{"id":5513,"date":"2024-06-13T19:48:21","date_gmt":"2024-06-13T19:48:21","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/ducharme-et-vian-phonographes-du-pornographe\/"},"modified":"2024-09-06T17:48:43","modified_gmt":"2024-09-06T17:48:43","slug":"ducharme-et-vian-phonographes-du-pornographe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5513","title":{"rendered":"Ducharme et Vian : phonographes du pornographe ?"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6885\">Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016<\/a><\/h5>\n<p>Que peuvent avoir en commun un auteur qu\u00e9b\u00e9cois sans visage qui continue de se cacher malgr\u00e9 la publication de ses \u0153uvres chez Gallimard et celui que l\u2019on a appel\u00e9, un temps, le Prince de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s? Bien que le parall\u00e8le ne semble pas \u00e9vident, nous souhaitons, \u00e0 l\u2019instar de Petr Vurm (2009) et d\u2019\u00c9lisabeth Nardout-Lafarge (2001, p. 115-116), rapprocher les figures de ces deux auteurs Gallimard. Certaines dissemblances les \u00e9loignent d\u2019entr\u00e9e de jeu l\u2019un de l\u2019autre. L&rsquo;absence de Ducharme de la sc\u00e8ne publique est si singuli\u00e8re qu\u2019elle en vient \u00e0 cr\u00e9er une pr\u00e9sence fascinante, alors que le visage de Vian, au contraire, s\u2019impose fortement sur la sc\u00e8ne artistique parisienne de son \u00e9poque, jetant l&rsquo;\u00e9crivain dans l&rsquo;ombre de l&rsquo;homme. Ducharme connait un succ\u00e8s imm\u00e9diat, Vian un succ\u00e8s posthume. Leur parcours semble donc bien diff\u00e9rent et sans contact possible. Mais ce serait oublier que Ducharme cite Vian dans plusieurs de ses romans. En effet, il \u00e9voque la chanson \u00ab\u00a0Fais-moi mal\u00a0\u00bb en exergue des <em>Enfant\u00f4mes <\/em>(Ducharme, 1976, p. 8) en ajoutant que \u00ab\u00a0c&rsquo;est si beau\u00a0\u00bb, et fait entendre \u00ab\u00a0Le d\u00e9serteur\u00a0\u00bb comme un air qui donne des \u00ab\u00a0frissons\u00a0\u00bb dans <em>L&rsquo;Hiver de force <\/em>(Ducharme, 1973, p. 41). Ducharme fait allusion au chansonnier, mais Vian est aussi romancier et pas n&rsquo;importe lequel. Il est ce pornographe qui \u00e9crit des romans noirs am\u00e9ricains, mais il est surtout ce franc-tireur qui cr\u00e9e un \u00ab\u00a0langage-univers\u00a0\u00bb (Bens, 1963), selon l&rsquo;expression de Jacques Bens, tout comme Ducharme.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ce qui les distancie, les deux cr\u00e9ateurs se rejoignent sur plusieurs points. Si Ducharme s&rsquo;amuse \u00e0 donner de \u00ab\u00a0dr\u00f4les de titres\u00a0\u00bb \u00e0 ses romans, Vian, quant \u00e0 lui, s&rsquo;amuse \u00e0 cr\u00e9er des canulars scandaleux en prenant entre autres le pseudonyme de Vernon Sullivan. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces \u00e9crits qui piquent la curiosit\u00e9 et attisent le m\u00e9pris de la critique bien-pensante, ces deux cr\u00e9ateurs composent des chansons et s&rsquo;adonnent \u00e0 l\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale et sc\u00e9naristique. Ils touchent aussi aux arts visuels, Ducharme assemblant ses \u00ab\u00a0Trophoux\u00bb, Vian peignant quelques tableaux pour l\u2019exposition \u00ab\u00a0Si vous savez \u00e9crire, vous savez dessiner<a id=\"footnoteref1_adpkqik\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette exposition a eu lieu le 20 d\u00e9cembre 1946. \" href=\"#footnote1_adpkqik\">[1]<\/a>\u2026\u00a0\u00bb et s\u2019adonnant \u00e0 la construction de mod\u00e8les r\u00e9duits et d\u2019objets divers<a id=\"footnoteref2_w4yd8tc\" class=\"see-footnote\" title=\"Quelques-uns de ces objets se retrouvent sur les pages couvertures de ses romans publi\u00e9s chez Le livre de poche. \" href=\"#footnote2_w4yd8tc\">[2]<\/a>\u00a0; deux polygraphes donc, deux touche-\u00e0-tout. Ducharme s&rsquo;est m\u00eame \u00ab\u00a0pris pour<a id=\"footnoteref3_ccjjemu\" class=\"see-footnote\" title=\"Expression qu\u2019il utilise dans le texte d\u2019autopr\u00e9sentation qui accompagnait la premi\u00e8re \u00e9dition de L\u2019Aval\u00e9e des aval\u00e9s, publi\u00e9 dans la collection blanche de Gallimard en 1966. \" href=\"#footnote3_ccjjemu\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb un commis de bureau pendant un certain temps, alors que Vian a travaill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AFNOR et \u00e0 l&rsquo;Office du papier en tant qu\u2019ing\u00e9nieur. Autre point commun, leur \u0153uvre, souvent caract\u00e9ris\u00e9e par une fascination pour l&rsquo;enfance et pour la jeunesse, sortes de paradis perdus, s\u2019inscrit dans des contextes en mouvement, la R\u00e9volution tranquille au Qu\u00e9bec et l&rsquo;apr\u00e8s-guerre en France.<\/p>\n<p>Les postures de ces deux \u00e9crivains gagnent \u00e0 \u00eatre mises en parall\u00e8le et leur rapprochement permettra de les voir sous un angle particulier. Il ne s&rsquo;agira pas de confondre les deux cr\u00e9ateurs l&rsquo;un l&rsquo;autre, mais bien de voir en quoi ils partagent une certaine parent\u00e9 pouvant \u00e9clairer le sens de leur \u0153uvre. En soulignant cette familiarit\u00e9 que l\u2019on peut ressentir \u00e0 la lecture de leurs \u00e9crits, nous pourrons exemplifier le d\u00e9sir de marginalit\u00e9 qui est pr\u00e9sent chez l\u2019un et chez l\u2019autre, pour ensuite nous attarder sur leur rapport aux \u00e9crivains et \u00e0 la litt\u00e9rature. Nous verrons alors comment leur position de francs-tireurs se manifeste d\u2019une mani\u00e8re \u00e9tonnamment semblable dans deux de leurs romans, <em>Le Nez qui voque <\/em>(Ducharme, 1967) et <em>L&rsquo;Automne \u00e0 P\u00e9kin <\/em>(Vian, 2010 [1956], p. 513-726). Nous tenterons donc d\u2019analyser ces deux \u0153uvres qui pr\u00e9sentent toutes deux une esth\u00e9tique de la transgression, afin de cerner comment l\u2019\u00e9criture de ces deux cr\u00e9ateurs outrepasse d\u2019une mani\u00e8re ludique et d\u00e9sinvolte les fronti\u00e8res pr\u00e9sentes dans le langage.