{"id":5504,"date":"2024-06-13T19:48:21","date_gmt":"2024-06-13T19:48:21","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/nathalie-sarraute-et-le-plus-simple-des-melanges-androgynie-et-homosexualite-latente-dans-martereau-et-le-planetarium\/"},"modified":"2024-09-09T16:47:58","modified_gmt":"2024-09-09T16:47:58","slug":"nathalie-sarraute-et-le-plus-simple-des-melanges-androgynie-et-homosexualite-latente-dans-martereau-et-le-planetarium","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5504","title":{"rendered":"Nathalie Sarraute et \u00ab le plus simple des m\u00e9langes \u00bb : androgynie et homosexualit\u00e9 latente dans \u00ab Martereau \u00bb et \u00ab Le Plan\u00e9tarium \u00bb"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6886\">Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p><em>De \u00ab\u00a0vraies\u00a0\u00bb femmes, de \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb hommes\u2026 le plus conformes possible aux mod\u00e8les\u2026<\/em> [\u2026] \u2014 <em>S\u2019ils cessaient de se sentir si \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb, comment seraient-ils\u00a0? On serait peut-\u00eatre tr\u00e8s surpris\u2026 \/<\/em> \u2014 <em>Il y en a bien qui se sentent comme un m\u00e9lange d\u2019homme et de femme\u2026 mais toujours le plus simple des m\u00e9langes\u2026<\/em><\/p>\n<p>-Nathalie Sarraute\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s son premier ouvrage, <em>Tropismes<\/em>, Nathalie Sarraute s\u2019est davantage int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la complexit\u00e9 des sensations humaines, \u00e0 la fragilit\u00e9 de leur \u00e9volution et au caract\u00e8re ambigu de leurs traces empiriques, qu\u2019\u00e0 la construction de r\u00e9cits selon les codes traditionnels. On conviendra que cette description, un peu g\u00e9n\u00e9rale, sied \u00e0 la plupart des grands \u00e9crivains. Cela dit Sarraute s\u2019est engag\u00e9e dans ce projet d\u2019une mani\u00e8re toute particuli\u00e8re qui l\u2019a incit\u00e9e \u00e0 d\u00e9velopper une pratique romanesque novatrice. Dans son \u00e9criture, cette recherche constante de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 passe par une multitude de proc\u00e9d\u00e9s qui sont toujours li\u00e9s \u00e0 la volont\u00e9 qu\u2019a l\u2019auteure de contourner les conventions litt\u00e9raires afin d\u2019\u00e9viter que la litt\u00e9rature se fige dans les clich\u00e9s. Son \u0153uvre r\u00e9put\u00e9e exigeante se d\u00e9leste des habituelles repr\u00e9sentations des personnages en les affranchissant des limites impos\u00e9es par leur identit\u00e9 sexuelle. Afin d\u2019explorer l\u2019essence m\u00eame de l\u2019humain, illustr\u00e9e dans ses \u0153uvres par la figure de tropismes qui ne tiennent pas compte, selon elle, des diff\u00e9rences de sexe, Sarraute vise le genre neutre, l\u2019androgynie en quelque sorte. C\u2019est dans cette perspective que seront examin\u00e9s les romans <em>Martereau<\/em> et <em>Le Plan\u00e9tarium<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 une \u00e9poque, certaines \u00e9crivaines tenaient \u00e0 caract\u00e9riser les \u00e9critures f\u00e9minines, \u00e0 les distinguer des \u00e9critures masculines. Sarraute, qui demeurait politis\u00e9e en priv\u00e9, ne partageait pas cette voie de r\u00e9flexion et d\u2019action litt\u00e9raires. Plut\u00f4t que de marquer la diff\u00e9rence, elle optait pour son att\u00e9nuation ou sa disparition afin de hisser son propos \u00e0 un palier plus g\u00e9n\u00e9ral et donc abstrait, celui de l\u2019Humain\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019\u00eatre humain pour moi, le neutre. Il y a un mot pour \u00e7a en russe [\u2026] et en allemand [\u2026]. En fran\u00e7ais, \u00ab\u00a0\u00eatre humain\u00a0\u00bb est ridicule\u00a0\u00bb, explique Sarraute (Benmussa, 1987, p.\u00a0139-140). Le neutre n\u2019a pas pour elle de valeur politique, sauf si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019il fait la promotion d\u2019une humanit\u00e9 o\u00f9 chacun est l\u2019\u00e9gal de l\u2019autre, sur le plan des \u00e9motions du moins. Afin de justifier son \u00e9criture <em>du<\/em> <em>neutre<\/em>, \u00e0 premi\u00e8re vue plus masculine que f\u00e9minine, l\u2019auteure affirme\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] quand je construis mes personnages, je ne vois pas de conduite sp\u00e9cifiquement masculine\u2026 [\u2026] c\u2019est que, probablement, j\u2019\u00e9tablis comme un contre-poids qui agit en sorte que cette conduite ne me para\u00eet jamais typiquement virile puisqu\u2019elle est aussi ma propre conduite. Elle devient neutre par le fait que j\u2019y participe moi-m\u00eame [\u2026] (<em>Ibid<\/em>.,\u00a0p.\u00a0142).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Donc, du seul fait qu\u2019elle est une femme qui \u00e9crit, Sarraute att\u00e9nuerait ou <em>neutraliserait<\/em> le versant masculin de ses personnages, de ses r\u00e9cits, de son \u00e9criture. Le concept d\u2019androgynie para\u00eet alors pertinent pour qualifier cette \u0153uvre qui, toujours, navigue entre les sexes et surtout vers leurs limites. Marcelle Marini (1987, p.\u00a013) propose \u00e0 ce titre que, \u00ab\u00a0[si Sarraute] avait \u00e0 se d\u00e9finir, ce serait comme un \u00eatre humain qui \u00e9crit l\u2019\u00eatre humain sans savoir ce qu\u2019il est, sinon de l\u2019inconnu par excellence\u00a0\u00bb. Par contre, si Sarraute affirme qu\u2019elle \u00ab\u00a0ne pense pas du tout [en termes d\u2019] \u00ab\u00a0androg\u00e9n\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, elle reconna\u00eet par ailleurs que \u00ab\u00a0[c]ette chose-l\u00e0, ce [qu\u2019elle] travaille, est en train de se passer quelque part o\u00f9 le sexe f\u00e9minin ou masculin n\u2019intervient pas\u00a0\u00bb (Benmussa, 1987, p.\u00a0140-141). Or l\u2019androgynie, en conjoignant les deux sexes, au moins sur le plan des id\u00e9es et du symbolique, annule en quelque sorte la signification de chacun d\u2019eux. Entre androgynie et asexualit\u00e9, la diff\u00e9rence para\u00eet alors plut\u00f4t subtile.