{"id":5511,"date":"2024-06-13T19:48:21","date_gmt":"2024-06-13T19:48:21","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-construction-dune-posture-feministe-a-posteriori-le-cas-madame-de-lafayette\/"},"modified":"2024-09-09T16:31:36","modified_gmt":"2024-09-09T16:31:36","slug":"la-construction-dune-posture-feministe-a-posteriori-le-cas-madame-de-lafayette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5511","title":{"rendered":"La construction d\u2019une posture f\u00e9ministe \u00ab a posteriori \u00bb : le cas Madame de Lafayette"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6886\">Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15<\/a><\/h5>\n<p>Au cours de l\u2019\u00e2ge classique, peu d\u2019\u0153uvres semblent se pr\u00eater plus volontiers aux recherches d\u2019une critique f\u00e9ministe, ou tout du moins d\u2019une critique des \u0153uvres f\u00e9ministes, que <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> et, \u00e0 travers elle, l\u2019ensemble de la production de Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, Comtesse de Lafayette. Aussi la bibliographie critique sur la question est-elle abondante, qui a tenu non seulement \u00e0 souligner quelle femme exceptionnelle est la princesse de Cl\u00e8ves, mais \u00e9galement \u00e0 montrer quelle vie exceptionnelle fut celle de Madame de Lafayette\u00a0; ainsi, contrairement aux habitudes qui semblent devoir s\u2019\u00e9riger depuis les prises de position th\u00e9oriques de la nouvelle critique et m\u00eame depuis que Proust a battu en br\u00e8che la m\u00e9thode de Sainte-Beuve, \u0153uvre et vie de Marie-Madeleine de Lafayette se sont trouv\u00e9es inextricablement li\u00e9es, au point de constituer un mythe du f\u00e9minisme litt\u00e9raire avant l\u2019heure.<\/p>\n<p>Para\u00eet cependant en 1980 un important ouvrage de Genevi\u00e8ve Mouligneau, <em>Madame de Lafayette, romanci\u00e8re\u00a0?<\/em>, qui, quoiqu\u2019il n\u2019ait eu \u00e0 peu pr\u00e8s aucune cons\u00e9quence pratique, jette un doute s\u00e9rieux sur l\u2019authenticit\u00e9 de la l\u00e9gende. Une \u00e9tude documentaire pr\u00e9cise laisse \u00e0 penser, selon G. Mouligneau, d\u2019une part que les \u0153uvres habituellement attribu\u00e9es \u00e0 Madame de Lafayette ne sont pas de son fait, d\u2019autre part que tous les \u00e9l\u00e9ments biographiques dont nous disposons \u00e0 son propos ne sont pas aussi assur\u00e9s qu\u2019il le semble. On comprend bien que, si l\u2019int\u00e9r\u00eat que l\u2019on trouve \u00e0 <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> repose en partie sur le t\u00e9moignage historique d\u2019une volont\u00e9 f\u00e9minine de s\u2019affranchir du joug masculin, la d\u00e9liaison de l\u2019\u0153uvre et de son auteur peut menacer en quelque mani\u00e8re les constructions de la critique f\u00e9ministe.<\/p>\n<p>Il n\u2019en est rien, pourtant\u00a0: les critiques, dont on ne peut douter qu\u2019ils aient lu l\u2019ouvrage de G. Mouligneau, ne paraissent pas embarrass\u00e9s des objections qu\u2019elle y soul\u00e8ve et l\u2019attribution de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> \u00e0 Madame de Lafayette continue \u00e0 se pr\u00e9senter comme une grille herm\u00e9neutique pleinement fonctionnelle. Cette absence de r\u00e9futation en r\u00e8gle de l\u2019argumentation de G. Mouligneau peut troubler\u00a0: faut-il croire les critiques trop malhonn\u00eates pour tenir compte d\u2019\u00e9l\u00e9ments positifs qui ne vont pas dans leur sens\u00a0? Il est possible de pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ce pessimisme institutionnel une position plus compr\u00e9hensive, en ceci qu\u2019elle chercherait \u00e0 dessiner les contours d\u2019un accord commun\u00a0: il s\u2019agit \u00e0 la fois de tenir pour douteuse l\u2019attribution \u00e0 Madame de Lafayette de ses \u0153uvres et de sa vie, et de consid\u00e9rer comme fonctionnelle cette attribution. En d\u2019autres termes, m\u00eame s\u2019il para\u00eet impossible d\u2019affirmer que Madame de Lafayette fut la f\u00e9ministe que l\u2019on d\u00e9sire qu\u2019elle soit, il peut \u00eatre utile de lui construire, <em>a posteriori<\/em>, cette posture.<\/p>\n<p>Pour comprendre la mani\u00e8re dont cette construction r\u00e9trospective a pu se mettre en place, il importe de saisir le mat\u00e9riau de base qui s\u2019offrait \u00e0 l\u2019histoire litt\u00e9raire d\u2019une part et \u00e0 la critique interpr\u00e9tative d\u2019autre part, c\u2019est-\u00e0-dire de rappeler succinctement le contexte historique g\u00e9n\u00e9ral et propre \u00e0 Madame de Lafayette ainsi que les principales lignes d\u2019interpr\u00e9tation de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>, en mettant en \u00e9vidence les \u00e9l\u00e9ments, dans l\u2019un et l\u2019autre domaines, qui ont fond\u00e9 le f\u00e9minisme de la comtesse. Il importera alors de m\u00e9diter sur le sens et le r\u00f4le de cette construction <em>a posteriori<\/em>.<\/p>\n<h2>La vie suppos\u00e9e de Madame de Lafayette et son contexte historique<\/h2>\n<p>\u00c0 bien des \u00e9gards, le dix-septi\u00e8me si\u00e8cle fran\u00e7ais para\u00eet, litt\u00e9rairement, \u00eatre un si\u00e8cle f\u00e9minin. Bien s\u00fbr, la pr\u00e9sence des femmes en litt\u00e9rature n\u2019est pas une chose nouvelle\u00a0: la po\u00e9sie courtoise de l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, par exemple, offrait une large place \u00e0 la figure f\u00e9minine dans le texte et m\u00eame avant le texte, puisque c\u2019\u00e9tait elle qui l\u2019inspirait. Mais cette pr\u00e9sence, dont il \u00e9tait possible, du reste, qu\u2019elle ne fonctionn\u00e2t que par m\u00e9taphores, n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement le reflet d\u2019une participation des femmes aux processus de production de l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire, et les cas de Marie de France, Christine de Pizan ou, plus tard, Marguerite de Navarre, ne se pr\u00e9sentent gu\u00e8re que comme des exceptions dans un paysage par ailleurs fonci\u00e8rement masculin. Ainsi la grande nouveaut\u00e9 du second dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, disons approximativement apr\u00e8s la Fronde, r\u00e9side-t-elle dans l\u2019implication pratique des femmes dans ces processus de production.