{"id":5514,"date":"2024-06-13T19:48:21","date_gmt":"2024-06-13T19:48:21","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-monstre-des-contes-negro-africains-de-la-pedagogie-par-la-peur-un-agent-de-la-regulation-sociale\/"},"modified":"2024-09-06T17:46:12","modified_gmt":"2024-09-06T17:46:12","slug":"le-monstre-des-contes-negro-africains-de-la-pedagogie-par-la-peur-un-agent-de-la-regulation-sociale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5514","title":{"rendered":"Le monstre des contes n\u00e9gro-africains de la p\u00e9dagogie par la peur : un agent de la r\u00e9gulation sociale"},"content":{"rendered":"<div>\n<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6885\">Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016<\/a><\/h5>\n<\/div>\n<p>L\u2019Africain, il est manifeste, vit constamment dans le merveilleux\u00a0; le Dieu Cr\u00e9ateur, les g\u00e9nies, les doubles, les revenants, les esprits divers, lui sont aussi familiers que son \u00e9pouse et sa prog\u00e9niture. Aussi, les contes n\u00e9gro-africains, naturellement, ne manquent-ils ni de merveilleux ni de fantastique.<\/p>\n<p>Vestiges, sans doute, de l\u2019animisme traditionnel, ces contes mettent en sc\u00e8ne des personnages qui peuvent \u00eatre des humains, des animaux, des esprits, des v\u00e9g\u00e9taux et d&rsquo;autres cr\u00e9atures diverses. Les innombrables g\u00e9nies ou dieux subalternes<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-1\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"> Il faut entendre, ici, par dieux, les g\u00e9nies appel\u00e9s diff\u00e9remment d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre\u00a0: <em>guinn\u00e9<\/em>, <em>guina<\/em>, <em>guinarou<\/em> pour l\u2019univers malink\u00e9 (peuple commer\u00e7ant venu de l\u2019empire mandingue), vivant dans le nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire\u00a0; <em>assi\u00e9 oussou<\/em>, <em>bosson<\/em> chez les Akan venus du Ghana et situ\u00e9s dans l\u2019Est, le Sud et le Centre ivoirien. <\/span> fondent la dimension surnaturelle aux perspectives coutumi\u00e8res de la r\u00e9alit\u00e9 africaine. Ils empruntent des formes humaines, animales, ou v\u00e9g\u00e9tales pour s\u2019introduire dans le monde des hommes et viennent, dans la majeure partie des cas, les \u00e9prouver lorsque l\u2019ordre social est perturb\u00e9. L\u2019exemple du monstre des r\u00e9cits de la p\u00e9dagogie par la peur est \u00e0 ce titre tr\u00e8s illustratif.<\/p>\n<p>Contrairement aux personnages fabuleux de la mythologie gr\u00e9co-latine, le monstre africain des r\u00e9cits de la peur \u00e9difiante ne s\u2019oppose pas au h\u00e9ros ou \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne, mais vient \u00e0 lui pour expurger sa monstruosit\u00e9 morale. L\u2019\u00e9tude, qui va au-del\u00e0 de l\u2019analyse de l\u2019animalit\u00e9 r\u00e9siduelle en l\u2019homme, s\u2019inscrit plus largement dans le probl\u00e8me de la relation de celui-ci \u00e0 la divinit\u00e9. Cette derni\u00e8re fonctionne, en effet, comme une all\u00e9gorie des pr\u00e9occupations psychiques. \u00c0 ce titre, elle met sous les yeux du croyant l\u2019image m\u00eame de ses \u00e9garements. Il s\u2019agira donc, dans une trajectoire analytique tripartite, de montrer que de sa rencontre avec le monstre, le h\u00e9ros ou l\u2019h\u00e9ro\u00efne sort instruit, transform\u00e9, voire radicalement m\u00e9tamorphos\u00e9, en vue d\u2019une socialisation.<\/p>\n<p>\u00a0Il faut d\u2019embl\u00e9e pr\u00e9ciser que le corpus est constitu\u00e9 de contes africains de diverses aires g\u00e9ographiques culturelles<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-2\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> Le corpus est constitu\u00e9 de contes ivoiriens in\u00e9dits (voir en fin d\u2019\u00e9tude) et de contes litt\u00e9raires\u00a0: AMON d\u2019Aby Fran\u00e7ois Joseph, (1984)\u00a0: <em>Le Murmure du roi<\/em>, Abidjan, NEA, CHEVRIER, Jacques (1986)\u00a0: <em>L\u2019Arbre \u00e0 palabres. Essai sur les contes et r\u00e9cits traditionnels d\u2019Afrique noire<\/em>. Paris, Hatier, FALABA, Traor\u00e9 Issa (1987)\u00a0: <em>Duel dans les falaises<\/em>, Abidjan, NEA, KESTLOOT, Lylian et MBODJI, Check (1983), <em>Contes et Mythes Wolof<\/em>. Paris, NEA, \u00a0KOSOVA, Maria (1970)\u00a0: <em>Contes africains<\/em>, Paris, Gr\u00fcnd, MEYER, G\u00e9rald (1979)\u00a0: <em>Les Contes des pays badiarank\u00e9<\/em>, Paris, Karthala, N\u2019DA, Pierre (1984)\u00a0: <em>Le Conte africain et l\u2019\u00e9ducation<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, QUENEAU, Raymond (1998)\u00a0<em>: L\u2019Ivrogne dans la brousse, <\/em>Paris, Seuil et SEID, Joseph Brahim (1962)\u00a0: <em>Au Tchad sous les \u00e9toiles<\/em>, Paris, Pr\u00e9sence Africaine. <\/span>, mais ceci n\u2019emp\u00eache pas, dans le cadre de cette \u00e9tude, d\u2019\u00e9tablir une th\u00e9matique commune en d\u00e9pit des visions plurielles. Les contes africains, d\u2019un espace \u00e0 un autre, mettent, en effet, en sc\u00e8ne diff\u00e9rents personnages d\u2019origines diverses, tout en pr\u00e9sentant cependant un fond commun.<\/p>\n<h2>La caract\u00e9risation du monstre des r\u00e9cits de la p\u00e9dagogie par la peur\u00a0: entre extraordinaire et transgression<\/h2>\n<p>Objet d\u2019attention d\u00e9j\u00e0 relativement ancien pour les sp\u00e9cialistes de l\u2019esth\u00e9tique et de la litt\u00e9rature, omnipr\u00e9sent dans l\u2019imaginaire social, dans les r\u00eaves et cauchemars des hommes, le monstre demeure difficile \u00e0 cerner. Pr\u00e9sentant a priori, dans sa conformation, des anomalies graves, le monstre physique se d\u00e9finit par rapport \u00e0 la norme dont il porte les ambigu\u00eft\u00e9s. Il prend ainsi g\u00e9n\u00e9ralement le double visage de l\u2019exception et de la transgression.<\/p>\n<p>La complexit\u00e9 de la notion de monstre justifie son pouvoir \u00e9vocateur et proc\u00e8de de ce glissement entre les deux acceptions\u00a0: descriptive et normative. Ce qu\u2019il faut retenir, ici, ce sont les modalit\u00e9s de la construction sociale du monstre dans le cadre sp\u00e9cifique des contes africains. Comment celui des r\u00e9cits de la p\u00e9dagogie par la peur est-il configur\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Le monstre des contes africains est un g\u00e9nie. Il est la repr\u00e9sentation achev\u00e9e de l\u2019anomalie animale et humaine. Sa conformit\u00e9 physique aux bestialit\u00e9s all\u00e9goriques des puissances complexes et cach\u00e9es lui conf\u00e8re une \u00e9tranget\u00e9 terrifiante. Caract\u00e9ris\u00e9 d\u2019un point de vue fantastique par une multiplicit\u00e9 de membres qui polarisent n\u00e9gativement son animalit\u00e9, son gigantisme accro\u00eet son potentiel de terreur et, par cons\u00e9quent, suscite l\u2019ampleur des dangers. Celui du conte <em>Kin\u00e9 Aka et le petit pianique<\/em> en est un prototype\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La pr\u00e9tentieuse princesse du roi Kin\u00e9 Aka avait \u00e9pous\u00e9 contre le gr\u00e9 de la Cour un bel homme (\u2026) l\u2019homme venait de se transformer en un diable effroyable. Il \u00e9tait grand, difforme, horrible, ses yeux \u00e9taient en feu et sa bouche rouge du sang des cent b\u0153ufs qu\u2019il venait de d\u00e9vorer en un clin d\u2019\u0153il (N\u2019Da, 1984, p. 225).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019on peut constater, dans l\u2019extrait ci-dessus, les caract\u00e9ristiques du monstre ; elles sont le reflet de toutes sortes de dangers, g\u00e9n\u00e9ratrices de peur dont la plus vive est celle marqu\u00e9e par le risque d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-3\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-3\">3<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> Le monstre d\u00e9vorant mat\u00e9rialise les pulsions orales, sadiques ou exploratrices et sexuelles. En g\u00e9n\u00e9ral, les monstres d\u00e9vorants sont par nature castrateurs\u00a0: pensons par exemple \u00e0 l\u2019Ogre du Petit Poucet avec son grand couteau. <\/span>. Outre le physique terrifiant, le monstre dans ces r\u00e9cits n\u2019a pas de nom, puisque le conteur veut cr\u00e9er un rapport d\u2019antipathie entre sa cr\u00e9ature et le h\u00e9ros. Le nom, croit-on, rime avec l\u2019\u00e2me de l\u2019\u00eatre\u00a0; il est toujours porteur d\u2019une force ontologique, myst\u00e9rieuse, qui refl\u00e8te le destin de son porteur. De ce point de vue, prononcer le nom du monstre, c\u2019est s\u2019assurer ses services et, dans le m\u00eame temps, cr\u00e9er avec lui une bonne relation. En d\u2019autres termes, le h\u00e9ros ou l\u2019h\u00e9ro\u00efne aurait la possibilit\u00e9 d\u2019entrer dans le jeu d\u2019une alliance<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-4\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-4\">4<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> L\u2019alliance est une convention sociale et un principe de vie communautaire. C\u2019est un pacte de non-agression et de paix perp\u00e9tuelle entre deux ethnies. (M\u00e9k\u00e9, 2004). <\/span>.