{"id":5505,"date":"2024-06-13T19:48:21","date_gmt":"2024-06-13T19:48:21","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/vertiges-de-la-sexualite-moderne-dans-deux-nouvelles-denrique-serna\/"},"modified":"2024-09-09T16:47:21","modified_gmt":"2024-09-09T16:47:21","slug":"vertiges-de-la-sexualite-moderne-dans-deux-nouvelles-denrique-serna","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5505","title":{"rendered":"Vertiges de la sexualit\u00e9 moderne dans deux nouvelles d\u2019Enrique Serna"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6886\">Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15<\/a><\/h5>\n<p>L\u2019\u0153uvre d\u2019Enrique Serna, \u00e9crivain mexicain ayant commenc\u00e9 \u00e0 publier dans les ann\u00e9es 1980, se distingue avant tout par un souci constant de la diversit\u00e9\u00a0: passant avec aisance d\u2019un genre litt\u00e9raire \u00e0 un autre, il s\u2019essaie tant au roman historique qu\u2019\u00e0 la nouvelle, en passant par le roman urbain, la biographie, le roman noir ou encore la chronique. N\u00e9anmoins, au-del\u00e0 de cette vari\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9criture, c\u2019est toute une s\u00e9rie de th\u00e8mes, sous-tendus par une vision de la r\u00e9alit\u00e9 particuli\u00e8re, qui constitue la toile de fond commune des diff\u00e9rents textes \u00ab\u00a0serniens\u00a0\u00bb. Auteur-phare dans son pays, Enrique Serna s\u2019est en effet distingu\u00e9 par une plume acerbe et sans complaisance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines (mexicaine ou \u00e9trang\u00e8res), dont il analyse avec humour les rouages et les vices. Son \u0153uvre s\u2019est construite comme un questionnement permanent sur l\u2019homme moderne et surtout sur le lien qui l\u2019unit \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans lequel il s\u2019ins\u00e8re, celle-ci participant pleinement de sa construction identitaire. Un angle sous lequel Serna aborde cette \u00e9laboration de l\u2019identit\u00e9 sera tr\u00e8s fr\u00e9quemment la question de la sexualit\u00e9, con\u00e7ue comme r\u00e9v\u00e9latrice de la difficult\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e par l\u2019homme contemporain \u00e0 \u00ab\u00a0se construire\u00a0\u00bb. Faisant \u00e9cho \u00e0 la diversit\u00e9 d\u2019\u00e9criture pr\u00e9c\u00e9demment soulign\u00e9e, la diversit\u00e9 sexuelle est omnipr\u00e9sente dans son \u0153uvre et constitue, sinon un fil conducteur, du moins un \u00e9l\u00e9ment clairement caract\u00e9ristique de son \u00e9criture. Depuis ses premiers romans, comme <em>Uno so\u00f1aba que era rey <\/em>(1989), jusqu\u2019\u00e0 des textes plus r\u00e9cents comme <em>Fruta verde<\/em> (2006) ou <em>La sangre erguida<\/em> (2010), Serna confronte les protagonistes de ces r\u00e9cits \u00e0 l\u2019obstacle d\u2019une sexualit\u00e9 assum\u00e9e et \u00e9panouie, corr\u00e9lat in\u00e9vitable de leurs questionnements et troubles identitaires.\u00a0C\u2019est dans cette perspective que nous souhaitons aborder deux nouvelles d\u2019Enrique Serna, \u00ab\u00a0Amor propio<a id=\"footnoteref1_ynqhduf\" class=\"see-footnote\" title=\" Les citations seront extraites de l\u2019\u00e9dition suivante\u00a0: Enrique Serna, \u00ab\u00a0Amor propio\u00a0\u00bb, dans Amores de segunda mano, Ed. Cal y Arena, Mexico, 2007 [1991], p. 131-140. \" href=\"#footnote1_ynqhduf\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb (1991) et \u00ab\u00a0T\u00eda Nela<a id=\"footnoteref2_nhiehnp\" class=\"see-footnote\" title=\" Les citations seront extraites de l\u2019\u00e9dition suivante\u00a0: Enrique Serna, \u00ab\u00a0T\u00eda Nela\u00a0\u00bb, dans La Palabra y el Hombre, Xalapa, avril 2011, p. 62-66. \" href=\"#footnote2_nhiehnp\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb (2001), embl\u00e9matiques de cette mani\u00e8re qu\u2019a l\u2019\u00e9crivain mexicain de penser la sexualit\u00e9 et ses modalit\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Ces deux nouvelles permettent de sortir de l\u2019ombre des sexualit\u00e9s marginales ou consid\u00e9r\u00e9es, selon les points de vue, comme d\u00e9viantes. Le terme \u00ab\u00a0sexualit\u00e9\u00a0\u00bb doit alors \u00eatre pris au sens large, d\u00e9signant \u00e0 la fois, dans les textes que nous nous proposons d\u2019\u00e9tudier, l\u2019orientation sexuelle (homosexualit\u00e9 par exemple), l\u2019identit\u00e9 sexuelle (transsexualisme) ou l\u2019acte sexuel en lui-m\u00eame (narcissisme sexuel).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0T\u00eda Nela\u00a0\u00bb (litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0Tante Nela\u00a0\u00bb), auquel nous allons d\u2019abord nous int\u00e9resser, permet une premi\u00e8re approche du contexte mexicain contemporain\u00a0: la nouvelle repr\u00e9sente effectivement la confrontation entre une morale traditionnelle, autrement dit, dans le cadre mexicain, catholique, et la diversit\u00e9 sexuelle affich\u00e9e de plus en plus nettement dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes, et dans le cas pr\u00e9sent dans la soci\u00e9t\u00e9 mexicaine du d\u00e9but du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Se pr\u00e9sentant sous la forme d\u2019un monologue, elle se base sur le rapport conflictuel unissant deux personnes, aux antipodes l\u2019une de l\u2019autre\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Tante Nela, cette femme p\u00e9trie de r\u00e9f\u00e9rences catholiques, incapable de penser en dehors des cadres dogmatiques et th\u00e9oriques de la morale chr\u00e9tienne, au point de sombrer dans l\u2019intol\u00e9rance la plus totale, la parano\u00efa, la cruaut\u00e9 voire le sadisme d\u00e8s lors que quiconque tente de s\u2019en d\u00e9faire. S\u2019adressant \u00e0 son neveu, Efr\u00e9n-Fuensanta<a id=\"footnoteref3_gbjuj9u\" class=\"see-footnote\" title=\" Nous utiliserons ce doublon durant tout notre travail afin de garder \u00e0 l\u2019esprit la double identit\u00e9 du personnage, n\u00e9 homme et appel\u00e9 Efr\u00e9n, mais devenu Fuensanta suite \u00e0 une op\u00e9ration chirurgicale. \" href=\"#footnote3_gbjuj9u\">[3]<\/a>, dont elle r\u00e9prouve les agissements et les attitudes, son discours se fait le garant de cat\u00e9gories g\u00e9n\u00e9riques clairement d\u00e9finies et, semble-t-il, immuables, appelant \u00e0 un comportement social irr\u00e9prochable. De l\u2019autre, la fragmentation identitaire, la d\u00e9sagr\u00e9gation de la morale religieuse au profit du relativisme moral, tout enti\u00e8res incarn\u00e9es en ce personnage d\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta, transsexuel