<\/p>\n<h2><em>Martereau<\/em><\/h2>\n<p>L\u2019intrigue simple de <em>Martereau<\/em> sert en quelque sorte de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019exploration des mouvements int\u00e9rieurs qui animent un jeune homme (<em>le neveu<\/em>) ainsi que son oncle, sa tante et sa cousine<a id=\"footnoteref1_8c56jwk\" class=\"see-footnote\" title=\" Notons que les \u00e9v\u00e9nements que racontent les romans de Sarraute sont g\u00e9n\u00e9ralement simples, voire simplistes. C\u2019est que la volont\u00e9 de l\u2019auteure tient \u00e0 l\u2019exploration des micror\u00e9cits que sont les sentiments, les perceptions, et non \u00e0 la constitution de grands r\u00e9cits romanesques. \" href=\"#footnote1_8c56jwk\">[1]<\/a>. Le v\u00e9ritable r\u00e9cit du roman tient \u00e0 ces mouvements plus qu\u2019aux \u00e9v\u00e9nements. On apprend vite que ce jeune homme, qui est aussi pour la majeure partie du roman le narrateur, souffre d\u2019une maladie qui n\u2019est jamais en soi nomm\u00e9e mais qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 la tuberculose. Cette faiblesse physique le condamne, pour le temps de sa gu\u00e9rison, \u00e0 une vie calme faite de repos et de tranquillit\u00e9 chez son oncle. On d\u00e9duit aussit\u00f4t de cet \u00e9puisement une n\u00e9gation de la force virile, associ\u00e9e, dans une optique traditionnelle et selon un poncif persistant, \u00e0 la masculinit\u00e9 et non pas \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9. De plus, on sait que l\u2019homosexualit\u00e9, qui a longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une maladie, en litt\u00e9rature comme ailleurs, se glisse \u00e0 mots couverts dans plusieurs r\u00e9cits de divers auteurs par le pr\u00e9texte narratif de la \u00ab\u00a0maladie\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0trouble\u00a0\u00bb. Dans une perspective semblable et toujours d\u2019apr\u00e8s ce m\u00eame consensus voulant que la f\u00e9minit\u00e9 soit, entre autres, caract\u00e9ris\u00e9e par une certaine soumission, le neveu \u00ab\u00a0[\u2026] n\u2019oppose jamais la moindre r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, est empreint d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9trange passivit\u00e9\u00a0\u00bb, d\u2019une \u00ab\u00a0docilit\u00e9\u00a0\u00bb (Sarraute, 1996, p.\u00a0179) qui ne cadreraient pas avec une repr\u00e9sentation masculine habituelle. Plus loin, il affirme avoir \u00ab\u00a0honte [\u2026] de [s]es tressaillements, de [s]es petits soubresauts de douleur\u00a0\u00bb, de ses faiblesses donc, et il se taxe lui-m\u00eame d\u2019\u00ab\u00a0impur\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0223). Plus loin, il qualifie cette faiblesse, cette apparente f\u00e9minit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la demi-inaction \u00e0 laquelle je suis condamn\u00e9, \u00ab\u00a0la m\u00e8re de tous les vices\u00a0\u00bb, qui entretient en moi ces ruminations oiseuses, qui me donne cette sensibilit\u00e9 \u2014 la faiblesse physique aidant\u00a0\u2014 de femme hyst\u00e9rique, ces sentiments morbides de culpabilit\u00e9<a id=\"footnoteref2_tx77ewu\" class=\"see-footnote\" title=\" Comparativement, cette f\u00e9minisation d\u2019un h\u00e9ros masculin se retrouve aussi dans le roman Entre la vie et la mort o\u00f9, du narrateur \u00e9crivain, on dit qu\u2019il est pr\u00e9occup\u00e9, anxieux, prude, particuli\u00e8rement sensible, timide, etc. (Sarraute, 1968, p. 9, 28, 29, 32). \" href=\"#footnote2_tx77ewu\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0228). On dit de lui qu\u2019il \u00ab\u00a0[\u2026] est si diff\u00e9rent des autres, [\u2026] si compr\u00e9hensif, si fin [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0186). Or, si la soumission et la faiblesse physique sont des propri\u00e9t\u00e9s p\u00e9joratives souvent associ\u00e9es au f\u00e9minin, aux femmes et aux hommes gais, la compr\u00e9hension, l\u2019empathie et la d\u00e9licatesse, ici soulign\u00e9es, s\u2019av\u00e8rent \u00eatre des qualit\u00e9s autrement valoris\u00e9es\u00a0; comme quoi la f\u00e9minit\u00e9 du neveu ne serait pas que n\u00e9gative. Cela dit, on sait bien que de telles caract\u00e9ristiques f\u00e9minines, manifest\u00e9es par un homme, sont souvent mal vues, comme s\u2019il y avait quelque chose de d\u00e9gradant dans le fait qu\u2019un homme adopte un comportement dit f\u00e9minin, comme s\u2019il y avait \u2014 c\u2019est seulement le raisonnement qui s\u2019ensuit \u2014 quelque chose de d\u00e9gradant \u00e0 \u00eatre une femme<a id=\"footnoteref3_aqq4tx6\" class=\"see-footnote\" title=\" Pour s\u2019en convaincre, il suffit de constater l\u2019effort qui a \u00e9t\u00e9 consenti par diverses f\u00e9ministes \u00e0 l\u2019\u00e9claircissement du concept de genre. Selon Judith Butler (2005, p. 85, 109-110, 264), dont la pens\u00e9e a \u00ab\u00a0fait \u00e9cole\u00a0\u00bb, le genre est une organisation incessamment recr\u00e9\u00e9e, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 divers codes de la normalit\u00e9. Sa rigidit\u00e9 para\u00eet surtout lorsqu\u2019une infraction est commise, lorsque le genre est exprim\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 transgresser l\u2019habitude. L\u2019id\u00e9e seule d\u2019infraction ou de trouble relativement au genre invite \u00e0 consid\u00e9rer sa nature contraignante, ce que l\u2019exp\u00e9rience ordinaire d\u00e9montre sans r\u00e9serve. Incidemment, c\u2019est \u00e9galement ce qui est illustr\u00e9 dans le roman de Sarraute o\u00f9 la perception, chez le neveu, de caract\u00e8res associ\u00e9s \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 s\u2019av\u00e8re la preuve, dans l\u2019esprit des personnages, d\u2019un d\u00e9faut de personnalit\u00e9. \" href=\"#footnote3_aqq4tx6\">[3]<\/a>. Bien s\u00fbr, l\u2019avilissement supr\u00eame en cette mati\u00e8re, aux yeux de certains conventionnalistes, est la simple transgression de l\u2019ordre du genre. D\u2019ailleurs, on reprochera, d\u2019une part, au fragile neveu sa mollesse \u2014 il en est lui-m\u00eame le plus \u00e2pre critique, comme sous la force d\u2019une homophobie int\u00e9rioris\u00e9e \u2014 mais, d\u2019autre part, son identit\u00e9 de genre ambivalente lui permettra, dans la logique de l\u2019\u00e9criture sarrautienne, d\u2019\u00eatre visionnaire, d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019aff\u00fbt des tropismes et de se pr\u00eater \u00e0 leur examen.