{"id":5529,"date":"2024-06-13T19:48:22","date_gmt":"2024-06-13T19:48:22","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/enonciation-du-desarroi-social-la-dialectique-nord-sud-dans-loeuvre-romanesque-dhenri-lopes\/"},"modified":"2024-09-06T16:57:10","modified_gmt":"2024-09-06T16:57:10","slug":"enonciation-du-desarroi-social-la-dialectique-nord-sud-dans-loeuvre-romanesque-dhenri-lopes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5529","title":{"rendered":"\u00c9nonciation du d\u00e9sarroi social\u00a0: la dialectique nord\/sud dans l\u2019\u0153uvre romanesque d\u2019Henri Lopes."},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6888\">Dossier \u00ab Nord\/Sud \u00bb, n\u00b017<\/a><\/h5>\n<p>L\u2019\u0153uvre romanesque de l\u2019auteur congolais Henri Lopes (Grand Prix Litt\u00e9raire d\u2019Afrique noire en 1972 et en 1990 ; Grand Prix de la Francophonie en 1993) \u00e9nonce le d\u00e9sarroi des marginalis\u00e9s suite \u00e0 la rencontre de l\u2019Afrique et de la France. L\u2019\u00e9crivain retraduit dans ses textes la d\u00e9cadence des relations Nord\/Sud, par la peinture des d\u00e9tresses d\u2019un corps social en situation de colonisation. Dans le pr\u00e9sent article, nous d\u00e9montrerons que le personnage lop\u00e9sien \u00e9prouve, dans sa confrontation au protagoniste europ\u00e9en, des troubles identitaires. \u00c0 travers l\u2019analyse des liens qu\u2019entretiennent, dans <em>Le Pleurer-rire<\/em>, <em>Le Chercheur d\u2019Afriques<\/em>, <em>La Nouvelle Romance<\/em> et <em>Le Lys<\/em> <em>et le flamboyant<\/em>, les dimensions id\u00e9ologique, sociologique et esth\u00e9tique des textes, nous explorerons les modalit\u00e9s narratives qu\u2019exploite l\u2019auteur pour se faire l\u2019interpr\u00e8te d\u2019un monde d\u00e9chir\u00e9 entre un Nord h\u00e9g\u00e9monique (la France) et un Sud domin\u00e9 (l\u2019Afrique).<\/p>\n<p>Les rapports que le Nord entretient avec le Sud dans les romans de Lopes se fondent sur une volont\u00e9 affich\u00e9e d\u2019assujettissement de l\u2019Africain. Les peuples du Sud, objets d\u2019un proc\u00e8s de d\u00e9possession (territoriale, culturelle et identitaire), sont repr\u00e9sent\u00e9s comme des peuples vaincus qui tentent de s\u2019affirmer dans une Histoire de laquelle ils sont absents. En mettant en lumi\u00e8re le quotidien des colonis\u00e9s, de ceux-l\u00e0 m\u00eame qui n\u2019\u00e9taient rien, Lopes leur donne une existence. C\u2019est ainsi que, pour le m\u00e9tis et le colonis\u00e9, ces \u00ab\u00a0intouchables\u00a0\u00bb, le Nord est un lieu de solitude, d\u2019errance, de d\u00e9racinement, de perte, o\u00f9 on exp\u00e9rimente l\u2019exclusion, le rejet.<\/p>\n<p>L\u2019analyse de la po\u00e9tique de Lopes nous aidera \u00e0 mettre en \u00e9vidence, d\u2019une part, une organisation textuelle qui, dans la r\u00e9\u00e9criture de la dialectique Nord\/Sud, reconfigure la pens\u00e9e coloniale et dissout la hi\u00e9rarchie raciale. La production romanesque de Lopes constitue une forme de chronique de l\u2019Africain (particuli\u00e8rement du m\u00e9tis) n\u00e9antis\u00e9 par l\u2019entreprise expansionniste europ\u00e9enne. Des proc\u00e9d\u00e9s narratifs tels que le morcellement du r\u00e9cit, l\u2019intertextualit\u00e9 et le m\u00e9lange des langues permettent de rendre compte du malaise qui instaure, dans les textes, de nouveaux territoires d\u2019adversit\u00e9. Ce qui domine chez Lopes, c\u2019est la figure du m\u00e9tis (surtout biologique) derri\u00e8re laquelle se cache celle de l\u2019\u00e9tranger \u2013 un m\u00e9tis qui, au lieu d\u2019\u00eatre le symbole de la rencontre des continents et des races, repr\u00e9sente la mise \u00e0 distance de l\u2019autre, d\u2019un enfermement dans l\u2019espace et dans l\u2019\u00eatre. D\u2019autre part, l\u2019ostracisme \u00e9tant d\u00e9peint dans la soci\u00e9t\u00e9 romanesque lop\u00e9sienne comme une banalit\u00e9, nous montrerons que le discours de l\u2019auteur fait de la fabrication des st\u00e9r\u00e9otypes et des pr\u00e9jug\u00e9s un outil essentiel dans l\u2019\u00e9nonciation de la domination du Nord sur le Sud.