{"id":5508,"date":"2024-06-13T19:48:21","date_gmt":"2024-06-13T19:48:21","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/mensonges-de-lintention-dauteur-en-periode-decadente-les-difficultes-exegetiques-dans-monsieur-venus-1884-de-rachilde\/"},"modified":"2024-09-09T16:41:23","modified_gmt":"2024-09-09T16:41:23","slug":"mensonges-de-lintention-dauteur-en-periode-decadente-les-difficultes-exegetiques-dans-monsieur-venus-1884-de-rachilde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5508","title":{"rendered":"Mensonges de l\u2019intention d\u2019auteur en p\u00e9riode d\u00e9cadente. Les difficult\u00e9s ex\u00e9g\u00e9tiques dans \u00ab Monsieur V\u00e9nus \u00bb (1884) de Rachilde"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6886\">Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15<\/a><\/h5>\n<p>La d\u00e9cadence est \u00e0 la fois un mouvement litt\u00e9raire du dernier quart du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et un concept historique appr\u00e9hendant le temps sous la forme cyclique, alternance entre les p\u00e9riodes d\u2019essor (l\u2019\u00e2ge d\u2019or) et celles de d\u00e9clin. L\u2019\u00e9tymologie \u2013 du latin <em>cadere<\/em>, signifiant \u00ab\u00a0tomber\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0choir\u00a0\u00bb, sur lequel on insiste par le pr\u00e9fixe <em>de<\/em>&#8211; associ\u00e9 \u2013 nous renseigne sur l\u2019in\u00e9vitable retour d\u2019une d\u00e9ch\u00e9ance, d\u2019o\u00f9 l\u2019aspect pessimiste du mouvement souvent soulign\u00e9<a id=\"footnoteref1_0wgwq4m\" class=\"see-footnote\" title=\"Ajoutons que cette peur du d\u00e9clin est en partie psychologique et s\u2019affirme en fins de si\u00e8cle, dans une attitude mill\u00e9nariste. Joris-Karl Huysmans \u00e9crivait : \u00ab\u00a0Les queues de si\u00e8cle se ressemblent, toutes vacillent et sont troubles [\u2026] ce ph\u00e9nom\u00e8ne repara\u00eet tous les cent ans.\u00a0\u00bb\u00a0 (L\u00e0-bas, Paris, Le livre de poche, 1988 [Tresse &amp; Stock, 1891], p. 290). \" href=\"#footnote1_0wgwq4m\">[1]<\/a>. La d\u00e9cadence latine est r\u00e9guli\u00e8rement invoqu\u00e9e, tant comme mod\u00e8le, pour le raffinement de la cr\u00e9ation artistique, que comme contre-mod\u00e8le, notamment sur la question des m\u0153urs. L\u2019inqui\u00e9tude d\u2019une d\u00e9gradation des m\u0153urs, ayant permis l\u2019intrusion barbare et provoqu\u00e9 la chute de l\u2019Empire romain, est pr\u00e9sente dans le discours des juristes et des m\u00e9decins, tandis que les auteurs de la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle profitent de l\u2019occasion, non sans d\u00e9lectation et prises de positions morales ambigu\u00ebs, pour explorer minutieusement les possibilit\u00e9s textuelles apport\u00e9es par un sujet tel que la sexualit\u00e9. Marguerite Eymery (1860-1953), future \u00e9pouse d\u2019Alfred Valette et collaboratrice r\u00e9guli\u00e8re au <em>Mercure de France<\/em>, \u00e9crira sous le pseudonyme de Rachilde nombre de romans sulfureux traitant particuli\u00e8rement les questions d\u2019identit\u00e9 sexuelle, et pr\u00e9sentant des points de vue tr\u00e8s progressistes sur le sujet. Sa carri\u00e8re d\u00e9bute v\u00e9ritablement avec <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em> (1884), \u0153uvre qui lui vaudra un proc\u00e8s\u2026 et peut-\u00eatre la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Aux pr\u00e9misses d\u2019un travail sur l\u2019intention d\u2019auteur en p\u00e9riode d\u00e9cadente se pose un constat simple\u00a0: parmi les \u0153uvres d\u00e9cadentes inqui\u00e9t\u00e9es par la justice pour des raisons de m\u0153urs, <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em> occupe une place \u00e0 part enti\u00e8re et soul\u00e8ve un questionnement th\u00e9orique particulier, car il fut \u00e9crit par une femme. La premi\u00e8re question qui vient est \u00e0 la fois simple et insoluble\u00a0: qu\u2019est-ce qu\u2019une \u00e9criture f\u00e9minine\u00a0? S\u2019il semble difficile de donner des traits d\u00e9finitoires fixes \u00e0 un tel objet th\u00e9orique, on doit n\u00e9anmoins consid\u00e9rer qu\u2019\u00eatre une femme auteur induit une posture particuli\u00e8re. Dans le contexte de la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, p\u00e9riode bien connue pour sa misogynie affich\u00e9e, les implications \u00e9thique et esth\u00e9tique (les deux dimensions allant de pair) d\u2019un texte \u00e9crit par une femme ne sont \u00e9videmment pas les m\u00eames que s\u2019il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019un homme. Partant, l\u2019interrogation de d\u00e9part quant \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine\u00a0\u00bb est \u00e0 moduler : quelles strat\u00e9gies d\u2019\u00e9criture une femme doit-elle d\u00e9velopper pour s\u2019affirmer en tant qu\u2019auteure\u00a0?<\/p>\n<p>En me basant principalement sur les travaux fondateurs de Melanie Hawthorne et de Nelly Sanchez, je proposerai une \u00e9tude sur la gen\u00e8se probl\u00e9matique de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em> de Rachilde. D\u2019abord publi\u00e9 \u00e0 Bruxelles aux \u00e9ditions Bancart en 1884, et saisi par la justice, le roman est r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en France en 1889 avec une modification cons\u00e9quente du p\u00e9ritexte qui pose un certain nombre de questions quant \u00e0 l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de la d\u00e9marche litt\u00e9raire. En effet, outre les changements apport\u00e9s au texte et \u00e0 ses seuils, moins pour des raisons esth\u00e9tiques que pour \u00e9viter des probl\u00e8mes suppl\u00e9mentaires avec la justice \u2013 attitude ayant \u00e0 voir avec l\u2019autocensure dont Yvan Leclerc a donn\u00e9 la base th\u00e9orique dans un ouvrage<a id=\"footnoteref2_ysi0wwx\" class=\"see-footnote\" title=\"Yvan Leclerc, Crimes \u00e9crits\u00a0: La litt\u00e9rature en proc\u00e8s au 19e si\u00e8cle, Paris\u00a0: Plon, 1991. \" href=\"#footnote2_ysi0wwx\">[2]<\/a> qui fait date \u00e0 propos de la litt\u00e9rature en proc\u00e8s \u2013, il y a chez Rachilde une difficult\u00e9 \u00e0 assumer le statut de femme auteure. Cette difficult\u00e9 donne lieu \u00e0 au moins trois positionnements perturbant le lecteur dans sa perception de l\u2019intention d\u2019auteur : le choix d\u2019un coauteur en la personne de Francis Talman,\u00a0dont elle s\u2019est vite s\u00e9par\u00e9e et dont le r\u00f4le est incertain (garde-fou d\u2019un auteur masculin?)