<\/p>\n<p>Encore faut-il pr\u00e9ciser les choses, au risque de rappeler des \u00e9vidences\u00a0: les femmes dont il est ici question, ce sont d\u2019abord des aristocrates qui ont le loisir et, surtout, l\u2019\u00e9ducation n\u00e9cessaires \u00e0 la production d\u2019un discours litt\u00e9raire. Toute division par le genre, dans le domaine, est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une division par le milieu social. Or, s\u2019il est indubitable que les femmes de l\u2019aristocratie ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es en inf\u00e9rieures de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale par les hommes du m\u00eame milieu, tout lecteur de m\u00e9moires peut ais\u00e9ment se convaincre que leur r\u00f4le social, et m\u00eame politique, ne fut pas m\u00e9diocre\u00a0; c\u2019est du reste vraisemblablement la condition de l\u2019\u00e9mergence d\u2019une posture revendicatrice que de n\u2019\u00eatre pas totalement opprim\u00e9e.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re forme d\u2019implication des femmes dans la production des discours litt\u00e9raires n\u2019est pas celle de l\u2019auctorialit\u00e9, mais plut\u00f4t de la gestion des auteurs. Au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, rappelons-le, se r\u00e9unissent des salons, cercles \u00e0 la fois litt\u00e9raires et mondains, o\u00f9 l\u2019on \u00e9change des nouvelles de la cour aussi bien que des po\u00e8mes (les unes et les autres n\u2019\u00e9tant pas n\u00e9cessairement distincts). Ces salons sont tenus par des femmes (Mar\u00edn Mart\u00ed, 2001, p.\u00a052 et suivantes), principalement de grandes aristocrates, dont les plus c\u00e9l\u00e8bres sont Arthenice (pseudonyme de Catherine de Rambouillet) et Mademoiselle de Scud\u00e9ry (aussi appel\u00e9e Sappho). Dans ces salons, donc, l\u2019on re\u00e7oit \u00e0 la fois le monde et les auteurs\u00a0: les seconds viennent rencontrer le premier pour soumettre, avant publication, leurs ouvrages \u00e0 la critique, d\u2019abord afin de les promouvoir, ensuite de les remanier s\u2019il s\u2019av\u00e9rait qu\u2019ils ne plussent pas au public (Denis, 1981, <em>passim<\/em>). Les femmes, qui sont les ma\u00eetresses de ces lieux d\u2019\u00e9change, mais \u00e9galement les premi\u00e8res consommatrices du produit fini, y exercent donc une importante activit\u00e9 critique.<\/p>\n<p>En plus du remaniement de textes d\u00e9j\u00e0 \u00e9crits, une partie de l\u2019activit\u00e9 salonni\u00e8re est consacr\u00e9e \u00e0 la production de textes nouveaux\u00a0; ce sont g\u00e9n\u00e9ralement les formes courtes qui, correspondant mieux au format des r\u00e9unions, sont privil\u00e9gi\u00e9es, avec les petits po\u00e8mes et les maximes. Cette activit\u00e9 bien connue des salons parisiens (on pense notamment \u00e0 la production de Vincent Voiture) n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la capitale\u00a0: un num\u00e9ro du <em>Mercure Galant<\/em> apporte le t\u00e9moignage d\u2019une compagnie de province qui, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un mariage, se fend de quelques po\u00e8mes (Donneau de Vis\u00e9, 1678, p.\u00a0316 et suivantes).<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que certaines femmes sont port\u00e9es \u00e0 l\u2019auctorialit\u00e9. Citons deux exemples fameux. La marquise de Sabl\u00e9 produit r\u00e9guli\u00e8rement des maximes d\u2019inspiration jans\u00e9niste et il n\u2019est pas rare que le duc de La Rochefoucauld l\u2019invite \u00e0 commenter et \u00e0 remanier celles qu\u2019il lui pr\u00e9sente lui-m\u00eame. Mademoiselle de Scud\u00e9ry, quant \u00e0 elle, s\u2019exerce dans le domaine romanesque et publie de longs romans d\u2019aventures sentimentales, succ\u00e8s de librairie dont les nouveaux volumes sont attendus avec impatience par des lecteurs fid\u00e8les\u00a0; on trouve dans ces romans, sous des noms emprunt\u00e9s, les aventures des salonniers, m\u00eal\u00e9es de fictions originales et de discussions psychologiques et philosophiques. Si le nom de l\u2019auteur ne para\u00eet jamais sur l\u2019ouvrage au profit d\u2019un nom masculin ou de l\u2019anonymat, son identit\u00e9, comme en t\u00e9moignent les correspondances, ne fait aucun doute pour ses lecteurs.<\/p>\n<p>Marie-Madeleine Pioche de la Vergne fr\u00e9quente, dans sa premi\u00e8re jeunesse, ces salons. La duchesse de Rambouillet, la plus c\u00e9l\u00e8bre des Pr\u00e9cieuses, est sa marraine et une protectrice de sa famille. Gilles M\u00e9nage, po\u00e8te des Pr\u00e9cieuses, chante les m\u00e9rites de Mademoiselle de La Vergne en vers latins et on la trouve mentionn\u00e9e encore en bien d\u2019autres endroits. Mais les liens entretenus par sa famille avec le cardinal de Retz la forcent vers dix-sept ans \u00e0 une retraite prudente dans des terres rurales\u00a0; elle est alors coup\u00e9e de la vie de la capitale, dont elle n\u2019a les \u00e9chos que par sa correspondance et par la lecture des ouvrages \u00e0 la mode. Les d\u00e9tails de cette vie retir\u00e9e, les circonstances du remariage de sa m\u00e8re \u00e0 la mort de son p\u00e8re, de son propre mariage, de son retour \u00e0 Paris, qui ne concernent pas directement notre propos, peuvent \u00eatre retrouv\u00e9s dans l\u2019une ou l\u2019autre des biographies qui lui sont consacr\u00e9es (Duch\u00eane, 1988).<\/p>\n<p>Mari\u00e9e et install\u00e9e \u00e0 Paris, Madame de Lafayette est en lien avec de grands \u00e9crivains de l\u2019\u00e9poque : elle est l\u2019amie personnelle de Monsieur de La Rochefoucauld et de Madame de S\u00e9vign\u00e9 (qui lui est par ailleurs apparent\u00e9e), elle fr\u00e9quente Segrais, Huet et M\u00e9nage (ce dernier de mani\u00e8re plus irr\u00e9guli\u00e8re) et rend des visites \u00e0 Madame de Sabl\u00e9. Elle fr\u00e9quente surtout l\u2019h\u00f4tel des Plessis-Gu\u00e9n\u00e9gaud, centre du jans\u00e9nisme litt\u00e9raire, o\u00f9 l\u2019on re\u00e7oit Racine, o\u00f9 l\u2019on lit en avant-premi\u00e8re Pascal. Madame de Lafayette est donc entour\u00e9e d\u2019\u00e9crivains, qu\u2019ils soient aristocrates ou \u00e9rudits.