{"id":5497,"date":"2024-06-13T19:48:19","date_gmt":"2024-06-13T19:48:19","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-vieillesse-et-le-deuil-de-la-jeunesse-dans-la-poesie-anteislamique\/"},"modified":"2024-09-10T15:34:47","modified_gmt":"2024-09-10T15:34:47","slug":"la-vieillesse-et-le-deuil-de-la-jeunesse-dans-la-poesie-anteislamique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5497","title":{"rendered":"La vieillesse et le deuil de la jeunesse dans la po\u00e9sie ant\u00e9islamique"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6883\">Dossier \u00ab\u00a0Vieillesse et passage du temps\u00a0\u00bb, n\u00b014<\/a><\/h5>\n<p>Les po\u00e8mes ant\u00e9islamiques sont de fait une part incontournable de la litt\u00e9rature arabe. Leur influence a \u00e9t\u00e9 et reste consid\u00e9rable. La ma\u00eetrise qu\u2019ont les po\u00e8tes ant\u00e9islamiques \u00e0 la fois du r\u00e9cit tr\u00e9pidant et cru, de l\u2019introspection la plus approfondie, de la sagesse philosophique la plus accomplie et des figures stylistiques les plus raffin\u00e9es reste un mod\u00e8le. Dans cette \u00e9tude, nous avons choisi une anthologie de po\u00e8mes pr\u00e9islamiques, celle des <em>Mu\u2018allaq\u00e2t<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5497\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5497-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5497-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"> En fran\u00e7ais, <em>Les Suspendues,<\/em> ce sont dix po\u00e8mes, les plus c\u00e9l\u00e8bres et les plus beaux de la p\u00e9riode ant\u00e9islamique. Ils \u00e9taient suspendus sur le mur de la Maison sacr\u00e9e arabe \u00ab\u00a0La Kaaba\u00a0\u00bb. Nous utilisons dans cet article la transmission d\u2019al-Tibr\u00eez\u00ee, et la traduction de Pierre Larcher. <\/span> (<em>Les <\/em><em>Suspendues<\/em>). Ces po\u00e8mes complexes demeurent des \u0153uvres d\u2019une richesse in\u00e9puisable, des po\u00e8mes embl\u00e9matiques de la p\u00e9riode pr\u00e9islamique du V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Chaque Suspendue est compos\u00e9e de trois parties\u00a0: le \u00ab\u00a0<em>nas\u00eeb\u00a0<\/em>\u00bb ou pr\u00e9lude d\u2019amour (les souvenirs de la bien-aim\u00e9e est le th\u00e8me introductif de tous les po\u00e8mes), le <em>\u00ab\u00a0ra<u>h<\/u>\u00eel\u00a0\u00bb<\/em> ou le voyage, et le \u00ab\u00a0<em>gharadh<\/em>\u00a0\u00bb, le sujet principal.<\/p>\n<p>\u00a0La premi\u00e8re partie, celle du <em>nas\u00eeb<\/em>, emplie de souvenirs de gens absents, de choses perdus et d\u2019\u00e9poques r\u00e9volues, tourne habituellement autour de trois principaux motifs\u00a0: les ruines, la femme bien-aim\u00e9e et les d\u00e9rivatifs. Tous trois sont li\u00e9s au Tempset \u00e0 son \u00e9vocation\u00a0: les ruines en marquent l\u2019\u00e9coulement, la bien-aim\u00e9e est absente et son manque se fait cruel pour le po\u00e8te, qui vieillit, et qui trouve dans les d\u00e9rivatifs une \u00e9chappatoire et une source de patience.<\/p>\n<p>C\u2019est dans le <em>nas\u00eeb<\/em> que le po\u00e8te se situe (moment qui peut suivre de quelques semaines ou de plusieurs ann\u00e9es du d\u00e9part de la bien-aim\u00e9e). Il est alors enferm\u00e9 dans un cycle de souvenirs, de m\u00e9lancolie, d\u2019espoirs qui n\u2019ont plus de signification concr\u00e8te \u2013 la bien-aim\u00e9e a alors chang\u00e9 sans doute, elle est mari\u00e9e peut-\u00eatre, partie certainement \u2013 autre que celle de pleurer sur les ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es et la jeunesse perdue, ou, \u00e0 d\u00e9faut de jeunesse, tout au moins sur un \u00ab\u00a0\u00e2ge des possibles\u00a0\u00bb id\u00e9alis\u00e9. Or, prisonnier de ce cycle, le po\u00e8te perd sa propre personne, son Moi initial, dont la nostalgie l\u2019emp\u00eache de vivre pleinement l\u2019\u00e9volution de sa vie, d\u2019y participer, en quelque sorte. C\u2019est une forme de deuil (deuil d\u2019une \u00e9poque, deuil d\u2019un \u00ab\u00a0statut\u00a0\u00bb du Moi, deuil de la jeunesse, etc.) que le po\u00e8te doit effectuer en suivant certaines \u00e9tapes, la fin du processus \u00e9tant marqu\u00e9e par le retour des d\u00e9sirs et des envies, mais aussi par la capacit\u00e9 d\u2019investissement de nouveaux objets de plaisir. Les \u00e9tapes du deuil apparaissent de fa\u00e7on nette dans les po\u00e8mes\u00a0: tout d\u2019abord, une reconnaissance de la perte, correspondant \u00e0 la description du d\u00e9part de la bien-aim\u00e9e, puis une r\u00e9action \u00e0 la s\u00e9paration \u2013 pleurs, tentatives de \u00ab\u00a0suivre\u00a0\u00bb mentalement la femme perdue &#8211; et un afflux de souvenirs en rapport avec cette s\u00e9paration. (Voir Bache et Hanus, 2000, p. 22)<\/p>\n<p>Nous nommons \u00ab\u00a0d\u00e9rivatifs\u00a0\u00bb ces trois \u00e9tapes du deuil repr\u00e9sent\u00e9es sur le plan litt\u00e9raire. Elles regroupent tous les moyens mis en oeuvre par les po\u00e8tes pour se rassurer, se lib\u00e9rer progressivement de leur m\u00e9lancolie, des liens paralysants qui les attachent \u00e0 la p\u00e9riode r\u00e9volue de la bien-aim\u00e9e et de la jeunesse, et trouver l\u2019\u00e9nergie de construire un Moi nouveau. Au fil de sa qu\u00eate, les po\u00e8tes int\u00e8grent cette douloureuse \u00e9preuve comme une source de maturit\u00e9, et peut avancer\u00a0 dans la construction d\u2019un homme adulte, qui accepte sa vieillesse. Les po\u00e8tes utilisent deux moyens pour y arriver, pour consid\u00e9rer la vieillesse non pas comme une perte, mais comme une \u00e9tape in\u00e9luctable de la vie. Ces deux moyens sont la sapience (ou po\u00e9sie de la sagesse) et la qu\u00eate du plaisir par l\u2019aventure amoureuse et par le vin.<\/p>\n<p>Dans les <em>Mu\u2018allaq\u00e2t<\/em>, la notion du Temps alimente la r\u00e9flexion de Zuhayr, de \u2018Antara et de <u>T<\/u>arafa sur l\u2019homme et sa condition. Nous essayerons dans cet article de cerner les diff\u00e9rents points de vue de la repr\u00e9sentation de la vieillesse et nous nous efforcerons aussi de comprendre la place occup\u00e9e par la vieillesse dans la vie des po\u00e8tes ant\u00e9islamiques. Outre l\u2019approche po\u00e9tique, nous analyserons les notions de vieillesse et de deuil en recourant \u00e0 quelques termes de la psychologie clinique, qui analyse le Moi et ses relations avec Autrui.<\/p>\n<h2>Le deuil par la sapience<\/h2>\n<p>Si, <em>a posteriori<\/em>, l\u2019\u00e9poque de la relation avec la bien-aim\u00e9e est vue comme une \u00e9poque heureuse, c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 travers le souvenir de la jeunesse et de ses amours que de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une relation \u00e9panouie. Ainsi, dans un po\u00e8me d\u2019al-A\u2018sh\u00e2, la p\u00e9riode des amours de jeunesse est surtout d\u00e9crite comme une p\u00e9riode de folie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00a0<em>\u2018Ulliqtuh\u00e2 \u2018aradhaan wa-\u2019ulliqat rajulan<\/em><br \/><em>ghayr\u00ee wa-\u2019ulliqa ukhr\u00e2 ghayraha l-rajulu<\/em><br \/><em>Wa-\u2019ulliqathu fat\u00e2tun m\u00e2 yu<u>h<\/u>\u00e2wiluh\u00e2<\/em><br \/><em>wa-min ban\u00ee \u2018ammih\u00e2 maytun bih\u00e2 wahilu<\/em><br \/><em>Wa-\u2019ulliqatn\u00ee ukhayr\u00e2 m\u00e2 tul\u00e2\u2019imun\u00ee<\/em><br \/><em>fa-j-tama\u2019a l-<u>h<\/u>ubbu <u>h<\/u>ubbun kulluhu tabilu<\/em><br \/><em>Fa-kullun\u00e2 mughramun yah<u>d<\/u>\u00ee bi-s\u00e2<u>h<\/u>ibihi<\/em><br \/><em>n\u00e2\u2019in wa-d\u00e2nin wa-makhb\u00fblun wa-mukhtabilu<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 15-18, p. 489-491.)