<\/p>\n<p>Au premier chapitre, il se d\u00e9veloppe comme une sorte de complicit\u00e9 f\u00e9minine entre le neveu et sa tante lors d\u2019une longue discussion entre eux\u00a0: la tante se confie, \u00ab\u00a0glisse vers [lui] un regard mutin et se penche vers [s]on oreille\u00a0\u00bb, puis finalement \u00ab\u00a0se sent en confiance [\u2026], tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise, [et] pose la main sur [s]on bras\u00a0[\u2026]\u00a0\u00bb en signe de rapprochement (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0181-182). \u00c0 plusieurs reprises, le neveu est associ\u00e9 \u00e0 sa tante et parfois \u00e0 sa cousine par l\u2019oncle \u00e0 travers un jeu pronominal, un \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb qui, maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9, f\u00e9minise le neveu qui est d\u00e9sign\u00e9 au m\u00eame titre que les autres personnages f\u00e9minins\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] c\u2019est toujours vous avec vos d\u00e9sirs [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0242), ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Tu crois que Martereau est comme vous, une sensitive\u2026 un grand d\u00e9licat\u2026 [\u2026] ce n\u2019est pas une femme, un petit \u00e9nerv\u00e9\u2026\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0249). L\u2019oncle fait une distinction tr\u00e8s claire entre le monde des vrais hommes et \u00ab\u00a0celui o\u00f9 [le neveu] et [s]es amis [\u2026] honteusement flageolent [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0244), un monde associ\u00e9 \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9. En tant que d\u00e9corateur d\u2019int\u00e9rieurs, le neveu occupe une fonction g\u00e9n\u00e9ralement jug\u00e9e plus f\u00e9minine que masculine. De plus, son h\u00e9sitation \u00e0 nommer l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0associ\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019il c\u00f4toie dans le cadre de cet emploi pourrait sous-entendre une certaine ambigu\u00eft\u00e9 quant au statut de cet \u00ab\u00a0ami\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] cette exposition \u00e0 laquelle j\u2019avais pris part avec mon ami, enfin\u2026 mon associ\u00e9\u2026 [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0200). Eu \u00e9gard au contexte jusqu\u2019ici pr\u00e9sent\u00e9, le lecteur n\u2019aurait pas \u00e0 faire preuve d\u2019une imagination d\u00e9bordante pour inf\u00e9rer de cette ambigu\u00eft\u00e9 une homosexualit\u00e9 timidement avou\u00e9e, d\u2019autant plus que, par le pass\u00e9, mais encore aujourd\u2019hui, plusieurs vont choisir de masquer leurs rapports de couple homosexuels en donnant un nom neutre \u00e0 leur conjoint en public. Celui-ci devient le \u00ab\u00a0coll\u00e8gue\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0bon ami\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0proche\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0colocataire\u00a0\u00bb, etc. Au moment de sa publication (1953), un roman comme <em>Martereau<\/em> ne pouvait \u00e9voquer la question de l\u2019homosexualit\u00e9 aussi librement qu\u2019on le peut de nos jours<a id=\"footnoteref4_bf79lim\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c0 ce titre, on peut admettre une affinit\u00e9 entre Sarraute et d\u2019autres \u00e9crivains comme Wilde, Woolf, Gide et Proust. Le neveu de Martereau est d\u2019ailleurs assez proustien\u2026\" href=\"#footnote4_bf79lim\">[4]<\/a>, celle-ci \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement abord\u00e9e, \u00e0 une \u00e9poque, par voie de sous-entendus, de contenus implicites, d\u2019euph\u00e9misation que les personnes int\u00e9ress\u00e9es \u00e9taient \u00e0 m\u00eame de d\u00e9tecter. L\u2019h\u00e9sitation entre <em>mon ami<\/em> et <em>mon associ\u00e9<\/em>, accentu\u00e9e par l\u2019adverbe <em>enfin<\/em> et les points de suspension qui marquent une pause, un silence, voire une g\u00eane, pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e de cette mani\u00e8re \u00e9tant donn\u00e9 le contexte de f\u00e9minisation du personnage d\u00e9crit plus haut. D\u2019ailleurs, cet \u00ab\u00a0ami\u00a0\u00bb est lui aussi f\u00e9minis\u00e9 par l\u2019oncle qui le compare \u00e0 \u00ab\u00a0une petite jeune fille\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0se tortille\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0202) \u00e0 la moindre critique. Tout au long du roman, un malaise circule constamment autour du neveu, peut-\u00eatre justement \u00e0 cause de ce caract\u00e8re f\u00e9minin, de cette homosexualit\u00e9 latente qu\u2019on devine sans pourtant qu\u2019elle soit d\u00e9sign\u00e9e par quiconque. Lui-m\u00eame mentionne \u00ab\u00a0ce qu\u2019elle [la tante] a surpris en [lui] [\u2026] des indices visibles [\u2026], quelque chose d\u2019ind\u00e9finissable dans [s]a d\u00e9marche ou dans la coupe de [s]es v\u00eatements [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0184)\u00a0; il craint qu\u2019elle ne sache ce qu\u2019il n\u2019ose lui-m\u00eame nommer et cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 l\u2019inonde de \u00ab\u00a0rage\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0honte\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0188). Certes, les indices sem\u00e9s au cours du roman invitent \u00e0 consid\u00e9rer le personnage comme homosexuel. Voyons alors en plus de d\u00e9tails quelques passages du roman qui rendent compte de l\u2019aboutissement de cette androgynie du neveu, soit la mise en sc\u00e8ne de son d\u00e9sir homo\u00e9rotique pour le personnage viril de Martereau.