<\/p>\n<p>\u00c9crivain, elle l\u2019est peut-\u00eatre elle-m\u00eame. Elle a sign\u00e9 dans le recueil des <em>Divers Portraits <\/em>de 1649 un \u00ab\u00a0Portrait de Madame la Marquise de S\u00e9vigny, fait par Madame la Comtesse de Lafayette, sous le nom d\u2019un inconnu\u00a0\u00bb. C\u2019est la seule attribution dont il est possible d\u2019\u00eatre certain. On lui attribue en outre <em>La Princesse de Montpensier, Zayde<\/em> et <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>, respectivement parues en 1662, en 1670 et en 1678. La tradition y ajoute quatre publications posthumes\u00a0: <em>La Comtesse de Tende <\/em>(1718), l\u2019<em>Histoire de Madame Henriette d\u2019Angleterre <\/em>(1720), les <em>M\u00e9moires de la Cour de France pour les ann\u00e9es 1688 et 1689 <\/em>(1731) et, enfin, une <em>Correspondance <\/em>(1942). On se reportera \u00e0 l\u2019ouvrage de Genevi\u00e8ve Mouligneau pour un commentaire d\u00e9taill\u00e9 de ces attributions, voire de l\u2019authenticit\u00e9 des textes consid\u00e9r\u00e9s\u00a0; rappelons bri\u00e8vement les hypoth\u00e8ses \u00e9mises par la critique.<\/p>\n<p>Outre la position radicale de G. Mouligneau, donc, qui consiste \u00e0 affirmer qu\u2019exception faite du portrait de Madame de S\u00e9vign\u00e9 et de quelques-unes des lettres \u00e9dit\u00e9es par Andr\u00e9 Beaunier, une grande partie de l\u2019\u0153uvre de Madame de Lafayette est \u00e0 attribuer \u00e0 Segrais et quelques lettres \u00e0 des faussaires du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, et outre la position exactement oppos\u00e9e qui ne remet absolument pas en doute ces attributions et s\u2019essaye parfois \u00e0 en ajouter d\u2019autres (comme <em>Isabelle ou le journal amoureux d\u2019Espagne<\/em>), la position la plus courante est de faire de \u00ab\u00a0Madame de Lafayette\u00a0\u00bb le nom d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019auteurs responsable des productions de la comtesse.<\/p>\n<p>Marie-Madeleine de Lafayette aurait donc \u00e9crit, en collaboration avec Gilles M\u00e9nage, <em>La Princesse de Montpensier\u00a0<\/em>: elle aurait fourni un texte que l\u2019\u00e9rudit mondain aurait abondamment revu. <em>Zayde<\/em>, qui para\u00eet sous le nom de Segrais avec une longue pr\u00e9face th\u00e9orique de Huet, serait l\u2019\u0153uvre conjointe de ces deux doctes et de la comtesse. <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>, quant \u00e0 elle, se pr\u00e9senterait comme le fruit de la collaboration entre Monsieur de La Rochefoucauld et Madame de Lafayette (une hypoth\u00e8se qui a d\u00e9j\u00e0 cours en 1678). Cette derni\u00e8re se serait par ailleurs entendue avec Donneau de Vis\u00e9, toujours en 1678, pour faire para\u00eetre une nouvelle semblable \u00e0 <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>, peu avant la parution du roman lui-m\u00eame, avant d\u2019\u00e9veiller l\u2019int\u00e9r\u00eat du public (Labio, 1998) et se serait inspir\u00e9e, pour le m\u00eame roman, des <em>D\u00e9sordres de l\u2019Amour<\/em> de Madame de Villedieu (Fournier, 2007).<\/p>\n<p>C\u2019est ce consensus acad\u00e9mique qui est g\u00e9n\u00e9ralement occult\u00e9 par la critique f\u00e9ministe, depuis un article fondateur de Joan DeJean\u00a0: \u00ab\u00a0Lafayette\u2019s Ellipses\u00a0: The Privileges of Anonymity\u00a0\u00bb. DeJean suppose que la discr\u00e9tion de Madame de Lafayette quant \u00e0 l\u2019attribution de ses \u0153uvres ne rel\u00e8verait ni d\u2019un d\u00e9faut d\u2019auctorialit\u00e9 (n\u00e9 par exemple d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019\u00e9criture), ni d\u2019une discr\u00e9tion aristocratique, mais d\u2019une strat\u00e9gie sociale subversive rendue n\u00e9cessaire par l\u2019oppression de la voix f\u00e9minine par la voix masculine. Cette intuition fondatrice peut conduire \u00e0 remanier la biographie de Madame de Lafayette en isolant certains faits particuliers qui t\u00e9moignent de sa grande ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Il a paru notable, par exemple, que Madame de Lafayette ait, pour ses contemporains, compl\u00e8tement effac\u00e9 la pr\u00e9sence de son \u00e9poux. Monsieur de Lafayette, il est vrai, n\u2019avait gu\u00e8re de go\u00fbt pour les mondanit\u00e9s de la capitale et vivait plus volontiers retir\u00e9 sur son domaine\u00a0; c\u2019\u00e9tait Madame de Lafayette qui se chargeait des difficult\u00e9s juridiques relatives \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage familial, d\u2019une part, et de l\u2019avancement social des deux fils n\u00e9s de l\u2019union, d\u2019autre part. Elle fut donc une femme active et engag\u00e9e dans les affaires, assumant \u00e0 peu pr\u00e8s le r\u00f4le de <em>pater familias<\/em>.<\/p>\n<p>Notable \u00e9galement, dans un domaine proche, l\u2019amiti\u00e9 de Madame de Lafayette pour Madame de S\u00e9vign\u00e9, qui t\u00e9moignait elle-m\u00eame que sa frigidit\u00e9, si ce n\u2019\u00e9tait son go\u00fbt, l\u2019\u00e9loignait du commerce des hommes et des faiblesses de son sexe, et qui s\u2019illustrait, de la m\u00eame mani\u00e8re que Madame de Lafayette, tant par son esprit mondain que par son industrie dans les affaires.<\/p>\n<p>Notable encore la proximit\u00e9 de Madame de Lafayette, dans sa jeunesse et dans la suite de sa vie, avec le milieu pr\u00e9cieux. On sait par exemple que Mademoiselle de Scud\u00e9ry, dont j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit que le pseudonyme \u00e9tait Sappho, se refusait au mariage pour ne pas y perdre son ind\u00e9pendance\u00a0; ce furent ses ouvrages qui firent les lectures de jeunesse de Mademoiselle de la Vergne. De la pr\u00e9ciosit\u00e9, qu\u2019il est bien s\u00fbr impossible de r\u00e9sumer en quelques lignes, l\u2019on peut dire qu\u2019elle fut un mouvement d\u2019\u00e9ducation des femmes et de lib\u00e9ration des m\u0153urs qui participa \u00e0 leur inscription dans les processus de production discursive et \u00e0 leur ind\u00e9pendance morale \u2013 dans les milieux aristocratiques, bien entendu (Sellier, 2003 et Viala, 2008).