dont l\u2019existence va \u00eatre retrac\u00e9e par le biais du discours de sa tante. Le choc de cette rencontre est d\u2019autant plus brutal qu\u2019il s\u2019agit bien ici d\u2019un contexte mexicain, o\u00f9 le poids de la religion et des valeurs catholiques reste d\u00e9cisif, m\u00eame \u00e0 l\u2019aube du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Une des principales r\u00e9ussites de la nouvelle est que, par le biais d\u2019une narration \u00e0 la premi\u00e8re personne, assum\u00e9e par le personnage de Tante Nela, elle permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la vision d\u2019une sexualit\u00e9 dite \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb une fois celle-ci d\u00e9form\u00e9e par le prisme de l\u2019intol\u00e9rance et de l\u2019accusation. La voix de Tante Nela v\u00e9hicule en effet un violent r\u00e9quisitoire \u00e0 l\u2019encontre d\u2019un \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb omnipr\u00e9sent, comme l\u2019annonce d\u2019embl\u00e9e la phrase ouvrant le texte\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0je t\u2019avais pr\u00e9venu<a id=\"footnoteref4_texxngh\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Te lo advert\u00ed\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote4_texxngh\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit de revenir sur la vie de son neveu, dont la f\u00e9minisation progressive, et d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s marqu\u00e9e d\u00e8s l\u2019enfance (jeux correspondant aux st\u00e9r\u00e9otypes f\u00e9minins, travestissement, attitude eff\u00e9min\u00e9e etc.), n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre pour elle source d\u2019inqui\u00e9tudes. Le lecteur comprend ainsi que leur cohabitation n\u2019aura \u00e9t\u00e9 qu\u2019une longue suite de disputes, Tante Nela ayant tout fait pour r\u00e9primer les agissements de son neveu, jug\u00e9s immoraux\u00a0: communion s\u2019achevant en s\u00e9ance de d\u00e9guisement (par un accoutrement f\u00e9minin) avec ses amis, relation avec un coll\u00e8gue de travail vingt ans plus \u00e2g\u00e9 que lui, travestissement et prostitution une fois venue l\u2019adolescence, ou enfin op\u00e9ration chirurgicale lui ayant permis de changer de sexe, soit tout un parcours marqu\u00e9 par la progressive acceptation de sa diff\u00e9rence et d\u2019une identit\u00e9 intime distincte de l\u2019identit\u00e9 physiologique, acceptation toujours entrav\u00e9e par les r\u00e9primandes de sa tante. Se dessine ainsi au fil du texte l\u2019image d\u2019un \u00eatre marginal, constamment moqu\u00e9 et mis au ban de la soci\u00e9t\u00e9, dont la tentative finale d\u2019\u00e9panouissement se soldera par un \u00e9chec, toujours \u00e0 cause de sa tante. Efr\u00e9n devenu Fuensanta nouera une relation avec un homme, sans lui avouer son pass\u00e9, et semblera enfin heureuse, n\u2019attendant que l\u2019approbation de sa tante\u00a0; cette approbation ne viendra jamais, puisque Tante Nela finira par r\u00e9v\u00e9ler au futur mari, quelques jours avant la noce, la \u00ab\u00a0v\u00e9ritable\u00a0\u00bb identit\u00e9 de Fuensanta, se chargeant ainsi de mettre un coup d\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif \u00e0 son bonheur \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. La conclusion de la nouvelle, au-del\u00e0 de sa violence, permet de d\u00e9voiler la v\u00e9ritable nature du sch\u00e9ma narratif\u00a0: Tante Nela est en r\u00e9alit\u00e9 morte, assassin\u00e9e par un Efr\u00e9n-Fuensanta fou de rage suite \u00e0 sa trahison, mais continue de le harceler par le biais de la pens\u00e9e, allant jusqu\u2019\u00e0 le pousser au suicide, comme l\u2019indiquent les derniers mots du texte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mais mon legs est immortel, comme celui de tous les martyrs. Ma voix survit dans ta bouche, mon \u00e2me habite d\u00e9sormais un corps artificiel, difforme, grotesque<a id=\"footnoteref5_ey64cla\" class=\"see-footnote\" title=\" Cette description d\u2019un corps difforme trouve sa justification dans le fait qu\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta ait d\u00e9cid\u00e9 de ne pas enterrer le cadavre de sa tante et de laisser le corps se putr\u00e9fier petit \u00e0 petit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la maison. \" href=\"#footnote5_ey64cla\">[5]<\/a>, mais l\u2019ardeur de la foi y reste bien vive. Je t\u2019ordonne de prendre le revolver qui est sur la coiffeuse. Allez, l\u00e2che, pointe le sur ta tempe et presse la d\u00e9tente. Tu comprends maintenant jusqu\u2019o\u00f9 va mon autorit\u00e9 sur toi<a id=\"footnoteref6_f8gteoz\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Pero mi legado es inmortal como el de todos los m\u00e1rtires. Mi voz sobrevive en tu boca, mi alma se ha mudado a un cuerpo artificial, deforme, grotesco, pero en ella sigue viva la llama de la fe. Te ordeno coger la pistola que est\u00e1 encima del tocador. Vamos, cobarde, ap\u00fantate a la sien y jala el gatillo. \u00bfEntiendes ahora hasta d\u00f3nde llega mi autoridad sobre ti ?\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 66) \" href=\"#footnote6_f8gteoz\">[6]<\/a>\u00a0?<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La nouvelle acquiert alors un nouveau statut, se faisant \u00e0 la fois hallucination et reflet de l\u2019esprit tortur\u00e9 d\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta, que la voix de Tante Nela continue de hanter.<\/p>\n<p>Le discours de Tante Nela se charge, au fil du r\u00e9cit, de reproduire un syst\u00e8me de valeurs propre \u00e0 une morale catholique, traditionnelle, cens\u00e9 \u00eatre le contrepoint des perversions caract\u00e9risant selon elle les soci\u00e9t\u00e9s modernes. Outre les innombrables allusions \u00e0 Dieu (dont on peut relever plus de dix occurrences dans la nouvelle), \u00e0 la Divine Providence, \u00e0 J\u00e9sus Christ, les paroles de Tante Nela reprennent \u00e9galement toute une s\u00e9rie de phrases fig\u00e9es \u00e0 valeur de v\u00e9rit\u00e9s universelles, inspir\u00e9es du message catholique\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu ne satisfait pas les caprices et ne redresse pas les bossus<a id=\"footnoteref7_m4es5oe\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Dios no cumple antojos ni endereza jorobados\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 63). \" href=\"#footnote7_m4es5oe\">[7]<\/a>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0[\u2026] L\u00e0-haut dans le ciel, o\u00f9 tout se sait<a id=\"footnoteref8_dnzyrmk\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0all\u00e1 en el cielo, donde todo se sabe\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 64). \" href=\"#footnote8_dnzyrmk\">[8]<\/a>\u00a0\u00bb, ou encore \u00ab seul le Christ, dans son infinie mis\u00e9ricorde, pourra te sauver du feu \u00e9ternel<a id=\"footnoteref9_7ssbhn6\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0s\u00f3lo Cristo con su infinita misericordia podr\u00e1 salvarte del fuego eterno\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote9_7ssbhn6\">[9]<\/a>\u00a0\u00bb.