<\/p>\n<p>Or, le narrateur ambitionne de susciter la peur chez le lecteur. Le personnage du monstre est donc pr\u00e9sent\u00e9 anonymement. Il est ind\u00e9fini comme dans<em> La fille d\u00e9sob\u00e9issante qui \u00e9pousa un cr\u00e2ne <\/em>(Queneau, 1998, p. 26-45)<em>. <\/em>Moins le portrait est pr\u00e9cis, plus grande est la terreur suscit\u00e9e dans l\u2019esprit de l\u2019auditeur et du personnage central\u00a0: \u00ab\u00a0Elle se trouva nez \u00e0 nez avec un monstre dont nulle imagination ne peut donner une description conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (Seid, 1962, p. 53). Le monstre n\u2019appartient donc pas au monde naturel, et\u00a0: \u00ab\u00a0d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les g\u00e9nies du fait m\u00eame qu\u2019ils appartiennent au monde surnaturel, font peur\u00a0\u00bb (N\u2019Da, 1984, p. 102).<\/p>\n<p>Le monstre, toutefois, n\u2019est pas uniquement une cr\u00e9ation fictive du conte fantastique africain, mais une r\u00e9alit\u00e9 du v\u00e9cu quotidien des peuples noirs, car \u00ab\u00a0il existe tout simplement dans l\u2019univers de la tradition africaine des mondes peupl\u00e9s de cr\u00e9atures non humaines qui n\u2019en vivent pas moins de la m\u00eame fa\u00e7on que les hommes\u00a0\u00bb (Belvaude, 1989, p. 41). Ces \u00eatres fabuleux ont, en effet, un mode et un lieu de vie tr\u00e8s particuliers qui les singularisent des humains. Au r\u00e9gime alimentaire ind\u00e9termin\u00e9, car diversifi\u00e9, s\u2019ajoute \u00e9galement le fait qu\u2019ils vivent dans plusieurs endroits\u00a0: espaces chtonien, aquatique, a\u00e9rien et sylvestre.<\/p>\n<p>Hormis l\u2019animal anthropomorphis\u00e9 qui s\u2019unit \u00e0 la jeune nubile \u00e9cervel\u00e9e, le monstre des r\u00e9cits de la peur \u00e9difiante est parfois un revenant, un anc\u00eatre-d\u00e9funt qui revient sous une autre apparence dans le village. La croyance en une vie dans l\u2019au-del\u00e0 est atavique \u00e0 l\u2019existence de l\u2019Africain, comme en t\u00e9moigne la r\u00e9flexion d\u2019Ang\u00e8le Gnonsoa\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque nous pleurons un mort au village, dans l\u2019au-del\u00e0, les anc\u00eatres f\u00eatent l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un nouveau-n\u00e9 et lorsque ces derniers accusent une perte, le village salue une naissance\u00a0\u00bb (Gnonsoa, 2007, p. 82). Le Noir tient ainsi toujours pour v\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9futable la coexistence de deux mondes intercommunicationnels. L\u2019un, qui rel\u00e8ve du r\u00e9el, est l\u2019univers des vivants et l\u2019autre, le monde des esprits, de l\u2019irr\u00e9el, appartient aux morts. Le passage fluide entre ces deux univers entretient et conforte les croyances traditionnelles.<\/p>\n<p>\u00catre polymorphe, le monstre est donc une cr\u00e9ature multiforme, ondoyante et plastique difficilement identifiable, puisqu\u2019il appartient \u00e0 tous les r\u00e8gnes. Par cons\u00e9quent, il n\u2019existe pas de monstres types ou typiques rigidement \u00e9tablis. Ils sont nombreux et diff\u00e9rents les uns des autres selon les soci\u00e9t\u00e9s qui les ont produits et suivant les significations qu\u2019elles leur donnent. Dans le cadre des r\u00e9cits qui campent la fille difficile dont le choix de l\u2019\u00e9poux est s\u00e9lectif \u00e0 l\u2019exc\u00e8s (un mari sans cicatrices), par exemple, le conjoint surnaturel se signale par une beaut\u00e9 exceptionnelle avant de r\u00e9v\u00e9ler sa vraie nature. Tr\u00e8s souvent, le narrateur choisit les animaux sauvages les plus repr\u00e9sentatifs (python, \u00e9l\u00e9phant, lion&#8230;). Mais pourquoi pr\u00e9cis\u00e9ment ces \u00e9lus\u00a0?<\/p>\n<h2>Le monstre et le symbolisme de la catharsis initiatique\u00a0: \u00e9pouvante et \u00e9dification<\/h2>\n<p>Dans les contes wolofs ou l\u00e9bou, l\u2019initiation du h\u00e9ros, selon Vincent Hecquet,<\/p>\n<blockquote>\n<p>s\u2019accomplit fr\u00e9quemment par la confrontation avec une figure monstrueuse. Celle-ci peut \u00eatre un conjoint non humain, un animal dot\u00e9 de pouvoirs magiques, un g\u00e9nie b\u00e9n\u00e9fique ou malfaisant\u2026 Tous ces personnages peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s par le terme latin \u00ab\u00a0monitor\u00a0\u00bb, dont la\u00a0 racine \u00e9tymologique indo-europ\u00e9enne a donn\u00e9 plusieurs d\u00e9riv\u00e9s qui traduisent une parent\u00e9 s\u00e9mantique en latin entre le monstre et l\u2019id\u00e9e d\u2019avertissement (Hecquet, 2009, p. 833-840).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9tymologie \u00ab\u00a0monere\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0avertir\u00a0\u00bb\u00a0; le monstre est, en effet, l\u2019\u00e9manation de la punition divine. Tous ces d\u00e9riv\u00e9s latins, \u00ab\u00a0monstrum\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0monestrum\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0montrare\u00a0\u00bb, qui viennent de \u00ab\u00a0moneo\u00a0\u00bb signifient, prioritairement, faire songer \u00e0 quelque chose, faire souvenir ou avertir, engager, exhorter et mieux, donner des avertissements, des inspirations, \u00e9clairer, instruire, (Ibrahim, 2005). Au regard de ces d\u00e9finitions, l\u2019aspect monitoire du monstre qui appara\u00eet est tr\u00e8s important, justifiant la r\u00e9flexion de Jean-Marie Pont\u00e9via\u00a0: \u00ab Le monstre n\u2019est tel que parce qu\u2019il pointe vers l\u2019indicible, le non-dit, l\u2019interdit\u00a0\u00bb (Pont\u00e9via, 1993, p. 133). Son extraordinairet\u00e9 entretient la figure d\u2019\u00e9pouvante qu\u2019il d\u00e9gage. \u00c0 la fois repoussant et ind\u00e9termin\u00e9, ce personnage atypique vient instruire les humains en corrigeant leurs \u00e9garements.<\/p>\n<p>Le monstre est \u00e9galement un \u00eatre cauchemardesque qui vit en dehors du quotidien des humains. S\u2019il appara\u00eet, \u00e0 ce titre, \u00e9tranger au village, il est aussi un \u00eatre \u00e9trange<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-5\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-5\">5<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> \u00ab\u00a0Le monstre poss\u00e8de le myst\u00e9rieux pouvoir de terrifier et d\u2019attirer \u00e0 la fois. Il est hideux et s\u00e9duisant, on le fuit et pourtant il fascine. Objet de terreur et de r\u00e9pulsion, le monstre incarne pourtant le d\u00e9sir\u00a0\u00bb selon Jean Brun (1979, p. 185). <\/span> \u00a0en raison m\u00eame de ses traits idiosyncrasiques. Il masque toujours sa vraie identit\u00e9\u00a0: tribu, patronyme, famille, g\u00e9n\u00e9alogie, village. Son origine demeure ind\u00e9finie. Dans <em>Kin\u00e9-Aka et le petit pianique<\/em>, le narrateur en offre un exemple tangible\u00a0: \u00ab\u00a0Un matin, il arriva on ne sait d\u2019o\u00f9 un jeune homme d\u2019une beaut\u00e9 exceptionnelle portant un gros pagne chamarr\u00e9 d\u2019or et de soie\u00a0\u00bb (N\u2019Da, 1984, p. 225). Ce m\u00eame constat est relev\u00e9 par la conteuse Binta Fall\u00a0 dans <em>Valy le prince difficile et la lionne\u00a0<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Voil\u00e0 qu\u2019un jour on aper\u00e7ut une tr\u00e8s belle fille dans le village. Elle fit trois tours du village. Valy alla trouver Tch\u00eak\u00f4 et lui dit\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; P\u00e8re, ma dulcin\u00e9e tant attendue est venue. C\u00e9l\u00e9brons le mariage ce jour m\u00eame.<br \/>&#8211; Mais, qui est-elle\u00a0? On ne la conna\u00eet m\u00eame pas, on ne sait pas de quel village elle vient et de quelle famille<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-6\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-6\">6<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"> Conte in\u00e9dit suivi \u00e0 l\u2019\u00e9mission, \u00ab\u00a0La porte de mon c\u0153ur\u00a0\u00bb, ONUCI FM\u00a0\/4-7-2007.\u00a0Version int\u00e9grale en fin d\u2019\u00e9tude. <\/span>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parfois, quoiqu\u2019avis\u00e9s de l\u2019identit\u00e9 non humaine de l\u2019\u00e9tranger et comme envo\u00fbt\u00e9s, les parents ne s\u2019opposent pas au mariage. La raison en est donn\u00e9e par Jean Brun (1979, p. 185).