<\/p>\n<h2>Deux francs-tireurs marginaux<\/h2>\n<p>La marginalit\u00e9 de ces deux polygraphes gagne \u00e0 \u00eatre mise en parall\u00e8le, comme l\u2019a bien vu Petr Vurm dans son texte \u00ab\u00a0Ducharme et Vian\u00a0: deux cr\u00e9ativit\u00e9s aux confins des mots\u00a0\u00bb (Vurm, 2009), qui les pr\u00e9sente comme des \u00ab\u00a0explorateurs de ces espaces limitrophes de la langue\u00a0\u00bb (Vurm, 2009, p. 91). Un nouveau rapprochement peut aussi \u00eatre fait \u00e0 la lumi\u00e8re de la notion de <em>liminarit\u00e9<\/em> d\u00e9finie par Michel Biron dans son essai<em> L&rsquo;Absence du ma\u00eetre <\/em>(Biron, 2000). Si celui-ci se penche plus particuli\u00e8rement sur la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise et sur R\u00e9jean Ducharme, il n&rsquo;en demeure pas moins que ses r\u00e9flexions peuvent \u00e9galement \u00e9clairer la posture de Vian.<\/p>\n<p>Dans son essai, Biron prend pour assise le concept de <em>communitas <\/em>qu&rsquo;il emprunte \u00e0 l&rsquo;anthropologie. Il utilise ce concept pour d\u00e9finir l\u2019espace litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois comme \u00ab\u00a0une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9pourvue de structure hi\u00e9rarchique forte\u00a0\u00bb (Biron, 2000, p. 11). L&rsquo;\u00e9crivain qu\u00e9b\u00e9cois, loin de faire face \u00e0 une longue tradition qu&rsquo;il peut transgresser, se retrouve devant l&rsquo;absence d&rsquo;une structure \u00e0 laquelle il pourrait adh\u00e9rer ou s&rsquo;opposer. Il ne s&rsquo;agit pas pour lui de s&rsquo;\u00e9lever en acqu\u00e9rant un prestige symbolique, mais bien d&rsquo;\u00e9tendre horizontalement une zone de proximit\u00e9, et de s&rsquo;inscrire dans une <em>communitas<\/em> o\u00f9 ne r\u00e8gne aucun ma\u00eetre ni aucune loi susceptible de dresser des interdits. Si l&rsquo;\u00e9crivain qu\u00e9b\u00e9cois a un combat \u00e0 livrer dans la sph\u00e8re litt\u00e9raire, selon Biron, c&rsquo;est bien contre l&rsquo;absence m\u00eame d&rsquo;une sph\u00e8re bien d\u00e9finie.<\/p>\n<p>Vian a grandi dans une soci\u00e9t\u00e9 fortement hi\u00e9rarchis\u00e9e \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la situation qu\u00e9b\u00e9coise, mais l\u2019\u00e9crivain parisien touche-\u00e0-tout ne semblait pas la prendre en compte ni se soucier de sa position au sein de celle-ci,\u00a0 empruntant ce que bon lui semblait dans les mouvements artistiques de son \u00e9poque sans revendiquer une quelconque appartenance. Vian s\u2019est tenu en marge du surr\u00e9alisme ou de l&rsquo;existentialisme et a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les parodier<a id=\"footnoteref4_kbpc7ih\" class=\"see-footnote\" title=\"Il parodie entre autres le po\u00e8me d\u2019\u00c9luard, \u00ab\u00a0Libert\u00e9\u00a0\u00bb, et se moque amicalement de Jean-Paul Sartre \u00e0 plusieurs reprises, notamment dans L\u2019\u00c9cume des jours. \" href=\"#footnote4_kbpc7ih\">[4]<\/a>. Il a \u00e9crit \u00e0 la fois des romans noirs, des romans \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture heureuse<a id=\"footnoteref5_qzrq483\" class=\"see-footnote\" title=\"Propos de Mich\u00e8le L\u00e9glise, la premi\u00e8re femme de Vian, au sujet de L\u2019\u00c9cume des jours, voir Marc Lapprand [dir], \u00ab\u00a0Notice de L\u2019\u00c9cume des jours\u00a0\u00bb, dans \u0152uvres romanesques compl\u00e8tes, op. cit., t. 1, p. 1184\" href=\"#footnote5_qzrq483\">[5]<\/a>.\u00a0\u00bb et a publi\u00e9 des articles dans une cinquantaine de revues et de journaux tous fort diff\u00e9rents id\u00e9ologiquement. En fr\u00e9quentant des endroits si \u00e9loign\u00e9s du point de vue des hi\u00e9rarchies culturelles, Vian a pris des libert\u00e9s face \u00e0 l\u2019institution litt\u00e9raire fran\u00e7aise et, d\u2019une certaine fa\u00e7on, s\u2019est moqu\u00e9 de ses r\u00e8gles et de ses cadres. Comme le souligne Marc Lapprand, il se place \u00ab\u00a0en de\u00e7\u00e0 de ce monde \u00a0\u00bbofficiel\u00a0\u00bb de la litt\u00e9rature, dans ce qu&rsquo;il a de plus s\u00e9rieux et intellectuel. En d\u00e9savouant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;esprit de s\u00e9rieux, Vian s&rsquo;assure une position de franc-tireur et s&rsquo;expose \u00e0 la marginalit\u00e9\u00a0\u00bb (Lapprand, 2010, p. XIV).<\/p>\n<p>Cette position au sein de l&rsquo;institution fran\u00e7aise semble lui avoir nui, alors qu&rsquo;elle reste plus fr\u00e9quente en Am\u00e9rique. Biron souligne en effet que \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain est anim\u00e9 par l&rsquo;esprit franc-tireur [qui] se bat seul, avec une connaissance relative et un respect limit\u00e9 des principes militaires, mais avec succ\u00e8s\u00a0\u00bb (Biron, 2000, p. 45). Le franc-tireur doit alors improviser et il le fait avec ses connaissances, sans souci de dissocier ce qui doit se faire et ce qui ne doit pas se faire. Il fait, tout simplement, ce que bon lui semble, sans chercher \u00e0 vouloir s&rsquo;inscrire dans le monde officiel de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<h2>Une recherche de convivialit\u00e9<\/h2>\n<p>Si Ducharme et Vian se placent tous deux volontiers en marge des institutions, ils se rejoignent \u00e9galement dans leur d\u00e9sir de commencement, celui de cr\u00e9er une litt\u00e9rature en l\u2019absence d\u2019un ma\u00eetre qui les transformerait en disciple d\u2019une quelconque id\u00e9ologie ou d\u2019une quelconque esth\u00e9tique formelle dominante. Pour ce faire, les deux cr\u00e9ateurs renouvellent constamment leur \u0153uvre en refusant d\u2019adopter les clich\u00e9s et les modes qui caract\u00e9risent leur \u00e9poque sans pour autant adh\u00e9rer aux traditions litt\u00e9raires plus anciennes.