<\/p>\n<h2>Morcellement du r\u00e9cit<\/h2>\n<p>La structure du roman lop\u00e9sien est fragment\u00e9e, comme si la psychologie boulevers\u00e9e des personnages du sud, perturb\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience de la cohabitation avec le colonisateur venu du Nord, avait une incidence sur les modalit\u00e9s d\u2019\u00e9criture. Nous avons ainsi des r\u00e9cits marqu\u00e9s par une forte d\u00e9chronologie. En effet, la lin\u00e9arit\u00e9 narrative se fissure sous la pouss\u00e9e de r\u00e9cits analeptiques, qui nous font, certes, d\u00e9couvrir les trajectoires tumultueuses des protagonistes africains \u00e0 travers l\u2019Afrique et l\u2019Europe, mais tendent surtout \u00e0 d\u00e9voiler leur amertume.<\/p>\n<p>Dans les quatre \u0153uvres que nous \u00e9tudions, la circularit\u00e9 des r\u00e9cits ram\u00e8ne le lecteur dans les souvenirs des personnages et r\u00e9v\u00e8le un \u00e9pisode de vie troublant. Par exemple, Monsieur Verhaegen, le p\u00e8re belge d\u2019Olga, se souvient du fils qu\u2019il a eu avec une femme congolaise et qu\u2019il n\u2019a pas reconnu. Dans <em>Le Chercheur d\u2019Afriques<\/em>, Andr\u00e9, un m\u00e9tis angoiss\u00e9 par son identit\u00e9 fluctuante, revit \u00e0 travers ses souvenirs d\u2019enfance les d\u00e9chirements entre les colons fran\u00e7ais et les Africains. Sa m\u00e9moire le replonge dans une \u00e9poque agit\u00e9e au cours de laquelle l\u2019Autre prenait le visage de l\u2019ennemi. Il se souvient du jour o\u00f9, tandis qu\u2019il jouait avec ses camarades africains, sa m\u00e8re lui lan\u00e7a\u00a0: \u00ab Eux, ce sont des sauvages ! Toi, tu es un fils de Blanc \u00bb (Lopes, 1990\u00a0: 104). L\u2019\u00e9criture de Lopes tranche ainsi avec le r\u00e9cit lin\u00e9airement homog\u00e8ne des romanciers africains d\u2019expression fran\u00e7aise de son \u00e9poque. Par exemple, <em>Le Pleurer-rire<\/em> alterne des digressions historiques, des chroniques politiques v\u00e9h\u00e9mentes, des sc\u00e8nes de m\u0153urs et des aventures libidinales qui survivent dans la m\u00e9moire des narrateurs et que rapportent plusieurs locuteurs antagonistes (l\u2019un se trouve en exil en France et les autres vivent en Afrique). De plus, dans ce roman, un avertissement au d\u00e9but du texte reproduit un discours d\u00e9magogique cens\u00e9 fustiger les \u00ab\u00a0forces obscures [imp\u00e9rialistes] qui cherchent \u00e0 semer la confusion dans chaque recoin [d\u2019Afrique] et \u00e0 y introduire des id\u00e9ologies \u00e9trang\u00e8res et dissolvantes\u00a0\u00bb. La convocation d\u2019un tel avertissement contribue \u00e0 une mise en contexte qui inscrit le r\u00e9cit dans une \u00e8re de m\u00e9fiances coupl\u00e9e de d\u00e9fiance.<\/p>\n<h2>L\u2019intertextualit\u00e9<\/h2>\n<p>Chez Lopes, un r\u00e9seau intertextuel traverse les r\u00e9cits pour refl\u00e9ter les antagonismes n\u00e9s de la colonisation de l\u2019Afrique par les Europ\u00e9ens, pour peindre les rapports Nord\/Sud conflictuels. Cette modalit\u00e9 prolonge le travestissement de la forme romanesque classique et fait du r\u00e9cit lop\u00e9sien un hypertexte sans cesse modifi\u00e9 et refa\u00e7onn\u00e9 par les textes qu\u2019il absorbe.<\/p>\n<p>Dans <em>Le Pleurer-rire<\/em>, le h\u00e9raut du dictateur Bwakamab\u00e9, Aziz Sonika, s\u2019en prend, par le truchement des \u00e9ditoriaux du journal <em>La Croix du Sud<\/em>, \u00e0 cette France qui s\u2019est mise \u00e0 d\u00e9noncer la politique sanguinaire de l\u2019autocrate. Selon lui, il fallait se \u00ab\u00a0pr\u00e9munir contre la pourriture [d\u2019un Nord] engag\u00e9 dans un processus de d\u00e9cadence\u00a0\u00bb (Lopes, 1982\u00a0: 61). Le texte reprend aussi un long extrait de <em>Jacques le fataliste<\/em> de Denis Diderot dans lequel le locuteur, un ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel, se d\u00e9fend de produire des \u00ab r\u00e9cits \u00e9rotico-pornographiques [qui pourraient] contaminer l\u2019Afrique vierge par l\u2019exportation syst\u00e9matique de m\u0153urs dissolues\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 254). C\u2019est dire qu\u2019ici, l\u2019Europe est per\u00e7ue comme un lieu o\u00f9 naissent les vices, que l\u2019Afrique devrait se garder de copier.