<\/p>\n<p>Moi, d\u2019elle \u00e9pris par hasard\u00a0; elle, d\u2019un homme \u00e9prise<br \/>Autre que moi\u00a0; et l\u2019homme \u00e9pris d\u2019une autre qu\u2019elle\u00a0;<br \/>De lui \u00e9prise, damoiselle, dont il ne veut,<br \/>Quand un sien cousin se meurt, par elle affol\u00e9\u00a0;<br \/>De moi \u00e9prise, autre petite, qui ne me va\u00a0:<br \/>Amours mises ensemble, amours, toutes, folie\u00a0!<br \/>Chacun, \u00e0 sa passion, pour son ami d\u00e9lire,<br \/>S\u2019approchant, s\u2019\u00e9loignant, affolant, affol\u00e9\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 15-18, p. 27-28.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Les quatre vers forment une sorte de danse cyclique, comme une parade nuptiale, une transe, qui \u00e0 la fois rend les amoureux fous et vuln\u00e9rables. La r\u00e9p\u00e9tition des mots \u00ab\u00a0<em>\u2019ulliqa\u00a0<\/em>\u00bb (\u00e9pris), \u00ab\u00a0<em>tabil\u00a0<\/em>\u00bb (fou), \u00ab\u00a0<em>mughram<\/em>\u00a0\u00bb (passionn\u00e9), \u00ab\u00a0<em>makhb\u00fbl\u00a0<\/em>\u00bb (affolant) et \u00ab\u00a0<em>wahil\u00a0<\/em>\u00bb (affol\u00e9) donne l\u2019impression d\u2019une danse circulaire, qui n\u2019aboutit \u00e0 rien.\u00a0 <em>In fine<\/em>, seule subsiste la sensation grisante des amours de jeunesse, dont le po\u00e8te semble vouloir indiquer qu\u2019elles affolent et enflamment, mais sans but ni espoir autre que celui de repr\u00e9senter, par cette agitation f\u00e9brile m\u00eame, la jeunesse.<\/p>\n<p>La relation avec la bien-aim\u00e9e est rarement \u00ab\u00a0heureuse\u00a0\u00bb. Le po\u00e8te peut \u00eatre rejet\u00e9, sans espoir de contrer la d\u00e9cision de sa bien-aim\u00e9e, pour des raisons sur lesquelles il n\u2019a pas de prise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>A-an rajulan a\u2019sh\u00e2 \u2018adharra bihi<\/em><br \/><em>raybu l-man\u00fbni wa-dahrun mufnidun khabilu<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 20, p. 492.)<\/p>\n<p>Ou qu\u2019un homme elle ait vu, malvoyante, et victime<br \/>Des al\u00e9as du temps, d\u2019un sort funeste et fou\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 20, p. 28.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te, qui parle de lui-m\u00eame \u00e0 la troisi\u00e8me personne du singulier, semble ainsi mettre \u00e0 distance le d\u00e9dain de sa bien-aim\u00e9e, Hurayra, et se prot\u00e9ger de l\u2019accueil qu\u2019elle lui r\u00e9serve. Il n\u2019est pas responsable de ce rejet, c\u2019est Hurayra (avec son aveuglement) et le sort (funeste et fou, \u00ab\u00a0<em>mufnid, khabil\u00a0<\/em>\u00bb) qui le sont. Bless\u00e9 dans son amour-propre, le po\u00e8te se d\u00e9fend ainsi et de la bien-aim\u00e9e qui le rejette et du d\u00e9pit amoureux.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te, d\u00e9sormais seul, entre dans la phase de manque, conscient qu\u2019elle va durer, qu\u2019elle va longuement marquer son existence, et qu\u2019elle aura des retentissements majeurs sur ses choix. Habit\u00e9 par les souvenirs, hant\u00e9 par la nostalgie d\u2019une \u00e9poque qu\u2019il sait \u00e0 jamais r\u00e9volue, le po\u00e8te doit trouver un moyen \u00e0 la fois d\u2019apaiser son tourment et de sortir de sa m\u00e9lancolie, de redevenir un \u00eatre de volont\u00e9. Le p\u00e8lerinage vers la p\u00e9riode de la jeunesse marque donc \u00e0 la fois un retour au point de d\u00e9part de l\u2019errance cyclique dans la m\u00e9moire, et l\u2019arr\u00eat de cette errance\u00a0: le travail de deuil peut alors continuer, et c\u2019est l\u2019acceptation, et non les souvenirs nostalgiques du pass\u00e9, que cherchera le po\u00e8te.<\/p>\n<p>Dans ce travail de deuil, le po\u00e8te trouve des amis qui l\u2019apaisent, calment sa m\u00e9lancolie\u00a0: ils sont donc, curieusement, \u00e0 la fois ceux qui attestent la douleur et ceux qui la calment. Ils introduisent la sapience, enjoignent le po\u00e8te \u00e0 essuyer ses larmes et \u00e0 faire face au temps. Ils apparaissent presque comme des forces morales, des images de l\u2019homme r\u00eav\u00e9 que souhaiterait \u00eatre toute personne incapable de sortir seule de sa m\u00e9lancolie. Ils incarnent une seconde face du po\u00e8te, une face id\u00e9alis\u00e9e, sage, apais\u00e9e. D\u2019ailleurs, les po\u00e8tes plus \u00e2g\u00e9s se passent parfois de l\u2019artifice des compagnons, comme nous le voyons dans l\u2019ode de \u2018Ab\u00eed\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Ta<u>s<\/u>b\u00fb wa-ann\u00e2 laka l-ta<u>s<\/u>\u00e2b\u00ee\u00a0?<\/em><br \/><em>ann\u00e2 wa-qad r\u00e2\u2019aka l-mash\u00eebu\u00a0?<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 11, p. 539.)<\/p>\n<p>Enfant\u00a0! Comment faire l\u2019enfant,<br \/>Comment, toi qu\u2019effraient cheveux blancs\u00a0?<br \/>(Larcher, 2000, v. 11, p. 63.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2018Ab\u00eed n\u2019a nul besoin de compagnons pour se ramener \u00e0 la raison, pour relativiser sa douleur, et glisser vers la sapience pour tenter de s\u2019apaiser. Ce vers est en fait une r\u00e9ponse \u00e0 la phrase \u00ab\u00a0<em>wa-l-shaybu shaynun liman yash\u00eebu<\/em>\u00a0\u00bb (al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 6, p. 537) (\u00ab\u00a0Cheveux blancs, honte pour qui blanchit\u00a0!\u00a0\u00bb (Larcher, 2000, v. 6, p. 62)), du vers 6, qui termine la description des ruines, visit\u00e9es par le po\u00e8te arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vieillesse. \u00ab\u00a0<em>Ta<u>s<\/u>b\u00fb\u00a0<\/em>\u00bb a le double sens d\u2019enfant et d\u2019amour (voir Ibn Man<u>z<\/u>\u00fbr, s.d., p. 2397-2399). Larcher l\u2019a traduit par \u00ab\u00a0enfant\u00a0\u00bb, probablement au regard des larmes vers\u00e9es et du second h\u00e9mistiche qui parle de vieillesse. Or, il nous semble que le traduire par \u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb, comme le fait al-Tibr\u00eez\u00ee, donne tout son sens au vers\u00a0: le po\u00e8te se tance, se demandant comment il peut oser \u00eatre amoureux encore et en souffrir, lui qui a pourtant pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge. En outre, ce vers fait suite \u00e0 une longue description des larmes provoqu\u00e9es par la perte dont le po\u00e8te demeure inconsolable\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>\u2018Ayn\u00e2ka dam\u2019uhum\u00e2 sar\u00fbba<\/em><br \/><em>ka\u2019anna sh\u00e2nayhim\u00e2 sha\u2019\u00eebu<\/em><br \/><em>W\u00e2hiyatun aw ma\u2019\u00eenun mum\u2019inun<\/em><br \/><em>min hadhbatin d\u00fbnah\u00e2 luh\u00fbbu<\/em><br \/><em>Aw falajun bi-ba<u>th<\/u>ni w\u00e2din<\/em><br \/><em>li-l-m\u00e2\u2019i min ta<u>h<\/u>tihi qas\u00eebu<\/em><br \/><em>Aw jadwalun f\u00ee <u>z<\/u>il\u00e2li nakhlin<\/em><br \/><em>li-l-m\u00e2\u2019i min ta<u>h<\/u>tihi suk\u00fbbu<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 7-10, p. 538-539.)