<\/p>\n<p>Dans son \u00ab\u00a0Journal \u00e0 Rebrousse-poil\u00a0\u00bb, Vian exprime ce d\u00e9sir\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] j&rsquo;ai essay\u00e9 de raconter aux gens des histoires qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient jamais lues. Connerie pure, double connerie\u00a0: ils n&rsquo;aiment que ce qu&rsquo;ils connaissent d\u00e9j\u00e0; mais moi j&rsquo;y prends pas plaisir \u00e0 ce que je connais, en litt\u00e9rature. Au fond, je me les racontais les histoires. J&rsquo;aurais aim\u00e9 les lire dans des livres d&rsquo;autres (Arnaud, 1998, p. 194).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais Vian, en se racontant des histoires, n&rsquo;\u00e9crit pas seulement pour lui. Par exemple, son <em>Conte de f\u00e9es \u00e0 l&rsquo;usage des moyennes personnes<\/em> (Vian, 2010 [1996], p. 3-39) est r\u00e9dig\u00e9 dans le but d\u2019all\u00e9ger la convalescence de sa femme Mich\u00e8le L\u00e9glise. Le premier roman qu&rsquo;il publie chez Gallimard, <em>Vercoquin et le Plancton<\/em> (Vian, 2010 [1946] p. 105-238)<em>, <\/em>est d&rsquo;abord destin\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0amuser une bande de copains\u00a0\u00bb. Ce d\u00e9sir d&rsquo;intimit\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9criture, de proximit\u00e9 avec le lecteur, s&rsquo;apparente \u00e0 celui de Mille Milles, le narrateur du <em>Nez qui voque<\/em> qui lui, affirme \u00e9crire comme on \u00e9crit \u00e0 sa fianc\u00e9e (Ducharme, 1967, p. 12).<\/p>\n<p>En adoptant cette forme d\u2019\u00e9criture, les deux \u00e9crivains instaurent un rapport particulier avec le lecteur et avec la litt\u00e9rature. Ils cr\u00e9ent, dans les deux cas, une distanciation \u00a0par rapport au lecteur-\u00e9diteur et s\u2019adressent directement au lecteur-fr\u00e8re qui, lui aussi, d\u00e9sire se faire raconter des histoires sans devoir passer par les formalit\u00e9s propres aux conventions litt\u00e9raires de l\u2019\u00e9poque. Ducharme et Vian affichent ainsi une forme de marginalit\u00e9 semblable et entreprennent, comme le souligne \u00c9lisabeth Haghebaerth \u00e0 propos du Qu\u00e9b\u00e9cois, une recherche de sympathie et de convivialit\u00e9 (Haghebaert, 2009, p. 223).<\/p>\n<p>En faisant tous deux appel \u00e0 la <em>communitas<\/em>, Ducharme et Vian se positionnent \u00a0en marge des institutions. L&rsquo;\u00e9pigraphe du <em>Nez qui voque <\/em>est r\u00e9v\u00e9latrice \u00e0 cet \u00e9gard. Ducharme \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis pas un homme de lettres. Je suis un homme\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 10). Dans le roman, Mille Milles revient sur cette id\u00e9e en \u00e9crivant\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis en train d&rsquo;\u00e9crire un chef-d&rsquo;\u0153uvre de litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Dans cent un ans, les enfants d&rsquo;\u00e9cole en apprendront des pages par c\u0153ur. Mais, je ne veux pas de gloire\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p.\u00a054). De son c\u00f4t\u00e9, Vian \u00e9crit dans un de ses po\u00e8mes\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>J&rsquo;aimerais\/Devenir un grand po\u00e8te\/Et les gens\/Me mettraient\/Plein de laurier sur la t\u00eate\/ Mais voil\u00e0\/Je n&rsquo;ai pas\/Assez de go\u00fbt pour les livres\/Et je songe trop \u00e0 vivre\/Et je pense trop aux gens\/Pour \u00eatre toujours content\/De n&rsquo;\u00e9crire que du vent (Vian, 1996, p. 41)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les deux cr\u00e9ateurs se pr\u00e9sentent comme des \u00e9crivains qui ne visent pas un lectorat compos\u00e9 \u00ab\u00a0d&rsquo;amateurs et d&rsquo;amatrices de fleurs de rh\u00e9torique\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 12), pour reprendre les mots de Ducharme, ni form\u00e9 par des gens qui posent des <em>lauriers<\/em> sur les t\u00eates en guise de consid\u00e9ration. Plus qu&rsquo;une distanciation vis-\u00e0-vis de ce type de lecteur, c&rsquo;est un certain rapport \u00e0 l&rsquo;homme et \u00e0 la litt\u00e9rature qui se cr\u00e9e dans ces propos.<\/p>\n<h2>Un bouc-\u00e9missaire commun\u00a0: le pornographe<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9crivain liminaire, en cherchant \u00e0 faire partie de la <em>communitas<\/em>, se positionne \u00e9galement contre l&rsquo;\u00e9crivain qui ne ferait qu&rsquo;\u00e9crire, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9crivain professionnel. En effet, le bouc-\u00e9missaire de Ducharme et Vian est l&rsquo;\u00e9crivain commercial que Mille Milles qualifie de pornographe. Leur rapport au pornographe est toutefois ambivalent, car bien qu&rsquo;ils souhaitent s&rsquo;en dissocier, les deux cr\u00e9ateurs d\u00e9ploient des univers o\u00f9 cette figure \u00a0s\u2019impose. Pr\u00e9sent dans le <em>Nez qui voque<\/em>, le pornographe est aussi mis en sc\u00e8ne dans <em>L&rsquo;Aval\u00e9e des aval\u00e9s <\/em>(Ducharme, 1966, p. 282-284)<em>, <\/em>sous la figure de l&rsquo;\u00e9crivain nomm\u00e9 Blasey Blasey qui \u00e9crit \u00ab\u00a0comme d&rsquo;autres vont \u00e0 l&rsquo;usine\u00a0\u00bb (Ducharme, 1966, p. 284). Vian se joue aussi des figures blas\u00e9es comme l&rsquo;alcoolique de la chanson \u00ab\u00a0Je bois\u00a0\u00bb, qui boit \u00ab\u00a0sans y prendre plaisir\u00a0\u00bb. C&rsquo;est \u00e0 ce d\u00e9tachement en particulier que fait r\u00e9f\u00e9rence la d\u00e9rision chez Vian comme chez Ducharme, \u00e0 ce manque d&rsquo;appropriation sensible des choses, que ce soit une appropriation d&rsquo;un \u00e9tat \u00e9thylique ou d&rsquo;un discours culturel, les deux \u00e9tant trait\u00e9s sur le m\u00eame plan.