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture lop\u00e9sienne s\u2019ouvre aussi \u00e0 la pluralit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique. Plurilinguistique et polyphonique, elle est travers\u00e9e par plusieurs discours (politique, id\u00e9ologique, religieux, sensuel) et aussi par divers genres traditionnels tels le conte, les proverbes et les chants. L\u2019\u0153uvre est ainsi parsem\u00e9e de chroniques historiques rapportant les conflits militaires ou politiques qui ont jalonn\u00e9 l\u2019\u00e9poque r\u00e9cente et que Lopes juxtapose \u00e0 des r\u00e9cits anecdotiques, \u00e0 des interviews. L\u2019Histoire est un pr\u00e9texte pour porter une critique contre la domination coloniale fran\u00e7aise ; le romancier congolais se fait prospecteur, examinateur de la m\u00e9moire douloureuse, du pass\u00e9. Ainsi, dans <em>Le Pleurer-rire<\/em>, le dictateur Bwakamab\u00e9 raconte son exp\u00e9rience dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise lors de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>En Alg\u00e9rie, contre les fellaghas, je commandais d\u00e9j\u00e0 une compagnie. [\u2026] Le groupe des harkis \u00e9tait particuli\u00e8rement uni et solide. Quand les fellaghas les attrapaient, s\u2019en encombraient pas. Tchiouf, pas de quartier. Pas de prisonniers. [\u2026] \u00c0 Khenchela, dans les Aur\u00e8s, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire le tour de la ville. C\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire, ne serait-ce que pour montrer aux Arabes que les troupes fran\u00e7aises \u00e9taient l\u00e0. [\u2026] J\u2019ai constat\u00e9 qu\u2019il y avait des fellaghas dans la r\u00e9gion. Les soi-disant F.L.N. Des r\u00e9volutionnaires, des gens qui r\u00eavaient de la lib\u00e9ration de leur patrie. (<em>Ibid<\/em>.: 117-118)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lopes fait ici le proc\u00e8s de la colonisation ; son imaginaire repr\u00e9sente un lieu historique (l\u2019Alg\u00e9rie sur la voie de la d\u00e9colonisation) o\u00f9 est omnipr\u00e9sent le souvenir d\u2019une violence qui a d\u00e9chir\u00e9 deux peuples (Alg\u00e9riens et Fran\u00e7ais), deux espaces (le Nord et le Sud de la M\u00e9diterran\u00e9e). Son texte marque l\u2019opposition du scripteur \u00e0 une id\u00e9ologie qui ravalait l\u2019Autre au rang de sujet. Le verbe du narrateur prend un ton sombre pour conf\u00e9rer \u00e0 la trag\u00e9die un relief plus funeste, pour dire la vie agonique (Miron, 1998\u00a0: 81) des colonis\u00e9s du Sud.<\/p>\n<h2>La langue d\u2019\u00e9criture<\/h2>\n<p>Pour exprimer le d\u00e9sarroi social, Lopes souligne la diversit\u00e9 des identit\u00e9s linguistiques dans un environnement colonial marqu\u00e9 par la cohabitation malais\u00e9e entre Africains et Fran\u00e7ais. Par la mobilisation de diff\u00e9rentes langues dans les textes, c\u2019est la fixit\u00e9 des appartenances sociales et raciales ainsi qu\u2019un utopique rapprochement Nord\/Sud qui sont mis en lumi\u00e8re. En effet, l\u2019usage it\u00e9ratif du lingala (langue congolaise) par le romancier d\u00e9voile le rapport complexe que certains protagonistes entretiennent avec la langue fran\u00e7aise. Lopes fait entendre ainsi une parole nouvelle \u00e0 travers un \u00ab fran\u00e7ais m\u00e9tiss\u00e9 et cr\u00e9olis\u00e9 \u00bb pour produire un contre-discours capable de porter les r\u00e9criminations d\u2019une partie de son personnel di\u00e9g\u00e9tique. Chez Lopes, la plupart des \u00e9nonc\u00e9s emprunt\u00e9s aux langues africaines (comme le lingala, le kikongo et surtout le fran\u00e7ais populaire africain) sont des outils qui refl\u00e8tent ou expriment les tribulations, la stratification et les subordinations dans le corps