<\/p>\n<p>Cette relation entre le neveu et Martereau, un ami de la famille, est introduite assez t\u00f4t dans le roman et avec une insistance particuli\u00e8re, le narrateur soulignant le caract\u00e8re remarquable de la rencontre, comme si le destin y avait jou\u00e9 pour quelque chose\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas par hasard que j\u2019ai rencontr\u00e9 Martereau. Je ne crois pas aux rencontres fortuites (je ne parle \u00e9videmment que de celles qui comptent). Nous avons tort de penser que nous allons buter dans les gens au petit bonheur. J\u2019ai toujours le sentiment que c\u2019est nous qui les faisons surgir\u00a0: ils apparaissent \u00e0 point nomm\u00e9, comme faits sur mesure, sur commande, pour r\u00e9pondre exactement (nous ne nous en apercevons souvent que bien plus tard) \u00e0 des besoins en nous, \u00e0 des d\u00e9sirs parfois inavou\u00e9s ou inconscients. [\u2026] J\u2019ai toujours cherch\u00e9 Martereau. Je l\u2019ai toujours appel\u00e9. C\u2019est son image \u2014 je le sais maintenant \u2014 qui m\u2019a toujours hant\u00e9 sous des formes diverses (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0223-224).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De cet homme, il r\u00eave m\u00eame, \u00ab\u00a0[\u2026] d\u00e9couvra[nt] pour [Martereau] et [lui] [\u2026] des climats plus propices\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0225). Vu \u00e0 travers le regard du neveu, cet homme d\u2019\u00e2ge mur, Martereau, poss\u00e8de des \u00ab\u00a0yeux attendris<a id=\"footnoteref5_keiihdd\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans l\u2019\u00e9dition des \u0152uvres compl\u00e8tes, le passage se lit comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] lui qui [\u2026] surveillait de ses yeux attentifs l\u2019endroit o\u00f9 allaient se poser ses avions de papier [\u2026]\u00a0\u00bb (Ibid., p.\u00a0224). Dans l\u2019\u00e9dition initiale (Sarraute, 1953, p.\u00a074), les yeux sont d\u00e9crits comme \u00ab\u00a0attendris\u00a0\u00bb. \" href=\"#footnote5_keiihdd\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0charme\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0regard limpide et bienveillant\u00a0\u00bb qui donnent l\u2019envie au h\u00e9ros de \u00ab\u00a0cacher [s]es yeux, [s]es l\u00e8vres surtout o\u00f9 [\u2026] quelque chose de louche, de honteux, fr\u00e9mit et joue\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0227). Ce qui fr\u00e9mit honteusement \u00e0 ses l\u00e8vres, comment ne pas penser qu\u2019il s\u2019agit des m\u00eames d\u00e9sirs, <em>inavou\u00e9s<\/em>, <em>inconscients<\/em>, que le neveu a sugg\u00e9r\u00e9 ressentir, \u00e9voquant sa rencontre pr\u00e9destin\u00e9e avec Martereau\u00a0?<\/p>\n<p>La mise en valeur de cet homme passe aussi, on ne saurait s\u2019en surprendre, par l\u2019imagination, voire le fantasme du neveu alors qu\u2019il se le repr\u00e9sente comme un \u00ab\u00a0mannequin h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0prince charmant\u00a0; combattant sur le front\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0226). Ces images font penser \u00e0 diverses qualit\u00e9s\u00a0: beaut\u00e9, valeur, rang \u00e9lev\u00e9, courage. Des passages sugg\u00e8rent m\u00eame implicitement une certaine fascination \u00e9rotique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je le vois. Je ne me lasse pas de le regarder\u00a0: il est le spectacle le plus merveilleux, le plus apaisant pour moi et le plus stimulant qui soit. Ses mouvements me fascinent [\u2026] le torse inclin\u00e9 en avant il [\u2026] tape doucement [\u2026] de son index repli\u00e9 [\u2026], fouille dans sa poche, sort sa clef, la tourne doucement dans la serrure, m\u2019ouvre sa porte. Je ne peux d\u00e9tacher mes yeux de ses gros doigts qui tirent la fermeture \u00e9clair de sa blague \u00e0 tabac, sortent une pinc\u00e9e de tabac, la secouent l\u00e9g\u00e8rement, bourrent le culot de sa pipe, appuient, tapotent. [\u2026] tout ce qui chez moi tremblote un peu, flageole, vacille, vient [\u2026], dans les mouvements tranquilles et pr\u00e9cis de ses gros doigts (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0230).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien qu\u2019il ne soit l\u00e0 nullement question de sexe (le neveu d\u00e9peint avec admiration le comportement de Martereau, car il l\u2019a depuis longtemps observ\u00e9), le choix du vocabulaire et la suite d\u2019actions d\u00e9crites sont fortement suggestifs, particuli\u00e8rement dans le contexte de f\u00e9minisation du neveu que le roman b\u00e2tit jusque-l\u00e0. D\u2019abord, le passage commence en indiquant clairement qu\u2019il est sous l\u2019influence du regard du narrateur (<em>Je le vois<\/em>)\u00a0: le texte est ainsi focalis\u00e9, ce qui justifie et pr\u00e9pare le d\u00e9ploiement d\u2019une narration sensible, subjective et proche de la vision, du songe. On peut noter l\u2019accent mis sur le sens le plus sollicit\u00e9 lors de l\u2019acte sexuel\u00a0: le toucher. Il y est question des mouvements, parfois intimes, du corps. De plus, on remarque l\u2019usage de termes aux connotations \u00e9rotiques ou sensuelles tout \u00e0 fait r\u00e9pandues qui \u00e9voquent le toucher, le mouvement\u00a0: <em>stimulant<\/em>, <em>fouille<\/em>, <em>poche<\/em>, <em>doucement<\/em>, <em>fermeture<\/em> <em>\u00e9clair<\/em>, <em>secouent<\/em>, <em>bourrent<\/em>, <em>culot<\/em>, <em>appuient<\/em>, <em>tapotent<\/em>, <em>vacille<\/em>, <em>vient<\/em>, <em>soutient<\/em>, <em>inclinaison<\/em>, <em>tapotement<\/em>, <em>vacillement<\/em>, etc. Martereau repr\u00e9sente la quintessence de la virilit\u00e9 par son corps, son comportement (il constitue, dans le cadre du r\u00e9cit, une menace) et m\u00eame par son nom phallique. L\u2019attirance que ressent le neveu pour ce \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb homme pourrait jouxter celle qu\u2019il aurait pour une figure id\u00e9alis\u00e9e mais factice, ou encore celle qu\u2019il aurait pour ces qualit\u00e9s dont on dit de lui qu\u2019il est d\u00e9pourvu.