\u00a0En effet, selon ce dernier, le monstre poss\u00e8de le myst\u00e9rieux pouvoir de terrifier et d\u2019attirer \u00e0 la fois. Il est hideux et s\u00e9duisant, on le fuit et pourtant il fascine. Objet de terreur et de r\u00e9pulsion, le monstre incarne pourtant le d\u00e9sir.\u00a0<\/p>\n<p>Aussi, voulant absolument combler son d\u00e9sir, le h\u00e9ros ou l\u2019h\u00e9ro\u00efne contracte un mariage \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb, puisque \u00ab\u00a0dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, ceux qui viennent de trop loin, dont on ne conna\u00eet ni la patrie, ni les m\u0153urs, sont \u00e0 \u00e9carter avec vigueur. Autant se marier avec les animaux\u00a0\u00bb (Karady, 1997, p. 83).<\/p>\n<p>Ainsi, dans le conte \u00e9ponyme <em>Nou Farima<\/em> (Falaba, 1987, p. 101), l\u2019h\u00e9ro\u00efne \u00e9trangement belle qui attendait un mari sans cicatrices a fini par convoler en justes noces avec un \u00e9l\u00e9phant. Le conteur choisit ce pachyderme en raison de sa peau rid\u00e9e pour fustiger l\u2019orgueil de Nou Farima en \u00e9cho favorable \u00e0 ces proverbes fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Qui embrasse trop, mal \u00e9treint\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00c0 vouloir \u00e0 tout prix gagner, on finit par perdre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans <em>La fille difficile \u00e9pouse un python <\/em>(Chevrier, 1986, p. 138), le python, qui a un corps \u00e0 la fois lisse et propre, \u00e0 la fois beau et luisant, repr\u00e9sente le bel homme. Il en est la r\u00e9plique. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ces r\u00e9cits qui montrent \u00ab\u00a0la monstruosit\u00e9 morale\u00a0\u00bb de la jeune nubile ont des d\u00e9nouements heureux ou tragiques, selon la volont\u00e9 du conteur et en fonction du poids de la faute. Une fille qui recherche un homme sans cicatrices refuse en quelque sorte sa communaut\u00e9<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-7\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-7\">7<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Les communaut\u00e9s rurales tirent essentiellement leurs subsistances de la chasse, de l\u2019agriculture et de la cueillette, activit\u00e9s \u00e0 risques quant \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une blessure qui, \u00e0 terme, laisse une cicatrice \u00e0 tout homme mature, r\u00e9ellement int\u00e9gr\u00e9 dans la vie sociale. <\/span> et renie son identit\u00e9 lorsque l\u2019on sait que les scarifications sont, pour certains peuples (Konan, 2011, p. 169-184), une marque identitaire. Aussi est-il tout \u00e0 fait logique que les conteurs de ces soci\u00e9t\u00e9s r\u00e9servent \u00e0 ces contrevenantes le ch\u00e2timent supr\u00eame. Le monstre vient donc pour extirper le Mal au sein de cet univers\u00a0; la sentence est cruelle et path\u00e9tique\u00a0: \u00ab\u00a0Le lendemain matin, l\u2019on vient ouvrir la porte et l\u2019on voit Eji (le python) gisant l\u00e0, ayant aval\u00e9 la jeune fille\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le m\u00eame sc\u00e9nario s\u2019observe dans ce conte badiarank\u00e9, <em>La fille rebelle \u00e9pouse un lion<\/em>, o\u00f9 la fille est par la suite ressuscit\u00e9e par sa m\u00e8re, dot\u00e9e de pouvoirs surnaturels\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Une femme a deux filles, l\u2019une se marie, l\u2019autre exige un mari sans cicatrices. Un lion se mue en un homme parfait et vient. Le mariage est c\u00e9l\u00e9br\u00e9. La nuit, dans la case nuptiale, pr\u00e8s de celle des beaux-parents, le lion reprend sa forme et brise une jambe de la mari\u00e9e. Il d\u00e9vore ainsi toute la fille morceau par morceau puis s\u2019enfuit (Meyer, 1979, p. 28-38).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contrairement au conte pr\u00e9c\u00e9dent, dans celui-ci, la fille meurt tout comme Mpunzikazi, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de Maria Kosava\u00a0(1970, p. 73-77) :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Une fille tr\u00e8s belle exige un mari sans cicatrices. Elle \u00e9conduit tous les pr\u00e9tendants qui se pr\u00e9sentent. Un g\u00e9nie se m\u00e9tamorphose en homme. Il arrive au village et \u00e9pouse la fille. Il d\u00e9cide de l\u2019emmener chez lui. Ils quittent le village. L\u2019\u00e9poux perd son apparence humaine au fur et \u00e0 mesure qu\u2019ils s\u2019\u00e9loignent du village. Ils arrivent chez le mari, qui habite dans un baobab. Le g\u00e9nie fend le baobab. Il lui d\u00e9chire la poitrine. La fille meurt. (Kesteloot et Mbodji, 1983, p. 26-28).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le monstre vient donc soit pour ch\u00e2tier, en donnant la mort, soit pour r\u00e9\u00e9duquer la fautive. Dans cette derni\u00e8re perspective, la s\u00e9ance se d\u00e9roule dans son antre. Le domaine du personnage hybride s\u2019apparente, de ce fait, \u00e0 un centre de correction et de r\u00e9insertion comme observ\u00e9 dans cet extrait\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Une fille \u00e9conduit tous les pr\u00e9tendants du village. Elle \u00e9pouse en fin de compte un mari-python. Mais comme dans son foyer, elle se montre bonne \u00e9pouse en veillant \u00e9quitablement sur ses enfants compos\u00e9s d\u2019humains et de serpents, elle sera lib\u00e9r\u00e9e par le monstre pour rejoindre le village avec l\u2019enfant humain qu\u2019elle baptisera\u00a0: Anini <sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-8\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-8\">8<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"> <em>Lune de miel en for\u00eat avec python<\/em>, version int\u00e9grale \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9tude. <\/span>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019h\u00e9ro\u00efne, auparavant indisciplin\u00e9e, devient en compagnie de son conjoint surnaturel une femme vertueuse. Cette influence positive conf\u00e8re \u00e0 ce dernier la fonction d\u2019instructeur axiologique. Les ailleurs du village, c\u2019est-\u00e0-dire la brousse dans toutes ses diversit\u00e9s, apparaissent \u00e9tranges parce qu\u2019inhabit\u00e9s par des humains. Ils s\u2019inscrivent implicitement dans le symbolisme en rapport \u00e9troit avec les dispositions morales que le monstre incarne. L\u2019union contract\u00e9e avec l\u2019h\u00e9ro\u00efne appara\u00eet comme une sanction, aboutissement ontologique de la mal\u00e9diction prof\u00e9r\u00e9e sur l\u2019enfant d\u00e9sob\u00e9issant. En quittant le groupe des humains pour l\u2019inconnu, l\u2019h\u00e9ro\u00efne est comme bannie du village et va purger sa peine en for\u00eat. Mais cette sanction, qui peut aller quelquefois jusqu\u2019\u00e0 la mort, est plut\u00f4t un ch\u00e2timent \u00e0 la fois corporel et \u00e9motionnel. Il n\u2019a de signification que rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019initiation de l\u2019h\u00e9ro\u00efne qui s\u2019en sort assagie, \u00e9difi\u00e9e, pour servir de le\u00e7on \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Les alliances entre ces monstres et les humains d\u00e9noncent les mariages imprudents, car tout mariage conclu dans de telles conditions est entach\u00e9 de nullit\u00e9 par d\u00e9faut de consentement parental, symptomatique de d\u00e9sordre et de renversement hi\u00e9rarchique. Le monstre appara\u00eet dans ces r\u00e9cits pour poser des actions r\u00e9paratrices et, \u00e0 ce titre, b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un statut p\u00e9dagogique et sociologique. Il joue le r\u00f4le d\u2019agent de l\u2019\u00e9thique sociale et de la sagesse populaire. L\u2019issue de sa rencontre avec le personnage principal demeure un enjeu purement psychologique\u00a0: reconvertir la jeune fille ou le jeune gar\u00e7on en vue d\u2019un bonheur.