social. Pour le narrateur intradi\u00e9g\u00e9tique Ma\u00eetre d\u2019H\u00f4tel, les \u00ab\u00a0en haut de en haut [c\u2019est-\u00e0-dire les puissants, les autorit\u00e9s], il vaut mieux s\u2019en tenir \u00e9loign\u00e9\u00a0\u00bb (Lopes, 1982\u00a0: 30). Quant aux matatas qu\u2019\u00e9voque Andr\u00e9, la voix narrative de <em>Le Lys et le flamboyant<\/em>, ils d\u00e9signent en lingala les diff\u00e9rends avec le pouvoir colonial. Un peu comme si, derri\u00e8re ces mots qui se distinguent du fran\u00e7ais conventionnel, l\u2019auteur cherchait \u00e0 exprimer simultan\u00e9ment la complexit\u00e9 et la richesse de la soci\u00e9t\u00e9 africaine au temps des colonies, un espace qu\u2019il appr\u00e9hende comme un laboratoire de rencontres et de tensions interculturelles.<\/p>\n<p>Dans la production romanesque lopesienne, le sujet africain est aux prises avec un \u00e9cart\u00e8lement diglossique. Par cons\u00e9quent, des conflits latents et des enjeux identitaires s\u2019y trouvent mis en lumi\u00e8re, notamment l&rsquo;assimilation de la langue domin\u00e9e (le lingala du Congo) par la langue dominante (le fran\u00e7ais). C\u2019est que entr\u00e9s, sous la contrainte, en contact avec la langue fran\u00e7aise alors en position de domination, plusieurs personnages africains des r\u00e9cits sont d\u00e9chir\u00e9s entre la langue du colon et celle de leurs anc\u00eatres. Ces personnages seront constamment amen\u00e9s \u00e0 faire un choix entre les valeurs, la culture, la langue du colonisateur et leur langue maternelle. Dans <em>Le Chercheur d\u2019Afriques<\/em>, assis \u00e0 la terrasse d\u2019un restaurant \u00e0 Bruxelles, Andr\u00e9 et son cousin Vouragan discutent. C\u2019est Andr\u00e9 qui raconte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Une lueur de scandale jaillissait un instant des regards surgel\u00e9s des passants. Sans transition, nous passions du lingala au fran\u00e7ais, pour revenir au lingala, voire au kikongo \u00e9maill\u00e9 de fran\u00e7ais ou, quelquefois, \u00e0 un kigangoulou rapi\u00e9c\u00e9 de lingala.\u00a0(Lopes, 1990\u00a0: 14)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le romancier se saisit de la langue fran\u00e7aise et \u00ab\u00a0l&rsquo;adopte pour la travailler de l&rsquo;int\u00e9rieur\u00a0\u00bb (Grutman, 2005\u00a0: 61). Ses textes sont travers\u00e9s par des mots et expressions, par les accents de sa langue d&rsquo;origine (le lingala), ce qui cr\u00e9e un effet polyphonique avec le fran\u00e7ais. \u00c0 travers le fran\u00e7ais approximatif parl\u00e9 par des personnages congolais peu lettr\u00e9s qui c\u00f4toie le fran\u00e7ais standard des colons ou des \u00e9volu\u00e9s, l\u2019\u0153uvre de Lopes fait appara\u00eetre la relation conflictuelle entre ces langues, l\u2019auteur y rendant ainsi visibles, entre oral et \u00e9crit, ou encore entre fran\u00e7ais conventionnel, lingala et fran\u00e7ais populaire congolais, les dissensions, la fracture Nord\/Sud. La langue d\u2019\u00e9criture se charge d\u2019originalit\u00e9 et l\u2019hybridit\u00e9 devient le moyen d\u2019exprimer la rencontre difficile des langues et des cultures. Et comme l\u2019explique Rainier Grutman, \u00ab la francophonie [\u00e9tant] dans une large mesure une r\u00e9alit\u00e9 postcoloniale, il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner qu\u2019en tant que syst\u00e8me litt\u00e9raire, elle soit sous-tendue par des contacts linguistiques asym\u00e9triques\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 61). Lopes s\u2019arrache \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation du fran\u00e7ais pour l\u2019enrichir en le d\u00e9formant et il invente un langage po\u00e9tique qui m\u00eale les langues tout en soulignant leurs frictions.