{"id":5527,"date":"2024-06-13T19:48:22","date_gmt":"2024-06-13T19:48:22","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-frontiere-condition-prealable-a-la-liberte-fiction-de-la-frontiere-dans-la-zone-du-dehors-dalain-damasio\/"},"modified":"2024-09-06T17:11:16","modified_gmt":"2024-09-06T17:11:16","slug":"la-frontiere-condition-prealable-a-la-liberte-fiction-de-la-frontiere-dans-la-zone-du-dehors-dalain-damasio","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5527","title":{"rendered":"La fronti\u00e8re, condition pr\u00e9alable \u00e0 la libert\u00e9? Fiction de la fronti\u00e8re dans \u00ab La Zone du Dehors \u00bb d&rsquo;Alain Damasio"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6888\">Dossier \u00ab Nord\/Sud \u00bb, n\u00b017<\/a><\/h5>\n<p>C&rsquo;est en 1992 que Alain Damasio d\u00e9bute l&rsquo;\u00e9criture de ce qui deviendra son premier roman\u00a0:\u00a0<em>La Zone du Dehors<\/em>. Fruit d&rsquo;une longue gestation, le texte para\u00eetra une premi\u00e8re fois en 1999 aux \u00e9ditions Cylibris, avant d&rsquo;\u00eatre remani\u00e9e dans une deuxi\u00e8me version en 2007, parue aux \u00e9ditions de La Volte en 2007. Comme Damasio l&rsquo;affirme dans la \u00ab\u00a0Postface \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9dition\u00a0\u00bb (Damasio, 2009, pp. 645-648), ses lectures de Deleuze et Foucault l&rsquo;auront grandement influenc\u00e9es. Son projet de d\u00e9part tendait \u00e0 extrapoler les dispositifs de pouvoir et de surveillance mis \u00e0 jour par ces auteurs. Dix ans plus tard, la r\u00e9alit\u00e9 semble avoir rattrap\u00e9 la fiction ainsi que le note l&rsquo;auteur lui-m\u00eame dans sa postface \u00e0 la deuxi\u00e8me \u00e9dition du roman\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je croyais voir loin, \u00eatre en avance&#8230; Aujourd&rsquo;hui l&rsquo;ADN sert \u00e0 retrouver un scooter vol\u00e9, le mobile nous localise au m\u00e8tre pr\u00e8s et, dans la rue, on vous demande par haut-parleur de ramasser un papier jet\u00e9 dans la rue parce que votre ville (anglaise) est quadrill\u00e9e de cam\u00e9ras&#8230; (<em>ibid<\/em>., p. 649)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En effet, en situant l&rsquo;action de son roman en 2084 Alain Damasio croyait \u00e9laborer un r\u00e9cit qui, bien que permettant de jeter un regard inquiet sur la marche du progr\u00e8s technique et scientifique, demeurait encore de l&rsquo;ordre de la fiction. N\u00e9anmoins, plus de vingt ans ont pass\u00e9 et cet univers para\u00eet d\u00e9sormais \u00e9trangement familier.<\/p>\n<p><em>La Zone du Dehors<\/em> prend pour cadre la cit\u00e9 de Cerclon, b\u00e2tie sur un satellite de Saturne apr\u00e8s que la Terre ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9e par une quatri\u00e8me guerre mondiale. \u00c9rig\u00e9e en r\u00e9action aux errances destructrices des gouvernements terriens, Cerclon se pr\u00e9sente au premier abord comme une social-d\u00e9mocratie parfaite; perfection rendue possible par les avanc\u00e9es technologiques. Ainsi, la cit\u00e9 est-elle administr\u00e9e par le truchement d&rsquo;un appareillage informatique (le \u00ab\u00a0Terminor\u00a0\u00bb) permettant de contr\u00f4ler et de g\u00e9rer, le plus efficacement possible tant la production industrielle et l&rsquo;approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique que la population elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>De fait, la soci\u00e9t\u00e9 cerclocienne s&rsquo;articule autour d&rsquo;un proc\u00e9d\u00e9 de nomenclature raisonn\u00e9 permettant de r\u00e9guler les diff\u00e9rentes \u00ab\u00a0classes\u00a0\u00bb la constituant\u00a0: le \u00ab\u00a0Clastre\u00a0\u00bb. Ce dernier distribue la majorit\u00e9 de la population en cinq groupes allant des 5-lettr\u00e9s aux 1-lettr\u00e9s. Du Clastre d\u00e9pendant la fonction mais \u00e9galement le nom est l&rsquo;identit\u00e9 de chacun. Ainsi, \u00e0 chaque citoyen est attribu\u00e9 une \u00ab\u00a0appellation officielle\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 13), compos\u00e9e de une \u00e0 cinq lettres et qui traduit la valeur et la position sociale des citoyens. Au sommet de la pyramide sociale se situent donc ces 1-lettr\u00e9s, la \u00ab\u00a0classe\u00a0\u00bb dirigeante, \u00e0 savoir le pr\u00e9sident (\u00ab\u00a0A\u00a0\u00bb) et ses vingt-cinq ministres (\u00ab\u00a0B\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0C\u00a0\u00bb, etc.) et \u00e0 la base les 5-lettr\u00e9s (ouvriers, fonctionnaires et ch\u00f4meurs). Cette hi\u00e9rarchie stricte n&rsquo;en demeure pas moins temporaire, puisque la situation des cercloniens est r\u00e9\u00e9valu\u00e9e tous les deux ans au moyen de tests et de dispositifs techniques calculant la valeur de chaque citoyen. Sous la force de cette \u00e9mulation sociale comp\u00e9titive, le projet utopique de Cerclon semble se d\u00e9former.<\/p>\n<p>Car en effet, Alain Damasio fait le choix de d\u00e9voiler cet univers par le biais du regard critique de diff\u00e9rents personnages li\u00e9s \u00e0 un mouvement subversif, <em>\u00a0La Volte<\/em>. Au travers de la polyphonie narrative que donnent \u00e0 lire C-A-P-T-P, K-A-M-I-O et autres S-L-I-F-T, on comprendra rapidement que leur objectif n&rsquo;est pas tant de prendre le pouvoir que d&rsquo;\u00e9veiller les consciences des cercloniens et de les pousser \u00e0 d\u00e9velopper, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du pouvoir central, des modes de vie alternatifs.