{"id":5520,"date":"2024-06-13T19:48:22","date_gmt":"2024-06-13T19:48:22","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-rapport-aux-classiques\/"},"modified":"2024-09-06T17:31:54","modified_gmt":"2024-09-06T17:31:54","slug":"le-rapport-aux-classiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5520","title":{"rendered":"Le rapport au(x) classique(s)"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6885\">Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016<\/a><\/h5>\n<p>Dans <em>Pourquoi lire les classiques<\/em>, Italo Calvino propose une d\u00e9finition en quatorze points de ce qu\u2019est, pour lui, un \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb. Quatorze fa\u00e7ons d\u2019approcher la question, qui disent tant la richesse du sujet que la difficult\u00e9 d\u2019en d\u00e9limiter pr\u00e9cis\u00e9ment les param\u00e8tres. Quatorze aspects, rien de moins, d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 esquiss\u00e9e intuitivement, comme une silhouette \u00e9tonnante, aper\u00e7ue de loin, dont on pressent l\u2019importance, sans qu\u2019on sache trop pourquoi. De fait, Calvino n\u2019apporte pas r\u00e9ellement de r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019intitul\u00e9 de son essai; il se contente d\u2019offrir l\u2019enthousiasmant commentaire des quatorze vertus d\u00e9finitoires qu\u2019il identifie aux \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb de la litt\u00e9rature, puis, conc\u00e9dant qu\u2019\u00ab\u00a0il ne nous reste plus qu\u2019\u00e0 nous inventer chacun la biblioth\u00e8que id\u00e9ale de nos classiques\u00a0\u00bb, il conclut modestement\u00a0: \u00ab\u00a0La seule chose qu\u2019on puisse affirmer, c\u2019est que lire les classiques vaut mieux que de ne pas les lire<a id=\"footnoteref1_f5xk4oa\" class=\"see-footnote\" title=\" Italo Calvino. 1995. Pourquoi lire les classiques, traduit de l\u2019italien par Jean-Paul Manganaro, pr\u00e9face de Philippe Sollers, Paris\u00a0: Seuil, p.\u00a013. \" href=\"#footnote1_f5xk4oa\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb Certes. Mais il en va de m\u00eame de toute litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Quelque chose pourtant distingue les classiques des autres livres. Ce sont des \u0153uvres d\u2019un autre temps, parfois tr\u00e8s ancien, qui n\u00e9anmoins demeurent et demeureront toujours d\u2019actualit\u00e9, dit-on. Si nombre d\u2019entre elles empruntent d\u00e9cid\u00e9ment aux r\u00e8gles, \u00e0 la mesure et \u00e0 l\u2019unit\u00e9 qui ont d\u00e9fini le <em>classicisme<\/em>, chacun sait qu\u2019en faire autant ne suffit pas \u00e0 produire un <em>classique<\/em>. \u00ab\u00a0Croire qu\u2019en imitant certaines qualit\u00e9s de puret\u00e9, de sobri\u00e9t\u00e9, de correction et d\u2019\u00e9l\u00e9gance, ind\u00e9pendamment du caract\u00e8re m\u00eame et de la flamme, on deviendra classique, c\u2019est croire qu\u2019apr\u00e8s Racine p\u00e8re il y a eu Racine fils<a id=\"footnoteref2_yms6irr\" class=\"see-footnote\" title=\" Charles-Augustin Sainte-Beuve, 1858. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un classique?\u00a0\u00bb, Causeries du lundi, 3e \u00e9dition, revue et corrig\u00e9e, t.\u00a0III Paris\u00a0: Garnier, p.\u00a049. \" href=\"#footnote2_yms6irr\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb, tranchait d\u00e9j\u00e0 en 1850 un critique litt\u00e9raire illustre\u00a0: Sainte-Beuve, d\u00e9sormais classique lui-m\u00eame. L\u2019irr\u00e9ductible diversit\u00e9 (tant de forme que de contenu) des chefs-d\u2019\u0153uvre qu\u2019on estime classiques invite \u00e0 associer leur sp\u00e9cificit\u00e9 moins \u00e0 des qualit\u00e9s propres qu\u2019au rapport que nous entretenons avec eux. Question de r\u00e9ception (Jauss, Iser) donc\u00a0: le lectorat serait au centre du processus qui aboutit \u00e0 la cons\u00e9cration d\u2019une \u0153uvre en tant que classique de la litt\u00e9rature. Cette cons\u00e9cration op\u00e8re par paliers de s\u00e9lection; elle concerne des \u0153uvres qui ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues par le public contemporain, puis relues par plusieurs g\u00e9n\u00e9rations successives. Elle exige des pratiques d\u2019interpr\u00e9tation, de commentaires et d\u2019analyses litt\u00e9raires qui assurent la p\u00e9rennisation des \u0153uvres. \u00c0 l\u2019inverse, la perspective bourdieusienne repose sur l\u2019hypoth\u00e8se que la post\u00e9rit\u00e9 de l\u2019auteur et de l\u2019\u0153uvre d\u00e9pend essentiellement de leur aptitude \u00e0 se positionner au sein du champ litt\u00e9raire, afin de satisfaire ce lectorat. C\u00e9l\u00e8bre th\u00e9orie des champs qu\u2019on peut r\u00e9sumer en empruntant \u00e0 la r\u00e9flexion de Sainte-Beuve deux courtes phrases\u00a0: \u00ab\u00a0il n\u2019est pas bon de para\u00eetre trop vite et d\u2019embl\u00e9e classique \u00e0 ses contemporains; on a grande chance alors de ne pas rester tel pour la post\u00e9rit\u00e9<a id=\"footnoteref3_18q6gxj\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Idem.\u00a0\" href=\"#footnote3_18q6gxj\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb Ces consid\u00e9rations de la critique posent une \u00e9pineuse question\u00a0: la qualit\u00e9 <em>classique<\/em> d\u2019une \u0153uvre est-elle intrins\u00e8que ou non? Calvino, quant \u00e0 lui, semble pencher des deux c\u00f4t\u00e9s. Un classique ne serait cr\u00e9\u00e9 que lorsque les deux visages du probl\u00e8me sourient de concert.