<\/p>\n<p>On a l\u2019impression que, dans l\u2019imaginaire des personnages du Sud, p\u00e8se un sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis des colonisateurs venus du Nord. Rien d\u2019\u00e9tonnant alors si leur discours et leur vocabulaire refl\u00e8tent le statut de domin\u00e9 qu\u2019ils ont int\u00e9rioris\u00e9. Dans leur langage, est ainsi mise en relief la d\u00e9tresse qui habite l\u2019\u00e2me des colonis\u00e9s, condamn\u00e9s \u00e0 la soumission. Car, comme le dit Pierre Bourdieu, les \u00e9changes linguistiques cachent des rapports de pouvoir. Par exemple, dans <em>Le Lys et le flamboyant<\/em>, M\u2019ma Eug\u00e9nie, une Congolaise, se r\u00e9jouissait que le Ciel ait donn\u00e9 \u00e0 sa fille un conjoint, un \u00ab\u00a0beau parti [\u2026] qui n\u2019\u00e9tait pas n\u00e8gre mais Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb\u00a0(Lopes, 1997: 196). Dans <em>Le Pleurer-rire<\/em>, le langage populaire d\u00e9sobligeant, le ton d\u00e9sinvolte des r\u00e9pliques et des commentaires des protagonistes, les suppositions hostiles de certaines voix narratives oppos\u00e9es, la r\u00e9currence de certains poncifs, contribuent \u00e0 \u00e9difier une rh\u00e9torique du duel et de la discorde entre personnages africains et fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les romans de Lopes d\u00e9crivent des situations dans lesquelles le r\u00e9gime colonial a fragment\u00e9 le corps social en deux camps distincts : les Europ\u00e9ens et ceux qu\u2019on appelle les \u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb. Et comme le dit Jean-Paul Sartre dans sa pr\u00e9face \u00e0 <em>Les damn\u00e9s de la terre<\/em>, \u00ab\u00a0les premiers disposaient du Verbe, les autres l\u2019empruntaient.\u00a0\u00bb (Fanon, 2002\u00a0: 17) La puissance coloniale n\u2019aura donc pas de mal \u00e0 modeler une \u00e9lite acquise \u00e0 sa culture en offrant des bourses d\u2019\u00e9tudes \u00e0 de jeunes Africains. Ainsi, dans <em>Le Chercheur d\u2019Afriques<\/em>, Andr\u00e9 Leclerc quitte, dans la fleur de l\u2019adolescence, le Congo pour rejoindre Paris et Nantes.<\/p>\n<h2>La fabrique des st\u00e9r\u00e9otypes et la domination du Nord sur le Sud<\/h2>\n<p>La conqu\u00eate de l\u2019espace africain par les colonisateurs fran\u00e7ais, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la notion d\u2019int\u00e9gration n\u2019alimentait pas les d\u00e9bats, avait pour dessein ultime, nous l\u2019avons dit, la domination. L\u2019\u0153uvre romanesque de Lopes traduit cette r\u00e9alit\u00e9 par une repr\u00e9sentation des tensions raciales, d\u00e9voilant l\u2019utopie de toute entreprise de croisement des cultures \u00e0 cette p\u00e9riode. Ce choc interculturel montre l&rsquo;\u00e9chec du rapprochement de deux peuples que l\u2019Histoire r\u00e9unit sous les tropiques, au Sud. C\u2019est pourquoi le Noir est repr\u00e9sent\u00e9 comme un personnage marginal jet\u00e9 dans un environnement o\u00f9 sa pr\u00e9sence et son humanit\u00e9 sont constamment \u00e9cras\u00e9es, ni\u00e9es. D\u2019o\u00f9 sa mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart sur ses propres terres :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Avant l\u2019Ind\u00e9pendance, des lignes de d\u00e9marcation s\u00e9paraient les principaux quartiers de Brazzaville. Au centre, le Plateau, la Plaine et Mpila, domaines exclusifs des Europ\u00e9ens, coinc\u00e9s, au nord et au sud, par Poto-Poto et Bacongo, deux villages [\u2026], lieux de r\u00e9sidence forc\u00e9s des indig\u00e8nes. La nuit tomb\u00e9e, les limites devenaient des fronti\u00e8res entre pays \u00e9trangers et [\u2026] tout Noir surpris dans le centre-ville \u00e9tait suspect\u00e9 de vol ou de projet s\u00e9ditieux. (Lopes, 1997\u00a0: 37)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De plus,<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 L\u00e9opoldville [\u2026] vivaient [\u2026] dos \u00e0 dos, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la gent europ\u00e9enne, intelligente, travailleuse, comp\u00e9tente, propre, honn\u00eate, en un mot civilis\u00e9e, de l\u2019autre la masse des n\u00e8gres qu\u2019on traitait [\u2026] de sauvages ou, tout bonnement, de macaques, paresseux, sales et repoussants.