{"id":5532,"date":"2024-06-13T19:48:22","date_gmt":"2024-06-13T19:48:22","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-disparition-symptome-de-rupture-nostalgique-dans-les-livres-darnaldur-indridason\/"},"modified":"2024-09-06T16:49:25","modified_gmt":"2024-09-06T16:49:25","slug":"la-disparition-symptome-de-rupture-nostalgique-dans-les-livres-darnaldur-indridason","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5532","title":{"rendered":"La disparition, sympt\u00f4me de rupture nostalgique dans les livres d\u2019Arnaldur Indridason"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6887\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6887\">Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p><em>Oh, o\u00f9 suis-je donc, \/ Maintenant que s\u2019abat l\u2019hiver \/ Et o\u00f9 ont fui les fleurs \/ Le soleil \/ Et l\u2019ombre \/ rafra\u00eechissante de la terre ? \/ R\u00e9sonnent les murailles, \/ Muettes et glaciales, \/ Grincent les girouettes \/ Dans la temp\u00eate\u00a0<\/em><a id=\"footnoteref1_aw7k9kj\" class=\"see-footnote\" title=\"Extrait de Au milieu de la vie, Friedrich H\u00f6lderlin, exergue de Hiver arctique.\" href=\"#footnote1_aw7k9kj\">[1]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019occupation principale du commissaire Erlendur Svenson, h\u00e9ros des romans policiers de l\u2019auteur islandais Arnaldur Indridason, lorsqu\u2019il n\u2019est pas en train de lire un livre relatant en d\u00e9tail une disparition tragique, est d\u2019enqu\u00eater sur des disparitions. Il se demande ainsi \u00ab\u00a0comment raconter l\u2019histoire sans oblit\u00e9rer la m\u00e9moire du pr\u00e9sent comme lieu d\u2019inscription de soi et d\u2019institution de la communaut\u00e9, comme espace d\u2019initiative et d\u2019action\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a023). En se basant principalement sur les romans <em>La Femme en vert<\/em> (2007a),<em> Hiver arctique<\/em> (2009) et <em>Hypothermie<\/em> (2010), mais aussi, quoique dans une moindre mesure, sur les autres romans policiers d\u2019Indridason traduits en fran\u00e7ais<a id=\"footnoteref2_wrgyzqc\" class=\"see-footnote\" title=\"La Cit\u00e9 des jarres (2005), La Voix (2007b), L\u2019Homme du lac\u00a0(2008). \" href=\"#footnote2_wrgyzqc\">[2]<\/a>, il s\u2019agira de montrer en quoi la disparition est le sympt\u00f4me d\u2019un malaise de la modernit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 une discontinuit\u00e9 narrative, psychologique et soci\u00e9tale, qui tente de trouver une solution dans les livres, lieu du \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb permettant de combler le \u00ab\u00a0non-dit\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9 par la disparition. Une premi\u00e8re approche analysera les manifestations narratives de la disparition et propose une possible r\u00e9solution des traumatismes qu\u2019elle suscite par l\u2019\u00e9criture\u00a0; une deuxi\u00e8me questionnera les relations entre la modernit\u00e9 et l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019assimiler la disparition\u00a0; une troisi\u00e8me, enfin, s\u2019int\u00e9ressera \u00e0 la discontinuit\u00e9 que vient introduire la disparition, dans le rapport de l\u2019individu non seulement au temps, mais aussi \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 moderne. Le motif de la disparition est ainsi utilis\u00e9 pour \u00e9tudier diff\u00e9rents aspects de la modernit\u00e9, selon les caract\u00e9ristiques d\u00e9finies par Anthony Giddens et en suivant plus particuli\u00e8rement l\u2019intuition de Jean-Fran\u00e7ois Hamel, pour lequel une conception apor\u00e9tique du temps est propre \u00e0 la modernit\u00e9 (Hamel, 2006, p.\u00a0207).<\/p>\n<h2>Les types de disparition et ses principes de multiplication<\/h2>\n<p>La disparition est presque toujours \u00e0 l\u2019origine des enqu\u00eates men\u00e9es par le commissaire Erlendur Svenson, \u00e0 moins qu\u2019elle ne produise un rebondissement au cours de ses recherches. Deux types de disparition se distinguent\u00a0: celles o\u00f9 le corps est pr\u00e9sent, mais pas le nom, comme pour le squelette inconnu qui lance le r\u00e9cit de <em>La Femme en vert<\/em>\u00a0; et celles o\u00f9 le nom est connu, mais o\u00f9 le corps fait d\u00e9faut, comme c\u2019est le cas des deux jeunes adultes de l\u2019intrigue secondaire de <em>Hypothermie<\/em>. Si l\u2019on consid\u00e8re que l\u2019identit\u00e9 d\u2019une personne est d\u00e9pendante de son apparence et aussi de son \u00e9tat civil, la disparition devient l\u2019\u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019une incompl\u00e9tude identitaire. Parmi les diff\u00e9rentes acceptions du mot \u00ab\u00a0disparition\u00a0\u00bb en islandais, on pourrait \u00e0 ce sujet retenir <em>gangayifr<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0cesser d\u2019exister\u00a0\u00bb. Non pas simplement mourir, mais perdre r\u00e9ellement une vie aussi bien corporelle qu\u2019identitaire et par cons\u00e9quent <em>ne pas pouvoir r\u00e9ellement<\/em> mourir. Dans les romans d\u2019Indridason, ce n\u2019est que lorsque la mat\u00e9rialit\u00e9 du corps et la conceptualisation de l\u2019identit\u00e9 sont r\u00e9unies dans le rituel fun\u00e8bre que le d\u00e9c\u00e8s peut r\u00e9ellement \u00eatre accept\u00e9. Ainsi en est-il de l\u2019enterrement de sa sup\u00e9rieure Marion Briem, auquel assiste solitairement Erlendur\u00a0: \u00ab\u00a0Ce ne fut qu\u2019alors qu\u2019il se tenait l\u00e0, tout seul avec cette urne entre les mains, qu\u2019il prit r\u00e9ellement conscience que c\u2019\u00e9tait termin\u00e9.