<\/p>\n<p>S\u2019impose une nuance terminologique. La notion de classique est proche, mais distincte, de celle de chef-d\u2019\u0153uvre. Les deux soul\u00e8vent la question de la post\u00e9rit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre, mais ont des connotations diff\u00e9rentes. Le terme de <em>chef-d\u2019\u0153uvre<\/em> met l&rsquo;accent sur le degr\u00e9 d\u2019ach\u00e8vement d&rsquo;une \u0153uvre en elle-m\u00eame ou par rapport aux autres \u0153uvres d\u2019un artiste, et sous-tend l\u2019id\u00e9e de la ma\u00eetrise de l&rsquo;artiste, ou bien, dans une perspective romantique, son inspiration, voire son g\u00e9nie. La notion du <em>classique<\/em>, en revanche, se r\u00e9f\u00e8re de mani\u00e8re plus large \u00e0 la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre, \u00e0 la reconnaissance durable qu&rsquo;elle obtient au sein de la soci\u00e9t\u00e9 qui la re\u00e7oit, et \u00e0 l&rsquo;importance qu&rsquo;elle prend dans la culture dont elle fait partie. Les \u0153uvres reconnues comme classiques constituent ainsi une \u00ab\u00a0culture classique\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0scolaire\u00a0\u00bb, que l&rsquo;on peut distinguer de la culture populaire, de la contre-culture, de la sous-culture, de l&rsquo;underground, etc. Lire les classiques permet d\u2019\u00eatre cultiv\u00e9, comme le confirme par ailleurs ironiquement Flaubert dans son <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> :\u00a0\u00ab\u00a0Classiques (Les). On est cens\u00e9 les conna\u00eetre<a id=\"footnoteref4_4iqiwq4\" class=\"see-footnote\" title=\" Gustave Flaubert. 1952. Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues, dans \u0152uvres, t. II, texte \u00e9tabli par Albert Thibaudet et Ren\u00e9 Dumesnil, Paris\u00a0: Gallimard, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, p.\u00a01004. \" href=\"#footnote4_4iqiwq4\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quelques anecdotes c\u00e9l\u00e8bres illustrent de fa\u00e7on exemplaire le rapport tendu que nous entretenons avec les classiques. Retenons-en une, qui a les m\u00e9rites d\u2019\u00eatre r\u00e9cente et d\u2019avoir beaucoup fait r\u00e9agir. On sait que Nicolas Sarkozy a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 \u00e0 deux reprises pour avoir os\u00e9 s\u2019en prendre \u00e0 <em>La<\/em> <em>Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> de Madame de La Fayette. La premi\u00e8re fois, le 23 f\u00e9vrier 2006, \u00e0 Lyon, en d\u00e9clarant devant des fonctionnaires\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L<em>\u2019<\/em>autre jour, je m\u2019amusais, on s&rsquo;amuse comme on peut, \u00e0 regarder le programme du concours d&rsquo;attach\u00e9 d&rsquo;administration. Un sadique ou un imb\u00e9cile avait mis dans le programme d\u2019interroger les concurrents sur <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>. Je ne sais pas si cela vous est arriv\u00e9 de demander \u00e0 la guicheti\u00e8re ce qu&rsquo;elle pensait de<em> La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>. Imaginez un peu le spectacle !\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La seconde, en juillet 2008, en expliquant que le m\u00e9rite et le b\u00e9n\u00e9volat devaient \u00eatre reconnus par les concours administratifs : <em>\u00ab\u00a0Car \u00e7a vaut autant que de savoir par c\u0153ur <\/em><em>La Princesse de Cl\u00e8ves<em>. J\u2019ai rien contre, mais&#8230; bon, parce qu\u2019enfin, j\u2019avais beaucoup souffert sur elle\u00a0\u00bb, plaidait<\/em><\/em>-il. La vid\u00e9o est toujours disponible sur Internet<a id=\"footnoteref5_cl0igxt\" class=\"see-footnote\" title=\" Voir, entre autres, \u00ab\u00a0Une lecture de La Princesse de Cl\u00e8ves pour Sarkozy\u00a0\u00bb\u00a0: www.dailymotion.com\/video\/x8e9ng_une-lecture-de-la-princesse-de-clev_news \" href=\"#footnote5_cl0igxt\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Des voix s\u2019\u00e9lev\u00e8rent tant de la droite, o\u00f9 on per\u00e7ut les propos du Pr\u00e9sident comme une atteinte au patrimoine culturel de la France, que de la gauche<a id=\"footnoteref6_0ctxocs\" class=\"see-footnote\" title=\" Philippe Val, \u00ab\u00a0La princesse de Cl\u00e8ves expuls\u00e9e!\u00a0\u00bb, Charlie Hebdo, 16 avril 2008. \" href=\"#footnote6_0ctxocs\">[6]<\/a>, qui estimait qu\u2019en s\u2019attaquant ainsi \u00e0 un classique, on s\u2019en prenait \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Devant le Panth\u00e9on et ses grands hommes, 10 000 personnes lurent en continu le roman; dans les rues, des manifestants arbor\u00e8rent des badges clamant \u00ab Je lis <em>La Princesse de Cl\u00e8ves <\/em>\u00bb; en librairie, les ventes du roman connurent une forte augmentation. <em>La Princesse de Cl\u00e8ves <\/em>revivait.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9vidence, un seul et m\u00eame texte peut en m\u00eame temps servir de repoussoir, repr\u00e9senter un patrimoine prestigieux et faire l\u2019objet de douteuses tentatives de r\u00e9cup\u00e9ration. La violence faite aux canons entra\u00eene n\u00e9cessairement une lev\u00e9e de boucliers, dont la vertu consiste \u00e0 faire revivre l\u2019\u0153uvre qu\u2019on a voulu abattre. Au moment o\u00f9 quelqu&rsquo;un menace de le faire dispara\u00eetre, le classique ressurgit avec v\u00e9h\u00e9mence.<\/p>\n<p>Le traitement \u00ab\u00a0pr\u00e9sidentiel\u00a0\u00bb qu\u2019a re\u00e7u <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> nous invite \u00e0 interroger non seulement ce qu\u2019on entend par <em>classique<\/em>, mais aussi les enjeux th\u00e9oriques d\u2019une telle question. Rappelons que ce serait Aulu-Gelle qui, dans les <em>Nuits attiques<\/em>, aurait \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 utiliser le terme pour qualifier de \u00ab\u00a0bons classiques\u00a0\u00bb les bons auteurs de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente (\u00e0 savoir Horace, Virgile, Ovide, mais aussi Cic\u00e9ron et S\u00e9n\u00e8que, ou encore Lucr\u00e8ce, ou bien m\u00eame Tite-Live). L\u2019expression \u00ab\u00a0<em>auctores classici\u00a0<\/em>\u00bb est alors traduite en fran\u00e7ais par \u00ab\u00a0\u00e9crivains de premier ordre\u00a0\u00bb. Au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, <em>classique<\/em> ne s\u2019emploie que sous sa forme adjectivale\u00a0: \u00ab\u00a0il ne se dit gu\u00e8re que des auteurs qu\u2019on lit dans les classes, ou qui y ont une grande autorit\u00e9\u00a0\u00bb, constate Fureti\u00e8re dans son <em>Dictionnaire universel<\/em> en 1690. \u00c0 la suite d\u2019Aulu-Gelle, il cite, parmi les bons auteurs classiques, Cic\u00e9ron, C\u00e9sar, Salluste, Virgile, Horace, \u00ab\u00a0qui ont v\u00e9cu du temps de la R\u00e9publique et sur la fin d&rsquo;Auguste, o\u00f9 r\u00e9gnait la bonne latinit\u00e9, qui a commenc\u00e9 \u00e0 se corrompre du temps des Antonins<a id=\"footnoteref7_xtbnqri\" class=\"see-footnote\" title=\" Antoine Fureti\u00e8re. 1978 [1690]. Le dictionnaire universel d\u2019Antoine Fureti\u00e8re, Paris\u00a0: S.N.L.