<\/p>\n<p>En ce sens, le monstre appartient donc au discours que l\u2019homme tient sur le monde et il est l\u2019un des objets de sa r\u00e9flexion. Il permet une approche paradoxalement sociale en ce qu\u2019il travaille sur un plan symbolique \u00e0 l\u2019adaptation de l\u2019homme et \u00e0 autrui. Contrairement aux souverains-monstres<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-9\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-9\">9<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> L\u2019on a, de fait, souvent compar\u00e9 les souverains \u00e0 des monstres (Caligula), et ce, d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9. (Cf. <em>Monstres et merveilles<\/em>, <em>Cr\u00e9atures prodigieuses de l\u2019Antiquit\u00e9<\/em>, Signets, Belles Lettres, 2009, d\u2019Isabelle Jouteur, en particulier le chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0B\u00eates de pouvoir\u00a0\u00bb, p.117. L\u2019on peut aussi se r\u00e9f\u00e9rer au <em>L\u00e9viathan<\/em>, Paris, Vrin, 2005, de Thomas Hobbes. <\/span>, le monstre des r\u00e9cits de la peur \u00e9difiante, en d\u00e9pit de son r\u00f4le pr\u00e9ventif, invite surtout le h\u00e9ros ou l\u2019h\u00e9ro\u00efne \u00e0 une introspection qu\u2019il est parfois difficile de mener \u00e0 bien tant il a, par son orgueil, d\u00e9pass\u00e9 la distinction du bien et du mal. Ainsi, un examen de conscience lui permet de comprendre la pertinence de la sanction. Le h\u00e9ros ou l\u2019h\u00e9ro\u00efne, suite \u00e0 son passage dans le monde des inconnus (sauvage), reste persuad\u00e9 que toute violation de l\u2019institution traditionnelle m\u00e8ne au drame\u00a0; une pareille conception de la pens\u00e9e n\u00e9gro-africaine rel\u00e8ve d\u2019une \u00ab m\u00e9taphysique des m\u0153urs\u00a0\u00bb, source de certaines peurs et appr\u00e9hensions inexplicables. Elle se traduit par \u00ab\u00a0une philosophie de la nature, fond\u00e9e sur des lois empiriques. Mais, il s\u2019agit d\u2019une loi objectivement pratique\u00a0\u00bb (Kant, 1988, p. 60).<\/p>\n<p>Dans l\u2019histoire des enfants d\u00e9sob\u00e9issants ou d\u00e9daigneux ou encore difficiles, car fantaisistes, il est toujours question d\u2019une d\u00e9socialisation obligatoire, un bannissement momentan\u00e9. Mais, une fois que l\u2019enfant crapule s\u2019est accord\u00e9 aux principes vertueux de sa tradition, il est aussit\u00f4t int\u00e9gr\u00e9 dans le groupe humain. D\u00e8s lors, pour rester en phase avec sa soci\u00e9t\u00e9, le h\u00e9ros ou l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u00e9veloppera en lui la crainte d\u2019offenser les Anciens ou de commettre un m\u00e9fait dans le milieu. Ainsi se forge chez lui l\u2019auto-observation attribu\u00e9e au \u00ab\u00a0surmoi\u00a0\u00bb, seul appareil psychique pr\u00e9sentant une fonction morale, ce que Sigmund Freud nomme \u00ab\u00a0conscience morale\u00a0\u00bb (1971, p. 90).<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9tude pr\u00e9sente, le surmoi repr\u00e9sente toutes les contraintes morales et aussi l\u2019aspiration vers une perfection. L\u2019image du surmoi du monstre emplit celui de l\u2019enfant r\u00e9barbatif. Le monstre est, en effet, le prolongement de l\u2019autorit\u00e9 parentale. Il est la r\u00e9appropriation du p\u00e8re et, de ce fait, symbolise la censure sociale, l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9thique est, en effet, \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la vie morale. C\u2019est pour cette raison que, presque toujours dans les contes de la fille difficile, comme l\u2019enfant prodigue des \u00c9vangiles<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-10\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-10\">10<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"><em> \u00c9vangile de Saint Luc<\/em>, Chapitre 15, Verset 32, in <em>La Bible<\/em>, Traduction \u0153cum\u00e9nique, \u00c9ditions des Soci\u00e9t\u00e9s Bibliques, 1982. <\/span>, l\u2019h\u00e9ro\u00efne ne meurt jamais. Elle est rep\u00each\u00e9e et r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e dans le syst\u00e8me collectif. Cette r\u00e9insertion \u00e9quivaut \u00e0 un retour du personnage \u00e0 de meilleurs sentiments\u00a0; une reconnaissance de la hi\u00e9rarchie sociale. Les tribulations subies sont les d\u00e9sagr\u00e9ments et le salaire du mariage clandestin. Le th\u00e8me de la jeune fille d\u00e9daigneuse d\u00e9veloppe dans un certain sens le topo de la mal mari\u00e9e pour faute de bon sens. Le monstre vient corriger ce d\u00e9faut\u00a0; sous les traits de typhon et de python, le monstre devient mal\u00e9fique. Toutefois, il est sagesse.<\/p>\n<p>La peur appara\u00eet ainsi comme un \u00ab\u00a0en-soi\u00a0\u00bb, un r\u00e9gulateur \u00e9motionnel qui aide \u00e0 mieux contr\u00f4ler les actes de l\u2019individu dans son milieu. En cela, elle pousse l\u2019\u00eatre parfois \u00e0 adopter des conduites sages et constructives.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, toute confusion entre la p\u00e9dagogie par la peur<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-11\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-11\">11<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"> La p\u00e9dagogie par la peur est une esth\u00e9tique litt\u00e9raire de l\u2019oralit\u00e9, traduite dans les contes pour adolescents. Elle peut s\u2019identifier \u00e0 une sorte de p\u00e9dagogie de la dissuasion, une didactique bien ancr\u00e9e dans les pratiques \u00e9ducatives des peuples noirs. C\u2019est un proc\u00e9d\u00e9 \u00e9ducatif \u00e0 effet graduel qui commence d\u2019abord, par les conseils, ensuite des mises en garde, puis les interdictions, pour enfin aboutir \u00e0 l\u2019application v\u00e9ritable d\u2019une peur \u00e9difiante suite \u00e0 une s\u00e9paration, voire un bannissement, \u00e9quivalence de la mort symbolique du h\u00e9ros, aux fins d\u2019une \u00e9ventuelle r\u00e9insertion. <\/span> et la p\u00e9dagogie de la peur<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-12\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-12\">12<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> Le monstre instigateur de la peur n\u2019est plus le personnage positif r\u00e9parateur de la faute commise, mais installe l\u2019apprenant dans une peur n\u00e9gative inhibitrice d\u2019un d\u00e9veloppement psychologique. <\/span> est \u00e0 \u00e9viter. L\u2019analyse suivante montrera la construction de la peur chez le personnage r\u00e9fractaire.<\/p>\n<h2>Le montage du jeu de la peur<\/h2>\n<p>\u00c0 ce niveau, le monstre doit d\u00e9clencher la peur chez le h\u00e9ros. De ce fait, il le soustrait de son milieu naturel (famille ou village) et le conduit loin des siens. L\u2019\u00e9loignement spatial alimente le potentiel de terreur et l\u2019am\u00e8ne \u00e0 reconna\u00eetre le bonheur qui r\u00e9side dans la situation r\u00e9cus\u00e9e auparavant. L\u2019exemple de Mlan Ago est patent\u00a0: \u00ab\u00a0Ago pleurait, seule dans la for\u00eat, loin du village, devant la mort, elle pleurait tandis que le fant\u00f4me se faisait mena\u00e7ant\u00a0\u00bb (Amon, 1984, p. 31). En \u00e9pouvantant au maximum l\u2019enfant difficile, l\u2019on cr\u00e9e un bouleversement moral. La peur, ici, consolide le \u00ab\u00a0surmoi\u00a0\u00bb, car, \u00ab\u00a0[l]\u2019essence de l\u2019homme est d\u2019\u00eatre conscience et compr\u00e9hension de soi dans le monde. Cette conscience est v\u00e9cue comme celle d\u2019une existence finie dans un sentiment d\u2019angoisse fondamentale\u00a0\u00bb (Rousseau, 1965, p. 244-231). Le traitement par le choc, quelquefois, est un pan constitutif de l\u2019\u00e9ducation et permet de renforcer la socialisation de l\u2019individu.<\/p>\n<p>Le monstre qui effraie dresse les corps pour mieux assujettir les \u00e2mes les plus r\u00e9fractaires. L\u2019action effroyable, en m\u00eame temps qu\u2019elle \u00f4te l\u2019illusion au personnage, le porte \u00e0 la vertu. Le monstre constitue, ainsi, l\u2019\u00e9cho du p\u00e8re ou de la m\u00e8re. La peur, \u00e0 condition qu\u2019elle ne d\u00e9passe pas certaines limites, est une \u00e9motion \u00e9minemment utile et ontologiquement positive. Elle devient, dans ce cas-ci, \u00e9difiante. L\u2019enfant, de retour de son aventure effroyable avec un alli\u00e9 monstrueux, se r\u00e9alise par l\u2019acquisition d\u2019une sagesse, en revenant toujours \u00e0 la raison et, enfin, sur la d\u00e9cision parentale au sens de l\u2019int\u00e9gration, symbole de la culture\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il est observ\u00e9 que Nan K\u00f4gnon s\u2019occupait de son \u00ab\u00a0mari-cadavre\u00a0\u00bb \u00e0 son corps d\u00e9fendant, en chantant. C\u2019est justement ce chant qui attira N\u2019gass\u00e9let, un chasseur du village vers elle. Ce dernier la sauva des effrois du monstre pour la\u00a0 ramener au village et elle finit par l\u2019\u00e9pouser alors qu\u2019auparavant elle avait refus\u00e9 sa main<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-13\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-13\">13<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\"> <em>La fille rebelle et le cadavre<\/em>, conte Djimini in\u00e9dit du village de Yaoss\u00e9dougou (Dabakala), conteuse\u00a0: Fofana Gnadjo, ao\u00fbt 2001, voir la version int\u00e9grale \u00e0 la fin de l\u2019analyse. Le peuple Djimini est situ\u00e9 au Cente-Nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire.\u00a0 <\/span>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans de telles conditions, la peur v\u00e9cue par le sujet est dite \u00ab\u00a0co-existentielle\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00eatre. Ainsi, elle demeure un outil d\u2019\u00e9ducation de l\u2019enfant et sert d\u2019exemple \u00e0 tout contrevenant. Le h\u00e9ros de ces r\u00e9cits d\u00e9veloppe une monstruosit\u00e9 morale qui, par la suite, est corrig\u00e9e par le monstre. Il passe toujours de l\u2019esprit individualiste \u00e0 celui du groupe social et met en relief l\u2019opposition nature\/culture. Le monstre apprivoise, en effet, le caract\u00e8re rebelle de la fille, son c\u00f4t\u00e9 sauvage, favorisant ainsi son processus de socialisation.<\/p>\n<p>Dans la majorit\u00e9 de ces textes, le h\u00e9ros ou l\u2019h\u00e9ro\u00efne survit aux \u00e9preuves, exprimant cons\u00e9quemment la victoire de la culture sur l\u2019\u00e9tat de nature. Symboliquement, le personnage aura grandi relativement ou proportionnellement aux phases initiatiques, car il se sera d\u00e9barrass\u00e9 de tout esprit \u00e9go\u00efste et \u00e9gocentrique, afin d\u2019harmoniser l\u2019attention \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa propre identit\u00e9 avec la compr\u00e9hension d\u2019autrui et le respect de la diversit\u00e9. De l\u2019\u00e9tat naturel, il acc\u00e8de aux principes des lois communautaires en vue de contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9difice social. La r\u00e9flexion d\u2019Allassane N\u2019Daw s\u2019inscrit dans cette version\u00a0: \u00ab\u00a0La culture africaine a une conception plus sociale qu\u2019individuelle de la personne humaine\u00a0\u00bb (N\u2019Daw, 1983, p. 150). En g\u00e9n\u00e9ral, ces r\u00e9cits d\u00e9veloppent une structure quinaire\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>1-\u00a0\u00a0\u00a0 La d\u00e9confiture morale\u00a0: volte-face de l\u2019h\u00e9ro\u00efne<br \/>2-\u00a0\u00a0\u00a0 La dilution des lieux fictionnels\u00a0: d\u00e9monisation de l\u2019ailleurs (espace vampirique)<br \/>3-\u00a0\u00a0\u00a0 La gestuelle de l\u2019horrible\u00a0: comportement suscitant la peur<br \/>4-\u00a0\u00a0\u00a0 La m\u00e9canique du myst\u00e9rieux traumatique\u00a0: peur et introspection (descente en soi)<br \/>5-\u00a0\u00a0\u00a0 La normalisation\u00a0: retour parmi les siens (acquisition de la sagesse)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <em>happy end<\/em>, qui correspond au retour du personnage effray\u00e9, met en lumi\u00e8re la restauration de l\u2019autorit\u00e9 parentale et de l\u2019union de tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9. Au-del\u00e0, le monstre permet d\u2019aboutir \u00e0 la connaissance de soi et est absolument incontournable dans le parcours initiatique qu\u2019entreprend\u00a0 le h\u00e9ros ou l\u2019h\u00e9ro\u00efne pour \u00eatre reconnu comme tel.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 disciplin\u00e9e trouve ici, a priori, un adjuvant de taille dans la p\u00e9dagogie de l\u2019effroi. S\u2019il est parfois vrai qu\u2019\u00ab\u00a0\u00e9duquer, c\u2019est faire souffrir\u00a0\u00bb (Sylla, 1978, p. 118), comme l\u2019enseigne la p\u00e9dagogie par la peur, l\u2019\u00e9ducateur doit sans cesse se souvenir que le bonheur futur de l\u2019adulte d\u00e9pend de la somme de souffrances qu\u2019il a subie durant son enfance. Cependant, l\u2019on ne doit pas perdre de vue ce proverbe wolof\u00a0: \u00ab\u00a0En cueillant les feuilles d\u2019oseille, il faut se garder de briser le plant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cet \u00eatre fabuleux donne ainsi \u00e0 sentir que l\u2019homme ne se r\u00e9duit pas \u00e0 ce qu\u2019il croit \u00eatre, que son corps lui est inconnu et qu\u2019il est une singularit\u00e9. Cependant, loin d\u2019\u00eatre une image reproduite par une quelconque ali\u00e9nation de l\u2019\u00eatre, le r\u00e9sultat d\u2019un paralogisme, la figure du monstre est une fabrication fertile qui assure le premier pas de l\u2019homme dans l\u2019appropriation de lui-m\u00eame, et partant, l\u2019appr\u00e9hension de l\u2019\u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb pour une parfaite structuration communautaire.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente \u00e9tude a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le monstre des r\u00e9cits de la peur \u00e9difiante est un r\u00e9gulateur \u00e9thique dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines. Son commerce avec l\u2019enfant crapule ou rebelle dans le village n\u2019est pas le fruit d\u2019un hasard, car il appara\u00eet toujours suite \u00e0 une crise de la morale sociale. D\u00e8s lors, dans les textes de la p\u00e9dagogie par la peur, il doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 moins comme un fait langagier que comme un actant essentiel \u00e0 la construction de la moralit\u00e9 du conte. Pareille conception, en r\u00e9alit\u00e9, repose sur des constantes de l\u2019imaginaire africain, qui ne s\u2019exprime pas dans des doctrines \u00e9labor\u00e9es et communiqu\u00e9es, mais dans les prises de positions devant la vie. De ce fait, la p\u00e9dagogie par la peur est fonctionnelle en ce qu\u2019elle assure la survie de la soci\u00e9t\u00e9<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-14\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-14\">14<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\"> Ensemble d\u2019individus unis au sein d\u2019un m\u00eame groupe par des institutions, une culture qui trouve sa force dans la pluralit\u00e9 fonctionnelle des membres qui la composent. Cette force vitale est bas\u00e9e sur le respect des r\u00e8gles qui s\u2019imposent \u00e0 chaque classe. Un maillon de cette cha\u00eene est d\u00e9faillant, et c\u2019est toute la survie de la communaut\u00e9 qui se d\u00e9sagr\u00e8ge. <\/span> consid\u00e9r\u00e9e. La r\u00e9flexion d\u2019Alassane N\u2019Daw s\u2019inscrit dans cette vision\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La pens\u00e9e africaine n\u2019est pas une philosophie au sens occidental, mais une conception de penser, une vision compl\u00e8te de l\u2019individu au sein de la soci\u00e9t\u00e9 et dans le monde. Cette pens\u00e9e s\u2019exprime dans la vie sociale, dans la vie religieuse, dans les diff\u00e9rentes techniques par une s\u00e9rie de symboles polyvalents dont le d\u00e9chiffrement est du plus haut int\u00e9r\u00eat pour la connaissance de l\u2019homme africain et de l\u2019homme tout court. (N\u2019Daw, 1983, p. 63).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit de l\u2019anthropocentrisme africain qui place l\u2019homme au centre de cette philosophie, car la meilleure des connaissances est celle qui m\u00e8ne l\u2019Homme vers les Hommes. L\u2019objectif du conteur des textes oraux de la dissuasion est la construction d\u2019un monde sans fracture sociale et dans lequel le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb n\u2019a sa raison d\u2019\u00eatre que par rapport \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb, puisque ce dernier devient l\u2019\u00e9l\u00e9ment indispensable \u00e0 l\u2019accomplissement du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb. Tout ceci n\u2019est r\u00e9alisable que par le concours du monstre qui montre ce que nous sommes, ou du moins, montre une part inconnue de nous-m\u00eames (Audeguy, 2007), comme l\u2019indique son \u00e9tymologie \u00ab\u00a0monere\u00a0\u00bb. Il avertit de quelque chose, car il \u00ab\u00a0assume une mission et devient le symbole de l\u2019instant difficile d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation ou d\u2019un myst\u00e8re (\u2026) Il est non seulement l\u2019obstacle, l\u2019\u00e9nigme, mais l\u2019obstacle que le destin doit franchir, l\u2019\u00e9nigme que le destin doit r\u00e9soudre\u00a0\u00bb (Durand, 1992, p. 22-23).<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>ANNEXE \u2013 CONTES IVOIRIENS IN\u00c9DITS<\/h2>\n<h3><strong>Conte 1\u00a0: La fille rebelle et le cadavre<\/strong><\/h3>\n<p>Il \u00e9tait une fois une tr\u00e8s belle fille, elle s\u2019appelait Nan K\u00f4gnon. Mais, Nan K\u00f4gnon refusait tous ceux qui lui demandaient sa main. Nan K\u00f4gnon refusa en mariage, m\u00eame ce redoutable et craint chasseur de toute la tribu, le grand chasseur N\u2019gass\u00e9let de chez nous, au pr\u00e9texte qu\u2019il portait des cicatrices.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qu\u2019un jour, il arriva un tr\u00e8s bel homme bien b\u00e2ti et d\u2019un tr\u00e8s beau teint et sans aucune cicatrice sur le corps. Ce jour l\u00e0, Nan K\u00f4gnon se trouvait \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village. A sa vue, la jeune fille s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0&#8211; voici l\u2019homme de ma vie, c\u2019est lui que j\u2019attendais pour me marier. Enfin il est arriv\u00e9, mon mari, mon mari est arriv\u00e9.