier gr\u00e2ce \u00e0 leur attachement \u00e0 la chose culturelle. Toutefois, traduire est quelquefois trahir, et la traduction, si elle est men\u00e9e de mani\u00e8re ethnocentrique, peut contribuer \u00e0 entretenir les id\u00e9es re\u00e7ues plut\u00f4t que de garantir la transmission. La traduction est une lame \u00e0 double tranchant, comme le fait remarquer Maria Tymoczko\u00a0: \u00ab\u00a0<em>As with any intellectual theory, translation theory has the potential to be used for good or ill, for oppression or liberation. Like translation itself, translation theory can be a two-edged sword. What is clear at present is that translation studies does not stand in a neutral place.<\/em>\u00a0\u00bb (Tymoczko, 2006, p. 30) La pr\u00e9tendue neutralit\u00e9 du traducteur est un masque qui se l\u00e9zarde\u00a0: la traduction objective n\u2019existe pas, elle est toujours l\u2019\u0153uvre d\u2019un sujet. Il est alors essentiel de comprendre les enjeux qui se dessinent d\u00e8s lors qu\u2019on transf\u00e8re une \u0153uvre litt\u00e9raire d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre. Il va sans dire que le point de vue et les all\u00e9geances th\u00e9oriques du traducteur influencent ses choix, risquant alors de produire une traduction ethnocentrique et de fausser la lecture de l\u2019\u0153uvre. Pourtant, un travail minutieux sur la lettre permet de r\u00e9aliser une traduction de qualit\u00e9 qui renouvelle langue et litt\u00e9rature nationales.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BAKER, Mona. 2000. \u00ab\u00a0Towards a Methodology for Investigating the Style of a Literary Translator\u00a0\u00bb. <em>Target<\/em>, vol. 12, no 2, p. 241-266.<\/p>\n<p>BENJAMIN, Walter. 2000. \u00ab\u00a0La t\u00e2che du traducteur\u00a0\u00bb. <em>\u0152uvres<\/em>, p. 244-262. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>BERMAN, Antoine. 1984. L&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;etranger : culture et traduction dans l&rsquo;Allemagne romantique. Coll. \u00ab tel \u00bb, no 252. Paris\u00a0: Gallimard, 311 p.<\/p>\n<p>&#8212;&#8211;. 1995. <em>Pour une critique des traductions\u00a0: John Donne<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que des id\u00e9es\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Gallimard, 275 p.<\/p>\n<p>&#8212;&#8211;. 1999 [1985]. <em>La traduction et la lettre ou L&rsquo;auberge du lointain<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0L&rsquo;Ordre philosophique\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Seuil, 141 p.<\/p>\n<p>ECO, Umberto. 2007. <em>Dire presque la m\u00eame chose\u00a0: Exp\u00e9riences de traduction<\/em>. Paris\u00a0: Grasset, 464 p.<\/p>\n<p>GREEN, Lisa J. 2002. <em>African American English: A Linguistic Introduction<\/em>. Cambridge\u00a0: Cambridge University Press, 285 p.<\/p>\n<p>LADMIRAL, Jean-Ren\u00e9. 1979. <em>Traduire\u00a0: Th\u00e9or\u00e8mes pour la traduction<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0Petite biblioth\u00e8que Payot\u00a0\u00bb, no 366. Paris\u00a0: Payot, 276 p.<\/p>\n<p>MESCHONNIC, Henri. 1999. <em>Po\u00e9tique du traduire<\/em>. Paris\u00a0: Verdier, 377 p.<\/p>\n<p>MOUNIN, Georges. 1963. <em>Les probl\u00e8mes th\u00e9oriques de la traduction<\/em>. Coll. \u00ab\u00a0nrf\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Gallimard, 303 p.<\/p>\n<p>OSEKI-D\u00c9PR\u00c9, In\u00eas. 1999. <em>Th\u00e9ories et pratiques de la traduction litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin, 283 p.<\/p>\n<p>ROBEL, L\u00e9on. 1973. \u00ab\u00a0Pour une th\u00e9orie de la traduction po\u00e9tique\u00a0\u00bb. <em>Cahiers internationaux de symbolisme<\/em>, no 25, p. 55-64.<\/p>\n<p>STEINER, George. 1998 [1975]. <em>After Babel: Aspects of Language and Translation<\/em>. 3e \u00e9d. Oxford\u00a0: Oxford University Press, 560 p.<\/p>\n<p>VIDAL, Bernard. 1994. \u00ab\u00a0Le Vernaculaire noir am\u00e9ricain: Ses enjeux pour la traduction envisag\u00e9s \u00e0 travers deux \u0153uvres d&rsquo;\u00e9crivaines noires, Zora Neale Hurston et Alice Walker\u00a0\u00bb. <em>TTR<\/em>, vol. 7, no 2, p. 165-207.<\/p>\n<p>WALKER, Alice. 1982. <em>The Color Purple<\/em>. New York\u00a0: Harcourt, 290 p.<\/p>\n<p>&#8212;&#8211;. 2008 [1984]. <em>La couleur pourpre<\/em>. Trad. de l&rsquo;am\u00e9ricain par Mimi Perrin. Coll. \u00ab\u00a0Pavillons poche\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: Robert Laffont, 346 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_at9ad8i\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_at9ad8i\">[1]<\/a> J\u2019utiliserai sans distinction vernaculaire noir am\u00e9ricain (VNA), <em>Black English<\/em> et <em>African American English<\/em> (<em>AAE<\/em>).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Fournier-Guillemette, Rosemarie. 2011. \u00ab La traductologie: entre litt\u00e9rature et linguistique \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Interdisciplinarit\u00e9s \/ Penser la biblioth\u00e8que \u00bb, n\u00b013, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5487 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/fournier-guillemette-13.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 fournier-guillemette-13.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-5c8c2c4c-98ed-45fd-aeb9-d19828140dd6\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/fournier-guillemette-13.pdf\">fournier-guillemette-13<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/fournier-guillemette-13.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-5c8c2c4c-98ed-45fd-aeb9-d19828140dd6\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Interdisciplinarit\u00e9s \/ Penser la biblioth\u00e8que \u00bb, n\u00b013 La traduction est un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019invisibilit\u00e9. 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