<\/p>\n<p>Ducharme met \u00e9galement en sc\u00e8ne le pornographe dans <em>La fille de Christophe Colomb<\/em> (Ducharme, 1969), o\u00f9 il reprend le titre de la chanson de Brassens et \u00e9crit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Quoi! Vous n&rsquo;avez jamais vu \u00e7a, un pornographe?\/ D&rsquo;o\u00f9 sortez-vous? Arrivez en ville, sacrement!\/ Vous ne connaissez m\u00eame pas le pornographe du phonographe?\/\u00a0R\u00e9veillez-vous! C&rsquo;est la civilisation maintenant!\u00a0\u00bb (Ducharme, 1969, p. 33-34). Cette civilisation, cette ville dans laquelle arrive aussi Mille Milles est faite, comme il le dit, de \u00ab\u00a0litt\u00e9rature pornographique contemporaine\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 58). En attendant l&rsquo;autobus, il n&rsquo;a d&rsquo;autre chose \u00e0 faire que de \u00ab\u00a0palp[er] les livres sexuels du petit kiosque \u00e0 journaux\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p.\u00a0318), dans lequel pourrait se trouver aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;un roman d&rsquo;Henry Miller, celui de Vian, <em>J&rsquo;irai cracher sur vos tombes<\/em> (Vian, 2010 [1946], p. 239-341)<em>.<\/em><\/p>\n<p>En effet, Vian, ce pornographe qui \u00e9crit des romans noirs am\u00e9ricains a compris, comme Mille Milles, que les \u00ab\u00a0livres sexuels\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 19) sont surtout \u00e9crits par les Am\u00e9ricains<a id=\"footnoteref6_jgd702a\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00c0 ce sujet voir Gilles Marcotte, 1989, p. 75 \u00e0 122. \" href=\"#footnote6_jgd702a\">[6]<\/a>. Il reste que Vian \u00e9tablit une distinction nette entre l&rsquo;\u00e9crivain Vernon Sullivan et l&rsquo;\u00e9crivain Vian, ne serait-ce que par l&rsquo;utilisation du pseudonyme. Cette distinction s&rsquo;\u00e9tablit davantage devant les critiques et les censeurs auxquels il pr\u00e9cise\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Encore une fois, <em>J\u2019irai cracher sur vos tombes<\/em> (je l\u2019ai dit et redit publiquement) ne rel\u00e8ve pas de la litt\u00e9rature, mais du divertissement. Les Am\u00e9ricains ont g\u00e9n\u00e9ralement le sens de l&rsquo;humour qui manque \u00e0 bien des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb (Arnaud, 1998, p. 155). Ce divertissement lui permettra de vivre un temps de son \u00e9criture, mais les livres auxquels il tient le plus, comme il le souligne au critique Stuart Gilbert, sont <em>L&rsquo;\u00c9cume des jours <\/em>(Vian, 2010 [1947], p. 343-511) et <em>L&rsquo;Automne \u00e0 P\u00e9kin<\/em>.<\/p>\n<p>En hi\u00e9rarchisant son \u0153uvre du point de vue de la valeur litt\u00e9raire, Vian distingue clairement les livres auxquels il accorde plus d\u2019importance \u00a0de ceux qui se vendent le plus et d\u00e9montre son d\u00e9sir de repousser le pornographe plus commercial pour mettre \u00e0 l&rsquo;avant-plan l&rsquo;\u00e9crivain artiste, le cr\u00e9ateur. Ducharme, quant \u00e0 lui, refuse de publier ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre parodiques et ses textes de chansons, cr\u00e9ant lui aussi une sorte de hi\u00e9rarchie \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa propre production. Paradoxalement, leur \u0153uvre litt\u00e9raire, elle, plaide pour l\u2019abolition d\u2019une certaine hi\u00e9rarchie des discours. Leurs textes de pr\u00e9dilection semblent alors s&rsquo;adresser \u00e0 un lectorat bien particulier qui est appel\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9coder \u00bb leur \u0153uvre sur \u00ab le mode du \u00a0\u00bbcomprenne qui pourra\u00a0\u00bb\u00bb (Haghebaert, 2009, p. 136).<\/p>\n<p>En recherchant un rapport plus intime, plus complice avec la <em>communitas, <\/em>Ducharme et Vian semblent \u00e9tablir une r\u00e9flexion sur la gratuit\u00e9 de la litt\u00e9rature. Ils se positionnent en faveur de l&rsquo;\u00e9crivain non pas professionnel, mais bien l&rsquo;\u00e9crivain-fr\u00e8re, qui parle au lecteur comme \u00e0 un ami. Ce d\u00e9sir de marginalit\u00e9 et de fraternit\u00e9 s\u2019exprime de fa\u00e7on encore plus sensible dans leurs \u0153uvres, notamment dans <em>Le Nez qui voque <\/em>et <em>L&rsquo;Automne \u00e0 P\u00e9kin. <\/em>Pour bien d\u00e9montrer ce d\u00e9sir de s&rsquo;inscrire dans un tel rapport \u00e0 la litt\u00e9rature et afin de lutter contre les \u00e9tiquettes, les deux romanciers se r\u00e9fugient dans la langue et s&rsquo;arment ing\u00e9nieusement. Leur attaque prend pour cible les conventions litt\u00e9raires et langagi\u00e8res.<\/p>\n<h2>Le ludisme des \u00e9pigraphes comme premier affront<\/h2>\n<p><em>Le Nez qui voque <\/em>et <em>L\u2019Automne \u00e0 P\u00e9kin<\/em> pr\u00e9sentent dans leur titre une forme de tromperie qui d\u00e9stabilise. Les citations en exergue poursuivent ce jeu sur le langage et ne font que porter en d\u00e9rision l&rsquo;utilisation de ces r\u00e9f\u00e9rences Ces offensives aux conventions litt\u00e9raires, sans \u00e9clairer les canevas des romans, apportent du sens au discours que le lecteur s\u2019appr\u00eate \u00e0 lire. <em>Le Nez qui voque <\/em>s&rsquo;ouvre sur une subversion manifeste de la d\u00e9dicace qui s\u2019apparente \u00e0 une mutinerie, pour reprendre l\u2019expression de Marie-Andr\u00e9e Beaudet (Beaudet, 2001, p. 103-112). Nous pouvons lire d\u00e8s la premi\u00e8re page que les citations des diff\u00e9rents personnages pr\u00e9sentes dans cette d\u00e9dicace ont \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0glan\u00e9[es] au hasard de leurs \u0153uvres pour l&rsquo;\u00e9dification des races\u00a0\u00bb, avec entre parenth\u00e8ses le calembour \u00ab\u00a0au hasard de leurs \u0153uvres pour l&rsquo;\u00e9rection d&rsquo;\u00c9rasme\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 9), sorte de paillardise que l&rsquo;ont pourrait d&rsquo;ailleurs ais\u00e9ment mettre en lien avec les calembours des <em>Cent sonnets <\/em>(Vian, 1984) de Vian.