\u00a0\u00bb Aussit\u00f4t, elle exigea que soit c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le mariage. Ce qui fut fait et apr\u00e8s quoi, le couple d\u00e9cida de rejoindre le domicile conjugal.<\/p>\n<p>Sur le chemin, d\u00e8s qu\u2019ils quitt\u00e8rent le village, le mari de Nan K\u00f4gnon se d\u00e9barrassa de son beau boubou. Sa femme surprise lui demanda\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab &#8211; Homme, pourquoi \u00f4tes-tu ton boubou\u00a0?<br \/>&#8211; \u00a0J\u2019ai chaud. R\u00e9pondit-il. \u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Un peu plus loin, juste au d\u00e9tour qui m\u00e8ne au cimeti\u00e8re du village, ce fut alors son dessous qu\u2019il enleva au m\u00eame motif. Ils entr\u00e8rent alors dans le cimeti\u00e8re, le long\u00e8rent, et juste avant d\u2019arriver \u00e0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9, Nan K\u00f4gnon sentit une odeur puante \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. C\u2019\u00e9tait celle de son \u00e9poux, qui, tout le temps de la travers\u00e9e du cimeti\u00e8re, se d\u00e9composait, perdant ainsi sa chair. Prise d\u2019effroi, son \u00e9pouse voulut fuir. Mais \u00ab\u00a0klou\u00a0\u00bb\u00a0! Le mari la saisit et lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu n\u2019iras nulle part. Tu m\u2019as choisi, alors c\u2019est ici que tu vivras. Fais bouillir de l\u2019eau pour la verser dans le creux de ma t\u00eate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u00e0, la t\u00e2che quotidienne de Nan K\u00f4gnon. Elle maigrissait et elle \u00e9tait malheureuse. Les nuits tomb\u00e9es, Nan K\u00f4gnon chantait\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Kisson sani dj\u00e9m\u00e9\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Que d\u2019or ne t\u2019a-t-on pas propos\u00e9\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>El\u00e9 k\u00f4 l\u00e9 tiof\u00ea.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tu as refus\u00e9<\/em><\/p>\n<p><em>Kison wari dj\u00e9m\u00e9\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Combien d\u2019argent ne- t-a-t-on pas propos\u00e9\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>El\u00e9 k\u00f4 l\u00e9 tiof\u00ea.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 Tu as refus\u00e9<\/em><\/p>\n<p><em>Kanass\u00e9 cabrou bona\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une fois dans la\u00a0\u00ab\u00a0demeure-tombe\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Tch\u00e8 k\u00e8 l\u00e0 sou \u00e9\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019homme est devenu cadavre<\/em><\/p>\n<p><em>Nangnogori\u2026\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ch\u00e8res m\u00e8res\u2026<\/em><\/p>\n<p>Un soir alors qu\u2019elle chantait, N\u2019gass\u00e9let \u00e9tait \u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019un buffle, l\u00e0-bas, non loin de la rivi\u00e8re du village. Il entendit un chant. Alors par curiosit\u00e9, il suivit l\u2019\u00e9cho jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9couvrir son origine. D\u00e8s qu\u2019elle aper\u00e7ut le chasseur \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, la jeune fille pleurant, le supplia alors de la sauver. Ce que fit le chasseur. Une fois en famille, la jeune fille demanda qu\u2019on la marie sans condition \u00e0 N\u2019gass\u00e9let. Celui-ci accepta et Nan K\u00f4gnon devint l\u2019\u00e9pouse du grand chasseur de chez nous, elle fit de beaux enfants \u00e0 la fois travailleurs et humbles.<\/p>\n<p>Conte Djimini du village de Yaoss\u00e9dougou (Dabakala, Centre-Nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire). Conteuse\u00a0: Fofana Gnadjo, vendeuse \u00e0 Bouak\u00e9, ao\u00fbt 2001.<\/p>\n<h3><strong>Conte 2<\/strong>\u00a0: <strong>Lune de miel en for\u00eat avec Python<\/strong><\/h3>\n<p>Dans un village des pays lointains, au temps jadis, vivait une belle fille. Si belle, que tous en parlaient, m\u00eame dans les coins de la for\u00eat, on en parlait. Mais, cette jeune fille ne voulait point se marier. Ses parents, le village, tous l\u2019avaient beau conseill\u00e9e mais en vain. Cette enfant restait ferme sur sa d\u00e9cision. Mais, un soir, elle avait promis \u00e0 sa m\u00e8re, qu\u2019elle lui couvrirait la t\u00eate d\u2019une calebasse le jour o\u00f9 elle rencontrerait l\u2019homme qu\u2019elle-m\u00eame d\u00e9sire.<\/p>\n<p>A la mort de la Reine, on annon\u00e7a les fun\u00e9railles. Les \u00e9trangers arriv\u00e8rent de partout\u00a0: des notables, des hommes, des femmes, des enfants, m\u00eame les g\u00e9nies de la brousse \u00e9taient des obs\u00e8ques de la Reine. Python, lui se transforma en un bel homme. Un soir, il traversa la cour de la jeune fille, alors qu\u2019elle pilait le foutou pour le repas du soir. D\u00e8s qu\u2019elle l\u2019aper\u00e7ut, kpohoro\u2026\u00a0! Elle couvrit la t\u00eate de sa m\u00e8re avec une calebasse \u00e0 la surprise des amis de cette derni\u00e8re. \u00ab\u00a0J\u2019ai compris\u00a0\u00bb, dit la m\u00e8re.<\/p>\n<p>Ils se mari\u00e8rent et restaient ensemble. A la fin des fun\u00e9railles, les gens retrouv\u00e8rent leur village. Le gar\u00e7on demanda lui aussi la route. Mais, il conseilla \u00e0 sa ch\u00e9rie de rester au village\u00a0; ce qu\u2019elle refusa d\u2019ailleurs. \u00ab\u00a0Pas question, tu veux m\u2019abandonner ici, seule\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non\u00a0! Je pars avec toi\u00a0\u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019ils partirent, tchou tchou tchou\u2026, pour une tr\u00e8s longue marche \u00e0 travers monts, fleuves, savanes et for\u00eats. Ils arriv\u00e8rent l\u00e0, devant un grand et profond trou. Le gar\u00e7on dit \u00e0 la fille tr\u00e8s \u00e9puis\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est ici mon village, entrons et asseyons nous l\u00e0\u00a0\u00bb. Ils vivaient l\u00e0-bas, eurent m\u00eame des enfants. Il y avait des enfants serpents et des enfants noirs. Chaque matin, p\u00e8re Python entrait en brousse \u00e0 la recherche du gibier. Il n\u2019en venait jamais bredouille. C\u2019\u00e9tait un bon p\u00e8re qui veillait bien sur eux. Cela faisait maintenant plusieurs s\u00e9cheresses pass\u00e9es qu\u2019elle avait quitt\u00e9 sa famille.<\/p>\n<p>Un jour, sa mar\u00e2tre d\u00e9cida de lui rendre visite. Et ce, contre le gr\u00e9 des membres de la famille et du village. Elle fit le chemin et un soir de pluie, elle retrouva sa famille au milieu d\u2019un m\u00e9lange de Noirs<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-15\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-15\">15<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\"> Les Africains. <\/span> et de Serpents. On la re\u00e7ut et elle se comporta raisonnablement envers eux. Elle lavait aussi bien les enfants serpents que les enfants noirs. Elle s\u2019en occupait tr\u00e8s bien. Six jours pass\u00e9s, elle demanda la route \u00e0 Python et sa fille. On la lui accorda. Toutefois, Python lui recommanda, de boire plut\u00f4t l\u2019eau boueuse que l\u2019eau claire de la rivi\u00e8re sur le chemin de retour. Ce qu\u2019elle fit \u00e0 sati\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une longue marche, elle retrouva sa case conjugale. Souffrant de douleurs au ventre, elle se mit \u00e0 vomir. Mais qu\u2019est-ce que je ne vous dit pas, de l\u2019or, de l\u2019or \u00e0 remplir toute la case. Elle en offrit \u00e0 la g\u00e9nitrice de la fille. \u00ab\u00a0O kp\u00f4\u00a0! Ma fille te donne de l\u2019or, et c\u2019est juste des miettes que tu me pr\u00e9sentes\u00a0! J\u2019irai la voir moi-m\u00eame et on verra\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un soir de tornade, la voici chez sa fille. \u00ab\u00a0Mon Dieu, c\u2019est avec des serpents que tu vis\u00a0? Des enfants serpents\u00a0? Avec des enfants humains\u00a0? Malheur \u00e0 moi de t\u2019avoir mise au monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Durant son s\u00e9jour de quatre jours, elle n\u2019avait jamais touch\u00e9 aux enfants serpents. Elle ne s\u2019occupait que des enfants humains. Elle demanda la route. Python toujours donna sa m\u00eame recommandation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Eh \u00e9 \u00e9\u2026\u00a0! Ce python me prend pour une b\u00eate. Il est fou lui. Moi boire de l\u2019eau boueuse\u00a0? O\u00f9 \u00e7a\u00a0?\u00a0\u00bb Arriv\u00e9e \u00e0 la rivi\u00e8re, elle choisit l\u2019eau claire, en but abondamment. Une fois chez elle au village, elle eut envie de vomir. Elle se dirigea derri\u00e8re la case, mais malheur, Python y \u00e9tait. Il la tua, transporta son corps dans son trou. \u00ab\u00a0Veux-tu du gibier \u00e0 peau lisse ou celui couvert de poils\u00a0?