\u00a0 De m\u00eame, son discours porte la trace des diff\u00e9rents principes moraux cens\u00e9s dicter la conduite du parfait chr\u00e9tien. On retrouve par exemple le sens du sacrifice, qui r\u00e9appara\u00eet sous la forme du traditionnel reproche de l\u2019ingratitude filiale\u00a0: \u00ab Combien de fois me suis-je enlev\u00e9 le pain de la bouche pour te le donner.\u00a0Combien de fois me suis-je priv\u00e9 de mes petits plaisirs pour t\u2019acheter un jouet ou une friandise<a id=\"footnoteref10_k17qxca\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Cu\u00e1ntas veces me quit\u00e9 el pan de la boca para d\u00e1rtelo a ti\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote10_k17qxca\">[10]<\/a>\u00a0\u00bb ou, quelques lignes plus loin, \u00ab\u00a0Comme l\u2019\u00e9cole me co\u00fbtait une fortune, je dus me mettre \u00e0 coudre la nuit, au risque de devenir aveugle<a id=\"footnoteref11_3r1fk6z\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Como la colegiatura costaba un Potos\u00ed, tuve que ponerme a coser por las noches, a riesgo de quedarme ciega\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote11_3r1fk6z\">[11]<\/a>\u00a0\u00bb. La droiture et le refus du mensonge semblent \u00e9galement caract\u00e9riser Tante Nela \u2013 \u00ab\u00a0Moi qui ai toujours aim\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 au-del\u00e0 de toute chose<a id=\"footnoteref12_ej4ixr7\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Como la colegiatura costaba un Potos\u00ed, tuve que ponerme a coser por las noches, a riesgo de quedarme ciega\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote12_ej4ixr7\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb \u2013, comme en t\u00e9moignent ses \u00e9tats de conscience \u00e0 la veille du mariage de Fuensanta\u00a0: \u00ab Combien de nuits passai-je mortifi\u00e9e par ton astucieuse tromperie, avec l\u2019inf\u00e2me certitude de vivre en p\u00e9ch\u00e9 mortel<a id=\"footnoteref13_f5hcn1e\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0\u00a1Cu\u00e1ntas noches de insomnio pas\u00e9 mortificada por tu artero enga\u00f1o, con la oprobiosa certeza de vivir en pecado mortal!\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 66). \" href=\"#footnote13_f5hcn1e\">[13]<\/a>!\u00a0\u00bb La venue du Pape au Mexique durant l\u2019enfance de Efr\u00e9n-Fuensanta contribue par ailleurs \u00e0 aviver le sentiment religieux de Tante Nela, et la rassurera quant \u00e0 sa trahison finale\u00a0: \u00ab Pour toi je suis une tra\u00eetresse, je le sais. Mais devant Dieu et les hommes, j\u2019ai seulement ob\u00e9i \u00e0 ce que me dictait ma conscience<a id=\"footnoteref14_we0766m\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Para ti soy una traidora, lo s\u00e9. Pero ante Dios y ante los hombres s\u00f3lo obedec\u00ed el dictado de mi conciencia\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 66). \" href=\"#footnote14_we0766m\">[14]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette rh\u00e9torique et les principes moraux qu\u2019elle v\u00e9hicule sous-tendent tout le r\u00e9cit et s\u2019opposent finalement, reproduisant le manich\u00e9isme biblique, \u00e0 la repr\u00e9sentation du Diable et de l\u2019univers infernal associ\u00e9s \u00e0 Efr\u00e9n-Fuensanta. L\u2019avertissement initial \u00ab\u00a0On ne joue pas avec le diable, jeune homme<a id=\"footnoteref15_s8nlpdq\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Con el diablo no se juega, muchacho\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote15_s8nlpdq\">[15]<\/a>\u00a0\u00bb inaugure cet antagonisme et annonce d\u2019embl\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019un pacte faustien pass\u00e9 entre le marginal sexuel et le Diable. La sexualit\u00e9 moderne, dans ses multiples acceptions puisqu\u2019elle d\u00e9signe ici, par le parcours d\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta, \u00e0 la fois l\u2019identit\u00e9 (transsexuel), l\u2019orientation (la question de l\u2019homosexualit\u00e9 est soulev\u00e9e) et l\u2019acte sexuel (prostitution notamment), est rejet\u00e9e en bloc et associ\u00e9e au Mal. Le \u00ab\u00a0rire d\u00e9mentiel\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 65) d\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta doit \u00e9galement \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 dans cette perspective, le rire et la folie ayant toujours \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9s, dans la tradition chr\u00e9tienne, \u00e0 une possession des \u00eatres par le Malin. La description manich\u00e9iste de l\u2019univers imagin\u00e9 par Tante Nela, enfin, refl\u00e8te la rupture morale qui s\u2019op\u00e8re selon elle entre ces deux \u00ab\u00a0camps\u00a0\u00bb\u00a0; ombre ou lumi\u00e8re, inframonde ou \u00e9l\u00e9vation, souillure ou puret\u00e9, tels sont les contrastes que son discours s\u2019efforce de reproduire\u00a0: \u00ab\u00a0Tu ne me d\u00e9go\u00fbtes m\u00eame plus, maintenant tu me fais de la peine, et tu sais pourquoi\u00a0? Parce que tu es enterr\u00e9 dans un ab\u00eeme d\u2019obscurit\u00e9 et que tu ne fais rien pour chercher la lumi\u00e8re<a id=\"footnoteref16_19f6i0d\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Ya ni siquiera me das asco, ahora te tengo l\u00e1stima, \u00bfy sabes por qu\u00e9? Porque est\u00e1s sepultado en un abismo de oscuridad y no haces nada por buscar la luz\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote16_19f6i0d\">[16]<\/a>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le sous-sol puant o\u00f9 tu rampais<a id=\"footnoteref17_7rablie\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0el hediondo subsuelo donde reptabas\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 65). \" href=\"#footnote17_7rablie\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant, comme cela est toujours le cas chez Enrique Serna, le manich\u00e9isme ne conduit pas \u00e0 la st\u00e9r\u00e9otypie, dans la mesure o\u00f9 Tante Nela s\u2019\u00e9loigne finalement de mani\u00e8re