-Le Robert. \" href=\"#footnote7_xtbnqri\">[7]<\/a>\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9finition sugg\u00e8re d\u2019embl\u00e9e un triple lien entre l\u2019id\u00e9e de classique et l\u2019autorit\u00e9 des Anciens, la puret\u00e9 de la langue ou du style, et la p\u00e9dagogie. Le classique serait donc une \u0153uvre ant\u00e9rieure qui subsiste aux ravages du temps, qui poss\u00e8de des qualit\u00e9s esth\u00e9tiques certaines et qui doit s\u2019enseigner dans les classes. D\u00e8s le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le mot est \u00e9tendu aux \u00ab\u00a0bons auteurs fran\u00e7ais\u00a0\u00bb qui deviennent de v\u00e9ritables mod\u00e8les\u00a0: \u00ab\u00a0vous me faites grand plaisir, \u00e9crit Voltaire, en m\u2019apprenant que l\u2019Acad\u00e9mie va rendre \u00e0 la France et \u00e0 l&rsquo;Europe le service de publier un recueil de nos auteurs classiques, avec des notes qui fixeront la langue et le go\u00fbt<a id=\"footnoteref8_yfrqn0z\" class=\"see-footnote\" title=\" Voltaire. 1837. \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Duclos\u00a0\u00bb, 10 avril 1761, dans \u0152uvres compl\u00e8tes de Voltaire, t. XII, Paris\u00a0: Furne, p.\u00a0192. Cette id\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e par Charles Sorel, pour qui un auteur classique \u00ab\u00a0 nous apprend \u00e0 bien parler\u00a0\u00bb. Voir Biblioth\u00e8que fran\u00e7oise, Paris\u00a0: Par la compagnie des libraires du Palais, 1667 [1664], p. 370. \" href=\"#footnote8_yfrqn0z\">[8]<\/a>\u00a0\u00bb. S\u2019ajoutent alors, aux caract\u00e9ristiques de ce qui sera <em>classique<\/em>, l\u2019autorit\u00e9, ici repr\u00e9sent\u00e9e par l&rsquo;Acad\u00e9mie, le souci de fixer un bon \u00e9tat de la langue, la question nationale et l\u2019imitation de bons mod\u00e8les.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que les litt\u00e9ratures nationales entrent dans les programmes d\u2019enseignement sup\u00e9rieur, se multiplient les listes d\u2019ouvrages dans les manuels d\u2019histoire litt\u00e9raire et les collections r\u00e9serv\u00e9es aux classiques, depuis les \u00ab\u00a0Petits classiques fran\u00e7ais\u00a0\u00bb fond\u00e9s en 1825 jusqu\u2019aux \u00ab\u00a0Classiques Garnier\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Classiques Larousse\u00a0\u00bb,\u00a0 \u00ab\u00a0Folio classique\u00a0\u00bb.\u00a0 M\u00eame les collections num\u00e9riques ont maintenant leurs classiques\u00a0: \u00ab\u00a0Gallica classique\u00a0\u00bb. La tension entre la fossilisation des listes d\u2019\u0153uvres classiques et l\u2019intronisation de nouveaux corpus reste toutefois sensible. Dans la seconde moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019une liste d\u2019ouvrages classiques, stable et universelle, est remise en question. Ce mouvement, lanc\u00e9 par le <em>New Criticism<\/em>, est nomm\u00e9 \u00ab\u00a0ouverture du canon\u00a0\u00bb (<em>opening up the canon<\/em>) et se r\u00e9pand d\u2019abord dans les pays anglo-saxons, avant de trouver un \u00e9cho dans la Nouvelle-Critique fran\u00e7aise, avec notamment la formule d\u00e9sormais fameuse de Roland Barthes\u00a0: \u00ab\u00a0La litt\u00e9rature, c\u2019est ce qui s\u2019enseigne, un point c\u2019est tout<a id=\"footnoteref9_apsd3sm\" class=\"see-footnote\" title=\" Roland Barthes. 1984 [1968]. Le Bruissement de la langue\u00a0: Essais critiques IV, Paris\u00a0: Seuil, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Points\u00a0\u00bb, s\u00e9rie \u00ab\u00a0Essais\u00a0\u00bb, no\u00a0258, p. 49. \" href=\"#footnote9_apsd3sm\">[9]<\/a>.\u00a0\u00bb L\u2019\u00e9tablissement de listes d\u2019\u0153uvres classiques serait tout au plus un instrument de formation p\u00e9dagogique tenant sa l\u00e9gitimit\u00e9 du fait qu\u2019il est avalis\u00e9 par l\u2019\u00c9cole. Or, un tel \u00e9tablissement suppose des op\u00e9rations de s\u00e9lection et repose sur la conviction qu\u2019il existe des valeurs esth\u00e9tiques communes. La question se complique du fait que ces valeurs peuvent \u00eatre envisag\u00e9es soit \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, soit \u00e0 une \u00e9chelle plus large.<\/p>\n<p>L\u2019Italie a connu son <em>Trecento<\/em>, l\u2019Espagne son <em>Siglo de Oro<\/em>\u2026 Mais la France, quel a \u00e9t\u00e9 son \u00e2ge de gloire? La <em>Causerie<\/em> que Sainte-Beuve a consacr\u00e9e \u00e0 la question \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un classique?\u00a0\u00bb propose quelques lignes aptes \u00e0 r\u00e9pondre pour nous\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019id\u00e9e de <em style=\"line-height: 1.538em; font-size: 13.0080003738403px;\">classique <\/em>implique en soi quelque chose qui a suite et consistance, qui fait ensemble et tradition, qui se compose, se transmet et qui dure. Ce ne fut qu\u2019apr\u00e8s les belles ann\u00e9es de Louis XIV que la nation sentit avec tressaillement et orgueil qu\u2019un tel bonheur venait de lui arriver<a id=\"footnoteref10_9f79hpw\" class=\"see-footnote\" title=\" Sainte-Beuve, loc. cit., p.