<\/p>\n<p>Notables enfin certains petits faits curieux de la vie de Madame de Lafayette. On raconte par exemple qu\u2019un jour l\u2019abb\u00e9 de Choisy vint trouver la comtesse alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9guis\u00e9 en femme, qu\u2019elle le complimenta sur sa tenue et lui enjoignit d\u2019aller se montrer ainsi dans les salons. Cette anecdote, rendue du reste extr\u00eamement douteuse par les travaux de Jean-Yves Vialleton (\u00e0 para\u00eetre<a id=\"footnoteref1_ziiwtlw\" class=\"see-footnote\" title=\"Plus g\u00e9n\u00e9ralement, on peut se reporter \u00e0 l\u2019ensemble des travaux consacr\u00e9s par ce chercheur, pour le dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, aux biograph\u00e8mes fictifs de la vie des \u00e9crivains, notamment pour Corneille (2006), Quinault (2008) et Moli\u00e8re (2009). R\u00e9f\u00e9rences compl\u00e8tes en bibliographie.\" href=\"#footnote1_ziiwtlw\">[1]<\/a>), combin\u00e9e \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 qu\u2019elle vouait \u00e0 la frigide Madame de S\u00e9vign\u00e9 et \u00e0 certaines d\u00e9clarations peu enthousiastes de la jeune femme sur l\u2019amour, a conduit certains biographes, dont Roger Duch\u00eane, \u00e0 douter de l\u2019attrait que le genre masculin pouvait exercer sur la comtesse.<\/p>\n<p>Proche de la pr\u00e9ciosit\u00e9 f\u00e9ministe, amie des femmes ind\u00e9pendantes, femme forte et libre elle-m\u00eame, lesbienne si l\u2019on veut, fr\u00e9quentant des doctes qu\u2019elle surpasse dans la post\u00e9rit\u00e9, Madame de Lafayette pr\u00e9sentait au f\u00e9minisme, on le voit, une figure de l\u00e9gende \u00e0 laquelle il est d\u2019autant plus difficile de r\u00e9sister que son \u0153uvre suppos\u00e9e est riche \u00e9galement de circonstances semblables.<\/p>\n<h2>Le parcours existentiel de la princesse de Cl\u00e8ves<\/h2>\n<p>Comme il est impossible de traiter ici de front toute l\u2019\u0153uvre suppos\u00e9e de Madame de Lafayette, on se concentrera, suivant l\u2019usage de la critique f\u00e9ministe, sur ce que l\u2019on tient pour son ouvrage principal, <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 la cour de Henri II, travaill\u00e9e par les cabales et les galanteries, une jeune h\u00e9riti\u00e8re para\u00eet, qui s\u2019appelle Mademoiselle de la Marche. \u00c0 la mort de son p\u00e8re alors qu\u2019elle \u00e9tait toute jeune, elle a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9e par sa m\u00e8re \u00e0 la campagne, o\u00f9 elle a re\u00e7u une excellente \u00e9ducation. En particulier, il ne lui a rien \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 de l\u2019amour (une affirmation du narrateur pour le moins ambigu\u00eb), afin de mieux la d\u00e9tourner des dangers d\u2019un semblable sentiment. Mademoiselle de la Marche revient \u00e0 la Cour, sous la conduite de sa m\u00e8re, afin de trouver un \u00e9poux. Dans une bijouterie, elle rencontre le prince de Cl\u00e8ves qui, sans lui adresser la parole, tombe amoureux d\u2019elle. Elle peut aspirer n\u00e9anmoins \u00e0 de meilleurs partis, mais des circonstances politiques diverses assombrissent ses perspectives\u00a0; c\u2019est finalement le prince de Cl\u00e8ves, gentilhomme parfait du reste, qu\u2019elle \u00e9pouse. Elle n\u2019a pas d\u2019amour pour lui, mais l\u2019appr\u00e9cie \u00e0 sa juste valeur. C\u2019est alors qu\u2019\u00e0 un bal revient \u00e0 la Cour le duc de Nemours, qui avait \u00e9t\u00e9 absent depuis l\u2019arriv\u00e9e de celle qui est d\u00e9sormais Madame de Cl\u00e8ves. Le duc de Nemours est l\u2019homme le plus beau, le plus habile et qui a le plus esprit de toute la Cour. Le roi les incite \u00e0 danser ensemble et cette premi\u00e8re rencontre est, pour eux, une s\u00e9duction imm\u00e9diate. Le duc de Nemours tente d\u2019engager une galanterie\u00a0; la princesse n\u2019a de cesse d\u2019y r\u00e9sister. \u00c0 la mort de sa m\u00e8re, se sentant priv\u00e9e de tout soutien moral, elle se retire \u00e0 la campagne pour \u00e9viter l\u2019objet de son d\u00e9sir et ne pas succomber \u00e0 la tentation. Des circonstances diverses l\u2019incitent \u00e0 douter de son courage\u00a0: elle avoue son amour \u00e0 son mari pour qu\u2019il l\u2019aide \u00e0 s\u2019en pr\u00e9munir. Ce dernier, qui re\u00e7oit ces aveux avec autant de patience qu\u2019il est possible, ne manque pas d\u2019en concevoir de la jalousie\u00a0: il cherche \u00e0 lui faire avouer, sans succ\u00e8s, le nom de l\u2019amant, finalement la fait espionner et, \u00e0 cause d\u2019un malentendu, la croit coupable d\u2019infid\u00e9lit\u00e9. Il meurt de douleur. Apr\u00e8s une p\u00e9riode de deuil violente, le Vidame de Chartres, oncle de la princesse, l\u2019attire chez lui o\u00f9 se trouve le duc de Nemours, qui lui propose de l\u2019\u00e9pouser\u00a0; la princesse, quoique toujours amoureuse du duc et libre aux yeux de la soci\u00e9t\u00e9 de s\u2019unir \u00e0 lui, refuse, par peur de la trahison et pour le souvenir de son mari. Elle se retire dans ses terres et meurt peu de temps apr\u00e8s.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre, parue en 1678 chez Claude Barbin, est un succ\u00e8s de librairie. Un journal litt\u00e9raire de l\u2019\u00e9poque, le <em>Mercure Galant<\/em>, dirig\u00e9 par Donneau de Vis\u00e9, invite ses lecteurs \u00e0 donner leurs sentiments sur l\u2019aveu que Madame de Cl\u00e8ves fait \u00e0 son mari. Deux ouvrages th\u00e9oriques et critiques, l\u2019un attribu\u00e9 \u00e0 Valincour et intitul\u00e9 <em>Lettres \u00e0 Madame la Marquise *** sur la Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> et l\u2019autre, en r\u00e9ponse, attribu\u00e9 \u00e0 Charnes et intitul\u00e9 <em>Conversations sur la critique de la Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>, examinent scrupuleusement le roman\u00a0: Valincour le loue beaucoup, y reprend certaines choses\u00a0; Charnes en fait un \u00e9loge sans r\u00e9serve. Dans le si\u00e8cle suivant, le roman n\u2019est pas sans post\u00e9rit\u00e9 (Gevrey, 1989) et devient tr\u00e8s vite un classique de la litt\u00e9rature. Madame de Lafayette figure au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle dans les portraits de Sainte-Beuve (1844) et au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle dans l\u2019<em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise <\/em>de Lanson (1918). L\u2019int\u00e9r\u00eat de la critique pour l\u2019ouvrage ne se d\u00e9ment pas au cours du vingti\u00e8me si\u00e8cle (Campbell, 2011). L\u2019\u0153uvre