tr\u00e8s nette de l\u2019id\u00e9al chr\u00e9tien (paix, amour, tol\u00e9rance\u2026) en propageant dans le texte la violence, tant th\u00e9matique que discursive. Le texte se fait alors l\u2019\u00e9cho d\u2019une des r\u00e9actions que continue \u00e0 susciter la diversit\u00e9 sexuelle, c\u2019est-\u00e0-dire la violence cens\u00e9e contrecarrer, voire punir l\u2019agression qui a \u00e9t\u00e9 commise \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la <em>doxa<\/em> morale, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00ab\u00a0r\u00e8gles de la pudeur et de la d\u00e9cence<a id=\"footnoteref18_19ildhi\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0las reglas del pudor y de la decencia\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote18_19ildhi\">[18]<\/a>\u00a0\u00bb. Cette violence peut \u00eatre physique, lorsque Tante Nela gifle, tire les cheveux ou les oreilles d\u2019Efr\u00e9n. Pensons \u00e9galement \u00e0 la sc\u00e8ne particuli\u00e8rement humiliante de la salle de bain, lorsque Tante Nela y emm\u00e8ne Efr\u00e9n, lui enl\u00e8ve ses v\u00eatements et le menace de lui couper son sexe s\u2019il continue \u00ab\u00a0\u00e0 se comporter comme une femme<a id=\"footnoteref19_9cwraa4\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0si te sigues comportando como una mujer\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 63). \" href=\"#footnote19_9cwraa4\">[19]<\/a>\u00a0\u00bb. Elle se manifeste enfin par le biais de la cruaut\u00e9, quand Tante Nela an\u00e9antit ses espoirs en d\u00e9truisant son mariage, ou par le cynisme et l\u2019ironie qui sous-tendent ses paroles, notamment lorsqu\u2019elle parle d\u2019elle \u00e0 la troisi\u00e8me personne\u00a0: \u00ab\u00a0Tante Nela cherchait seulement ce qu\u2019il y avait de meilleur pour toi<a id=\"footnoteref20_qdjhcpc\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0T\u00eda Nela s\u00f3lo buscaba lo mejor para ti\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62). \" href=\"#footnote20_qdjhcpc\">[20]<\/a>\u00a0\u00bb, et plus loin, \u00ab\u00a0Tante Nela n\u2019est pas b\u00eate pour un sou. Tante Nela a beaucoup appris \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de la vie. Tante Nela sait scruter les replis du c\u0153ur<a id=\"footnoteref21_logh7gj\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0T\u00eda Nela no tiene un pelo de tonta. T\u00eda Nela ha aprendido mucho en la universidad de la vida. T\u00eda Nela sabe escudri\u00f1ar los recovecos del coraz\u00f3n\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 65). \" href=\"#footnote21_logh7gj\">[21]<\/a>\u00a0\u00bb. Mais l\u00e0 encore, Serna ne reproduit pas sur le plan du sens le manich\u00e9isme caract\u00e9ristique des paroles de Tante Nela\u00a0; en d\u2019autres termes, l\u2019auteur ne fait pas <em>a contrario<\/em> l\u2019apologie du personnage d\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta, et cette m\u00eame violence se retrouvera chez ce dernier, comme s\u2019il reproduisait le sch\u00e9ma dont il est lui-m\u00eame victime. La violence peut alors \u00eatre physique, lorsqu\u2019il assassine sa tante, ou symbolique, si l\u2019on pense \u00e0 la marchandisation du corps que suppose sa prostitution. Pensons enfin \u00e0 la \u00ab\u00a0perversion sans limites<a id=\"footnoteref22_ipn0owl\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0perversidad sin l\u00edmites\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 64). \" href=\"#footnote22_ipn0owl\">[22]<\/a>\u00a0\u00bb que lui reproche Tante Nela en se rem\u00e9morant les jours o\u00f9 Efr\u00e9n-Fuensanta amenait des clients \u00e0 la maison et l\u2019obligeait, abusant de sa condition de parapl\u00e9gique, \u00e0 assister \u00e0 ses \u00e9bats. La nouvelle \u00ab\u00a0T\u00eda Nela\u00a0\u00bb joue ainsi habilement sur diff\u00e9rents plans, permettant \u00e0 la fois de donner \u00e0 entendre le point de vue discriminant \u00e0\u00a0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une sexualit\u00e9 jug\u00e9e contraire \u00e0 la moralit\u00e9 et de souligner l\u2019impossibilit\u00e9 pour l\u2019homme actuel de se construire, au plan sexuel et identitaire, lorsque ses convictions, pratiques et caract\u00e9ristiques propres ne sont pas en conformit\u00e9 avec la norme (pr\u00e9)dominante.<\/p>\n<p>Concernant cette fois \u00ab\u00a0Amor propio\u00a0\u00bb (litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0Amour propre\u00a0\u00bb), autre nouvelle d\u2019Enrique Serna, le texte se construit autour de la rencontre entre Marina Olgu\u00edn, star de <em>telenovela<\/em>, actrice et chanteuse, et Roberto, travesti imitant cette m\u00eame chanteuse lors de son <em>show <\/em>de cabaret. Venue voir son double sur sc\u00e8ne, et l\u2019ayant ensuite invit\u00e9 \u00e0 sa table, Marina Olgu\u00edn, sous l\u2019effet de l\u2019alcool, emm\u00e8ne Roberto dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel, o\u00f9, malgr\u00e9 les protestations de celui-ci \u2013\u00a0homosexuel\u00a0\u2013, elle abuse de lui. Initialement d\u00e9go\u00fbt\u00e9 par la perspective d\u2019un acte sexuel avec une femme, Roberto finira par c\u00e9der, Marina Olgu\u00edn lui ayant fait miroiter les lumi\u00e8res de la gloire et lui ayant promis de l\u2019aider \u00e0 lancer sa carri\u00e8re de chanteur. L\u00e0 encore, diff\u00e9rentes modalit\u00e9s d\u2019une sexualit\u00e9 \u00ab\u00a0hors norme\u00a0\u00bb se font jour\u00a0: homosexualit\u00e9, narcissisme sexuel, travestissement. Le travestissement ne doit pas \u00eatre en lui-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9 comme acte sexuel mais comme reflet du trouble identitaire de Roberto, qui parle successivement de lui au masculin puis au f\u00e9minin. Du point de vue de la structure et des instances narratives, autrement dit du travail sur la forme, cette nouvelle est beaucoup plus exp\u00e9rimentale que \u00ab\u00a0T\u00eda Nela\u00a0\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 son absence totale de ponctuation (hormis la majuscule initiale et le point final). Constitu\u00e9e de seulement trois paragraphes, elle se pr\u00e9sente sous la forme de trois \u00ab\u00a0blocs\u00a0\u00bb typographiques sans majuscule, point, virgule etc, o\u00f9 se m\u00ealent deux narrateurs \u00e0 la premi\u00e8re personne, \u00e0 savoir Marina Olgu\u00edn et Roberto. Ce proc\u00e9d\u00e9, qui complexifie consid\u00e9rablement le texte et la lecture, lui donne \u00e9galement tout son int\u00e9r\u00eat, dans la mesure o\u00f9 il inaugure au plan textuel la confusion qui appara\u00eet entre les deux personnages.