\u00a040. \" href=\"#footnote10_9f79hpw\">[10]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019enti\u00e8re modernit\u00e9 fran\u00e7aise s\u2019est, semble-t-il, ensuite \u00e9rig\u00e9e par opposition au classicisme d\u2019auteurs qui durant le Grand Si\u00e8cle embrass\u00e8rent le canon antique\u00a0: les professions de foi litt\u00e9raires, les proclamations v\u00e9h\u00e9mentes, les manifestes d\u2019\u00e9cole, les th\u00e9orisations vindicatives et les \u0153uvres elles-m\u00eames, dans toute leur polyphonie, regorgent d\u2019allusions opini\u00e2tres et de d\u00e9clarations vives \u00e0 cet effet. La modernit\u00e9 n\u2019en a pas moins produit elle-m\u00eame des classiques que personne aujourd\u2019hui n\u2019h\u00e9site \u00e0 ranger avec les monuments litt\u00e9raires qu\u2019elle pr\u00e9tendait abattre. Comme ceux d\u2019hier, les classiques de demain viendront s\u2019ajouter au lot et multiplieront sans doute \u00e0 leur tour les renvois intertextuels aux grandes \u0153uvres qui ont jalonn\u00e9 l\u2019histoire \u2013 mais peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 la recette du succ\u00e8s? S\u2019approprier un brin d\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00e0 m\u00eame le pass\u00e9 pour se doter d\u2019une post\u00e9rit\u00e9, n\u2019est-ce pas replier le temps sur lui-m\u00eame au point de l\u2019annuler? Fa\u00e7on d\u2019inscrire sur soi le devenir classique qu\u2019on ambitionne.<\/p>\n<p>C\u2019est en tout cas la strat\u00e9gie pr\u00e9conis\u00e9e par les \u00e9diteurs anglo-saxons, quand, en petites majuscules emboss\u00e9es sur couverture cartonn\u00e9e, ils \u00e9crivent \u00ab\u00a0<em>An<\/em> <em>instant classic!<\/em>\u00a0\u00bb sur le dos du prochain <em>best-seller<\/em>. Personne n\u2019est dupe, toutefois\u00a0: popularit\u00e9 ne rime que phon\u00e9tiquement avec post\u00e9rit\u00e9. Par ailleurs, la formule <em>instant classic<\/em> rec\u00e8le un paradoxe dont les libraires savent tirer le parti maximum\u00a0: un classique, par d\u00e9finition, \u00e9chappe au temps, il est \u00e9ternel. Dire qu\u2019il est instantan\u00e9, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 lui donner une histoire que son statut postul\u00e9 de classique r\u00e9cuse. Par-del\u00e0 tout stratag\u00e8me publicitaire, identifier un manuscrit fra\u00eechement \u00e9dit\u00e9 comme futur classique revient \u00e0 d\u00e9clarer qu\u2019on y a reconnu un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments typiquement aptes \u00e0 produire un classique. Il y aurait donc des invariants, des constantes \u00e0 tout classique, et ces iotas de \u00ab\u00a0classicit\u00e9\u00a0\u00bb (m\u00eame en cette \u00e8re moderne lib\u00e9r\u00e9e des prescriptions de proportion noble et classicisante) seraient discernables \u00e0 la seule lecture du texte, comme une essence agr\u00e9able qu\u2019on flaire aupr\u00e8s d\u2019un mets app\u00e9tissant. \u00c0 l\u2019encontre des notions de r\u00e9ception et de champ, la th\u00e9orie essentialiste du classique assigne la r\u00e9ussite (et l\u2019intemporalit\u00e9) du volume \u00e0 une immanence qui se passe de toute conjoncture propice pour s\u2019imposer au monde de par sa seule force d\u2019adh\u00e9sion.<\/p>\n<p>Classique un jour, classique toujours, donc? Pourtant non. Le passage du temps efface certains classiques et en promulgue de nouveaux aussi s\u00fbrement qu\u2019il destitue le gros vendeur de l\u2019an dernier pour faire place \u00e0 la saveur du jour. Qui se souvient encore de Cr\u00e9billon p\u00e8re ou d\u2019Andr\u00e9 Ch\u00e9nier, qui furent pourtant de notoires classiques? Si ce travail d\u2019oubli s\u2019effectue sur de plus longues p\u00e9riodes, il n\u2019en est pas moins in\u00e9luctable (bien que r\u00e9versible, \u00e0 l\u2019occasion). S\u2019\u00e9chelonnant sur une ou des d\u00e9cennies, d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, il est tout de m\u00eame assez rapide, r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, pour qu\u2019une biblioth\u00e8que de classiques demande \u00e0 \u00eatre renouvel\u00e9e une ou deux fois au cours d\u2019une vie.<\/p>\n<p>L\u2019incontournable d\u2019hier mord la poussi\u00e8re sous l\u2019empilement des grandes lectures \u00e0 faire pour demain. Voil\u00e0 de quoi r\u00e9jouir nos chers libraires. Ceux-ci d\u2019ailleurs n\u2019\u00e9prouvent pas de pudeur, r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, quand vient le moment de d\u00e9terminer quels titres si\u00e9geront sur l\u2019insigne rayon de leur section \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb. La seule existence de tels rayons en librairie se fait l\u2019\u00e9cho de la distinction irr\u00e9cusable entre <em>best-seller<\/em> et <em>classique<\/em> de la litt\u00e9rature. Quelques noms parmi ceux \u00e9tal\u00e9s sur quatre tablettes superpos\u00e9es, dans une librairie montr\u00e9alaise prise au hasard, automne 2011\u00a0: trois Austen, beaucoup de Balzac, un Barbey d\u2019Aurevilly, <em>Tristan et Iseult<\/em> de B\u00e9dier, un Boccace, un Charlotte Bront\u00eb et un Emily, un Carroll, un Cervant\u00e8s (devinez lequel), <em>La Chanson de Roland<\/em>, un Defoe, deux Dickens, deux Dosto\u00efevski, du Dante, un Diderot, tous les Dumas, un \u00c9rasme, tout Flaubert, <em>Mademoiselle Maupin<\/em> de Gautier, un Goethe, un Gogol, un Grimm, <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> d\u2019Hom\u00e8re, Hugo, Joyce, Kafka, un Laclos, un Mme de Lafayette, un La\u00a0Fontaine, un gros Lamartine, un D.H.\u00a0Lawrence, beaucoup de Maupassant, <em>Moby-Dick<\/em> de Melville, les <em>Mille et une nuits<\/em>, un Montaigne, un Montesquieu, un Margueritte de Navarre, un Ovide, quelques Poe, un abb\u00e9 Pr\u00e9vost, du Proust, trois Rabelais, un Radiguet, un Renard, un Rousseau, tout Stendhal, des Sand, un Sade, un S\u00e9n\u00e8que, un Swift, un Tch\u00e9khov, un Thackeray, deux Tolsto\u00ef, un Virgile, du Voltaire, presque tout Zola. (Visiblement, cette liste n\u2019est ni exhaustive ni rigoureuse; nous la pr\u00e9tendons n\u00e9anmoins repr\u00e9sentative, et alphab\u00e9tique.) Absents notables\u00a0: Quevedo, Ibsen, Shakespeare, Baudelaire, etc.