<\/p>\n<p>Tes yeux, leurs pleurs coulent \/ comme si<br \/>Leurs lacrymaux \u00e9taient une outre<br \/>Trou\u00e9e, ou eau surgie d\u2019en haut,<br \/>Vive \/ avec, au pied, d\u00e9fil\u00e9s,<br \/>Ou ruisseau, au creux d\u2019un vallon,<br \/>Avec, en aval, chute d\u2019eau,<br \/>Ou rigole, \u00e0 l\u2019ombre des palmes,<br \/>Avec, en aval, d\u00e9versoir\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 7-10, p. 63.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2018Ab\u00eed, d\u00e9crivant ses pleurs sur non moins de quatre vers, utilise quatre comparaisons bas\u00e9es sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une eau contenue qui se d\u00e9verse, lentement puis violemment, puis de plus en plus doucement, comme pour \u00e9voquer une crise de pleurs qui enflent puis se calment.<\/p>\n<p>Dans les Suspendues, plusieurs po\u00e8tes font intervenir des vers de sapience dans lesquels le po\u00e8te, cherchant \u00e0 oublier, se tourne vers la sagesse pour s\u2019enjoindre d\u2019accepter ce qu\u2019il ne peut de toute fa\u00e7on modifier, pour admettre que la vieillesse et que, plus encore, la fuite du temps, ne sont que des aspects de la mort qui terminera toute chose. Ainsi, \u2018Amr dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Wa-inn\u00e2 sawfa tudrikuna l-man\u00e2y\u00e2<\/em><br \/><em>muqaddaratan lan\u00e2 wa-muqaddir\u00een\u00e2<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 7, p. 384; al-Zawzan\u00ee, s.d., v. 8, p. 139.)<\/p>\n<p>Oui, nous, elle nous appr\u00e9hendera, la mort,<br \/>Elle \u00e0 nous destin\u00e9e, nous destin\u00e9s {\u00e0 elle}<br \/>(Larcher, 2000, v. 8, p. 87.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sapience d\u00e9rive directement de la conscience de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chapper au destin, de l\u2019inutilit\u00e9 de se d\u00e9battre, de l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer ce qui adviendra\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Wa-inna ghadan wa-inna l-yawma rahnun<\/em><br \/><em>wa-ba\u2019da ghadin bim\u00e2 l\u00e2 ta\u2019lam\u00een\u00e2<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 19, p. 390; al-Zawzan\u00ee, s.d., v. 12, p. 140.)<\/p>\n<p>Oui, demain, aujourd\u2019hui, ainsi qu\u2019apr\u00e8s-demain,<br \/>Sont autant de gages de ce que tu ne sais pas.<br \/>(Larcher, 2000, v. 12, p. 88.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2018Ab\u00eed, dans une longue s\u00e9rie de vers sapientaux, tente de relativiser sa douleur, d\u2019abord en la ramenant \u00e0 un fait courant, habituel, qu\u2019il n\u2019est pas le premier \u00e0 endurer\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>In yaku <u>h<\/u>uwwila minh\u00e2 ahluh\u00e2<\/em><br \/><em>fa-l\u00e2 bad\u00ee\u2019un wa-l\u00e2 \u2018aj\u00eebu<\/em><br \/><em>Aw yaku qad aqfara minh\u00e2 jawwuh\u00e2<\/em><br \/><em>wa-\u2019\u00e2daha l-ma<u>h<\/u>lu wa-jud\u00fbbu<\/em><br \/><em>Fa-kullu <u>d<\/u>\u00ee ni\u2019matin makhl\u00fbsuh\u00e2<\/em><br \/><em>wa-kullu <u>d<\/u>\u00ee amalin mak<u>d<\/u>\u00fbbu<\/em><br \/><em>Wa-kullu <u>d<\/u>\u00ee ibilin mawr\u00fb<u>thh<\/u>un<\/em><br \/><em>wa-kullu <u>d<\/u>\u00ee salabin masl\u00fbbun<\/em><br \/><em>Wa-kullu <u>d<\/u>\u00ee ghaybatin ya\u2019\u00fbbu<\/em><br \/><em>wa-gh\u00e2\u2019ibu l-mawti l\u00e2 ya\u2019\u00fbbu<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 12-16, p. 539-540.)<\/p>\n<p>Si ces gens s\u2019en trouvent chass\u00e9s,<br \/>C\u2019est qu\u2019il n\u2019est primeur, ni merveille,<br \/>Si le dedans d\u2019eux s\u2019est vid\u00e9,<br \/>Redevenu st\u00e9rile et dur,<br \/>C\u2019est que\u00a0: qui bien a, est vol\u00e9,<br \/>Qui espoir a, d\u00e9\u00e7u sera,<br \/>Qui chameaux a, des hoirs aura,<br \/>Qui spoli\u00e9 a, spoli\u00e9 sera<br \/>Et, si d\u2019une absence on revient,<br \/>L\u2019absent mort, point ne reviendra\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 12-16, p. 63.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Seul peut perdre une chose celui qui en a \u00e0 un moment b\u00e9n\u00e9fici\u00e9\u00a0: il est donc ridicule de se plaindre, puisqu\u2019avoir perdu l\u2019amour de la bien-aim\u00e9e et la jeunesse signifie que l\u2019on en a, \u00e0 une \u00e9poque, joui, ce qui en soi constitue une chose dont on devrait se r\u00e9jouir. D\u2019ailleurs, si cette terre est devenue st\u00e9rile, pourquoi donc ne pas la quitter au lieu de pleurer sur ce qui ne sera pas modifi\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>A \u2018\u00e2qirun mi<u>thh<\/u>lu <u>d<\/u>\u00e2ti ri<u>h<\/u>min\u00a0?<\/em><br \/><em>aw gh\u00e2nimun mi<u>thh<\/u>lu man yakh\u00eebu\u00a0?<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 17, p. 540.)<\/p>\n<p>Femme st\u00e9rile, vaut-elle m\u00e8re\u00a0?<br \/>Homme qui gagne, homme qui perd\u00a0?<br \/>(Larcher, 2000, v. 17, p. 64.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vers 22 et le premier h\u00e9mistiche du vers 23 forment un bloc et exposent toute une philosophie de vie, que condense \u00e0 elle seule l\u2019expression \u00ab\u00a0<em>ill\u00e2 sajiyy\u00e2t ma l-qul\u00fbb<\/em>\u00a0\u00bb (seuls comptent les \u00e9lans du c\u0153ur)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>L\u00e2 ya\u2019i<u>z<\/u>u l-n\u00e2su man l\u00e2 ya\u2019i<u>z<\/u>u l-<\/em><br \/><em>dahru wa-l\u00e2 yanfa\u2019u l-talb\u00eebu<\/em><br \/><em>Ill\u00e2 sajiyy\u00e2tu ma l-qul\u00fbbi<\/em><br \/><em>wa-kam ya<u>s<\/u>\u00eeran sh\u00e2\u2019inan <u>h<\/u>ab\u00eebu<\/em><br \/><em>Les gens ne sermonneront point<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 22-23, p. 542.)<\/p>\n<p>Ceux que le temps point ne sermonne\u00a0!<br \/>\u00c0 rien ne sert de finasser,<br \/>Seuls comptent les \u00e9lans du c\u0153ur\u00a0:<br \/>Souvent ami devient haineux\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 22-23, p. 64.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le long d\u00e9veloppement de sapience constitue donc une argumentation destin\u00e9e \u00e0 \u00e9tayer un choix de vie fait par le po\u00e8te pour r\u00e9sister \u00e0 la m\u00e9lancolie.