{"id":5510,"date":"2024-06-13T19:48:21","date_gmt":"2024-06-13T19:48:21","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/les-postures-mediatiques-de-daniel-stern-1805-1876-deploiement-et-rayonnement-dune-personnalite-dans-et-par-la-presse\/"},"modified":"2024-09-09T16:32:37","modified_gmt":"2024-09-09T16:32:37","slug":"les-postures-mediatiques-de-daniel-stern-1805-1876-deploiement-et-rayonnement-dune-personnalite-dans-et-par-la-presse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5510","title":{"rendered":"Les postures m\u00e9diatiques de Daniel Stern (1805 \u2013 1876) : d\u00e9ploiement et rayonnement d\u2019une personnalit\u00e9 dans et par la presse"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6886\">Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab\u00a0Daniel Stern servira aux succ\u00e8s mondains de la comtesse d\u2019Agoult et la comtesse d\u2019Agoult \u00e0 la r\u00e9ussite litt\u00e9raire de Daniel Stern \u00bb (Vier, 1959, p. 71). Femme de lettres \u00e0 la personnalit\u00e9 complexe, hybride, dont le nom et le pseudonyme se font l\u2019\u00e9cho<a id=\"footnoteref1_57u8p0j\" class=\"see-footnote\" title=\" Sur la question du pseudonyme chez Marie d\u2019Agoult, voir Roger Bellet, \u00ab\u00a0Masculin et f\u00e9minin dans les pseudonymes des femmes de lettres au XIXe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, dans Roger Bellet (dir.), 1982. \" href=\"#footnote1_57u8p0j\">[1]<\/a>, l\u2019auteur de l\u2019<em>Histoire de la R\u00e9volution de 1848 <\/em>et de l\u2019<em>Essai sur la libert\u00e9<\/em> empruntait un nom de plume masculin \u00e0 l\u2019instar de George Sand, mais n\u2019en demeurait pas moins une experte <em>\u00e8s<\/em> mondanit\u00e9s, h\u00f4tesse admir\u00e9e dont l\u2019entourage n\u2019avait de cesse de c\u00e9l\u00e9brer, outre l\u2019esprit et l\u2019exceptionnelle clairvoyance, les mani\u00e8res et le port aristocratiques. Marie de Flavigny, n\u00e9e \u00e0 Francfort-sur-le-Main le 30 d\u00e9cembre 1805, mari\u00e9e au comte d\u2019Agoult au printemps 1827, prit la fuite avec Franz Liszt en 1835 pour rejoindre la Suisse et l\u2019Italie, laissant derri\u00e8re elle \u00e9poux, enfants, et relents de scandale. Le pseudonyme \u00ab\u00a0Daniel Stern\u00a0\u00bb sera cr\u00e9\u00e9 au lendemain de sa rupture avec l\u2019artiste, en 1841, et sous l\u2019impulsion d\u2019un nouveau mentor, \u00c9mile de Girardin, fondateur de<em> La Presse<\/em>.\u00a0 Le salon parisien de Marie d\u2019Agoult attire rapidement les auteurs et les critiques les plus r\u00e9put\u00e9s, de Sainte-Beuve \u00e0 Victor Hugo, d\u2019Alfred de Vigny \u00e0 Eug\u00e8ne Sue. Rares, alors, sont les personnalit\u00e9s f\u00e9minines \u00e0 jouir de leur supr\u00e9matie dans le milieu de la presse p\u00e9riodique. Delphine de Girardin conna\u00eet certes un grand succ\u00e8s avec les chroniques du \u00ab\u00a0Vicomte de Launay\u00a0\u00bb, et nombreuses sont celles qui \u00e9crivent pour un public exclusivement f\u00e9minin, mais ces productions n\u2019ont rien de commun avec celles de Daniel Stern, qui entend pr\u00e9cis\u00e9ment rivaliser d\u2019intelligence avec des collaborateurs <em>masculins<\/em>. Les articles rel\u00e8vent traditionnellement des <em>minores<\/em>, mais l\u2019espace m\u00e9diatique dans lequel ils prennent place se r\u00e9v\u00e8le pourtant un lieu d\u2019exp\u00e9rimentation exceptionnel pour la parole publique\u00a0puisque l\u2019expression s\u2019y veut r\u00e9ellement performative. Les textes qui nous occupent sont l\u2019\u0153uvre d\u2019une plume polygraphe\u00a0; la vari\u00e9t\u00e9 et l\u2019ampleur de ce corpus lui donnent une consistance remarquable, tandis que les supports investis lui conf\u00e8rent un caract\u00e8re exceptionnel et fortement transgressif\u00a0: l\u2019\u00e9criture p\u00e9riodique de Daniel Stern couvre l\u2019ensemble de sa carri\u00e8re intellectuelle, depuis la retraite en Suisse avec Franz Liszt jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1876, soit presque quarante ann\u00e9es. On d\u00e9nombre une centaine de titres (parfois divis\u00e9s en de nombreuses livraisons) consacr\u00e9s \u00e0 la politique, \u00e0 la diplomatie europ\u00e9enne, \u00e0 la philosophie, \u00e0 l\u2019histoire et \u00e0 la culture artistique<a id=\"footnoteref2_fqr6z2r\" class=\"see-footnote\" title=\" L\u2019inventaire d\u00e9taill\u00e9 des articles de Daniel Stern, r\u00e9alis\u00e9 par Jacques Vier, est disponible en annexe du tome VI de La Comtesse d\u2019Agoult et son temps, Armand Colin, 1963. Environ 140 articles sont r\u00e9pertori\u00e9s, parus de 1835 \u00e0 1874. \" href=\"#footnote2_fqr6z2r\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>La production m\u00e9diatique nous donne \u00e0 appr\u00e9hender la personnalit\u00e9 \u00ab\u00a0publique\u00a0\u00bb de Daniel Stern, d\u00e9sireuse d\u2019influencer la politique de son temps. Quelle image la prose qu\u2019elle livre aux journaux et revues renvoie-t-elle de l\u2019auteure ? La comtesse d\u2019Agoult se consid\u00e8re-t-elle comme une journaliste ? Une essayiste\u00a0? Un penseur\u00a0? Ces difficult\u00e9s se posent du moins pour tous les journalistes, mais aux hommes dans une moindre mesure\u00a0: comment caract\u00e9riser l\u2019<em>ethos<\/em> singulier\u00a0d\u2019une femme qui signe ses articles politiques d\u2019un pseudonyme masculin et recourt \u00e0 divers stratag\u00e8mes pour mettre en sc\u00e8ne sa voix dans l\u2019espace m\u00e9diatique\u00a0? La production de Daniel Stern dans les p\u00e9riodiques, pour vaste et multiple qu\u2019elle soit, n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un aspect d\u2019une ambition plus large\u00a0: p\u00e9n\u00e9trer le domaine d\u2019influence traditionnellement r\u00e9serv\u00e9 aux hommes, et \u00e9galer les grands esprits du temps. Daniel Stern n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalent ni de pr\u00e9c\u00e9dent lorsqu\u2019elle investit l\u2019espace de l\u2019\u00e9ditorial politique<a id=\"footnoteref3_jddh40z\" class=\"see-footnote\" title=\" L\u2019inventaire d\u00e9taill\u00e9 des articles de Daniel Stern, r\u00e9alis\u00e9 par Jacques Vier, est disponible en annexe du tome VI de La Comtesse d\u2019Agoult et son temps, Armand Colin, 1963. Environ 140 articles sont r\u00e9pertori\u00e9s, parus de 1835 \u00e0 1874. \" href=\"#footnote3_jddh40z\">[3]<\/a> dans <em>La Libert\u00e9<\/em> des 5 et 19 juillet 1866, sous le titre \u00ab\u00a0La politique des Tristes<a id=\"footnoteref4_iz0o1hk\" class=\"see-footnote\" title=\" Article o\u00f9 il est question de la guerre austro-prussienne de l\u2019\u00e9t\u00e9 1866, et dans lequel Daniel Stern d\u00e9fend les ambitions de la Prusse, seule puissance jug\u00e9e l\u00e9gitime dans l\u2019entreprise d\u2019unification de l\u2019Allemagne, contre la monarchie catholique des Habsbourg vilipend\u00e9e pour son autoritarisme surann\u00e9. \" href=\"#footnote4_iz0o1hk\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>La presse a de toute \u00e9vidence jou\u00e9 un r\u00f4le crucial, \u00e0 la fois dans la formation et, par la suite, dans la diffusion de la pens\u00e9e de cette personnalit\u00e9 hors du commun, figure d\u2019\u00ab\u00a0intellectuelle\u00a0\u00bb avant l\u2019heure, entour\u00e9e des hommes les plus influents de son \u00e9poque, et qualifi\u00e9e par eux d\u2019<em>\u00e2me virile<\/em>. Daniel Stern est presque une exception dans le paysage m\u00e9diatique du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les genres et les r\u00f4les d\u00e9volus \u00e0 chacun sont fortement marqu\u00e9s, c\u2019est l\u2019une des tr\u00e8s rares plumes f\u00e9minines \u00e0 aborder des sujets politiques, et auxquelles les journaux les plus en vue ouvrent volontiers leurs colonnes \u2013 et non point exclusivement les \u00ab\u00a0rez-de-chauss\u00e9e\u00a0\u00bb des feuilletons. Au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00ab\u00a0\u00e9crire comme une femme doit le faire, c\u2019est demeurer de bon go\u00fbt, ne remettre en question ni les barri\u00e8res du genre ni celles des classes sociales\u00a0\u00bb (Primi, 2010, p. 115). Dans la presse, la chronique, qui fait la part belle aux mondanit\u00e9s, aux modes, aux f\u00eates\u2026, offre aux femmes un espace possible d\u2019expression \u2013 le seul \u00ab\u00a0qui, durablement et explicitement reste ouvert aux femmes, et o\u00f9 la sup\u00e9riorit\u00e9 f\u00e9minine est m\u00eame affirm\u00e9e par certains\u00a0\u00bb (Plant\u00e9 et Th\u00e9renty, 2009, p. 24) \u2013 tout en leur permettant de se conformer aux contraintes tacites impos\u00e9es \u00e0 leur plume. De sa rivale Delphine de Girardin ou de sa fille Claire-Christine d\u2019Agoult (dont elle accompagnera les d\u00e9buts dans <em>La Presse<\/em> avec bienveillance<a id=\"footnoteref5_lsjgp6d\" class=\"see-footnote\" title=\" Plus de quinze ans apr\u00e8s sa m\u00e8re, Claire de Charnac\u00e9 fit ses d\u00e9buts dans La Presse en octobre 1856 sous le pseudonyme \u00ab\u00a0C. de Sault\u00a0\u00bb. Peu apr\u00e8s, la Revue germanique et Le Temps la compteront parmi leurs collaborateurs r\u00e9guliers. \" href=\"#footnote5_lsjgp6d\">[5]<\/a>), Daniel Stern p\u00e9riodiste se distingue ouvertement\u00a0dans la mesure o\u00f9 elle \u00ab\u00a0franchit le Rubicon\u00a0\u00bb. \u00c0 l\u2019instar de George Sand, elle professe une parole politis\u00e9e et engag\u00e9e, qu\u2019elle nuance cependant des exigences de sa naissance et de son statut social. Elle n\u2019est pas une <em>passionaria<\/em>, et son militantisme, qui n\u2019a rien de f\u00e9brile, se mesure \u00e0 l\u2019aune de la raison\u00a0: Daniel Stern veut tirer sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 la fois de ses convictions r\u00e9publicaines et de son savoir, de ses id\u00e9es et de ses comp\u00e9tences intellectuelles. Ses articles politiques lui sont dict\u00e9s par une n\u00e9cessit\u00e9, mais la comtesse d\u2019Agoult ne saurait en aucun cas faire l\u2019\u00e9conomie des lectures, de l\u2019examen minutieux des circonstances, c\u2019est-\u00e0-dire du travail critique approfondi qu\u2019elle juge indispensable \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019un article. Le cas de la comtesse d\u2019Agoult illustre en d\u00e9finitive les coups encore timides port\u00e9s \u00e0 un mod\u00e8le de sexuation qui organisait l\u2019espace public tout entier et que les sp\u00e9cialistes conceptualisent sous la forme d\u2019une \u00ab\u00a0th\u00e9orie des deux sph\u00e8res\u00a0\u00bb consistant en une \u00ab\u00a0[hi\u00e9rarchisation] au profit du masculin de caract\u00e8res pr\u00e9tendus naturels\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0ind\u00e9pendant\/d\u00e9pendant ; rationnel\/\u00e9motionnel ; propre \u00e0 l\u2019activit\u00e9 publique\/\u00e0 l\u2019activit\u00e9 domestique\u00a0\u00bb (Plant\u00e9 et Th\u00e9renty, 2009, p. 26).<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1840 (son salon est cr\u00e9\u00e9 en 1843, la R\u00e9volution de 1848 marquera un tournant d\u00e9cisif dans son engagement), toute l\u2019activit\u00e9 de Daniel Stern semble domin\u00e9e par une ambition virile, que manifestent son d\u00e9sir d\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re et affective, sa formation intellectuelle pouss\u00e9e, et enfin ses prises de position dans la presse. En cela elle ob\u00e9it \u00e0 l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0id\u00e9al qu\u2019[elle avait] con\u00e7u de la vie dans [sa] jeunesse\u00a0:\u00a0une retraite po\u00e9tique et <em>l\u2019action par l\u2019esprit<\/em><a id=\"footnoteref6_65mbk67\" class=\"see-footnote\" title=\" Lettre in\u00e9dite de Marie d\u2019Agoult \u00e0 Claire de Charnac\u00e9, 28 mars 1871. Nous soulignons. \" href=\"#footnote6_65mbk67\">[6]<\/a> \u00bb. Le caract\u00e8re transgressif de cette activit\u00e9 m\u00e9diatique est temp\u00e9r\u00e9 par le respect d\u2019une fa\u00e7ade mondaine et l\u2019adh\u00e9sion, hors de l\u2019espace public, \u00e0 tous les codes d\u2019une f\u00e9minit\u00e9 parfaitement ma\u00eetris\u00e9e. Paradoxalement, le caract\u00e8re bic\u00e9phale de Daniel Stern\/Marie d\u2019Agoult semble plut\u00f4t bien accept\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 parisienne, peut-\u00eatre en raison de ce maintien strict d\u2019une fronti\u00e8re entre personnalit\u00e9 r\u00e9elle et <em>ethos<\/em> public, qui exclut <em>de facto<\/em> toute extravagance \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une George Sand par exemple. Ne pas \u00ab\u00a0[cesser] d\u2019\u00eatre femme\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0l\u2019[\u00eatre] avec plus de puissance et de grandeur que les autres<a id=\"footnoteref7_0wnizrq\" class=\"see-footnote\" title=\" Cahier de notes de Marie d\u2019Agoult, Biblioth\u00e8que nationale (D\u00e9partement des manuscrits, fonds Daniel Ollivier, N.A.F. 14336), cit\u00e9 dans Dup\u00eachez, 2001, p. 239. \" href=\"#footnote7_0wnizrq\">[7]<\/a>\u00a0\u00bb, voici la qualit\u00e9 que vante \u00e0 propos de Germaine de Sta\u00ebl celle que l\u2019on surnommait la \u00ab\u00a0Corinne du Quai Malaquais\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<h2>Le <em>moi<\/em> du journaliste\u00a0: un <em>ethos<\/em> ambigu et prot\u00e9iforme\u00a0<\/h2>\n<p>Ce double-visage des femmes auteurs au pseudonyme masculin demeurait pour certains contemporains fonci\u00e8rement choquant. Une anecdote met en lumi\u00e8re le caract\u00e8re scandaleux de cette \u00ab\u00a0subversion\u00a0\u00bb. Le portrait de Marie d\u2019Agoult fut expos\u00e9 par Lehmann au salon de 1843. Le salonnier de <em>L\u2019Artiste<\/em>, qui avait \u00e0 se plaindre de l\u2019esprit de sa concurrente (Daniel Stern signait alors la critique du salon de <em>La Presse<\/em> o\u00f9 elle d\u00e9fendait l\u2019\u00e9cole ingriste et n\u00e9o-classique), s\u2019en prit \u00e0 son physique\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Peut-on rien voir de plus repoussant que le portrait de cette dame coiff\u00e9e d\u2019un burnous blanc par M. Lehmann et le portrait de Daniel Stern qui s\u2019est d\u00e9guis\u00e9 en femme pour poser devant cet artiste\u00a0? Oh\u00a0! M. Lehmann, qu\u2019est devenue la verve caustique du spirituel \u00e9crivain\u00a0? Quoi\u00a0? Vous n\u2019avez pu trouver dans cette t\u00eate si pleine de distinction que ces traits communs, que cette physionomie vulgaire\u00a0? C\u2019\u00e9tait bien la peine de changer le sexe d\u2019un de nos critiques les plus distingu\u00e9s pour nous la figurer sous cette vulgaire apparence<a id=\"footnoteref8_rqf2gfg\" class=\"see-footnote\" title=\" L\u2019Artiste, janvier-juin 1843, 13e livraison. Cit\u00e9 dans Vier, 1959, p. 117. \" href=\"#footnote8_rqf2gfg\">[8]<\/a>\u00a0!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le tableau donne le reflet erron\u00e9 et d\u00e9cevant de l\u2019homme travesti, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une femme \u00ab\u00a0de pacotille\u00a0\u00bb, l\u00e0 o\u00f9 il aurait d\u00fb r\u00e9v\u00e9ler l\u2019homme dans toute la majest\u00e9 de son intelligence virile, le penseur, l\u2019\u00e9crivain. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le genre (<em>gender<\/em>) tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 construit par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e, qui est en cause ici. Est-ce \u00e0 dire que le regard masculin est pris de malaise face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui d\u00e9stabilise sa conception de la diff\u00e9rence sexuelle\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019article de presse requiert une forte implication \u2013 directe ou indirecte \u2013 de l\u2019auteur. Au XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, il devient de plus en plus habituel de signer les articles, en sorte qu\u2019un auteur c\u00e9l\u00e8bre peut vite devenir reconnaissable \u00e0 son style. Pour examiner la fa\u00e7on dont Daniel Stern envisage sa relation avec la presse, il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tudier son pseudonyme et surtout les marques du genre (grammatical et\/ou s\u00e9mantique) auxquelles elle recourt dans ses articles. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019exemple sandien peut se r\u00e9v\u00e9ler pertinent\u00a0: Marie-\u00c8ve Th\u00e9renty a bien montr\u00e9 comment, jusqu\u2019aux ann\u00e9es cinquante, George Sand joue sur une \u00e9nonciation auctoriale volontairement floue (Th\u00e9renty, 2011, <em>Introduction<\/em>). Au tournant du si\u00e8cle s\u2019exprime ensuite un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb qui offre une garantie auctoriale du discours, prenant appui sur une rh\u00e9torique argumentative qui se manifeste par exemple dans les articles relatifs \u00e0 l\u2019affaire Fanchette<a id=\"footnoteref9_8mqi71p\" class=\"see-footnote\" title=\" La publication, au cours des mois d\u2019octobre et novembre 1843, de \u00ab\u00a0Fanchette, lettre de Blaise Bonnin \u00e0 Claude Germain \u00bb dans La Revue ind\u00e9pendante marque l'entr\u00e9e directe de George Sand dans le journalisme politique, puisque c\u2019est la \u00ab\u00a0campagne Fanchette\u00a0\u00bb qui va conduire Sand \u00e0 cr\u00e9er L\u2019\u00c9claireur de l\u2019Indre en septembre 1844. \" href=\"#footnote9_8mqi71p\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1838, lorsqu\u2019il se trouvait \u00e0 Lugano avec la comtesse d\u2019Agoult, Franz Liszt commen\u00e7a \u00e0 r\u00e9diger un \u00ab\u00a0Journal des Z\u00ffi\u00a0\u00bb, au demeurant tr\u00e8s bref puisqu\u2019achev\u00e9 en f\u00e9vrier 1839. Bien des ann\u00e9es plus tard, lorsqu\u2019elle relut ce texte peu avant de mourir, Daniel Stern annota ainsi les derniers mots de Liszt\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019a-t-il fait de ces vingt-huit ann\u00e9es\u00a0? Et qu\u2019en ai-je fait\u00a0? Il est l\u2019abb\u00e9 Liszt et je suis Daniel Stern\u00a0! et que de d\u00e9sespoirs, de morts, de larmes, de sanglots, de deuils, entre nous\u00a0!\u00a0\u00bb (Agoult, 2007, p. 610). Cette affirmation de soi r\u00e9sume r\u00e9trospectivement tout le chemin parcouru\u00a0: \u00ab\u00a0Daniel Stern\u00a0\u00bb exc\u00e8de le simple nom d\u2019emprunt, r\u00e9v\u00e8le au contraire la c\u00e9sure entre la femme et le penseur et baptise un \u00eatre parfaitement ind\u00e9pendant, lib\u00e9r\u00e9 des contraintes de son sexe, dont la post\u00e9rit\u00e9 peut garder la m\u00e9moire. Si la comtesse d\u2019Agoult avait adopt\u00e9 ce pseudonyme, c\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019origine pour \u00ab\u00a0disposer d\u2019un nom qui [lui appartienne] \u00e0 [elle] seule\u00a0\u00bb (Agoult, 2007, p. 406) et aussi pour assumer personnellement les critiques potentielles, indique-t-elle dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>. L\u2019article marquant l\u2019entr\u00e9e de Daniel Stern dans <em>La Presse<\/em> avait fait son effet dans le cercle d\u2019\u00c9mile de Girardin\u00a0: qui \u00e9tait donc cet <em>Inconnu <\/em>qui critiquait avant tant d\u2019audace le roman de George Sand<a id=\"footnoteref10_lusho7i\" class=\"see-footnote\" title=\" Premier article de Daniel Stern paru dans La Presse, \u00ab\u00a0Le Compagnon du Tour de France\u00a0\u00bb (9 janvier 1841) \u00e9tait sign\u00e9 \u00ab\u00a0Un Inconnu\u00a0\u00bb. \" href=\"#footnote10_lusho7i\">[10]<\/a>\u00a0? Peu importait, au fond\u00a0: \u00ab\u00a0Le journal, o\u00f9 r\u00e8gnent l\u2019anonyme et la fausse identit\u00e9, s\u2019emploie donc souvent \u00e0 d\u00e9masquer les pseudonymes. [\u2026] Les diff\u00e9rences d\u2019attitude s\u2019expliquent souvent par la strat\u00e9gie \u00e0 laquelle ob\u00e9it le choix du faux-nom.\u00a0\u00bb (Th\u00e9renty, 2003, p. 153)\u00a0La \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb de Marie d\u2019Agoult penche plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la transparence\u00a0: l\u2019anonymat n\u2019apporterait gu\u00e8re de satisfaction \u00e0 une femme qui entreprend pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019acqu\u00e9rir une nouvelle notori\u00e9t\u00e9 (<em>se faire un nom<\/em>) et de se lier \u00e0 l\u2019\u00e9lite artistique, politique et intellectuelle de la capitale. Marie-\u00c8ve Th\u00e9renty souligne que \u00ab\u00a0la notion de genre est centrale dans cette question du pseudonyme \u00bb, m\u00eame si \u00ab\u00a0la relation de la femme au pseudonyme se modifie lentement\u00a0\u00bb (Th\u00e9renty, 2003, p. 154). Le nom d\u2019\u00e9pouse conviendra parfaitement \u00e0 une prose moralisante, destin\u00e9e \u00e0 un public f\u00e9minin, mais \u00ab\u00a0d\u00e8s que la femme choisit une \u00e9criture plus \u201cvirile\u201d \u00a0\u2013 roman non moralisateur par exemple \u2013 ou qu&rsquo;elle a le souci de ne pas nuire \u00e0 ses proches, le pseudonyme s\u2019impose\u00a0\u00bb (Th\u00e9renty, 2003, p. 155). Stylistiquement, l\u2019\u00e9criture \u00ab\u00a0virile\u00a0\u00bb reste \u00e0 d\u00e9finir, mais dans l\u2019univers de la presse p\u00e9riodique, on peut imaginer qu\u2019elle tient \u00e0 l\u2019usage de la rh\u00e9torique classique, \u00e0 un ton assertif, et surtout au choix de th\u00e8mes habituellement d\u00e9volus aux plumes masculines\u00a0: politique, diplomatie, \u00e9conomie\u2026 En fournissant un travail intellectuel abouti, Daniel Stern ob\u00e9issait bien davantage \u00e0 un go\u00fbt prononc\u00e9 pour l\u2019\u00e9tude qu\u2019\u00e0 des contraintes alimentaires. Au d\u00e9but de sa carri\u00e8re litt\u00e9raire, la r\u00e9daction d\u2019articles pour la presse r\u00e9pond de surcro\u00eet \u00e0 un \u00e9vident besoin de reconnaissance<a id=\"footnoteref11_12e1ns0\" class=\"see-footnote\" title=\" C\u2019est ce que laisse notamment \u00e0 penser la lecture de sa correspondance et de ses journaux intimes, qui rec\u00e8lent de tr\u00e8s nombreuses \u00e9vocations des succ\u00e8s esp\u00e9r\u00e9s et acquis. \" href=\"#footnote11_12e1ns0\">[11]<\/a>\u00a0 \u00a0: lorsqu\u2019elle avait fui avec Liszt, Marie d\u2019Agoult avait bel et bien \u00e9t\u00e9 <em>excommuni\u00e9e <\/em>de son monde\u2026<\/p>\n<p>La manifestation la plus directe de l\u2019<em>ethos<\/em> du r\u00e9dacteur dans le corps m\u00eame de l\u2019article passe par l\u2019usage d\u2019un pronom personnel. Le choix du pronom, et surtout la marque des accords, nous permettent d\u2019identifier dans la prose de Daniel Stern un <em>moi <\/em>labile, instable, tour \u00e0 tour singulier et pluriel, masculin et f\u00e9minin. La dimension po\u00e9tique se double alors d\u2019une question li\u00e9e au <em>genre<\/em>. \u00ab\u00a0Daniel Stern\u00a0\u00bb est une cr\u00e9ation p\u00e9renne, qui fait sens dans l\u2019esprit du lecteur accoutum\u00e9 \u00e0 lire ce nom. Lorsqu\u2019<em>il<\/em> s\u2019exprime sous ce nom dans l\u2019univers m\u00e9diatique, Daniel Stern est syst\u00e9matiquement le <em>locuteur <\/em>(un locuteur masculin, puisque pr\u00e9tendu tel). Si, en revanche, dans un article, la comtesse d\u2019Agoult recourt \u00e0 une marque du f\u00e9minin, ou se signale comme femme, on observe d\u00e8s lors un \u00e9cart au niveau de l\u2019<em>\u00e9nonciateur<\/em> (ou plut\u00f4t de l\u2019\u00e9nonciatrice). Cette distinction peut se r\u00e9v\u00e9ler utile dans la mesure o\u00f9 elle permet de rendre compte d\u2019une combinaison \u00e9trange, au sein de certains articles en particulier, entre un locuteur masculin (l\u2019article est sign\u00e9 \u00ab\u00a0Daniel Stern\u00a0\u00bb) et une \u00e9nonciatrice f\u00e9minine, qui se pr\u00e9sente comme telle \u00e0 travers des accords grammaticaux f\u00e9minins.