\u00a0\u00bb, demanda-t-il \u00e0 son \u00e9pouse. Comme elle avait d\u00e9cod\u00e9 le message, elle choisit le gibier \u00e0 peau lisse. Elle demanda \u00e0 Python de lui permettre d\u2019accompagner le corps de sa m\u00e8re au village. Python accepta. Et elle s\u2019en alla avec un enfant serpent et un enfant noir.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s au bord de la rivi\u00e8re, elle donna \u00e0 boire aux enfants. \u00ab\u00a0Buvez-en, fils d\u2019un vrai homme, ce n\u2019est pas la faute \u00e0 votre maman, ni \u00e0 votre papa, c\u2019est la faute \u00e0 votre grand-m\u00e8re\u00a0\u00bb. Python entendit sa d\u00e9tresse. \u00ab\u00a0Rentre avec l\u2019enfant noir et baptise-le Anini<sup id=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-16\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000003fad0000000000000000_5514\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-16\">16<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\"> Il faut pr\u00e9ciser que les Agni-bona et les baoul\u00e9 dont nous sommes issus appellent le python \u00ab\u00a0agni\u00a0\u00bb et le suffixe \u00ab\u00a0ni\u00a0\u00bb d\u00e9signe la m\u00e8re. \u00ab\u00a0Anini\u00a0\u00bb d\u00e9signe alors la m\u00e8re du python. Dans le r\u00e9cit, le serpent culpabilise sa belle-m\u00e8re. <\/span>\u00a0\u00bb. Quand vous entendez Anini chez nous les bona, voil\u00e0 son origine. C\u2019est \u00e0 cause de la sottise de la femme que cela est arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Conte agni-bona de Koun Fao, r\u00e9gion au Nord-Est de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, conteur, KOSSIA Yao, octobre 2006.<\/p>\n<h3><strong>Conte 3\u00a0: Valy, le prince difficile et la lionne<\/strong><\/h3>\n<p>Il \u00e9tait une fois, un riche roi qui n\u2019avait qu\u2019un fils, Valy, unique h\u00e9ritier. Quand il devint majeur, Tch\u00eak\u00f4 son p\u00e8re l\u2019encouragea au mariage. Il invita un soir tout le village et demanda que se pr\u00e9sent\u00e8rent au palais toutes les plus belles filles de sa tribu. Ce qui fut fait. Elles vinrent l\u00e0, d\u00e9fil\u00e8rent l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre sous les regards du roi, du prince et de toute la notabilit\u00e9. Mais, le prince trouva \u00e0 redire sur chacune d\u2019elle, au point que son p\u00e8re et toute la notabilit\u00e9 le qualifi\u00e8rent d\u2019enfant difficile. Il leur promettait qu\u2019il se marierait au moment venu, c\u2019est-\u00e0-dire lorsqu\u2019il aurait rencontr\u00e9 la femme de son go\u00fbt.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qu\u2019un jour on aper\u00e7ut une tr\u00e8s belle fille dans le village. Elle fit trois tours du village. Partout on parlait de sa beaut\u00e9 extraordinaire. Valy alla trouver Tch\u00eak\u00f4 et lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0&#8211; P\u00e8re, ma dulcin\u00e9e tant attendue est venue. C\u00e9l\u00e9brons le mariage ce jour m\u00eame.<\/p>\n<p>&#8211; Mais, qui est-elle\u00a0? On ne la conna\u00eet m\u00eame pas, on ne sait pas de quel village elle vient et de quelle famille. Sois un peu patient mon fils\u00a0!<\/p>\n<p>&#8211; Non\u00a0! C\u2019est maintenant ou jamais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le roi c\u00e9da, on c\u00e9l\u00e9bra un mariage princier. La nuit tomb\u00e9e, le prince rejoignit la mari\u00e9e dans la chambre de noces. Mais, au milieu de la nuit, on entendit des hurlements dans leur case. Les hommes accoururent chez eux. Curieusement, on y trouva le prince mort, d\u00e9chiquet\u00e9 par une lionne furieuse qui bondit contre toute attente pour fondre dans la brousse.<\/p>\n<p>Conte suivi \u00e0 l\u2019\u00e9mission <em>La porte de mon c\u0153ur<\/em>, ONUCI FM \/ 4-7-2007, conteuse et pr\u00e9sentatrice radio\u00a0: Binta Fall.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Amon d\u2019Aby Fran\u00e7ois Joseph. 1984. <em>Le Murmure du roi<\/em>. Abidjan : NEA, 185 p.<\/p>\n<p>Audeguy, St\u00e9phane. 2007.\u00a0 <em>Les Monstres\u00a0: si loin et si proches<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 308 p.<\/p>\n<p>Belvaude, Catherine. 1989.<em> Amos Tutuola et l\u2019univers du conte africain<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 216 p.<\/p>\n<p>\u00a0Brun, Jean. 1979. <em>Le Mythe de l\u2019androgyne<\/em>. Paris\u00a0: Bey International, 289 p.<\/p>\n<p>Canguilhem, Georges. 2005. <em>Le Normal et le Pathologique<\/em>. Paris\u00a0: PUF, 198 p.<\/p>\n<p>Chevrier, Jacques. 1986. <em>L\u2019Arbre \u00e0 palabres. Essai sur les contes et r\u00e9cits traditionnels d\u2019Afrique noire<\/em>. Paris\u00a0: Hatier, 315 p.<\/p>\n<p>Durand, Gilbert. 1992. <em>Les Structures anthropologiques de l\u2019imaginaire<\/em>. Paris\u00a0: Dunod, 276 p.<\/p>\n<p>Falaba, Traor\u00e9 Issa. 1987. <em>Duel dans les falaises<\/em>. Abidjan\u00a0: NEA, 165 p.<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. 1971. <em>Nouvelles conf\u00e9rences sur la psychanalyse<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 277 p.<\/p>\n<p>Gnonsoa, Ang\u00e8le. 2007.<em> Le Masque au c\u0153ur de la soci\u00e9t\u00e9 W\u00ea. <\/em>Abidjan\u00a0: Fraternit\u00e9 Matin, 159 p.<\/p>\n<p>Hecquet, Vincent. 2009. \u00ab\u00a0Litt\u00e9ratures orales africaines\u00a0\u00bb. <em>Cahiers d\u2019\u00e9tudes africaines<\/em>, no. 195, p. 833-840.<\/p>\n<p>Hobbes, Tomas. 2005. <em>L\u00e9viathan<\/em>. Paris\u00a0: Vrin, 295 p.<\/p>\n<p>Ibrahim, Annie. 2005.\u00a0<em>Qu\u2019est-ce qu\u2019un monstre<\/em>\u00a0? Paris\u00a0: PUF, 288 p.<\/p>\n<p>Jouteur, Isabelle. 2009.\u00a0<em>Monstres et merveilles<\/em>, <em>Cr\u00e9atures prodigieuses de l\u2019Antiquit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Signets, Belles Lettres, 325 p.<\/p>\n<p>Kant, Emmanuel. 1988. <em>Fondements de la M\u00e9taphysique des M\u0153urs<\/em>. Paris\u00a0: Bordas, 302 p.<\/p>\n<p>Karady, G\u00f6r\u00f6g Veronika. 1997. <em>L\u2019Univers familial dans les contes africains, liens de sang, liens d\u2019alliance. <\/em>Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 288 p.<\/p>\n<p>Kestloot, Lylian et Mbodji, Check. 1983. <em>Contes et Mythes Wolof<\/em>. Paris\u00a0: NEA, 175 p.<\/p>\n<p>Konan, Yao Lambert. 2011. \u00ab\u00a0De la signification de quelques reptiles dans les contes africains\u00a0\u00bb. <em>Estudios Rom\u00e0nicos, <\/em>vol. 20, p. 169-184.<\/p>\n<p>Kosova, Maria. 1970. <em>Contes africains<\/em>. Paris\u00a0: Gr\u00fcnd, 215 p.<\/p>\n<p>Meke, M\u00e9\u00eft\u00e9. 2004. \u00ab\u00a0Les alliances \u00e0 plaisanterie comme voie\u00a0\u00bb. <em>Ethiopiques<\/em>, no. 72, p. 74-76.<\/p>\n<p>Meyer, G\u00e9rald. 1979. <em>Les Contes des pays badiarank\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Karthala, 296 p.<\/p>\n<p>N\u2019da, Pierre. 1984. \u00a0<em>Le Conte africain et l\u2019\u00e9ducation<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 181 p.<\/p>\n<p>N\u2019daw, Allassane. 1983.<em> La Pens\u00e9e africaine\u00a0: Recherche sur les fondements de la pens\u00e9e n\u00e9gro-africaine<\/em>. Dakar\u00a0: NEA, 187 p.<\/p>\n<p>Pontevia, Jean-Marie. 1993. <em>La Peinture, Masque et Miroir. Ecrits sur l\u2019art et pens\u00e9es d\u00e9tach\u00e9es. <\/em>Paris\u00a0: William Blake et Co. Edit, 273 p.<\/p>\n<p>Queneau, Raymond. 1998. <em>L\u2019Ivrogne dans la brousse. <\/em>Paris\u00a0: Seuil, 202 p.<\/p>\n<p>Rousseau, Herv\u00e9. 1965. \u00ab\u00a0Le Dieu du mal\u00a0\u00bb. <em>Revue de l\u2019histoire des religions<\/em>, tome 167, no. 2, p. 244-231.<\/p>\n<p>Seid, Joseph Brahim. 1962. <em>Au Tchad sous les \u00e9toiles<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence Africaine, 213 p.<\/p>\n<p>Sylla, Assane. 1978.\u00a0 <em>La Philosophie morale Wolof<\/em>. Dakar\u00a0: Sankor\u00e9, 165 p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lambert Konan, Yao. 2012. \u00ab Le monstre des contes n\u00e9gro-africains de la p\u00e9dagogie par la peur : un agent de la r\u00e9gulation sociale \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/lambert-konan-16&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lambert-konan-16.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lambert-konan-16.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-01001208-6d19-4bc3-8ff0-4ae503aa9259\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lambert-konan-16.pdf\">lambert-konan-16<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lambert-konan-16.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-01001208-6d19-4bc3-8ff0-4ae503aa9259\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-1\"><span>1<\/span><div> Il faut entendre, ici, par dieux, les g\u00e9nies appel\u00e9s diff\u00e9remment d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre\u00a0: <em>guinn\u00e9<\/em>, <em>guina<\/em>, <em>guinarou<\/em> pour l\u2019univers malink\u00e9 (peuple commer\u00e7ant venu de l\u2019empire mandingue), vivant dans le nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire\u00a0; <em>assi\u00e9 oussou<\/em>, <em>bosson<\/em> chez les Akan venus du Ghana et situ\u00e9s dans l\u2019Est, le Sud et le Centre ivoirien.