\u00a0; le choix d\u2019affirmer \u00e0 plusieurs reprises et de mani\u00e8re contradictoire une dimension autobiographique dans l\u2019\u0153uvre au travers d\u2019un rejet de la figure maternelle (mais en quelles proportions et est-ce vraiment v\u00e9rifiable?)\u00a0; enfin, le choix d\u2019une \u00e9criture qui, pour des raisons p\u00e9cuniaires, serait volontairement dirig\u00e9e vers la subversion (comment vivre de sa plume en \u00e9tant une femme\u00a0?). On ne peut apporter de validation biographique d\u00e9finitive \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments et il faudra se contenter d\u2019hypoth\u00e8ses probables fond\u00e9es sur le recoupement des informations. Ajoutons que, pour les auteurs d\u00e9cadents en g\u00e9n\u00e9ral (Rachilde incluse), une volont\u00e9 de tromperie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e du lecteur (d\u00e9voiement de l\u2019\u00e9thique) ainsi que le d\u00e9ploiement d\u2019une esth\u00e9tique r\u00e9solument tourn\u00e9e vers l\u2019inauthentique et l\u2019inexemplaire ach\u00e8vent de jeter le doute sur la v\u00e9racit\u00e9 des affirmations constituant l\u2019autour du texte.<\/p>\n<p><strong>*<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9tudes sur Rachilde, encore peu nombreuses, abordent toutes peu ou prou la question du f\u00e9minisme et de l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine, et sont men\u00e9es par deux tendances analytiques rep\u00e9rables\u00a0: celle qui, peut-\u00eatre un peu na\u00efvement, ou du moins dans une logique conditionn\u00e9e par les <em>gender studies<\/em>, consid\u00e8re d\u2019embl\u00e9e et sans remise en cause que l\u2019auteure ouvre une voie \u00e0 un f\u00e9minisme bas\u00e9 sur un refus du formatage du genre sexuel (une pens\u00e9e du travestisme et du transgenre), et celle qui, plus rigoureusement me semble-t-il, tentet de d\u00e9terminer les cons\u00e9quences d\u2019une position auctoriale ambigu\u00eb sur l\u2019efficace du texte. En effet, une premi\u00e8re lecture de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em>, sans connaissance de la gen\u00e8se de l\u2019\u0153uvre, engage \u00e0 relever le potentiel transgressif du sujet. On voit trac\u00e9 le portrait d\u2019un couple atypique form\u00e9 d\u2019une femme omnipotente, Raoule de V\u00e9n\u00e9rande, repr\u00e9sentante de l\u2019aristocratie qui d\u00e9cide dans un jeu passablement pervers de r\u00e9duire, en le f\u00e9minisant et en le pliant \u00e0 ses caprices sexuels, Jacques Silvert, jeune homme des classes populaires. Le jeu de renversement du genre sexuel, rendu possible par un \u00e9cart dans la position sociale (ce qui pourrait \u00eatre une strat\u00e9gie d\u2019\u00e9criture classique en p\u00e9riode d\u00e9cadente) devient un th\u00e8me int\u00e9ressant pr\u00e9cis\u00e9ment parce que c\u2019est une femme qui \u00e9crit, et qu\u2019alors les enjeux \u00e9thiques d\u2019une telle intrigue changent de nature. \u00c0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ce sont habituellement les hommes qui prennent en charge le discours sur la femme dans un climat tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement misogyne, et dans l\u2019intention de d\u00e9montrer une menace du f\u00e9minin. Le personnage de la femme castratrice est omnipr\u00e9sent dans la litt\u00e9rature d\u00e9cadente, comme c\u2019est le cas par exemple, et pour prendre un mythe souvent \u00e9voqu\u00e9, lorsqu\u2019elle est pr\u00e9sent\u00e9e sous les traits de Salom\u00e9 qui conteste la domination masculine dans une prise de conscience de son pouvoir sexuel. Seulement, \u00e0 de rares cas pr\u00e8s, l\u2019intention d\u2019auteur est clairement de d\u00e9voyer tout f\u00e9minisme potentiel et de r\u00e9affirmer au travers d\u2019une fiction les raisons (qui sont de bonnes raisons, n\u2019en doutons pas\u2026) d\u2019un fonctionnement de la hi\u00e9rarchie des sexes. La fiction est donc le lieu d\u2019une mise en sc\u00e8ne exp\u00e9rimentale d\u2019une crise du couple homme\/femme dont le potentiel de conviction tiendrait \u00e0 la qualit\u00e9 esth\u00e9tique. L\u2019id\u00e9e vient alors naturellement (naturellement, puisque d\u2019un sch\u00e9ma historiquement reconduit) que l\u2019activit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain s\u00e9rieux est strictement r\u00e9serv\u00e9e aux hommes, d\u00e9tenteurs \u00e0 la fois d\u2019un art d\u2019\u00e9crire et d\u2019un art de penser (comme le pass\u00e9 le prouve), et l\u2019occasion vient tout aussi naturellement de mettre en sc\u00e8ne la femme qui ne peut ni penser ni <em>a fortiori<\/em> \u00e9crire, puisqu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un sexe. Octave Mirbeau, repr\u00e9sentant patent\u00e9 de la d\u00e9cadence et \u00ab\u00a0docteur \u00e8s femmes\u00a0\u00bb pr\u00e9sente dans un essai au titre assez ironique, \u00ab\u00a0Propos galants sur les femmes\u00a0\u00bb, tir\u00e9 d\u2019un ouvrage tardif de 1926 intitul\u00e9 <em>Les \u00e9crivains<\/em>, une pens\u00e9e on ne peut plus claire \u00e0 ce sujet. D\u00e9crivant \u00e0 grands traits un extrait de <em>Lilith<\/em>, le roman de R\u00e9my de Gourmont dont il souligne au passage les qualit\u00e9s stylistiques ind\u00e9niables, il donne une version tr\u00e8s fin-de-si\u00e8cle de la Gen\u00e8se. D\u2019un peu de glaise, Dieu mod\u00e8le l\u2019homme, mais tr\u00e8s vite l\u2019homme s\u2019ennuie. Alors Dieu, dans sa tr\u00e8s grande mansu\u00e9tude, cr\u00e9e la femme d\u2019un reste de glaise. Mais avec ce reste de glaise, Dieu n\u2019a pas assez de mati\u00e8re pour faire une t\u00eate \u00e0 la femme\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Alors, nous dit Mirbeau, apr\u00e8s avoir esquiss\u00e9 \u00e0 travers l\u2019espace primordial un geste qui semble dire\u00a0: \u201cMa foi, tant pis\u00a0!