<\/p>\n<p>Le journalisme \u00e9tant \u00ab\u00a0un cas typique d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative\u00a0\u00bb, et son discours se r\u00e9v\u00e9lant particuli\u00e8rement \u00ab\u00a0susceptible de mettre en sc\u00e8ne plus d\u2019une identit\u00e9 discursive\u00a0\u00bb (De Bonville, 2004, p. 318 <em>sqq.<\/em>), une difficult\u00e9 nouvelle se fait jour\u00a0: les alternatives (masculin\/f\u00e9minin, singulier\/pluriel) pour lesquelles Daniel Stern opte tour \u00e0 tour ne r\u00e9sultent manifestement pas d\u2019une ind\u00e9cision fonci\u00e8re ni du hasard, et l\u2019on peut donc clairement soutenir que les diff\u00e9rents visages de l\u2019\u00e9nonciatrice font sens en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ments coh\u00e9rents d\u2019une po\u00e9tique, ou peut-\u00eatre en tant qu\u2019ils t\u00e9moignent de la recherche d\u2019un compromis avec l\u2019id\u00e9ologie. Les mises en sc\u00e8ne de cette <em>\u00e9nonciatrice<\/em> traduisent autant de \u00ab\u00a0tactiques \u00e9nonciatives\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 ses d\u00e9buts (notamment dans ses articles consacr\u00e9s aux Salons de 1842 et 1843 dans <em>La Presse<\/em>), Daniel Stern utilise un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb ambigu qui doit attirer notre attention. La langue fran\u00e7aise ne permet pas de distinguer clairement le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb inclusif du nous \u00ab\u00a0exclusif\u00a0\u00bb. Il semble bien pourtant que l\u2019usage du \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb dans l\u2019article de presse soit d\u2019abord et avant tout <em>exclusif<\/em> puisque l\u2019interlocuteur (le lecteur) n\u2019est pas cens\u00e9 adh\u00e9rer d\u2019office aux propos du locuteur. D\u00e8s lors, il est possible de consid\u00e9rer cette premi\u00e8re personne du pluriel comme un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb de modestie<a id=\"footnoteref12_dapwrwm\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Nous fonctionne \u00e9galement comme substitut rh\u00e9torique de je qu\u2019il assimile m\u00e9taphoriquement \u00e0 une pluralit\u00e9 (nous de majest\u00e9 des souverains et d\u00e9tenteurs d\u2019autorit\u00e9), ou dont il estompe l\u2019individualit\u00e9 derri\u00e8re une entit\u00e9 collective (nous de modestie des auteurs et conf\u00e9renciers).\u00a0\u00bb (Riegel, Pellat, Rioul, 2009, p. 363). \" href=\"#footnote12_dapwrwm\">[12]<\/a>. Cette hypoth\u00e8se est confirm\u00e9e par l\u2019accord sylleptique au singulier (par exemple, la forme \u00ab\u00a0nous serions tent\u00e9\u00a0\u00bb, dans le premier article sur le Salon de 1843<a id=\"footnoteref13_y2sue05\" class=\"see-footnote\" title=\" Daniel Stern, \u00ab Le Salon. 1843\u00a0\u00bb (Premier article), Feuilleton de La Presse, 8 mars 1843. \" href=\"#footnote13_y2sue05\">[13]<\/a>). L\u2019emploi du \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb de modestie peut sembler entrer ici en contradiction avec le ton profond\u00e9ment th\u00e9tique de l\u2019article\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nous pensons que la science de la critique a plus d\u2019une analogie avec la science de la m\u00e9decine. [\u2026] Nous avons toujours pens\u00e9, quant \u00e0 nous, que la premi\u00e8re, la plus indispensable qualit\u00e9 dans ceux qui pratiquent\u00a0 la m\u00e9decine, la qualit\u00e9 que nulle autre ne peut suppl\u00e9er, c\u2019est l\u2019amour de l\u2019humanit\u00e9 (<em>Ibid<\/em>.)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur multiplie les verbes d\u2019opinion, les structures argumentatives et ne n\u00e9glige pas m\u00eame d\u2019insister sur la verbalisation de son \u00ab\u00a0opinion\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] si, en un mot, au lieu d\u2019aimer l\u2019art, il aime la critique, alors, nous ne craignons pas de l\u2019affirmer, il n\u2019exercera qu\u2019une influence regrettable. [\u2026] \u00a0 On a souvent accus\u00e9 d\u2019ignorance la critique qui se fait de nos jours. En v\u00e9rit\u00e9, et quelque paradoxale que puisse para\u00eetre notre opinion, nous serions tent\u00e9 de ne voir dans cette ignorance que <em>le moindre de ses d\u00e9fauts<\/em>\u2026 (<em>Ibid<\/em>.)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette disposition va dans le sens d\u2019une progressive affirmation de soi. Quelques jours plus tard, Daniel Stern publie son troisi\u00e8me article sur le Salon de 1843, et annonce imm\u00e9diatement qu\u2019elle traitera d\u00e9sormais des \u0153uvres qui ont suscit\u00e9 son admiration, non plus de celles pl\u00e9biscit\u00e9es par un public dont elle se d\u00e9tache <em>de facto<\/em><a id=\"footnoteref14_bzjmk4t\" class=\"see-footnote\" title=\" Daniel Stern, \u00ab Le Salon. 1843\u00a0\u00bb (Troisi\u00e8me article), Feuilleton de La Presse, 25 mars 1843. \" href=\"#footnote14_bzjmk4t\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9nonciatrice peut dans d\u2019autres circonstances recourir \u00e0 un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb exclusivement f\u00e9minin (malgr\u00e9 la signature masculine en fin d\u2019article). Les exemples sont assez rares\u00a0: il s\u2019agit de certaines lettres famili\u00e8res dans lesquelles l\u2019auteur semble profiter de sa relation amicale avec le destinataire pour s\u2019exprimer sur un mode l\u00e9ger et divertissant, tout en assumant une <em>identit\u00e9 discursive<\/em> f\u00e9minine. Les lettres \u00e9crites \u00e0 son gendre, le comte Guy de Charnac\u00e9, commencent par un jovial \u00ab\u00a0Mon cher Guy\u00a0\u00bb, et livrent des consid\u00e9rations vari\u00e9es sur les changements \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les campagnes jurassiennes. Daniel Stern s\u2019y montre sous l\u2019apparence d\u2019une citadine curieuse et enjou\u00e9e<a id=\"footnoteref15_1z3pp8f\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Je me suis longuement entretenue avec Bourbon, l\u2019habile et honn\u00eate montagnard\u2026\u00a0[\u2026] Dans une prochaine lettre, je vous dirai ce que j\u2019ai recueilli, empress\u00e9e, comme il arrive, de communiquer \u00e0 un grave docteur tel que vous, mon petit savoir de bachelier \u00e8s sciences rustiques.\u00a0\u00bb (Daniel Stern, \u00ab\u00a0Un village dans le Jura\u00a0\u00bb, I, Le Temps, 17 octobre 1865). On notera l\u2019allusion aux nombreuses Lettres d\u2019un bachelier sign\u00e9es de Franz Liszt et parues entre 1837 et 1841,\u00a0 qui avaient \u00e9t\u00e9 le fruit d\u2019une \u00e9troite collaboration entre les deux \u00ab\u00a0amants romantiques\u00a0\u00bb et dont la maternit\u00e9 peut l\u00e9gitimement \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 Marie d\u2019Agoult. Sur ce point, voir \u00c9mile Haraszti, 1943, p. 21. \" href=\"#footnote15_1z3pp8f\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>Les lettres destin\u00e9es cette fois \u00e0 des R\u00e9dacteurs en chef laissent percevoir une nouvelle ambigu\u00eft\u00e9. Le 11 d\u00e9cembre 1861 para\u00eet dans <em>Le Temps<\/em> la premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie de deux lettres consacr\u00e9es \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration des arts populaires<a id=\"footnoteref16_5qf8rus\" class=\"see-footnote\" title=\" Daniel Stern, \u00ab\u00a0Au r\u00e9dacteur\u00a0\u00bb, Le Temps, 11 et 18 d\u00e9cembre 1861. \" href=\"#footnote16_5qf8rus\">[16]<\/a>. Daniel Stern y fait la relation enthousiaste du concert auquel elle a assist\u00e9 au Cirque Napol\u00e9on. Par la suite, elle