\u00a0 Multipliant les points de vue, <em>La Zone du Dehors<\/em> est donc le r\u00e9cit de cette lutte toujours plus radicale\u00a0 pour une vie que les narrateurs successifs estiment \u00eatre meilleure. En effet, si les premi\u00e8res actions politiques de la Volte se r\u00e9sument \u00e0 des discours pr\u00e9-enregistr\u00e9s et \u00e0 la pose de\u00a0 \u00ab\u00a0clameurs\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Une pastille plus grosse qu&rsquo;un ongle, qui puisse enregistrer dix secondes de son et qui puisse le reproduire chaque fois qu&rsquo;un \u00eatre vivant passe dans un rayon de six m\u00e8tres alentours\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 242)), les volt\u00e9s ne tarderont pas \u00e0 engager des d\u00e9marches plus violentes \u00e0 l&rsquo;encontre du syst\u00e8me (fixer des lames sur des portes automatiques, piratage de \u00ab\u00a0biogiciels\u00a0\u00bb). Ces attaques culmineront avec l&rsquo;assaut de la tour de t\u00e9l\u00e9vision au cours de laquelle C-A-P-T-P (ou Capt, le professeur d&rsquo;universit\u00e9 qui tenant le r\u00f4le principal) sera captur\u00e9. Suite au vote de la population, C-A-P-T-P sera condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre enferm\u00e9, et par extension \u00e0 mourir, dans le Cube, sorte de d\u00e9charge monumentale pour les d\u00e9chets radioactifs et autres m\u00e9taux lourds. Contre toute attente, il parviendra \u00e0 sortir de ce maelstr\u00f6m avant de rallier une partie de la population \u00e0 la cause de la Volte. Cette frange partira alors s&rsquo;\u00e9tablir dans le \u00ab\u00a0Dehors\u00a0\u00bb, la partie non-habit\u00e9e du satellite, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du pouvoir.<\/p>\n<p><em>La Zone du Dehors <\/em>est donc le r\u00e9cit d&rsquo;une lutte perdue d&rsquo;avance contre un pouvoir fort et consid\u00e9r\u00e9 par les narrateurs comme totalitaire. Ce totalitarisme d\u00e9coulerait d&rsquo;un certain progr\u00e8s de la science et de la technique. Ainsi, au-del\u00e0 du projet utopique que constituerait Cerclon, Alain Damasio ne proposerait-il pas une v\u00e9ritable anti-utopie tendant \u00e0 d\u00e9construire les m\u00e9canismes de ce r\u00e9gime totalitaire ? Jacques Goimard, anthologiste et critique de la science-fiction, d\u00e9finissait en ces termes le genre de l&rsquo;anti-utopie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elle part de l&rsquo;id\u00e9e que le progr\u00e8s scientifique et technique accro\u00eetra les contradictions de la soci\u00e9t\u00e9 et entra\u00eenera des ruptures. Dans une deuxi\u00e8me phase appara\u00eet l&rsquo;id\u00e9e que ces ruptures ne suffiront pas : le progr\u00e8s lui-m\u00eame entra\u00eenera une adaptation de la soci\u00e9t\u00e9 et une d\u00e9naturation de l&rsquo;humain. Orwell repr\u00e9sente \u00e0 lui seul une troisi\u00e8me \u00e9tape : l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 peut an\u00e9antir non seulement l&rsquo;individu, mais encore le progr\u00e8s lui-m\u00eame. De grandes constantes traversent ces p\u00e9rip\u00e9ties : la tyrannie sociale multiplie ses empi\u00e9tements, la libert\u00e9 est en d\u00e9route ; l&rsquo;univers d\u00e9crit est un univers de culture o\u00f9 la nature n&rsquo;appara\u00eet gu\u00e8re, sauf sous les traits de la nature humaine supplici\u00e9e en chaque individu (Goimard, 2002, p. 79).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l&rsquo;instar de textes comme <em>1984 <\/em>ou <em>Brave New World, <\/em>le roman d&rsquo;Alain Damasio propose \u00e0 son lecteur l&rsquo;exploration d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 tyrannique et totalitaire. Cependant, ce dernier diff\u00e8re de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs par la forme qu&rsquo;y prend le totalitarisme mis en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>En effet, loin de se d\u00e9ployer avec violence, le pouvoir cerclonien agit insidieusement et ne se laisse pas percevoir comme pouvoir totalitaire. Dans un essai intitul\u00e9 <em>La Vie vivante, Contre les nouveaux pudibonds<\/em>, Jean-Claude Guillebaud se propose de mener une r\u00e9flexion synth\u00e9tique sur l&rsquo;incidence des nouvelles technologies et les modifications qu&rsquo;elles entra\u00eenent dans les rapports que l&rsquo;homme entretient avec lui-m\u00eame et avec le monde. Pour l&rsquo;essayiste, cette pr\u00e9gnance nouvelle des technologies serait \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une crise. Il commence sa r\u00e9flexion en affirmant que\u00a0: \u00ab\u00a0chacun comprend, ou devine, qu&rsquo;une inflexion d\u00e9cisive de l&rsquo;aventure humaine est en cours\u00a0\u00bb (Guillebaud, 2011, p. 12). Plus loin, il identifie cette inflexion\u00a0: \u00ab\u00a0nous entrons dans une \u00e8re de <em>nomadisme int\u00e9gral<\/em>, nous affrontons une <em>mobilit\u00e9<\/em> devenue principe organisateur puisqu&rsquo;elle englobe la pens\u00e9e elle-m\u00eame. L&rsquo;itin\u00e9rance des humains est devenue ontologique\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 14). Le nomadisme et l&rsquo;itin\u00e9rance se sont d&rsquo;abord traduits en termes purement physiques (pensons \u00e0 l&rsquo;essor du chemin de fer au XIX\u00e8me si\u00e8cle ou encore \u00e0 celui de l&rsquo;aviation durant le premier tiers du XX\u00e8me si\u00e8cle) avant de s&rsquo;engager dans une voie d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9e\u00a0: l&rsquo;av\u00e8nement, \u00e0 partir des ann\u00e9es soixante-dix, de la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;information et des r\u00e9seaux. Depuis, le progr\u00e8s technologique ne cesse de repousser toujours plus loin le principe m\u00eame du nomadisme. La convergence technologique tend ainsi \u00e0 brouiller de plus en plus les fronti\u00e8res entre nature et culture ou bien encore entre homme et machine.<\/p>\n<p>Cette mobilit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le alors comme modalit\u00e9 du progr\u00e8s technologique. <em>La Zone du Dehors <\/em>se pr\u00e9sentant comme la d\u00e9construction d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 singuli\u00e8rement marqu\u00e9e par ce progr\u00e8s, il sera alors int\u00e9ressant de se demander si la transgression des fronti\u00e8res n&rsquo;a pas une influence directe sur le type de gouvernement d\u00e9crit. Plus sp\u00e9cifiquement, nous nous demanderons\u00a0: comment le roman d&rsquo;Alain Damasio tend \u00e0 montrer que la dissolution d&rsquo;un certain nombre de fronti\u00e8res marque symboliquement la pr\u00e9sence d&rsquo;un pouvoir totalitaire\u00a0?