\u00a0(<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 38)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le st\u00e9r\u00e9otype racial (et dans une moindre mesure, culturel), instrument de marginalisation et de classification, est exhib\u00e9 unilat\u00e9ralement. Quel que soit l\u2019espace (Afrique ou Europe), la cause de l\u2019Africain est jug\u00e9e avant d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 entendue. Son alt\u00e9rit\u00e9 est per\u00e7ue comme extr\u00eame, myst\u00e9rieuse, p\u00e9nible \u00e0 supporter. En examinant les d\u00e9nominations de l&rsquo;Autre dans les r\u00e9cits, on peut remarquer que ce dernier est objet et victime de la vision r\u00e9ductrice des Europ\u00e9ens : \u00ab\u00a0moricaud\u00a0\u00bb (Lopes, 1990\u00a0: 45), \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 104), \u00ab\u00a0\u00e9tranger de mauvais sang, chacal, cancrelat, m\u00e9duse\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>. : 242). Bref, dans les rapports Nord\/Sud, l\u2019homme du Sud est enferm\u00e9 dans sa diff\u00e9rence par des regards qui d\u00e9forment son image. Il se confond avec l\u2019\u00eatre mal\u00e9fique de qui l\u2019on devrait se m\u00e9fier. Dans <em>Le Pleurer-rire<\/em>, le dictateur Bwakamab\u00e9, reproduisant de bonne foi les clich\u00e9s et pr\u00e9jug\u00e9s, salue dans un discours \u00ab la France \u00e9ternelle, patrie de la libert\u00e9 et des droits de l\u2019homme, qu\u2019elle avait si g\u00e9n\u00e9reusement export\u00e9s sur le continent africain jusqu&rsquo;alors enfonc\u00e9 dans la barbarie \u00bb (Lopes, 1982\u00a0: 263). En clair, l\u2019Autre, c\u2019est-\u00e0-dire le colonis\u00e9 noir, est per\u00e7u comme l\u2019image du Mal. Ce dernier ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 un s\u00e9v\u00e8re jugement de valeur, \u00e0 des repr\u00e9sentations collectives r\u00e9ductrices, avec pour cons\u00e9quence, le d\u00e9ploiement, \u00e0 son encontre, de plusieurs formes d\u2019agressivit\u00e9. L\u2019\u00e9crivain repr\u00e9sente un monde o\u00f9 l\u2019amertume des colonis\u00e9s s\u2019\u00e9tale dans un langage qui dit leur anxi\u00e9t\u00e9 face aux pr\u00e9jug\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Ici [\u00e0 Nantes], comme \u00e0 Chartres et plus qu\u2019\u00e0 Paris, ils [les Europ\u00e9ens de peau blanche] ne peuvent s\u2019emp\u00eacher de couler un regard dans ma direction\u00a0\u00bb (Lopes, 1990\u00a0: 59), dit Andr\u00e9 dans <em>Le Chercheur d\u2019Afriques<\/em>.<\/p>\n<p>Lopes met \u00e9galement en sc\u00e8ne des personnages m\u00e9tis qui voient dans les regards charg\u00e9s de haines port\u00e9s \u00e0 leur encontre, une forme d\u2019exclusion silencieuse. Par son profond d\u00e9chirement int\u00e9rieur, le m\u00e9tis m\u00e9taphorise les liens complexes entre deux cultures, deux espaces. Il est m\u00e9pris\u00e9 aussi bien en Europe que dans le Sud sur la base d\u2019un seul facteur : la pigmentation. Son d\u00e9sarroi, sa torture d\u2019\u00eatre l\u2019un et l\u2019autre ou encore l\u2019un ou l\u2019autre, peuvent \u00eatre compris ici comme le reflet du choc Nord\/Sud. Sous pr\u00e9texte de d\u00e9crire la situation des m\u00e9tis dans le monde, Lopes s\u2019interroge sur leur exclusion sociale de fa\u00e7on oblique et ironique. Son \u00e9criture rompt avec tout discours complaisant sur la condition des marginaux et des minorit\u00e9s ; son langage dit vertement la mis\u00e8re de ceux qui souffrent du regard port\u00e9 sur leur diff\u00e9rence. Dans <em>Le Chercheur d\u2019Afriques<\/em>, Andr\u00e9 l\u2019Africain s\u2019indigne d\u2019\u00eatre lourdement observ\u00e9 dans les rues de Paris : \u00ab\u00a0Depuis mon arriv\u00e9e \u00e0 Paris, j\u2019avais perdu l\u2019habitude d\u2019\u00eatre ainsi, sinon d\u00e9sign\u00e9, du moins d\u00e9visag\u00e9. [\u2026] J\u2019ai r\u00e9appris \u00e0 avaler ma susceptibilit\u00e9 [\u2026]. J\u2019insulte les regards grossiers braqu\u00e9s sur ma peau.