\u201d, il puise \u00e0 pleines mains dans le ventre, o\u00f9 un trou se creuse, et, avec cette poign\u00e9e d\u2019argile, il donne \u00e0 la femme un cerveau!\u00a0\u00bb (Mirbeau, 1926, p.\u00a0190). Puis Mirbeau aggrave encore le propos d\u2019un commentaire subtil\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La gen\u00e8se symbolique de la femme, interpr\u00e9t\u00e9e par R\u00e9my de Gourmont, concorde exactement avec les conclusions de la science anthropologique. La femme n\u2019est pas un cerveau\u00a0: elle est un sexe et c\u2019est bien plus beau. Elle n\u2019a qu\u2019un r\u00f4le dans l\u2019univers, mais grandiose\u00a0: faire l\u2019amour, c&rsquo;est-\u00e0-dire perp\u00e9tuer l\u2019esp\u00e8ce. Selon les lois infrangibles de la nature, dont nous sentons mieux l\u2019implacable et douloureuse harmonie que nous ne la raisonnons, la femme est inapte \u00e0 tout ce qui n\u2019est ni l\u2019amour ni la maternit\u00e9. Quelques femmes \u2014 exceptions tr\u00e8s rares \u2014 ont pu donner, soit dans l\u2019art, soit dans la litt\u00e9rature, l\u2019illusion d\u2019une force cr\u00e9atrice. Mais ce sont ou des \u00eatres anormaux, en \u00e9tat de r\u00e9volte contre la nature, ou de simples reflets du m\u00e2le dont elles ont gard\u00e9, par le sexe, l\u2019empreinte (Mirbeau, 1926, p.\u00a0190-191).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette exception tr\u00e8s rare qu\u2019incarne Rachilde, en tant que femme et auteure qui sort de sa condition, implique la lourde t\u00e2che de lever le doute sur les qualit\u00e9s r\u00e9elles d\u2019une cr\u00e9ation, sans passer pour anormale ni contre-nature, et sans se servir en outre des instruments utilis\u00e9s jusqu\u2019ici par les hommes (n\u2019\u00eatre plus l\u2019empreinte). Paradoxalement, Octave Mirbeau nous met sans doute face \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable strat\u00e9gie d\u2019affranchissement qu\u2019induit l\u2019expression \u00ab\u00a0\u00e9criture f\u00e9minine\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit bien d\u2019une occasion pour une femme, dans ce contexte, de d\u00e9velopper une esth\u00e9tique in\u00e9dite visant \u00e0 contourner les mod\u00e8les. Lorsque la parole est emp\u00each\u00e9e, elle doit chercher son lieu dans la transformation du langage par lui-m\u00eame, dans le travail de l\u2019image. \u00catre une femme est donc <em>a priori<\/em> une motivation toute trouv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture, car, si l\u2019on veut que le <em>topos<\/em> du f\u00e9minin, ce lieu commun fin-de-si\u00e8cle, soit r\u00e9vis\u00e9, ce ne peut \u00eatre que par la femme elle-m\u00eame. Alors de quelle mani\u00e8re Rachilde est-elle une femme qui \u00e9crit\u00a0? D\u2019une mani\u00e8re bien surprenante. Premi\u00e8re surprise, au d\u00e9tour d\u2019un <em>Rapport \u00e0 M. le ministre de l\u2019Instruction et des Beaux-arts sur le mouvement po\u00e9tique fran\u00e7ais de 1867 \u00e0 1900<\/em> \u00e9tabli en 1902 par Catulle Mend\u00e8s, un propos de Rachilde est rapport\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le vers libre est un charmant non-sens, un b\u00e9gaiement d\u00e9licieux et baroque convenant parfaitement aux femmes po\u00e8tes dont la paresse instinctive est souvent synonyme de g\u00e9nie (Mend\u00e8s, 1902, p.\u00a0152).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase aux allures de compliment assassin, approuv\u00e9e par Catulle Mend\u00e8s (dont on sait en outre d\u2019apr\u00e8s les sources biographiques qu\u2019elle aurait \u00e9t\u00e9 sans succ\u00e8s \u00e9perdument amoureuse, au point d\u2019avoir d\u00e9velopp\u00e9 une paralysie des jambes au cours d\u2019une crise d\u2019hyst\u00e9rie\u2026), est une mani\u00e8re de souligner une diff\u00e9rence d\u2019\u00e9criture entre les femmes et les hommes, au point de vue des comp\u00e9tences techniques (puisque la po\u00e9sie est alors consid\u00e9r\u00e9e comme plus technique que la prose). La femme est jug\u00e9e incapable, comparable \u00e0 l\u2019<em>infans<\/em> qui ne ma\u00eetrise pas le langage, elle b\u00e9gaye et, comme devant un enfant, on pourrait \u00e9ventuellement s\u2019\u00e9mouvoir de ses balbutiements charmants et la chatouiller sous le menton\u2026 On ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas qu\u2019elle utilise naturellement le vers libre qui ne lui demandera pas cet effort technique apparemment \u00e9tranger \u00e0 sa paresse. On s\u2019aper\u00e7oit que Rachilde cherche \u00e0 calquer l\u2019attitude masculine, non pas dans l\u2019opposition, ni dans le r\u00e9investissement d\u2019un pouvoir, mais dans la construction d\u2019un statut d\u2019exception, une position douteuse dans laquelle elle peut en arriver \u00e0 prendre \u00e0 son compte, comme c\u2019est le cas ici, un discours ambiant nettement misogyne. Au-del\u00e0 du choix personnel, qu\u2019on pourrait mettre en parall\u00e8le avec le choix qu\u2019elle a fait de porter des habits masculins, moins pour subvertir que pour neutraliser un f\u00e9minin g\u00eanant sa carri\u00e8re, ou encore celui d\u2019apposer la mention \u00ab\u00a0Rachilde, homme de lettres\u00a0\u00bb \u00e0 ses cartes de visite, c\u2019est son \u0153uvre enti\u00e8re qui peut \u00eatre mise en cause au point de vue de l\u2019intention. Ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 cette premi\u00e8re lecture na\u00efve de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em> comme renversement du genre sexuel et comme renversement social, et qui nous autorise \u00e0 remettre en cause \u00e0 la fois l\u2019efficace et le bien-fond\u00e9 de cette \u00e9ventuelle intention. Maryline Lukacher, dans un article pionnier, analyse la volont\u00e9 d\u2019un \u00ab\u00a0devenir-homme\u00a0\u00bb chez Rachilde qui serait \u00ab\u00a0[\u2026] un mouvement de rh\u00e9torique indispensable \u00e0 se distancer du m\u00eame coup du Pouvoir-de-la-M\u00e8re et du pouvoir des f\u00e9ministes de l\u2019\u00e9poque\u00a0\u00bb (Lukacher, 1992, p. 454), deux intentions compr\u00e9hensibles \u00e9tant donn\u00e9 le fait biographique souvent relev\u00e9 de cette m\u00e8re folle qui sera enferm\u00e9e \u00e0 Charenton, et \u00e9tant donn\u00e9 le fait contextuel, plus int\u00e9ressant \u00e0 mon avis : les f\u00e9ministes de la premi\u00e8re heure r\u00e9clament la prise en compte d\u2019une <em>sp\u00e9cificit\u00e9 f\u00e9minine<\/em> plut\u00f4t que la prise d\u2019un pouvoir. Melanie Hawthorne propose une lecture tr\u00e8s int\u00e9ressante des diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019appr\u00e9hender ce que peut \u00eatre le f\u00e9minisme \u00e0 partir du roman. La r\u00e9ception de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em> peut \u00eatre modul\u00e9e en fonction d\u2019une histoire du f\u00e9minisme. Le f\u00e9minisme des ann\u00e9es 1960-1970 a d\u00e9fini le genre sur le fondement de la diff\u00e9rence des sexes, en cherchant les limites d\u2019un domaine sp\u00e9cifiquement f\u00e9minin, en d\u00e9finissant une exp\u00e9rience f\u00e9minine particuli\u00e8re de l\u2019\u00eatre au monde, irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie masculine, et m\u00eame \u00e0 son langage\u00a0; ce \u00e0 quoi ne r\u00e9pond pas le roman de Rachilde\u00a0puisque\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Les travaux de Rachilde fournissent \u00e0 premi\u00e8re vue un mat\u00e9riau qui ne se pr\u00eate pas aux analyses f\u00e9ministes de cette p\u00e9riode, car sa repr\u00e9sentation des femmes va clairement \u00e0 l\u2019encontre d\u2019une disposition \u00e0 donner voix et forme \u00e0 une diff\u00e9rence f\u00e9minine<a id=\"footnoteref3_5bo8k1l\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Rachilde\u2019s works did not at first seem to provide the sort of material that would lend itself to feminist analysis of this era, since her representation of women clearly went against the grain of giving voice and forme to a feminine difference\u00a0\u00bb (Hawthorne dans Rachilde, 2004, p. XXI). \" href=\"#footnote3_5bo8k1l\">[3]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1980, une mani\u00e8re diff\u00e9rente de percevoir le f\u00e9minisme, revisit\u00e9 \u00e0 l\u2019aune des th\u00e9ories du genre (chez Judith Butler ou Monique Wittig, par exemple) permet une autre lecture de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em>. Melanie Hawthorne \u00e9crit\u00a0que \u00ab\u00a0[l]e roman incite les lecteurs \u00e0 op\u00e9rer une lecture complexe des axes de sexe et de genre, comme \u00e0 la fois distincts et ins\u00e9parables<a id=\"footnoteref4_m26zxq2\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0The novel challenges readers to develop a complex understanding of the axes of gender and sexuality as distinct, also inseparable [\u2026]\u00a0\u00bb (Hawthorne dans Rachilde, 2004, p. XXII). \" href=\"#footnote4_m26zxq2\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb. En effet, dans ce roman, les rep\u00e8res normatifs sont subvertis, c\u2019est-\u00e0-dire invers\u00e9s, et le lecteur doit remettre en cause son ancrage normatif (la force de la construction du genre) pour adh\u00e9rer au d\u00e9roul\u00e9 de la fiction. On peut dire que la fiction trouve ici son r\u00f4le d\u2019exp\u00e9rimentation (Kundera), qu\u2019elle pourrait permettre \u00e0 chaque lecteur d\u2019exercer son libre arbitre, de prendre conscience de son r\u00f4le et de sa position sociale en fonction de son sexe. En ce sens et \u00e0 premi\u00e8re vue, Rachilde amorcerait une prise de pouvoir et une lutte d\u00e9tach\u00e9es d\u2019une vision r\u00e9ductrice du f\u00e9minin\u00a0; la femme ne se percevant plus par les seuls crit\u00e8res du genre, mais au travers de la stricte distinction sexe\/genre, serait d\u00e9sormais autoris\u00e9e \u00e0 outrepasser le r\u00f4le qui lui est habituellement attribu\u00e9\u2026 par les hommes. Monique Wittig, dans son texte \u00ab\u00a0On ne na\u00eet pas femme\u00a0\u00bb, souligne alors diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019appr\u00e9hender le f\u00e9minisme :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Que veut dire \u00ab\u00a0f\u00e9ministe\u00a0\u00bb\u00a0? F\u00e9ministe est form\u00e9 avec le mot \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb et veut dire \u00ab\u00a0quelqu\u2019un qui lutte pour les femmes\u00a0\u00bb. Pour beaucoup d\u2019entre nous, cela veut dire \u00ab\u00a0quelqu\u2019un qui lutte pour les femmes en tant que classe et pour la disparition de cette classe\u00a0\u00bb. Pour de nombreuses autres, cela veut dire \u00ab\u00a0quelqu\u2019un qui lutte pour la femme et pour sa d\u00e9fense\u00a0\u00bb \u2013 pour le mythe, donc, et son renforcement (Wittig, 2007, p. 47-48).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La possibilit\u00e9 de cette lutte pour sortir du mythe est cependant d\u00e9voy\u00e9e par le mythe personnel de Rachilde qui s\u2019\u00e9chafaude sur un certain nombre de d\u00e9cisions peu judicieuses. L\u2019\u00e9volution du p\u00e9ritexte de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em> t\u00e9moigne d\u2019une constante remise en cause du contenu par le contexte qui laisse perplexe. Le premier fait est l\u2019appui d\u2019un coauteur masculin dans l\u2019\u00e9dition originale du roman, Francis Talman, dont on n\u2019a jamais pu d\u00e9terminer s\u2019il existait bel et bien ou si elle l\u2019avait invent\u00e9. Rachilde souhaite en tout cas minimiser son r\u00f4le par une pirouette ironique en d\u00e9clarant comme le cite Melanie Hawthorne \u00ab\u00a0[\u2026] qu\u2019elle l\u2019a rencontr\u00e9 pendant qu\u2019elle prenait des le\u00e7ons d\u2019escrime et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u2019accord pour \u00eatre son coauteur afin de combattre lors de duels qui seraient provoqu\u00e9s par la publication du livre<a id=\"footnoteref5_0xt0j2u\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Rachilde claimed she met him while taking fencing lessons and that he agreed to be her coauthor in order to fight any duels that might be provoked by publication of the book\u00a0\u00bb (Hawthorne dans Rachilde, 2004, p. XVIII). \" href=\"#footnote5_0xt0j2u\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb.\u00a0L\u2019explication est d\u2019autant plus troublante ou douteuse que, dans l\u2019intrigue m\u00eame de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em>, Raoule de V\u00e9n\u00e9rande pousse Jacques Silvert \u00e0 se battre en duel\u00a0: la co\u00efncidence\u00a0est trop belle pour \u00eatre vraie. Quoi qu\u2019il en soit, Francis Talman est \u00e9vinc\u00e9 d\u00e8s la r\u00e9\u00e9dition fran\u00e7aise de 1889. Le second fait, qui laisse une marque plus g\u00eanante, est l\u2019apparition d\u2019une pr\u00e9face de Maurice Barr\u00e8s dans les r\u00e9\u00e9ditions successives, laquelle fonctionne comme la caution d\u2019un pair suite au proc\u00e8s. Seulement, cette caution s\u2019accompagne d\u2019un certain nombre d\u2019analyses limitant consid\u00e9rablement la port\u00e9e du propos. Tout en reconnaissant l\u2019originalit\u00e9 et la qualit\u00e9 de l\u2019ouvrage, tout en le pla\u00e7ant comme le dernier-n\u00e9 d\u2019une lign\u00e9e flatteuse allant d\u2019<em>Adolphe<\/em> \u00e0 <em>Mademoiselle de Maupin<\/em>, Maurice Barr\u00e8s s\u2019\u00e9tonne que cet imaginaire improbable ait pu exister dans la t\u00eate d\u2019une si jeune fille. Il \u00e9crit, non sans une certaine condescendance\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Certes, la petite fille qui r\u00e9digeait ce merveilleux <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em> n\u2019avait pas toute cette esth\u00e9tique dans la t\u00eate. Croyait-elle nous donner une des plus excessives monographies de la \u00ab\u00a0maladie du si\u00e8cle\u00a0\u00bb\u00a0? Simplement elle avait de mauvais instincts, et les avouait avec une malice inou\u00efe. Elle fut toujours tr\u00e8s inconvenante. D\u00e9j\u00e0, toute jeune, lunatique, g\u00e9n\u00e9reuse et pleine d\u2019\u00e9tranges ardeurs, elle effrayait ses parents, les plus doux parents du monde\u00a0; elle \u00e9tonnait le P\u00e9rigord. C\u2019est d\u2019instinct qu\u2019elle se prit \u00e0 d\u00e9crire ses frissons de vierge singuli\u00e8re. Ramenant gentiment ses jupons entre ses jambes, cette fillette se laissa gaiement rouler sur la pente d\u2019\u00e9nervation qui va de Joseph Delorme aux Fleurs du mal et plus profond encore \u2014, elle roula gaiement, sans souci, comme avec un cerveau moins noble et une autre \u00e9ducation, elle e\u00fbt gliss\u00e9 dans le wagonnet des \u00ab\u00a0Montagnes Russes\u00a0\u00bb (Rachilde, 1977, p. 13-14).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rachilde incarnera d\u00e9sormais \u00ab\u00a0Mademoiselle Baudelaire\u00a0\u00bb, antinomie piquante de la vierge perverse, \u00e9l\u00e9ment pseudo-biographique et tenant clairement du fantasme qui fera peut-\u00eatre oublier les \u00e9garements de cet ouvrage, qu\u2019on s\u2019efforcera, m\u00eame si on est malgr\u00e9 tout un peu effar\u00e9, de consid\u00e9rer comme une r\u00eaverie un peu fi\u00e9vreuse, mais bien innocente au fond\u2026 La pr\u00e9face est un seuil trompeur qui d\u00e9voie v\u00e9ritablement l\u2019\u0153uvre en minimisant un contenu sexuel, pourtant explicite, parlant myst\u00e9rieusement de \u00ab\u00a0mauvais instincts\u00a0\u00bb \u00e0 m\u00eame de laisser croire, pense Barr\u00e8s, \u00e0 la puret\u00e9 d\u2019intention de l\u2019auteure. Rachilde n\u2019ignore pourtant rien des choses du sexe et les met en lumi\u00e8re de mani\u00e8re nette. Elle \u00e9crit\u00a0par exemple\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il y a une cha\u00eene riv\u00e9e entre toutes les femmes qui aiment\u2026<\/p>\n<p>\u2026 L\u2019honn\u00eate \u00e9pouse, au moment o\u00f9 elle se livre \u00e0 son honn\u00eate \u00e9poux, est dans la m\u00eame position que la prostitu\u00e9e au moment o\u00f9 elle se livre \u00e0 son amant (Rachilde, 1977, p. 121).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 de bien autre chose que de vagues \u00ab frissons de vierge \u00bb, et ceux qui s\u2019efforceraient d\u2019ignorer encore l\u2019expression du d\u00e9sir f\u00e9minin sont imm\u00e9diatement raill\u00e9s:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Des philosophes chr\u00e9tiens ont parl\u00e9 de la puret\u00e9 de l\u2019intention, mais ils n\u2019ont d\u2019ailleurs jamais mis ce dernier point en question, pendant l\u2019amoureuse lutte\u2026 Au moins ne le pensons-nous pas\u00a0! Ils y eussent trouv\u00e9 trop de distraction (Rachilde, 1977, p. 121-122).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Je note un troisi\u00e8me et dernier fait, et non des moindres, dans une chronique de Jean Lorrain significativement titr\u00e9e \u00ab\u00a0La d\u00e9butante\u00a0\u00bb et tra\u00e7ant le portrait des bas-bleus en prostitu\u00e9es dans un sarcasme mordant propre \u00e0 l\u2019auteur. Apr\u00e8s une description d\u00e9sormais classique de la femme (ici Rachilde) sous les traits d\u2019une femme fatale r\u00e9unissant toutes les ambigu\u00eft\u00e9s de l\u2019androgyne, rassemblant toutes les sexualit\u00e9s contraires, et attirant immanquablement tous les regards, reconstruisant une Rachilde en papier (ce qui ne devait pas \u00eatre pour lui d\u00e9plaire), Lorrain conclut de mani\u00e8re lapidaire par un\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7a fait de l\u2019argent\u00a0\u00bb\u00a0(Lorrain, 1984, p. 190). Le soup\u00e7on est d\u2019embl\u00e9e jet\u00e9 sur une motivation strictement p\u00e9cuniaire de l\u2019auteur, faisant de la subversion un fonds de commerce, et l\u2019hypoth\u00e8se est certainement tr\u00e8s plausible. Mais d\u2019un renversement, Lorrain reconsid\u00e8re la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9criture de Rachilde au regard du reste de la production des \u00e9crivaines\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Rachilde \u00e9tait pauvre, c\u2019\u00e9tait son excuse\u00a0; mais vous, mesdemoiselles les dipl\u00f4m\u00e9es, \u00e8s-Gomorrhe et \u00e8s-lettres, qui paie donc et ces bracelets bossu\u00e9s de saphirs, et ces solitaires aux oreilles, et ces boas de plume encadrant d\u2019une ombre velout\u00e9e le joli visage \u00e0 fossettes\u00a0?