<\/p>\n<p>En premier lieu, il convient de pr\u00e9ciser ce que nous entendons par r\u00e9gime totalitaire en revenant sur la position de Cerclon. La ville est en effet pr\u00e9sent\u00e9e comme un espace referm\u00e9 sur lui-m\u00eame. Il n&rsquo;existe, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de Cerclon que le <em>Dehors<\/em>, lieu sauvage et inhabit\u00e9, que le pouvoir cerclonien se refuse \u00e0 reconna\u00eetre\u00a0: \u00ab\u00a0Le Dehors, juridiquement, n&rsquo;existait pas\u00a0\u00bb (Damasio, 2009, p. 14). Cerclon nie tout ce qui lui est ext\u00e9rieur. Il en va de m\u00eame pour la Volte qui, ne pouvant faire circuler ses id\u00e9es sur le seul plan du discours politique, devra se r\u00e9soudre \u00e0 mettre en place des actions violentes afin de vivre en tant que mouvement d&rsquo;opposition. D\u00e8s lors, nous pourrions sans peine appliquer \u00e0 Cerclon la maxime formul\u00e9e par Benito Mussolini le 26 mai 1927\u00a0: \u00ab\u00a0Tout dans l&rsquo;\u00c9tat, rien en dehors de l&rsquo;\u00c9tat, rien contre l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb (Traverso, 2001, p. 20).<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, si l&rsquo;opposition est ni\u00e9e, la violence intrins\u00e8que \u00e0 toute organisation \u00e9tatique cesse d&rsquo;\u00eatre mise en au service d&rsquo;op\u00e9rations de r\u00e9pressions ou d&rsquo;oppressions. Elle n&rsquo;a plus pour vocation de s&rsquo;exercer directement sur le corps du citoyen, elle cesse d&rsquo;\u00eatre une violence faite aux corps. C&rsquo;est dans ce sens que semble aller Hannah Arendt en \u00e9crivant : \u00ab\u00a0la terreur a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un moyen pour \u00e9liminer l&rsquo;opposition politique, elle en est devenue ind\u00e9pendante, et elle r\u00e8gne de mani\u00e8re absolue lorsqu&rsquo;elle ne rencontre plus aucune forme d&rsquo;opposition sur son chemin\u00a0\u00bb (Arendt, 1990, p. 101).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9tat totalitaire tel que le con\u00e7oit Arendt ne s&rsquo;affirme donc pas en exer\u00e7ant une violence corporelle puisqu&rsquo;il n&rsquo;en aurait pas besoin. La terreur suffirait \u00e0 elle seule \u00e0 maintenir les individus dans une certaine apathie. Damasio va cependant pousser ce principe \u00e0 un nouveau stade. Comme l&rsquo;expliquera Capt \u00e0 ses \u00e9tudiants :<\/p>\n<blockquote>\n<p>c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment la grande force d&rsquo;un syst\u00e8me tel que le Clastre [&#8230;] que de para\u00eetre aussi inefficace qu&rsquo;inoffensif. C&rsquo;est pourtant devenu une loi dans nos soci\u00e9t\u00e9s : plus un pouvoir se veut efficace, moins il se manifeste comme pouvoir. Non seulement il a renonc\u00e9 depuis un si\u00e8cle aux contraintes physiques, mais il \u00e9vite d\u00e9sormais toute esp\u00e8ce d&rsquo;injonction, d&rsquo;ordre imp\u00e9ratif ou d&rsquo;interdiction formelle. [&#8230;] Pour reprendre une parole de Foucault, ils sont en apparence d&rsquo;autant moins \u00ab\u00a0corporels\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils sont plus savamment \u00ab\u00a0physiques\u00a0\u00bb (Damasio, 2009, p. 192).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette diff\u00e9rence entre le corporel et le physique se traduit dans ce changement d&rsquo;attitude du pouvoir. En effet, son exercice ne se fait plus directement sur le corps, mais agirait plus profond\u00e9ment encore, la pr\u00e9gnance du pouvoir s&rsquo;inscrivant plus avant de la chair, dans les \u00e9motions elles-m\u00eames : la joie, la peur, la terreur. \u00ab\u00a0[&#8230;] si la loi est l&rsquo;essence du gouvernement constitutionnel ou r\u00e9publicain, la terreur constitue celle du gouvernement totalitaire\u00a0\u00bb (Arendt, 1990, p. 101). On retrouve cette caract\u00e9ristique du totalitarisme dans la pr\u00e9sence de la fronti\u00e8re, \u00ab\u00a0la Ligne\u00a0\u00bb, s\u00e9parant Cerclon du Dehors. La franchir n&rsquo;est pas condamnable et chacun est libre, s&rsquo;il le souhaite, de passer la fronti\u00e8re et de fouler le sol du Dehors. Cependant, la Ligne n&rsquo;en demeure pas moins lourdement \u00e9quip\u00e9e par tout un appareillage de surveillance. Capt identifie, entre autres, \u00ab\u00a0deux cents cam\u00e9ras volantes [&#8230;] et deux cents fixes\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0une douzaine de d\u00e9lateurs potentiels\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Les poteaux de la Ligne : au sommet une cam\u00e9ra panoramique\u00a0\u00bb (Damasio, 2009, p. 19). La fronti\u00e8re ne peut donc pas \u00eatre franchie clandestinement et quiconque passerait au dehors s&rsquo;exposerait \u00e0 se voir assimiler \u00e0 un \u00ab\u00a0d\u00e9linquant potentiel\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 25), puisque sortant de l&rsquo;\u00c9tat. La terreur s&rsquo;exerce alors du point de vue d&rsquo;une certaine doxa qui voudrait que nul n&rsquo;ait besoin de sortir des limites de Cerclon puisque celui pourvoirait \u00e0 tous les d\u00e9sirs des citoyens. Aussi celui qui franchirait la fronti\u00e8re serait consid\u00e9r\u00e9 comme anormal et d\u00e9viant parce que r\u00e9v\u00e9lant ses \u00ab\u00a0dispositions rebelles\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 25). La terreur proc\u00e8de ici d&rsquo;une certaine violence symbolique\u00a0: il est possible de quitter Cerclon et de franchir la fronti\u00e8re du Dehors, mais les motivations d&rsquo;un tel acte ne sauraient \u00eatre que d\u00e9lictueuses.<\/p>\n<p>Cette violence se donne pour but de parvenir \u00e0 une normalisation de l&rsquo;ensemble des citoyens cercloniens. La terreur se substituant aux lois, elle \u00ab\u00a0[r\u00e9duit] les hommes \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 en abolissant les limites cr\u00e9\u00e9es par les lois qui assurent \u00e0 chaque individu son espace de libert\u00e9\u00a0\u00bb (Arendt, 1990, p. 103). L&rsquo;exemple de la Ligne donne \u00e0 comprendre le fonctionnement global de Cerclon. Sous les apparences d&rsquo;une libert\u00e9 signal\u00e9e par un vide l\u00e9gislatif, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une privation instigu\u00e9e par la terreur et la peur de sortir du mod\u00e8le unique admis par le pouvoir. Damasio d\u00e9peint donc un r\u00e9gime totalitaire port\u00e9 vers la normalisation la plus parfaite. Convenons alors que le meilleur moyen de parvenir \u00e0 cette normalisation consisterait en l&rsquo;effacement de tous les diff\u00e9rends et diff\u00e9rences.