\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0331)<\/p>\n<p>Le fait qu\u2019une disparition soit difficile \u00e0 accepter \u00e0 cause d\u2019un manque d\u2019\u00e9l\u00e9ments ne permettant pas de faire pleinement le deuil est bien s\u00fbr un lieu commun. Cependant, elle peut s\u00e9vir \u00e0 des niveaux o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas, se manifestant parfois alors qu\u2019il n\u2019y a pas de dissociation corps-nom apparente, comme c\u2019est le cas pour le suicide<a id=\"footnoteref3_txal408\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0un suicide, c\u2019est aussi une disparition\u00a0\u00bb (Indridason, 2010, p. 205)\" href=\"#footnote3_txal408\">[3]<\/a>. Les disparitions paraissent s\u2019engendrer les unes les autres, selon un principe de contagion\u00a0: le squelette dans <em>La Femme en vert<\/em>, qui renvoie \u00e0 une disparition pass\u00e9e ayant eu lieu une quarantaine d\u2019ann\u00e9es auparavant, permet d\u2019attirer l\u2019attention sur une autre disparition qui vient de se produire au moment o\u00f9 commence l\u2019enqu\u00eate. Ainsi, lorsqu\u2019une disparition ne conna\u00eet pas de solution, elle continue de hanter les survivants et les pousse \u00e0 provoquer \u00e0 leur tour des disparitions, comme dans <em>La Femme en vert<\/em> o\u00f9 le fils r\u00e9p\u00e8te les gestes violents du p\u00e8re. L\u2019id\u00e9e de transmission est particuli\u00e8rement visible \u00e0 travers la pr\u00e9sence des enfants\u00a0: ce sont eux qui sont le plus durablement affect\u00e9s par le traumatisme, comme le jeune Nyran qui dispara\u00eet dans <em>Hiver arctique<\/em> pour pouvoir venger son fr\u00e8re<a id=\"footnoteref4_kjii829\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans La Cit\u00e9 des jarres, l\u2019id\u00e9e de transmission du traumatisme est doubl\u00e9e physiquement par celle de la transmission de la maladie g\u00e9n\u00e9tique dont est responsable le viol initial, et qui pousse chaque g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 p\u00e2tir de la maladie sans pouvoir lui trouver d\u2019explication.\" href=\"#footnote4_kjii829\">[4]<\/a>. Chaque disparition ne semble ainsi que le r\u00e9sultat de la r\u00e9p\u00e9tition traumatique d\u2019une autre<a id=\"footnoteref5_2fd23ac\" class=\"see-footnote\" title=\"Il est \u00e0 ce sujet r\u00e9v\u00e9lateur que la seule action violente incompr\u00e9hensible soit celle perp\u00e9tu\u00e9e par les jeunes adolescents d\u2019Hiver arctique, parce qu\u2019elle n\u2019a pas encore acquis le sens de la r\u00e9p\u00e9tition : \u00ab\u00a0Il \u00e9tait l\u00e0. [\u2026] Et on avait rien \u00e0 faire.\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0331)\" href=\"#footnote5_2fd23ac\">[5]<\/a>. La propre obsession d\u2019Erlendur est directement en lien avec une disparition dont il a lui-m\u00eame subi les cons\u00e9quences psychologiques pour n\u2019avoir pas su l\u2019emp\u00eacher\u00a0: celle de son petit fr\u00e8re, dont il a laiss\u00e9 glisser la main lors d\u2019une temp\u00eate de neige. Le corps n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, et Erlendur continue de se rendre r\u00e9guli\u00e8rement sur les lieux dans l\u2019espoir vain mais tenace de trouver une explication. C\u2019est l\u00e0 le sympt\u00f4me d\u2019un traumatisme qu\u2019il ne semble pas possible de d\u00e9passer et qui le condamne, selon une approche psychanalytique, \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter le refoul\u00e9 dans le pr\u00e9sent plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 se le rem\u00e9morer comme un fragment du pass\u00e9. L\u2019exp\u00e9rience fait retour, \u00e9vacuant la m\u00e9moire consciente au profit d\u2019une reproduction inconsciente. Erlendur reproduit effectivement le geste d\u2019abandon qu\u2019il a connu en disparaissant \u00e0 son tour de la vie de ses enfants<a id=\"footnoteref6_1kll4sa\" class=\"see-footnote\" title=\"Le terme \u00ab\u00a0disparition\u00a0\u00bb est l\u00e0 aussi employ\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Alors, il disparut. Il disparut de la vie de la petite fille de deux ans, assise sa couche coll\u00e9e aux fesses.\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p.\u00a0250)\" href=\"#footnote6_1kll4sa\">[6]<\/a>, et d\u00e9veloppe une obsession qui d\u00e9note un rapport fauss\u00e9 avec la m\u00e9moire, pour des \u00e9v\u00e9nements similaires.<\/p>\n<p>Les disparitions irr\u00e9solues produisent donc un traumatisme, dont l\u2019impact non seulement influe sur l\u2019individu, mais se r\u00e9percute au travers des g\u00e9n\u00e9rations\u00a0: elles cr\u00e9ent un blocage qui emp\u00eache le d\u00e9roulement lin\u00e9aire du temps et condamne \u00e0 une r\u00e9it\u00e9ration maladive. C\u2019est ce \u00e0 quoi Hamel fait r\u00e9f\u00e9rence lorsqu\u2019il \u00e9voque Heidegger pour qui l\u2019\u00eatre-l\u00e0 (le Dassein) ne peut se projeter vers le futur qu\u2019en se saisissant de \u00ab\u00a0ce qui a \u00e9t\u00e9 pour en reconna\u00eetre les possibilit\u00e9s non exploit\u00e9es et circonscrire l\u2019ouverture de l\u2019avenir\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a014), mais de fa\u00e7on authentique. C\u2019est justement le cas de l\u2019adoption \u00e9lective de Marion Briem par Erlendur<a id=\"footnoteref7_s0ccxdn\" class=\"see-footnote\" title=\"Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Marion Briem, Erlendur pense \u00ab\u00a0\u00e0 cette histoire qui \u00e9tait une partie de lui, cette histoire sans laquelle il ne pouvait ni ne d\u00e9sirait exister. Cette histoire qui se confondait avec sa propre personne.