<\/p>\n<p>L\u2019union \u00e9ph\u00e9m\u00e8re entre ces deux \u00eatres doit selon nous \u00eatre rapproch\u00e9e d\u2019un mythe d\u00e9j\u00e0 ancien mais riche de sens, celui de l\u2019androgyne. Selon Aristophane, dans <em>Le Banquet<\/em> platonicien, tous les \u00eatres humains auraient b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une double nature et auraient \u00e9t\u00e9 dot\u00e9s \u00e0 la fois d&rsquo;organes masculins et f\u00e9minins. Mais leur orgueil les ayant pouss\u00e9s \u00e0 prendre d&rsquo;assaut la voute c\u00e9leste, Zeus aurait ordonn\u00e9 pour ch\u00e2timent de les scinder en deux, les incitant ainsi \u00e0 partir \u00e0 la recherche de cette moiti\u00e9 qui leur avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e. L\u2019amour, et dans une perspective plus moderne, la sexualit\u00e9, peuvent alors \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme l\u2019expression d\u2019un manque existentiel\u00a0: lorsque deux personnes s\u2019unissent, elles manifestent concr\u00e8tement le d\u00e9sir de l\u2019humain de retrouver la fraction compl\u00e9mentaire de son \u00e2me, afin de r\u00e9tablir l\u2019harmonie, l\u2019unit\u00e9 et la nature humaine originelles. Ce motif, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s pr\u00e9sent chez les Romantiques, se retrouve dans les deux textes de Serna et pourrait bien correspondre \u00e0 un mode d\u2019expression privil\u00e9gi\u00e9 de la sexualit\u00e9 moderne\u00a0: au-del\u00e0 de la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle, l\u2019affirmation de nouvelles identit\u00e9s et pratiques sexuelles (transsexualit\u00e9, homosexualit\u00e9, travestissement, narcissisme, etc.) serait ainsi \u00e0 comprendre comme une autre mani\u00e8re d\u2019aspirer, m\u00eame inconsciemment, \u00e0 la r\u00e9int\u00e9gration androgynique. Ce d\u00e9sir, symptomatique d\u2019un mal-\u00eatre ou d\u2019un sentiment de manque, trouverait alors une explication naturelle dans la difficult\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 se forger une identit\u00e9 au sein des soci\u00e9t\u00e9s actuelles.<\/p>\n<p>La figure de l&rsquo;androgyne sous-tend toute la nouvelle \u00ab\u00a0Amor proprio\u00a0\u00bb, mettant en sc\u00e8ne le plaisir narcissique d\u2019une chanteuse ayant souhait\u00e9 faire l&rsquo;amour avec le travesti qui l&rsquo;imitait. L&rsquo;acte sexuel doit en effet \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une m\u00e9taphore de la r\u00e9union symbolique des deux parts de l&rsquo;\u00eatre androgynique originel, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;une symbiose parfaite se cr\u00e9e ici : il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un homme et d&rsquo;une femme, donc de deux \u00eatres compl\u00e9mentaires, mais tous deux habill\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re et poss\u00e9dant (ou simulant) la m\u00eame identit\u00e9, ce qui contribue \u00e0 accentuer la similarit\u00e9 qui les unit. De mani\u00e8re extr\u00eamement habile et int\u00e9ressante, Serna mat\u00e9rialise concr\u00e8tement la confusion entre les deux personnes par un r\u00e9cit polyphonique construit sur l&rsquo;alternance, sans aucune ponctuation, de deux narrateurs \u00e0 la premi\u00e8re personne, le travesti et la chanteuse. Pass\u00e9 l&rsquo;\u00e9tonnement initial, le lecteur doit t\u00e2cher de d\u00e9m\u00ealer l&rsquo;\u00e9cheveau narratif afin de pouvoir distinguer les diff\u00e9rentes voix qui s&rsquo;expriment dans le texte. En effet, si dans un premier temps l\u2019auteur distingue des phrases<a id=\"footnoteref23_r5tq8g9\" class=\"see-footnote\" title=\" Le terme est bien entendu \u00e0 nuancer compte tenu de l'absence de toute ponctuation permettant d'isoler les unit\u00e9s syntaxiques les unes des autres. \" href=\"#footnote23_r5tq8g9\">[23]<\/a> enti\u00e8res provenant de Marina Olgu\u00edn et de Roberto, la confusion s\u2019accentue par la suite pour arriver \u00e0 l\u2019encha\u00eenement de fragments de phrases de plus en plus courts. \u00c0 titre d&rsquo;exemple, nous reprenons\u00a0 ici deux extraits significatifs de cette \u00e9volution : \u00ab\u00a0[&#8230;] comment t\u2019appelles-tu lui demanda cet idiot de Carlos je pus seulement articuler deux syllabes de mon nom masculin car elle m\u2019interrompit furieusement qu\u2019est-ce-que \u00e7a peut bien te faire comment il s\u2019appelle [&#8230;]<a id=\"footnoteref24_9g2okbw\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0c\u00f3mo te llamas le pregunt\u00f3 el imb\u00e9cil de Carlos yo s\u00f3lo pude articular dos s\u00edlabas de mi nombre masculino pues ella me interrumpi\u00f3 furiosa qu\u00e9 te importa c\u00f3mo se llama dije\u00a0\u00bb (Serna, 1991, p. 135). \" href=\"#footnote24_9g2okbw\">[24]<\/a>\u00a0\u00bb. Dans ce premier cas de figure, on voit nettement l&rsquo;alternance des propositions \u00e9nonc\u00e9es par les deux narrateurs diff\u00e9rents (l&rsquo;alternance s&rsquo;effectuant avec le terme \u00ab\u00a0Carlos\u00a0\u00bb puis avec la locution interrogative \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce-que\u00a0\u00bb, indiquant le passage au discours direct). Au contraire, \u00e0 la fin de la nouvelle, la confusion syntaxique a atteint des proportions nettement plus cons\u00e9quentes : \u00ab\u00a0[&#8230;] Marina tu vas d\u00e9chirer ma robe mais elle n\u2019\u00e9coutait pas ses requ\u00eates et je dus me donner une gifle qui l\u2019excita encore davantage [&#8230;]<a id=\"footnoteref25_mqzy767\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Mariana me vas a romper el vestido pero ella no escuchaba sus ruegos y tuve que darme una bofetada que la excit\u00f3 m\u00e1s a\u00fan\u00a0\u00bb (Serna, 1991, p. 138). \" href=\"#footnote25_mqzy767\">[25]<\/a>\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit dans un premier temps de Roberto qui s&rsquo;exprime, d&rsquo;abord au style direct (\u00ab\u00a0Marina tu vas d\u00e9chirer ma robe \u00bb) puis qui repasse \u00e0 la narration traditionnelle (\u00ab\u00a0mais elle n\u2019\u00e9coutait pas \u00bb), avant qu&rsquo;intervienne la voix de Marina avec l\u2019emploi du groupe nominal \u00ab\u00a0ses requ\u00eates\u00a0\u00bb. La derni\u00e8re proposition, enfin, conjugue le discours de Roberto et l&rsquo;apparition discr\u00e8te de Marina par le biais du seul pronom \u00ab\u00a0me\u00a0\u00bb, contribuant ainsi \u00e0 confondre davantage encore le r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, cette nouvelle pourrait correspondre \u00e0 une version extr\u00eame du dialogisme bakhtinien\u00a0tel qu\u2019il est pr\u00e9sent\u00e9 dans <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman <\/em>(1975)\u00a0; dans cet ouvrage, le th\u00e9oricien russe \u00e9voque les implications de la polyphonie dans le r\u00e9cit et donne une description d\u2019un texte polyphonique qui semble convenir \u00e0 la nouvelle de Serna\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] les fronti\u00e8res sont intentionnellement mouvantes et ambivalentes, passant fr\u00e9quemment \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un ensemble syntaxique ou d\u2019une simple proposition, parfois m\u00eame partageant les principaux membres d\u2019une m\u00eame proposition (Bakhtine, 1978, p. 129).