<\/p>\n<p>Le pouvoir cerclonien d\u00e9ploie ainsi un certain nombre de dispositifs cherchant \u00e0 dissoudre les fronti\u00e8res et les traces qu&rsquo;elles pourraient laisser au plus profond des \u00eatres. Il faudra maintenant analyser ces dispositifs et leurs m\u00e9canismes. Giorgio Agamben d\u00e9finit en ces termes la notion de dispositif :<\/p>\n<blockquote>\n<p>J&rsquo;appelle dispositif, tout ce qui a, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, la capacit\u00e9 de capturer, d&rsquo;orienter, de d\u00e9terminer, d&rsquo;intercepter, de modeler, de contr\u00f4ler et d&rsquo;assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des \u00eatres vivants\u00bb (Agamben, 2007, p. 31).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La description en elle-m\u00eame offre une curieuse concordance entre les modalit\u00e9s d&rsquo;exercice d&rsquo;un pouvoir totalitaire et les \u00ab\u00a0capacit\u00e9s\u00a0\u00bb de tout dispositif. Avec l&rsquo;aide d&rsquo;un article de Philippe Ortel, \u00ab\u00a0Vers une po\u00e9tique des dispositifs\u00a0\u00bb, on pourrait d\u00e9composer le fonctionnement d&rsquo;un dispositif en trois \u00e9l\u00e9ments distincts agissant de conserve. Il conviendra de distinguer la mise en \u0153uvre technique, la dimension pragmatique (soit \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9change entre actants\u00a0\u00bb (Ortel, 2008, p. 39)) et la port\u00e9e symbolique (\u00ab\u00a0l&rsquo;ensemble des valeurs s\u00e9mantiques ou axiologiques qui s&rsquo;y attachent\u00a0\u00bb <em>(ibid<\/em>., p. 39)). C&rsquo;est cette triade technique\/pragmatique\/symbolique qui nous permettra de d\u00e9construire les divers dispositifs \u00e9tudi\u00e9s ici.<\/p>\n<p>Nous nous pencherons d&rsquo;abord sur le Clastre. Ce dernier permet d&rsquo;attribuer un nom et une identit\u00e9 mais \u00e9galement une fonction \u00e0 chacun des citoyens. Cependant, cette attribution \u00e9tant assujettie \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation, les identit\u00e9s deviennent\u00a0 interchangeables, fluides. La fronti\u00e8re s&rsquo;efface entre identit\u00e9 et fonction et chacun est identifi\u00e9 uniquement en vertu de la fonction que le Clastre lui attribue. L&rsquo; \u00e9valuation s&rsquo;effectue au moyen d&rsquo;entretiens, de questionnaires et de rapports divers, provenant aussi bien des institutions que des citoyens eux-m\u00eames. Le Clastre met ainsi en branle un processus visant \u00e0 d\u00e9construire la personnalit\u00e9 de chacun dans le but de produire un citoyen correspondant aux besoins de Cerclon. Lors d&rsquo;un cours, Capt d\u00e9compose ce processus en dix \u00e9tapes (Damasio, 2009, pp. 185-202), que nous pourrions ramener \u00e0 quatre paliers fondamentaux : fragmenter l&rsquo;individu en diff\u00e9rents \u00ab\u00a0traits\u00a0\u00bb, \u00e9valuer la qualit\u00e9 de ces \u00ab\u00a0traits\u00a0\u00bb en rapport avec la norme en vigueur sur Cerclon, recomposer la personnalit\u00e9 ainsi rationalis\u00e9e, noter\/nommer l&rsquo;individu. L&rsquo;individu ne se forme donc pas en vertu de son propre d\u00e9sir de diff\u00e9renciation mais bien par rapport aux besoins et aux normes admises par le pouvoir. L&rsquo;individu est int\u00e9gralement produit par ces normes soci\u00e9tales et est alors ramen\u00e9 au statut d&rsquo;artefact.<\/p>\n<p>Ce faisant, la population se normalise et s&rsquo;homog\u00e9n\u00e9ise \u00e9tant donn\u00e9 que les citoyens sont \u00e0 la recherche de la performance optimale aux yeux du pouvoir. Les fronti\u00e8res entre les classes sont ici plus que jamais poreuses, chacun pouvant passer de la \u00ab\u00a0classe\u00a0\u00bb des 5-lettr\u00e9s au sommet de la soci\u00e9t\u00e9. Alain Damasio brosse le portrait d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans classes fixes, une soci\u00e9t\u00e9 que l&rsquo;on pourrait dire de \u00ab\u00a0masse\u00a0\u00bb, puisque compos\u00e9e d&rsquo;un ensemble d&rsquo;individus indiff\u00e9renci\u00e9s. La masse fluide entre alors au seul service de l&rsquo;\u00c9tat cerclonien.<\/p>\n<p>Paradoxalement, c&rsquo;est cette fluidit\u00e9 qui permet au pouvoir de \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0stabiliser\u00a0\u00bb les hommes, pour les rendre statiques, pour emp\u00eacher tout acte impr\u00e9vu, libre, spontan\u00e9 \u00bb (Arendt, 1990, p. 101). Les coordonn\u00e9es attribu\u00e9es font de chacun un \u00eatre compl\u00e8tement lisible. Le patronyme interdit toute opacit\u00e9, toute int\u00e9riorit\u00e9, l&rsquo;intime devient en quelque sorte \u00ab\u00a0extime\u00a0\u00bb. Le Clastre red\u00e9finit ici le rapport de l&rsquo;homme \u00e0 lui-m\u00eame, il n&rsquo;a plus le loisir de se constituer en un individu poss\u00e9dant sa propre personnalit\u00e9 et ses diff\u00e9rences, il n&rsquo;est qu&rsquo;un produit et un rouage de la machine totalitaire. Sa fonction et son identit\u00e9 se font mouvantes, et ce mouvement m\u00eame le rend d\u00e8s lors contr\u00f4lable. Aussi, les valeurs entre mobilit\u00e9 et stabilit\u00e9 sont-elles invers\u00e9es et Capt ne s&rsquo;y trompe pas lorsqu&rsquo;il affirme que \u00ab\u00a0Le vagabond, c&rsquo;\u00e9tait celui qui ne bougeait pas\u00a0\u00bb (Damasio, 2009, p. 180). Par le mouvement constant, le citoyen se trouve sans cesse dans la transgression la plus parfaite des fronti\u00e8res entre identit\u00e9 personnelle et identit\u00e9 collective, personnalit\u00e9 et doxa, etc. C&rsquo;est ce \u00ab\u00a0nomadisme\u00a0\u00bb qui le stabilise dans un r\u00f4le purement fonctionnel. Mais pouvons-nous encore seulement parler de nomadisme ?