est par ailleurs l\u2019objet de plusieurs adaptations cin\u00e9matographiques (Oster, 2009), d\u2019un documentaire et d\u2019une virulente pol\u00e9mique dans les ann\u00e9es 2000 (Sauder, 2011), en France, apr\u00e8s que Nicolas Sarkozy l\u2019a plusieurs fois d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e<a id=\"footnoteref2_9z6qp1k\" class=\"see-footnote\" title=\"En 2006, dans son \u00ab\u00a0Discours sur le projet politique et les enjeux \u00e9lectoraux de la droite\u00a0\u00bb, prononc\u00e9 \u00e0 Lyon devant des partisans de l\u2019UMP, Nicolas Sarkozy affirme qu\u2019il est \u00ab\u00a0sadique\u00a0\u00bb d\u2019interroger un candidat \u00e0 un concours de l\u2019administration sur La Princesse de Cl\u00e8ves et que les guicheti\u00e8res de la poste n\u2019ont pas \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 cette \u0153uvre, propos r\u00e9it\u00e9r\u00e9s en 2008, \u00e0 Paris, dans une \u00ab\u00a0D\u00e9claration sur la modernisation des politiques publiques et la r\u00e9forme de l\u2019Etat\u00a0\u00bb. Dans le cadre d\u2019un vif d\u00e9bat politique sur la r\u00e9forme du statut des universit\u00e9s fran\u00e7aises, ces propos ont suscit\u00e9 une pol\u00e9mique aliment\u00e9e par des universitaires, des personnalit\u00e9s du monde de la culture et des personnalit\u00e9s politiques.\" href=\"#footnote2_9z6qp1k\">[2]<\/a> (Duval, 2009).<\/p>\n<p>Si le parcours existentiel de l\u2019h\u00e9ro\u00efne a paru si remarquable \u00e0 la critique f\u00e9ministe, c\u2019est qu\u2019il se caract\u00e9rise, \u00e0 premi\u00e8re vue, par un refus des normes qui r\u00e9gissent l\u2019organisation sociale du monde dans lequel elle \u00e9volue. Gr\u00e2ce \u00e0 des narrations intradi\u00e9g\u00e9tiques, dont Madame de Cl\u00e8ves est la narrataire, le roman pr\u00e9sente au lecteur des conduites f\u00e9minines typiques, qui sont comme des \u00e9volutions possibles du personnage principal. Ces narrations mettent en sc\u00e8ne, la plupart du temps, des femmes engag\u00e9es dans des galanteries, dont elles cachent le plus compromettant par des mensonges (c\u2019est particuli\u00e8rement le cas de Madame de Tournon). Plus g\u00e9n\u00e9ralement, le mensonge, la duplicit\u00e9 et le para\u00eetre (Anseaume Kreiter, 1977) sont les seuls modes d\u2019organisation des discours et de la soci\u00e9t\u00e9 qui se pr\u00e9sentent \u00e0 Madame de Cl\u00e8ves. Par ailleurs, cette soci\u00e9t\u00e9 est fluctuante\u00a0: ce qui est \u00e0 un moment donn\u00e9 a t\u00f4t fait de ne plus \u00eatre et la Cour peut changer enti\u00e8rement de visage en quelques jours. Ainsi le monde peut-il trouver acceptable qu\u2019une femme \u00e9pouse un homme, quand elle aurait trouv\u00e9 inacceptable qu\u2019elle e\u00fbt publiquement des relations avec lui quand son \u00e9poux \u00e9tait vivant. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des signes et le changement perp\u00e9tuel sont ainsi les deux traits mondains auxquels la princesse s\u2019oppose.<\/p>\n<p>Ces oppositions forment la vertu inimitable de l\u2019h\u00e9ro\u00efne et reposent, pour r\u00e9sumer, sur deux grands th\u00e8mes\u00a0: celui de la parole et celui de l\u2019espace. L\u2019accession de Madame de Cl\u00e8ves \u00e0 la parole, rendue particuli\u00e8rement sensible, dans la lettre du texte, par le d\u00e9veloppement des fameux monologues int\u00e9rieurs, correspond \u00e0 la recherche par l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u2019une voix qui lui soit propre (Schaf, 2011) et \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019auteur de ses propres maximes morales (Brink, 2009). La progression psychologique et morale<a id=\"footnoteref3_gbh6ul0\" class=\"see-footnote\" title=\"Sur cette question, je me permets de renvoyer \u00e0 mon analyse dans \u00ab\u00a0La Princesse de Cl\u00e8ves et le probl\u00e8me de l\u2019originalit\u00e9 dans la construction de l\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb. R\u00e9f\u00e9rences compl\u00e8tes en bibliographie.\" href=\"#footnote3_gbh6ul0\">[3]<\/a> qui se lit dans ces discours int\u00e9rieurs se traduit, s\u2019actualise en une certaine mani\u00e8re, dans trois discours importants que la princesse adresse \u00e0 son \u00e9poux et \u00e0 Monsieur de Nemours\u00a0: le premier, c\u2019est bien s\u00fbr celui de l\u2019aveu, acte exemplaire et exceptionnel de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, adress\u00e9 \u00e0 son mari et \u00e9cout\u00e9 en cachette par Nemours\u00a0; le second est le t\u00e9moignage de fid\u00e9lit\u00e9 que Madame de Cl\u00e8ves adresse \u00e0 son \u00e9poux mourant et qui la conduit \u00e0 porter sur son existence un regard r\u00e9trospectif qui en favorise la coh\u00e9rence\u00a0; le troisi\u00e8me est le refus qu\u2019elle oppose \u00e0 la demande en mariage du duc. Les monologues int\u00e9rieurs et les discours adress\u00e9s construisent donc l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019h\u00e9ro\u00efne\u00a0; confront\u00e9s aux paroles rapport\u00e9es des autres femmes de la Cour et aux narrations intradi\u00e9g\u00e9tiques, ils soulignent la posture exceptionnelle de la princesse.<\/p>\n<p>Or, l\u2019on pourrait croire que cette posture, qui fait de la princesse un parangon de la morale justement pr\u00f4n\u00e9e au sein de la soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire une femme vertueuse, fid\u00e8le \u00e0 son mari, ennemie des galanteries, sinc\u00e8re et droite, serait susceptible d\u2019inscrire l\u2019h\u00e9ro\u00efne qui la tient au c\u0153ur de cette soci\u00e9t\u00e9\u00a0; c\u2019est pourtant tout le contraire qui se produit. Qui s\u2019int\u00e9resse aux espaces d\u00e9crits dans le roman ne manque pas de constater que le parcours g\u00e9ographique de la princesse est celui d\u2019un \u00e9loignement de plus en plus grand\u00a0: retraite \u00e0 Coulommiers, une maison de campagne prot\u00e9g\u00e9e par des palissades, puis, finalement, retraite dans ses terres, \u00e0 l\u2019autre bout de la France, apr\u00e8s avoir refus\u00e9 le duc. \u00c0 ces deux retraites marquantes et de quelque dur\u00e9e, il faut ajouter les multiples circonstances dans lesquelles la jeune femme, alors en compagnie, se retire dans sa chambre, dans un cabinet, pour y faire des r\u00e9flexions sur elle-m\u00eame. La qu\u00eate de l\u2019authenticit\u00e9 personnelle et de l\u2019ind\u00e9pendance morale de la princesse implique donc, apparemment, un mouvement antisocial, la pousse \u00e0 occuper, spatialement, les marges de la soci\u00e9t\u00e9 (Rochigneux, 2001).