\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 46)<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre d\u2019Henri Lopes est donc la fabulation de la situation douloureuse du m\u00e9tis en qui le Nord et le Sud se retrouvent et se repoussent simultan\u00e9ment. Il suffit d\u2019observer les \u00e9nonc\u00e9s par lesquels il est d\u00e9crit et qui l\u2019inscrivent dans un entre-deux marquant sa marginalisation dans la soci\u00e9t\u00e9 africaine : \u00ab Caf\u00e9s-au-lait, Blancs-manioc, b\u00e2tards, enfants de p\u00e8res inconnus, n\u00e8gres blancs, demis-demis, chauves-souris, chicor\u00e9es am\u00e9lior\u00e9es, enfants de putains\u00a0\u00bb (Lopes, 1997\u00a0: 200) ; tout un discours brod\u00e9 d\u2019expressions d\u00e9valorisantes qui incorpore dans le r\u00e9cit le champ lexical de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 du sujet m\u00e9tis. Ce dernier, submerg\u00e9 par l\u2019obsession de son mal-\u00eatre, en vient \u00e0 s\u2019auto-d\u00e9valuer, de sorte que des personnages f\u00e9minins m\u00e9tisses (Tantine Honorine, Kol\u00e9l\u00e9) peuvent affirmer que \u00ab le salut des m\u00e9tisses [africaines] r\u00e9sid[e] dans leur \u00e9volution vers des comportements europ\u00e9ens \u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 116) et qu\u2019il faut se garder d\u2019\u00e9pouser des Noirs \u00ab parce qu\u2019il [faut] progresser et tourner le dos au monde indig\u00e8ne \u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 29).<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le roman lop\u00e9sien met en sc\u00e8ne des sujets m\u00e9tis qui s\u2019inventent parfois une image d\u00e9pouill\u00e9e de tout lien avec d\u2019\u00e9ventuelles racines africaines en usant d\u2019un lexique p\u00e9joratif. Ses r\u00e9cits disent ainsi le malaise de personnages africains confront\u00e9s \u00e0 la difficult\u00e9 de se fixer et de vivre au Nord. Aussi, Kol\u00e9l\u00e9 et Andr\u00e9 changent-ils plusieurs fois d\u2019identit\u00e9 et de pays, en qu\u00eate d\u2019eux-m\u00eames et d\u2019un milieu de vie accommodant. Ce dernier conna\u00eetra en France \u00ab\u00a0le malaise de se sentir un fruit d\u00e9pareill\u00e9 \u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 134).<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Le monde racont\u00e9 par Lopes est une mosa\u00efque fragment\u00e9e, une composition h\u00e9t\u00e9roclite o\u00f9 le Nord et le Sud ne parviennent pas \u00e0 se concilier. Le texte lop\u00e9sien se fait l\u2019\u00e9cho d\u2019une conversation impossible entre ces deux soci\u00e9t\u00e9s qui se rencontrent sans fusionner. Et m\u00eame si Lopes prend la figure de h\u00e9raut du m\u00e9tissage, ses r\u00e9cits d\u00e9crivent un h\u00e9ros d\u00e9chu qui fait l\u2019exp\u00e9rience intime de la marginalit\u00e9\u00a0: le m\u00e9tis africain qui, au Nord comme au Sud, se voit pouss\u00e9 aux limites de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Il devient alors l\u2019all\u00e9gorie de la discorde.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre romanesque lop\u00e9sienne se construit \u00e0 travers une po\u00e9tique qui exprime l\u2019inqui\u00e9tude, la contrari\u00e9t\u00e9, l\u2019isolement, la r\u00e9signation, la r\u00e9volte et la marginalit\u00e9. C\u2019est pourquoi on peut affirmer qu\u2019elle pense le monde comme \u00ab\u00a0chaos [d\u2019une] r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (Mudimbe-Boyi, 2011\u00a0: 121) sociale dans laquelle le sujet africain fait l\u2019exp\u00e9rience de son ali\u00e9nation face \u00e0 un Nord oppressant. Le parcours du colonis\u00e9 m\u00e8ne progressivement de la lumi\u00e8re de l\u2019esp\u00e9rance \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 du d\u00e9senchantement, mais on veut se rappeler, avec Jean-Paul Sartre, que \u00ab\u00a0la vie humaine commence de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb (Sartre, 1947\u00a0: 236). Le tragique de l\u2019opposition Nord\/Sud dans le roman lop\u00e9sien ne sugg\u00e8re-t-il pas implicitement un avenir charg\u00e9 de promesses, au-del\u00e0 de la nuit, par-del\u00e0 les discordes?<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Bisanswa, Justin. 