<\/p>\n<p>Dans le deuxi\u00e8me volume de <em>Capitalisme et schizophr\u00e9nie<\/em>, Gilles Deleuze et F\u00e9lix Guattari disaient du nomade qu&rsquo;il \u00ab\u00a0a un territoire, il suit des trajets coutumiers, il va d&rsquo;un point \u00e0 un autre, il n&rsquo;ignore pas les points\u00a0\u00bb (Deleuze, 1980, p. 471). Pour les deux auteurs, le nomade se diff\u00e9rencierait du migrant en ce que chaque point de son trajet constitue un relais. Le nomade laisse, sur ce territoire qui lui est propre, une trace qui serait<em> in fine <\/em>le but de son trajet. \u00c0 l&rsquo;inverse, \u00ab\u00a0le migrant va principalement d&rsquo;un\u00a0 point \u00e0 l&rsquo;autre, m\u00eame si cet autre est incertain, impr\u00e9vu ou mal localis\u00e9\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.,\u00a0 p. 471). On retrouve dans les coordonn\u00e9es accord\u00e9es par le Clastre un exemple de cet \u00ab\u00a0autre incertain\u00a0\u00bb. Le cerclonien, le migrant, ainsi pris dans un processus continu de d\u00e9territorialisation\/reterritorialisation se trouve d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de tout territoire personnel\u00a0: une identit\u00e9 et un nom qui n&rsquo;appartiendraient qu&rsquo;\u00e0 lui. Le Clastre fait donc tomber les bornes d&rsquo;un territoire \u00ab\u00a0interne\u00a0\u00bb mais la dissolution des fronti\u00e8res op\u00e8re \u00e9galement \u00e0 un niveau externe.<\/p>\n<p>En effet, l&rsquo;urbanisme de la ville imagin\u00e9e par Alain Damasio para\u00eet lui aussi concourir \u00e0 cette dissolution et \u00e0 cette n\u00e9gation d&rsquo;un territoire personnel. De fait, Cerclon est pr\u00e9sent\u00e9 par Capt comme un espace urbain compl\u00e8tement rationalis\u00e9\u00a0: \u00abVu d&rsquo;un astronef, Cerclon ressemblait, pour qui se voulait po\u00e8te, \u00e0 une fleur&#8230; celle aux six p\u00e9tales de l&rsquo;ing\u00e9nieur &#8211; pour qui se voulait t\u00e2cheron, \u00e0 une ruche\u00bb (Damasio, 2009, p. 102).<\/p>\n<p>La ville se compose de sept secteurs pareils \u00e0 des alv\u00e9oles. Au nord se trouve le secteur 6, r\u00e9serv\u00e9 aux industries et au \u00ab\u00a0Cube\u00a0\u00bb (sorte de d\u00e9charge pour les d\u00e9chets radioactifs), au nord-est et au nord-ouest, les secteurs 5 et 4, quartiers d&rsquo;habitations pour les 5-lettr\u00e9s, au sud-est et sud-ouest, les secteurs 3 et 2, r\u00e9serv\u00e9s aux 4-lettr\u00e9s, et au sud le secteur 1 o\u00f9 r\u00e9side la haute soci\u00e9t\u00e9. Enfin, au centre, se trouve un secteur non-num\u00e9rot\u00e9 o\u00f9 est situ\u00e9e une r\u00e9plique miniature du cube comportant 26 \u00e9tages, soit un par ministre. La dimension symbolique du dispositif architectural est puissante puisqu&rsquo;elle rappelle constamment la primaut\u00e9 du centre et de son pouvoir organisateur. Par ailleurs, le cube miniature s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre le seul b\u00e2timent opaque de la ville. L&rsquo;ensemble du reste de la ville \u00e9tant b\u00e2tie de mat\u00e9riaux transparents. \u00c0 cette transparence s&rsquo;ajoute, au centre de chacun des diff\u00e9rents secteurs, des tours panoptiques, plus hauts b\u00e2timents de Cerclon.<\/p>\n<p>Alain Damasio utilse le concept de panoptisme, mis au point par Jeremy Bentham et analys\u00e9 par Michel Foucault dans <em>Surveiller et punir, naissance de la prison <\/em>, comme motif apte \u00e0 penser le totalitarisme. Il amplifie le rayon d&rsquo;action de la tour pens\u00e9e par Bentham en lui adjoignant nombre de dispositifs technologiques. La tour n&rsquo;est donc plus limit\u00e9e \u00e0 un simple \u00ab\u00a0b\u00e2timent en anneau\u00a0\u00bb (Foucault, 1975, p. 201) mais \u00e0 tout un quartier (secteur) de la ville. On ne surveille plus un groupe d&rsquo;individu, mais bien la population dans son ensemble. N\u00e9anmoins, le panoptisme cerclocien invite le citoyen \u00e0 prendre la place du surveillant, chacun \u00e9tant tour-\u00e0-tour surveillant et surveill\u00e9. Chaque mouvement, chaque geste, peut \u00eatre vu et not\u00e9 par toute personne ayant pris place dans un des boxes de la tour. La transparence des b\u00e2timents, coupl\u00e9e \u00e0 la technologie (cam\u00e9ras, jumelles, \u00ab\u00a0vis\u00e9e laser \u00e0 amplification de lumi\u00e8re\u00a0\u00bb (Damasio, 2009, p. 108)) et \u00e0 un jeu de miroirs dispos\u00e9s dans l&rsquo;espace urbain, permet ainsi de voir l&rsquo;ensemble de l&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;un secteur dans ses moindres d\u00e9tails :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Assis \u00e0 cette table, les yeux dans les jumelles, je devenais Dieu. Je voyais tout. D\u2019un r\u00e9glage, mon regard traversait la ville, volait de toit en toit, piquait sur les trottoirs, filait \u00e0 fleur de sol et y coursait les chiens en fuite, les glisseurs, les jeteurs de papiers (<em>ibid<\/em>., p. 109).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Potentiellement, la surveillance peut donc s&rsquo;exercer \u00e0 chaque instant. En pratique, la terreur prime puisque m\u00eame si le citoyen n&rsquo;est pas \u00e9pi\u00e9 en permanence, \u00ab\u00a0l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est qu&rsquo;il se sache surveill\u00e9\u00a0\u00bb (Foucault, 1975, p. 203). La surveillance \u00e9mane du pouvoir tout autant que de la population, chacun est un d\u00e9lateur en puissance, prompt \u00e0 rapporter le moindre \u00e9cart de comportement, la moindre activit\u00e9 marginale. D\u00e8s lors, le pouvoir n&rsquo;\u00e9mane plus d&rsquo;un centre, mais au contraire se distribue dans chacun des composants de la soci\u00e9t\u00e9 cerclocienne, des citoyens. Le pouvoir circule et se fait donc imperceptible. Ainsi s&rsquo;instaure la terreur, dans l&rsquo;abolition de la fronti\u00e8re entre le priv\u00e9 et le public. La technologie vient perturber le rapport de l&rsquo;Homme \u00e0 l&rsquo;Autre. On ne se construit plus dans son rapport \u00e0 l&rsquo;autre, mais en d\u00e9pit de ce rapport. Il n&rsquo;est plus conflictuel mais s&rsquo;inscrit dans une forme de soup\u00e7on et de doute permanent. Le territoire de la ville n&rsquo;est pas v\u00e9cu par les cercloniens comme un espace personnel de libert\u00e9 mais bien comme un espace compl\u00e8tement assujetti \u00e0 ce pouvoir qui les contr\u00f4le et les oriente .