{"id":5517,"date":"2024-06-13T19:48:21","date_gmt":"2024-06-13T19:48:21","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/elfriede-jelinek-face-aux-classiques-et-a-sa-propre-classicisation\/"},"modified":"2024-09-06T17:39:31","modified_gmt":"2024-09-06T17:39:31","slug":"elfriede-jelinek-face-aux-classiques-et-a-sa-propre-classicisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5517","title":{"rendered":"Elfriede Jelinek face aux classiques et \u00e0 sa propre classicisation"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6885\">Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016<\/a><\/h5>\n<p>Les d\u00e9buts litt\u00e9raires de l\u2019auteure autrichienne Elfriede Jelinek dans les ann\u00e9es 1970 sont plac\u00e9s sous le signe de l\u2019intertextualit\u00e9 et du montage \u00e0 partir d\u2019hypotextes en tout genre. Sa premi\u00e8re pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, \u00ab\u00a0Ce qui arriva quand Nora quitta son mari\u00a0\u00bb (1977), rel\u00e8ve pr\u00e9cis\u00e9ment de cette esth\u00e9tique intertextuelle tout en illustrant une pratique qui lui est apparent\u00e9e, mais qui n\u2019en reste pas moins singuli\u00e8re\u00a0: celle de la r\u00e9criture. Nous l\u2019envisageons ici comme une forme d\u2019intertextualit\u00e9, dont elle se distingue notamment par la fr\u00e9quence, tout au long du texte, de r\u00e9miniscences et de citations d\u2019un autre texte et par l\u2019intentionnalit\u00e9 auctoriale qu\u2019elle pr\u00e9suppose<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"> Nous ne reviendrons pas sur les d\u00e9bats autour des concepts d\u2019intertextualit\u00e9 et de r\u00e9criture\/r\u00e9\u00e9criture. Nous nous rapprochons ici de la d\u00e9finition propos\u00e9e par Anne-Claire Gignoux dans son avant-propos (2003, p. 15-20, notamment). La r\u00e9<em>\u00e9<\/em>criture rel\u00e8ve pour elle de la critique g\u00e9n\u00e9tique (p. 16). Mod\u00e8le paradigmatique de la r\u00e9criture intertextuelle, <em>Ulysse<\/em> de James Joyce est la r\u00e9criture de l<em>\u2019Odyss\u00e9e<\/em> de l\u2019a\u00e8de Hom\u00e8re. <\/span>.<\/p>\n<p>La production dramatique r\u00e9cente d\u2019Elfriede Jelinek t\u00e9moigne d\u2019un v\u00e9ritable retour en force de cette pratique d\u2019\u00e9criture qui prend de nouvelles formes. De nombreux textes \u00e9crits pour le th\u00e9\u00e2tre depuis 2005 entrent dans cette cat\u00e9gorie\u00a0: on pense notamment \u00e0 <em>Ulrike Maria Stuart<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> La pi\u00e8ce, in\u00e9dite, a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue en 2005. <\/span>, travail complexe de r\u00e9criture et d\u2019actualisation de la trag\u00e9die schill\u00e9rienne <em>Maria Stuart <\/em>(1800), au <em>Voyage d\u2019hiver<\/em> (2011), qui revisite quant \u00e0 lui le cycle \u00e9ponyme de Schubert (1827), et aux drames dits \u00ab\u00a0secondaires\u00a0\u00bb, <em>Abraumhalde <\/em>et <em>FaustIn and out<\/em>, inspir\u00e9s respectivement, en 2008, par <em>Nathan Le Sage<\/em> de Lessing et, en 2011, par le <em>Urfaust<\/em> de Goethe. Lessing, Goethe et Schiller pour la litt\u00e9rature, Schubert pour la musique\u00a0: notons que Jelinek se mesure ici \u00e0 des classiques nationaux dont le rayonnement d\u00e9passe les fronti\u00e8res de la germanophonie<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> Signalons au passage que, dans son anthologie des \u0153uvres dramatiques canoniques de langue allemande, Marcel Reich Ranicki, grand critique litt\u00e9raire germanophone, a \u00e9dit\u00e9 les pi\u00e8ces de Lessing dans le volume 1, celles de Goethe dans le second, les deux suivants \u00e9tant consacr\u00e9s \u00e0 Schiller. Par ailleurs, les statistiques du <em>Deutscher B\u00fchnenverein<\/em>, l\u2019association des sc\u00e8nes allemandes, montrent que Jelinek choisit de r\u00e9crire des pi\u00e8ces parmi les plus jou\u00e9es dans les pays germanophones. En t\u00eate du palmar\u00e8s, les diff\u00e9rentes versions du <em>Faust<\/em> de Goethe totalisent 46 mises en sc\u00e8ne sur la seule saison 2009-2010 avec pr\u00e8s de 200\u00a0000 spectateurs pour 487 repr\u00e9sentations. Cette m\u00eame ann\u00e9e, <em>Nathan Le Sage<\/em> arrive en septi\u00e8me position et <em>Maria Stuart<\/em> en dixi\u00e8me (<em>Deutscher B\u00fchnenverein<\/em>, 2011, p. 342). <\/span>. Si les textes de la dramaturge viennoise ont toujours dialogu\u00e9 avec ceux qu\u2019on a coutume de nommer les \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb, le travail affich\u00e9 de r\u00e9criture d\u2019\u0153uvres canoniques t\u00e9moigne cependant d\u2019une confrontation bien plus signifiante que les faits d\u2019intertextualit\u00e9 plus isol\u00e9s. Nous allons donc focaliser notre attention sur cette r\u00e9-exploration contemporaine du patrimoine culturel national.<\/p>\n<p>Quels peuvent \u00eatre les enjeux de ce retour en force de la r\u00e9criture des classiques nationaux dans la production dramatique actuelle d\u2019Elfriede Jelinek? <em>Malgr\u00e9 le manque de recul<\/em> li\u00e9 au caract\u00e8re r\u00e9cent et peut-\u00eatre encore embryonnaire du ph\u00e9nom\u00e8ne observ\u00e9, nous pensons que cette confrontation redoubl\u00e9e avec les classiques est concomitante \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de classicisation de l\u2019auteure elle-m\u00eame. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a pris une ampleur certaine avec l\u2019obtention du prix Nobel de litt\u00e9rature en 2004 et il am\u00e8ne d\u00e8s lors la dramaturge \u00e0 questionner plus avant son rapport \u00e0 la classicit\u00e9. Cette \u00e9tude se situera au carrefour de l\u2019esth\u00e9tique de la r\u00e9ception et de la sociologie de la litt\u00e9rature. Nous essaierons, dans un premier temps, de mettre au jour quelques-uns des m\u00e9canismes de \u00ab\u00a0classicisation\u00a0\u00bb d\u2019Elfriede Jelinek, en soulignant toutefois ce qu\u2019ils peuvent avoir d\u2019ambigu et en posant la question de l\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e de l\u2019auteure. Dans un second temps, nous d\u00e9gagerons certaines caract\u00e9ristiques de la confrontation jelinekienne avec les classiques \u00e0 travers son court essai \u00ab\u00a0Commentaire \u00e0 propos du drame secondaire\u00a0\u00bb (2010). L\u2019analyse de discours sera int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 une approche sociologique qui permettra de mieux appr\u00e9hender le rapport de l\u2019auteure aux ph\u00e9nom\u00e8nes de canonisation dans le champ litt\u00e9raire.<\/p>\n<h2>Elfriede Jelinek\u00a0: \u00e9l\u00e9ments d\u2019une classicisation en cours<\/h2>\n<p>Pour parler de \u00ab\u00a0classicisation\u00a0\u00bb d\u2019un auteur, encore faut-il s\u2019entendre sur ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment un auteur classique. Or, les innombrables d\u00e9finitions, souvent apodictiques et drap\u00e9es dans l\u2019id\u00e9al du mod\u00e8le classiciste, nous heurtent \u00e0 l\u2019aporie du questionnement. Les travaux d\u2019Alain Viala ont montr\u00e9 combien la surcharge s\u00e9mantique de l\u2019appellation \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, instituant des \u0153uvres en mod\u00e8les de premier ordre, \u00e9tait porteuse d\u2019implications id\u00e9ologiques et rendait n\u00e9cessaire une approche fond\u00e9e sur les ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9ception.<\/p>\n<p>La position actuelle d\u2019Elfriede Jelinek au sein du champ litt\u00e9raire se mesure \u00e0 l\u2019aune de sa r\u00e9ception par un ensemble d\u2019instances de l\u00e9gitimation\u00a0; notre propos consistera \u00e0 pr\u00e9senter et \u00e0 questionner \u00ab\u00a0\u00e0 chaud\u00a0\u00bb, sans pr\u00e9tention exhaustive aucune, certaines lignes de force du processus de classicisation en cours et \u00e0 en d\u00e9gager les ambig\u00fcit\u00e9s. Nous nous int\u00e9resserons ici exclusivement \u00e0 sa r\u00e9ception par l\u2019institution scolaire et universitaire. L\u2019analyse de la r\u00e9ception par les autres instances de classicisation du champ litt\u00e9raire, qui agissent en amont comme en aval, ne saurait rentrer dans le cadre de ce travail. Par ailleurs, nous exclurons toute analyse des caract\u00e9ristiques esth\u00e9tiques internes \u00e0 l\u2019\u0153uvre qui la pr\u00e9destineraient \u00e0 un devenir classique.<\/p>\n<p>C\u2019est bien s\u00fbr l\u2019obtention du prix Nobel de litt\u00e9rature en 2004 qui a accru le capital symbolique de Jelinek tout en donnant un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur au processus de captation de son \u0153uvre \u2013 et \u00e0 certaines r\u00e9cup\u00e9rations. Cette cons\u00e9cration signe l\u2019entr\u00e9e dans un panth\u00e9on litt\u00e9raire mondial \u2013 quoique sur fond de pol\u00e9mique\u00a0: on se rappelle les r\u00e9actions contrast\u00e9es qui suivirent l\u2019annonce, et la pol\u00e9mique suscit\u00e9e un an plus tard par la d\u00e9mission fracassante, fort tardive au demeurant, d\u2019un membre du jury<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> Sur la r\u00e9ception de l\u2019attribution du Prix Nobel \u00e0 Jelinek, voir Lajarrige, Jacques. 