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-2\"><span>2<\/span><div> Le corpus est constitu\u00e9 de contes ivoiriens in\u00e9dits (voir en fin d\u2019\u00e9tude) et de contes litt\u00e9raires\u00a0: AMON d\u2019Aby Fran\u00e7ois Joseph, (1984)\u00a0: <em>Le Murmure du roi<\/em>, Abidjan, NEA, CHEVRIER, Jacques (1986)\u00a0: <em>L\u2019Arbre \u00e0 palabres. Essai sur les contes et r\u00e9cits traditionnels d\u2019Afrique noire<\/em>. Paris, Hatier, FALABA, Traor\u00e9 Issa (1987)\u00a0: <em>Duel dans les falaises<\/em>, Abidjan, NEA, KESTLOOT, Lylian et MBODJI, Check (1983), <em>Contes et Mythes Wolof<\/em>. Paris, NEA, \u00a0KOSOVA, Maria (1970)\u00a0: <em>Contes africains<\/em>, Paris, Gr\u00fcnd, MEYER, G\u00e9rald (1979)\u00a0: <em>Les Contes des pays badiarank\u00e9<\/em>, Paris, Karthala, N\u2019DA, Pierre (1984)\u00a0: <em>Le Conte africain et l\u2019\u00e9ducation<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, QUENEAU, Raymond (1998)\u00a0<em>: L\u2019Ivrogne dans la brousse, <\/em>Paris, Seuil et SEID, Joseph Brahim (1962)\u00a0: <em>Au Tchad sous les \u00e9toiles<\/em>, Paris, Pr\u00e9sence Africaine.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-2\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 2 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-3\"><span>3<\/span><div> Le monstre d\u00e9vorant mat\u00e9rialise les pulsions orales, sadiques ou exploratrices et sexuelles. En g\u00e9n\u00e9ral, les monstres d\u00e9vorants sont par nature castrateurs\u00a0: pensons par exemple \u00e0 l\u2019Ogre du Petit Poucet avec son grand couteau.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-3\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 3 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-4\"><span>4<\/span><div> L\u2019alliance est une convention sociale et un principe de vie communautaire. C\u2019est un pacte de non-agression et de paix perp\u00e9tuelle entre deux ethnies. (M\u00e9k\u00e9, 2004).  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-4\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 4 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-5\"><span>5<\/span><div> \u00ab\u00a0Le monstre poss\u00e8de le myst\u00e9rieux pouvoir de terrifier et d\u2019attirer \u00e0 la fois. Il est hideux et s\u00e9duisant, on le fuit et pourtant il fascine. Objet de terreur et de r\u00e9pulsion, le monstre incarne pourtant le d\u00e9sir\u00a0\u00bb selon Jean Brun (1979, p. 185).  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-5\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 5 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-6\"><span>6<\/span><div> Conte in\u00e9dit suivi \u00e0 l\u2019\u00e9mission, \u00ab\u00a0La porte de mon c\u0153ur\u00a0\u00bb, ONUCI FM\u00a0\/4-7-2007.\u00a0Version int\u00e9grale en fin d\u2019\u00e9tude.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-6\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 6 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-7\"><span>7<\/span><div> Les communaut\u00e9s rurales tirent essentiellement leurs subsistances de la chasse, de l\u2019agriculture et de la cueillette, activit\u00e9s \u00e0 risques quant \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une blessure qui, \u00e0 terme, laisse une cicatrice \u00e0 tout homme mature, r\u00e9ellement int\u00e9gr\u00e9 dans la vie sociale.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-7\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 7 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-8\"><span>8<\/span><div> <em>Lune de miel en for\u00eat avec python<\/em>, version int\u00e9grale \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9tude.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-8\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 8 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-9\"><span>9<\/span><div> L\u2019on a, de fait, souvent compar\u00e9 les souverains \u00e0 des monstres (Caligula), et ce, d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9. (Cf. <em>Monstres et merveilles<\/em>, <em>Cr\u00e9atures prodigieuses de l\u2019Antiquit\u00e9<\/em>, Signets, Belles Lettres, 2009, d\u2019Isabelle Jouteur, en particulier le chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0B\u00eates de pouvoir\u00a0\u00bb, p.117. L\u2019on peut aussi se r\u00e9f\u00e9rer au <em>L\u00e9viathan<\/em>, Paris, Vrin, 2005, de Thomas Hobbes.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-9\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 9 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-10\"><span>10<\/span><div><em> \u00c9vangile de Saint Luc<\/em>, Chapitre 15, Verset 32, in <em>La Bible<\/em>, Traduction \u0153cum\u00e9nique, \u00c9ditions des Soci\u00e9t\u00e9s Bibliques, 1982.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-10\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 10 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-11\"><span>11<\/span><div> La p\u00e9dagogie par la peur est une esth\u00e9tique litt\u00e9raire de l\u2019oralit\u00e9, traduite dans les contes pour adolescents. Elle peut s\u2019identifier \u00e0 une sorte de p\u00e9dagogie de la dissuasion, une didactique bien ancr\u00e9e dans les pratiques \u00e9ducatives des peuples noirs. C\u2019est un proc\u00e9d\u00e9 \u00e9ducatif \u00e0 effet graduel qui commence d\u2019abord, par les conseils, ensuite des mises en garde, puis les interdictions, pour enfin aboutir \u00e0 l\u2019application v\u00e9ritable d\u2019une peur \u00e9difiante suite \u00e0 une s\u00e9paration, voire un bannissement, \u00e9quivalence de la mort symbolique du h\u00e9ros, aux fins d\u2019une \u00e9ventuelle r\u00e9insertion.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-11\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 11 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-12\"><span>12<\/span><div> Le monstre instigateur de la peur n\u2019est plus le personnage positif r\u00e9parateur de la faute commise, mais installe l\u2019apprenant dans une peur n\u00e9gative inhibitrice d\u2019un d\u00e9veloppement psychologique.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-12\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 12 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-13\"><span>13<\/span><div> <em>La fille rebelle et le cadavre<\/em>, conte Djimini in\u00e9dit du village de Yaoss\u00e9dougou (Dabakala), conteuse\u00a0: Fofana Gnadjo, ao\u00fbt 2001, voir la version int\u00e9grale \u00e0 la fin de l\u2019analyse. Le peuple Djimini est situ\u00e9 au Cente-Nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire.\u00a0  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-13\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 13 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-14\"><span>14<\/span><div> Ensemble d\u2019individus unis au sein d\u2019un m\u00eame groupe par des institutions, une culture qui trouve sa force dans la pluralit\u00e9 fonctionnelle des membres qui la composent. Cette force vitale est bas\u00e9e sur le respect des r\u00e8gles qui s\u2019imposent \u00e0 chaque classe. Un maillon de cette cha\u00eene est d\u00e9faillant, et c\u2019est toute la survie de la communaut\u00e9 qui se d\u00e9sagr\u00e8ge.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-14\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 14 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-15\"><span>15<\/span><div> Les Africains.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-15\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 15 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-0000000000003fad0000000000000000_5514-16\"><span>16<\/span><div> Il faut pr\u00e9ciser que les Agni-bona et les baoul\u00e9 dont nous sommes issus appellent le python \u00ab\u00a0agni\u00a0\u00bb et le suffixe \u00ab\u00a0ni\u00a0\u00bb d\u00e9signe la m\u00e8re. \u00ab\u00a0Anini\u00a0\u00bb d\u00e9signe alors la m\u00e8re du python. Dans le r\u00e9cit, le serpent culpabilise sa belle-m\u00e8re.  <a href=\"#mfn-content-0000000000003fad0000000000000000_5514-16\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 16 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016 L\u2019Africain, il est manifeste, vit constamment dans le merveilleux\u00a0; le Dieu Cr\u00e9ateur, les g\u00e9nies, les doubles, les revenants, les esprits divers, lui sont aussi familiers que son \u00e9pouse et sa prog\u00e9niture. 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