<\/p>\n<p>Au dernier chapitre, alors que Martereau et le neveu sont seuls \u00e0 la p\u00eache, un passage qui tient presque de l\u2019apoth\u00e9ose permet au lecteur de s\u2019engager \u00e0 nouveau sur cette voie de lecture qui sugg\u00e8re une transgression des r\u00f4les de genre et de sexe de la part du neveu<a id=\"footnoteref6_qzoaml8\" class=\"see-footnote\" title=\" Le retranchement et, par cons\u00e9quent, le rapprochement de certains passages facilitent la lecture en ce sens. \" href=\"#footnote6_qzoaml8\">[6]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] au chaud, moi pelotonn\u00e9 contre Martereau dans la douce intimit\u00e9, la confiance, on se comprend si bien\u2026 [\u2026] quelque chose en Martereau me tire, m\u2019aspire\u2026 plus pr\u00e8s, se coller \u00e0 lui plus pr\u00e8s, caresses, chatouilles, agaceries, pin\u00e7ons l\u00e9gers\u2026 [\u2026] nos v\u00eatements arrach\u00e9s, miasmes, mortelles \u00e9manations, toute sa d\u00e9tresse sur moi, son impuissance, son abandon\u2026 nos deux corps nus roulant ensemble enlac\u00e9s\u2026 il me pose la main sur le bras, il \u00e9met une sorte de craquement satisfait \u00ab\u00a0aah\u00a0\u00bb [\u2026] (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0336-337).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ici, l\u2019allusion aux jeux sexuels (caresses, chatouilles, etc.), au rapprochement et \u00e0 la nudit\u00e9 des corps de m\u00eame qu\u2019\u00e0 la jouissance est plus nette et, ainsi pos\u00e9e en fin d\u2019\u0153uvre, elle incite \u00e0 une relecture du roman en ce sens. Elle admet aussi la constatation que le h\u00e9ros accentue son caract\u00e8re androgyne par une neutralisation de ce qui est entendu \u2014 selon les codes du genre \u2014 comme la masculinit\u00e9\u00a0: le neveu est peut-\u00eatre en effet un homme, mais Sarraute aurait vraisemblablement pu en faire une ni\u00e8ce. Bien qu\u2019il soit masculin, il adopte tout \u00e0 fait la neutralit\u00e9 ou l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique qui permet \u00e0 l\u2019auteure d\u2019explorer l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain sans la surd\u00e9termination qu\u2019impose le sexe biologique ou le genre social d\u2019un individu. Ainsi, si Sarraute avait fait du neveu une ni\u00e8ce, le lecteur aurait sans doute \u00e9t\u00e9 contraint, par l\u2019habitude qui est celle de nos imaginaires socialis\u00e9s, de \u00ab\u00a0sexualiser\u00a0\u00bb sa relation avec Martereau, alors que l\u2019objectif de l\u2019auteure \u00e9tait d\u2019\u00e9voquer une proximit\u00e9, une nudit\u00e9 \u00e9motionnelles des personnages. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de genre du neveu se produit, d\u2019une part, par sa f\u00e9minisation et, d\u2019autre part, par le d\u00e9voilement progressif et ponctuel de son homosexualit\u00e9 latente et, s\u00fbrement, figurative. Ce n\u2019est pas tant qu\u2019il soit question d\u2019homosexualit\u00e9, car en v\u00e9rit\u00e9 ce n\u2019est pas le cas, du moins il serait impossible de le d\u00e9terminer, mais les m\u00e9taphores et images sarrautiennes prennent de tels tournants que leur ambivalence autorise une semblable lecture\u00a0; celle-ci ne cherche, finalement, qu\u2019\u00e0 illustrer le propos et l\u2019exercice litt\u00e9raire de l\u2019auteure. Du reste, si l\u2019on ne peut pr\u00e9tendre qu\u2019il s\u2019agit assur\u00e9ment d\u2019homosexualit\u00e9, on ne peut dire non plus qu\u2019il s\u2019agit d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9\u2026<\/p>\n<h2><em>Le Plan\u00e9tarium<\/em><\/h2>\n<p>D\u2019une \u0153uvre \u00e0 l\u2019autre, Sarraute poursuit souvent un raisonnement similaire, r\u00e9cup\u00e8re presque toujours des \u00e9l\u00e9ments ou proc\u00e9d\u00e9s d\u2019\u00e9criture qu\u2019elle transforme, avec lesquels elle joue. Si l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de genre traverse tous ses romans, \u00e0 premi\u00e8re vue <em>Le Plan\u00e9tarium<\/em> n\u2019en fait pas autant usage, ses personnages \u00e9tant somme toute plus d\u00e9finis que ceux de <em>Martereau<\/em>, d\u2019<em>Entre la vie ou la mort<\/em> ou d\u2019autres. Si certains personnages masculins du roman poss\u00e8dent quelques qualit\u00e9s dites f\u00e9minines, on ne pourrait probablement explorer leur potentiel d\u2019androgynie comme je l\u2019ai fait pour le h\u00e9ros de <em>Martereau<\/em>. Une note de Val\u00e9rie Minogue ajout\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9dition critique du roman dans les <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, aussi curieuse qu\u2019elle puisse para\u00eetre, incite toutefois \u00e0 un tel examen\u00a0: \u00ab\u00a0Nathalie Sarraute nous a parl\u00e9 d\u2019une certaine analyse \u00ab\u00a0psychanalytique\u00a0\u00bb o\u00f9 la porte ovale figurait un symbole f\u00e9minin indiquant un lesbianisme refoul\u00e9 chez Berthe [un des personnages du roman]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a01819). Si cette id\u00e9e de l\u2019auteure vaut la peine d\u2019\u00eatre retenue, bien qu\u2019elle soit rapport\u00e9e indirectement et malgr\u00e9 sa bri\u00e8vet\u00e9 peu explicative, c\u2019est sans doute en raison de la d\u00e9monstration pr\u00e9c\u00e9dente, eu \u00e9gard \u00e0 la recherche du neutre dans l\u2019\u0153uvre et \u00e0 la forme narrative que peut prendre cette qu\u00eate.<\/p>\n<p>Selon les apparences, l\u2019appartement qu\u2019habite le personnage et qui fait l\u2019intrigue du roman pourrait symboliser un corps f\u00e9minin par lequel la tante Berthe, par transfert, est \u00e9prise, voire obs\u00e9d\u00e9e. D\u00e8s les premi\u00e8res lignes du <em>Plan\u00e9tarium<\/em>, le narrateur personnifie le lieu\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] ce rideau de velours, un velours tr\u00e8s \u00e9pais, [\u2026] d\u2019un vert profond, sobre et discret\u2026 et d\u2019un ton chaud [\u2026]. Et ce mur\u2026 Quelle r\u00e9ussite\u2026 On dirait une peau\u2026 [\u2026] les grains minuscules font comme un duvet\u2026 [\u2026] comme c\u2019est d\u00e9licieux maintenant d\u2019y repenser [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0341). L\u2019allusion \u00e0 la corpor\u00e9it\u00e9 (peau, chaleur, velours, duvet) est frappante. Le caract\u00e8re f\u00e9minin de cette porte ovale, mentionn\u00e9 dans la note de Val\u00e9rie Minogue et qui serait hypoth\u00e9tiquement li\u00e9 \u00e0 un lesbianisme refoul\u00e9, est longuement d\u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] cette petite porte dans l\u2019\u00e9paisseur du mur au fond du clo\u00eetre\u2026 [\u2026] d\u00e9licieusement arrondie, [\u2026] c\u2019est cet arrondi surtout qui l\u2019avait fascin\u00e9e, c\u2019\u00e9tait intime, myst\u00e9rieux\u2026 elle aurait voulu la prendre, l\u2019emporter, l\u2019avoir chez soi&#8230; [\u2026] un beau ton chaud\u2026 [\u2026] cette porte, exactement la m\u00eame, avec des m\u00e9daillons, [\u2026] cette excitation, quand ils l\u2019ont apport\u00e9e, [\u2026] ils l\u2019ont d\u00e9gag\u00e9e doucement et elle est apparue, plus belle qu\u2019elle ne l\u2019avait imagin\u00e9e, sans un d\u00e9faut, toute neuve, intacte\u2026 les m\u00e9daillons bomb\u00e9s \u00e0 l\u2019arrondi parfait [\u2026] (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0342-343).