<\/p>\n<p>Comme \u2018Amr et \u2018Ab\u00eed, Zuhayr compose un ensemble de vers de sapience, dans lesquels il d\u00e9voile sa vision d\u2019une certaine sagesse\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Sa\u2019imtu tak\u00e2l\u00eefa l-<u>h<\/u>ay\u00e2ti wa-man ya\u2019ish<\/em><br \/><em><u>th<\/u><\/em><em>am\u00e2n\u00eena <u>h<\/u>awlan -l\u00e2 ab\u00e2 laka- yas\u2019ami<\/em><br \/><em>Wa-a\u2018lamu m\u00e2 fi l-yawmi wa-l-amsi qablahu<\/em><br \/><em>wa-l\u00e2kinnan\u00ee \u2018an \u2018ilmi m\u00e2 f\u00ee ghadin \u2018ami<\/em><br \/><em>Ra\u2019aytu l-man\u00e2y\u00e2 khab<u>t<\/u>a \u2018ashw\u00e2\u2019a man tu<u>s<\/u>ib<\/em><br \/><em>tumithu wa-man tukh<u>t<\/u>i\u2019 yu\u2019ammar fa-yahrami<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 56, 59, 57, p. 239-240; al-Zawzan\u00ee, s.d., v. 46-48, p. 98-99.)<\/p>\n<p>Je suis las des fardeaux de la vie\u00a0: qui survit<br \/>Quatre-vingt ans \u2013 ah\u00a0! Mal\u00e9diction\u00a0! \u2013 oui, se lasse\u2026<br \/>Je sais de quoi est fait aujourd\u2019hui et hier<br \/>Avant lui, mais sur demain ma science est aveugle.<br \/>J\u2019ai vu le malheur frapper en aveugle\u00a0: il tue<br \/>Qui il touche\u00a0; qui il manque vit longtemps, d\u00e9cr\u00e9pit\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 47-49, p. 81.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsque Zuhayr d\u00e9bute ses vers de sapience, il commence par \u00e9voquer sa lassitude de l\u2019existence, qu\u2019il lie directement \u00e0 son \u00e2ge avanc\u00e9 \u2013 quatre-vingts ans. Vivre aussi longtemps est un malheur, que l\u2019expression du premier vers \u00ab\u00a0<em>l\u00e2 ab\u00e2 laka<\/em>\u00a0\u00bb (litt\u00e9ralement, que ton p\u00e8re meure), rend sous forme d\u2019anath\u00e8me. Le po\u00e8te est sans doute las des difficult\u00e9s que la vie place sur notre chemin tout autant que de l\u2019incapacit\u00e9 des hommes \u00e0 modifier leur comportement en fonction des douleurs travers\u00e9es. En effet, si son \u00e2ge est une mal\u00e9diction, il am\u00e8ne toutefois le po\u00e8te, d\u00e8s le vers suivant, \u00e0 d\u00e9buter une longue strophe (al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 54-61, p. 238-239; al-Zawzan\u00ee, s.d., v. 49-56, p. 99-101; Larcher, 2000, v. 50-57, p. 81-82) dans laquelle il \u00e9dicte tout \u00e0 la fois ce que sa longue exp\u00e9rience lui a \u2013 ou ne lui a pas \u2013 enseign\u00e9 et ce qu\u2019il consid\u00e8re \u00eatre des pr\u00e9ceptes de vie indispensables. C\u2019est parce qu\u2019il est \u00e2g\u00e9 que Zuhayr peut se permettre de dire, sans que cela soit ridicule, qu\u2019il conna\u00eet son pr\u00e9sent et une part de pass\u00e9, \u00ab\u00a0<em>wa-a\u2018lamu m\u00e2 fi l-yawmi wa-l-amsi qablahu<\/em>\u00a0\u00bb (je sais de quoi est fait aujourd\u2019hui et hier), mais que, pour autant, toute cette exp\u00e9rience ne lui permet en rien de savoir ce qui l\u2019attend demain. Ce vers forme, avec le vers suivant, un distique qui va marquer tout le reste des vers de sapience d\u2019une importance essentielle\u00a0: en effet, il renforce l\u2019id\u00e9e que la mort peut frapper \u00e0 tout instant, sans distinction d\u2019\u00e2ge, et que la vieillesse, lorsque la mort vous a \u00e9pargn\u00e9, n\u2019est qu\u2019un long d\u00e9labrement. La comparaison utilis\u00e9e, \u00ab\u00a0<em>ra\u2019aytu l-man\u00e2y\u00e2 khab<u>t<\/u>a \u2018ashw\u00e2\u2019a<\/em>\u00a0\u00bb, dont la traduction litt\u00e9rale est \u00ab\u00a0j\u2019ai vu la mort frapper comme une chamelle aveugle\u00a0\u00bb, utilise un animal avec lequel l\u2019homme ant\u00e9islamique vivait dans une certaine proximit\u00e9, et permet d\u2019\u00e9voquer la mort d\u2019un \u00eatre anim\u00e9 sans toutefois \u00e9voquer celle de l\u2019humain, comme pour conjurer la peur du po\u00e8te sans l&rsquo;incarner tout \u00e0 fait. Le pluriel <em>man\u00e2y\u00e2<\/em> (la mort, mais ici au pluriel) montre la diversit\u00e9 de la mort et pr\u00e9dispose l\u2019homme \u00e0 accepter cette r\u00e9alit\u00e9. La chamelle, qui est usuellement symbole de f\u00e9condit\u00e9 et de maternit\u00e9 (voir Abd al-Sh\u00e2f\u00ee, 1996, p. 101-103; Abd al-Ra<u>h<\/u>m\u00e2n, 1976, p. 168; Al-Ba<u>th<\/u>al, 1981, p. 151-152), devient ici symbole aussi de retrait de la vie, comme une double porte encadrant l\u2019existence, comme un moyen de passage.<\/p>\n<p>Ainsi, tous les pr\u00e9ceptes qui seront ensuite \u00e9nonc\u00e9s sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de cet avertissement\u00a0: il est inutile de repousser leur mise en \u0153uvre, en pensant soit que l\u2019on pourra modifier son comportement plus tard, soit que l\u2019\u00e2ge en lui-m\u00eame apportera la sagesse. En effet, Zuhayr avertit par deux fois (\u00ab\u00a0<em>wa-l\u00e2kinnan\u00ee \u2018an \u2018ilmi m\u00e2 f\u00ee ghadin \u2018ami<\/em>\u00a0\u00bb (mais sur demain ma science est aveugle), \u00ab\u00a0<em>yahram<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0d\u00e9cr\u00e9pit\u00a0\u00bb)) que la vieillesse n\u2019apporte que d\u00e9clin, et non sagesse si elle n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 acquise\u00a0: le travail sur soi-m\u00eame est \u00e0 effectuer sans tarder, sans repousser \u00e0 demain, puisque demain pourrait \u00eatre trop tard d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Le dernier vers du po\u00e8me reprend cette m\u00eame id\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Wa-inna saf\u00e2ha l-shaykhi l\u00e2 <u>h<\/u>ilma ba\u2019dahu<\/em><br \/><em>wa-inna l-fat\u00e2 ba\u2019da l-saf\u00e2hati ya<u>h<\/u>lumi<\/em><br \/>(al-Zawzan\u00ee, s.d., v. 61, p. 102.)<\/p>\n<p>Insens\u00e9, le vieillard ne deviendra pas sage,<br \/>Mais le jeune homme insens\u00e9, lui, s\u2019assagira<br \/>(Larcher, 2000, v. 62, p. 82.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Zuhayr avertit ses auditeurs\u00a0: il est inutile de penser que l\u2019exp\u00e9rience seule, si elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e d\u2019une longue r\u00e9flexion et d\u2019un travail sur soi, apportera la sagesse. Cet avertissement est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une longue s\u00e9rie de maximes, o\u00f9 le po\u00e8te passe en revue les aspects essentiels de la vie en soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 son \u00e9poque. Selon le po\u00e8te, il faut vivre, profond\u00e9ment, selon ces pr\u00e9ceptes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Wa-mahm\u00e2 takun \u2018inda m-ri\u2019in min khal\u00eeqatin<\/em><br \/><em>wa-in kh\u00e2lah\u00e2 takhf\u00e2 \u2018ala l-n\u00e2si tu\u2018lami<\/em><br \/><em>Wa-ka\u2019in tar\u00e2 min <u>s<\/u>\u00e2mitin laka mu\u2019jibin<\/em><br \/><em>ziy\u00e2datuhu aw nuq<u>s<\/u>uhu fi l-takallumi<\/em><br \/><em>Lis\u00e2nu l-fat\u00e2 ni<u>s<\/u>fun wa-ni<u>s<\/u>fun fu\u2019\u00e2duhu<\/em><br \/><em>fa-lam yabqa ill\u00e2 <u>s<\/u>\u00fbratu l-la<u>h<\/u>mi wa-l-dami<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 58, p. 240; al-Zawzan\u00ee, s.d., v. 58-60, p. 101-102.)<\/p>\n<p>La nature d\u2019un homme, quelle qu\u2019elle soit, est connue,<br \/>Quand bien m\u00eame il la croit des autres inconnue.<br \/>Que de gens, qui te plaisent, quand ils se taisent, tu vois<br \/>Devenir excessifs ou m\u00e9diocres, d\u00e8s qu\u2019ils parlent\u00a0!