2004. \u00ab\u00a0Surprise, stupeur et tremblements. Ce qui arriva quand Elfriede Jelinek re\u00e7ut le Prix Nobel de litt\u00e9rature\u00a0\u00bb. <em>Austriaca<\/em>, 57, p. 225-232\u00a0; et surtout la riche documentation de Janke, Pia (Hg.). 2005. <em>Literaturnobelpreis Elfriede Jelinek<\/em>. Diskurse.Kontexte.Impulse Bd. 1. Wien\u00a0: Praesens Verlag, 389\u00a0p. <\/span>.<\/p>\n<p>R\u00e9guli\u00e8rement attaqu\u00e9e dans son pays par la presse, \u00e0 commencer par la\u00a0<em>Kronenzeitung<\/em>\u00a0qui la fustige en bourreau de l\u2019Autriche<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> Sur les relations houleuses et conflictuelles entre Jelinek et son pays des ann\u00e9es 1960 \u00e0 2001, voir la documentation\u00a0: Janke, Pia (Hg.). 2002.\u00a0<em>Die Nestbeschmutzerin. Jelinek &amp; \u00d6sterreich<\/em>. Salzburg\/Wien\u00a0: Jung und Jung, 252 p. <\/span>, l\u2019\u00e9crivaine, adul\u00e9e par les uns, est r\u00e9guli\u00e8rement tax\u00e9e d\u2019amoralit\u00e9, d\u2019\u00e9litisme et d\u2019herm\u00e9tisme par les autres. Et si nombre d\u2019instances du champ litt\u00e9raire allemand et international lui ont accord\u00e9 leurs plus prestigieuses marques de distinction, la l\u00e9gitimit\u00e9 lui est contest\u00e9e par la voix du plus influent critique litt\u00e9raire en terres germanophones, Marcel Reich-Ranicki, qui l\u2019exclut d\u2019ailleurs tout naturellement de son anthologie des \u0153uvres les plus \u00e9minentes de langue allemande,\u00a0<em>Le canon<\/em>\u00a0(<em>Der Kanon<\/em>). Malgr\u00e9 tout, depuis le prix Nobel, la recherche universitaire sur Elfriede Jelinek conna\u00eet un d\u00e9veloppement exponentiel\u00a0: th\u00e8ses, ma\u00eetrises, articles et monographies se multiplient et t\u00e9moignent de la reconnaissance du monde universitaire qui se pla\u00eet, entre autres, \u00e0 l\u2019identification minutieuse et \u00e9rudite des renvois intertextuels. Son \u0153uvre, devenue objet d\u2019investigations, est r\u00e9guli\u00e8rement au programme de s\u00e9minaires des facult\u00e9s de germanistique, et pr\u00e9sent\u00e9e dans des \u00e9ditions scientifiques destin\u00e9es \u00e0 un public \u00e9tudiant<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"> Janz, Marlies. 1995.\u00a0<em>Elfriede Jelinek<\/em>. Sammlung Metzler Bd. 286. Stuttgart\u00a0: Metzler, 182 p.\u00a0; L\u00fccke, B\u00e4rbel. 2008.\u00a0<em>Elfriede Jelinek. Eine Einf\u00fchrung<\/em>. UTB Bd. 3051. Paderborn\u00a0: Wilhelm Fink Verlag, 169 p. Notons qu\u2019en 2013 para\u00eetra le premier manuel qui offrira une vue d\u2019ensemble sur la vie, l\u2019\u0153uvre et la r\u00e9ception d\u2019Elfriede Jelinek, dans la c\u00e9l\u00e8bre collection des\u00a0<em>Handb\u00fccher<\/em>\u00a0de l\u2019\u00e9diteur Metzler. <\/span>. En France, deux pi\u00e8ces de Jelinek,\u00a0<em>In den Alpen<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Das Werk<\/em>, ont \u00e9t\u00e9 inscrites au programme du CAPES et de l\u2019Agr\u00e9gation d\u2019allemand en 2006-2007, instituant ainsi la place de l\u2019\u0153uvre jelinekienne aux c\u00f4t\u00e9s de Goethe (cette ann\u00e9e-l\u00e0 \u00e9galement au programme) dans la formation des professeurs d\u2019allemand. Aujourd\u2019hui, il devient difficile de suivre tout ce qui para\u00eet sur Elfriede Jelinek, mais le recensement et l\u2019archivage sont d\u00e9sormais assur\u00e9s par le\u00a0<em>Centre de Recherches sur Elfriede Jelinek<\/em>, fond\u00e9 en novembre 2004 \u00e0 l\u2019Institut de germanistique de l\u2019Universit\u00e9 de Vienne du vivant m\u00eame de l\u2019artiste.<\/p>\n<p>On sait que l\u2019institution scolaire joue un r\u00f4le incontournable dans la constitution d\u2019un corpus d\u2019autorit\u00e9\u00a0; d\u2019ailleurs, l\u2019un des s\u00e8mes du mot <em>classique<\/em> renvoie aux auteurs et aux \u0153uvres \u00e9tudi\u00e9s en classe (Viala, 1993, p. 17). Dans <em>Les r\u00e8gles de l\u2019art<\/em>, Pierre Bourdieu attribue \u00e0 l\u2019\u00e9cole la fonction de d\u00e9cider non seulement de ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre transmis et consacr\u00e9, mais \u00e9galement de la fa\u00e7on dont une \u0153uvre se doit d\u2019\u00eatre abord\u00e9e (Bourdieu, 1998, p.\u00a0244-245). Ce processus est en train de s\u2019amorcer du vivant m\u00eame de Jelinek, dont l\u2019\u0153uvre a r\u00e9cemment fait son entr\u00e9e dans les cours d\u2019allemand, dans les manuels scolaires et les historiographies litt\u00e9raires germanophones. Par ailleurs, du mat\u00e9riel p\u00e9dagogique est \u00e9dit\u00e9 \u00e0 l\u2019usage des enseignants d\u2019allemand du secondaire<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Voir par exemple <em>Elfriede Jelinek \u2013 Facetten einer Unerbittlichen.<\/em> 2005. CD audio et CD-Rom. Gr\u00fcnwald\u00a0: FWU. Olzog\u00a0; ou encore le dossier de 37 pages consacr\u00e9 en 2003 \u00e0 la didactisation de sa pi\u00e8ce <em>Ein Sportst\u00fcck<\/em> \u00e0 l\u2019intention des bacheliers allemands dans la revue <em>Kreative Ideenb\u00f6rse. Deutsch Sekundarstufe II<\/em>. <\/span> et, sur la toile, on trouve de plus en plus de t\u00e9moignages de consternation et de perplexit\u00e9 \u00e9manant de jeunes lyc\u00e9ens allemands qui doivent se confronter avec l\u2019\u0153uvre jelinekienne. Il peut para\u00eetre assez \u00e9tonnant de constater une certaine institutionnalisation de l\u2019\u0153uvre de Jelinek, dont la production ne v\u00e9hicule pas une image normative de la litt\u00e9rature. Sa r\u00e9ception par les manuels scolaires t\u00e9moigne cependant d\u2019un processus de s\u00e9lection, de mod\u00e9lisation du \u00ab\u00a0mod\u00e9lisable<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"> Par mod\u00e9lisation, nous entendons \u00ab\u00a0le processus par lequel l\u2019Ecole remod\u00e8le l\u2019\u0153uvre produite en en constituant, par l\u00e0 m\u00eame, une image institu\u00e9e propre \u00e0 \u00eatre diffus\u00e9e aupr\u00e8s du public auquel elle s\u2019adresse\u00a0\u00bb (Andr\u00e9, 2000, p. 199). <\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si la pr\u00e9sentation d\u2019Elfriede Jelinek occupe une place variable au regard d\u2019autres \u00e9crivains contemporains<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> Dans le manuel allemand de R\u00f6tzer, il est \u00e9tonnant de constater que la place accord\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sentation d\u2019E. Jelinek \u00e9quivaut, quantitativement parlant, \u00e0 celle d\u2019\u00e9crivains relativement peu connus tels Peter Bichsel ou Gabriele Wohmann, et qu\u2019elle reste dans l\u2019ombre de Peter Handke ou Thomas Bernhard, auxquels sont consacr\u00e9s cinq \u00e0 six fois plus de commentaires, agr\u00e9ment\u00e9s de quelques extraits. La br\u00e8ve notice, qui ne s\u2019embarrasse pas de nuances, se m\u00e9prend d\u2019ailleurs sur l\u2019ann\u00e9e d\u2019attribution du prix Nobel (R\u00f6tzer, 2010, p. 455). La position de Jelinek est nettement plus renforc\u00e9e au sein d\u2019autres ouvrages scolaires (Rainer, 2010, p. 527-530). <\/span>, dans de nombreux manuels, elle est principalement centr\u00e9e sur ses \u0153uvres romanesques, notamment \u00e0 travers des extraits de <em>Les Amantes <\/em>(<em>Die Liebhaberinnen<\/em>, 1975) et de <em>La Pianiste<\/em> (<em>Die Klavierspielerin<\/em>, 1983), dont on conna\u00eet l\u2019adaptation cin\u00e9matographique qu\u2019en a faite Michael Haneke en 2001<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"> Voir par exemple Rainer, 2010, p. 527-530. Les chiffres de vente que nous a communiqu\u00e9s l\u2019\u00e9diteur allemand de Jelinek, <em>Rowohlt<\/em>, (courriel du 22 f\u00e9vrier 2012) r\u00e9v\u00e8lent eux aussi une r\u00e9ception centr\u00e9e sur ses romans\u00a0: <em>La Pianiste<\/em> reste, avec 500\u00a0000 exemplaires, le livre le plus vendu, avant comme apr\u00e8s le prix Nobel. Viennent ensuite les trois autres romans\u00a0: <em>Lust<\/em> (250\u00a0000 ex.), <em>Les Amantes<\/em> (180\u00a0000 ex.) et <em>Avidit\u00e9<\/em> (80\u00a0000 ex.). <\/span>. Les \u0153uvres retenues sont surtout celles qui semblent donner la part belle \u00e0 l\u2019\u00e9criture autobiographique (<em>La Pianiste<\/em>) et qui seraient ainsi compatibles avec le statut d\u2019\u00e9crivain au f\u00e9minin. Divers petits volumes de pr\u00e9sentation et d\u2019analyse simplifi\u00e9e de <em>La Pianiste<\/em> ont \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9s \u00e0 l\u2019intention des lyc\u00e9ens<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"> Voir Helge Kern, Stephan. 2008. <em>Erl\u00e4uterungen zu Elfriede Jelinek Die Klavierspielerin<\/em>. K\u00f6nigs Erl\u00e4uterungen und Materialien Bd. 471. Hollfeld\u00a0: Bange Verlag, 108 p.\u00a0; ou encore l\u2019interpr\u00e9tation de Janz, Marlies.