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette obsession pour la rondeur, pour ces m\u00e9daillons bomb\u00e9s et cette perfection de la porte sugg\u00e8rent un d\u00e9sir du personnage pour une f\u00e9minit\u00e9 salvatrice\u00a0: le personnage est pr\u00e9sent\u00e9 comme vivant dans une solitude ali\u00e9nante. Ailleurs, le bois de cette porte est m\u00eame m\u00e9taphoris\u00e9 en \u00ab\u00a0chair tendre\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0349). Insistant sur le sous-entendu sexuel ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, sur la pr\u00e9sence obs\u00e9dante d\u2019un d\u00e9sir pour un objet, un corps inerte auquel la perception accorde des qualit\u00e9s quasi humaines, la narration ajoute que Berthe \u00ab\u00a0[\u2026] s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 d\u00e9couvrir des portes ovales partout, elle n\u2019en avait jamais tant vu, il suffit de penser \u00e0 quelque chose pour ne plus voir que cela [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0343). Plus loin, focalis\u00e9e sur Berthe, la narration lie par une \u00e9num\u00e9ration les \u00ab\u00a0[\u2026] portes ovales et les [\u2026] amours, couronnes, cornes d\u2019abondance, [\u2026] rondeurs dor\u00e9es des meules luisant au soleil, [\u2026] ce monde douillet et chaud [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0346-347). Elle d\u00e9peint par la suite la poign\u00e9e que Berthe fait finalement poser \u00e0 cette porte ovale\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] elle s\u2019incurve doucement, et son bout, d\u00e9licatement relev\u00e9, s\u2019enfle en une petite boule [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0349). Dans ce contexte, les r\u00e9f\u00e9rences implicites aux organes f\u00e9minins peuvent \u00e9tonner et sont susceptibles d\u2019interpeller l\u2019imaginaire du lecteur. De plus, Berthe, comme le neveu dans <em>Martereau<\/em>, \u00ab\u00a0souffre\u00a0\u00bb d\u2019une diff\u00e9rence. Son fr\u00e8re la d\u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Elle est tapie au fond de son antre, gardienne de rites \u00e9tranges, pr\u00eatresse d\u2019une religion qu\u2019il d\u00e9teste, dont il a peur, fourbissant inlassablement les objets de son culte\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0437). De toute \u00e9vidence, le d\u00e9sir que rencontrent le neveu et Berthe leur est \u00e0 eux-m\u00eames \u00e9trange et inavouable, mais il est aussi craint par leurs proches.<\/p>\n<p>Bien que l\u2019androgynie de Berthe soit moins marqu\u00e9e que celle du neveu de <em>Martereau<\/em>, il est un passage o\u00f9 l\u2019acte sexuel para\u00eet sous-entendu. Apr\u00e8s l\u2019avoir fait reprendre pour une r\u00e9paration, Berthe accueille de nouveau sa porte ovale ch\u00e9rie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ils soul\u00e8vent la porte en la tenant entre leurs bras \u00e9cart\u00e9s, ils la tournent pour la faire entrer\u2026 le m\u00e9canisme est d\u00e9clench\u00e9, il fonctionne, il n\u2019y a rien \u00e0 faire, elle-m\u00eame l\u2019a mis en mouvement, il n\u2019y a plus moyen de l\u2019arr\u00eater, elle acquiesce, elle incline la t\u00eate\u2026 ah bon\u2026 ah oui\u2026 elle leur ouvre le chemin, [\u2026] elle les guide\u2026 [\u2026] ils prononcent \u00e0 mi-voix des paroles br\u00e8ves\u2026 Attention\u2026 doucement\u2026 baisse un peu\u2026 [\u2026] Ils hissent la porte lentement et l\u2019abaissent d\u2019un m\u00eame mouvement pour faire glisser les pentures dans les gonds. Ils font jouer la poign\u00e9e. [\u2026] Elle sent en elle, tr\u00e8s affaiblie, dernier reflux des \u00e9mois d\u2019autrefois, trembler une inqui\u00e9tude l\u00e9g\u00e8re, une faible, une \u00e0 peine vivante exasp\u00e9ration\u2026 Mais \u00e0 quoi pense-t-elle\u00a0? (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0468)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le maniement de la porte et sa proximit\u00e9 avec des corps v\u00e9ritables (des bras, des mains) donnent \u00e0 cette derni\u00e8re, comme par transfert ph\u00e9nom\u00e9nal, une corpor\u00e9it\u00e9 plus grande. Berthe semble spectatrice d\u2019un d\u00e9voilement qui suscite chez elle une forte sensibilit\u00e9 et une \u00e9vidente sensualit\u00e9. Sont effectivement d\u00e9crits des gestes, les mouvements d\u2019objets et de corps dans l\u2019espace, des \u00e9nonciations br\u00e8ves\u00a0; la presque absence de r\u00e9cit (il s\u2019agit en somme d\u2019un micror\u00e9cit) guide le lecteur dans cette sc\u00e8ne, se concluant par une question qui autorise l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0: mais \u00e0 quoi, en effet, pense-t-elle\u00a0? Cette sensualit\u00e9 est bien per\u00e7ue et ressentie par Berthe, c\u2019est elle qui mod\u00e9lise les actions, les mouvements, etc. C\u2019est par elle que la figure de cette porte, de cette poign\u00e9e se manifeste, tel le substitut d\u2019un corps fantasm\u00e9 dans la plus pure inconscience. Sans doute, un tel passage pourrait faire l\u2019objet d\u2019une analyse psychanalytique, ce qui conviendrait au <em>Plan\u00e9tarium<\/em> dont les pages sont travers\u00e9es par des enjeux li\u00e9s \u00e0 l\u2019inconscient. La relation qu\u2019entretiennent la tante Berthe et sa porte peut en t\u00e9moigner, de m\u00eame qu\u2019un lapsus pr\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u2014 Un lapsus\u00a0! Hi, hi, vous avez fait un lapsus. \/ \u2014 Quel lapsus, ch\u00e8re Madame\u00a0? \/ \u2014 Eh bien vous avez dit \u00ab\u00a0elle\u00a0\u00bb en parlant d\u2019Alain\u2026 [\u2026] \/ \u2014 Non, j\u2019ai dit \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb. \/ \u2014 Vous avez dit \u00ab\u00a0elle\u00a0\u00bb\u2026 Sans vous rendre compte\u2026\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0476). Il faut noter cependant que Sarraute ne tient pas de telles analyses en haute estime\u00a0; on conna\u00eet son aversion pour les grilles qui figent la lecture<a id=\"footnoteref7_q8srnal\" class=\"see-footnote\" title=\" Elle \u00e9crit, dans Le plan\u00e9tarium\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] de toutes parts s\u2019\u00e9l\u00e8vent des voix g\u00e9missantes\u2026 Non, je vous en supplie, assez de psychanalyse, de psychologie, ce n\u2019est pas int\u00e9ressant\u00a0\u00bb (Ibid., p.