<\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 donc \u00e9t\u00e9 facile pour la critique f\u00e9ministe d\u2019interpr\u00e9ter ces deux mouvements, discursif et spatial, comme une lutte contre la soci\u00e9t\u00e9 phallogocentrique, pour reprendre un concept qui trouve ici une heureuse application. Si <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> est une \u0153uvre subversive, ce serait donc parce qu\u2019elle d\u00e9crit le parcours existentiel d\u2019une h\u00e9ro\u00efne qui lutte contre la confiscation de la parole (et donc de la morale) par une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et que cette lutte, justement, n\u2019est pas une opposition franche et d\u00e9clar\u00e9e \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9, mais un cheminement personnel, \u00e9thique, qui fait fonds des discours disponibles pour les remanier et les prendre au s\u00e9rieux quand ils ne s\u2019y attendent pas (par exemple en \u00e9tant la femme vertueuse que personne, \u00e0 la cour d\u2019Henri II, n\u2019esp\u00e8re vraiment qu\u2019une femme soit).<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re exceptionnel des d\u00e9cisions de la princesse, sur lequel beaucoup de critiques ont insist\u00e9, est parfois mis \u00e0 mal par des recherches d\u2019histoire litt\u00e9raire pr\u00e9cises, notamment sur le motif de la retraite (Beugnot, 1996). Mais il ne s\u2019agit pas ici de s\u2019assurer de l\u2019authenticit\u00e9 historique des d\u00e9veloppements propos\u00e9s par la critique f\u00e9ministe, mais de souligner que le texte donnait mati\u00e8re \u00e0 la construction, dans le commentaire critique, de la figure d\u2019une h\u00e9ro\u00efne f\u00e9minine et f\u00e9ministe.<\/p>\n<h2>Le r\u00f4le de Madame de Lafayette dans l\u2019interpr\u00e9tation de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em><\/h2>\n<p>Quelle est la place de la biographie, plus ou moins fantasm\u00e9e et douteuse, de Madame de Lafayette dans ce processus herm\u00e9neutique\u00a0? On pourrait croire d\u2019abord qu\u2019elle a donn\u00e9 lieu \u00e0 ce qu\u2019on appelle une critique biographique, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on a tent\u00e9 de faire correspondre certains \u00e9l\u00e9ments du roman \u00e0 certains \u00e9l\u00e9ments de la biographie, dans l\u2019espoir, en attachant l\u2019une et l\u2019autre histoires, de les faire s\u2019\u00e9clairer mutuellement.<\/p>\n<p>Cette tentation, bien pr\u00e9sente dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, et \u00e0 plus forte raison chez Sainte-Beuve, est pourtant extr\u00eamement discr\u00e8te dans le corpus critique plus r\u00e9cent. Personne, ainsi, pour remarquer que la princesse, comme son auteur, vit fortement l\u2019opposition entre la ville et la campagne. Personne pour remarquer que la princesse, comme son auteur, entretient une sorte de religiosit\u00e9 sans th\u00e9ologie et de morale sans Dieu. Personne pour remarquer l\u2019absence du p\u00e8re dans l\u2019une et l\u2019autre vie. Il est vrai que le texte du roman se suffit \u00e0 lui-m\u00eame quand il s\u2019agit de d\u00e9velopper de semblables r\u00e9flexions, de sorte que l\u2019apport de la biographie (r\u00e9elle ou fictive, encore une fois, peu importe) de l\u2019auteur \u00e0 l\u2019activit\u00e9 m\u00eame de l\u2019interpr\u00e9tation est parfaitement n\u00e9gligeable.<\/p>\n<p>Il faut donc formuler d\u2019autres hypoth\u00e8ses pour expliquer le sens de l\u2019attachement \u00e0 Madame de Lafayette dans les \u00e9tudes de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> et le r\u00f4le de cet attachement. La premi\u00e8re hypoth\u00e8se et la plus \u00e9vidente, peut-\u00eatre, c\u2019est que ce nom d\u2019auteur permet de regrouper naturellement des \u0153uvres qui, parce qu\u2019elles pr\u00e9sentent des similarit\u00e9s th\u00e9matiques importantes, paraissent former un corpus coh\u00e9rent\u00a0: <em>Zayde, La Princesse de Montpensier <\/em>et <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>, principalement. Les attribuer toutes \u00e0 Madame de Lafayette \u00e9vite d\u2019avoir \u00e0 justifier les rapprochements que l\u2019on fait et permet de gagner beaucoup de temps.<\/p>\n<p>La seconde hypoth\u00e8se, qui n\u2019exclut pas la premi\u00e8re, est l\u2019int\u00e9r\u00eat pour un f\u00e9minisme cultiv\u00e9, par exemple acad\u00e9mique, de construire une s\u00e9rie de figures avant-gardistes, de donner de la densit\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire d\u2019une subversion et d\u2019une lutte, int\u00e9r\u00eat qui n\u2019est pas \u00e9tranger, il faut le signaler, aux fondements foucaldiens de ce f\u00e9minisme. Or, rep\u00e9rer dans la vie de Madame de Lafayette des moments de f\u00e9minisme, des signes d\u2019ind\u00e9pendance, des marques de subversion, c\u2019est s\u2019assurer que le f\u00e9minisme, l\u2019ind\u00e9pendance et la subversion que l\u2019on trouve dans <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> ne sont pas l\u2019apanage d\u2019une sp\u00e9culation litt\u00e9raire ou un doux fantasme d\u2019\u00e9crivain, mais bien une posture morale, sinon politique, qui est apparue coh\u00e9rente, \u00e0 un moment donn\u00e9, pour une femme historiquement existante. En d\u2019autres termes, la vie de Madame de Lafayette et l\u2019attribution que l\u2019on fait en sa faveur de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>, sont un moyen de s\u2019assurer que l\u2019\u0153uvre et le commentaire que l\u2019on produit sur elle ne sont pas uniquement des produits litt\u00e9raires, mais aussi, potentiellement, des produits politiques.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Cette hypoth\u00e8se, bien s\u00fbr, pose \u00e0 son tour de nouveaux probl\u00e8mes, d\u2019ordre m\u00e9thodologique principalement. Dans quelle mesure peut-on accepter qu\u2019une activit\u00e9 critique fasse fonds de donn\u00e9es qui sont au mieux douteuses, au pire tout \u00e0 fait fausses, quelque utilit\u00e9 que ces donn\u00e9es, combin\u00e9es en l\u00e9gende, puisse avoir par ailleurs\u00a0? Cette r\u00e9flexion m\u00e9thodologique ne peut se mener qu\u2019\u00e0 partir de corpus critiques plus larges que ceux que nous avons envisag\u00e9s, mais nous avons compris qu\u2019il est n\u00e9cessaire de la mener.