\u00a02003. \u00ab\u00a0Elfriede Jelinek: Die Klavierspielerin\u00a0\u00bb. <em>Interpretationen. Romane des 20. Jahrhunderts<\/em> Bd. 3. Interpretationen Nr. 17522. Stuttgart\u00a0: Reclam, p. 108-135. <\/span>, roman entr\u00e9 dans le canon des \u00ab\u00a0chefs-d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb germanophones de femmes du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, selon un ouvrage collectif r\u00e9cemment publi\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> Benthien, Cl., Stephan, I. (Hg.). 2005. <em>Meisterwerke. Deutschsprachige Autorinnen im 20. Jahrhundert<\/em>. Literatur \u2013 Kultur \u2013 Geschlecht, Kleine Reihe 21. K\u00f6ln\/Weimar\/Wien\u00a0: B\u00f6hlau, 413\u00a0p. <\/span>.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, l\u2019\u0153uvre dramatique d\u2019Elfriede Jelinek n\u2019est pas exclue\u00a0de la r\u00e9ception scolaire\u00a0: la pi\u00e8ce <em>Wolken. Heim.<\/em> (<em>Au Pays, des Nu\u00e9es<\/em>) a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans la c\u00e9l\u00e8bre collection de petits livres de poche jaunes \u00e0 trois euros de chez <em>Reclam<\/em>, qui rend accessibles les classiques de la litt\u00e9rature aux lyc\u00e9ens et surtout aux \u00e9tudiants germanophones. Le texte de pr\u00e9sentation sur le site de l\u2019\u00e9diteur est introduit par l\u2019assertion\u00a0: \u00ab\u00a0Elfriede Jelinek a le statut de classique au moins depuis qu\u2019elle a obtenu le prix B\u00fcchner en 1998<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">\u00a0\u00ab\u00a0Sp\u00e4testens seit dem B\u00fcchnerpreis 1998 hat Elfriede Jelinek Klassikerstatus\u00a0\u00bb [en ligne], http:\/\/www.reclam.de\/detail\/978-3-15-018074-7\/Jelinek__Elfriede\/Wolken__Heim. <\/span>\u00a0\u00bb. L\u2019octroi du statut de classique correspond ici \u00e0 la fois \u00e0 une forme d\u2019abus de langage pour un terme galvaud\u00e9 et \u00e0 une strat\u00e9gie commerciale au service des int\u00e9r\u00eats du monde \u00e9ditorial. Un des enjeux, pour les \u00e9diteurs de \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb, d\u2019historiographies litt\u00e9raires et de manuels, consiste en effet \u00e0 annexer le plus possible de nouveaux ouvrages au panth\u00e9on national, afin d\u2019\u00e9chapper au constat d\u2019indigence litt\u00e9raire d\u2019un pays qui a tendance \u00e0 rester dans l\u2019ombre du rayonnement culturel de sa s\u0153ur allemande.<\/p>\n<p>Dans les manuels scolaires et les historiographies litt\u00e9raires, la mod\u00e9lisation de l\u2019\u0153uvre jelinekienne s\u2019op\u00e8re souvent par le truchement de la cat\u00e9gorie de la litt\u00e9rature f\u00e9minine et f\u00e9ministe. Mentionnons ici et \u00e0 titre d\u2019exemple le manuel autrichien <em>Literaturkunde<\/em> qui pr\u00e9sente un extrait de sa r\u00e9criture d\u2019Ibsen sous le chapeau \u00ab\u00a0La question f\u00e9minine sur sc\u00e8ne\u00a0\u00bb dans un chapitre sur les formes dramatiques du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019\u0153uvre compl\u00e8te d\u2019Elfriede Jelinek, r\u00e9duite ici \u00e0 un discours f\u00e9ministe (et marxiste), est mise \u00e0 distance et d\u00e9valu\u00e9e par les \u00e9diteurs \u00e0 travers la question rh\u00e9torique suivante\u00a0: \u00ab\u00a0La repr\u00e9sentation extr\u00eamement partiale des probl\u00e8mes est-elle n\u00e9cessaire en litt\u00e9rature pour que le public h\u00e9b\u00e9t\u00e9, abruti par la trivialit\u00e9 des jeux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, r\u00e9agisse\u00a0?\u00a0\u00bb (Killinger, 2004, p. 291). Comme dans nombre de manuels destin\u00e9s aux lyc\u00e9ens que nous avons consult\u00e9s, la pr\u00e9sentation fait totalement abstraction du leitmotiv incontournable de la d\u00e9n\u00e9gation du pass\u00e9 nazi en Autriche et de la persistance de structures fascistes dans la soci\u00e9t\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Ce qui n\u2019est pas le cas des ouvrages destin\u00e9s \u00e0 un public universitaire (tels ceux mentionn\u00e9s en note no. 6). <\/span>. On peut l\u00e9gitimement penser que ce gommage correspond \u00e0 une occultation de donn\u00e9es pol\u00e9miques incompatibles avec l\u2019identit\u00e9 nationale autrichienne cens\u00e9e se d\u00e9gager des historiographies litt\u00e9raires.<\/p>\n<p>Dans le cadre de cette r\u00e9ception par l\u2019institution scolaire, qui m\u00e9riterait une \u00e9tude approfondie exc\u00e9dant le cadre de ce travail<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\"> Une analyse quantitative, comparative et syst\u00e9matique de la captation de Jelinek dans les manuels scolaires permettrait d\u2019approfondir, de corriger ou d\u2019affiner cette premi\u00e8re synth\u00e8se. Il serait \u00e9galement bienvenu d\u2019observer si et en quelle mesure la modalisation de l\u2019\u0153uvre d\u2019Elfriede Jelinek s\u2019op\u00e8re diff\u00e9remment dans les manuels scolaires allemands et autrichiens. <\/span>, il est int\u00e9ressant de relever le conflit qui opposa r\u00e9cemment l\u2019auteure et certains de ses pairs autrichiens aux \u00e9diteurs de manuels scolaires au sujet de la libre utilisation des \u0153uvres \u00e0 des fins p\u00e9dagogiques<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\"> Nous remercions ici Gerhard Ruiss, \u00e9crivain et secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Soci\u00e9t\u00e9 des auteurs autrichiens, pour les informations qu\u2019il nous a communiqu\u00e9es \u00e0 ce sujet par courrier \u00e9lectronique le 28 f\u00e9vrier 2012. <\/span>. En 2009, le <em>IG Autorinnen Autoren<\/em>, Soci\u00e9t\u00e9 des auteurs autrichiens, a finalement obtenu des \u00e9diteurs que les \u00e9crivains disposent d\u2019un droit de regard et d\u2019opposition sur les reproductions envisag\u00e9es (<em>Einspruchsrecht<\/em>). \u00c0 plus d\u2019un titre, le cas d\u2019Elfriede Jelinek \u00e9tait repr\u00e9sentatif des modifications subies au cours du processus \u00e9ditorial par rapport \u00e0 la version originale. Certains de ses textes avaient en effet \u00e9t\u00e9 remani\u00e9s selon les normes de la r\u00e9forme de l\u2019orthographe allemande de 1996, au m\u00e9pris total des implications esth\u00e9tiques de ses choix de ponctuation et de ses transgressions syntaxiques et orthographiques. En Allemagne, o\u00f9 elle publie la majeure partie de son \u0153uvre, Elfriede Jelinek b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une l\u00e9gislation diff\u00e9rente, qui lui octroyait d\u00e9j\u00e0 ce droit d\u2019opposition.<\/p>\n<p>Si, depuis le prix Nobel, diff\u00e9rentes instances du champ litt\u00e9raire ont surf\u00e9 sur l\u2019effet de mode et de vente qui l\u2019a accompagn\u00e9 et ont fait le pari de sa post\u00e9rit\u00e9 litt\u00e9raire, Elfriede Jelinek est donc en position d\u2019auteure \u00ab\u00a0classicisable\u00a0\u00bb. Au regard des quatre phases du processus de classicisation mises au jour par Alain Viala (Viala, 1993, p. 25), il appara\u00eet que Jelinek a atteint la troisi\u00e8me phase dite de cons\u00e9cration, m\u00eame si elle ne fait pas consensus \u2013 loin s\u2019en faut. Cependant, tout laisse \u00e0 penser que les discours pol\u00e9miques autour de cette auteure participent de ce processus de classicisation qui s\u2019op\u00e8re de son vivant. Il est bien entendu beaucoup trop t\u00f4t pour pouvoir dire si et en quelle mesure Elfriede Jelinek acc\u00e8dera \u00e0 la phase d\u00e9cisive de perp\u00e9tuation et confortera sa position dans le panth\u00e9on des classiques.<\/p>\n<h2>Elfriede Jelinek face \u00e0 sa propre classicisation<\/h2>\n<p>Il est cependant int\u00e9ressant de constater que ce processus complexe de classicisation trouve \u00e9cho dans l\u2019\u00e9volution de la pratique litt\u00e9raire de Jelinek et dans l\u2019image qu\u2019elle construit d\u2019elle-m\u00eame. C\u2019est ce que nous voulons montrer \u00e0 travers un aspect de l\u2019\u00e9volution r\u00e9cente de son \u00e9criture dramatique qui t\u00e9moigne d\u2019une r\u00e9ception intense des classiques. Apr\u00e8s avoir rapidement d\u00e9gag\u00e9 quelques caract\u00e9ristiques de ces r\u00e9critures \u00e0 travers la notion de cannibalisme litt\u00e9raire<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\"> Nous tenons ici \u00e0 signaler que cette analogie nous a \u00e9t\u00e9 suscit\u00e9e lors des \u00e9changes qui ont eu lieu lors de la journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes <em>\u00ab\u00a0Et la chair s\u2019est faite verbe\u00a0\u00bb. M\u00e9taphores du cannibalisme dans les arts et la litt\u00e9rature<\/em>, organis\u00e9e par A. Vennemann et S. Leroy \u00e0 Rennes 2 le 15 f\u00e9vrier 2012. <\/span>, nous nous pencherons plus avant sur les enjeux de la confrontation avec sa propre classicisation gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019analyse de son essai de 2010 sur le \u00ab\u00a0drame secondaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le travail de r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre classique est comparable \u00e0 un v\u00e9ritable d\u00e9membrement du texte original, auquel il est fait violence. Elfriede Jelinek compare depuis longtemps son travail \u00e0 celui d\u2019un b\u00fbcheron et s\u2019est donn\u00e9 pour t\u00e2che de renoncer \u00e0 la sc\u00e8ne illusionniste qu\u2019elle veut exorciser\u00a0: \u00ab\u00a0je veux expulser la vie du th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb (Jelinek, 1989, p. 31). Plus de quinze ans apr\u00e8s cette d\u00e9claration, Jelinek formule dans un essai intitul\u00e9 <em>Rage de parler<\/em> (<em>Sprech-Wut<\/em>) son intention de r\u00e9crire le drame, classique s\u2019il en est, de Friedrich Schiller, en recourant \u00e0 la m\u00e9taphore anthropophage\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>J\u2019aimerais tellement m\u2019introduire dans <em>Marie Stuart<\/em> de Schiller, non pas pour les gonfler en autre chose comme une pauvre grenouille qui \u00e9clate ensuite, mais pour mettre ma propre parole dans ces corps textuels d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 pleins \u00e0 \u00e9clater des deux grandes dames, de ces protagonistes. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on parle la bouche pleine, qu\u2019on pulv\u00e9rise tout, et qu\u2019on sache enfin pourquoi on ne devrait justement pas parler la bouche pleine<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\"> \u00ab\u00a0Ich m\u00f6chte mich so gern in Schillers \u00ab\u00a0Maria Stuart\u00a0\u00bb hineindr\u00e4ngen, nicht um sie zu etwas andrem aufzublasen wie einen armen Frosch, der dann platzt, sondern um mein eigenes Sprechen in diese ohnehin schon bis zum Bersten vollen Textk\u00f6rper der beiden Gro\u00dfen Frauen, dieser Protagonistinnen, auch noch hineinzulegen. Bis man mit vollem Mund spricht, alles davonspr\u00fcht, und man endlich wei\u00df, warum man eben nicht mit vollem Mund sprechen sollte.\u00a0\u00bb (Jelinek, 2005a). <\/span>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce cannibalisme litt\u00e9raire, m\u00e9taphorique, est tout \u00e0 fait programmatique pour appr\u00e9hender l\u2019esth\u00e9tique intertextuelle de Jelinek, et, <em>a fortiori<\/em>, les r\u00e9critures des classiques\u00a0\u2013 les images de cannibalisme sont, du reste, un <em>topos<\/em> de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>H\u00e9matophage, elle \u00f4te toute vie aux personnages qui peuplent les \u0153uvres de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et propose \u00e0 ses lecteurs d\u2019\u00e9normes blocs de textes dans lesquels s\u2019entrem\u00ealent et s\u2019entrechoquent diff\u00e9rentes voix, sans qu\u2019il soit possible de d\u00e9finir qui parle vraiment. Tels les vampires, les morts-vivants qu\u2019elle met en sc\u00e8ne, l\u2019auteure se nourrit et nourrit ses textes d\u2019autres textes. Par le montage, elle lib\u00e8re des associations de sens qui contaminent le discours source, un langage \u00e9mancip\u00e9 des corps, des personnages, mais aussi des auteurs. L\u2019actualisation par le langage ne rend pas le texte originel accessible ni m\u00eame toujours reconnaissable\u00a0; il est porteur d\u2019\u00e9tranget\u00e9. Jelinek le d\u00e9membre et r\u00e9agence des morceaux choisis sous forme d\u2019\u00e9chos th\u00e9matiques, mais aussi de citations enti\u00e8res, plus ou moins longues, plus ou moins tronqu\u00e9es, retravaill\u00e9es. La r\u00e9criture envisag\u00e9e comme un acte cannibale permet de rendre compte de deux dimensions fondamentales de son travail\u00a0: sa port\u00e9e transgressive d\u2019une part, c\u2019est-\u00e0-dire le c\u00f4t\u00e9 irr\u00e9v\u00e9rencieux de l\u2019appropriation de l\u2019\u0153uvre classique, et sa dimension m\u00e9morielle d\u2019autre part, puisque qu\u2019apr\u00e8s avoir d\u00e9membr\u00e9, ingurgit\u00e9 le texte original, l\u2019artiste propose \u00e0 ses lecteurs de se le \u00ab\u00a0remembrer\u00a0\u00bb (comme l\u2019on disait en vieux fran\u00e7ais au sens de \u00ab\u00a0se souvenir\u00a0\u00bb) \u00e0 travers son texte.<\/p>\n<p>Afin de mieux cerner les enjeux de la confrontation de Jelinek aux classiques dans le contexte de sa propre classicisation, il est int\u00e9ressant de se pencher sur l\u2019essai \u00ab\u00a0Commentaire \u00e0 propos du drame secondaire\u00a0\u00bb (<em>Anmerkung zum Sekund\u00e4rdrama<\/em>) que l\u2019auteure publie en 2010 sur son site personnel. Nous verrons qu\u2019Elfriede Jelinek, qui se construit une posture<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-19\">19<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-19\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\"> \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00e9fini la posture comme la pr\u00e9sentation de soi d\u2019un \u00e9crivain, tant dans sa gestion du discours que dans ses conduites litt\u00e9raires publiques. [&#8230;] une personne n\u2019existe comme \u00e9crivain qu\u2019\u00e0 travers le prisme d\u2019une posture, historiquement construite et r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble des positions du champ litt\u00e9raire. [&#8230;] La posture se forge ainsi dans l\u2019interaction de l\u2019auteur avec les m\u00e9diateurs et les publics, anticipant ou r\u00e9agissant \u00e0 leurs jugements\u00a0\u00bb (Meizoz, 2009, p. 2). <\/span> fondamentalement ironique, r\u00e9affirme ici sa position au sein du champ litt\u00e9raire en tant qu\u2019avant-garde\u00a0: elle souhaite \u00ab\u00a0postuler \u00e0 nouveau en tant qu\u2019artiste originale<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-20\">20<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-20\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\"> \u00ab\u00a0einen neuen Antrag auf Originalk\u00fcnstlerin stellen\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/span>\u00a0\u00bb et combattre toute r\u00e9cup\u00e9ration commerciale ou id\u00e9ologique de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res lignes, Elfriede Jelinek se positionne \u00e9trangement dans le p\u00f4le \u00e9conomique du champ culturel, relevant principalement de la sph\u00e8re de grande production selon Bourdieu. Elle pr\u00e9sente son concept de \u00ab\u00a0drame secondaire\u00a0\u00bb comme une strat\u00e9gie commerciale d\u2019\u00e9criture sur commande. De fait, ses deux drames secondaires sont le fruit d\u2019une commande, mais \u00e9manant de metteurs en sc\u00e8ne\u00a0\u2013\u00a0Nicolas Stemann pour <em>Abraumhalde<\/em>, et une artiste su\u00e9doise pour <em>FaustIn and out<\/em>. On peut relever l\u2019isotopie du th\u00e9\u00e2tre commercial, dans lequel elle feint de s\u2019inscrire, et qui impliquerait qu\u2019elle favorise dans ses choix artistiques des crit\u00e8res de rentabilit\u00e9 plut\u00f4t que des crit\u00e8res esth\u00e9tiques, \u00e9thiques ou politiques. La \u00ab\u00a0nouvelle id\u00e9e commerciale\u00a0\u00bb de l\u2019auteure serait de se servir du pouvoir attractif et commercial des classiques comme faire-valoir de ses propres r\u00e9critures\u00a0: \u00ab\u00a0car on regarde finalement toujours les classiques et on les regardera toujours<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-21\">21<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-21\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"21\"> \u00ab\u00a0denn die Klassiker schaut man sich schlie\u00dflich immer an und wird man sich immer anschauen\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). <\/span>\u00a0\u00bb. Feignant une op\u00e9ration publicitaire adress\u00e9e aux instances de production et d\u2019\u00e9dition, Jelinek conclut la premi\u00e8re partie de l\u2019essai par un mot de remerciement\u00a0: \u00ab\u00a0Merci quand m\u00eame d\u2019avoir pu vous pr\u00e9senter ici un petit extrait de mon catalogue d\u2019offres vari\u00e9es<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"22\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-22\">22<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-22\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"22\"> \u00ab\u00a0Danke jedenfalls, dass ich Ihnen hier einen kleinen Auszug aus meinem reichhaltigen Angebotskatalog vorstellen durfte\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). <\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant, il est bien \u00e9vident que, loin de s\u2019inscrire dans une promotion tapageuse, l\u2019essai d\u00e9nonce en creux la logique commerciale des industries litt\u00e9raires et artistiques. En tant qu\u2019artiste de l\u2019avant-garde consacr\u00e9e, Jelinek est certes susceptible d\u2019\u00eatre touch\u00e9e par une pression accrue du march\u00e9 pour une orientation de sa production vers les attentes des lecteurs. Mais si un classique est une bonne affaire pour les \u00e9diteurs, Jelinek choisit quant \u00e0 elle de soustraire ses propres drames au monde de l\u2019\u00e9dition et renonce au support livre en tant qu\u2019objet de transactions marchandes. En effet, les drames secondaires et les 96 pages de texte massif de la pi\u00e8ce <em>Ulrike Maria Stuart<\/em>, tous in\u00e9dits<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"23\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-23\">23<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-23\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"23\"> Et dans son courriel du 20 f\u00e9vrier 2012, Elfriede Jelinek m\u2019indique qu\u2019elle ne pr\u00e9voit aucune publication papier. <\/span>, sont destin\u00e9s \u00e0 un lectorat restreint\u00a0: celui des spectateurs qui iront voir les mises en sc\u00e8ne et des internautes qui consulteront son site personnel<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"24\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-24\">24<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-24\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"24\"> <em>FaustIn and out<\/em> vient de rejoindre <em>Abraumhalde<\/em> sur son site Internet, o\u00f9 Jelinek met en ligne beaucoup de textes et d\u2019essais, et qui va bient\u00f4t franchir le cap du million de visiteurs. <\/span><em>.