\u00a0478). \" href=\"#footnote7_q8srnal\">[7]<\/a>. Enfin, si l\u2019androgynie du personnage de la tante dans ce roman n\u2019a pas la m\u00eame \u00e9vidence que celle du neveu dans <em>Martereau<\/em>, il semble toutefois que l\u2019exercice soit admissible dans la mesure o\u00f9 il permet de souligner l\u2019un des principaux objets de l\u2019\u00e9criture sarrautienne, soit le rapprochement ultime des \u00eatres qui ne sont au fond pas aussi diff\u00e9rents qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. <em>Le Plan\u00e9tarium<\/em> se termine d\u2019ailleurs sur cette phrase \u00e9loquente du personnage de Germaine Lemaire\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois que nous sommes bien tous un peu comme \u00e7a\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0519).<\/p>\n<h2>L\u2019identit\u00e9 sexuelle entre guillemets<\/h2>\n<p>Permettant, je l\u2019esp\u00e8re, de contribuer \u00e0 lire l\u2019\u0153uvre de Sarraute sous un autre jour, ces interpr\u00e9tations s\u2019inscrivent assur\u00e9ment dans la trajectoire qu\u2019annonce Marcelle Marini\u00a0: \u00ab\u00a0La pratique litt\u00e9raire est exp\u00e9rimentation du langage dans l\u2019espace psychique de l\u2019imaginaire cr\u00e9atif et de l\u2019imaginaire [\u2026] dans l\u2019espace du langage [\u2026]\u00a0\u00bb et elle est aussi \u00ab\u00a0[\u2026] production de significations polyvalentes, surd\u00e9termin\u00e9es et toujours encore en formation\u00a0\u00bb (Marini, 1987, p.\u00a09). Vraisemblablement, les traces de l\u2019androgyn\u00e9it\u00e9, traduites, entre autres, sous forme d\u2019homosexualit\u00e9 latente chez les personnages des \u0153uvres analys\u00e9es, reconduisent la po\u00e9tique fondatrice de l\u2019auteure qui est cette recherche de l\u2019asexu\u00e9, du mono\u00efque<a id=\"footnoteref8_8xg03c8\" class=\"see-footnote\" title=\" On appelle mono\u00efque le caract\u00e8re androgyne de certaines plantes. Il faut savoir que Sarraute a emprunt\u00e9 le mot tropisme \u00e0 la botanique. \" href=\"#footnote8_8xg03c8\">[8]<\/a>, de ce qui ne tient compte que des mouvements internes plus humains que masculins ou f\u00e9minins, ces tropismes. Ce proc\u00e9d\u00e9 d\u2019inversement ou de transgression d\u2019un ordre de l\u2019identit\u00e9 sexuelle ou du d\u00e9sir agit comme une saillie \u00e0 laquelle les figures d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019auteure semblent s\u2019accrocher. Pour Derrida, le F\u00e9minin, peut-\u00eatre ici celui de l\u2019auteure, trouve sa v\u00e9rit\u00e9 dans la r\u00e9v\u00e9lation qu\u2019un fondement \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de genre est inconcevable\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il n\u2019y a donc pas de v\u00e9rit\u00e9 en soi de la diff\u00e9rence sexuelle en soi, [\u2026] toute l\u2019ontologie au contraire pr\u00e9suppose, rec\u00e8le cette ind\u00e9cidabilit\u00e9 dont elle est l\u2019effet d\u2019arraisonnement, d\u2019appropriation, d\u2019identification, de v\u00e9rification d\u2019identit\u00e9. [\u2026] la question de la femme suspend l\u2019opposition d\u00e9cidable du vrai et du non-vrai, instaure le r\u00e9gime \u00e9poqual des guillemets pour tous les concepts appartenant au syst\u00e8me de cette d\u00e9cidabilit\u00e9 philosophique [\u2026] (Derrida, 1978, p.\u00a084 et 86).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Du jeu figural dont il est fait r\u00e9cit, la diff\u00e9rence sexuelle, ainsi mise entre guillemets, y perd de sa pertinence et ce sont alors les tropismes qui prennent forme au gr\u00e9 de la vie int\u00e9rieure des personnages.<\/p>\n<p>On conna\u00eet, pour finir, l\u2019importance qu\u2019accorde Nathalie Sarraute \u00e0 l\u2019enfance. Peut-\u00eatre que la neutralit\u00e9 des sexes, <em>le m\u00e9lange le plus simple<\/em>, pourrait s\u2019expliquer le mieux, justement, par cette figure. Sans doute tous les personnages de l\u2019\u0153uvre de Sarraute abritent-ils en eux cette part d\u2019enfance, perdue ou retrouv\u00e9e. Par elle, ils sont susceptibles de retrouver la fascination originelle pour les mots, pour la richesse et la puret\u00e9 des significations et des sensations. Par elle, ils \u00ab\u00a0[\u2026] exhibe[nt] et d\u00e9construi[sent] les st\u00e9r\u00e9otypes sexuels [\u2026]\u00a0\u00bb (Marini, 1987, p.\u00a013), ce que l\u2019\u00e9criture de Sarraute elle-m\u00eame accomplit en \u00e9vitant ou en perturbant les figures arch\u00e9typales du genre et en faisant la promotion d\u2019un renouvellement de l\u2019\u0153uvre narrative ou romanesque qui ne soit pas contraint par la r\u00e9p\u00e9tition incessante des m\u00eames structures. Le genre est lui-m\u00eame le fruit d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition incessante de poncifs. Aussi la disparition de cette probl\u00e9matique dans tout l\u2019\u0153uvre sarrautien, au profit d\u2019une vision plus neutre ou androgyne, au profit de l\u2019hypersensibilit\u00e9 humaine qui semble fasciner l\u2019auteure, permet-elle d\u2019\u00e9viter \u00e0 la litt\u00e9rature de contribuer \u00e0 ce syst\u00e8me. Peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 cet \u00e9gard on pourrait se permettre de consid\u00e9rer l\u2019apport litt\u00e9raire de Nathalie Sarraute, dissidente, comme plus f\u00e9ministe qu\u2019on le fait d\u2019ordinaire.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Benmussa, Simone. 