abordera la question pratique en imaginant un lieu populaire ouvert \u00e0 tous les arts\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] Ne serait-il pas temps de secouer notre ennui\u00a0? [\u2026] Le miracle en vaudrait la peine, assur\u00e9ment, dira-t-on\u00a0; mais le moyen\u00a0? \u2013Le moyen\u00a0? Hier encore, je l\u2019aurais cherch\u00e9 loin sans doute, dans les r\u00e9gions inaccessibles pour nous du pouvoir et de la science politiques <em>(sic)<\/em>. Aujourd\u2019hui, il se montre \u00e0 moi tout proche, \u00e0 la port\u00e9e de tous\u00a0: je n\u2019en veux pour exemple que ce qui vient de se produire aux Concerts populaires. [\u2026]<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le vrai public\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9criait un illustre ma\u00ebstro, en me rendant attentive \u00e0 l\u2019incroyable discernement de l\u2019auditoire\u2026 [\u2026]<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Mais je m\u2019aper\u00e7ois que mes r\u00e9flexions menacent de s\u2019\u00e9tendre et d\u2019usurper un peu trop sur les choses de la politique. Je remets donc \u00e0 un autre jour, si vous le voulez bien, quelques d\u00e9veloppements sur la mani\u00e8re dont je souhaiterais de voir centraliser le mouvement libre des arts et s\u2019exercer leur influence, libre aussi, dans l\u2019\u00e9ducation populaire.\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Attenti<em>ve<\/em>, la comtesse l\u2019est assur\u00e9ment\u00a0: il est d\u2019ailleurs notable qu\u2019elle se mette en sc\u00e8ne au milieu de l\u2019<em>auditoire<\/em>. C\u2019est finalement au moment o\u00f9 le sujet p\u00e9n\u00e8tre dans le champ politique que l\u2019article s\u2019ach\u00e8ve\u00a0: mais loin de renoncer \u00e0 \u00e9crire sur les affaires publiques (posture dont une femme pourrait arguer), Daniel Stern se contente de \u00ab\u00a0remettre \u00e0 un autre jour\u00a0\u00bb l\u2019expos\u00e9 de son programme.<\/p>\n<p>Dans certaines autres lettres, c\u2019est un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb bel et bien masculin\u00a0qui s\u2019exprime. Ce locuteur atteint alors un degr\u00e9 suppl\u00e9mentaire dans l\u2019\u00e9chelle du discours public, il n\u2019est plus question de lettres pseudo-priv\u00e9es destin\u00e9es \u00e0 un ami ou abordant avec une malice toute f\u00e9minine le th\u00e8me de l\u2019art populaire, mais de textes d\u2019allure plus solennelle. La signature de Daniel Stern se doit alors de faire autorit\u00e9, si bien que le discours adopte les codes d\u2019une masculinit\u00e9 conventionnelle (balancement rh\u00e9torique, discours ferme et th\u00e9tique, jugement instruit, posture ma\u00eetris\u00e9e et souveraine). Une lettre de Daniel Stern publi\u00e9e en juin 1860 dans la <em>Rivista Contemporanea<\/em> s\u2019adresse au R\u00e9dacteur en chef pour d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e d\u2019une c\u00e9l\u00e9bration comm\u00e9morative en l\u2019honneur de Dante Alighieri. Le discours multiplie les occurrences d\u2019une premi\u00e8re personne singuli\u00e8rement \u00ab\u00a0virile\u00a0\u00bb, ponctu\u00e9es d\u2019apostrophes au destinataire. Il en va de m\u00eame pour la \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Caro \u00e0 propos de son livre <em>La Philosophie de Goethe<\/em>\u00a0\u00bb (<em>La Libert\u00e9<\/em>, 7 octobre 1866)\u00a0dans laquelle Daniel Stern fait \u0153uvre de critique \u2013\u00a0et de critique intransigeant. Si la lettre est \u00e9crite du petit village de Saint-Lupicin, elle n\u2019en demeure pas moins \u00e9minemment classique quant \u00e0 son style. Il faut toutefois atteindre la moiti\u00e9 de la deuxi\u00e8me colonne pour y trouver une marque de l\u2019accord masculin, unique indice genr\u00e9 du texte. De fait, dans la plupart des articles qui n\u2019incluent pas de dimension fictionnelle ni n\u2019adoptent la forme \u00e9pistolaire, l\u2019\u00e9nonciateur est masculin. Dans ce type d\u2019occurrences, le<em> je <\/em>masculin peut \u00e9ventuellement passer pour un (faux) neutre ou un universel. En tout \u00e9tat de cause, les rares utilisations d\u2019une premi\u00e8re personne f\u00e9minine se limitent \u00e0 un certain type d\u2019\u00e9crit dont le propos demeure l\u00e9ger ou moral, ou implique une repr\u00e9sentation de soi plus pouss\u00e9e.<\/p>\n<h2>Journalisme et f\u00e9minit\u00e9<\/h2>\n<p>Daniel Stern, si elle n\u2019en fait pas le th\u00e8me principal de sa r\u00e9flexion, \u00e9voque de temps \u00e0 autres la question f\u00e9minine. Elle s\u2019int\u00e9resse quelquefois \u00e0 des litt\u00e9ratrices (Bettina d\u2019Arnim, Louise Ackermann, Laurette de Malboissi\u00e8re) et le sujet para\u00eet ponctuellement sous sa plume, par exemple dans les extraits des <em>Esquisses morales<\/em> qui paraissent en 1847 ou dans la derni\u00e8re de ses <em>Lettres r\u00e9publicaines<\/em> (1848). D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, Daniel Stern se montre tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9e sur ce point, et certaines ambigu\u00eft\u00e9s confinent parfois \u00e0 la contradiction. L\u2019analyse d\u2019un article de Daniel Stern pourra servir d\u2019illustration\u00a0: il s\u2019agit de la critique des <em>Contes et po\u00e9sies<\/em> de Mme Ackermann, qui para\u00eet les 7 et 8 juin 1863 dans <em>Le Temps<\/em>. Marie d\u2019Agoult et Louise Ackermann s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9es \u00e0 Nice au cours de l\u2019hiver 1859\u20131860. Dans une lettre \u00e0 sa ni\u00e8ce, la po\u00e9tesse exprimait son m\u00e9pris pour Daniel Stern<a id=\"footnoteref17_0h6x0ni\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re \u00e9viter Madame d\u2019Agoult qui m\u2019avait menac\u00e9e d\u2019une visite. J\u2019ai pri\u00e9 les personnes qui me la devaient emmener de faire leur possible pour m\u2019en d\u00e9livrer\u00a0; elle m\u2019est antipathique sans la conna\u00eetre. Je n\u2019aime pas les femmes tar\u00e9es et, voyant peu de monde, il m\u2019est n\u00e9cessaire que je choisisse les gens\u2026\u00a0\u00bb (Lettre de Louise Ackermann \u00e0 Caroline Fabr\u00e8gue (novembre 1859), cit\u00e9e dans Vier, 1961, p. 260). \" href=\"#footnote17_0h6x0ni\">[17]<\/a>. Elle qui n\u2019avait pas de mots assez durs pour les <em>bas-bleus<\/em><a id=\"footnoteref18_dncecmr\" class=\"see-footnote\" title=\" Par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0La femme est un \u00eatre inf\u00e9rieur dont la principale fonction est la reproduction de l\u2019esp\u00e8ce. Malheureusement, elle ne peut accomplir son \u0153uvre toute seule, il lui faut un collaborateur. Elle est un instrument aveugle entre les mains de la nature dont elle seconde admirablement les desseins. Mais comme celle-ci a soin d\u2019\u00e9viter toutes les prodigalit\u00e9s inutiles, elle a refus\u00e9 \u00e0 la femme toute s\u00e9rieuse capacit\u00e9 intellectuelle. On ne peut concevoir ni mettre au monde de deux c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois. Quelques femmes ont pu, il est vrai, se rencontrer qui se sont pos\u00e9es en artistes, en \u00e9crivains et qui ont m\u00eame produit des \u0153uvres distingu\u00e9es, mais le bas-bleu n\u2019en est pas moins un \u00eatre contre-nature, un monstre dans toute l\u2019acception du mot\u2026\u00a0\u00bb (Extrait cit\u00e9 par le Comte d\u2019Haussonville dans son article consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Madame Ackermann\u00a0\u00bb, Revue des Deux Mondes, 15 novembre 1891). \" href=\"#footnote18_dncecmr\">[18]<\/a>, fut finalement enchant\u00e9e d\u2019avoir c\u00e9d\u00e9 \u00e0 son pr\u00e9jug\u00e9\u00a0contre Marie d\u2019Agoult, dont la mort seule mit fin \u00e0 leur profonde amiti\u00e9. Deux ans apr\u00e8s qu\u2019a d\u00e9but\u00e9 leur correspondance, et un an apr\u00e8s la parution du volume dont il est question, Daniel Stern livre donc un \u00e9loge flatteur de Mme Ackermann. Il est frappant qu\u2019elle oriente sa critique du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019<em>auteur<\/em>\u00a0plut\u00f4t que de la femme<a id=\"footnoteref19_nfbd55t\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Ce qui m\u2019int\u00e9resse surtout dans un livre, c\u2019est son auteur. Ce que j\u2019aime du talent, c\u2019est encore plus ce qu\u2019il est que ce qu\u2019il fait.