<\/p>\n<p>Nul besoin de souligner les limites implicites d\u2019un tel recensement ni d\u2019entrer pr\u00e9cis\u00e9ment dans les r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles et mercantiles, ou \u00e9ditoriales, voire id\u00e9ologiques, qui pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de ce genre de pr\u00e9sentoirs en librairie, pour savoir que l\u2019acc\u00e8s au statut de classique d\u00e9pend d\u2019une multitude de ph\u00e9nom\u00e8nes. Tout de m\u00eame y a-t-il un certain nombre d\u2019informations qu\u2019on peut d\u00e9duire d\u2019une telle liste, malgr\u00e9 les r\u00e9serves qu\u2019elle nous inspire et malgr\u00e9 tout l\u2019arbitraire qui la caract\u00e9rise. Que remarquons-nous? Surtout de la prose! De tous si\u00e8cles depuis Gutenberg, hormis quelques rares exceptions. Quoi d\u2019autre? Domination notable du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et de l\u2019Hexagone. Des \u0153uvres du monde \u00ab\u00a0entier\u00a0\u00bb, mais un monde tronqu\u00e9, en exclusivit\u00e9 occidental\u00a0: vaste majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais, quelques p\u00e9ninsulaires italiens et ib\u00e9riques, quelques insulaires britanniques, des Russes, de rares Germaniques, peu d\u2019Am\u00e9ricains. Aucun Qu\u00e9b\u00e9cois, aucun Canadien\u00a0: des rayons sp\u00e9ciaux \u2013 ceux de la litt\u00e9rature locale \u2013 sont m\u00e9nag\u00e9s pour eux, o\u00f9 m\u00eame les \u0153uvres reconnues classiques par les institutions \u00e9ditoriale et universitaire<a id=\"footnoteref11_xsejdgy\" class=\"see-footnote\" title=\" Au Qu\u00e9bec, l\u2019\u00e9diteur Fid\u00e8s, d\u00e8s le milieu du XXe si\u00e8cle, a vou\u00e9 nombre d\u2019efforts \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition de textes marquants rendus indisponibles par le passage du temps et a ainsi non seulement contribu\u00e9 largement \u00e0 les revaloriser, les a du m\u00eame geste canonis\u00e9s; des \u00e9ditions en format de poche ont pris le relais \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, telles celles de la Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise. Voir, entre autres, Georges Desmeules et Christiane Lahaie. 1997. Les classiques qu\u00e9b\u00e9cois, Qu\u00e9bec\u00a0: L\u2019instant m\u00eame; Jacques Martineau. 2007. 100 romans qu\u00e9b\u00e9cois qu\u2019il faut lire, Qu\u00e9bec\u00a0: Nota bene; Daniel Chartier. 2000. L'\u00e9mergence des classiques : La r\u00e9ception de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise des ann\u00e9es 1930, Saint-Laurent\u00a0: Fides; Bernard Andr\u00e8s propose quant \u00e0 lui une vaste liste, \u00ab\u00a0La litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise en 600 titres\u00a0\u00bb, accessible en ligne\u00a0: http:\/\/clicnet.swarthmore.edu\/litterature\/litterature.quebecoise\/andres..... \" href=\"#footnote11_xsejdgy\">[11]<\/a> c\u00f4toieront p\u00eale-m\u00eale toutes sortes d\u2019\u0153uvres r\u00e9centes et anciennes, grand public ou non, etc. Et qu\u2019en est-il de l\u2019Orient, de l\u2019Afrique, de l\u2019Am\u00e9rique du Sud, de l\u2019Oc\u00e9anie, de la Scandinavie? Par comparaison, on remarquera que le Panth\u00e9on propos\u00e9 il y a plus de cent cinquante ans par Sainte-Beuve m\u00e9nageait quand m\u00eame de la place pour \u00ab\u00a0les po\u00ebtes [<em>sic<\/em>] Valmiki et Vyasa des Indous, et le Firdousi des Persans<a id=\"footnoteref12_ty8h4pz\" class=\"see-footnote\" title=\" Sainte-Beuve, loc. cit., p.\u00a051. La liste d\u2019auteurs que Sainte-Beuve entasse dans son temple de la post\u00e9rit\u00e9 litt\u00e9raire, tout aussi arbitraire que celle que nous avons cueillie dans une libraire \u00e0 l\u2019automne 2011, a de quoi piquer la curiosit\u00e9. Reproduisons-la int\u00e9gralement\u00a0: Hom\u00e8re, Solon, H\u00e9siode, Th\u00e9ognis, Job, Salomon, Confucius, Valmiki, Vyasa, Firdousi, La Rochefoucauld, La Bruy\u00e8re, Virgile, M\u00e9nandre, Tibulle, T\u00e9rence, F\u00e9nelon, Auguste, Horace, Pope, Despr\u00e9aux, Montaigne, La Fontaine, Voltaire, Virgile, X\u00e9nophon, Addison, Pellisson, Vauvenargues, Platon, Sophocle, D\u00e9mosth\u00e8ne, Cervant\u00e8s, Moli\u00e8re, Dante, Boccace, Arioste, le Tasse, Sorrente, Lucr\u00e8ce, Milton. Ibid., p.\u00a051-53. \u00ab\u00a0Voil\u00e0 nos classiques; l\u2019imagination de chacun peut achever le dessin\u00a0\u00bb, plaide Sainte-Beuve, soucieux d\u2019avoir oubli\u00e9 quelqu\u2019un. Ibid., p.\u00a053. \" href=\"#footnote12_ty8h4pz\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb. Question plus \u00e9pineuse encore, et assur\u00e9ment plus importante, comment se fait-il qu\u2019en parlant de classiques, on parle forc\u00e9ment d\u2019enjeux nationaux, patrimoniaux, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la mondialisation et l\u2019informatisation oblit\u00e8rent les fronti\u00e8res et d\u00e9mocratisent l\u2019archive?<\/p>\n<p>Dans un contexte d\u2019accessibilit\u00e9 accrue de la culture, la notion de nation, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle litt\u00e9raire, ne devient-elle pas \u00e9cul\u00e9e? Il semble que non. Si, aujourd\u2019hui, les classiques pr\u00e9servent leur statut de symboles de l\u2019universel intemporel, ils sont de plus en plus enr\u00f4l\u00e9s dans la discipline m\u00e9morielle de la comm\u00e9moration patrimoniale, comme le montre l\u2019essai d\u00e9capant de St\u00e9phane Z\u00e9kian, qui constate \u00e0 quel point notre \u00ab\u00a0m\u00e9moire a besoin de b\u00e9quilles pour faire ses devoirs\u00a0\u00bb et que les \u00ab\u00a0classiques sont des aventures de la tradition<a id=\"footnoteref13_hooi58l\" class=\"see-footnote\" title=\" Z\u00e9kian, op. cit., p. 21. \" href=\"#footnote13_hooi58l\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb. Enjeu identitaire donc, que les r\u00e9centes crises et controverses sur l\u2019identit\u00e9 nationale auront exacerb\u00e9. De ce point de vue, et comme le souligne Alain Viala, les classiques sont bien plus \u00ab\u00a0une invitation \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019histoire