2004. \u00ab Pragmatique de la rumeur dans Le Cavalier et son ombre de Boubacar Boris Diop \u00bb.<em> Prot\u00e9e<\/em>, volume\u00a032,\u00a0num\u00e9ro\u00a03 (Hiver),\u00a0p. 77-86.<\/p>\n<p>Bisanswa, Justin. 2009. <em>Roman africain contemporain. Fictions sur la fiction de la modernit\u00e9 et du r\u00e9alisme<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion, 221 p.<\/p>\n<p>Dabla, S\u00e9wanou. 1991. \u00ab Les nouvelles \u00e9critures africaines. Romanciers de la seconde g\u00e9n\u00e9ration \u00bb, <em>\u00c9tudes litt\u00e9raires<\/em>, vol. 24, num\u00e9ro 2, p. 127-130.<\/p>\n<p>Fournier, Martine, 2012. \u00ab \u00c0 propos de la domination masculine \u00bb, <em>Sciences Humaines<\/em>, Hors s\u00e9rie sp\u00e9cial num\u00e9ro 15, p. 50-53.<\/p>\n<p>Gbanou, S\u00e9lom Komlan. 2004. \u00ab Le fragmentaire dans le roman francophone africain \u00bb, Les formes transculturelles du roman francophone, <em>Tangence<\/em>, vol.\u00a075 (\u00e9t\u00e9),\u00a0p.\u00a083-105.<\/p>\n<p>_______. 2006. \u00ab La travers\u00e9e des signes\u00a0: roman africain et renouvellement du discours \u00bb, dans <em>Revue de l\u2019Universit\u00e9 de Moncton<\/em>, vol. 37, num\u00e9ro 1, p. 39-66.<\/p>\n<p>Genette, G\u00e9rard. 1982. <em>Palimpsestes. La litt\u00e9rature au second degr\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 467 p.<\/p>\n<p>Kristeva, Julia. 1978. <em>S\u00e9miotik\u00e8. Recherches pour une s\u00e9manalyse<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, coll. Points, 318 p.<\/p>\n<p>Kundera, Milan.1986. <em>L\u2019art du roman<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 199 p.<\/p>\n<p>Lopes, Henri. 1976. <em>La Nouvelle Romance<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: \u00c9ditions CL\u00c9, 194 p.<\/p>\n<p>_______. 1982.<em> Le Pleurer-rire<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence africaine, 315 p.<\/p>\n<p>_______. 1990. <em>Le Chercheur d\u2019Afriques<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 302 p.<\/p>\n<p>_______. 1992. <em>Sur l\u2019autre rive<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 235 p.<\/p>\n<p>_______. 1997. <em>Le Lys et le flamboyant<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 431 p.<\/p>\n<p>_______.2003. <em>Ma grand-m\u00e8re bantoue et mes anc\u00eatres les Gaulois<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 112 p.<\/p>\n<p>Mudimbe-Boyi, Elisabeth. 2011. \u00ab Henri Lopes\u00a0: comment \u00e9crire cette (h)Histoire\u00bb, dans Justin Bisanswa et Kavwahirehi Kasereka [dir], <em>Dire le social dans le roman africain francophone contemporain<\/em>, Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion, 601 p., p. 111-127.<\/p>\n<p>Sartre, Jean-Paul. 1947. <em>Les Mouches<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 316 p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Bouazi, M\u00e9dard K. 2013. \u00ab \u00c9nonciation du d\u00e9sarroi social : la dialectique nord\/sud dans l\u2019\u0153uvre romanesque d\u2019Henri Lopes. \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Nord\/Sud \u00bb, n\u00b017, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/Bouazi-17&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bouazi-17.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 bouazi-17.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a1834b30-9af9-4afe-a432-e383a1cf99d2\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bouazi-17.pdf\">bouazi-17<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bouazi-17.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a1834b30-9af9-4afe-a432-e383a1cf99d2\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Nord\/Sud \u00bb, n\u00b017 L\u2019\u0153uvre romanesque de l\u2019auteur congolais Henri Lopes (Grand Prix Litt\u00e9raire d\u2019Afrique noire en 1972 et en 1990 ; Grand Prix de la Francophonie en 1993) \u00e9nonce le d\u00e9sarroi des marginalis\u00e9s suite \u00e0 la rencontre de l\u2019Afrique et de la France. 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