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En effa\u00e7ant toute fronti\u00e8re discursive et typographique entre Roberto et Marina, Serna abolit du m\u00eame coup la barri\u00e8re identitaire qui pourrait les s\u00e9parer et mat\u00e9rialise au plan de la forme la confusion existant au niveau de l&rsquo;intrigue.<\/p>\n<p>Le motif de l&rsquo;androgyne s&rsquo;accompagne ici d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence furtive au mythe de Narcisse (Serna, 1991, p. 135), une figure qui s&rsquo;applique aux deux personnages, mais particuli\u00e8rement \u00e0 la chanteuse, dans la mesure o\u00f9 c\u2019est elle qui est \u00e0 l\u2019origine de la relation charnelle : en une r\u00e9actualisation subtile du mythe antique, Serna brosse le portrait d&rsquo;une femme qui n&rsquo;est amoureuse que d\u2019elle-m\u00eame, ce qui pose d&rsquo;ailleurs \u00e9galement le probl\u00e8me du rapport \u00e0 autrui, dans la mesure o\u00f9 le personnage ne semble ici \u00e9prouver de l&rsquo;attirance pour autrui que lorsqu&rsquo;il peut s\u2019identifier \u00e0 lui et y retrouver une part de lui-m\u00eame. La preuve la plus flagrante de ce narcissisme amoureux se manifestera le lendemain\u00a0: au moment o\u00f9 le charme est rompu, quand Roberto quitte son costume de sc\u00e8ne, Mariana, ne se reconnaissant plus en l&rsquo;homme qu&rsquo;elle a en face d&rsquo;elle, ira jusqu\u2019\u00e0 le chasser, sans m\u00e9nagement aucun. Le d\u00e9nouement de la nouvelle est ainsi porteur de l&rsquo;\u00e9pilogue symbolique du mythe, \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;\u00e9chec qu&rsquo;il souligne ; pourtant conscients que la r\u00e9int\u00e9gration androgynique ne pouvait passer par la r\u00e9union des corps<a id=\"footnoteref26_4cfbrsa\" class=\"see-footnote\" title=\" Serna \u00e9voque effectivement \u00ab\u00a0la possession superficielle qui ne fait que r\u00e9affirmer la s\u00e9paration des corps\u00a0\u00bb, en une allusion \u00e0 peine voil\u00e9e au mythe platonicien. Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0la posesi\u00f3n superficial que s\u00f3lo reafirma la separaci\u00f3n de los cuerpos\u00a0\u00bb (Serna, 1991, p. 139). \" href=\"#footnote26_4cfbrsa\">[26]<\/a>, les deux amants ont effectivement fait \u00e9voluer sensiblement cette qu\u00eate mill\u00e9naire en proposant une nouvelle issue : l&rsquo;\u00e9laboration de l\u2019<em>homo novus<\/em>, caract\u00e9ris\u00e9 par la dimension hermaphrodite tellement d\u00e9sir\u00e9e. L&rsquo;acte sexuel qui unit les deux personnages devient en effet la m\u00e9taphore de la conception de \u00ab\u00a0l&rsquo;homme nouveau\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0[&#8230;] il s\u2019agissait de la possession totale donnant naissance \u00e0 une nouvelle personne, moi, toi, elle, dot\u00e9e de seins, de testicules, d\u2019un clitoris sur la pomme d\u2019Adam [&#8230;]<a id=\"footnoteref27_7flo077\" class=\"see-footnote\" title=\" Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0era la posesi\u00f3n total gestando una nueva persona yo t\u00fa ella dotada de senos test\u00edculos cl\u00edtoris en la manzana de Ad\u00e1n\u00a0\u00bb (Serna, 1991, p. 139). \" href=\"#footnote27_7flo077\">[27]<\/a>\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 tout, l\u00e0 encore leur tentative se soldera par un \u00e9chec, dans la mesure o\u00f9 avec la fin de la nuit viendra la fin de l&rsquo;engouement mutuel et la dislocation de l&rsquo;union fragile qu&rsquo;ils avaient tent\u00e9 de mettre en place.<\/p>\n<p>Le mythe r\u00e9appara\u00eet \u00e9galement dans \u00ab\u00a0T\u00eda Nela\u00a0\u00bb : cette fois, la figure de l&rsquo;androgyne est tout enti\u00e8re symbolis\u00e9e dans un seul \u00eatre, Efr\u00e9n-Fuensanta, marquant ainsi peut-\u00eatre une \u00e9volution dans le traitement du mythe. Comme s&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9sormais clair que la r\u00e9union des deux parties de l&rsquo;androgyne originel ne pouvait \u00eatre atteinte par le biais de l&rsquo;union de deux personnes distinctes, comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas dans\u00a0\u00ab\u00a0Amor propio\u00a0\u00bb, Serna cr\u00e9e cette fois un personnage qui est en passe de recr\u00e9er \u00e0 lui seul la figure androgynique, en conciliant \u00e9l\u00e9ments relevant du champ du masculin et du f\u00e9minin (m\u00eame si le but d\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta est justement d&rsquo;effacer de sa personne toute trace masculine). Malgr\u00e9 tout, si Serna fait \u00e9voluer le mythe de l&rsquo;androgyne, il ne modifie pas sa port\u00e9e car, encore, le h\u00e9ros subira un \u00e9chec cuisant : sa tante, n&rsquo;ayant jamais accept\u00e9 la conduite du jeune \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb, d\u00e9voilera toute la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 celui qui s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 \u00e9pouser Efr\u00e9n transform\u00e9 en Fuensanta, ruinant ainsi le mariage et toute possibilit\u00e9 de bonheur pour son neveu.