1987. <em>Nathalie Sarraute. Qui \u00eates-vous\u00a0? Conversations avec Simone Benmussa<\/em>. Lyon\u00a0: La Manufacture.<\/p>\n<p>Butler, Judith. 2005. <em>Trouble dans le genre. Pour un f\u00e9minisme de la subversion<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions la d\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Derrida, Jacques. 1978. <em>\u00c9perons. Les styles de Nietzsche<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>Marini, Marcelle. 1987. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9laboration de la diff\u00e9rence sexuelle dans la pratique litt\u00e9raire de la langue\u00a0\u00bb, dans Lise Pelletier et Guy Bouchard (dir.), <em>Femmes, \u00e9criture, philosophie<\/em>, Qu\u00e9bec, Les cahiers du GRAD, Facult\u00e9 de philosophie, Universit\u00e9 Laval, p.\u00a05-20.<\/p>\n<p>Sarraute, Nathalie. 1953. <em>Martereau<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Sarraute, Nathalie. 1968. <em>Entre la vie et la mort<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Sarraute, Nathalie. 1996. <em>\u0152uvres<\/em> <em>compl\u00e8tes<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_8c56jwk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_8c56jwk\">[1]<\/a> Notons que les \u00e9v\u00e9nements que racontent les romans de Sarraute sont g\u00e9n\u00e9ralement simples, voire simplistes. C\u2019est que la volont\u00e9 de l\u2019auteure tient \u00e0 l\u2019exploration des micror\u00e9cits que sont les sentiments, les perceptions, et non \u00e0 la constitution de grands r\u00e9cits romanesques.<\/p>\n<p id=\"footnote2_tx77ewu\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_tx77ewu\">[2]<\/a> Comparativement, cette f\u00e9minisation d\u2019un h\u00e9ros masculin se retrouve aussi dans le roman <em>Entre la vie et la mort<\/em> o\u00f9, du narrateur \u00e9crivain, on dit qu\u2019il est pr\u00e9occup\u00e9, anxieux, prude, particuli\u00e8rement sensible, timide, etc. (Sarraute, 1968, p. 9, 28, 29, 32).<\/p>\n<p id=\"footnote3_aqq4tx6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_aqq4tx6\">[3]<\/a> Pour s\u2019en convaincre, il suffit de constater l\u2019effort qui a \u00e9t\u00e9 consenti par diverses f\u00e9ministes \u00e0 l\u2019\u00e9claircissement du concept de genre. Selon Judith Butler (2005, p. 85, 109-110, 264), dont la pens\u00e9e a \u00ab\u00a0fait \u00e9cole\u00a0\u00bb, le genre est une organisation incessamment recr\u00e9\u00e9e, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 divers codes de la normalit\u00e9. Sa rigidit\u00e9 para\u00eet surtout lorsqu\u2019une infraction est commise, lorsque le genre est exprim\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 transgresser l\u2019habitude. L\u2019id\u00e9e seule d\u2019infraction ou de trouble relativement au genre invite \u00e0 consid\u00e9rer sa nature contraignante, ce que l\u2019exp\u00e9rience ordinaire d\u00e9montre sans r\u00e9serve. Incidemment, c\u2019est \u00e9galement ce qui est illustr\u00e9 dans le roman de Sarraute o\u00f9 la perception, chez le neveu, de caract\u00e8res associ\u00e9s \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 s\u2019av\u00e8re la preuve, dans l\u2019esprit des personnages, d\u2019un d\u00e9faut de personnalit\u00e9.<\/p>\n<p id=\"footnote4_bf79lim\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_bf79lim\">[4]<\/a> \u00c0 ce titre, on peut admettre une affinit\u00e9 entre Sarraute et d\u2019autres \u00e9crivains comme Wilde, Woolf, Gide et Proust. Le neveu de <em>Martereau<\/em> est d\u2019ailleurs assez proustien\u2026<\/p>\n<p id=\"footnote5_keiihdd\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_keiihdd\">[5]<\/a> Dans l\u2019\u00e9dition des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, le passage se lit comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] lui qui [\u2026] surveillait de ses yeux attentifs l\u2019endroit o\u00f9 allaient se poser ses avions de papier [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>Ibid., <\/em>p.\u00a0224). Dans l\u2019\u00e9dition initiale (Sarraute, 1953, p.\u00a074), les yeux sont d\u00e9crits comme \u00ab\u00a0attendris\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote6_qzoaml8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_qzoaml8\">[6]<\/a> Le retranchement et, par cons\u00e9quent, le rapprochement de certains passages facilitent la lecture en ce sens.<\/p>\n<p id=\"footnote7_q8srnal\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_q8srnal\">[7]<\/a> Elle \u00e9crit, dans <em>Le plan\u00e9tarium\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0[\u2026] de toutes parts s\u2019\u00e9l\u00e8vent des voix g\u00e9missantes\u2026 Non, je vous en supplie, assez de psychanalyse, de psychologie, ce n\u2019est pas int\u00e9ressant\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.\u00a0478).<\/p>\n<p id=\"footnote8_8xg03c8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_8xg03c8\">[8]<\/a> On appelle mono\u00efque le caract\u00e8re androgyne de certaines plantes. Il faut savoir que Sarraute a emprunt\u00e9 le mot tropisme \u00e0 la botanique.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Laverdi\u00e8re, Gabriel. 2012. \u00ab Nathalie Sarraute et \u00a0\u00bble plus simple des m\u00e9langes\u00a0\u00bb : androgynie et homosexualit\u00e9 latente dans Martereau et Le Plan\u00e9tarium \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5504, (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/laverdiere-15.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 laverdiere-15.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-b4974cc9-558b-4712-a8e3-81ff5d1250a4\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/laverdiere-15.pdf\">laverdiere-15<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/laverdiere-15.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-b4974cc9-558b-4712-a8e3-81ff5d1250a4\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15 De \u00ab\u00a0vraies\u00a0\u00bb femmes, de \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb hommes\u2026 le plus conformes possible aux mod\u00e8les\u2026 [\u2026] \u2014 S\u2019ils cessaient de se sentir si \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb, comment seraient-ils\u00a0? 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