<br \/>Le h\u00e9ros, pour moiti\u00e9, est langue, pour moiti\u00e9, c\u0153ur\u00a0:<br \/>Ne reste qu\u2019apparence de la chair et du sang\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 59-61, p. 82.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles et actes doivent \u00eatre en accord\u00a0: les unes comme les autres sont constitutifs de l\u2019\u00eatre et doivent m\u00e9riter le respect. Ce disant, Zuhayr rappelle que le brave ne saurait l\u2019\u00eatre qu\u2019en actions, que ses paroles \u2013 donc le fond de sa pens\u00e9e \u2013 doivent \u00eatre tout aussi dignes et honorables. Le terme utilis\u00e9 pour d\u00e9signer la po\u00e9sie, \u00ab\u00a0<em>shi\u2018r<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9voque tout ce qui vient du c\u0153ur, le sentiment au sens propre. Ainsi, la po\u00e9sie m\u00eale intimement la langue et le c\u0153ur, les deux attributs de l\u2019homme de bien. Zuhayr fait tout \u00e0 la fois l\u2019\u00e9loge de son art et sa d\u00e9fense. En effet, en fondant la valeur de l\u2019homme sur des principes qui d\u00e9passent de tr\u00e8s loin la simple bravoure physique, Zuhayr justifie son propre positionnement. Les vers dans lesquels il rappelle l\u2019importance d\u2019imposer \u00e0 l\u2019autre en permanence le respect de sa propre identit\u00e9 le sauvent de toute accusation de l\u00e2chet\u00e9. C\u2019est la po\u00e9sie qui offre \u00e0 Zuhayr cette possibilit\u00e9, et c\u2019est avec son exp\u00e9rience qu\u2019il l\u2019enrichit. La po\u00e9sie offre \u00e0 Zuhayr ce que l\u2019\u00e2ge lui a ravi\u00a0: la possibilit\u00e9 de demeurer un brave, un sage, un \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb, alors m\u00eame que ses atouts physiques ne le lui permettraient plus.<\/p>\n<p>Les vers de sapience prennent ainsi une tout autre teinte\u00a0: ils sont une tentative d\u2019admettre l\u2019inadmissible, de surmonter l\u2019insurmontable, et pr\u00e9sentent le po\u00e8te comme une figure empreinte d\u2019un courage immense. Ils sont \u00e0 la fois, pour l\u2019auditoire, une glorification du courage moral et, dans le po\u00e8me, une revalorisation du po\u00e8te\u00a0: montrer sa douleur n\u2019est alors plus s\u2019exposer au jugement d\u2019autrui, ce n\u2019est plus se montrer faible ou plaintif, c\u2019est au contraire justifier son courage et sa force morale. James E. Montgomery note que, \u00ab\u00a0dans beaucoup de <em>po\u00e8mes <\/em>ant\u00e9islamiques, le sujet du po\u00e8te inconsol\u00e9 est un repoussoir invers\u00e9 d\u2019auto\u00e9loge \u2013 un chagrin excessif \u00e9tant une composante de la bravoure \u2013, et le po\u00e8te parvient \u00e0 disperser son chagrin \u00e0 la fois en y donnant libre cours et au moyen du voyage dans le d\u00e9sert\u00a0\u00bb (Montgomery, 1986, p. 10-13). La sapience participe donc au travail de deuil, pr\u00e9lude \u00e0 une acceptation de la perte, et \u00e0 une reconstruction du Moi.<\/p>\n<h2>Le deuil par la qu\u00eate du plaisir<\/h2>\n<p>Le retour sur les ruines marque le d\u00e9but de l\u2019acceptation ou du travail d\u2019acceptation. Il mat\u00e9rialise en outre la disparition du pass\u00e9 id\u00e9alis\u00e9\u00a0: les ruines retrouv\u00e9es n\u2019ont plus ou presque de lien avec celles conserv\u00e9es en m\u00e9moire, elles sont soit vides et st\u00e9riles, soit occup\u00e9es par des animaux ou de la v\u00e9g\u00e9tation; dans les deux cas, il est \u00e9vident qu\u2019elles ne retourneront jamais \u00e0 leur \u00e9tat ancien, que la Nature a, depuis longtemps, effectu\u00e9 une rupture que le po\u00e8te tarde \u00e0 accepter. Devant ces ruines, le po\u00e8te se souvient de ses histoires d\u2019amour et de ses sc\u00e8nes bachiques pour \u00e9chapper \u00e0 la m\u00e9lancolie\u00a0: ce n\u2019est pas seulement le souvenir de ses sc\u00e8nes qui est th\u00e9rapeutique, mais les libations elles-m\u00eames, le recours au vin. Le plaisir est alors recherch\u00e9 en fonction de ces deux aspects\u00a0: les aventures et l\u2019enivrement.<\/p>\n<p>Les aventures et conqu\u00eates amoureuses ne servent pas \u00e0 se venger de l\u2019abandon de la bien-aim\u00e9e, mais \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les hauts et les bas du sort, et \u00e0 les accepter. Chez al-A\u2018sh\u00e2, la description des conqu\u00eates appara\u00eet dans un dialogue entre le po\u00e8te et sa bien-aim\u00e9e. Ce sont les seuls passages o\u00f9 le dialogue (voir Al-Q\u00ees\u00ee, 1976) fait irruption dans le pr\u00e9lude amoureux chez cet auteur. La femme prend un r\u00f4le actif\u00a0: ainsi, \u00ab\u00a0<em>q\u00e2lat Hurayra<\/em>\u00a0\u00bb (Hurayra dit) donne bien \u00e0 Hurayra la responsabilit\u00e9 de la rupture, Hurayra qui ne partage pas l\u2019amour d\u2019al-A\u2018sh\u00e2\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Q\u00e2lat Hurayratu lamm\u00e2 ji\u2019tu z\u00e2\u2019irah\u00e2<\/em><br \/><em>wayl\u00ee \u2018alayka wa-wayl\u00ee minka y\u00e2 rajulu<\/em><br \/>(Voir l\u2019ode d\u2019\u00ab\u00a0al-A\u2018sh\u00e2\u00a0\u00bb, al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 21, p. 492)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Par moi, sois maudit, homme, par qui je suis maudite\u00a0!\u00a0\u00bb<br \/>Dit Hourayra, quand je vins \u00e0 elle en visite\u2026<br \/>(Larcher, 2000, v. 21, p. 28.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les trois vers suivants prolongent ce qui est \u00e0 la fois une justification et une acceptation du refus de Hurayra\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Imm\u00e2 tarayn\u00e2 <u>h<\/u>uf\u00e2tan l\u00e2 ni\u2019\u00e2la lan\u00e2<\/em><br \/><em>inn\u00e2 ka<u>d<\/u>\u00e2lika m\u00e2 na<u>h<\/u>f\u00e2 wa-nanta\u2018ilu<\/em><br \/><em>Wa-qad ukh\u00e2lisu rabba l-bayti ghaflatahu<\/em><br \/><em>wa-qad yu<u>h<\/u>\u00e2<u>d<\/u>iru minn\u00ee <u>thh<\/u>umma m\u00e2 ya\u2019ilu<\/em><br \/><em>Wa-qad aq\u00fbdu l-<u>s<\/u>ib\u00e2 yawman fa-yatba\u2019un\u00ee<\/em><br \/><em>wa-qad yu<u>s<\/u>\u00e2<u>h<\/u>ibun\u00ee <u>d<\/u>u l-shirrati l-ghazilu<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 22-24, p. 493)<\/p>\n<p>Si tu nous vois nu-pieds, sans chaussures \u00e0 nos pieds,<br \/>Ainsi nous sommes\u00a0: tant\u00f4t pieds nus, tant\u00f4t chauss\u00e9s\u00a0!<br \/>Parfois, je prends le ma\u00eetre de c\u00e9ans par surprise,<br \/>Parfois, il se m\u00e9fie, et, puis, le voil\u00e0 pris\u00a0!<br \/>Parfois passion je tiens en laisse, et qui me suit,<br \/>Accompagn\u00e9 parfois de galants pleins d\u2019ardeur.<br \/>(Larcher, 2000, v. 22-24, p. 28.