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, les nouvelles \u00ab\u00a0T\u00eda Nela\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Amor propio\u00a0\u00bb doivent \u00e0 notre avis \u00eatre lues comme des textes embl\u00e9matiques du questionnement sur les sexualit\u00e9s modernes, r\u00e9current dans la litt\u00e9rature d\u2019Enrique Serna. Plong\u00e9 dans un univers impr\u00e9gn\u00e9 de contradictions faisant coexister des syst\u00e8mes de valeurs radicalement diff\u00e9rents (dont le meilleur exemple serait ici l\u2019opposition entre la rigueur morale de Tante Nela et la vie sexuelle d\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta), le personnage sernien se lance dans une double qu\u00eate\u00a0: \u00e0 la fois celle de l\u2019identit\u00e9 sexuelle et celle l\u2019orientation sexuelle, toutes deux ne pouvant se d\u00e9faire du regard d\u2019Autrui et s\u2019en trouvant ainsi limit\u00e9es voire frein\u00e9es. De l\u00e0 l\u2019impression vertigineuse qui domine : le vertige, c\u2019est cette image marquante utilis\u00e9e par Octavio Paz dans <em>Le labyrinthe de la solitude<\/em> pour dire le sentiment suicidaire s\u2019emparant de Cuauht\u00e9moc, dernier empereur azt\u00e8que,\u00a0 au moment o\u00f9 sa chute lui appara\u00eet dans toute son \u00e9vidence. Certain d\u2019une d\u00e9faite prochaine face aux troupes espagnoles de Hern\u00e1n Cortes, Cuauht\u00e9moc est pris d\u2019un vertige que l\u2019on peut qualifier d\u2019existentiel, tant il est lourd de sens, mat\u00e9rialisant \u00e0 la fois un sentiment d\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 et la prise de conscience d\u2019une fin g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (pour lui et son peuple). C\u2019est ce m\u00eame vertige existentiel que nous retrouverons ici, lorsque Efr\u00e9n-Fuensanta, dans un \u00e9tat second, semble ob\u00e9ir aux ordres de sa tante et braquer le revolver sur sa tempe. C\u2019est aussi celui de cette m\u00eame femme qui, d\u00e9pass\u00e9e et choqu\u00e9e par les agissements de son neveu, est submerg\u00e9e par un trop plein d\u2019\u00e9motions et sombre dans l\u2019inconscient. L\u2019\u00e9tourdissement qui envahit le lecteur au contact de cette nouvelle \u00e9trange qu\u2019est \u00ab\u00a0Amor propio\u00a0\u00bb est \u00e9galement r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: la confusion entre deux \u00eatres, mat\u00e9rialis\u00e9e de mani\u00e8re concr\u00e8te par l\u2019enchev\u00eatrement des voix narratives, est telle qu\u2019elle transcende son cadre textuel pour atteindre celui qui le contemple, comme si l\u2019auteur cherchait \u00e0 reproduire chez le lecteur le tournis qui s\u2019empare des deux personnages. Le vertige, c\u2019est enfin et surtout le ressenti de l\u2019\u00eatre face \u00e0 sa propre identit\u00e9, oscillant entre schizophr\u00e9nie, narcissisme et rapport malsain \u00e0 soi-m\u00eame (ego d\u00e9mesur\u00e9 ou au contraire atrophi\u00e9), un \u00eatre dont la sexualit\u00e9 deviendra finalement une mani\u00e8re de donner \u00e0 voir la fragilisation et la fragmentation identitaire qui le caract\u00e9risent.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Bakhtine, Mikha\u00efl. 1978 [1975]. <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions TEL Gallimard.<\/p>\n<p>Paz, Octavio. 2009 [1950]. <em>El laberinto de la soledad<\/em>. Madrid\u00a0: \u00c9ditions C\u00e1tedra.<\/p>\n<p>Serna, Enrique. 2007 [1991]. \u00ab\u00a0Amor propio\u00a0\u00bb, dans <em>Amores de segunda mano<\/em>, 201 p. Mexico\u00a0: \u00c9ditions Cal y Arena, p. 131-140.<\/p>\n<p>Serna, Enrique. Avril 2001. \u00ab\u00a0T\u00eda Nela\u00a0\u00bb, <em>La Palabra y el Hombre<\/em>, Xalapa\u00a0: \u00c9ditions Universidad Veracruzana, p. 62-66.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_ynqhduf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_ynqhduf\">[1]<\/a> Les citations seront extraites de l\u2019\u00e9dition suivante\u00a0: Enrique Serna, \u00ab\u00a0Amor propio\u00a0\u00bb, dans <em>Amores de segunda mano<\/em>, Ed. Cal y Arena, Mexico, 2007 [1991], p. 131-140.<\/p>\n<p id=\"footnote2_nhiehnp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_nhiehnp\">[2]<\/a> Les citations seront extraites de l\u2019\u00e9dition suivante\u00a0: Enrique Serna, \u00ab\u00a0T\u00eda Nela\u00a0\u00bb, dans <em>La Palabra y el Hombre<\/em>, Xalapa, avril 2011, p. 62-66.<\/p>\n<p id=\"footnote3_gbjuj9u\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_gbjuj9u\">[3]<\/a> Nous utiliserons ce doublon durant tout notre travail afin de garder \u00e0 l\u2019esprit la double identit\u00e9 du personnage, n\u00e9 homme et appel\u00e9 Efr\u00e9n, mais devenu Fuensanta suite \u00e0 une op\u00e9ration chirurgicale.<\/p>\n<p id=\"footnote4_texxngh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_texxngh\">[4]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Te lo advert\u00ed\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote5_ey64cla\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_ey64cla\">[5]<\/a> Cette description d\u2019un corps difforme trouve sa justification dans le fait qu\u2019Efr\u00e9n-Fuensanta ait d\u00e9cid\u00e9 de ne pas enterrer le cadavre de sa tante et de laisser le corps se putr\u00e9fier petit \u00e0 petit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la maison.<\/p>\n<p id=\"footnote6_f8gteoz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_f8gteoz\">[6]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Pero mi legado es inmortal como el de todos los m\u00e1rtires. Mi voz sobrevive en tu boca, mi alma se ha mudado a un cuerpo artificial, deforme, grotesco, pero en ella sigue viva la llama de la fe. Te ordeno coger la pistola que est\u00e1 encima del tocador. Vamos, cobarde, ap\u00fantate a la sien y jala el gatillo. \u00bfEntiendes ahora hasta d\u00f3nde llega mi autoridad sobre ti ?\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 66)<\/p>\n<p id=\"footnote7_m4es5oe\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_m4es5oe\">[7]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Dios no cumple antojos ni endereza jorobados\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 63).<\/p>\n<p id=\"footnote8_dnzyrmk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_dnzyrmk\">[8]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0all\u00e1 en el cielo, donde todo se sabe\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 64).<\/p>\n<p id=\"footnote9_7ssbhn6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_7ssbhn6\">[9]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0s\u00f3lo Cristo con su infinita misericordia podr\u00e1 salvarte del fuego eterno\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote10_k17qxca\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_k17qxca\">[10]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Cu\u00e1ntas veces me quit\u00e9 el pan de la boca para d\u00e1rtelo a ti\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote11_3r1fk6z\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_3r1fk6z\">[11]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Como la colegiatura costaba un Potos\u00ed, tuve que ponerme a coser por las noches, a riesgo de quedarme ciega\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote12_ej4ixr7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_ej4ixr7\">[12]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Como la colegiatura costaba un Potos\u00ed, tuve que ponerme a coser por las noches, a riesgo de quedarme ciega\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote13_f5hcn1e\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_f5hcn1e\">[13]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0\u00a1Cu\u00e1ntas noches de insomnio pas\u00e9 mortificada por tu artero enga\u00f1o, con la oprobiosa certeza de vivir en pecado mortal!