\u00a0Dans la po\u00e9sie, je cherche le po\u00e8te. On m\u2019a parfois reproch\u00e9 cette disposition d\u2019esprit, un peu trop f\u00e9minine me disait-on\u00a0; mais comme je lui dois les plus heureuses rencontres de ma vie morale, je l\u2019excuse, et j\u2019esp\u00e8re aujourd\u2019hui la faire excuser du lecteur, en lui parlant non seulement d\u2019une \u0153uvre, mais d\u2019une personne que je ne saurais plus s\u00e9parer dans mon estime\u00a0: \u0153uvre excellente, personne singuli\u00e8re, au plus vrai et meilleur sens du mot\u00a0; esprit aimable, vers faciles qui viennent \u00e0 nous dans un charmant recueil, publi\u00e9 sous ce titre\u00a0: Contes et po\u00e9sies, par L. Ackermann.\u00a0\u00bb (Daniel Stern, \u00ab\u00a0Madame Ackermann\u00a0\u00bb, Le Temps, 7 et 8 juin 1863). \" href=\"#footnote19_nfbd55t\">[19]<\/a>. Lorsque, dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019article, appara\u00eet le r\u00e9cit de sa rencontre avec la po\u00e9tesse, Daniel Stern se met de nouveau en sc\u00e8ne en mentionnant \u00ab la venue d\u2019<em>un<\/em> \u00e9tranger\u00a0\u00bb. Nulle part ailleurs dans cet article l\u2019\u00e9nonciatrice ne donnera une preuve explicite de son sexe. Le portrait d\u2019une Louise Ackermann \u00ab\u00a0grande, robuste, virile en son port et en sa d\u00e9marche\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rustique en ses ajustements\u00a0\u00bb est lui aussi plac\u00e9 sous le signe de la <em>virilit\u00e9<\/em>. \u00ab\u00a0Esprit rare, caract\u00e8re fort, \u00e2me droite\u00a0\u00bb\u00a0: la filiation spirituelle qui unit la r\u00e9dactrice \u00e0 son h\u00f4tesse est envisag\u00e9e comme une reconnaissance. On trouve enfin sous la plume de Daniel Stern un hommage non dissimul\u00e9 \u00e0 Louise Ackermann lorsqu\u2019elle d\u00e9clare que \u00ab [celle-ci] vit <em>conform\u00e9ment \u00e0 sa nature<\/em><a id=\"footnoteref20_k3zej6c\" class=\"see-footnote\" title=\" L\u2019expression apparaissait d\u00e9j\u00e0 sous la plume de Marie d\u2019Agoult \u00e0 propos du philosophe Emerson dans une longue \u00e9tude intitul\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0Emerson\u00a0\u00bb et publi\u00e9e dans la Revue ind\u00e9pendante du 25 juillet 1846. La parent\u00e9 alors soulign\u00e9e par l\u2019auteure entre elle-m\u00eame et le philosophe s\u2019\u00e9largit donc ici \u00e0 la figure de Louise Ackermann. \" href=\"#footnote20_k3zej6c\">[20]<\/a>\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>La comtesse d\u2019Agoult, dans son <em>Essai sur la libert\u00e9<\/em> puis dans ses <em>Esquisses morales<\/em>, livre un puissant r\u00e9quisitoire contre le mariage\u00a0; elle \u00e9crit, \u00e0 la fin de sa vie, des pages remarquables de lucidit\u00e9 sur la maternit\u00e9<a id=\"footnoteref21_2pu1xpn\" class=\"see-footnote\" title=\" Voir \u00ab\u00a0Mes derni\u00e8res pens\u00e9es\u00a0\u00bb (seules pages du dernier chapitre des M\u00e9moires intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Mes respects et mes curiosit\u00e9s\u00a0\u00bb)\u00a0: \u00ab\u00a0Il est faux, quoi qu\u2019on en ait dit, que la maternit\u00e9 soit la vocation unique de la femme. Si profond ou si exalt\u00e9 qu\u2019on le suppose en elle, l\u2019amour des enfants ne saurait, \u00e0 l\u2019exclusion de tous les autres amours, absorber toute sa puissance d\u2019\u00eatre, ni remplir sa destin\u00e9e.\u00a0\u00bb (Agoult, 2007, p.445 sqq.) \" href=\"#footnote21_2pu1xpn\">[21]<\/a>. Pourtant, si elle d\u00e9fend les libert\u00e9s en soi, ce n\u2019est ni dans la revendication de droits collectifs ni dans la qu\u00eate d\u2019une \u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle et effective \u00e0 tous les niveaux de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il faut chercher son sentiment \u00e0 ce sujet. Marie d\u2019Agoult, m\u00eame r\u00e9publicaine, peut \u00e0 l\u2019occasion adopter un discours violemment phallocrate et acquiescer \u00e0 la \u00ab\u00a0sexuation du monde\u00a0\u00bb (Th\u00e9renty, 2005, p. 98). D\u00e8s lors, le processus f\u00e9ministe (de la prise de conscience individuelle \u00e0 la d\u00e9fense d\u2019une identit\u00e9 collective, de <em>soi <\/em>aux <em>autres<\/em>) achoppe dans son inach\u00e8vement, sans pouvoir encore parvenir au stade de la maturation. L\u2019aboutissement vient semble-t-il \u00e0 la fin du si\u00e8cle, s\u2019incarnant dans des femmes qui sont \u00e0 la fois f\u00e9ministes et \u00e9crivains.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, Daniel Stern adopte une posture aristocratique et s\u2019applique surtout \u00e0 d\u00e9fendre la l\u00e9gitimit\u00e9 de son intelligence et une \u0153uvre lib\u00e9r\u00e9e des influences partisanes. La femme reste en partie \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019un univers politique exclusivement domin\u00e9 par les hommes, et ne peut apporter qu\u2019un regard ext\u00e9rieur aux \u00e9v\u00e9nements. L\u2019auteur de l\u2019<em>Histoire de la r\u00e9volution de 1848 <\/em>plaide pr\u00e9cis\u00e9ment pour la reconnaissance de cette ind\u00e9pendance de vues, qui offre une justification et une l\u00e9gitimit\u00e9 particuli\u00e8res \u00e0 son \u0153uvre<a id=\"footnoteref22_w5w1hz6\" class=\"see-footnote\" title=\" Ce th\u00e8me est d\u00e9velopp\u00e9 dans la pr\u00e9face \u00e0 la seconde \u00e9dition de l\u2019Histoire de la r\u00e9volution de 1848 parue dans Le Temps du 19 avril 1862. \" href=\"#footnote22_w5w1hz6\">[22]<\/a>. Au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Daniel Stern pourra r\u00e9aliser, dans une certaine mesure, les ambitions sta\u00ebliennes<a id=\"footnoteref23_kcnyio2\" class=\"see-footnote\" title=\" Voir en particulier le chapitre IV \u00ab\u00a0Des femmes qui cultivent les lettres\u00a0\u00bb, o\u00f9 est revendiqu\u00e9 le droit pour les femmes de \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9lever \u00e0 la hauteur de la r\u00e9putation des hommes.\u00a0\u00bb (Sta\u00ebl, 1880, Vol. 2, p. 154). \" href=\"#footnote23_kcnyio2\">[23]<\/a> et incarner l\u2019av\u00e8nement de l\u2019intellectuelle.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Agoult, De Flavigny, Marie. Comtesse d\u2019. 1848. <em>Lettres<\/em> <em>r\u00e9publicaines<\/em>. Paris\u00a0: Amyot.<\/p>\n<p>\u2015. 1849.<em> Esquisses morales Pens\u00e9es, r\u00e9flexions et maximes<\/em>, Paris\u00a0: Pagnerre. R\u00e9\u00e9ditions\u00a0: 1856. Paris\u00a0: J. Techener et 1880. Paris\u00a0: Calmann-L\u00e9vy, 337 p. Reproduction en fac-simil\u00e9 des<em> Esquisses morales<\/em> (3<sup>e<\/sup> \u00e9dition). 2005. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan \u00ab\u00a0Les Introuvables\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u2015. 1851-1853.<em> Histoire de la r\u00e9volution de 1848<\/em>. Paris\u00a0: G. Sandr\u00e9, 3 volumes. R\u00e9\u00e9ditions\u00a0: 1861. Paris\u00a0: Charpentier (2 volumes, 522 p. et 604 p.)\u00a0et 1869. Paris\u00a0: Lacroix-Verboecken.<\/p>\n<p>\u2015. 2007. <em>M\u00e9moires, souvenirs et journaux<\/em> (Charles Dup\u00eachez \u00e9d.). Paris\u00a0: Mercure de France.<\/p>\n<p>Bellet, Roger (dir.). 1982. <em>Autour de Louise Colet : femmes de lettres au XIXe si\u00e8cle<\/em>. Lyon\u00a0: P.U. de Lyon.<\/p>\n<p>De Bonville, Jean <em>(et al.).