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le premier vers, \u00ab\u00a0<em>m\u00e2 na<u>h<\/u>f\u00e2 wa-nanta\u2019il<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Ainsi nous sommes\u00a0: tant\u00f4t pieds nus, tant\u00f4t chauss\u00e9s\u00a0\u00bb), exprime clairement la philosophie explicit\u00e9e par les trois vers\u00a0: si al-A\u2018sh\u00e2 est triste et repouss\u00e9, c\u2019est que le sort, qui fait se succ\u00e9der dans son existence moments de probit\u00e9 et p\u00e9riodes de restriction (en mati\u00e8re de conqu\u00eates f\u00e9minines), le place dans un \u00ab\u00a0creux\u00a0\u00bb; quoiqu\u2019il en souffre, il lui suffit d\u2019attendre que son sort redevienne plus favorable. Ce qui semble \u00eatre un r\u00e9cit d\u2019aventures pass\u00e9es, loin d\u2019\u00eatre de la pure forfanterie, est ainsi une fa\u00e7on d\u2019admettre le refus de Hurayra, bien que le fait d\u2019afficher ces justifications devant elle t\u00e9moigne de la difficult\u00e9 qu\u2019il \u00e9prouve \u00e0 le faire. La structure grammaticale de la phrase d\u2019ailleurs renforce cette difficult\u00e9\u00a0: la particule \u00ab\u00a0<em>m\u00e2\u00a0<\/em>\u00bb est, d\u2019apr\u00e8s al-Tibr\u00eez\u00ee, une \u00ab\u00a0<em>z\u00e2\u2019ida<\/em>\u00a0\u00bb, une particule ajout\u00e9e, qui aurait un r\u00f4le d\u2019accentuation (al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, p. 493). Or, si l\u2019on prend en compte ce \u00ab\u00a0<em>m\u00e2\u00a0<\/em>\u00bb, (il exprime ainsi la n\u00e9gation), la phrase signifie alors que le po\u00e8te n\u2019est jamais pieds nus et toujours chauss\u00e9. Les deux derniers vers prennent alors un tout autre sens\u00a0: quoi que le sort lui destine, il trouve toujours des solutions pour en sortir gagnant. Le vers 23 peut alors \u00eatre vu comme un jeu avec le sort\u00a0: le po\u00e8te attend al-A\u2018sh\u00e2, garde sa maison, \u00ab\u00a0<em>yu<u>h<\/u>\u00e2<u>d<\/u>ir<\/em>\u00a0\u00bb, et al-A\u2018sh\u00e2, aux aguets (\u00ab\u00a0<em>ukh\u00e2lis<\/em>\u00a0\u00bb), bondit d\u00e8s que le sort s\u2019assoupit un seul instant (\u00ab\u00a0<em>ghaflatahu<\/em>\u00a0\u00bb). D\u2019ailleurs, le po\u00e8te est accompagn\u00e9 de galants \u00e9l\u00e9gants \u00ab\u00a0<em><u>d<\/u>u l-shirrati l-ghazil<\/em>\u00a0\u00bb, tout \u00ab\u00a0non chauss\u00e9\u00a0\u00bb soit-il parfois. Ainsi, si Hurayra est un creux du sort, le po\u00e8te sortira vainqueur de son refus, puisque c\u2019est lui qui guide la passion (\u00ab\u00a0<em>aq\u00fbdu l-<u>s<\/u>ib\u00e2<\/em>\u00a0\u00bb), ce qui, cette fois, est de la forfanterie.<\/p>\n<p>En plus des souvenirs des aventures amoureuses, les po\u00e8tes utilisent le vin comme un outil de deuil. Chez al-A\u2018sh\u00e2, la sc\u00e8ne bachique d\u00e9bute \u00e0 l\u2019aube et correspond \u00e0 la troisi\u00e8me partie du pr\u00e9lude amoureux (apr\u00e8s la folie de l\u2019amour et les aventures amoureuses)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Wa-qad ghadawtu ila l-<u>h<\/u>\u00e2n\u00fbti yatba\u2018un\u00ee<\/em><br \/><em>sh\u00e2win mishallun shal\u00fblun shulshulun shawilu<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 25, p. 494.)<\/p>\n<p>Je suis parti, \u00e0 l\u2019aube, pour la taverne, suivi<br \/>D\u2019un r\u00f4tisseur vif et leste et preste et v\u00e9loce<br \/>(Larcher, 2000, v. 25, p. 28.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle comprend tous les \u00e9l\u00e9ments habituels d\u2019une telle sc\u00e8ne. Y apparaissent ainsi les compagnons de beuverie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>F\u00ee fityatin ka-suy\u00fbfi l-Hindi qad \u2018alim\u00fb<\/em><br \/><em>an h\u00e2likun kullu man ya<u>h<\/u>f\u00e2 wa-yanta\u2018ilu<\/em><br \/><em>N\u00e2za\u2018tuhum qudhuba l-ray<u>h<\/u>\u00e2ni muttaki\u2019an<\/em><br \/><em>wa-qahwatan muzzatan r\u00e2w\u00fbquh\u00e2 khadhilu<\/em><br \/><em>L\u00e2 yastaf\u00eeq\u00fbna minh\u00e2 wa-hya r\u00e2hinatun<\/em><br \/><em>ill\u00e2 bi-h\u00e2ti wa-in \u2018all\u00fb wa-in nahil\u00fb<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5497\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5497-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5497-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> <em>Al-nahl<\/em> d\u00e9signe la premi\u00e8re coupe bue, et <em>al-\u2019alal<\/em>, la seconde, voir Ibn Man<u>z<\/u>ur. s.d., p. 4563 et p. 3078. <\/span><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 26-28, p. 494-495.)<\/p>\n<p>Parmi des jeunes gens, sabres indiens, qui savent<br \/>Que de l\u2019homme rus\u00e9 les ruses point ne d\u00e9fendent,<br \/>Leur disputant les brins de myrte, flanc appuy\u00e9,<br \/>Et vin bien sec, dont l\u2019amphore est tout humide.<br \/>Et une fois, deux fois, sans s\u2019interrompre ils boivent<br \/>De ce vin sans fin, si ce n\u2019est pour dire\u00a0: \u00ab\u00a0Encore\u00a0!\u00a0\u00bb<br \/>(Larcher, 2000, v. 26-28, p. 28-29.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te les nomme ici \u00ab\u00a0<em>fityan\u00a0<\/em>\u00bb (jeunes gens), ce qui implique que les individus qui participent \u00e0 ces soir\u00e9es bachiques sont braves\u00a0; ainsi sont-ils compar\u00e9s \u00e0 des \u00e9p\u00e9es d\u2019Inde, farouches et brillantes. Ils forment une microsoci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle ce plaisir est r\u00e9serv\u00e9. Le premier vers implique une notion de finitude, et est \u00e0 rapprocher du vers 22 (\u00ab\u00a0Si tu nous vois nu-pieds, sans chaussures \u00e0 nos pieds, \/ Ainsi nous sommes\u00a0: tant\u00f4t pieds nus, tant\u00f4t chauss\u00e9s\u00a0!\u00a0\u00bb), o\u00f9 le po\u00e8te r\u00e9pliquait au rejet de Hourayra. Les compagnons de vin forment donc bien une microsoci\u00e9t\u00e9, non seulement par leurs caract\u00e9ristiques propres de bravoure et de finesse d\u2019esprit (ils pratiquent l\u2019art de la rh\u00e9torique, \u00ab\u00a0<em>qudhuba l-ray<u>h<\/u>\u00e2n<\/em>\u00a0\u00bb), mais aussi par leur conscience de disposer d\u2019un temps limit\u00e9 et de la n\u00e9cessit\u00e9 de profiter de chaque instant de plaisir (\u00ab\u00a0<em>wa-hya r\u00e2hinatun<\/em>\u00a0\u00bb, le vin servi en permanence).<\/p>\n<p>Dans les sc\u00e8nes bachiques d\u00e9crites par al-A\u2018sh\u00e2 figurent aussi les serveurs (\u00ab\u00a0<em><u>d<\/u>\u00fb zuj\u00e2j\u00e2tin<\/em>\u00a0\u00bb), les danseuses et la chanteuse\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Yas\u2019\u00e2 bih\u00e2 <u>d<\/u>\u00fb zuj\u00e2j\u00e2tin lahu na<u>th<\/u>afun<\/em><br \/><em>muqalli<u>s<\/u>un asfala l-sirb\u00e2li mu\u2019tamilu<\/em><br \/><em>Wa-l-s\u00e2<u>h<\/u>ib\u00e2ti <u>d<\/u>uy\u00fbla l-ray<u>th<\/u>i \u00e2winatan<\/em><br \/><em>wa-l-r\u00e2fil\u00e2ti \u2018al\u00e2 a\u2019j\u00e2ziha l-\u2019ijalu<\/em><br \/><em>Wa-mustaj\u00eebin takh\u00e2lu l-<u>s<\/u>anja yusmi\u2019uhu<\/em><br \/><em>i<u>d<\/u>\u00e2 turajji\u2019u f\u00eehi l-qaynatu l-fudhulu<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 29, 31, 30, p. 496-497.)<\/p>\n<p>Un \u00e9chanson s\u2019empresse, \u00e0 ses oreilles des boucles,<br \/>Le bas de sa tunique relev\u00e9, s\u2019activant.<br \/>Les [Femmes] qui, par instants, passent, en tra\u00eenant leurs voiles<br \/>Ou se dandinent, avec, sur leurs croupes, des outres\u2026<br \/>Ah\u00a0! le [luth] qui r\u00e9pond, dirait-on, aux cymbales<br \/>Dans le refrain de la chanteuse d\u00e9v\u00eatue<br \/>(Larcher, 2000, v. 29, 31, 30, p. 29.