<\/em> La r\u00e9criture des classiques nationaux ne cherche pas \u00e0 se rendre accessible au grand public\u00a0\u2013\u00a0et il en va de m\u00eame de la plupart de ses essais, d\u2019un certain nombre de ses pi\u00e8ces r\u00e9centes ainsi que de son dernier roman, <em>Neid<\/em>. Seul son <em>Voyage d\u2019hiver<\/em> fait ici figure d\u2019exception, puisque la pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 2011 et a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 traduite en fran\u00e7ais. La dramaturge bouleverse la cha\u00eene de commercialisation traditionnelle pour se soustraire au rouleau compresseur de la machine \u00e0 faire des classiques. Elle cannibalise ainsi l\u2019industrie du livre. Cette posture est coh\u00e9rente avec sa disparition de l\u2019espace public depuis 2004\u00a0: retir\u00e9e, invisible, Elfriede Jelinek entend se d\u00e9rober \u00e0 la machine m\u00e9diatique \u00e0 produire des mythes. C\u2019est pour elle une mani\u00e8re de r\u00e9affirmer son appartenance au p\u00f4le autonome du champ qui, \u00ab\u00a0fond[\u00e9] sur la reconnaissance oblig\u00e9e des valeurs de d\u00e9sint\u00e9ressement et sur la d\u00e9n\u00e9gation de l\u2019\u00a0\u00bb\u00e9conomie\u00a0\u00bb (du \u00ab\u00a0commercial\u00a0\u00bb) et du profit \u00ab\u00a0\u00e9conomique\u00a0\u00bb (\u00e0 court terme), privil\u00e9gie la production et ses exigences sp\u00e9cifiques\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1998, p. 235).<\/p>\n<p>Dans l\u2019essai sur ses \u00ab\u00a0drames secondaires\u00a0\u00bb, Jelinek propose une \u00ab\u00a0sc\u00e9nographie auctoriale\u00a0\u00bb ironique puisqu\u2019elle se stylise une image d\u2019\u00e9pigone dilettante ou de mauvaise \u00e9l\u00e8ve promise \u00e0 l\u2019\u00e9chec perp\u00e9tuel. Cette mise en sc\u00e8ne renvoie \u00e0 la r\u00e9ception en partie houleuse de ses pi\u00e8ces pr\u00e9c\u00e9dentes par une partie de la critique et par l\u2019opinion populaire qui lui ont souvent reproch\u00e9 de fourvoyer la grande litt\u00e9rature sans lui rendre justice dans son travail de montage intertextuel. L\u2019essai peut se lire plus sp\u00e9cifiquement comme une r\u00e9ponse \u00e0 certains de ses d\u00e9tracteurs, au premier rang desquels Marcel Reich-Ranicki. R\u00e9agissant, dans une interview, \u00e0 l\u2019attribution du prix Nobel \u00e0 Jelinek, le \u00ab\u00a0pape de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb allemande (<em>Literaturpapst<\/em>) lui d\u00e9nia tout talent litt\u00e9raire, tout en reconnaissant n\u2019avoir lu que deux de ses livres, et lui opposa le talent de Goethe et son chef-d\u2019\u0153uvre <em>Faust<\/em> (Reich-Ranicki, 2004). Jelinek reproduit dans son petit essai le sch\u00e9ma de ce jugement hi\u00e9rarchisant qui \u00e9value son th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019aune de la litt\u00e9rature classique, et donc des cat\u00e9gories esth\u00e9tiques du pass\u00e9.<\/p>\n<p>Dans l\u2019essai sur le \u00ab\u00a0drame secondaire\u00a0\u00bb, le discours des d\u00e9tracteurs est ins\u00e9r\u00e9 dans un dispositif ironique qui reproduit la relation axiologique ma\u00eetre\/\u00e9l\u00e8ve (classiques\/Jelinek) opposant le texte classique ou \u00ab\u00a0principal\u00a0\u00bb \u00e0 ses textes \u00ab\u00a0secondaires\u00a0\u00bb. Face \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain classique, Jelinek n\u2019\u00e9prouve pas de sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, elle ne craint pas de ne pas comprendre l&rsquo;\u0153uvre, de la trahir, de lui faire violence, mais d\u2019aucuns ne manqueront pas de lui signifier une fois de plus son \u00e9chec\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9chec viendra du fait que cette fois encore, comme d\u2019habitude, je ne comprends encore pas (ou pas correctement) les indications du classique en question, et que j\u2019\u00e9crive le bon drame secondaire d\u2019une toute autre pi\u00e8ce, pas la bonne, ou, plus probablement, que je ne comprenne pas le drame original et lui ajoute quelque chose de totalement faux. De toute fa\u00e7on, ce que j\u2019\u00e9cris est toujours faux<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"25\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-25\">25<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-25\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"25\"> \u00ab\u00a0Es wird aber daran scheitern, dass ich auch diesmal, wie \u00fcblich, wieder die Angabe des jeweiligen Klassikers nichts verstehe (oder nicht richtig) und entweder zu einem ganz andren, falschen St\u00fcck das richtige Sekund\u00e4rdrama schreibe oder, wahrscheinlicher, das Originaldrama nicht verstehe und dann was total Falsches dazu schreibe. Falsch ist es aber sowieso immer, was ich schreibe\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/span>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9chec n\u2019est donc pas li\u00e9 \u00e0 une question d\u2019ordre commercial, mais mis en relation avec le discours d\u00e9pr\u00e9ciatif tenu sur sa production artistique. Il est \u00e9galement th\u00e9matis\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res lignes de son <em>Voyage d\u2019hiver<\/em>, o\u00f9 il finit par retrouver paradoxalement ce sens mercantile, induisant une relation causale entre les deux dimensions de l\u2019\u00e9chec\u00a0: \u00ab\u00a0Je parle avec moi-m\u00eame, sinon, personne ne me parle. Je suis endett\u00e9e jusqu\u2019au cou dans mon \u00e9chec<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"26\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-26\">26<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-26\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"26\"> \u00ab\u00a0Ich spreche mit mir selbst, sonst spricht ja niemand mit mir. Ich stecke bis zum Hals in meinem Scheitern.\u00a0\u00bb (Jelinek, 2011b, p. 7). <\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elfriede Jelinek renvoie son lecteur \u00e0 la question du bon ou du vrai sens de l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire. Les classiques, n\u00e9cessairement, ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des d\u00e9formations par l\u2019institution, qui induit des usages particuliers et invite, selon les \u00e9poques, \u00e0 en faire une telle ou telle lecture. De par leur statut de classiques, ils \u00ab\u00a0s\u2019ordonnent selon une \u00e9conomie symbolique de l\u2019identification\u00a0\u00bb qu\u2019Alain Viala d\u00e9finit comme politique. En sortant du cadre de lecture consensuel des classiques, Elfriede Jelinek rompt un pacte implicite d\u2019adh\u00e9sion et remet en question les classiques institu\u00e9s en tant qu\u2019\u00ab\u00a0objets de constitution des habitus\u00a0\u00bb et d\u2019une identification politico-nationale. Ses r\u00e9critures visent \u00e0 d\u00e9stabiliser les classiques en tant qu\u2019\u00ab\u00a0enjeu culturel majeur en termes identitaires\u00a0\u00bb (Viala, 1993, p. 28-30). Son projet esth\u00e9tique consiste ainsi non pas \u00e0 verser dans la mus\u00e9ologie, mais \u00e0 oser le dialogue v\u00e9ritable\u00a0: \u00ab\u00a0les classiques n\u2019ont besoin de rien de moins que d\u2019\u00eatre tenus ou entretenus par moi<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"27\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-27\">27<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-27\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"27\"> \u00ab\u00a0Nichts brauchen die Klassiker weniger, als von mir gehalten oder unterhalten zu werden\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/span>\u00a0\u00bb. Son \u00e9criture r\u00e9injecte aux chefs-d\u2019\u0153uvre du pass\u00e9 le pouvoir de subversion qu\u2019ils avaient pu avoir en leur temps et diffracte les lectures possibles en d\u00e9multipliant les associations de sens et de mots. Ce travail contre le figement du sens, caract\u00e9ristique au demeurant de l\u2019ensemble de son \u0153uvre, n\u2019est pas seulement un travail contre l\u2019embaumement des classiques. Elfriede Jelinek entend aussi lutter contre l\u2019immobilisation et la r\u00e9cup\u00e9ration de ses propres textes, dont elle verrouille l\u2019acc\u00e8s. Elle ne souhaite point faire \u0153uvre avec un livre qui enfermerait et immobiliserait sa pens\u00e9e. C\u2019est aussi pourquoi elle ne diffuse <em>Ulrike Maria Stuart<\/em> qu\u2019\u00e0 des fins exclusives de mise en sc\u00e8ne\u00a0: les seuls lecteurs autoris\u00e9s sont les metteurs en sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre de r\u00e9gie germanophone (<em>Regietheater<\/em>), auxquels elle \u00ab\u00a0offre\u00a0\u00bb son texte afin qu\u2019ils reprennent la plume et continuent d\u2019enrichir et de d\u00e9tourner le mat\u00e9riau initial<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"28\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-28\">28<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-28\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"28\"> C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que propose un metteur en sc\u00e8ne comme Nicolas Stemann dans ses r\u00e9critures des r\u00e9critures de Jelinek\u00a0; ainsi, seul un tiers environ du texte original est conserv\u00e9 dans sa mise en sc\u00e8ne d\u2019<em>Ulrike Maria Stuart<\/em> (premi\u00e8re le 28 octobre 2006 \u00e0 Hambourg). <\/span>.