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pigraphe se poursuit sur une citation du po\u00e8te \u00c9mile Nelligan faite \u00ab\u00a0de m\u00e9moire\u00a0\u00bb, ce qui la lib\u00e8re de l\u2019usage traditionnel qui veut que, dans une \u00e9pigraphe, l\u2019on d\u00e9montre son savoir et que l\u2019on soit fid\u00e8le au texte d\u2019origine qui, quant \u00e0 lui, doit avoir re\u00e7u une certaine reconnaissance. Ce d\u00e9tournement se fait au profit d&rsquo;une appropriation plus sensible de la citation que Ducharme pr\u00e9f\u00e8re se rappeler librement, pr\u00e9tendant ne pas avoir pris la peine de v\u00e9rifier sa source. Il ne s&rsquo;agit donc pas ici de d\u00e9ployer son \u00e9rudition. La suite nous le d\u00e9montre bien. Les citations subs\u00e9quentes ne contiennent, pour la plupart, qu&rsquo;un seul mot sans signification particuli\u00e8re. Elles proviennent de figures bien diff\u00e9rentes entre elles telles que Colette, Kierkegaard, Platon, Mauriac, Hitler, Iberville, le patriote L\u00e9andre Ducharme ainsi que d&rsquo;un auteur imaginaire\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ah\u00a0!\u00a0\u00bb (Colette.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Je me&#8230;\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Oh !\u00a0\u00bb (Kierkegaard.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Ah !\u00a0\u00bb (Platon.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Sur la&#8230;\u00a0\u00bb (Mauriac.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Ich&#8230;\u00a0\u00bb (Hitler.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Ils&#8230; ne&#8230; la&#8230; votre&#8230; votre&#8230; leur&#8230;\u00a0\u00bb (Musset.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Ah\u00a0!\u00a0\u00bb (George Sand.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Il fait&#8230;\u00a0\u00bb (Gide.)\u00a0\/\u00a0\u00ab\u00a0Les Messieurs de vos a semblez&#8230;\u00a0\u00bb (Iberville.) (Ducharme, 1967, p. 9)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si Vian ne construit pas une \u00e9pigraphe aussi \u00e9labor\u00e9e, il n&rsquo;en demeure pas moins qu&rsquo;il pose des citations en exergue des chapitres, ici et l\u00e0, sans logique apparente, un peu comme les mots \u00ab\u00a0glan\u00e9s\u00a0\u00bb par Ducharme. La provenance de ces citations est aussi d\u00e9routante que celle du Qu\u00e9b\u00e9cois. Vian ouvre son r\u00e9cit sur une citation de Lord Raglan prise dans une \u00e9tude anthropologique intitul\u00e9e <em>Le Tabou de l&rsquo;inceste\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Les personnes qui n&rsquo;ont pas \u00e9tudi\u00e9 la question sont sujettes \u00e0 se laisser induire en erreur&#8230;\u00a0\u00bb (Vian, 2010 [1956], p. 515). Cette formule est qualifi\u00e9e par G\u00e9rard Durozoi de lapalissade (Durozoi, 1977, p. 246), c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u2019affirmation dont l&rsquo;\u00e9vidence pr\u00eate \u00e0 rire. Ducharme, quant \u00e0 lui, fait appel \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;indulgence\u00a0\u00bb du lecteur \u00ab\u00a0pour la qualit\u00e9 de cette production\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 9) en modifiant l\u00e9g\u00e8rement un extrait du journal d\u2019exil du patriote qu\u00e9b\u00e9cois L\u00e9andre Ducharme.<\/p>\n<p>Le texte s&rsquo;amorce donc sur la possibilit\u00e9 d&rsquo;une incompr\u00e9hension. Le lecteur s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 lire un r\u00e9cit qui pourrait le tromper. D\u2019ailleurs, cette tromperie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 inscrite dans les titres. En effet, <em>L\u2019Automne \u00e0 P\u00e9kin <\/em>ne se d\u00e9roule aucunement en Chine ni durant l\u2019automne et l\u2019intitul\u00e9 du<em> Nez qui voque <\/em>n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019usage d\u2019un calembour. Cette d\u00e9stabilisation se poursuivra au fil des r\u00e9cits qui pr\u00e9senteront, phrase apr\u00e8s phrase, mot apr\u00e8s mot, des liens absurdes bafouant la logique du discours. Cela se traduit, par exemple, par des passages tels que\u00a0: \u00ab\u00a0Je renie tout ce que je viens de dire. \u00c7a n\u2019a aucun sens.\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 221) et par les nombreuses situations grotesques et absurdes de <em>L\u2019Automne \u00e0 P\u00e9kin<\/em>. Gr\u00e2ce aux \u00e9pigraphes, les deux \u00e9crivains d\u00e9montrent d&rsquo;entr\u00e9e de jeu qu&rsquo;ils d\u00e9ploieront des univers d\u00e9concertants qu&rsquo;ils s&rsquo;approprieront \u00e0 l\u2019aide d\u2019un langage libre et ludique, sans se soucier des usages conventionnels propres \u00e0 leur \u00e9poque.<\/p>\n<h2>Des phonographes en libert\u00e9<\/h2>\n<p>Si, comme le souligne Marie-Andr\u00e9e Beaudet, Ducharme \u00ab\u00a0plaide en faveur d&rsquo;un usage d\u00e9sacralis\u00e9 du texte litt\u00e9raire\u00a0\u00bb en utilisant des \u00ab\u00a0lambeaux d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s volontairement priv\u00e9s de toute signification\u00a0\u00bb (Beaudet, 2001, p. 108). Vian, quant \u00e0 lui, d\u00e9sacralise l\u2019usage litt\u00e9raire de la citation en prenant pour r\u00e9f\u00e9rences des ouvrages qui ne font pas partie de la litt\u00e9rature. Il vide lui aussi l&rsquo;exergue de sa fonction traditionnelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire celle de d\u00e9montrer l&rsquo;\u00e9rudition de l&rsquo;auteur, son univers de r\u00e9f\u00e9rence et sa position dans le monde litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Vian cite en exergue deux \u00e9tudes anthropologiques, des ouvrages d&rsquo;ing\u00e9nierie, l\u2019ouvrage populaire qu\u2019est le <em>Catalogue Philips<\/em>, un <em>Pr\u00e9cis de prestidigitation <\/em>et une \u00e9tude sur \u00ab\u00a0Les subventions \u00e0 l&rsquo;enseignement confessionnel\u00a0\u00bb. Baudelaire est le seul \u00e9crivain consacr\u00e9 qu&rsquo;il cite, mais d\u2019une fa\u00e7on \u00a0provocatrice. En effet, Baudelaire \u00e9crit \u00ab\u00a0aimer une femme intelligente est un plaisir de p\u00e9d\u00e9raste\u00a0\u00bb (Vian, 2010 [1956], p.