\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0332)\" href=\"#footnote7_s0ccxdn\">[7]<\/a>\u00a0; alors que les disparitions, qui font les morts d\u00e9cider pour les vivants, ne le sont pas, et emp\u00eachent une <em>vraie <\/em>r\u00e9p\u00e9tition. Celle-ci reprend, comme l\u2019indique le pr\u00e9fixe, c\u2019est-\u00e0-dire envisage selon un angle nouveau\u00a0: le Pierre M\u00e9nard de Jorge Lu\u00eds Borges qui <em>r\u00e9<\/em>\u00e9crit <em>Don Quichotte<\/em> le fait de mani\u00e8re totalement identique et totalement diff\u00e9rente, donc dynamique. Dans cette perspective, le probl\u00e8me d\u2019une histoire qui n\u2019est pas, comme celle de Marion Briem, accept\u00e9e dynamiquement, mais seulement retranscrite de fa\u00e7on fig\u00e9e, s\u2019av\u00e8re qu\u2019elle resurgira toujours en perp\u00e9tuant le traumatisme, comme pour Erlendur\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019image du corps [&#8230;] <em>lui vint \u00e0 l\u2019esprit, entra\u00eenant imm\u00e9diatement<\/em> celle, ancienne, d\u2019un autre petit gar\u00e7on qui [&#8230;] avait p\u00e9ri dans une temp\u00eate d\u00e9cha\u00een\u00e9e. C\u2019\u00e9tait son fr\u00e8re, \u00e2g\u00e9 de huit ans.\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a095. Je souligne.)<\/p>\n<h2>La verbalisation du traumatisme\u00a0: une solution possible ?<\/h2>\n<p>Une solution pour vivre de fa\u00e7on apais\u00e9e avec un traumatisme li\u00e9 \u00e0 une disparition semble alors \u00eatre, dans les romans, la capacit\u00e9 \u00e0 le verbaliser. Au fil de ses enqu\u00eates, Erlendur est de plus en plus confront\u00e9 \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de relater ce qui lui est arriv\u00e9, ce qui est en partie rendu possible par le fait d\u2019avoir lu de nombreux r\u00e9cits de disparitions\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] beaucoup d\u2019entre elles racontaient en r\u00e9alit\u00e9 des sauvetages couronn\u00e9s de succ\u00e8s et parlaient de la capacit\u00e9 qu\u2019avaient les gens de se remettre apr\u00e8s avoir support\u00e9 d\u2019incroyables \u00e9preuves ainsi que de leur obstination sans limite. C\u2019est en cela que r\u00e9side tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces histoires, avait-il affirm\u00e9. Voil\u00e0 pourquoi elles sont si importantes. (Indridason, 2009, p.\u00a0281)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un livre racontant la disparition de son propre fr\u00e8re lui donne finalement la possibilit\u00e9 de raconter son exp\u00e9rience \u00e0 l\u2019attention de sa fille (Indridason, 2007a). Au niveau di\u00e9g\u00e9tique des enqu\u00eates elles-m\u00eames, les documents \u00e9crits peuvent participer de leur r\u00e9solution, puisque Erlendur \u00e9prouve un \u00ab\u00a0vif plaisir \u00e0 r\u00e9soudre [l\u2019\u00e9nigme d\u2019une disparition pass\u00e9e] en se plongeant dans de vieux papiers jaunis\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p.\u00a069). Dans le m\u00eame roman, des \u00e9l\u00e9ments nouveaux sont apport\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 une lecture patiente de vieux documents entrepos\u00e9s dans une cave\u00a0: une tradition \u00e9crite archiv\u00e9e permet la progression de l\u2019enqu\u00eate. Par ailleurs, au niveau narratif, tous les livres d\u2019Indridason fonctionnent selon le m\u00eame principe, c\u2019est-\u00e0-dire parvenir, \u00e0 la fin du roman, \u00e0 l\u2019unification de deux r\u00e9cits distincts en tension l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre. Celui, d\u2019une part, de l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par Erlendur, pris en charge par un narrateur extradi\u00e9g\u00e9tique (Genette, 1972, p.\u00a0256) et n\u2019ayant qu\u2019un acc\u00e8s relatif aux pens\u00e9es du personnage principal, afin de maintenir le suspense quant aux conclusions qui ne seront formul\u00e9es qu\u2019\u00e0 la fin. Celui, d\u2019autre part, autodi\u00e9g\u00e9tique (Genette, 1972, p.\u00a0253) et mat\u00e9rialis\u00e9 par des italiques, d\u2019un r\u00e9cit effectu\u00e9 soit par la victime (dans <em>La Voix<\/em>, <em>Hypothermie<\/em> et <em>L\u2019Homme du lac<\/em>), soit par la victime et le coupable (dans <em>La Femme en vert<\/em>), dont l\u2019origine peut demeurer myst\u00e9rieuse jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9solution de l\u2019enqu\u00eate, et qui permet au discours du personnage Erlendur de donner une coh\u00e9rence narrative commune \u00e0 ces deux r\u00e9cits jusqu\u2019alors simplement juxtapos\u00e9s. Ainsi, le traumatisme provoqu\u00e9 par la disparition initiale, cons\u00e9quence d\u2019une rupture entre nom et corps, semble pouvoir \u00eatre surpass\u00e9 par le biais du support \u00e9crit. En derni\u00e8re instance, il semble que c\u2019est la coh\u00e9rence et la transmissibilit\u00e9 d\u2019un discours qui, enfin rendu possible, peut esp\u00e9rer r\u00e9soudre le traumatisme.<\/p>\n<h2>\u00c9tranger \u00e0 soi-m\u00eame<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 la possibilit\u00e9 de r\u00e9solution qu\u2019ouvre la verbalisation du traumatisme d\u00e9coulant des disparitions, il demeure int\u00e9ressant d\u2019analyser ses effets selon une perspective plus vaste\u00a0: \u00ab\u00a0Lequel des deux suis-je, de celui qui survit ou de l\u2019autre qui meurt<a id=\"footnoteref8_qdk2mta\" class=\"see-footnote\" title=\"Vers d\u2019un po\u00e8me de Steinn Steinarr situ\u00e9 en exergue de Hiver arctique, qui est \u00e9galement cit\u00e9 dans le r\u00e9cit par Erlendur regardant son reflet, alors qu\u2019il se sent \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame (Indridason, 2009, p.