<\/em> 2004. <em>Nature et transformation du journalisme\u00a0: th\u00e9ories et recherches empiriques<\/em>. Laval\u00a0: P.U. de Laval.<\/p>\n<p>Dup\u00eachez, Charles. 2001, 3<sup>e<\/sup> \u00e9dition. <em>Marie d\u2019Agoult, Le grand amour de Liszt<\/em>. Paris\u00a0: Perrin.<\/p>\n<p>Haraszti, \u00c9mile. 1943 (t.22) et 1944 (t.23). \u00ab\u00a0Franz Liszt \u00e9crivain et penseur\u00a0: Histoire d\u2019une mystification\u00a0\u00bb. <em>Revue de musicologie<\/em>, t. 22, p. 19-28\u00a0; suite t.23, p. 12-24.<\/p>\n<p>Nesci, Catherine. 2007. <em>Le fl\u00e2neur et les fl\u00e2neuses Les femmes et la ville \u00e0 l\u2019\u00e9poque romantique<\/em>. Grenoble\u00a0: Ellug.<\/p>\n<p>Plant\u00e9, Christine\u00a0; Th\u00e9renty, Marie-\u00c8ve. 2009. \u00ab\u00a0Masculin\/F\u00e9minin dans la presse du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le genre de la critique\u00a0\u00bb. <em>Femmes et critique(s), Lettres, Arts, Cin\u00e9ma.<\/em> Namur\u00a0: P.U. de Namur.<\/p>\n<p>Th\u00e9renty, Marie-\u00c8ve. 2005. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb. <em>F\u00e9minin \/ Masculin Ecritures et repr\u00e9sentations<\/em>, Universit\u00e9 Paul Val\u00e9ry \/ Montpellier III, \u00ab\u00a0Lieux litt\u00e9raires \/ La Revue\u00a0\u00bb, n\u00b07-8.<\/p>\n<p>\u2014. 2003. <em>Mosa\u00efques Etre \u00e9crivain entre presse et roman (1829-1836)<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion.<\/p>\n<p>\u2014. 2011. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb. <em>George Sand journaliste<\/em>, Actes du colloque international \u00ab\u00a0La Science du journalisme\u00a0: George Sand et la presse\u00a0\u00bb du 19 juin 2008. Saint-Etienne\u00a0: P.U. de Saint-Etienne.<\/p>\n<p>Primi, Alice. 2010. <em>Femmes de progr\u00e8s. Fran\u00e7aises et Allemandes engag\u00e9es dans leur si\u00e8cle, 1848-1870. <\/em>\u00a0\u00ab\u00a0Archives du f\u00e9minisme\u00a0\u00bb. Rennes\u00a0: P.U. de Rennes.<\/p>\n<p>Riegel, Martin\u00a0; Pellat, Jean-Christophe\u00a0; Rioul, Ren\u00e9. 2009, 4<sup>e<\/sup> \u00e9dition. <em>Grammaire m\u00e9thodique du fran\u00e7ais<\/em>, Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p>Sta\u00ebl, Germaine de. 1800. <em>De la litt\u00e9rature consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec les institutions sociales<\/em>. Paris\u00a0: Maradan.<\/p>\n<p>Vier, Jacques. 1955. <em>La Comtesse d\u2019Agoult et son temps<\/em>, Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_57u8p0j\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_57u8p0j\">[1]<\/a> Sur la question du pseudonyme chez Marie d\u2019Agoult, voir Roger Bellet, \u00ab\u00a0Masculin et f\u00e9minin dans les pseudonymes des femmes de lettres au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0\u00bb, dans Roger Bellet (dir.), 1982.<\/p>\n<p id=\"footnote2_fqr6z2r\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_fqr6z2r\">[2]<\/a> L\u2019inventaire d\u00e9taill\u00e9 des articles de Daniel Stern, r\u00e9alis\u00e9 par Jacques Vier, est disponible en annexe du tome VI de <em>La Comtesse d\u2019Agoult et son temps<\/em>, Armand Colin, 1963. Environ 140 articles sont r\u00e9pertori\u00e9s, parus de 1835 \u00e0 1874.<\/p>\n<p id=\"footnote3_jddh40z\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_jddh40z\">[3]<\/a> L\u2019inventaire d\u00e9taill\u00e9 des articles de Daniel Stern, r\u00e9alis\u00e9 par Jacques Vier, est disponible en annexe du tome VI de <em>La Comtesse d\u2019Agoult et son temps<\/em>, Armand Colin, 1963. Environ 140 articles sont r\u00e9pertori\u00e9s, parus de 1835 \u00e0 1874.<\/p>\n<p id=\"footnote4_iz0o1hk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_iz0o1hk\">[4]<\/a> Article o\u00f9 il est question de la guerre austro-prussienne de l\u2019\u00e9t\u00e9 1866, et dans lequel Daniel Stern d\u00e9fend les ambitions de la Prusse, seule puissance jug\u00e9e l\u00e9gitime dans l\u2019entreprise d\u2019unification de l\u2019Allemagne, contre la monarchie catholique des Habsbourg vilipend\u00e9e pour son autoritarisme surann\u00e9.<\/p>\n<p id=\"footnote5_lsjgp6d\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_lsjgp6d\">[5]<\/a> Plus de quinze ans apr\u00e8s sa m\u00e8re, Claire de Charnac\u00e9 fit ses d\u00e9buts dans <em>La<\/em> <em>Presse<\/em> en octobre 1856 sous le pseudonyme \u00ab\u00a0C. de Sault\u00a0\u00bb. Peu apr\u00e8s, la <em>Revue germanique<\/em> et <em>Le Temps <\/em>la compteront parmi leurs collaborateurs r\u00e9guliers.<\/p>\n<p id=\"footnote6_65mbk67\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_65mbk67\">[6]<\/a> Lettre in\u00e9dite de Marie d\u2019Agoult \u00e0 Claire de Charnac\u00e9, 28 mars 1871. Nous soulignons.<\/p>\n<p id=\"footnote7_0wnizrq\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_0wnizrq\">[7]<\/a> Cahier de notes de Marie d\u2019Agoult, Biblioth\u00e8que nationale (D\u00e9partement des manuscrits, fonds Daniel Ollivier, N.A.F. 14336), cit\u00e9 dans Dup\u00eachez, 2001, p. 239.<\/p>\n<p id=\"footnote8_rqf2gfg\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_rqf2gfg\">[8]<\/a> <em>L\u2019Artiste<\/em>, janvier-juin 1843, 13<sup>e<\/sup> livraison. Cit\u00e9 dans Vier, 1959, p. 117.<\/p>\n<p id=\"footnote9_8mqi71p\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_8mqi71p\">[9]<\/a> La publication, au cours des mois d\u2019octobre et novembre 1843, de \u00ab\u00a0Fanchette, lettre de Blaise Bonnin \u00e0 Claude Germain \u00bb dans <em>La Revue ind\u00e9pendante<\/em> marque l&rsquo;entr\u00e9e directe de George Sand dans le journalisme politique, puisque c\u2019est la \u00ab\u00a0campagne Fanchette\u00a0\u00bb qui va conduire Sand \u00e0 cr\u00e9er <em>L\u2019\u00c9claireur de l\u2019Indre<\/em> en septembre 1844.<\/p>\n<p id=\"footnote10_lusho7i\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_lusho7i\">[10]<\/a> Premier article de Daniel Stern paru dans <em>La Presse<\/em>, \u00ab\u00a0<em>Le Compagnon du Tour de France<\/em>\u00a0\u00bb (9 janvier 1841) \u00e9tait sign\u00e9 \u00ab\u00a0Un Inconnu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote11_12e1ns0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_12e1ns0\">[11]<\/a> C\u2019est ce que laisse notamment \u00e0 penser la lecture de sa correspondance et de ses journaux intimes, qui rec\u00e8lent de tr\u00e8s nombreuses \u00e9vocations des succ\u00e8s esp\u00e9r\u00e9s et acquis.<\/p>\n<p id=\"footnote12_dapwrwm\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_dapwrwm\">[12]<\/a> \u00ab\u00a0<em>Nous<\/em> fonctionne \u00e9galement comme substitut rh\u00e9torique de <em>je<\/em> qu\u2019il assimile m\u00e9taphoriquement \u00e0 une pluralit\u00e9 (<em>nous<\/em> de majest\u00e9 des souverains et d\u00e9tenteurs d\u2019autorit\u00e9), ou dont il estompe l\u2019individualit\u00e9 derri\u00e8re une entit\u00e9 collective (<em>nous<\/em> de modestie des auteurs et conf\u00e9renciers).\u00a0\u00bb (Riegel, Pellat, Rioul, 2009, p. 363).<\/p>\n<p id=\"footnote13_y2sue05\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_y2sue05\">[13]<\/a> Daniel Stern, \u00ab Le Salon. 1843\u00a0\u00bb (Premier article), Feuilleton de <em>La Presse<\/em>, 8 mars 1843.<\/p>\n<p id=\"footnote14_bzjmk4t\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref14_bzjmk4t\">[14]<\/a> Daniel Stern, \u00ab Le Salon. 1843\u00a0\u00bb (Troisi\u00e8me article), Feuilleton de <em>La Presse<\/em>, 25 mars 1843.<\/p>\n<p id=\"footnote15_1z3pp8f\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref15_1z3pp8f\">[15]<\/a> \u00ab\u00a0Je me suis longuement entretenue avec Bourbon, l\u2019habile et honn\u00eate montagnard\u2026\u00a0[\u2026] Dans une prochaine lettre, je vous dirai ce que j\u2019ai recueilli, empress\u00e9e, comme il arrive, de communiquer \u00e0 un grave docteur tel que vous, mon petit savoir de bachelier \u00e8s sciences rustiques.