\u00a0709). Jean-Pierre Vidal souligne la d\u00e9viance de l&rsquo;\u00e9pigraphe chez Vian et affirme que \u00ab\u00a0[l]&rsquo;humour nait [&#8230;] de l&rsquo;inad\u00e9quation non seulement de l&rsquo;\u00e9pigraphe au texte, mais de l&rsquo;\u00e9pigraphe au tout dont il est extrait\u00a0\u00bb (Vidal, 1977, p. 271), ce qui semble s&rsquo;appliquer aussi \u00e0 la pratique paratextuelle de Ducharme. Vian se cite aussi lui-m\u00eame et d\u00e9montre explicitement l&rsquo;artifice de ses citations. En effet, il met en exergue d&rsquo;un chapitre ses propres pens\u00e9es in\u00e9dites : \u00ab Je ne mettrai plus de petits machins comme \u00e7a que de place en place, parce que cela devient emmerdant\u00a0\u00bb (Vian, 2010 [1956], p. 577). Il d\u00e9tourne donc lui aussi l&rsquo;usage savant des \u00e9pigraphes en les traitant de \u00ab\u00a0petits machins\u00a0\u00bb qui l&#8217;emmerdent<em>. <\/em><\/p>\n<p>Le discours direct qu&rsquo;est la citation est, selon Dominique Maingueneau, une \u00ab\u00a0sorte de magn\u00e9tophone id\u00e9al\u00a0\u00bb (Maingueneau, 2003, p. 117). Ducharme et Vian se transforment d&rsquo;entr\u00e9e de jeu en phonographes qui utilisent diff\u00e9rents discours, comme bon leur semble. Ils se pr\u00e9senteraient alors comme des phonographes r\u00e9volt\u00e9s par l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du bien-parler, du bien-\u00e9crire, des r\u00e8gles qui les r\u00e9gissent, des phonographes qui, \u00ab\u00a0surconscients\u00a0\u00bb des ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques, pour reprendre l&rsquo;expression de Lise Gauvin (Gauvin, 2000), seraient envahis par le trop-plein des discours environnants, par les livres qui se multiplient, par les vari\u00e9t\u00e9s de langues qui s&rsquo;entrechoquent, ce qui les pousserait \u00e0 se retourner vers leur appareillage et \u00e0 utiliser les sons, les mots, les tonalit\u00e9s, les registres, les citations, en vue de s&rsquo;installer dans une marginalit\u00e9 qui refuse toute \u00e9tiquette.<\/p>\n<h2>Deuxi\u00e8me affront\u00a0: les registres de langues<\/h2>\n<p>En utilisant des r\u00e9f\u00e9rences provenant de domaines hors du champ litt\u00e9raire, les phonographes que sont Ducharme et Vian d\u00e9montrent leur d\u00e9sir de se positionner en dehors de la hi\u00e9rarchie propre aux discours consacr\u00e9s, dans \u00ab\u00a0une sorte d\u2019espace hors-jeu exempt de tout d\u00e9sir de comp\u00e9tition, de toute volont\u00e9 de sup\u00e9riorit\u00e9, de toute forme de domination\u00a0\u00bb (Beaudet, 2001, p. 106). Il en est de m\u00eame pour les registres de langue. Ducharme et Vian cr\u00e9ent des contrastes entre le langage litt\u00e9raire et le langage populaire, voire vulgaire. <em>Le Nez qui voque <\/em>et <em>L&rsquo;Automne \u00e0 P\u00e9kin <\/em>mettent en sc\u00e8ne des blasph\u00e9mateurs \u00e9rudits, Mille Milles et l&rsquo;abb\u00e9 Petitjean<a id=\"footnoteref7_7ld0nmj\" class=\"see-footnote\" title=\"Ce nom parodie celui de l\u2019abb\u00e9 Jean Grosjean qui a gagn\u00e9 le prix de la Pl\u00e9iade, alors que Vian \u00e9tait nomin\u00e9 pour L\u2019\u00c9cume des jours.\" href=\"#footnote7_7ld0nmj\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Si Marie-H\u00e9l\u00e8ne Larochelle (Larochelle, 2009) affirme que Mille Milles est le plus grand blasph\u00e9mateur de l&rsquo;\u0153uvre ducharmienne par son utilisation r\u00e9currente de l&rsquo;expression \u00ab\u00a0hostie de comique\u00a0\u00bb. Vian, quant \u00e0 lui, subvertit la figure traditionnelle de l&rsquo;abb\u00e9 en lui faisant \u00a0tenir un discours des plus blasph\u00e9matoires, ce qui le situe sur le plan du grotesque et de l&rsquo;inversion carnavalesque. Aux messes aust\u00e8res et ritualis\u00e9es, l&rsquo;abb\u00e9 Petitjean substitue des \u00ab\u00a0messes qui p\u00e8tent le feu\u00a0\u00bb (Vian, 2010 [1956], p. 611), et aux pri\u00e8res sacr\u00e9es, des comptines pour enfants qui au lieu de se terminer par un <em>amen <\/em>se terminent par \u00ab\u00a0Quatre, cinq, six, cueillir des saucisses\u00a0\u00bb (AP,\u00a0607). Le latin biblique fait place \u00e0 un latin d\u00e9pourvu de sens sacr\u00e9 comme dans l&rsquo;expression \u00ab\u00a0tanquam adeo fluctuat nec mergitur\u00a0\u00bb (Vian, 2010 [1956], p. 609), devise de la ville de Paris.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour Mille Milles qui dit \u00ab\u00a0\u00e9crire un chef-d&rsquo;\u0153uvre de litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, se proclamant ainsi Grand Auteur, mais r\u00e9p\u00e9tant constamment qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0un hostie de comique\u00a0\u00bb. Cette inad\u00e9quation entre le Grand Auteur et l&rsquo;hostie de comique semble aussi placer ces figures sur un plan horizontal, au m\u00eame titre que l&rsquo;abb\u00e9 et l&rsquo;homme vulgaire. Si l&rsquo;abb\u00e9 utilise le latin ou \u00ab\u00a0l&rsquo;argot de sacristie\u00a0\u00bb (Vian, 2010 [1956], p. 660) \u00e0 quelques reprises, Mille Milles utilise quant \u00e0 lui l&rsquo;espagnol qu&rsquo;il est en train d&rsquo;apprendre, parce que, comme le dit Brel, \u00ab\u00a0la mort est espagnole\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 77) et qu&rsquo;il veut \u00eatre pr\u00eat \u00e0 la comprendre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est une phrase d\u2019une des chansons de Jacques Brel. Nous apprenons l\u2019espagnol pour mourir comme il faut. [\u2026] La mort est espagnole\u00a0:\u00a0j\u2019apprends l\u2019espagnol pour \u00eatre en mesure de lui donner la r\u00e9plique quand je la rencontrerai (Ducharme, 1967, p. 77).