<\/p>\n<p>La notion d\u2019accompagnement, d\u00e9velopp\u00e9e notamment dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019essai, permet \u00e0 Elfriede Jelinek de jouer ironiquement avec la r\u00e9ception de ses textes, condamn\u00e9s \u00e0 rester dans l\u2019ombre de la \u00ab\u00a0pi\u00e8ce principale\u00a0\u00bb. Le commentaire \u00e0 travers la r\u00e9criture est envisag\u00e9 comme un arri\u00e8re-plan \u00e0 la \u00ab\u00a0pi\u00e8ce principale\u00a0\u00bb \u00e0 travers la m\u00e9taphore de la tapisserie \u00ab\u00a0qu\u2019on d\u00e9roule et qu\u2019on colle derri\u00e8re eux<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"29\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-29\">29<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-29\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"29\"> \u00ab\u00a0als Tapeten, die hinter ihnen aufgerollt und hingeklebt werden\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/span>\u00a0\u00bb. La dramaturge attribue \u00e0 ses drames secondaires la fonction centrale d\u2019accompagner le texte classique, sans lequel ils ne peuvent exister et ne peuvent \u00eatre jou\u00e9s, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils n\u2019ont pas vocation \u00e0 devenir eux-m\u00eames classiques\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[&#8230;]\u00a0il n\u2019y a qu\u2019une chose qui ne soit pas possible\u00a0: le drame secondaire ne peut en aucun cas \u00eatre jou\u00e9 en tant que pi\u00e8ce principale et tout seul, c\u2019est-\u00e0-dire en solo. L\u2019un d\u00e9termine l\u2019autre, le drame secondaire \u00e9mane du drame principal et l\u2019accompagne, de fa\u00e7ons diverses, mais il reste toujours un accompagnement. Le drame secondaire est un drame d\u2019accompagnement<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"30\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-30\">30<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-30\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"30\"> \u00ab\u00a0[\u2026] nur eins geht nicht: Das Sekund\u00e4rdrama darf niemals als das Hauptst\u00fcck und alleine, sozusagen solo, gespielt werden. Eins bedingt das andre, das Sekund\u00e4rdrama geht aus dem Hauptdrama hervor und begleitet es, auf unterschiedliche Weise, aber es ist stets: Begleitung. Das Sekund\u00e4rdrama ist Begleitdrama.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). <\/span>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses drames secondaires sont \u00e9galement \u00ab\u00a0cens\u00e9s accompagner les classiques en aboyant<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"31\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-31\">31<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-31\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"31\"> \u00ab\u00a0Sekund\u00e4rdramen [\u2026], die dann kl\u00e4ffend neben den Klassikern herlaufen sollen\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.). <\/span>\u00a0\u00bb. La m\u00e9taphore du chien, d\u00e9velopp\u00e9e dans son discours de r\u00e9ception du prix Nobel, <em>Im Abseits<\/em>, se double d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence au <em>Faust<\/em> de Goethe<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"32\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-32\">32<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-32\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"32\"> Juste avant la sc\u00e8ne du pacte avec le diable, M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s appara\u00eet \u00e0 Faust sous les traits d\u2019un caniche noir qui aboie. L\u2019\u00e9cho \u00e9tablit un discret parall\u00e8le entre la fonction critique de n\u00e9gation et de destruction de Mephisto, \u00ab\u00a0l\u2019esprit qui toujours nie [&#8230;] car tout ce qui existe est digne d\u2019\u00eatre d\u00e9truit\u00a0\u00bb (Goethe, 1976, p. 44), et celle qu\u2019exerce le drame secondaire sur le texte principal de Goethe. <\/span>\u00a0que la dramaturge est pr\u00e9cis\u00e9ment en train de r\u00e9crire au moment o\u00f9 elle r\u00e9dige cet essai. La perspective \u00ab\u00a0canine\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0m\u00e9phistoph\u00e9lique\u00a0\u00bb refl\u00e8te d\u2019une certaine mani\u00e8re ce regard \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb, subversif et diabolis\u00e9 que porte Jelinek sur les classiques et qu\u2019elle exprime de mani\u00e8re provocante en affirmant vouloir les \u00ab\u00a0arianiser, les teindre en blond ou leur coller une permanente<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"33\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-33\">33<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-33\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"33\"> \u00ab\u00a0ich kann sie dann ja aufnorden, blondieren oder ihnen eine Dauerwelle verpassen\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/span>\u00a0\u00bb. Ses drames secondaires servent de contrepoint aux classiques\u00a0: \u00ab\u00a0Rien de tout \u00e7a ne doit durer une \u00e9ternit\u00e9. Rien de tout \u00e7a n\u2019est tenu de durer une \u00e9ternit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"34\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5517\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-34\">34<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5517-34\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"34\"> \u00ab\u00a0Nichts davon muss ewig halten. Nichts davon soll ewig halten\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>).<\/span>\u00a0\u00bb. Ils \u00e9cartent l\u2019\u0153uvre classique \u00ab du <em>Durable<\/em> dans lequel elle \u00e9tait embaum\u00e9e \u00bb\u00a0: comme le disait Barthes, qui a beaucoup marqu\u00e9 le projet litt\u00e9raire d\u2019Elfriede Jelinek, \u00ab\u00a0il faut la travailler, cette \u00c9criture classique, afin de manifester le <em>devenir<\/em> qui est en elle\u00a0\u00bb (Barthes, 2003, p. 347. L\u2019auteur souligne).<\/p>\n<p>Les r\u00e9critures des \u00ab\u00a0ma\u00eetres anciens\u00a0\u00bb dans la production dramatique r\u00e9cente d\u2019Elfriede Jelinek t\u00e9moignent d\u2019une double confrontation \u00e0 la classicit\u00e9. Elle questionne le statut de classique et son instrumentalisation intrins\u00e8que en mettant \u00e0 mal l\u2019image mus\u00e9ale que les chefs-d\u2019\u0153uvre v\u00e9hiculent malgr\u00e9 eux. Son travail de r\u00e9criture, notamment \u00e0 travers la forme du drame secondaire, se comprend comme anti-classique, dans le sens o\u00f9 il vise \u00e0 parasiter, \u00e0 phagocyter les classiques dans un geste subversif de r\u00e9appropriation d\u2019un bien culturel. Elfriede Jelinek met \u00e9galement en place diverses strat\u00e9gies pour tenter de faire \u00e9chapper ses propres textes \u00e0 la canonisation et au figement du sens \u00e0 travers l\u2019institution. Tout en revendiquant sa position d\u2019artiste avant-gardiste, elle se pr\u00e9sente comme une \u00e9crivaine de la r\u00e9sistance et choisit pour ces r\u00e9critures de contourner le syst\u00e8me \u00e0 produire du classique en optant pour un art de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re\u00a0: c\u2019est tout l\u2019enjeu du caract\u00e8re \u00e9vanescent des textes mis en ligne et mis en sc\u00e8ne. Disposant d\u2019un capital symbolique en tant qu\u2019auteure consacr\u00e9e, elle r\u00e9affirme ainsi une position ind\u00e9pendante au sein de la production restreinte du champ litt\u00e9raire.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Andr\u00e9, Marie-Odile. 2000. <em>Les M\u00e9canismes de Classicisation d\u2019un \u00e9crivain\u00a0: le cas de Colette<\/em>. Metz\u00a0: Recherches Textuelles, no. 4, 404 p.<\/p>\n<p>Barthes, Roland. 2003. <em>La Pr\u00e9paration du Roman I et II. Notes de cours et de s\u00e9minaires au Coll\u00e8ge de France (1978-1979 et 1979-1980). <\/em>Paris\u00a0: Seuil, 476 p.