<\/p>\n<p>Les dispositifs technologiques \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre sur Cerclon d\u00e9finissent \u00e9galement un rapport au monde particulier. De fait, une v\u00e9ritable virtualisation du monde est donn\u00e9e \u00e0 voir. Celle-ci passe de la fa\u00e7on la plus \u00e9vidente par la pr\u00e9gnance des jeux-vid\u00e9os (la \u00ab\u00a0virtue\u00a0\u00bb) et par son degr\u00e9 de r\u00e9alisme et d&rsquo;immersion absolue. Pourvus de combinaisons et de casques simulant le monde r\u00e9el dans ses moindres d\u00e9tails, les cercloniens sont plong\u00e9s dans des fictions, souvent construites autour de faits divers, dont ils sont les principaux acteurs. L&rsquo;attaque de la tour de t\u00e9l\u00e9vision par <em>La Volte<\/em> sera ainsi la base du sc\u00e9nario d&rsquo;un jeu nomm\u00e9 <em>Capturez Capt<\/em>, o\u00f9 ce dernier, n&rsquo;ayant jamais tu\u00e9 personne, sera pr\u00e9sent\u00e9 comme un r\u00e9volutionnaire assoiff\u00e9 de sang. La \u00ab\u00a0virtue\u00a0\u00bb devient le lieu d&rsquo;une propagande d&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 les faits sont falsifi\u00e9s afin de servir au mieux l&rsquo;id\u00e9ologie en place. L&rsquo;immersion totale enferme alors les citoyens dans une vision du monde alt\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette virtualisation s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;espace social. D&rsquo;une part gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;omnipr\u00e9sence des \u00e9crans, des m\u00e9dias, dont le fonctionnement est analogue \u00e0 celui de la <em>virtue<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire o\u00f9 la manipulation du r\u00e9el est reine. Mais surtout, le confort offert par Cerclon semble enfermer les individus. Tr\u00e8s t\u00f4t dans le roman, Capt d\u00e9crit le Dehors comme un environnement hostile\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Une vraie sauvagerie de rocs, d&rsquo;\u00e9clats d&rsquo;a\u00e9rolithes et de crat\u00e8res bris\u00e9s \u00e0 coups de m\u00e9t\u00e9ores, avec des dalles saign\u00e9s au sable sec, des collines brutes stri\u00e9es au r\u00e2teau des vents cosmiques et, face au ciel, les cr\u00eates, d\u00e9chiquet\u00e9es d&rsquo;ammoniac et de gel (Damasio, 2009, p. 33).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, sa vision du dedans correspond \u00e0 un espace o\u00f9 tout est donn\u00e9, simplifi\u00e9, o\u00f9 la technologie rend toute action facile et de fait, sans cons\u00e9quence\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>sur Cerclon, l&rsquo;avachissement des corps &#8211; tout comme la mollesse des id\u00e9es qui n&rsquo;en \u00e9tait qu&rsquo;un sympt\u00f4me &#8211; provenait de notre environnement physique. Plus profond\u00e9ment : de la fa\u00e7on dont on avait adouci le monde physique au sein duquel nous \u00e9tions forc\u00e9s d&rsquo;\u00e9voluer, et facilit\u00e9 nos rapports corporels avec ce monde. Que faisaient les architectes de Cerclon? Ils rar\u00e9fiaient. Ils simplifiaient (<em>ibid<\/em>., p. 123).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aussi, pour le cerclonien le monde se r\u00e9sume \u00e0 Cerclon, \u00e0 cet environnement totalement balis\u00e9 et normalis\u00e9. Il n&rsquo;est plus un environnement \u00e0 apprivoiser et \u00e0 comprendre. Bien au contraire, il s&rsquo;y substitue une copie rationalis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame. La nature se voit compl\u00e8tement gomm\u00e9e pour laisser la place \u00e0 un \u00e9tat de culture absolue, rendu possible par le biais de la technique. Les fronti\u00e8res nature\/culture et r\u00e9el\/virtuel, bien plus que transgress\u00e9es, s&rsquo;en retrouvent ni\u00e9es par ce processus de normalisation technologique. Ou, pour citer Miguel Benasayag :<\/p>\n<blockquote>\n<p>La virtualisation du monde est sans doute un corollaire [&#8230;] de la production technique, car dans son effort pour mod\u00e9liser la nature, elle finit par construire des arch\u00e9types normatifs qui seront ensuite appliqu\u00e9s aux organismes pour les \u00ab\u00a0optimiser\u00a0\u00bb (Benasayag, 2010, p. 187).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Est-ce \u00e0 dire que l&rsquo;homme en oublie la complexit\u00e9 du monde pour \u00e9voluer dans un vase clos o\u00f9 les choses semblent se faire d&rsquo;elle-m\u00eame ? Sans doute, car la vie, plus que jamais, appara\u00eet comme un processus m\u00e9canis\u00e9. Dans cet \u00e9tat de fait, le corps est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de son interaction avec le monde. D\u00e8s lors, on coupe l&rsquo;homme du monde et croyant vivre il se fourvoie dans un virtuel dans lequel ses actes n&rsquo;ont qu&rsquo;une port\u00e9e minime. Il reste \u00e0 la surface des choses. Comme dans un jeu-vid\u00e9o, il ne peut se mouvoir que dans la stricte limite des r\u00e8gles accept\u00e9es par le jeu, le pouvoir. Il ne lui appartient plus d&rsquo;en cr\u00e9er de nouvelles. L&rsquo;amplitude de l&rsquo;activit\u00e9 humaine se r\u00e9sume alors \u00e0 ce qui est permis par le pouvoir, \u00e0 ce que ce dernier peut appr\u00e9hender et v\u00e9rifier.<\/p>\n<p>Cet ensemble de dispositifs agit alors comme un canalisateur sur l&rsquo;individu comme sur la masse. Cette derni\u00e8re est atomis\u00e9e par le Clastre pour \u00eatre rendue lisible puis contr\u00f4l\u00e9e pour \u00eatre domestiqu\u00e9e. L&rsquo;analyse des dispositifs de contr\u00f4le mis en place sur Cerclon r\u00e9v\u00e8le ainsi un troublant \u00ab\u00a0r\u00e9gime de visibilit\u00e9\u00a0\u00bb transgressif\u00a0: la technique permet de voir au travers des fronti\u00e8res. D&rsquo;un point de vue pragmatique le pouvoir souhaite rendre visible ce qui tendrait \u00e0 demeurer cacher et ceci, \u00e0 un niveau symbolique, dans le but d&rsquo;affirmer un pouvoir sans bornes sur les individus. Par cette disposition \u00e0 voir par del\u00e0 toutes les fronti\u00e8res se dessine une soci\u00e9t\u00e9 de la transparence la plus compl\u00e8te. C&rsquo;est avec une certaine lucidit\u00e9 que Capt affirme au sujet du pouvoir cerclonien\u00a0: \u00ab\u00a0Un r\u00eave hantait ces gens-l\u00e0\u00a0: la lumi\u00e8re, une lumi\u00e8re qui inscrit chaque \u00eatre dans un r\u00e9gime de visibilit\u00e9 totale [\u2026] et un cauchemar\u00a0: l&rsquo;angle mort\u00a0\u00bb (Damasio, 2009, p. 347).