&#8230; Ce n\u2019est pas encore votre litt\u00e9rature\u2026 si prim\u00e9e qu\u2019elle soit, apparemment (Lorrain, 1984, p. 191).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019hommage que Jean Lorrain rend \u00e0 Rachilde est bien ambigu puisqu\u2019il souligne une certaine complaisance dans l\u2019\u00e9criture sulfureuse flirtant avec la pornographie (le mot est employ\u00e9 dans la chronique). Il consid\u00e8re n\u00e9anmoins l\u2019originalit\u00e9 de sa d\u00e9marche qui la distingue de tous ses avatars, ces \u00ab\u00a0pseudo-Rachilde\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle s\u2019est fait un nom par elle-m\u00eame\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Car cette d\u00e9pravante \u00e9tait chaste, vivait avec sa m\u00e8re, irr\u00e9prochable au milieu de cette boue, escort\u00e9e d\u2019amis, mais sans un seul amant\u00a0: le contraste \u00e9tait au moins piquant (Lorrain, 1984, p. 190).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cependant, si nous pouvons oublier un instant que Rachilde a besoin des hommes pour \u00e9crire et tenter de se faire une place en tant qu\u2019homme de lettres, c\u2019est pour consid\u00e9rer que le contenu subversif de son roman est \u00e0 vis\u00e9e fiduciaire\u2026 Hypoth\u00e8se que soutient Nelly Sanchez dans son article en consid\u00e9rant qu\u2019\u00ab\u00a0[a]yant compris, avec le succ\u00e8s de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em>, que le scandale permettait de se lib\u00e9rer des normes et des conventions sociales, elle a entretenu son image de romanci\u00e8re sulfureuse, en multipliant les provocations, pour conserver son ind\u00e9pendance et se distinguer de ses cons\u0153urs\u00a0\u00bb (Sanchez, 2010, p. 262).<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces faits met en lumi\u00e8re un paradoxe probl\u00e9matique\u00a0: m\u00eame s\u2019il y a intention de la part de Rachilde de ne pas \u00e9crire en tant que femme, il y a une attente li\u00e9e au contexte qui la d\u00e9passe, ce que j\u2019ai presque envie d\u2019appeler un contexte intentionnel, par quoi elle ne peut pas se permettre d\u2019\u00e9crire sans en passer par l\u2019appui constant et contradictoire d\u2019un homme qui emp\u00eache la transgression \u00e0 la source. Elle se trouve donc dans la position d\u2019incarner l\u2019homme jusqu\u2019\u00e0 rejouer la misogynie qui va avec, plut\u00f4t que de prendre un pouvoir symbolique. C\u2019est la limite \u00e9vidente de son projet.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Une phrase de Lanson pose un principe \u00e0 la recherche en litt\u00e9rature\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le premier homme qui, \u00e9coutant ou lisant un po\u00e8me, a voulu savoir le nom de l&rsquo;auteur, celui-l\u00e0 \u00e9cartait la litt\u00e9rature de sa fonction naturelle : dans sa question \u00e9taient en germe toutes les analyses de la critique et de l&rsquo;histoire litt\u00e9raire. Il faisait le premier geste professionnel<a id=\"footnoteref6_1t9odgo\" class=\"see-footnote\" title=\"Gustave Lanson, \u00ab\u00a0R\u00e9ponse aux r\u00e9flexions de M. Ch. Salomon\u00a0\u00bb, Revue du mois, oct. 1910 (cit\u00e9 par M. Charles, \u00ab\u00a0Amateurs, savants et professeurs\u00a0\u00bb, Po\u00e9tique, 1996, nov. 1993, p. 506, et repris dans un atelier de Marc Escola, \u00ab\u00a0Dix variations sur l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019auteur\u00a0\u00bb consultable sur Fabula.org). \" href=\"#footnote6_1t9odgo\">[6]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En effet, il y a une figure du lecteur et une figure de l\u2019auteur dont le contenu th\u00e9orique a chang\u00e9 au cours de l\u2019histoire de l\u2019\u00e9crit. Si on revient loin en arri\u00e8re, l\u2019auteur d\u2019un texte n\u2019\u00e9tait pas certifi\u00e9, l\u2019anonymat \u00e9tait assez courant, et le lien du texte \u00e0 l\u2019auteur non assur\u00e9, en tout cas juridiquement. Le texte fonctionnait donc de mani\u00e8re autonome avec en quelque sorte une \u00ab\u00a0mort de l\u2019auteur\u00a0\u00bb pr\u00e9c\u00e9dant Barthes, et qui impliquait un rapport au texte d\u00e9barrass\u00e9 des questions de l\u2019intention. Avec la naissance de l\u2019auteur en tant que signataire de son texte, avec l\u2019apparition d\u2019un texte garanti en tant qu\u2019il a un auteur certifi\u00e9, toute lecture ne se suffit plus \u00e0 elle-m\u00eame, devient relative, demande presque instinctivement la preuve d\u2019une existence physique de cet auteur (d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un travail du biographique) et plus encore la v\u00e9rification d\u2019une intention. L\u2019importance du lien entre texte et auteur, l\u2019importance de l\u2019intention, sont palpables par exemple lorsqu\u2019il y a plagiat, et donc responsabilit\u00e9 de l\u2019auteur devant la loi. D\u00e8s lors qu\u2019il y a auteur certifi\u00e9, une connaissance est \u00e0 apporter quant \u00e0 la fabrique du texte et, dans ce qu\u2019\u00e9crit Lanson, se fait jour la notion de lecteur \u00ab\u00a0comp\u00e9tent\u00a0\u00bb \u00e0 qui l\u2019on fait appel pour d\u00e9crypter le fonctionnement de cette construction textuelle. Dans le cas de Rachilde, le fait est flagrant qu\u2019un jeu sur le statut d\u2019auteure est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, jeu sur le genre sexuel qui se traduit par une volont\u00e9 d\u2019effacer son existence physique de femme pour laisser la place \u00e0 la reconstruction fantasmatique d\u2019une figure d\u2019homme-\u00e9crivain. Toute la strat\u00e9gie textuelle vise \u00e0 faire oublier que c\u2019est une femme qui \u00e9crit. Mais le lecteur \u00ab\u00a0comp\u00e9tent\u00a0\u00bb dont la vigilance est aiguis\u00e9e par l\u2019utilisation du pseudonyme Rachilde d\u00e9couvre ais\u00e9ment le stratag\u00e8me. La cons\u00e9quence est f\u00e2cheuse.