<\/p>\n<p>Au moins avons-nous pu cerner l\u2019int\u00e9r\u00eat des postures f\u00e9ministes pour le critique litt\u00e9raire. En effet, si le cas Madame de Lafayette est un cas-limite, dans la mesure o\u00f9 la part du fictif et celle du v\u00e9ritable sont difficiles \u00e0 d\u00e9terminer, ce que nous avons dit du r\u00f4le de cette posture construite <em>a posteriori<\/em> est valable pour l\u2019analyse des postures effectives. En d\u2019autres termes, \u00e9tudier le texte <em>Y<\/em> d\u2019un auteur Z ouvertement f\u00e9ministe et dont le f\u00e9minisme est une chose assur\u00e9e (par exemple parce que Z est encore vivant, t\u00e9moigne, s\u2019exprime sur des questions de soci\u00e9t\u00e9, etc.) implique soit d\u2019\u00e9tudier <em>Y <\/em>pour soi-m\u00eame, soit de l\u2019\u00e9tudier en rapport avec la vie de Z, de sorte que l\u2019introduction par la critique, dans le domaine de r\u00e9flexion du commentaire, de la posture de l\u2019\u00e9crivain rel\u00e8ve toujours d\u2019un choix.<\/p>\n<p>Ce que le cas Madame de Lafayette permet d\u2019illustrer, \u00e9tant une construction, c\u2019est l\u2019utilit\u00e9 que rev\u00eat cette introduction\u00a0: attirer Z dans le domaine de <em>Y<\/em>, c\u2019est ancrer <em>Y<\/em> dans la r\u00e9alit\u00e9 du monde, ce qui conduit bien s\u00fbr \u00e0 rogner un peu de sa sp\u00e9cificit\u00e9 litt\u00e9raire (et on peut le regretter), mais qui permet, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, de d\u00e9velopper beaucoup plus ais\u00e9ment un commentaire politique. L\u2019on pourrait donc dire, en poussant \u00e0 l\u2019extr\u00eame ces observations, qu\u2019il n\u2019y a d\u2019\u00e9crivains f\u00e9ministes que ceux dont les \u0153uvres sont l\u2019objet d\u2019un commentaire f\u00e9ministe.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><strong>\u0152uvres de Marie-Madeleine de Lafayette<\/strong><\/h3>\n<p>Lafayette, Marie-Madeleine. 1649. \u00ab\u00a0Portrait de Madame la Marquise de S\u00e9vigny fait par Madame la Comtesse de Lafayette, sous le nom d\u2019un inconnu\u00a0\u00bb. <em>Divers portraits<\/em>. Caen\u00a0: Huet<\/p>\n<p>\u2014. 2003 [1662, 1718]. <em>La Princesse de Montpensier, La Comtesse de Tende<\/em>. \u00c9dition critique par L. Plazenet. Paris\u00a0: Librairie G\u00e9n\u00e9rale Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>\u2014. 1670. <em>Zayde<\/em>. \u00c9dition critique par Camille Esmein. Paris\u00a0: GF-Flammarion.<\/p>\n<p>\u2014. 1999 [1678]. <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>. \u00c9dition critique par P. Selliers. Paris\u00a0: Librairie G\u00e9n\u00e9rale Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>\u2014. 1978 [1720, 1731]. <em>Histoire de Madame Henriette d\u2019Angleterre, M\u00e9moires de la Cour de France pour les ann\u00e9es 1688 et 1689<\/em>. \u00c9dition critique par G. Sigaux. Paris\u00a0: Mercure de France.<\/p>\n<p>\u2014. 1942. <em>Correspondance<\/em>. \u00c9dition critique par A. Beaunier. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<h3><strong>Ouvrages et articles cit\u00e9s<\/strong><\/h3>\n<p>Anseaume Kreiter, Jeanine. 1977. <em>Le probl\u00e8me du para\u00eetre dans l\u2019\u0153uvre de Madame de La Fayette<\/em>. Paris\u00a0: Nizet.<\/p>\n<p>Brink, Margot. 2009. \u00ab\u00a0Interpr\u00e9tations cin\u00e9matographiques de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>\u00a0: du cadavre exquis \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u2019une nouvelle \u00e9thique\u00a0\u00bb. <em>Biblio 17<\/em>, no. 179, p. 113-125.<\/p>\n<p>Campbell, John. 2011. \u00ab\u00a0Etat pr\u00e9sent\u00a0: Madame de Lafayette\u00a0\u00bb. <em>French studies<\/em>, vol. 65, no. 2, p. 225-232.<\/p>\n<p>DeJean, Joan. 1984. \u00ab\u00a0Lafayette\u2019s Ellipses\u00a0: The Privileges of Anonymity\u00a0\u00bb. <em>PMLA<\/em>, vol. 99, no. 5, p. 884-902.<\/p>\n<p>Denis, Jean-Pierre. 1981. <em>L\u2019honn\u00eate homme et la critique de go\u00fbt\u00a0: esth\u00e9tique et soci\u00e9t\u00e9 au XVII\u00e8me si\u00e8cle. <\/em>Lexington\u00a0: French Forum Publishers.<\/p>\n<p>Donneau de Vis\u00e9, Jean. 1678. <em>Le Mercure Galant<\/em>. Paris\u00a0: Octobre.<\/p>\n<p>Dubois, Fran\u00e7ois-Ronan. 2011 \u00ab\u00a0<em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> et le probl\u00e8me de l\u2019originalit\u00e9 dans la construction de l\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb. <em>Studii si cercetari filologice. Seria limbi romanice<\/em>, vol. 3, no. 10, p. 54-69.<\/p>\n<p>Duch\u00eane, Roger. 1988. <em>Madame de La Fayette, la romanci\u00e8re aux cent bras. <\/em>Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\n<p>Duval, Sophie. 2009. \u00ab\u00a0Une analyse litt\u00e9raire des discours satiriques contre la r\u00e9forme P\u00e9cresse\u00a0\u00bb. <em>Fabula, la recherche en litt\u00e9rature<\/em>, avril [en ligne], <a href=\"http:\/\/www.fabula.org\/actualites\/une-analyse-litteraire-des-discours-satiriques-contre-la-reforme-pecresse-par-s-duval_30482.php\">http:\/\/www.fabula.org\/actualites\/une-analyse-litteraire-des-discours-sat&#8230;<\/a>.<\/p>\n<p>Fournier, Nathalie. 2007. \u00ab\u00a0Affinit\u00e9s et discordances stylistiques entre <em>Les D\u00e9sordres de l\u2019Amour<\/em> et <em>La Princesse de Cl\u00e8ves\u00a0<\/em>: indices et enjeux d\u2019une r\u00e9\u00e9criture\u00a0\u00bb. <em>Litt\u00e9ratures classiques<\/em>, no. 61, p. 259-276.<\/p>\n<p>Gevrey, Fran\u00e7oise. 1989. \u00ab\u00a0Les registres de la jalousie dans quelques imitations de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>\u00a0\u00bb. <em>Cahiers de l\u2019Association Internationale des Etudes Fran\u00e7aises<\/em>, no. 41, p. 25-40.<\/p>\n<p>Labio, Catherine. 1998. \u00ab\u00a0What\u2019s in fashion vent\u00a0: Behn, Lafayette and the market for novel and novelty\u00a0\u00bb. <em>Journal of Medieval and Early Modern Studies<\/em>, vol. 28, no. 1, p. 119-139.<\/p>\n<p>Lanson, Gustave. 