<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;action des dispositifs, la fronti\u00e8re se d\u00e9fait de sa mat\u00e9rialit\u00e9 et \u00ab\u00a0l&rsquo;espace s\u00e9dentaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0stri\u00e9, par des murs, des cl\u00f4tures, et des chemins entre les cl\u00f4tures\u00a0\u00bb\u00a0 prend les traits d&rsquo;un \u00ab\u00a0espace nomade [\u2026] lisse\u00a0\u00bb (Deleuze, 1980, p. 472). Cependant, par la terreur, de nouvelles barri\u00e8res, symboliques s&rsquo;\u00e9rigent. Car, bien que niant officiellement l&rsquo;existence d&rsquo;une quelconque marge, le pouvoir cerclonien craint la capacit\u00e9 d&rsquo;un groupe comme la Volte (et par extension de toute personne apte \u00e0 penser librement) de subvertir l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Il lui faut donc \u00e0 tout prix \u00e9viter leur possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9mergence et leur l\u00e9gitimation. Les espaces de libert\u00e9 sont donc jugul\u00e9s. A, le pr\u00e9sident de Cerclon, s&rsquo;entrenant avec Capt peu apr\u00e8s son arrestation, lui dira :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Plus un pays progresse vers la d\u00e9mocratie, plus la libert\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 chaque individu menace la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9clatement. Plus, par cons\u00e9quent, le pouvoir doit s&rsquo;exercer haut &#8211; et profond\u00e9ment. Passer sous les c\u0153urs et dans les nerfs afin de gouverner de l&rsquo;int\u00e9rieur (Damasio, 2009, p. 365).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le totalitarisme cerclonien est insidieux, il se loge l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;y attend le moins : \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame des individus. Si ceux-ci sont contr\u00f4l\u00e9s, leur int\u00e9grit\u00e9 physique n&rsquo;est pas atteinte, tout se passe au plus profond d&rsquo;eux-m\u00eames, au niveau de leurs affects. Il s&rsquo;agit \u00ab\u00a0d&rsquo;un contr\u00f4le plus subtil et plus puissant, [&#8230;] qui ne vous enveloppe plus simplement de l&rsquo;ext\u00e9rieur [\u2026] mais qui vient agir en vous, \u00e0 la source, pour la <em>purifier <\/em>[\u2026][,] qui op\u00e8re directement \u00e0 partir des foyers \u00e9motifs primaires\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 366). En stimulant ces foyers affectifs, la capacit\u00e9 de penser passe au second plan. Le <em>pathos<\/em> prenant alors le pas sur toute forme de <em>logos<\/em>, la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;en trouve unifi\u00e9e dans une forme de communion primaire. L&rsquo;individu se trouve comme pi\u00e9g\u00e9 par l&rsquo;\u00e9motion. Comme pour la Ligne, il n&rsquo;y a plus besoin de lois puisque le cerclonien ne s&rsquo;en remet d\u00e9sormais qu&rsquo;\u00e0 ses seules \u00e9motions : \u00ab\u00a0nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 aussi proches de ce que j&rsquo;estime \u00eatre le summum du pouvoir : <em>une ali\u00e9nation optimum sous les apparences d&rsquo;une libert\u00e9 totale\u00a0\u00bb <\/em>(<em>ibid<\/em>., p. 368).<\/p>\n<p><em>La Zone du Dehors <\/em>immerge le lecteur dans son univers de science-fiction carc\u00e9rale. Tranchant avec l&rsquo;anti-utopie d&rsquo;un Orwell ou d&rsquo;un Huxley, Alain Damasio projette un monde o\u00f9 le totalitarisme s&rsquo;est donn\u00e9 les atours de la d\u00e9mocratie, o\u00f9 la privation de libert\u00e9 se d\u00e9roule en sous-terrain. La r\u00e9pression ne passe plus par des violences physiques ou par l&rsquo;exercice du pouvoir en vertu de la loi. Elle devient symbolique et aux lois se substituent la terreur d&rsquo;\u00eatre marginalis\u00e9, de sortir du mod\u00e8le insidieusement impos\u00e9 par l&rsquo;\u00c9tat (pensons au r\u00f4le de la Ligne et des tours panoptiques). Si la violence perd sa mat\u00e9rialit\u00e9, il en va de m\u00eame pour les fronti\u00e8res. Si les corps sont libres, en apparence, de circuler, les bornes se d\u00e9placent au plus profond des \u00eatres. De fait, le totalitarisme cerclonien se fonde sur un certain nombre de dispositifs mettant \u00e0 bas des fronti\u00e8res essentielles \u00e0 la construction de l&rsquo;individu. Celui-ci, bien moins que nomade, est r\u00e9duit \u00e0 la condition de migrant \u00e0 la recherche d&rsquo;un territoire, d&rsquo;un espace d\u00e9limit\u00e9 par des fronti\u00e8res, o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tablir. L&rsquo;individu est pr\u00e9caris\u00e9 et ramen\u00e9 \u00e0 une simple fonctionnalit\u00e9 au sein de l&rsquo;\u00c9tat totalitaire.<\/p>\n<p>C&rsquo;est finalement au r\u00e9tablissement des fronti\u00e8res que travailleront les volt\u00e9s du roman. Il s&rsquo;agira pour eux de b\u00e2tir un nouvel espace, espace \u00e0 vivre et \u00e0 habiter, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de Cerclon et de ses dispositifs de contr\u00f4le. Revenu d&rsquo;entre les morts, Capt tentera de convaincre les cercloniens d&rsquo;accompagner la Volte dans cette aventure\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous propose que tous ensemble, nous construisions une nouvelle cit\u00e9 qui ne doive plus rien \u00e0 Cerclon, une cit\u00e9 qui poussera dans le dehors vierge\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p. 585). S&rsquo;affirme alors la n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;affranchir de la norme, seule et unique borne admise dans l&rsquo;enceinte de Cerclon. Les volt\u00e9s tisseront un v\u00e9ritable r\u00e9seau de villes distinctes les unes des autres. Ces villes vont s&rsquo;extraire du flux normatif de Cerclon. Le Dehors se peuple de diff\u00e9rences, de dehors divers, de territoires distincts et devient un lieu de diff\u00e9renciation. L\u00e0 o\u00f9 il devient possible de dire \u00ab\u00a0Non, je ne suis pas des v\u00f4tres, je suis le dehors et le d\u00e9territorialis\u00e9\u00a0\u00bb (Deleuze, 1972, p. 125). En allant habiter le dehors, la Volte r\u00e9tablit la possibilit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;erratique, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une friction qui viendrait prendre sa source aux fronti\u00e8res red\u00e9finies dans le Dehors.