\u00a0158).\" href=\"#footnote8_qdk2mta\">[8]<\/a> ?\u00a0\u00bb C\u2019est une question qui poursuit Erlendur puisque, lorsqu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 sa fille alors dans le coma, il affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Il a disparu, je crois qu\u2019il est toujours perdu, comme il l\u2019a \u00e9t\u00e9 pendant bien longtemps, et je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019on le retrouve un jour.\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p.\u00a0251) On pourrait croire qu\u2019il \u00e9voque son petit fr\u00e8re, mais il parle alors en r\u00e9alit\u00e9 de lui-m\u00eame \u00e0 la troisi\u00e8me personne<a id=\"footnoteref9_kk0cqd5\" class=\"see-footnote\" title=\"De m\u00eame dans La Femme en vert introduit-il une ambigu\u00eft\u00e9 r\u00e9v\u00e9latrice qui ne permet pas d\u2019\u00eatre s\u00fbr que le fils perdu ne soit pas Erlendur\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, je vous parlerai de lui [le p\u00e8re d\u2019Erlendur] un de ces jours, r\u00e9pondit Erlendur. Il... [\u2026] Il a perdu son fils.\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote9_kk0cqd5\">[9]<\/a>. Erlendur est donc disparu lui aussi, rendu <em>\u00e9tranger<\/em> \u00e0 lui-m\u00eame<a id=\"footnoteref10_id89ojk\" class=\"see-footnote\" title=\"La signification en islandais du nom \u00ab\u00a0Erlendur\u00a0\u00bb.\" href=\"#footnote10_id89ojk\">[10]<\/a>, ni vraiment pr\u00e9sent ni vraiment absent. Son probl\u00e8me est d\u2019\u00eatre le double en creux de son fr\u00e8re, que sa disparition a paradoxalement rendu plus pr\u00e9sent, for\u00e7ant Erlendur \u00e0 \u00eatre plus absent qu\u2019il ne le devrait. C\u2019est \u00e9galement le cas des deux jeunes gens de <em>Hypothermie<\/em>, dont la pens\u00e9e ne quitte pas les vivants<a id=\"footnoteref11_i3l23o5\" class=\"see-footnote\" title=\"Le p\u00e8re de David vient r\u00e9guli\u00e8rement voir Erlendur depuis 1976 et affirme lors de sa derni\u00e8re visite qu\u2019\u00ab\u00a0il aurait eu quarante-neuf ans aujourd\u2019hui. [\u2026] Jamais il n\u2019a f\u00eat\u00e9 ses vingt-et-un ans\u00a0\u00bb (Indridason, 2010, p.\u00a049), puis demande\u00a0: \u00ab\u00a0Mais on... enfin, nous... il y a toujours de l\u2019espoir, n\u2019est-ce-pas ?\u00a0\u00bb (Ibid, p.\u00a052)\" href=\"#footnote11_i3l23o5\">[11]<\/a>. Les personnages disparus sont en fait d\u2019autant plus pr\u00e9sents qu\u2019ils sont absents, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse on peut d\u00e9nombrer un certain nombre de personnages dont le statut de r\u00e9els \u00ab\u00a0vivants\u00a0\u00bb est sujet \u00e0 caution. C\u2019est le cas de la fille d\u2019Erlendur lors de son coma tout au long de <em>La Femme en vert<\/em>. D\u00e8s lors, le milieu hospitalier et les maisons de retraite sont, avec les cimeti\u00e8res, des lieux r\u00e9currents des enqu\u00eates d\u2019Erlendur, o\u00f9 il devient possible de rencontrer des mourants, ou des morts auxquels l\u2019on s\u2019adresse tout de m\u00eame.<\/p>\n<h2>Surnaturel et revenants<\/h2>\n<p>Ces statuts de morts-vivants correspondent \u00e0 un contexte plus large de l\u2019univers des enqu\u00eates, s\u2019aventurant parfois du c\u00f4t\u00e9 du surnaturel. Les intuitions d\u2019Erlendur permettant de r\u00e9soudre des enqu\u00eates alors que rien d\u2019autre ne semble motiver son obstination confinent parfois au magique. De plus, un certain nombre de co\u00efncidences curieuses sont mises en sc\u00e8ne dans les livres, comme dans <em>La Femme en vert<\/em> o\u00f9 la fille d\u2019Erlendur s\u2019\u00e9veille de son coma \u00ab\u00a0au m\u00eame moment\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p.\u00a0347) que celui o\u00f9 son p\u00e8re r\u00e9sout l\u2019enqu\u00eate. Les songes sont importants, notamment dans <em>Hiver arctique<\/em> o\u00f9 la fille d\u2019Erlendur tient \u00e0 tout prix \u00e0 raconter qu\u2019elle a r\u00eav\u00e9 une mort possible du fr\u00e8re d\u2019Erlendur, sans qu\u2019elle semble avoir pu \u00eatre en contact avec qui que ce soit la lui ayant sugg\u00e9r\u00e9e<a id=\"footnoteref12_psh7wsy\" class=\"see-footnote\" title=\"La m\u00e8re d\u2019Erlendur, \u00e0 ce moment \u00e9voqu\u00e9e, \u00e9tait visiblement elle aussi sujette \u00e0 des r\u00eaves laissant planer la possibilit\u00e9 d\u2019une communication entre l\u2019inconscient humain et le surnaturel\u00a0: elle \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 r\u00eaver de choses int\u00e9ressantes [\u2026] apr\u00e8s l\u2019\u00e2ge de trente ans. Elle \u00e9tait alors en mesure de pr\u00e9voir les d\u00e9c\u00e8s, les naissances, les visites, et bien d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements qui se v\u00e9rifiaient le plus souvent\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0169).\" href=\"#footnote12_psh7wsy\">[12]<\/a>. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, Erlendur est plusieurs fois confront\u00e9 \u00e0 des m\u00e9diums\u00a0: dans <em>La Femme en vert<\/em>, o\u00f9 une m\u00e9dium semble savoir qu\u2019il est hant\u00e9 par le souvenir de son fr\u00e8re, et dans <em>Hypothermie<\/em>, o\u00f9 une femme est pr\u00eate \u00e0 faire une exp\u00e9rience de vie apr\u00e8s la mort pour tenter d\u2019entrer en communication avec son p\u00e8re et sa m\u00e8re. Le spiritisme, la possibilit\u00e9 d\u2019une communication avec les d\u00e9funts, est au fond une forme de r\u00e9ponse logique \u00e0 donner \u00e0 des \u00eatres ni vivants ni morts que sont les disparus\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il \u00e9tait possible d\u2019apaiser d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre les gens confront\u00e9s \u00e0 la perte d\u2019un \u00eatre aim\u00e9, alors cela ne le d\u00e9rangeait pas. L\u2019origine de la consolation importait peu.\u00a0\u00bb (Indridason, 2010, p.\u00a0215) Cependant, cet apaisement n\u2019est pas \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde, Erlendur lui-m\u00eame \u00e9tant par exemple peu enclin \u00e0 se laisser convaincre par la possibilit\u00e9 d\u2019un au-del\u00e0. Cet univers romanesque o\u00f9 se c\u00f4toient disparus et morts-vivants, \u00e0 cause d\u2019une incapacit\u00e9 \u00e0 achever le deuil, serait alors sp\u00e9cifique \u00e0 la modernit\u00e9, parce que \u00ab\u00a0la question du deuil inachev\u00e9 [lui] est sans doute centrale [\u2026]\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a0208)<a id=\"footnoteref13_0cykmxm\" class=\"see-footnote\" title=\"Le revenant est alors, selon Hamel, une figure marquante de la modernit\u00e9.\" href=\"#footnote13_0cykmxm\">[13]<\/a>. Il para\u00eet coh\u00e9rent de s\u2019int\u00e9resser au niveau soci\u00e9tal pr\u00e9sent dans les romans d\u2019Indridason, en prenant la disparition comme fil conducteur afin d\u2019interroger son rapport \u00e0 la modernit\u00e9.<\/p>\n<h2>Extension de la modernit\u00e9<\/h2>\n<p>Les romans d\u2019Indridason d\u00e9veloppent un rapport probl\u00e9matique au temps se situant cette fois-ci d\u2019un point de vue historique, et qui \u00e9voque la notion de \u00ab\u00a0discontinuit\u00e9\u00a0\u00bb dont parle Giddens en en faisant une caract\u00e9ristique de la soci\u00e9t\u00e9 moderne (Giddens, 1991, p.\u00a012-16). En effet, Erlendur affirme, en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un pass\u00e9 vieux de soixante, soixante-dix ans\u00a0: \u00ab\u00a0Ces gens disparaissaient et, m\u00eame si nul ne s\u2019en r\u00e9jouissait, <em>leur destin \u00e9tait tout de m\u00eame accept\u00e9<\/em> dans une certaine mesure [\u2026]\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p.\u00a0126. Je souligne.). Les choses ont bien chang\u00e9 depuis lors. Les romans d\u2019Indridason mettent en \u00e9vidence, \u00e0 travers leur traitement m\u00e9thodique de sujets de soci\u00e9t\u00e9<a id=\"footnoteref14_41hc5ea\" class=\"see-footnote\" title=\"La pol\u00e9mique autour de l\u2019utilisation du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9serv\u00e9 par l\u2019isolement de l\u2019Islande dans La Cit\u00e9 des jarres, les violences conjugales dans La Femme en vert, la gloire pr\u00e9coce et passag\u00e8re dans La Voix, l\u2019implication historique de l\u2019Islande dans la guerre froide dans L\u2019Homme du lac, les tensions autour de l\u2019immigration dans Hiver arctique, le suicide dans Hypothermie.\" href=\"#footnote14_41hc5ea\">[14]<\/a>, une mutation de la soci\u00e9t\u00e9 islandaise laissant para\u00eetre une scission profonde due \u00e0 l\u2019insertion de l\u2019\u00eele dans un univers mondialis\u00e9, qui correspondrait \u00e0 l\u2019extension plan\u00e9taire de la modernit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e par Giddens (1991, p.\u00a015). On peut ainsi observer les r\u00e9ticences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d\u2019Erlendur \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019irruption de l\u2019anglais dans le vocabulaire islandais, jusqu\u2019alors pr\u00e9serv\u00e9. <em>La Femme en vert<\/em> s\u2019int\u00e9resse plus particuli\u00e8rement au moment d\u2019ouverture de la soci\u00e9t\u00e9 islandaise sur le monde lorsque la Seconde Guerre mondiale a amen\u00e9 sur l\u2019\u00eele des soldats am\u00e9ricains. De m\u00eame, dans <em>Hiver arctique<\/em>, le r\u00e9cit tourne autour des tensions que g\u00e9n\u00e8re l\u2019immigration au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le nombre d\u2019\u00e9trangers est encore peu \u00e9lev\u00e9\u00a0: Erlendur y feuillette par exemple une revue o\u00f9 \u00ab\u00a0on [\u2026] mentionnait les dangers de disparition qui mena\u00e7ait les Islandais comme race nordique [\u2026] \u00e0 la suite du m\u00e9tissage constant qu\u2019ils subissaient\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0180). De plus, <em>La Femme en vert<\/em> insiste sur l\u2019urbanisation de la zone entourant Reykjavik. Cela met l\u2019accent sur le passage d\u2019un mode de vie rural \u00e0 un mode de vie urbain comme \u00e9tant \u00e9galement une modification profonde, r\u00e9cente et rapide, car il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9organisation de l\u2019espace selon des principes compl\u00e8tement diff\u00e9rents (Giddens, 1991, p.\u00a016). Erlendur tend pour sa part \u00e0 symboliser un attachement \u00e0 de vieilles valeurs menac\u00e9es de disparition\u00a0: les romans s\u2019attardent sur ses habitudes culinaires ou langagi\u00e8res et sur ses m\u00e9thodes d\u2019investigation traditionnelles, desquelles se moque son assistant, plus moderne. Ils semblent ainsi enregistrer la disparition nostalgique d\u2019un certain mode de vie, pr\u00e9sent\u00e9e comme irr\u00e9m\u00e9diable. Dans ce contexte, elle appara\u00eet alors comme le sympt\u00f4me d\u2019un changement irr\u00e9versible qui concerne non seulement un individu ou une famille, mais la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re.