<\/p>\n<p>Bourdieu, Pierre. 1971. \u00ab\u00a0Le march\u00e9 des biens symboliques\u00a0\u00bb. <em>Ann\u00e9e sociologique<\/em>, no. 22, p. 49-126.<\/p>\n<p>_______. 1998 [1992]. <em>Les r\u00e8gles de l\u2019art. Gen\u00e8se et structure du champ litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 567 p.<\/p>\n<p>Deutscher B\u00fchnenverein (Hg.). 2011. <em>Wer spielte was\u00a0? Werkstatistik 2009\/2010<\/em>. <em>Deutschland, \u00d6sterreich, Schweiz<\/em>. K\u00f6ln\u00a0: Mykenae Verlag, 404\u00a0p.<\/p>\n<p>Gignoux, Anne-Claire. 2003. <em>La r\u00e9criture\u00a0: formes, enjeux, valeurs autour du Nouveau Roman<\/em>. Paris\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Paris-Sorbonne, 197\u00a0p.<\/p>\n<p>Goethe, Wilhelm Wolfgang von. 1976 [1832]. <em>Faust. Eine Trag\u00f6die : erster und zweiter Teil<\/em>. M\u00fcnchen\u00a0: Goldmann, 355 p.<\/p>\n<p>Jelinek, Elfriede. 1989. \u00ab\u00a0Ich will kein Theater &#8211; Ich will ein anderes Theater\u00a0\u00bb. <em>Theater heute<\/em>, Heft 8, p. 30-32.<\/p>\n<p>_______. 2005a. <em>Sprech-Wut,<\/em> [En ligne], http:\/\/www.elfriedejelinek.com\/ (consult\u00e9 le 22 janvier 2012).<\/p>\n<p>_______. 2005b. <em>Ulrike Maria Stuart,<\/em> [En ligne], http:\/\/www.elfriedejelinek.com\/ (consult\u00e9 le 19 janvier 2012).<\/p>\n<p>_______. 2008. <em>Abraumhalde<\/em>, [En ligne], http:\/\/www.elfriedejelinek.com\/ (consult\u00e9 le 21 janvier 2012).<\/p>\n<p>_______. 2010. <em>Anmerkung zum Sekund\u00e4rdrama<\/em>, [En ligne], http:\/\/www.elfriedejelinek.com\/ (consult\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 2012).<\/p>\n<p>_______. 2011a. <em>FaustIn and out<\/em>, [En ligne], http:\/\/www.elfriedejelinek.com\/ (consult\u00e9 le 9 mai 2012).<\/p>\n<p>_______. 2011b. <em>Winterreise. Ein Theaterst\u00fcck<\/em>. Hamburg\u00a0: Rowohlt, 127 p.<\/p>\n<p>Killinger, Robert. 2004 [1998]. <em>Literaturkunde<\/em>. <em>Entwicklungen, Formen, Darstellungsweisen<\/em>. Gestalten und Verstehen. Wien\u00a0: Verlag \u00f6bv \u025bt hpt, 400\u00a0p.<\/p>\n<p>Meizoz, J\u00e9r\u00f4me. 2009. \u00ab\u00a0Ce que l\u2019on fait dire au silence : posture, <em>ethos<\/em>, image d\u2019auteur\u00a0\u00bb. <em>Argumentation et Analyse du Discours<\/em>, [En ligne], http:\/\/aad.revues.org\/667 (consult\u00e9 le 27 octobre 2011).<\/p>\n<p>Rainer, G., Kern, N., Rainer E. (Hg.). 2010 [2000]. <em>Stichwort Literatur. Geschichte der deutschsprachigen Literatur<\/em>. Linz : Veritas-Verlag, 608 p.<\/p>\n<p>R\u00f6tzer, Hans Gerd. 2010 [1990]. <em>Geschichte der deutschen Literatur<\/em>. <em>Epochen \u2013 Autoren \u2013 Werke<\/em>. Bamberg\u00a0: Buchners Verlag, 512 p.<\/p>\n<p>Reich-Ranicki, Marcel. 2004. \u00ab\u00a0Die missbrauchte Frau\u00a0\u00bb. <em>Der Spiegel<\/em> [En ligne], http:\/\/www.spiegel.de\/spiegel\/print\/d-32428391.html (consult\u00e9 le 18 f\u00e9vrier 2012).<\/p>\n<p>Viala, Alain. 1993. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un classique\u00a0?\u00a0\u00bb. <em>Litt\u00e9ratures classiques<\/em>, no. 19, p. 13-31.\u00a0<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Klein, Delphine. 2012. \u00ab Elfriede Jelinek face aux classiques et \u00e0 sa propre classicisation \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/klein-16&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/klein-16.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 klein-16.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-b24abb8f-a148-4659-932f-a9ba3630901b\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/klein-16.pdf\">klein-16<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/klein-16.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-b24abb8f-a148-4659-932f-a9ba3630901b\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div> Nous ne reviendrons pas sur les d\u00e9bats autour des concepts d\u2019intertextualit\u00e9 et de r\u00e9criture\/r\u00e9\u00e9criture. Nous nous rapprochons ici de la d\u00e9finition propos\u00e9e par Anne-Claire Gignoux dans son avant-propos (2003, p. 15-20, notamment). La r\u00e9<em>\u00e9<\/em>criture rel\u00e8ve pour elle de la critique g\u00e9n\u00e9tique (p. 16). Mod\u00e8le paradigmatique de la r\u00e9criture intertextuelle, <em>Ulysse<\/em> de James Joyce est la r\u00e9criture de l<em>\u2019Odyss\u00e9e<\/em> de l\u2019a\u00e8de Hom\u00e8re. <\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> La pi\u00e8ce, in\u00e9dite, a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue en 2005. <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div> Signalons au passage que, dans son anthologie des \u0153uvres dramatiques canoniques de langue allemande, Marcel Reich Ranicki, grand critique litt\u00e9raire germanophone, a \u00e9dit\u00e9 les pi\u00e8ces de Lessing dans le volume 1, celles de Goethe dans le second, les deux suivants \u00e9tant consacr\u00e9s \u00e0 Schiller. Par ailleurs, les statistiques du <em>Deutscher B\u00fchnenverein<\/em>, l\u2019association des sc\u00e8nes allemandes, montrent que Jelinek choisit de r\u00e9crire des pi\u00e8ces parmi les plus jou\u00e9es dans les pays germanophones. En t\u00eate du palmar\u00e8s, les diff\u00e9rentes versions du <em>Faust<\/em> de Goethe totalisent 46 mises en sc\u00e8ne sur la seule saison 2009-2010 avec pr\u00e8s de 200\u00a0000 spectateurs pour 487 repr\u00e9sentations. Cette m\u00eame ann\u00e9e, <em>Nathan Le Sage<\/em> arrive en septi\u00e8me position et <em>Maria Stuart<\/em> en dixi\u00e8me (<em>Deutscher B\u00fchnenverein<\/em>, 2011, p. 342). <\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> Sur la r\u00e9ception de l\u2019attribution du Prix Nobel \u00e0 Jelinek, voir Lajarrige, Jacques. 2004. \u00ab\u00a0Surprise, stupeur et tremblements. Ce qui arriva quand Elfriede Jelinek re\u00e7ut le Prix Nobel de litt\u00e9rature\u00a0\u00bb. <em>Austriaca<\/em>, 57, p. 225-232\u00a0; et surtout la riche documentation de Janke, Pia (Hg.). 2005. <em>Literaturnobelpreis Elfriede Jelinek<\/em>. Diskurse.Kontexte.Impulse Bd. 1. Wien\u00a0: Praesens Verlag, 389\u00a0p. <\/div><\/li><li><span>5<\/span><div> Sur les relations houleuses et conflictuelles entre Jelinek et son pays des ann\u00e9es 1960 \u00e0 2001, voir la documentation\u00a0: Janke, Pia (Hg.). 2002.\u00a0<em>Die Nestbeschmutzerin. Jelinek &amp; \u00d6sterreich<\/em>. Salzburg\/Wien\u00a0: Jung und Jung, 252 p. <\/div><\/li><li><span>6<\/span><div> Janz, Marlies. 1995.\u00a0<em>Elfriede Jelinek<\/em>. Sammlung Metzler Bd. 286. Stuttgart\u00a0: Metzler, 182 p.\u00a0; L\u00fccke, B\u00e4rbel. 2008.\u00a0<em>Elfriede Jelinek. Eine Einf\u00fchrung<\/em>. UTB Bd. 3051. Paderborn\u00a0: Wilhelm Fink Verlag, 169 p. Notons qu\u2019en 2013 para\u00eetra le premier manuel qui offrira une vue d\u2019ensemble sur la vie, l\u2019\u0153uvre et la r\u00e9ception d\u2019Elfriede Jelinek, dans la c\u00e9l\u00e8bre collection des\u00a0<em>Handb\u00fccher<\/em>\u00a0de l\u2019\u00e9diteur Metzler. <\/div><\/li><li><span>7<\/span><div> Voir par exemple <em>Elfriede Jelinek \u2013 Facetten einer Unerbittlichen.<\/em> 2005. CD audio et CD-Rom. Gr\u00fcnwald\u00a0: FWU. Olzog\u00a0; ou encore le dossier de 37 pages consacr\u00e9 en 2003 \u00e0 la didactisation de sa pi\u00e8ce <em>Ein Sportst\u00fcck<\/em> \u00e0 l\u2019intention des bacheliers allemands dans la revue <em>Kreative Ideenb\u00f6rse. Deutsch Sekundarstufe II<\/em>. <\/div><\/li><li><span>8<\/span><div> Par mod\u00e9lisation, nous entendons \u00ab\u00a0le processus par lequel l\u2019Ecole remod\u00e8le l\u2019\u0153uvre produite en en constituant, par l\u00e0 m\u00eame, une image institu\u00e9e propre \u00e0 \u00eatre diffus\u00e9e aupr\u00e8s du public auquel elle s\u2019adresse\u00a0\u00bb (Andr\u00e9, 2000, p. 199). <\/div><\/li><li><span>9<\/span><div> Dans le manuel allemand de R\u00f6tzer, il est \u00e9tonnant de constater que la place accord\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sentation d\u2019E. Jelinek \u00e9quivaut, quantitativement parlant, \u00e0 celle d\u2019\u00e9crivains relativement peu connus tels Peter Bichsel ou Gabriele Wohmann, et qu\u2019elle reste dans l\u2019ombre de Peter Handke ou Thomas Bernhard, auxquels sont consacr\u00e9s cinq \u00e0 six fois plus de commentaires, agr\u00e9ment\u00e9s de quelques extraits. La br\u00e8ve notice, qui ne s\u2019embarrasse pas de nuances, se m\u00e9prend d\u2019ailleurs sur l\u2019ann\u00e9e d\u2019attribution du prix Nobel (R\u00f6tzer, 2010, p. 455). La position de Jelinek est nettement plus renforc\u00e9e au sein d\u2019autres ouvrages scolaires (Rainer, 2010, p. 527-530). <\/div><\/li><li><span>10<\/span><div> Voir par exemple Rainer, 2010, p. 527-530. Les chiffres de vente que nous a communiqu\u00e9s l\u2019\u00e9diteur allemand de Jelinek, <em>Rowohlt<\/em>, (courriel du 22 f\u00e9vrier 2012) r\u00e9v\u00e8lent eux aussi une r\u00e9ception centr\u00e9e sur ses romans\u00a0: <em>La Pianiste<\/em> reste, avec 500\u00a0000 exemplaires, le livre le plus vendu, avant comme apr\u00e8s le prix Nobel. Viennent ensuite les trois autres romans\u00a0: <em>Lust<\/em> (250\u00a0000 ex.), <em>Les Amantes<\/em> (180\u00a0000 ex.) et <em>Avidit\u00e9<\/em> (80\u00a0000 ex.). <\/div><\/li><li><span>11<\/span><div> Voir Helge Kern, Stephan. 