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s cette description, le po\u00e8te annonce le but de la sc\u00e8ne bachique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Min kulli <u>d<\/u>\u00e2lika yawmun qad lahawtu bihi<\/em><br \/><em>wa-fi l-taj\u00e2ribi <u>th<\/u>\u00fblu l-lahwi wa-l-ghazalu<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 32, p. 497.)<\/p>\n<p>De tout cela, un jour pass\u00e9 dans la jouissance\u00a0:<br \/>Exp\u00e9riences d\u2019un long plaisir et galanterie\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 32, p. 29.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vin repr\u00e9sente donc bien une \u00e9chappatoire, une source de plaisir\u00a0; boire ici n\u2019est pas une occupation st\u00e9rile, men\u00e9e par des individus \u00e9cervel\u00e9s consumant sans raison, mais calme l\u2019angoisse, par la qu\u00eate du plaisir. Le vin est un produit myst\u00e9rieux. Si le mot \u00ab\u00a0<em>khamr\u00a0<\/em>\u00bb (vin) est d\u00e9riv\u00e9 du verbe \u00ab\u00a0<em>khamara<\/em>\u00a0\u00bb (dissimuler et cacher), on peut alors s\u2019interroger longtemps sur la face cach\u00e9e de ce breuvage, dont seuls les po\u00e8tes, enivr\u00e9s de mots et de sentiments, ont d\u00e9couvert les secrets, qui se r\u00e9sument dans le plaisir.<\/p>\n<p>Chez \u2018Amr, la Suspendue d\u00e9bute par une sc\u00e8ne bachique qui prend aussi place \u00e0 l\u2019aube, dans une taverne o\u00f9 les buveurs ont probablement pass\u00e9 la nuit. Ce sont des vertus apaisantes du vin dont parle le po\u00e8te\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Taj\u00fbru bi-<u>d<\/u>i l-lub\u00e2nati \u2018an haw\u00e2hu<\/em><br \/><em>i<u>d<\/u>a m\u00e2 <u>d<\/u>\u00e2qah\u00e2 <u>h<\/u>att\u00e2 yal\u00een\u00e2<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 3, p. 382; al-Zawzan\u00ee, s.d., v. 3, p. 138.)<\/p>\n<p>Et qui lib\u00e8rent l\u2019\u00eatre soucieux de sa passion<br \/>Si jamais il en go\u00fbte assez pour s\u2019apaiser.<br \/>(Larcher, 2000, v. 3, p. 87.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit ici d\u2019une fa\u00e7on d\u00e9tourn\u00e9e pour le po\u00e8te de parler de sa douleur d\u2019amour. Le premier h\u00e9mistiche du premier vers pourrait donc signifier que, d\u00e8s l\u2019aube, le vin doit endormir la douleur afin qu\u2019elle ne se r\u00e9veille pas. La composition de l\u2019ode est donc identique aux autres Suspendues\u00a0; en revanche, la sc\u00e8ne bachique remplace la description des ruines. La fonction de la sc\u00e8ne bachique est donc double\u00a0: servir de support \u00e0 l\u2019expression de la m\u00e9lancolie et du \u00ab\u00a0spleen\u00a0\u00bb et, l\u00e0 encore, souligner le besoin d\u2019oublier. \u2018Amr exalte ce moment\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Tara l-la<u>h<\/u>iza l-sha<u>h<\/u>\u00ee<u>h<\/u>a i<u>d<\/u>a umirrat<\/em><br \/><em>\u2018alayhi li-m\u00e2lihi f\u00eeh\u00e2 muh\u00een\u00e2<\/em><br \/>(al-Tabr\u00eez\u00ee, 1964, v. 4, p. 383; al-Zawzan\u00ee, s.d., v. 4, p. 139.)<\/p>\n<p>On voit l\u2019avaricieux, si l\u2019on en fait passer<br \/>\u00c0 sa port\u00e9e, pour eux, de son bien d\u00e9daigneux\u00a0!<br \/>(Larcher, 2000, v. 4, p. 87.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la version d\u2019al-Qurash\u00ee, le vers 5 expose lui aussi les effets du vin, en insistant plus particuli\u00e8rement sur la chaleur qu\u2019il produit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Ka\u2019anna l-shuhba f\u00ee l-\u00e2<u>d<\/u>\u00e2ni minh\u00e2<\/em><br \/><em>i<u>d<\/u>\u00e2 qara\u2018\u00fb bi-<u>h<\/u>\u00e2fatiha l-jab\u00eena<\/em><\/p>\n<p>Leurs oreilles rougissent telles des \u00e9toiles filantes,<br \/>Quand ils vident les verres de vin.<br \/>(al-Qurash\u00ee, s.d., v. 5, p. 75. Je traduis.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toutefois, m\u00eame ivres, les compagnons restent compar\u00e9s \u00e0 des objets brillants\u00a0: \u00e9toiles ici, sabres chez al-A\u2018sh\u00e2.<\/p>\n<p>Les vers 9 et 10 de la version d\u2019al-Qurash\u00ee insistent de nouveau sur la sensation de chaleur (\u00ab\u00a0<em><u>h<\/u>umayy\u00e2<\/em>\u00a0\u00bb) provoqu\u00e9e par le vin (comme une sorte de cocon) et sur ses effets lib\u00e9rateurs\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>I<u>d<\/u>\u00e2 <u>s<\/u>amadat <u>h<\/u>umayy\u00e2h\u00e2 ar\u00eeban<\/em><br \/><em>mina l-fity\u00e2ni khilta bihi jun\u00fbn\u00e2<\/em><br \/><em>Fam\u00e2 bari<u>h<\/u>at maj\u00e2la l-sharbi <u>h<\/u>att\u00e2<\/em><br \/><em>tagh\u00e2l\u00fbha wa-q\u00e2l\u00fb\u00a0: qad raw\u00een\u00e2<\/em><\/p>\n<p>Quand sa chaleur atteint un sage<br \/>Parmi les jeunes, on le croyait devenu fou.<br \/>[Le vin] ne laisse pas les buveurs avant<br \/>Qu\u2019ils n\u2019entrent en concurrence puis finissent par dire\u00a0: \u00ab\u00a0nous sommes abreuv\u00e9s\u00a0\u00bb.<br \/>(al-Qurash\u00ee, s.d., v. 9-10, p. 75. Je traduis.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aussi l\u2019issue de la sc\u00e8ne bachique\u00a0: apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s par le vin, lorsque la lib\u00e9ration est totale, les buveurs eux-m\u00eames demandent que cela cesse. Ce vers pourrait ici \u00eatre rapproch\u00e9 du vers d\u2019al-A\u2018sh\u00e2, (\u00ab<em>\u00a0Et une fois, deux fois, sans s\u2019interrompre ils boivent \/ De ce vin sans fin, si ce n\u2019est pour dire\u00a0: \u201cEncore\u00a0!\u201d\u00a0<\/em>\u00bb<em>)<\/em> dans une sorte de mouvement circulaire\u00a0: si ce second vers implique la poursuite des libations, celui de \u2018Amr en indique la fin. Le po\u00e8te d\u00e9crit alors dans son ode une sc\u00e8ne o\u00f9 sont expos\u00e9s des souvenirs de la bien-aim\u00e9e, dont la pens\u00e9e ressurgit d\u00e8s que l\u2019effet amn\u00e9siant du vin s\u2019estompe. \u2018Amr se pr\u00e9pare alors psychologiquement \u00e0 la m\u00e9lancolie, mais cette derni\u00e8re n\u2019est pas forte, car le vin a offert au po\u00e8te du plaisir et de la joie, et l\u2019a pr\u00e9par\u00e9 pour son voyage\u00a0; \u00ab\u00a0source d\u2019\u00e9motions \u00e0 la fois grandes et simples, il conduit \u00e0 l\u2019approfondissement de l\u2019exp\u00e9rience terrestre dans deux de ses aspects les plus fondamentaux\u00a0: le lieu et le temps\u00a0\u00bb (Guerm\u00e8s, 1997, p. 23). Chez al-A\u2018sh\u00e2, d\u00e8s la fin de la sc\u00e8ne bachique, d\u00e9bute le voyage \u00ab\u00a0<em>ra<u>h<\/u>\u00eel\u00a0<\/em>\u00bb, qu\u2019elle para\u00eet donc avoir pr\u00e9par\u00e9. Si \u00e0 l\u2019issue du <em>nas\u00eeb<\/em>, le po\u00e8te \u00e9tait, par le biais de d\u00e9rivatifs, sur la voie de l\u2019acceptation, \u00e0 l\u2019issue du <em>ra<u>h<\/u>\u00eel<\/em>, le po\u00e8te a, gr\u00e2ce aux \u00e9preuves travers\u00e9es, achev\u00e9 sa r\u00e9demption\u00a0: l\u2019abandon apparent \u00e0 la m\u00e9lancolie, la description appuy\u00e9e de sa douleur, son apitoiement m\u00eame sur ses difficult\u00e9s sont rachet\u00e9s par le <em>ra<u>h<\/u>\u00eel<\/em>.