<\/p>\n<h2>Tradition et modernit\u00e9<\/h2>\n<p>Erlendur sugg\u00e8re dans <em>La Femme en vert<\/em> qu\u2019il aurait abandonn\u00e9 sa famille \u00e0 cause d\u2019une rupture avec la tradition\u00a0: \u00e0 son enfance, durant laquelle il \u00e9tait encore possible de vivre de fa\u00e7on apais\u00e9e avec les fant\u00f4mes<a id=\"footnoteref15_jnlrgxi\" class=\"see-footnote\" title=\"O\u00f9 on lui transmet \u00ab\u00a0des histoires de fant\u00f4mes et de revenants, des histoires qui parlaient d\u2019une vie qui faisait partie de sa vie \u00e0 lui\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p. 248). On notera la proximit\u00e9 de la formulation avec le moment o\u00f9 il accepte la mort de Marion Briem dans Hiver arctique (voir plus haut).\" href=\"#footnote15_jnlrgxi\">[15]<\/a>, succ\u00e8de une p\u00e9riode o\u00f9 \u00ab\u00a0il n\u2019entendait plus d\u2019histoires et elles se perdirent. Tous ses proches avaient disparu [&#8230;]. Lui-m\u00eame errait \u00e0 la d\u00e9rive dans une ville o\u00f9 il n\u2019avait aucune raison d\u2019\u00eatre [\u2026]\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p.\u00a0248). Cela fait bien entendu \u00e9cho au d\u00e9roulement de l\u2019enqu\u00eate de ce m\u00eame roman qui n\u2019a lieu que parce que le squelette qui lance l\u2019intrigue \u2013 lequel revient de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 travers les visites qu\u2019Erlendur fait au g\u00e9ologue charg\u00e9 de son exhumation \u2013, jusqu\u2019alors enterr\u00e9 dans l\u2019impunit\u00e9, est retrouv\u00e9 dans les fondations d\u2019une maison en construction faisant partie d\u2019un nouveau quartier en train de s\u2019\u00e9tendre sur la campagne. On se trouve donc en pr\u00e9sence d\u2019une classique opposition ville\/campagne, que recoupe une relation apais\u00e9e\/probl\u00e9matique vis-\u00e0-vis de la disparition, complexifi\u00e9e par l\u2019absence de transmission au sein de la soci\u00e9t\u00e9 urbaine. Notable est l\u2019isolement des personnes \u00e2g\u00e9es dans les romans, rel\u00e9gu\u00e9es dans des maisons de retraites d\u2019o\u00f9 elles ne peuvent plus rien communiquer \u00e0 moins qu\u2019Erlendur ne vienne les y interroger. C\u2019est par exemple le cas du p\u00e8re dont le fils a disparu dans L\u2019Homme du lac, et qui d\u00e9c\u00e8de solitairement, juste avant qu\u2019Erlendur puisse lui annoncer la d\u00e9couverte du cadavre de son fils<a id=\"footnoteref16_9ccnukk\" class=\"see-footnote\" title=\"Erlendur tient cependant \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler sa d\u00e9couverte au p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9, comme si un apaisement pouvait en d\u00e9couler.\" href=\"#footnote16_9ccnukk\">[16]<\/a>. Cependant, comme le vieillard de <em>La Femme en vert<\/em>, lui aussi isol\u00e9 dans une maison de retraite, les personnes \u00e2g\u00e9es contribuent souvent \u00e0 la r\u00e9solution des enqu\u00eates. Hamel fait remarquer qu\u2019\u00ab\u00a0avec la disparition progressive de la communaut\u00e9 s\u2019amorce le d\u00e9clin de l\u2019art de narrer dont r\u00e9sulte la difficult\u00e9 de la modernit\u00e9 \u00e0 articuler la transmission de la m\u00e9moire culturelle au passage des g\u00e9n\u00e9rations\u00a0\u00bb (Hamel, 2006, p.\u00a063). Cette absence de communication due \u00e0 une rupture avec le groupe est visible dans <em>La Femme en vert<\/em>\u00a0: du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Erlendur qui all\u00e8gue son isolement urbain pour expliquer son comportement, mais aussi du c\u00f4t\u00e9 du mari violent finalement arr\u00eat\u00e9 au terme de l\u2019enqu\u00eate, qui ne bat sa femme impun\u00e9ment que parce que celle-ci n\u2019a aucun appui familial ou communautaire vers lequel se tourner. Pourtant, le couple habite \u00e0 proximit\u00e9 de la ville (qui est la condition de leur subsistance)\u00a0: le roman sugg\u00e8re donc que l\u2019urbanisation rapide a eu raison des communaut\u00e9s solidaires auxquelles fait r\u00e9f\u00e9rence Erlendur. Par contrecoup, il est r\u00e9v\u00e9lateur que la r\u00e9solution de l\u2019enqu\u00eate soit permise par une intuition d\u2019Erlendur \u00e0 propos des groseilliers\u00a0: ils sont en effet pr\u00e9sent\u00e9s de mani\u00e8re r\u00e9currente comme un symbole de r\u00e9sistance de la nature face \u00e0 la ville, et comme un lieu de refuge des personnages opprim\u00e9s. \u00c0 l\u2019environnement urbain, associ\u00e9 \u00e0 une rupture avec le pass\u00e9, \u00e0 une discontinuit\u00e9 radicale, \u00e0 une transmission rendue impossible, et donc \u00e0 l\u2019aspect maladif de la disparition sans solution, s\u2019oppose une aspiration nostalgique \u00e0 des communaut\u00e9s rurales unifi\u00e9es, garantissant la transmission entre les individus et l\u2019acceptation des disparitions, dont subsistent encore quelques traces dans les romans\u00a0: les vieilles personnes, la r\u00e9sistance de la nature au sein de la zone urbaine ou, comme il a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 en premi\u00e8re partie, la transmission encore possible gr\u00e2ce aux livres et aux documents \u00e9crits. Ainsi les livres mettent-ils en \u00e9vidence une discontinuit\u00e9, \u00e0 laquelle certains processus r\u00e9sistent encore, processus qui renvoient \u00e0 l\u2019une des caract\u00e9ristiques de la modernit\u00e9.<\/p>\n<h2>Temporalit\u00e9s<\/h2>\n<p>Une autre de ses caract\u00e9ristiques est, selon Giddens (1991, p.