2008. <em>Erl\u00e4uterungen zu Elfriede Jelinek Die Klavierspielerin<\/em>. K\u00f6nigs Erl\u00e4uterungen und Materialien Bd. 471. Hollfeld\u00a0: Bange Verlag, 108 p.\u00a0; ou encore l\u2019interpr\u00e9tation de Janz, Marlies.\u00a02003. \u00ab\u00a0Elfriede Jelinek: Die Klavierspielerin\u00a0\u00bb. <em>Interpretationen. Romane des 20. Jahrhunderts<\/em> Bd. 3. Interpretationen Nr. 17522. Stuttgart\u00a0: Reclam, p. 108-135. <\/div><\/li><li><span>12<\/span><div> Benthien, Cl., Stephan, I. (Hg.). 2005. <em>Meisterwerke. Deutschsprachige Autorinnen im 20. Jahrhundert<\/em>. Literatur \u2013 Kultur \u2013 Geschlecht, Kleine Reihe 21. K\u00f6ln\/Weimar\/Wien\u00a0: B\u00f6hlau, 413\u00a0p. <\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>\u00a0\u00ab\u00a0Sp\u00e4testens seit dem B\u00fcchnerpreis 1998 hat Elfriede Jelinek Klassikerstatus\u00a0\u00bb [en ligne], http:\/\/www.reclam.de\/detail\/978-3-15-018074-7\/Jelinek__Elfriede\/Wolken__Heim. <\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Ce qui n\u2019est pas le cas des ouvrages destin\u00e9s \u00e0 un public universitaire (tels ceux mentionn\u00e9s en note no. 6). <\/div><\/li><li><span>15<\/span><div> Une analyse quantitative, comparative et syst\u00e9matique de la captation de Jelinek dans les manuels scolaires permettrait d\u2019approfondir, de corriger ou d\u2019affiner cette premi\u00e8re synth\u00e8se. Il serait \u00e9galement bienvenu d\u2019observer si et en quelle mesure la modalisation de l\u2019\u0153uvre d\u2019Elfriede Jelinek s\u2019op\u00e8re diff\u00e9remment dans les manuels scolaires allemands et autrichiens. <\/div><\/li><li><span>16<\/span><div> Nous remercions ici Gerhard Ruiss, \u00e9crivain et secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Soci\u00e9t\u00e9 des auteurs autrichiens, pour les informations qu\u2019il nous a communiqu\u00e9es \u00e0 ce sujet par courrier \u00e9lectronique le 28 f\u00e9vrier 2012. <\/div><\/li><li><span>17<\/span><div> Nous tenons ici \u00e0 signaler que cette analogie nous a \u00e9t\u00e9 suscit\u00e9e lors des \u00e9changes qui ont eu lieu lors de la journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes <em>\u00ab\u00a0Et la chair s\u2019est faite verbe\u00a0\u00bb. M\u00e9taphores du cannibalisme dans les arts et la litt\u00e9rature<\/em>, organis\u00e9e par A. Vennemann et S. Leroy \u00e0 Rennes 2 le 15 f\u00e9vrier 2012. <\/div><\/li><li><span>18<\/span><div> \u00ab\u00a0Ich m\u00f6chte mich so gern in Schillers \u00ab\u00a0Maria Stuart\u00a0\u00bb hineindr\u00e4ngen, nicht um sie zu etwas andrem aufzublasen wie einen armen Frosch, der dann platzt, sondern um mein eigenes Sprechen in diese ohnehin schon bis zum Bersten vollen Textk\u00f6rper der beiden Gro\u00dfen Frauen, dieser Protagonistinnen, auch noch hineinzulegen. Bis man mit vollem Mund spricht, alles davonspr\u00fcht, und man endlich wei\u00df, warum man eben nicht mit vollem Mund sprechen sollte.\u00a0\u00bb (Jelinek, 2005a). <\/div><\/li><li><span>19<\/span><div> \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00e9fini la posture comme la pr\u00e9sentation de soi d\u2019un \u00e9crivain, tant dans sa gestion du discours que dans ses conduites litt\u00e9raires publiques. [&#8230;] une personne n\u2019existe comme \u00e9crivain qu\u2019\u00e0 travers le prisme d\u2019une posture, historiquement construite et r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble des positions du champ litt\u00e9raire. [&#8230;] La posture se forge ainsi dans l\u2019interaction de l\u2019auteur avec les m\u00e9diateurs et les publics, anticipant ou r\u00e9agissant \u00e0 leurs jugements\u00a0\u00bb (Meizoz, 2009, p. 2). <\/div><\/li><li><span>20<\/span><div> \u00ab\u00a0einen neuen Antrag auf Originalk\u00fcnstlerin stellen\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/div><\/li><li><span>21<\/span><div> \u00ab\u00a0denn die Klassiker schaut man sich schlie\u00dflich immer an und wird man sich immer anschauen\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). <\/div><\/li><li><span>22<\/span><div> \u00ab\u00a0Danke jedenfalls, dass ich Ihnen hier einen kleinen Auszug aus meinem reichhaltigen Angebotskatalog vorstellen durfte\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). <\/div><\/li><li><span>23<\/span><div> Et dans son courriel du 20 f\u00e9vrier 2012, Elfriede Jelinek m\u2019indique qu\u2019elle ne pr\u00e9voit aucune publication papier. <\/div><\/li><li><span>24<\/span><div> <em>FaustIn and out<\/em> vient de rejoindre <em>Abraumhalde<\/em> sur son site Internet, o\u00f9 Jelinek met en ligne beaucoup de textes et d\u2019essais, et qui va bient\u00f4t franchir le cap du million de visiteurs. <\/div><\/li><li><span>25<\/span><div> \u00ab\u00a0Es wird aber daran scheitern, dass ich auch diesmal, wie \u00fcblich, wieder die Angabe des jeweiligen Klassikers nichts verstehe (oder nicht richtig) und entweder zu einem ganz andren, falschen St\u00fcck das richtige Sekund\u00e4rdrama schreibe oder, wahrscheinlicher, das Originaldrama nicht verstehe und dann was total Falsches dazu schreibe. Falsch ist es aber sowieso immer, was ich schreibe\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/div><\/li><li><span>26<\/span><div> \u00ab\u00a0Ich spreche mit mir selbst, sonst spricht ja niemand mit mir. Ich stecke bis zum Hals in meinem Scheitern.\u00a0\u00bb (Jelinek, 2011b, p. 7). <\/div><\/li><li><span>27<\/span><div> \u00ab\u00a0Nichts brauchen die Klassiker weniger, als von mir gehalten oder unterhalten zu werden\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/div><\/li><li><span>28<\/span><div> C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que propose un metteur en sc\u00e8ne comme Nicolas Stemann dans ses r\u00e9critures des r\u00e9critures de Jelinek\u00a0; ainsi, seul un tiers environ du texte original est conserv\u00e9 dans sa mise en sc\u00e8ne d\u2019<em>Ulrike Maria Stuart<\/em> (premi\u00e8re le 28 octobre 2006 \u00e0 Hambourg). <\/div><\/li><li><span>29<\/span><div> \u00ab\u00a0als Tapeten, die hinter ihnen aufgerollt und hingeklebt werden\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/div><\/li><li><span>30<\/span><div> \u00ab\u00a0[\u2026] nur eins geht nicht: Das Sekund\u00e4rdrama darf niemals als das Hauptst\u00fcck und alleine, sozusagen solo, gespielt werden. Eins bedingt das andre, das Sekund\u00e4rdrama geht aus dem Hauptdrama hervor und begleitet es, auf unterschiedliche Weise, aber es ist stets: Begleitung. Das Sekund\u00e4rdrama ist Begleitdrama.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). <\/div><\/li><li><span>31<\/span><div> \u00ab\u00a0Sekund\u00e4rdramen [\u2026], die dann kl\u00e4ffend neben den Klassikern herlaufen sollen\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.). <\/div><\/li><li><span>32<\/span><div> Juste avant la sc\u00e8ne du pacte avec le diable, M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s appara\u00eet \u00e0 Faust sous les traits d\u2019un caniche noir qui aboie. L\u2019\u00e9cho \u00e9tablit un discret parall\u00e8le entre la fonction critique de n\u00e9gation et de destruction de Mephisto, \u00ab\u00a0l\u2019esprit qui toujours nie [&#8230;] car tout ce qui existe est digne d\u2019\u00eatre d\u00e9truit\u00a0\u00bb (Goethe, 1976, p. 44), et celle qu\u2019exerce le drame secondaire sur le texte principal de Goethe. <\/div><\/li><li><span>33<\/span><div> \u00ab\u00a0ich kann sie dann ja aufnorden, blondieren oder ihnen eine Dauerwelle verpassen\u00a0\u00bb (Jelinek, 2010). <\/div><\/li><li><span>34<\/span><div> \u00ab\u00a0Nichts davon muss ewig halten. Nichts davon soll ewig halten\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>).<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016 Les d\u00e9buts litt\u00e9raires de l\u2019auteure autrichienne Elfriede Jelinek dans les ann\u00e9es 1970 sont plac\u00e9s sous le signe de l\u2019intertextualit\u00e9 et du montage \u00e0 partir d\u2019hypotextes en tout genre. Sa premi\u00e8re pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, \u00ab\u00a0Ce qui arriva quand Nora quitta son mari\u00a0\u00bb (1977), rel\u00e8ve [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1226,1228],"tags":[192],"class_list":["post-5517","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-dhier-a-demain-le-rapport-aux-classiques","category-dossier-dhier-a-demain-le-rapport-aux-classiques","tag-klein-delphine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5517","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5517"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5517\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9049,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5517\/revisions\/9049"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5517"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5517"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5517"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}