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re comme symbole transgressif vient conjurer le syst\u00e8me normatif de Cerclon. Elle devient, sous la plume d&rsquo;Alain Damasio, un mal n\u00e9cessaire pour l&rsquo;homme, pour qu&rsquo;il puisse se penser comme \u00eatre mouvant et changeant, en d\u00e9finitive comme un \u00eatre libre. C&rsquo;est ainsi que, paradoxalement, <em>La Zone du Dehors<\/em> d\u00e9signe la fronti\u00e8re comme dispositif apte \u00e0 rendre \u00e0 l&rsquo;homme son d\u00e9sir de libert\u00e9. De fait, si elle implique des espaces exclusifs et inclusifs, elle fait entendre un constant appel \u00e0 la transgression. Elle agit donc comme une entrave aux dispositifs normatifs. En r\u00e9habilitant la fronti\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 elle n&rsquo;existait plus, il s&rsquo;agit de refaire ce que la technologie mise au service d&rsquo;un totalitarisme d&rsquo;un nouvel ordre avait contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9faire.<\/p>\n<p><em>La Zone du Dehors <\/em>reste \u00e0 l&rsquo;heure actuelle\u00a0 une fiction, cependant on ne peut qu&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par la proximit\u00e9 des dispositifs imagin\u00e9s par son auteur et les nouvelles technologies qui ont d\u00e9j\u00e0 pris place dans nos vies et nos villes. Au regard des arguments que Damasio avance dans sa postface, on pourrait toutefois s&rsquo;interroger sur la port\u00e9e d&rsquo;un tel roman. \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 la surveillance se fait de plus en plus pr\u00e9sente, o\u00f9 les nouvelles technologies tendent \u00e0 briser certaines dichotomies (vie priv\u00e9e\/vie public) et certaines fronti\u00e8res (homme\/machine, homme\/animal, nature\/culture) ne pourrions-nous pas voir dans ce texte un encouragement \u00e0 interroger l&rsquo;importance croissante de ces technologies? L&rsquo;interrogation vis-\u00e0-vis des fronti\u00e8res d\u00e9passe aujourd&rsquo;hui le simple cadre de la fiction. Aussi, l&rsquo;intellectuel R\u00e9gis Debray, lors d&rsquo;une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 Tokyo en 2010 affirmait\u00a0: \u00ab\u00a0Une id\u00e9e b\u00eate enchante l&rsquo;Occident\u00a0: l&rsquo;humanit\u00e9, qui va mal, ira mieux sans fronti\u00e8res\u00a0\u00bb (Debray, 2010, p. 11). En mettant en accusation cette id\u00e9ologie, Damasio tout autant que Debray nous rappelle que la r\u00e9ponse \u00e0 la crise que nous traversons actuellement ne saurait trouver sa r\u00e9solution dans le seul consensus de la mondialisation. Comme le rappelle Miguel Benasayag, notre \u00e9poque \u00ab\u00a0nous a install\u00e9s dans une transition ind\u00e9finie, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;incertitude face \u00e0 l&rsquo;avenir\u00a0: nous ignorons si nous vivons une phase de transition ou de d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0\u00bb (Benasayag, 2010, p. 35).C&rsquo;est cette incertitude qui serait \u00e0 la source de la crise actuelle. Or, l&rsquo;Histoire a montr\u00e9 que les totalitarismes naissaient des crises les plus profondes; la crise \u00e9conomique de 1929 aura ainsi port\u00e9 les Hitler, Franco et Mussolini au pouvoir. D\u00e8s lors, ne faudrait-il pas voir dans le roman de Alain Damasio un texte militant, appelant \u00e0 pr\u00e9server les fronti\u00e8res n\u00e9cessaires \u00e0 la constitutions d&rsquo;\u00c9tats r\u00e9ellement d\u00e9mocratiques et \u00e0 la construction d&rsquo;individus libres, ind\u00e9pendants, et enfin ouverts sur leur propre zone du Dehors?<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Agamben, Giorgio. 2007. <em>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un dispositif<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Payot&amp;Rivages, 64 p.<\/p>\n<p>Arendt, Hannah. 1990. <em>La Nature du totalitarisme<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Payot, 182 p.<\/p>\n<p>Benasayag, Miguel. 2010. <em>Organismes et artefacts, vers la virtualisation du vivant?<\/em> Paris\u00a0: \u00c9ditions La D\u00e9couverte et \u00c9ditions Jean-Paul Bayol, 192 p.<\/p>\n<p>Damasio, Alain. 2009. <em>\u00a0La Zone du Dehors<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Gallimard, coll. Folio SF,\u00a0650 p.<\/p>\n<p>Debray, R\u00e9gis. 2010. <em>\u00c9loge des fronti\u00e8res<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Gallimard, 104 p.<\/p>\n<p>Deleuze, Gilles et Guattari F\u00e9lix. 1972. <em>Capitalisme et schizophr\u00e9nie tome 1\u00a0: L&rsquo;Anti-\u0152dipe<\/em>. Paris\u00a0: Les \u00c9ditions de minuit, 493 p.<\/p>\n<p>_______. 1980. <em>Capitalisme et schizophr\u00e9nie tome 2\u00a0: Mille plateaux<\/em> Paris\u00a0: Les \u00c9ditions de minuit, 645 p.<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 1975. <em>\u00a0Surveiller et punir, naissance de la prison<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 360 p.<\/p>\n<p>Goimard, Jacques. 2002. <em>Critique de la science-fiction<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Pocket, 672 p.<\/p>\n<p>Guillebaud, Jean-Claude. 2002. <em>\u00a0La Vie vivante<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions des Ar\u00e8nes, 279 p.<\/p>\n<p>Ortel, Philippe (sous la direction de). 2008. <em>Discours, image, dispositif. Penser la repr\u00e9sentation II<\/em>. Paris\u00a0: L&rsquo;Harmattan, 270 p.<\/p>\n<p>Traverso, Enzo. 2001. <em>Le Totalitarisme, le XX\u00e8me si\u00e8cle en d\u00e9bat<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 923 p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>M\u00e9rard, Aur\u00e9lien. 2013. \u00ab La fronti\u00e8re, condition pr\u00e9alable \u00e0 la libert\u00e9? Fiction de la fronti\u00e8re dans La Zone du Dehors d&rsquo;Alain Damasio\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Nord\/Sud \u00bb, n\u00b017, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/merard-17&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/menard-17.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 menard-17.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-18837c15-6a27-47a2-9b21-e893f11fc83d\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/menard-17.pdf\">menard-17<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/menard-17.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-18837c15-6a27-47a2-9b21-e893f11fc83d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Nord\/Sud \u00bb, n\u00b017 C&rsquo;est en 1992 que Alain Damasio d\u00e9bute l&rsquo;\u00e9criture de ce qui deviendra son premier roman\u00a0:\u00a0La Zone du Dehors. 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