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il doit aussi confronter le grec, la langue de son patron et s&rsquo;insurge\u00a0: \u00ab\u00a0Si je suis n\u00e9 ici, c&rsquo;est parce que je pensais qu&rsquo;ici tout le monde parlait d&rsquo;une fa\u00e7on intelligible.\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 269). L&rsquo;auteur de ce r\u00e9cit est, comme il le souligne, \u00ab\u00a0un vulgaire mystificateur\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 271) qui s&rsquo;amuse \u00e0 cr\u00e9er un environnement polyphonique tout comme Vian, qui met \u00e9galement en sc\u00e8ne d\u2019autres langues et langages, que ce soit l\u2019italien, le latin, l\u2019anglais ou des argots invent\u00e9s.<\/p>\n<h2>Troisi\u00e8me affront\u00a0: la s\u00e9mantique<\/h2>\n<p>Faisant se c\u00f4toyer le joual, l&rsquo;argot, le blasph\u00e8me, les anglicismes, l&rsquo;espagnol, le latin, les n\u00e9ologismes et autres trouvailles, Ducharme et Vian \u00a0cr\u00e9ent tous deux une \u00ab\u00a0cacophonie langagi\u00e8re\u00a0\u00bb (Haghebaert, 2009, p. 113). Malgr\u00e9 cette polyphonie propre au monde infernal, les mots d\u00e9signent tous le m\u00eame monde tangible et, comme le souligne l&rsquo;abb\u00e9 Petitjean\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0\u00c0 quoi bon conna\u00eetre le nom si l&rsquo;on sait ce que c&rsquo;est que la chose\u00a0? [&#8230;] Il suffirait de donner un autre nom \u00e0 la chose.\u00a0\u00bb (Vian, 2010 [1956], p. 661). Ducharme et Vian s&rsquo;adonnent \u00e0 ce jeu de res\u00e9mantisation lexicale. Mille Milles affirme\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9crevisse est la femelle de l&rsquo;\u00e9crivain\u00a0\u00bb (Ducharme, 1967, p. 178) et le capitaine du bateau dans <em>L&rsquo;Automne \u00e0 P\u00e9kin <\/em>dressera la liste des <em>oiseaux ordinaires<\/em>, laquelle comprendra le <em>franfremouche<\/em>, la <em>mouture<\/em>, l&rsquo;<em>amillequin<\/em>, la <em>b\u00eatarde<\/em>, le <em>marche<\/em>-\u00e0-<em>l&rsquo;oeil<\/em> (Vian, 2010 [1956], p.\u00a0583) et d&rsquo;autres mots \u00e0 la provenance myst\u00e9rieuse. Ducharme et Vian cr\u00e9ent tous deux de nouveaux langages-univers. Ils ajoutent des sens in\u00e9dits aux mots, allant jusqu\u2019\u00e0 en inventer afin de po\u00e9tiser l\u2019absurdit\u00e9 de leur r\u00e9cit qui est teint\u00e9 \u00e0 la fois d\u2019un comique grotesque et d\u2019un tragique sournois.<\/p>\n<h2>Deux figures qui ne sont pas de ce monde<\/h2>\n<p>Bouffons, trag\u00e9diens, paroliers, po\u00e8tes, Ducharme et Vian s\u2019opposent aux prosateurs, aux pornographes et refusent le drame tout autant que le r\u00e9cit r\u00e9aliste et bien-pensant. Ces deux francs-tireurs affichent une forme de marginalit\u00e9 propre aux figures de bouffon, de fou et de sot, figures qui peuvent \u00ab\u00a0participer \u00e0 la vie sans y prendre part\u00a0\u00bb (Bakhtine, 1978, p. 307). Les deux cr\u00e9ateurs se donnent alors le droit d\u2019\u0153uvrer en mettant\u00a0\u00e0 nu les conventions et se plaisent \u00e0 r\u00e9unir les contradictions. Ce rapport \u00e0 la litt\u00e9rature n\u2019est pas sans d\u00e9ployer une critique de l\u2019art et des institutions, ni sans \u00e9tablir un rapport fraternel avec la <em>communitas<\/em>. Ce lien qui se cr\u00e9e avec le lecteur met alors en place une r\u00e9flexion sur la dimension philosophique de la vie, une r\u00e9flexion po\u00e9tique propre aux humanistes.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Arnaud, No\u00ebl. 1998. <em>Les Vies parall\u00e8les de Boris Vian<\/em>. Paris\u00a0: Christian Bourgois,\u00a0 508\u00a0p.<\/p>\n<p>Beaudet, Marie-Andr\u00e9e. 2001. \u00ab\u00a0Entre mutinerie et d\u00e9sertion. Lecture des \u00e9pigraphes de <em>L\u2019hiver de force<\/em> et du <em>Nez qui voque<\/em> comme prises de position exemplaires de l\u2019\u00e9crivain p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb in <em>Voix et Images<\/em>, vol. XXVII, n\u00b0\u00a01 (79), automne, p. 103-112.<\/p>\n<p>Bens, Jacques. 1963. \u00ab\u00a0Un langage-univers\u00a0\u00bb, in <em>L\u2019\u00c9cume des jours<\/em>. Paris\u00a0: Jean-Jacques Pauvert, p.\u00a0177-187.<\/p>\n<p>Biron, Michel. 2000. <em>L\u2019Absence du ma\u00eetre<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al (Socius), 320\u00a0p.<\/p>\n<p>Ducharme, R\u00e9jean. 1966. <em>L\u2019Aval\u00e9e des aval\u00e9s<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 378 p.<\/p>\n<p>Ducharme, R\u00e9jean. 1967. <em>Le Nez qui voque<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 333 p.<\/p>\n<p>Ducharme, R\u00e9jean. 1969. <em>La Fille de Christophe Colomb<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 232 p.<\/p>\n<p>Ducharme, R\u00e9jean. 1973. <em>L\u2019Hiver de force<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 273 p.<\/p>\n<p>Ducharme, R\u00e9jean. 1976. <em>Les Enfant\u00f4mes<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard (NRF), 283 p.<\/p>\n<p>Durozoi, G\u00e9rard. 1977. \u00ab\u00a0Narration finie et fiction interminable dans <em>L\u2019Automne \u00e0 P\u00e9kin<\/em>\u00a0\u00bb in <em>Colloque de Cerisy<\/em>. Paris\u00a0: U.G.E. (10\/18), t. 1, p. 245-255.<\/p>\n<p>Gauvin, Lise. 2000. \u00ab\u00a0Une surconscience op\u00e9rante\u00a0: les strat\u00e9gies textuelles des ann\u00e9es 80\u00a0\u00bb, in <em>Langagement<\/em>. <em>L\u2019\u00e9crivain et la langue au Qu\u00e9bec.<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al, p. 143-165.<\/p>\n<p>Haghebaert, \u00c9lisabeth. 2009. <em>R\u00e9jean Ducharme. Une marginalit\u00e9 paradoxale<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Nota Bene, 337 p.