1918. <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Hachette.<\/p>\n<p>Mar\u00edn Mart\u00ed, Amalia. 2001. \u00ab\u00a0Sociedad y literatura en el siglo XVII franc\u00e9s\u00a0: los salones\u00a0\u00bb. Cordoba\u00a0: Universidad de Cordoba.<\/p>\n<p>Mouligneau, Genevi\u00e8ve. 1980. <em>Madame de Lafayette, romanci\u00e8re\u00a0?<\/em> Bruxelles\u00a0: Universit\u00e9 de Bruxelles.<\/p>\n<p>Oster, Patricia. 2009. \u00ab\u00a0La s\u00e9miotique du <em>moi cach\u00e9<\/em> dans les transpositions filmiques de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>\u00a0\u00bb. <em>Biblio 17<\/em>, no. 179, p. 127-141.<\/p>\n<p>Rochigneux, Allison Joy. 2001. \u00ab\u00a0L\u2019expression de l\u2019autonomie et de l\u2019espace dans <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> de Madame de Lafayette\u00a0: la galanterie et la vertu\u00a0\u00bb. Regina\u00a0: Universit\u00e9 de Regina.<\/p>\n<p>Sainte-Beuve, Charles-Augustin. [1844], 1998. <em>Portraits de femmes<\/em>. \u00c9dition critique par G. Antoine. Paris\u00a0: Gallimard, p. 331-354.<\/p>\n<p>Sauder, R\u00e9gis. 2011. <em>Nous, Princesses de Cl\u00e8ves<\/em>. Nord\/Ouest Documentaires, 69 min.<\/p>\n<p>Schaf, Ellen. 2011. \u00ab\u00a0Finding Her Voice\u00a0: the Princess\u2019 Struggle in Madame de Lafayette\u2019s <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>\u00a0\u00bb. Oxford : Miami University.<\/p>\n<p>Sellier, Philipe. 2003. <em>Essais sur l\u2019imaginaire classique\u00a0: Pascal, Racine, Pr\u00e9cieuses et Moralistes, F\u00e9nelon<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion.<\/p>\n<p>Viala, Alain. 2008. <em>La France galante<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>Vialleton, Jean-Yves. 2008. \u00ab\u00a0Quinault h\u00e9ritier de Tristan\u00a0: une filiation myst\u00e9rieuse\u00a0\u00bb. <em>Cahiers de Tristan l\u2019Hermite<\/em>. p. 62-71.<\/p>\n<p>Vialleton Jean-Yves. 2009. \u00ab\u00a0L\u2019extraordinaire vie de Moli\u00e8re\u00a0: du th\u00e9\u00e2tre au roman\u00a0\u00bb. Gabriel Conesa et Jena Emelina (dir). <em>Moli\u00e8re et le romanesque<\/em>. P\u00e9zenas\u00a0: Domens, p. 10-38.<\/p>\n<p>Vialleton, Jean-Yves. \u00c0 para\u00eetre. \u00ab\u00a0La nouvelle diffamatoire \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique\u00a0: le cas particulier de <em>La Vie de Monsieur l\u2019abb\u00e9 de Choisy de l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise<\/em>\u00a0\u00bb. <em>Cahiers d\u2019\u00e9tudes italiennes<\/em>.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_ziiwtlw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_ziiwtlw\">[1]<\/a> Plus g\u00e9n\u00e9ralement, on peut se reporter \u00e0 l\u2019ensemble des travaux consacr\u00e9s par ce chercheur, pour le dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, aux biograph\u00e8mes fictifs de la vie des \u00e9crivains, notamment pour Corneille (2006), Quinault (2008) et Moli\u00e8re (2009). R\u00e9f\u00e9rences compl\u00e8tes en bibliographie.<\/p>\n<p id=\"footnote2_9z6qp1k\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_9z6qp1k\">[2]<\/a> En 2006, dans son \u00ab\u00a0Discours sur le projet politique et les enjeux \u00e9lectoraux de la droite\u00a0\u00bb, prononc\u00e9 \u00e0 Lyon devant des partisans de l\u2019UMP, Nicolas Sarkozy affirme qu\u2019il est \u00ab\u00a0sadique\u00a0\u00bb d\u2019interroger un candidat \u00e0 un concours de l\u2019administration sur <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> et que les guicheti\u00e8res de la poste n\u2019ont pas \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 cette \u0153uvre, propos r\u00e9it\u00e9r\u00e9s en 2008, \u00e0 Paris, dans une \u00ab\u00a0D\u00e9claration sur la modernisation des politiques publiques et la r\u00e9forme de l\u2019Etat\u00a0\u00bb. Dans le cadre d\u2019un vif d\u00e9bat politique sur la r\u00e9forme du statut des universit\u00e9s fran\u00e7aises, ces propos ont suscit\u00e9 une pol\u00e9mique aliment\u00e9e par des universitaires, des personnalit\u00e9s du monde de la culture et des personnalit\u00e9s politiques.<\/p>\n<p id=\"footnote3_gbh6ul0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_gbh6ul0\">[3]<\/a> Sur cette question, je me permets de renvoyer \u00e0 mon analyse dans \u00ab\u00a0<em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> et le probl\u00e8me de l\u2019originalit\u00e9 dans la construction de l\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb. R\u00e9f\u00e9rences compl\u00e8tes en bibliographie.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dubois, Fran\u00e7ois-Ronan. 2012. \u00ab La construction d\u2019une posture f\u00e9ministe a posteriori : le cas Madame de Lafayette \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5511, (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dubois-15.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dubois-15.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-afd67378-5580-47ed-bef6-343fed56ac48\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dubois-15.pdf\">dubois-15<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dubois-15.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-afd67378-5580-47ed-bef6-343fed56ac48\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab En territoire f\u00e9ministe : regards et relectures \u00bb, n\u00b0 15 Au cours de l\u2019\u00e2ge classique, peu d\u2019\u0153uvres semblent se pr\u00eater plus volontiers aux recherches d\u2019une critique f\u00e9ministe, ou tout du moins d\u2019une critique des \u0153uvres f\u00e9ministes, que La Princesse de Cl\u00e8ves et, \u00e0 travers elle, l\u2019ensemble de la production de Marie-Madeleine Pioche de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1221,1225],"tags":[117],"class_list":["post-5511","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-en-territoire-feministe-regards-et-relectures","category-prendre-la-parole","tag-dubois-francois-ronan"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5511","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5511"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5511\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9094,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5511\/revisions\/9094"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}