\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 66).<\/p>\n<p id=\"footnote14_we0766m\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref14_we0766m\">[14]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Para ti soy una traidora, lo s\u00e9. Pero ante Dios y ante los hombres s\u00f3lo obedec\u00ed el dictado de mi conciencia\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 66).<\/p>\n<p id=\"footnote15_s8nlpdq\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref15_s8nlpdq\">[15]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Con el diablo no se juega, muchacho\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote16_19f6i0d\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref16_19f6i0d\">[16]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Ya ni siquiera me das asco, ahora te tengo l\u00e1stima, \u00bfy sabes por qu\u00e9? Porque est\u00e1s sepultado en un abismo de oscuridad y no haces nada por buscar la luz\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote17_7rablie\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref17_7rablie\">[17]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0el hediondo subsuelo donde reptabas\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 65).<\/p>\n<p id=\"footnote18_19ildhi\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref18_19ildhi\">[18]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0las reglas del pudor y de la decencia\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote19_9cwraa4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref19_9cwraa4\">[19]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0si te sigues comportando como una mujer\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 63).<\/p>\n<p id=\"footnote20_qdjhcpc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref20_qdjhcpc\">[20]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0T\u00eda Nela s\u00f3lo buscaba lo mejor para ti\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 62).<\/p>\n<p id=\"footnote21_logh7gj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref21_logh7gj\">[21]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0T\u00eda Nela no tiene un pelo de tonta. T\u00eda Nela ha aprendido mucho en la universidad de la vida. T\u00eda Nela sabe escudri\u00f1ar los recovecos del coraz\u00f3n\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 65).<\/p>\n<p id=\"footnote22_ipn0owl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref22_ipn0owl\">[22]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0perversidad sin l\u00edmites\u00a0\u00bb (Serna, 2001, p. 64).<\/p>\n<p id=\"footnote23_r5tq8g9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref23_r5tq8g9\">[23]<\/a> Le terme est bien entendu \u00e0 nuancer compte tenu de l&rsquo;absence de toute ponctuation permettant d&rsquo;isoler les unit\u00e9s syntaxiques les unes des autres.<\/p>\n<p id=\"footnote24_9g2okbw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref24_9g2okbw\">[24]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0c\u00f3mo te llamas le pregunt\u00f3 el imb\u00e9cil de Carlos yo s\u00f3lo pude articular dos s\u00edlabas de mi nombre masculino pues ella me interrumpi\u00f3 furiosa qu\u00e9 te importa c\u00f3mo se llama dije\u00a0\u00bb (Serna, 1991, p. 135).<\/p>\n<p id=\"footnote25_mqzy767\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref25_mqzy767\">[25]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0Mariana me vas a romper el vestido pero ella no escuchaba sus ruegos y tuve que darme una bofetada que la excit\u00f3 m\u00e1s a\u00fan\u00a0\u00bb (Serna, 1991, p. 138).<\/p>\n<p id=\"footnote26_4cfbrsa\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref26_4cfbrsa\">[26]<\/a> Serna \u00e9voque effectivement \u00ab\u00a0la possession superficielle qui ne fait que r\u00e9affirmer la s\u00e9paration des corps\u00a0\u00bb, en une allusion \u00e0 peine voil\u00e9e au mythe platonicien. Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0la posesi\u00f3n superficial que s\u00f3lo reafirma la separaci\u00f3n de los cuerpos\u00a0\u00bb (Serna, 1991, p. 139).<\/p>\n<p id=\"footnote27_7flo077\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref27_7flo077\">[27]<\/a> Notre traduction de\u00a0: \u00ab\u00a0era la posesi\u00f3n total gestando una nueva persona yo t\u00fa ella dotada de senos test\u00edculos cl\u00edtoris en la manzana de Ad\u00e1n\u00a0\u00bb (Serna, 1991, p. 139).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Desmas, Davy. 2012. \u00ab Vertiges de la sexualit\u00e9 moderne dans deux nouvelles d\u2019Enrique Serna \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5505, (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/desmas-15.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 desmas-15.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-1ce8845a-bd0d-48d2-9046-6ff1707a7a9d\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/desmas-15.pdf\">desmas-15<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/desmas-15.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-1ce8845a-bd0d-48d2-9046-6ff1707a7a9d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15 L\u2019\u0153uvre d\u2019Enrique Serna, \u00e9crivain mexicain ayant commenc\u00e9 \u00e0 publier dans les ann\u00e9es 1980, se distingue avant tout par un souci constant de la diversit\u00e9\u00a0: passant avec aisance d\u2019un genre litt\u00e9raire \u00e0 un autre, il s\u2019essaie tant au roman historique qu\u2019\u00e0 la nouvelle, en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1221,1223],"tags":[101],"class_list":["post-5505","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-en-territoire-feministe-regards-et-relectures","category-sexualites","tag-desmas-davy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5505","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5505"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5505\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9103,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5505\/revisions\/9103"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5505"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5505"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5505"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}