<\/p>\n<p>Larochelle, Marie-H\u00e9l\u00e8ne. 2009. \u00ab\u00a0Du sociolecte\u00a0: \u00e9tude du blasph\u00e8me dans les romans de R\u00e9jean Ducharme\u00a0\u00bb in <em>Pr\u00e9sences de Ducharme<\/em>, sous la direction de Marie-Andr\u00e9e Beaudet, \u00c9lisabeth Haghebaert et \u00c9lisabeth Nardout-Lafarge. Qu\u00e9bec\u00a0:\u00a0\u00c9ditions Nota bene (collection Convergences), p. 147-163.<\/p>\n<p>Lapprand, Marc. 2010. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb, in <em>\u0152uvres romanesques compl\u00e8tes<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Gallimard (La Pl\u00e9iade), t. 1, p. IX-XLVI.<\/p>\n<p>Maingueneau, Dominique. 2003. <em>Linguistique pour le texte litt\u00e9raire<\/em> Paris\u00a0: Nathan (4<sup>e<\/sup> \u00e9d.), 243 p.<\/p>\n<p>Marcotte, Gilles. 1989. \u00ab\u00a0R\u00e9jean Ducharme contre Blasey Blasey\u00a0\u00bb in <em>Le roman \u00e0 l\u2019imparfait.<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: l\u2019Hexagone (Typo\/Essai), p. 75-122.<\/p>\n<p>Nardout-Lafarge, \u00c9lisabeth. 2001. <em>R\u00e9jean Ducharme. Une po\u00e9tique du d\u00e9bris<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Fides (Nouvelles \u00e9tudes qu\u00e9b\u00e9coises), 308 p.<\/p>\n<p>Vian, Boris. 1984. <em>Cents sonnets<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Christian Bourgois, 194 p.<\/p>\n<p>Vian, Boris. 1996. \u00ab\u00a0J\u2019aimerais\u00a0\u00bb in <em>Je voudrais pas crever<\/em>. Paris\u00a0: Fayard, p.\u00a041.<\/p>\n<p>Vian, Boris. 2010. <em>\u0152uvres romanesques compl\u00e8tes<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard (La Pl\u00e9iade), t.\u00a01, 1303\u00a0p.<\/p>\n<p>Vidal, Jean-Pierre. 1977. \u00ab\u00a0La d\u00e9viance g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb in <em>Colloque de Cerisy<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0U.G.E. (10\/18), t. 1, p. 263 \u00e0 292.<\/p>\n<p>Vurm, Petr. 2009. \u00ab\u00a0Ducharme et Vian\u00a0: deux cr\u00e9ativit\u00e9s aux confins des mots\u00a0\u00bb in <em>Pr\u00e9sences de Ducharme<\/em>, sous la direction de Marie-Andr\u00e9e Beaudet, \u00c9lisabeth Haghebaert et \u00c9lisabeth Nardout-Lafarge. Qu\u00e9bec\u00a0: Nota bene (collection Convergences), p. 85-100.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_adpkqik\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_adpkqik\">[1]<\/a> Cette exposition a eu lieu le 20 d\u00e9cembre 1946.<\/p>\n<p id=\"footnote2_w4yd8tc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_w4yd8tc\">[2]<\/a> Quelques-uns de ces objets se retrouvent sur les pages couvertures de ses romans publi\u00e9s chez <em>Le livre de poche<\/em>.<\/p>\n<p id=\"footnote3_ccjjemu\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_ccjjemu\">[3]<\/a> Expression qu\u2019il utilise dans le texte d\u2019autopr\u00e9sentation qui accompagnait la premi\u00e8re \u00e9dition de <em>L\u2019Aval\u00e9e des aval\u00e9s<\/em>, publi\u00e9 dans la collection blanche de Gallimard en 1966.<\/p>\n<p id=\"footnote4_kbpc7ih\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_kbpc7ih\">[4]<\/a> Il parodie entre autres le po\u00e8me d\u2019\u00c9luard, \u00ab\u00a0Libert\u00e9\u00a0\u00bb, et se moque amicalement de Jean-Paul Sartre \u00e0 plusieurs reprises, notamment dans <em>L\u2019\u00c9cume des jours.<\/em><\/p>\n<p id=\"footnote5_qzrq483\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_qzrq483\">[5]<\/a> Propos de Mich\u00e8le L\u00e9glise, la premi\u00e8re femme de Vian, au sujet de <em>L\u2019\u00c9cume des jours, <\/em>voir Marc Lapprand [dir], \u00ab\u00a0Notice de <em>L\u2019\u00c9cume des jours<\/em>\u00a0\u00bb, dans <em>\u0152uvres romanesques compl\u00e8tes, op. cit., <\/em>t. 1, p. 1184<\/p>\n<p id=\"footnote6_jgd702a\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_jgd702a\">[6]<\/a> \u00c0 ce sujet voir Gilles Marcotte, 1989, p. 75 \u00e0 122.<\/p>\n<p id=\"footnote7_7ld0nmj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_7ld0nmj\">[7]<\/a> Ce nom parodie celui de l\u2019abb\u00e9 Jean Grosjean qui a gagn\u00e9 le prix de la Pl\u00e9iade, alors que Vian \u00e9tait nomin\u00e9 pour <em>L\u2019\u00c9cume des jours<\/em>.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dub\u00e9, Jacinthe. 2012. \u00ab Ducharme et Vian : phonographes du pornographe ? \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/dube-16&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dube-16.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dube-16.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c81360ec-2f74-4087-8a08-b69049a3ac9b\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dube-16.pdf\">dube-16<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dube-16.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c81360ec-2f74-4087-8a08-b69049a3ac9b\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016 Que peuvent avoir en commun un auteur qu\u00e9b\u00e9cois sans visage qui continue de se cacher malgr\u00e9 la publication de ses \u0153uvres chez Gallimard et celui que l\u2019on a appel\u00e9, un temps, le Prince de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s? Bien que le parall\u00e8le ne semble pas \u00e9vident, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1226,1227],"tags":[114],"class_list":["post-5513","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-dhier-a-demain-le-rapport-aux-classiques","category-hors-dossier-dhier-a-demain-le-rapport-aux-classiques","tag-dube-jacinthe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5513","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5513"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5513\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9058,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5513\/revisions\/9058"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5513"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5513"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5513"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}