que [les] illustrations d\u2019une esth\u00e9tique transcendantale<a id=\"footnoteref14_xpyuutt\" class=\"see-footnote\" title=\" Alain Viala, \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un classique\u00a0\u00bb, Litt\u00e9ratures classiques, no\u00a019, 1993, p. 31. \" href=\"#footnote14_xpyuutt\">[14]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout comme les collectivit\u00e9s, l\u2019individu \u00e9chafaude son identit\u00e9 en partie par l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un canon personnel de classiques. D\u2019ailleurs, de nos jours, on dit \u00ab\u00a0mes classiques\u00a0\u00bb beaucoup plus volontiers que \u00ab\u00a0les classiques\u00a0\u00bb; ceux-ci semblent si lointains qu\u2019on leur r\u00e9serve une section \u00e0 part en librairie. Le second syntagme d\u00e9signe-t-il des r\u00e9alit\u00e9s qui nous sont forc\u00e9ment \u00e9trang\u00e8res? \u00ab\u00a0J\u2019ai mes classiques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e0 chacun ses classiques\u00a0\u00bb, dit-on, comme on le dit des go\u00fbts qui ne se discutent suppos\u00e9ment pas. C\u2019est \u00e0 tout le moins envisager deux cat\u00e9gories de classiques\u00a0: les siens et ceux des autres. Des recoupements entre ces groupes peuvent-ils intervenir? Sans doute. N\u00e9anmoins, le classique est d\u00e9sormais une notion et une cat\u00e9gorie \u00e9minemment soumises \u00e0 la fragmentation de plus en plus g\u00e9n\u00e9rale et de plus en plus pouss\u00e9e des notions en sous-notions et des cat\u00e9gories en sous-cat\u00e9gories.<\/p>\n<p>Preuve que cette tendance n\u2019a rien de tr\u00e8s neuf, longtemps avant Calvino, Sainte-Beuve concluait, lui aussi, en d\u00e9finitive, \u00e0 la personnalisation de la notion<a id=\"footnoteref15_4afpsk1\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Il vient une saison dans la vie, o\u00f9, tous les voyages \u00e9tant faits, toutes les exp\u00e9riences achev\u00e9es, on n\u2019a pas de plus vives jouissances que d\u2019\u00e9tudier et d\u2019approfondir les choses qu\u2019on sait, de savourer ce qu\u2019on sent, comme de voir et de revoir les gens qu\u2019on aime\u00a0: purs d\u00e9lices du c\u0153ur et du go\u00fbt dans la maturit\u00e9. C\u2019est alors que ce mot de classique prend son vrai sens, et qu\u2019il se d\u00e9finit pour tout homme du go\u00fbt par un choix de pr\u00e9dilection irr\u00e9sistible. Le go\u00fbt est fait alors, il est form\u00e9 et d\u00e9finitif; le bons sens chez nous, s\u2019il doit venir, est consomm\u00e9. On n\u2019a plus le temps d\u2019essayer ni l\u2019envie de sortir \u00e0 la d\u00e9couverte. On s\u2019en tient \u00e0 ses vieux amis, \u00e0 ceux qu\u2019un long commerce a \u00e9prouv\u00e9s. Vieux vin, vieux livres, vieux amis.\u00a0\u00bb Sainte-Beuve, loc. cit., p.\u00a054. \" href=\"#footnote15_4afpsk1\">[15]<\/a>. Mais alors, la puissance de frappe de ces \u00ab\u00a0canons\u00a0\u00bb reste-t-elle la m\u00eame? Philippe Sollers, pr\u00e9facier de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise de <em>Pourquoi lire les classiques<\/em>, veut nous \u00e9clairer sur ce point. Il formule une r\u00e9ponse \u00e0 la question implicite du titre de Calvino \u2013 implicite parce que d\u00e9pourvue de point d\u2019interrogation, l\u2019essai se veut davantage r\u00e9ponse ouverte que question pr\u00e9cise. N\u2019importe, il est toujours permis de transformer une injonction en interrogation, ne serait-ce que par souci pol\u00e9mique, pour g\u00e9n\u00e9rer un d\u00e9bat, comme le prouve Sollers\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pourquoi lire les classiques? Parce que ce sont eux qui nous lisent. Notre pr\u00e9tendue originalit\u00e9 ou authenticit\u00e9 n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une exag\u00e9ration narcissique. C\u2019est l\u00e0 l\u2019erreur par excellence, vers laquelle, d\u00e9sormais, tout nous pousse. La soci\u00e9t\u00e9 humaine est devenue une immense entreprise de subjectivit\u00e9 hallucin\u00e9e. Un classique m\u2019oblige \u00e0 reconna\u00eetre que je ne suis pas moi, que ce que j\u2019imagine m\u2019\u00eatre le plus personnel n\u2019est qu\u2019une redite plus ou moins informe. Calvino savait cela, puisque seul un vrai moderne (et pas un moderniste et, pas non plus, un \u00e9rudit acad\u00e9mique) peut \u00eatre classique. Les classiques sont modernes, \u00e0 jamais? C\u2019est ce qu\u2019il fallait d\u00e9montrer<a id=\"footnoteref16_wqogflo\" class=\"see-footnote\" title=\" Philippe Sollers, pr\u00e9face, dans Italo Calvino, op. cit., p.\u00a0v. \" href=\"#footnote16_wqogflo\">[16]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et si les \u00e9rudits acad\u00e9miques avaient leur mot \u00e0 dire, et s\u2019ils n\u2019avaient pas dit leur dernier mot dans cette histoire?<\/p>\n<p>C\u2019est ce que s\u2019est demand\u00e9 le Comit\u00e9 ex\u00e9cutif de l&rsquo;Association \u00e9tudiante des cycles sup\u00e9rieurs en \u00e9tudes litt\u00e9raires (AECSEL) de l&rsquo;Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al (UQAM). D\u00e9daignant l\u2019inqui\u00e9tude de Sollers devant le subjectivisme triomphant des temps modernes, l\u2019AECSEL a cru bon r\u00e9unir des jeunes chercheurs pour une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude sur les diverses formes du rapport au classique et aux classiques que la litt\u00e9rature a pu entretenir et entretiendra. Tenu le vendredi 24 f\u00e9vrier 2012 au D\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires de l\u2019UQAM, le colloque auquel fait suite le pr\u00e9sent num\u00e9ro de <em>Postures<\/em> a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019envisager de nombreuses dimensions du probl\u00e8me\u00a0: histoire litt\u00e9raire, litt\u00e9rature compar\u00e9e, esth\u00e9tique du classicisme, intertextualit\u00e9, th\u00e9ories de la r\u00e9ception, roman populaire, th\u00e9\u00e2tre classique, dramaturgie contemporaine, traductologie\u2026 \u00c0 la lumi\u00e8re des r\u00e9flexions y ayant \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, l\u2019id\u00e9e du <em>classique<\/em> s\u2019impose comme d\u2019embl\u00e9e fragment\u00e9e\u00a0: classique de l\u2019\u00e9criture f\u00e9ministe, classique de l\u2019\u00e9criture migrante, classique de la trag\u00e9die, et ainsi de suite. Il faut dire qu\u2019entre ses parenth\u00e8ses, l\u2019intitul\u00e9 que le Comit\u00e9 organisateur avait voulu pluriel et rassembleur ouvrait en fait au morcellement du probl\u00e8me auquel nous comptions r\u00e9fl\u00e9chir\u00a0: il invitait, dans sa formulation exacte, les contributeurs \u00e0 se pencher sur <em>Le rapport au(x) classique(s)<\/em>.