\u00a0D\u00e8s lors qu\u2019un vice intentionnel se glisse dans la d\u00e9marche de Rachilde, aux vues de son statut de femme et aux vues de sa biographie,\u00a0une question d\u00e9licate se pose : garde-t-on le plaisir du texte intact\u00a0? Apr\u00e8s avoir d\u00e9masqu\u00e9 l\u2019illusion, a-t-on encore envie de lire Rachilde\u00a0? Est-ce un bien d\u2019\u00eatre en mesure d\u2019identifier une d\u00e9marche litt\u00e9raire comme authentique, de consid\u00e9rer qu\u2019il y a une \u00e9thique de l\u2019\u00e9criture\u00a0? C\u2019est toute la question qu\u2019il y a \u00e0 poser s\u2019agissant de la litt\u00e9rature en proc\u00e8s o\u00f9 les tromperies sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es\u00a0: lorsque l\u2019auteur est plagiaire (Lorrain), lorsqu\u2019un auteur incrimin\u00e9 d\u00e9savoue ses choix esth\u00e9tiques dans une pr\u00e9face (Flaubert et <em>Madame Bovary<\/em>), lorsqu\u2019un auteur laisse une contradiction apparente entre ses pr\u00e9suppos\u00e9s esth\u00e9tiques et la r\u00e9alit\u00e9 de ses \u00e9crits (Zola et le naturalisme), lorsqu\u2019un auteur joue du roman \u00e0 clef avec des figures qui furent c\u00e9l\u00e8bres un temps, mais qui sont d\u00e9sormais oubli\u00e9es, lorsque cet auteur se fait en outre attaquer en diffamation (\u00e0 nouveau Lorrain). La question se pose plus fortement encore \u00e0 propos de litt\u00e9rature d\u00e9cadente et d\u2019auteurs qu\u2019on classe parmi les <em>minores<\/em><a id=\"footnoteref7_z3bt4qq\" class=\"see-footnote\" title=\"Les minores sont les auteurs qui, pour une raison ou pour une autre (raisons souvent difficiles \u00e0 \u00e9valuer) sont ignor\u00e9s par la recherche en litt\u00e9rature. Ce ne sont pas forc\u00e9ment les qualit\u00e9s de leurs \u0153uvres qui sont en cause, mais, \u00e0 mon sens, le r\u00e9sultat d\u2019un croisement de crit\u00e8res complexes qui se traduisent sur le plan de la r\u00e9ception. Chaque \u00e9poque est sensible \u00e0 telle ou telle mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire, et la notion de \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb est alors aussi peu immuable que celle de minores. S\u2019agissant des d\u00e9cadents, apr\u00e8s une longue phase d\u2019oubli en partie conditionn\u00e9e par leur inf\u00e9odation au symbolisme, un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat semble \u00e0 l\u2019\u0153uvre aujourd\u2019hui.\" href=\"#footnote7_z3bt4qq\">[7]<\/a>, car ces auteurs ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s, longtemps ignor\u00e9s, puis ramen\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re par un lectorat \u00ab\u00a0comp\u00e9tent\u00a0\u00bb. Or, on pourrait douter du bien-fond\u00e9 de ce mouvement de r\u00e9surgence d\u2019\u0153uvres dont certains d\u00e9fauts pourraient \u00eatre imm\u00e9diatement analys\u00e9s comme la source de leur oubli. L\u2019envie de l\u00e9gitimer la r\u00e9apparition du nom de Rachilde dans le panorama litt\u00e9raire par le biais d\u2019une analyse r\u00e9solument f\u00e9ministe de son \u0153uvre serait une vision tronqu\u00e9e si l\u2019on tient compte de ce simple fait qu\u2019en 1928 elle \u00e9crit un pamphlet intitul\u00e9 <em>Pourquoi je ne suis pas f\u00e9ministe<\/em>. L\u2019envie de discuter les ambigu\u00eft\u00e9s dans les \u00e9crits de Rachilde peut par contre offrir une occasion de penser le f\u00e9minisme \u00e0 partir de son histoire, de ses erreurs et de ses progr\u00e8s. On peut \u00e0 la fois constater l\u2019\u00e9chec relatif d\u2019un projet et se laisser s\u00e9duire par une \u00e9criture et un personnage au caract\u00e8re in\u00e9dit. Il faut en outre insister sur l\u2019important\u00a0: la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9criture de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em> justifie qu\u2019on s\u2019y int\u00e9resse et le lecteur y trouvera l\u2019une des belles r\u00e9ussites de la litt\u00e9rature d\u00e9cadente.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><strong>Monographies<\/strong><\/h3>\n<p>Bollhalder Mayer, Regina. 2002. <em>\u00c9ros d\u00e9cadent. Sexe et identit\u00e9 chez Rachilde<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion.<\/p>\n<p>Dauphin\u00e9, Claude, 1991. <em>Rachilde<\/em>, <em>femme de lettres 1900<\/em>. Paris\u00a0: Mercure de France.<\/p>\n<p>Finn, Michael R. 2009. <em>Hysteria, Hypnotism, the Spirits, and Pornography<\/em><em>\u00a0: Fin-de-si\u00e8cle Cultural Discourses in the Decadent Rachilde<\/em>. Newark : University of Delaware Press.<\/p>\n<p>Hawthorne, Melanie C. 2001. <em>Rachilde and French Women\u2019s Autorship : From Decadence to Modernism<\/em>. Lincoln : University of Nebraska Press.<\/p>\n<p>Holmes, Diana. 2001. <em>Rachilde : Decadence, Gender and the Woman Writer<\/em>, Oxford. New York : Berg.<\/p>\n<p>Kingcaid, Ren\u00e9e A. 1992. <em>Neurosis and Narrative<\/em><em> : the Decadent Short Fiction of Proust, Lorrain, and Rachilde<\/em>. Carbondale : Southern Illinois University Press.<\/p>\n<p>Lingua, Catherine. 1995. <em>Ces anges du bizarre<\/em><em>. Regard sur une aventure esth\u00e9tique de la d\u00e9cadence<\/em>. Paris\u00a0: Nizet.<\/p>\n<p>Sanchez, Nelly. 2010. <em>Images de l\u2019Homme dans les romans de Rachilde et Colette<\/em>, Saarbr\u00fccken\u00a0: \u00c9ditions Universitaires Europ\u00e9ennes.<\/p>\n<h3><strong>Articles <\/strong><\/h3>\n<p>Cachin, Fran\u00e7oise. 1973. \u00ab\u00a0Monsieur V\u00e9nus et l\u2019ange de Sodome. L\u2019androgyne au temps de Gustave Moreau\u00a0\u00bb. <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>, no. 7, printemps 1973, p. 63-69.