\u00a025-29), l\u2019\u00e9videment du temps, qui n\u2019entretient plus de relation avec l\u2019espace imm\u00e9diat. Hamel fonde \u00e9galement sa th\u00e8se sur l\u2019id\u00e9e que la conception du temps s\u2019est progressivement modifi\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 parvenir \u00e0 une po\u00e9tique de la r\u00e9p\u00e9tition. \u00c0 cet \u00e9gard, les disparitions dans les romans d\u2019Indridason provoquent des apories temporelles qui, comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9, poussent \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition traumatique, mais sur la base d\u2019une temporalit\u00e9 qui semble \u00e9chapper aux personnages. La disparition du fr\u00e8re d\u2019Erlendur est ainsi renvoy\u00e9e \u00e0 une temporalit\u00e9 n\u2019ayant rien \u00e0 voir avec celle des humains\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019image [\u2026] lui vint \u00e0 l\u2019esprit, entra\u00eenant imm\u00e9diatement celle, <em>ancienne<\/em>, d\u2019un autre petit gar\u00e7on qui, <em>des ann\u00e9es plus t\u00f4t, une insondable \u00e9ternit\u00e9 plus t\u00f4t<\/em>, avait p\u00e9ri dans une temp\u00eate d\u00e9cha\u00een\u00e9e.\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a095. Je souligne.) Outre l\u2019insistance sur les marqueurs temporels, non seulement le moment de la disparition de son fr\u00e8re est-il pr\u00e9sent\u00e9 comme une \u00e9ternit\u00e9, mais encore s\u2019agit-il d\u2019une \u00e9ternit\u00e9 <em>insondable<\/em>, ce qui redouble \u00e0 la fois son absence de limites et de sens, et sugg\u00e8re m\u00eame la possibilit\u00e9 de son inaccessibilit\u00e9, renvoyant \u00e0 l\u2019\u00e9videment du temps tel que sugg\u00e9r\u00e9 par Giddens. Une id\u00e9e similaire est pr\u00e9sente dans la remarque que fait Erlendur \u00e0 propos du lieu o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 le squelette au d\u00e9but de <em>La Femme en vert<\/em>\u00a0: le nom du quartier est \u00ab\u00a0Th\u00fcsold\u00a0\u00bb, ce qui veut dire \u00ab\u00a0mille si\u00e8cle\u00a0\u00bb, sans le pluriel. C\u2019est une \u00e9nigme qui interdit une succession normale du temps<a id=\"footnoteref17_h49g6wr\" class=\"see-footnote\" title=\"On peut \u00e9galement faire remarquer, dans le m\u00eame roman, que le coma de la fille d\u2019Erlendur la plonge elle aussi dans une temporalit\u00e9 dont la dur\u00e9e est sans commune mesure avec celle d\u2019Erlendur. Encore dans ce m\u00eame roman, le personnage de Simon, qui a \u00e9t\u00e9 contraint, enfant, \u00e0 tuer son p\u00e8re pour l'emp\u00eacher de battre sa m\u00e8re \u00e0 mort, est demeur\u00e9 \u00ab\u00a0bloqu\u00e9\u00a0\u00bb dans la temporalit\u00e9 de l\u2019enfance\u00a0: le traumatisme l\u2019a emp\u00each\u00e9 de continuer \u00e0 se d\u00e9velopper normalement. Sa temporalit\u00e9 est elle aussi inaccessible aux autres personnages.\" href=\"#footnote17_h49g6wr\">[17]<\/a>. Pourtant, comme le fait remarquer le g\u00e9ologue responsable de son exhumation, il ne repr\u00e9sente pas grand-chose au regard de la temporalit\u00e9 g\u00e9ologique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Cette ligne verte, l\u00e0, expliqua le g\u00e9ologue en indiquant la couche situ\u00e9e tout en bas, il s\u2019agit de terre datant de l\u2019\u00e8re glaciaire. Les lignes qu\u2019on voit juste au-dessus et qui apparaissent \u00e0 intervalles r\u00e9guliers [\u2026] sont des couches \u00e9ruptives. Celle qui se trouve tout en haut date de la fin du XV\u00e8me si\u00e8cle. [\u2026] Et puis, l\u00e0, vous avez des couches [qui] datent de plusieurs milliers d\u2019ann\u00e9es. [\u2026] Par rapport \u00e0 toute cette dur\u00e9e historique, il y a seulement un millioni\u00e8me de seconde que cette tombe a \u00e9t\u00e9 creus\u00e9e. (Indridason, 2007a, p.\u00a033)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais m\u00eame si cette temporalit\u00e9 impressionnante para\u00eet sans commune mesure avec celle de l\u2019humain, et que les quelques ann\u00e9es pass\u00e9es depuis la disparition de l\u2019homme enterr\u00e9 n\u2019en repr\u00e9sentent qu\u2019une infime partie, la description qu\u2019en fait le g\u00e9ologue permet d\u2019y int\u00e9grer \u00e0 la fois la pr\u00e9sence de l\u2019homme individuel et l\u2019histoire de la soci\u00e9t\u00e9 islandaise (la Colonisation). Le fait que l\u2019homme ait conscience de cette temporalit\u00e9 ne lui est certes pas tr\u00e8s utile, mais il peut tout de m\u00eame s\u2019y inscrire, et en profiter. Ainsi Erlendur peut-il d\u00e9sirer comme un apaisement, une \u00ab\u00a0tranquillit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0[\u2026] l\u2019assurance de pouvoir se perdre, ne serait-ce qu\u2019un instant, dans les immensit\u00e9s de l\u2019espace et du temps\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0233). Ce que semble sugg\u00e9rer <em>La Femme en vert<\/em> est que, face \u00e0 une disparition qui se pr\u00e9sente comme le sympt\u00f4me d\u2019une rupture temporelle, avec la nature ou avec un mode de vie, si l\u2019on veut bon an mal an continuer \u00e0 vivre avec ses fant\u00f4mes issus de disparitions, il faut accepter une transcendance incommensurable et sans possible explication. C\u2019est-\u00e0-dire faire retour \u00e0 l\u2019un des sens de \u00ab\u00a0disparition\u00a0\u00bb en islandais, qui para\u00eet correspondre \u00e0 celui regrett\u00e9 par Erlendur\u00a0: <em>minnka<\/em>, <em>afm\u00e1st<\/em> (\u00e9rosion).