<\/p>\n<p>Dans <em>Le Monde<\/em> du 29 mai 2012, Pierre Assouline se demande si les classiques peuvent faire encore r\u00eaver. Les articles regroup\u00e9s ici montrent non seulement combien les classiques font toujours r\u00eaver, mais \u00e0 quel point il faut les lire par amour. Cet amour bien entendu pourra se manifester secr\u00e8tement dans les replis les plus intimes du texte ou entre guillemets et avec renvoi bibliographique complet, il pourra se donner \u00e0 lire dans la probit\u00e9 et le respect des \u0153uvres pass\u00e9es ou dans l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence outranci\u00e8re, pour ne nommer que quelques p\u00f4les oppos\u00e9s sur l\u2019\u00e9tendue infinie des variantes possibles. Mais, toute bienveillante ou malveillante soit-elle, l\u2019activit\u00e9 des \u00e9rudits acad\u00e9miques aupr\u00e8s des classiques demeure, sinon suspecte, du moins \u00e9minemment questionnable, comme le souligne Z\u00e9kian\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Que vont-ils chercher dans leurs \u0153uvres? que sont-ils d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 y trouver? que sont-ils dispos\u00e9s \u00e0 y mettre? En un mot\u00a0: que leur font-ils dire<\/em><a id=\"footnoteref17_02dgfro\" class=\"see-footnote\" title=\" Z\u00e9kian, op. cit., p.\u00a019. \" href=\"#footnote17_02dgfro\">[17]<\/a><em>?\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Il ne suffit pas en effet de nous demander ce que nous c\u00e9l\u00e9brons \u00e0 travers les classiques, encore faut-il nous interroger sur ce que nous leur faisons dire, car, pour reprendre une derni\u00e8re fois les propos de Calvino\u00a0: \u00ab\u00a0Un classique est un livre qui n\u2019a jamais fini de dire ce qu\u2019il a \u00e0 dire<a id=\"footnoteref18_ao2x6pi\" class=\"see-footnote\" title=\" Calvino, op. cit., p.\u00a09. \" href=\"#footnote18_ao2x6pi\">[18]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_f5xk4oa\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_f5xk4oa\">[1]<\/a> Italo Calvino. 1995. <em>Pourquoi lire les classiques<\/em>, traduit de l\u2019italien par Jean-Paul Manganaro, pr\u00e9face de Philippe Sollers, Paris\u00a0: Seuil, p.\u00a013.<\/p>\n<p id=\"footnote2_yms6irr\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_yms6irr\">[2]<\/a> Charles-Augustin Sainte-Beuve, 1858. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un classique?\u00a0\u00bb, <em>Causeries du lundi<\/em>, 3<sup>e<\/sup> \u00e9dition, revue et corrig\u00e9e, t.\u00a0III Paris\u00a0: Garnier, p.\u00a049.<\/p>\n<p id=\"footnote3_18q6gxj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_18q6gxj\">[3]<\/a> \u00a0<em>Idem.\u00a0<\/em><\/p>\n<p id=\"footnote4_4iqiwq4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_4iqiwq4\">[4]<\/a> Gustave Flaubert. 1952. <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em>, dans <em>\u0152uvres<\/em>, t. II, texte \u00e9tabli par Albert Thibaudet et Ren\u00e9 Dumesnil, Paris\u00a0: Gallimard, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, p.\u00a01004.<\/p>\n<p id=\"footnote5_cl0igxt\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_cl0igxt\">[5]<\/a> Voir, entre autres, \u00ab\u00a0Une lecture de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> pour Sarkozy\u00a0\u00bb\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x8e9ng_une-lecture-de-la-princesse-de-clev_news\">www.dailymotion.com\/video\/x8e9ng_une-lecture-de-la-princesse-de-clev_news<\/a><\/p>\n<p id=\"footnote6_0ctxocs\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_0ctxocs\">[6]<\/a> Philippe Val, \u00ab\u00a0La princesse de Cl\u00e8ves expuls\u00e9e!\u00a0\u00bb, <em>Charlie Hebdo<\/em>, 16 avril 2008.<\/p>\n<p id=\"footnote7_xtbnqri\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_xtbnqri\">[7]<\/a> Antoine Fureti\u00e8re. 1978 [1690]. <em>Le dictionnaire universel d\u2019Antoine Fureti\u00e8re<\/em>, Paris\u00a0: S.N.L.-Le Robert.<\/p>\n<p id=\"footnote8_yfrqn0z\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_yfrqn0z\">[8]<\/a> Voltaire. 1837. \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Duclos\u00a0\u00bb, 10 avril 1761, dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de Voltaire<\/em>, t. XII, Paris\u00a0: Furne, p.\u00a0192. Cette id\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e par Charles Sorel, pour qui un auteur classique \u00ab\u00a0 nous apprend \u00e0 bien parler\u00a0\u00bb. Voir <em>Biblioth\u00e8que fran\u00e7oise<\/em>, Paris\u00a0: Par la compagnie des libraires du Palais, 1667 [1664], p. 370.<\/p>\n<p id=\"footnote9_apsd3sm\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_apsd3sm\">[9]<\/a> Roland Barthes. 1984 [1968]. <em>Le Bruissement de la langue\u00a0: Essais critiques IV<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Points\u00a0\u00bb, s\u00e9rie \u00ab\u00a0Essais\u00a0\u00bb, no\u00a0258, p. 49.<\/p>\n<p id=\"footnote10_9f79hpw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_9f79hpw\">[10]<\/a> Sainte-Beuve, <em style=\"line-height: 1.538em; font-size: 13.0080003738403px;\">loc. cit.<\/em>, p.\u00a040.