<\/p>\n<p>Dans la po\u00e9sie ant\u00e9islamique, et surtout dans la partie du <em>nas\u00eeb<\/em>, les po\u00e8tes sont obs\u00e9d\u00e9s par trois \u00e9l\u00e9ments qui apparaissent simultan\u00e9ment\u00a0: la mort, la vieillesse et la solitude. La vieillesse provoque imm\u00e9diatement une prise de conscience de l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de la mort. Quelles que soient les circonstances, le po\u00e8te se place toujours sous la coupe d\u2019une force sup\u00e9rieure contre laquelle il ne peut lutter\u00a0: que ce soit le Temps qui engloutit sa jeunesse et ses amours, le hasard qui choisit ou non de r\u00e9unir les amants, la distance mise entre eux par l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la tribu, la guerre et les ennemis redoutables auxquels il n\u2019a d\u2019autre choix que de se soumettre, le po\u00e8te se place en victime des circonstances, ou semble oblig\u00e9 de justifier son impossibilit\u00e9 \u00e0 lutter.<\/p>\n<p>Le temps est comme le cancer qui se d\u00e9veloppe petit \u00e0 petit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Homme, le ronge irr\u00e9vocablement comme le montre Andr\u00e9 Malraux\u00a0: \u00ab\u00a0ce qui p\u00e8se sur moi c\u2019est comment dire\u00a0? ma condition humaine\u00a0: que je vieillesse, que cette chose atroce, le temps, se d\u00e9veloppe en moi comme un cancer irr\u00e9vocablement\u00a0\u00bb (Malraux, 1976, p. 147). La vieillesse condamne \u00e0 mort. Vieillissement et mort sont deux termes auxquels toute vie aboutit n\u00e9cessairement. Le temps est insaisissable\u00a0: le pass\u00e9 n\u2019est plus et l\u2019avenir n\u2019est pas encore. Quant au pr\u00e9sent, il est compos\u00e9 d\u2019instants difficiles \u00e0 saisir. Un instant semble contenir une vie et inversement. Le temps est, \u00e0 la fois, trop long et trop court\u00a0: il ne correspond \u00e0 rien. Il est devenu cette absence qui annule toute chose. Mais le pass\u00e9 n\u2019est jamais reni\u00e9. Les po\u00e8tes ne s\u2019interdisent pas le recours aux souvenirs\u00a0; le souvenir permet de se tirer du n\u00e9ant. Une fois sa finitude accept\u00e9e, le po\u00e8te peut construire de nouveau\u00a0: il part alors pour le voyage \u00ab\u00a0<em>ra<u>h<\/u>\u00eel\u00a0\u00bb<\/em>, qui devient une reconstruction du Moi, et est une <em>distentio animi<\/em> vers le futur.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>ABDA L-RAHMAN, Na<u>s<\/u>rat. 1976. <em>Al-<u>s<\/u>\u00fbra al-faniyya fi l-shi\u2018r al-j\u00e2hil\u00ee f\u00ee dhaw\u2019 al-naqd al-had\u00eeth.<\/em> La Jordanie\u00a0: Maktabat al-Aq<u>s<\/u>\u00e2.<\/p>\n<p>ABDELSSELEM, Mohamed. 1971. <em>Le th\u00e8me de la mort dans la po\u00e9sie arabe, des origines \u00e0 la fin III<sup>e<\/sup> \/IV<sup>e <\/sup>si\u00e8cle<\/em>. Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 de Paris IV.<\/p>\n<p>AL-Q\u00ceS\u00ce, N\u00fbr\u00ee <u>H<\/u>amm\u00e2d\u00ee. 1976. \u00ab\u00a0<em>al-<\/em><em><u>H<\/u><\/em><em>iw\u00e2r f\u00ee l-qa<u>s<\/u>\u00eeda al-j\u00e2hiliyya<\/em>\u00a0\u00bb. Maj\u00e2llat \u00c2f\u00e2q \u2018Arabiyya, vol. 5.<\/p>\n<p>AL-QURASHI, Ab\u00fb Zayd. s.d. <em>Jamharat ash\u2018\u00e2r al-\u2019Arab f\u00ee-l-j\u00e2hiliyya wa-l-isl\u00e2m<\/em>. Le Caire\u00a0: D\u00e2r Nahdhat Mi<u>s<\/u>r li-l-tab\u2018 wa-l-nashr.<\/p>\n<p>AL-TIBR\u00ceZ\u00ce. 1964. <em>Shar<u>h<\/u> al-Qa<u>s<\/u>\u00e2\u2019id al-\u2018Ashr<\/em>. Le Caire\u00a0: Maktabat Muhammad \u2018Al\u00ee Subayh.<\/p>\n<p>AL-ZAWZANI. s.d. <em>Shar<u>h<\/u> al-Mu\u2018allaq\u00e2t al-sab\u2018<\/em>. Beyrouth\u00a0: D\u00e2r al-<u>t<\/u>ib\u00e2\u2018a wa-l-nashr.<\/p>\n<p>BACHE, M. F. et HANUS, M. 2000. <em>Le deuil, <\/em>Paris, PUF, coll. \u00ab\u00a0Que sais-je\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>GUERM\u00c8S, Sophie. 1997. <em>Le vin et l\u2019encre. La litt\u00e9rature fran\u00e7aise et le vin du XIII<sup>e<\/sup> au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/em> Bordeaux\u00a0: Mollat.<\/p>\n<p>IBN MAN<u>Z<\/u>UR. s.d. <em>Lis\u00e2n al-\u2018Arab.<\/em> Beyrouth\u00a0: D\u00e2r S\u00e2dir.<\/p>\n<p>JANKELEVITCH, Vladimir. 1977. <em>La mort.<\/em> Paris\u00a0: Champs Flammarion.<\/p>\n<p>JEAMMET, Philippe. <em>Du corps \u00e0 la pens\u00e9e. <\/em>Paris\u00a0: PUF, 2001.<\/p>\n<p>JURJI, Zayd\u00e2n. s.d. <em>Th\u00e2rikh \u00e2d\u00e2b l-lugha l-\u2018arabiyya.<\/em> Beyrouth\u00a0: D\u00e2r maktabat al-<u>h<\/u>ay\u00e2t.<\/p>\n<p>LARCHER, Pierre. 2000. <em>Les Mu\u2018allaq\u00e2t\u00a0: les sept po\u00e8mes pr\u00e9islamiques.<\/em> Saint-Cl\u00e9ment-de-Rivi\u00e8re\u00a0: Fata Morgana.<\/p>\n<p>LARCHER, Pierre. 2004. <em>Le guetteur de mirages\u00a0: cinq po\u00e8mes pr\u00e9islamiques d\u2019al-A\u2018sh\u00e2 Maym\u00fbn, \u2018Ab\u00eed b. al-Abras et al-N\u00e2bigha al-Dhuby\u00e2n\u00ee.<\/em> Arles\u00a0: Sindbad-Actes sud.<\/p>\n<p>MALRAUX, Andr\u00e9. 1976. <em>La Voie Royale.<\/em> Paris\u00a0: Grasset.<\/p>\n<p>MONTGOMERY, James E. 1986. \u00ab\u00a0Dichotomy in J\u00e2hil\u00ee Poetry\u00a0\u00bb. <em>Journal of Arabic Literature, <\/em>vol. 17, no 1, p. 1-20.<\/p>\n<p>TOELLE, Heidi. 2009. <em>Les suspendues, Al-Mu\u2018allaq\u00e2t.<\/em> Paris\u00a0: Flammarion.\u00a0<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Gasti, Salim. 2011. \u00ab\u00a0La vieillesse et le deuil de la jeunesse dans la po\u00e9sie ant\u00e9islamique\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Vieillesse et passage du temps\u00a0\u00bb, n\u00b014, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/gasti-14&gt;\u00a0(Consult\u00e9\u00a0le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gasti-14.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 gasti-14.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a4169011-0b39-44fd-ae3d-77ab76b5dc8b\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gasti-14.pdf\">gasti-14<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gasti-14.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a4169011-0b39-44fd-ae3d-77ab76b5dc8b\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div> En fran\u00e7ais, <em>Les Suspendues,<\/em> ce sont dix po\u00e8mes, les plus c\u00e9l\u00e8bres et les plus beaux de la p\u00e9riode ant\u00e9islamique. Ils \u00e9taient suspendus sur le mur de la Maison sacr\u00e9e arabe \u00ab\u00a0La Kaaba\u00a0\u00bb. Nous utilisons dans cet article la transmission d\u2019al-Tibr\u00eez\u00ee, et la traduction de Pierre Larcher. <\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> <em>Al-nahl<\/em> d\u00e9signe la premi\u00e8re coupe bue, et <em>al-\u2019alal<\/em>, la seconde, voir Ibn Man<u>z<\/u>ur. s.d., p. 4563 et p. 3078. <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Vieillesse et passage du temps\u00a0\u00bb, n\u00b014 Les po\u00e8mes ant\u00e9islamiques sont de fait une part incontournable de la litt\u00e9rature arabe. Leur influence a \u00e9t\u00e9 et reste consid\u00e9rable. 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