<\/p>\n<p>Hawthorne, Melanie C. 1987. \u00ab\u00a0Monsieur V\u00e9nus\u00a0: A Critique of Gender Roles\u00a0\u00bb. <em>Nineteenth-Century French Studies<\/em>, vol. 16, 1987-88, p. 162-179.<\/p>\n<p>Lukacher, Maryline. 1992. \u00ab\u00a0Mademoiselle Baudelaire\u00a0: Rachilde ou le f\u00e9minin au masculin\u00a0\u00bb. <em>Nineteenth-Century French Studies<\/em>, vol. 20, no. 3-4, printemps-\u00e9t\u00e9 1992.<\/p>\n<p>Sanchez, Nelly. 2010. \u00ab\u00a0<em>Rachilde<\/em> ou la gen\u00e8se (possible) de <em>Monsieur Venus\u00a0<\/em><em>\u00bb.<\/em><em> Nineteenth-Century French Studies<\/em>, vol. 38, no 3-4, printemps-\u00e9t\u00e9 2010.<\/p>\n<h3><strong>Quelques \u00e9ditions de <em>Monsieur V\u00e9nus<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Rachilde. 1884<em>. Monsieur V\u00e9nus\u00a0: roman mat\u00e9rialiste<\/em>, avec Francis Talman, Bruxelles\u00a0: A. Bancart.<\/p>\n<p>&#8212;. 1998. <em>Monsieur V\u00e9nus\u00a0: roman mat\u00e9rialiste<\/em>, Pr\u00e9face et lettre autographe de Maurice Barr\u00e8s, Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>&#8212;. 2004. <em>Monsieur<\/em> <em>V\u00e9nus<\/em><em> : roman mat\u00e9rialiste<\/em>, \u00e9dit\u00e9 et introduit par Melanie C. Hawthorne and Liz Constable, New York\u00a0: Modern Language Association of America, 2004.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_0wgwq4m\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_0wgwq4m\">[1]<\/a> Ajoutons que cette peur du d\u00e9clin est en partie psychologique et s\u2019affirme en fins de si\u00e8cle, dans une attitude mill\u00e9nariste. Joris-Karl Huysmans \u00e9crivait : \u00ab\u00a0Les queues de si\u00e8cle se ressemblent, toutes vacillent et sont troubles [\u2026] ce ph\u00e9nom\u00e8ne repara\u00eet tous les cent ans.\u00a0\u00bb\u00a0 (<em>L\u00e0-bas<\/em>, Paris, Le livre de poche, 1988 [Tresse &amp; Stock, 1891], p. 290).<\/p>\n<p id=\"footnote2_ysi0wwx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_ysi0wwx\">[2]<\/a> Yvan Leclerc, <em>Crimes \u00e9crits\u00a0: La litt\u00e9rature en proc\u00e8s au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, Paris\u00a0: Plon, 1991.<\/p>\n<p id=\"footnote3_5bo8k1l\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_5bo8k1l\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0Rachilde\u2019s works did not at first seem to provide the sort of material that would lend itself to feminist analysis of this era, since her representation of women clearly went against the grain of giving voice and forme to a feminine difference\u00a0\u00bb (Hawthorne dans Rachilde, 2004, p. XXI).<\/p>\n<p id=\"footnote4_m26zxq2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_m26zxq2\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0The novel challenges readers to develop a complex understanding of the axes of gender and sexuality as distinct, also inseparable [\u2026]\u00a0\u00bb (Hawthorne dans Rachilde, 2004, p. XXII).<\/p>\n<p id=\"footnote5_0xt0j2u\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_0xt0j2u\">[5]<\/a> \u00ab\u00a0Rachilde claimed she met him while taking fencing lessons and that he agreed to be her coauthor in order to fight any duels that might be provoked by publication of the book\u00a0\u00bb (Hawthorne dans Rachilde, 2004, p. XVIII).<\/p>\n<p id=\"footnote6_1t9odgo\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_1t9odgo\">[6]<\/a> Gustave Lanson, \u00ab\u00a0R\u00e9ponse aux r\u00e9flexions de M. Ch. Salomon\u00a0\u00bb,<em> Revue du mois<\/em>, oct. 1910 (cit\u00e9 par M. Charles, \u00ab\u00a0Amateurs, savants et professeurs\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e9tique<\/em>, 1996, nov. 1993, p. 506, et repris dans un atelier de Marc Escola, \u00ab\u00a0Dix variations sur l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019auteur\u00a0\u00bb consultable sur Fabula.org).<\/p>\n<p id=\"footnote7_z3bt4qq\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_z3bt4qq\">[7]<\/a> Les <em>minores<\/em> sont les auteurs qui, pour une raison ou pour une autre (raisons souvent difficiles \u00e0 \u00e9valuer) sont ignor\u00e9s par la recherche en litt\u00e9rature. Ce ne sont pas forc\u00e9ment les qualit\u00e9s de leurs \u0153uvres qui sont en cause, mais, \u00e0 mon sens, le r\u00e9sultat d\u2019un croisement de crit\u00e8res complexes qui se traduisent sur le plan de la r\u00e9ception. Chaque \u00e9poque est sensible \u00e0 telle ou telle mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire, et la notion de \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb est alors aussi peu immuable que celle de <em>minores<\/em>. S\u2019agissant des d\u00e9cadents, apr\u00e8s une longue phase d\u2019oubli en partie conditionn\u00e9e par leur inf\u00e9odation au symbolisme, un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat semble \u00e0 l\u2019\u0153uvre aujourd\u2019hui.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Courapied, Romain. 2012. \u00ab Mensonges de l\u2019intention d\u2019auteur en p\u00e9riode d\u00e9cadente. Les difficult\u00e9s ex\u00e9g\u00e9tiques dans Monsieur V\u00e9nus (1884) de Rachilde \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5508, (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/courapied-15.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 courapied-15.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-8ffe8d63-f713-457f-ab3a-97ec08c357f4\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/courapied-15.pdf\">courapied-15<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/courapied-15.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-8ffe8d63-f713-457f-ab3a-97ec08c357f4\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15 La d\u00e9cadence est \u00e0 la fois un mouvement litt\u00e9raire du dernier quart du XIXe si\u00e8cle et un concept historique appr\u00e9hendant le temps sous la forme cyclique, alternance entre les p\u00e9riodes d\u2019essor (l\u2019\u00e2ge d\u2019or) et celles de d\u00e9clin. 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