<\/p>\n<p id=\"footnote11_xsejdgy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_xsejdgy\">[11]<\/a> Au Qu\u00e9bec, l\u2019\u00e9diteur Fid\u00e8s, d\u00e8s le milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a vou\u00e9 nombre d\u2019efforts \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition de textes marquants rendus indisponibles par le passage du temps et a ainsi non seulement contribu\u00e9 largement \u00e0 les revaloriser, les a du m\u00eame geste canonis\u00e9s; des \u00e9ditions en format de poche ont pris le relais \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, telles celles de la Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise. Voir, entre autres, Georges Desmeules et Christiane Lahaie. 1997. <em>Les classiques qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>, Qu\u00e9bec\u00a0: L\u2019instant m\u00eame; Jacques Martineau. 2007. <em>100 romans qu\u00e9b\u00e9cois qu\u2019il faut lire<\/em>, Qu\u00e9bec\u00a0: Nota bene; Daniel Chartier. 2000. <em>L&rsquo;\u00e9mergence des classiques : La r\u00e9ception de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise des ann\u00e9es 1930<\/em>, Saint-Laurent\u00a0: Fides; Bernard Andr\u00e8s propose quant \u00e0 lui une vaste liste, \u00ab\u00a0La litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise en 600 titres\u00a0\u00bb, accessible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/clicnet.swarthmore.edu\/litterature\/litterature.quebecoise\/andres.sommaire.html\">http:\/\/clicnet.swarthmore.edu\/litterature\/litterature.quebecoise\/andres&#8230;.<\/a>.<\/p>\n<p id=\"footnote12_ty8h4pz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_ty8h4pz\">[12]<\/a> Sainte-Beuve, <em>loc. cit.<\/em>, p.\u00a051. La liste d\u2019auteurs que Sainte-Beuve entasse dans son temple de la post\u00e9rit\u00e9 litt\u00e9raire, tout aussi arbitraire que celle que nous avons cueillie dans une libraire \u00e0 l\u2019automne 2011, a de quoi piquer la curiosit\u00e9. Reproduisons-la int\u00e9gralement\u00a0: Hom\u00e8re, Solon, H\u00e9siode, Th\u00e9ognis, Job, Salomon, Confucius, Valmiki, Vyasa, Firdousi, La Rochefoucauld, La Bruy\u00e8re, Virgile, M\u00e9nandre, Tibulle, T\u00e9rence, F\u00e9nelon, Auguste, Horace, Pope, Despr\u00e9aux, Montaigne, La Fontaine, Voltaire, Virgile, X\u00e9nophon, Addison, Pellisson, Vauvenargues, Platon, Sophocle, D\u00e9mosth\u00e8ne, Cervant\u00e8s, Moli\u00e8re, Dante, Boccace, Arioste, le Tasse, Sorrente, Lucr\u00e8ce, Milton. <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a051-53. \u00ab\u00a0Voil\u00e0 nos classiques; l\u2019imagination de chacun peut achever le dessin\u00a0\u00bb, plaide Sainte-Beuve, soucieux d\u2019avoir oubli\u00e9 quelqu\u2019un. <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a053.<\/p>\n<p id=\"footnote13_hooi58l\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_hooi58l\">[13]<\/a> Z\u00e9kian, <em>op. cit<\/em>., p. 21.<\/p>\n<p id=\"footnote14_xpyuutt\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref14_xpyuutt\">[14]<\/a> Alain Viala, \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un classique\u00a0\u00bb, <em>Litt\u00e9ratures classiques<\/em>, no\u00a019, 1993, p. 31.<\/p>\n<p id=\"footnote15_4afpsk1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref15_4afpsk1\">[15]<\/a> \u00ab\u00a0Il vient une saison dans la vie, o\u00f9, tous les voyages \u00e9tant faits, toutes les exp\u00e9riences achev\u00e9es, on n\u2019a pas de plus vives jouissances que d\u2019\u00e9tudier et d\u2019approfondir les choses qu\u2019on sait, de savourer ce qu\u2019on sent, comme de voir et de revoir les gens qu\u2019on aime\u00a0: purs d\u00e9lices du c\u0153ur et du go\u00fbt dans la maturit\u00e9. C\u2019est alors que ce mot de <em>classique<\/em> prend son vrai sens, et qu\u2019il se d\u00e9finit pour tout homme du go\u00fbt par un choix de pr\u00e9dilection irr\u00e9sistible. Le go\u00fbt est fait alors, il est form\u00e9 et d\u00e9finitif; le bons sens chez nous, s\u2019il doit venir, est consomm\u00e9. On n\u2019a plus le temps d\u2019essayer ni l\u2019envie de sortir \u00e0 la d\u00e9couverte. On s\u2019en tient \u00e0 ses vieux amis, \u00e0 ceux qu\u2019un long commerce a \u00e9prouv\u00e9s. Vieux vin, vieux livres, vieux amis.\u00a0\u00bb Sainte-Beuve, <em>loc. cit.<\/em>, p.\u00a054.<\/p>\n<p id=\"footnote16_wqogflo\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref16_wqogflo\">[16]<\/a> Philippe Sollers, pr\u00e9face, dans Italo Calvino, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0v.<\/p>\n<p id=\"footnote17_02dgfro\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref17_02dgfro\">[17]<\/a> Z\u00e9kian, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a019.<\/p>\n<p id=\"footnote18_ao2x6pi\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref18_ao2x6pi\">[18]<\/a> Calvino, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a09.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Desjardins, Lucie et S\u00e9bastien Roldan. 2012. \u00ab Le rapport au(x) classique(s) \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.comfr\/articles\/le-rapport-aux-classiques&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/desjardins-roldan-16.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 desjardins-roldan-16.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-f2687b3e-2aeb-4451-88fb-38a8cf45ced4\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/desjardins-roldan-16.pdf\">desjardins-roldan-16<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/desjardins-roldan-16.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-f2687b3e-2aeb-4451-88fb-38a8cf45ced4\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab D&rsquo;hier \u00e0 demain : le rapport au(x) classique(s) \u00bb, n\u00b016 Dans Pourquoi lire les classiques, Italo Calvino propose une d\u00e9finition en quatorze points de ce qu\u2019est, pour lui, un \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb. Quatorze fa\u00e7ons d\u2019approcher la question, qui disent tant la richesse du sujet que la difficult\u00e9 d\u2019en d\u00e9limiter pr\u00e9cis\u00e9ment les param\u00e8tres. 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