\u00a0\u00bb (Daniel Stern, \u00ab\u00a0Un village dans le Jura\u00a0\u00bb, I, <em>Le Temps<\/em>, 17 octobre 1865). On notera l\u2019allusion aux nombreuses <em>Lettres d\u2019un bachelier<\/em> sign\u00e9es de Franz Liszt et parues entre 1837 et 1841,\u00a0 qui avaient \u00e9t\u00e9 le fruit d\u2019une \u00e9troite collaboration entre les deux \u00ab\u00a0amants romantiques\u00a0\u00bb et dont la maternit\u00e9 peut l\u00e9gitimement \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 Marie d\u2019Agoult. Sur ce point, voir \u00c9mile Haraszti, 1943, p. 21.<\/p>\n<p id=\"footnote16_5qf8rus\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref16_5qf8rus\">[16]<\/a> Daniel Stern, \u00ab\u00a0Au r\u00e9dacteur\u00a0\u00bb, <em>Le Temps<\/em>, 11 et 18 d\u00e9cembre 1861.<\/p>\n<p id=\"footnote17_0h6x0ni\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref17_0h6x0ni\">[17]<\/a> \u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re \u00e9viter Madame d\u2019Agoult qui m\u2019avait menac\u00e9e d\u2019une visite. J\u2019ai pri\u00e9 les personnes qui me la devaient emmener de faire leur possible pour m\u2019en d\u00e9livrer\u00a0; elle m\u2019est antipathique sans la conna\u00eetre. Je n\u2019aime pas les femmes tar\u00e9es et, voyant peu de monde, il m\u2019est n\u00e9cessaire que je choisisse les gens\u2026\u00a0\u00bb (Lettre de Louise Ackermann \u00e0 Caroline Fabr\u00e8gue (novembre 1859), cit\u00e9e dans Vier, 1961, p. 260).<\/p>\n<p id=\"footnote18_dncecmr\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref18_dncecmr\">[18]<\/a> Par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0La femme est un \u00eatre inf\u00e9rieur dont la principale fonction est la reproduction de l\u2019esp\u00e8ce. Malheureusement, elle ne peut accomplir son \u0153uvre toute seule, il lui faut un collaborateur. Elle est un instrument aveugle entre les mains de la nature dont elle seconde admirablement les desseins. Mais comme celle-ci a soin d\u2019\u00e9viter toutes les prodigalit\u00e9s inutiles, elle a refus\u00e9 \u00e0 la femme toute s\u00e9rieuse capacit\u00e9 intellectuelle. On ne peut concevoir ni mettre au monde de deux c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois. Quelques femmes ont pu, il est vrai, se rencontrer qui se sont pos\u00e9es en artistes, en \u00e9crivains et qui ont m\u00eame produit des \u0153uvres distingu\u00e9es, mais le bas-bleu n\u2019en est pas moins un \u00eatre contre-nature, un monstre dans toute l\u2019acception du mot\u2026\u00a0\u00bb (Extrait cit\u00e9 par le Comte d\u2019Haussonville dans son article consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Madame Ackermann\u00a0\u00bb, <em>Revue des Deux Monde<\/em>s, 15 novembre 1891).<\/p>\n<p id=\"footnote19_nfbd55t\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref19_nfbd55t\">[19]<\/a> \u00ab\u00a0Ce qui m\u2019int\u00e9resse surtout dans un livre, c\u2019est son auteur. Ce que j\u2019aime du talent, c\u2019est encore plus ce qu\u2019il <em>est<\/em> que ce qu\u2019il <em>fait<\/em>.\u00a0Dans la po\u00e9sie, je cherche le po\u00e8te. On m\u2019a parfois reproch\u00e9 cette disposition d\u2019esprit, un peu trop f\u00e9minine me disait-on\u00a0; mais comme je lui dois les plus heureuses rencontres de ma vie morale, je l\u2019excuse, et j\u2019esp\u00e8re aujourd\u2019hui la faire excuser du lecteur, en lui parlant non seulement d\u2019une \u0153uvre, mais d\u2019une personne que je ne saurais plus s\u00e9parer dans mon estime\u00a0: \u0153uvre excellente, personne singuli\u00e8re, au plus vrai et meilleur sens du mot\u00a0; esprit aimable, vers faciles qui viennent \u00e0 nous dans un charmant recueil, publi\u00e9 sous ce titre\u00a0: <em>Contes et po\u00e9sies, par L. Ackermann<\/em>.\u00a0\u00bb (Daniel Stern, \u00ab\u00a0Madame Ackermann\u00a0\u00bb, <em>Le Temps<\/em>, 7 et 8 juin 1863).<\/p>\n<p id=\"footnote20_k3zej6c\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref20_k3zej6c\">[20]<\/a> L\u2019expression apparaissait d\u00e9j\u00e0 sous la plume de Marie d\u2019Agoult \u00e0 propos du philosophe Emerson dans une longue \u00e9tude intitul\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0Emerson\u00a0\u00bb et publi\u00e9e dans la <em>Revue ind\u00e9pendante<\/em> du 25 juillet 1846. La parent\u00e9 alors soulign\u00e9e par l\u2019auteure entre elle-m\u00eame et le philosophe s\u2019\u00e9largit donc ici \u00e0 la figure de Louise Ackermann.<\/p>\n<p id=\"footnote21_2pu1xpn\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref21_2pu1xpn\">[21]<\/a> Voir \u00ab\u00a0Mes derni\u00e8res pens\u00e9es\u00a0\u00bb (seules pages du dernier chapitre des <em>M\u00e9moires<\/em> intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Mes respects et mes curiosit\u00e9s\u00a0\u00bb)\u00a0: \u00ab\u00a0Il est faux, quoi qu\u2019on en ait dit, que la maternit\u00e9 soit la vocation unique de la femme. Si profond ou si exalt\u00e9 qu\u2019on le suppose en elle, l\u2019amour des enfants ne saurait, \u00e0 l\u2019exclusion de tous les autres amours, absorber toute sa puissance d\u2019\u00eatre, ni remplir sa destin\u00e9e.\u00a0\u00bb (Agoult, 2007, p.445 <em>sqq.<\/em>)<\/p>\n<p id=\"footnote22_w5w1hz6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref22_w5w1hz6\">[22]<\/a> Ce th\u00e8me est d\u00e9velopp\u00e9 dans la pr\u00e9face \u00e0 la seconde \u00e9dition de l\u2019<em>Histoire de la r\u00e9volution de 1848<\/em> parue dans <em>Le Temps<\/em> du 19 avril 1862.<\/p>\n<p id=\"footnote23_kcnyio2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref23_kcnyio2\">[23]<\/a> Voir en particulier le chapitre IV \u00ab\u00a0Des femmes qui cultivent les lettres\u00a0\u00bb, o\u00f9 est revendiqu\u00e9 le droit pour les femmes de \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9lever \u00e0 la hauteur de la r\u00e9putation des hommes.\u00a0\u00bb (Sta\u00ebl, 1880, Vol. 2, p. 154).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dufour, Delphine. 2012. \u00ab Les postures m\u00e9diatiques de Daniel Stern (1805 \u2013 1876) : d\u00e9ploiement et rayonnement d\u2019une personnalit\u00e9 dans et par la presse \u00bb,<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5510, (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dufour-15.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dufour-15.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-2f1b7db9-78e1-4c5a-8dfe-f2a5fb1c4e27\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dufour-15.pdf\">dufour-15<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dufour-15.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-2f1b7db9-78e1-4c5a-8dfe-f2a5fb1c4e27\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15 \u00ab\u00a0Daniel Stern servira aux succ\u00e8s mondains de la comtesse d\u2019Agoult et la comtesse d\u2019Agoult \u00e0 la r\u00e9ussite litt\u00e9raire de Daniel Stern \u00bb (Vier, 1959, p. 71). Femme de lettres \u00e0 la personnalit\u00e9 complexe, hybride, dont le nom et le pseudonyme se font l\u2019\u00e9cho[1], [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1221,1225],"tags":[120],"class_list":["post-5510","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-en-territoire-feministe-regards-et-relectures","category-prendre-la-parole","tag-dufour-delphine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5510","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5510"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5510\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9096,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5510\/revisions\/9096"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5510"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5510"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5510"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}