<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Ainsi, la disparition n\u2019est pas unilat\u00e9rale chez Indridason\u00a0: si elle est sympt\u00f4me d\u2019un malaise profond, elle fait aussi surface pour permettre de r\u00e9soudre ce dernier. La qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019induisent les disparitions renvoie \u00e0 une \u00e9poque pr\u00e9-moderne o\u00f9 la tradition \u00e9tait encore possible et les disparitions accept\u00e9es de fa\u00e7on apais\u00e9e, et met ainsi en place un processus de retour de la transmission qui s\u2019oppose \u00e0 un syst\u00e8me de contagion maladif de l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique, calqu\u00e9 sur le principe de la g\u00e9n\u00e9tique. Cependant, les disparitions produisent de nouvelles formes d\u2019identit\u00e9 qui demeurent probl\u00e9matiques malgr\u00e9 la verbalisation\u00a0: les disparus manifestent une pr\u00e9sence hypertrophi\u00e9e, tandis que ceux qui restent se sentent l\u00e9s\u00e9s d\u2019une partie de leur identit\u00e9. La figure du revenant est alors celle qui fait sans cesse retour dans un rapport enray\u00e9 au temps, et qui t\u00e9moigne d\u2019une identit\u00e9 moderne incompl\u00e8te. La disparition pose \u00e9galement probl\u00e8me \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 islandaise dans sa relation \u00e0 son inclusion dans le monde, \u00e0 l\u2019urbanisation et \u00e0 l\u2019\u00e9clatement des communaut\u00e9s soud\u00e9es. Finalement, c\u2019est la question du rapport au temps que permet de soulever la disparition\u00a0: la seule mani\u00e8re d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 une temporalit\u00e9 o\u00f9 puissent s\u2019inscrire \u00e0 la fois le disparu et celui qui reste passerait par l\u2019acceptation d\u2019une dur\u00e9e sans commune mesure avec l\u2019exp\u00e9rience humaine, qu\u2019elle soit personnelle ou historique.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Genette, G\u00e9rard. 1972.<em> Figures III<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 286\u00a0p.<\/p>\n<p>Giddens, Anthony. 1991. <em>As consequencias da modernidade<\/em>. S\u00e3o Paulo\u00a0: Unesp, 156\u00a0p.<\/p>\n<p>Hamel, Jean-Fran\u00e7ois. 2006. <em>Revenances de l\u2019histoire. R\u00e9p\u00e9tition, narrativit\u00e9, modernit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Minuit, 240\u00a0p.<\/p>\n<p>Indridason, Arnaldur. 2005 [2000]. <em>La Cit\u00e9 des jarres<\/em>. Paris\u00a0: M\u00e9taili\u00e9, 286\u00a0p.<\/p>\n<p>____. 2007a [2001]. <em>La Femme en vert<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 346\u00a0p.<\/p>\n<p>____. 2007b [2002]. <em>La Voix<\/em>. Paris\u00a0: M\u00e9taili\u00e9, 329\u00a0p.<\/p>\n<p>____. 2008 [2004]. <em>L\u2019Homme du lac<\/em>. Paris\u00a0: M\u00e9taili\u00e9, 348\u00a0p.<\/p>\n<p>____. 2009 [2005]. <em>Hiver arctique<\/em>. Paris\u00a0: M\u00e9taili\u00e9, 334\u00a0p.<\/p>\n<p>____. 2010 [2007]. <em>Hypothermie<\/em>. Paris\u00a0: M\u00e9taili\u00e9, 304\u00a0p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_aw7k9kj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_aw7k9kj\">[1]<\/a> Extrait de <em>Au milieu de la vie<\/em>, Friedrich H\u00f6lderlin, exergue de <em>Hiver arctique<\/em>.<\/p>\n<p id=\"footnote2_wrgyzqc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_wrgyzqc\">[2]<\/a> <em>La Cit\u00e9 des jarres<\/em> (2005), <em>La Voix<\/em> (2007b), <em>L\u2019Homme du lac<\/em>\u00a0(2008).<\/p>\n<p id=\"footnote3_txal408\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_txal408\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0un suicide, c\u2019est aussi une disparition\u00a0\u00bb (Indridason, 2010, p. 205)<\/p>\n<p id=\"footnote4_kjii829\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_kjii829\">[4]<\/a> Dans <em>La Cit\u00e9 des jarres<\/em>, l\u2019id\u00e9e de transmission du traumatisme est doubl\u00e9e physiquement par celle de la transmission de la maladie g\u00e9n\u00e9tique dont est responsable le viol initial, et qui pousse chaque g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 p\u00e2tir de la maladie sans pouvoir lui trouver d\u2019explication.<\/p>\n<p id=\"footnote5_2fd23ac\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_2fd23ac\">[5]<\/a> Il est \u00e0 ce sujet r\u00e9v\u00e9lateur que la seule action violente incompr\u00e9hensible soit celle perp\u00e9tu\u00e9e par les jeunes adolescents d\u2019<em>Hiver arctique<\/em>, parce qu\u2019elle n\u2019a pas encore acquis le sens de la r\u00e9p\u00e9tition : \u00ab\u00a0Il \u00e9tait l\u00e0. [\u2026] Et on avait rien \u00e0 faire.\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0331)<\/p>\n<p id=\"footnote6_1kll4sa\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_1kll4sa\">[6]<\/a> Le terme \u00ab\u00a0disparition\u00a0\u00bb est l\u00e0 aussi employ\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Alors, il disparut. Il disparut de la vie de la petite fille de deux ans, assise sa couche coll\u00e9e aux fesses.\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p.\u00a0250)<\/p>\n<p id=\"footnote7_s0ccxdn\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_s0ccxdn\">[7]<\/a> Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Marion Briem, Erlendur pense \u00ab\u00a0\u00e0 cette histoire qui \u00e9tait une partie de lui, cette histoire sans laquelle il ne pouvait ni ne d\u00e9sirait exister. Cette histoire qui se confondait avec sa propre personne.\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0332)<\/p>\n<p id=\"footnote8_qdk2mta\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_qdk2mta\">[8]<\/a> Vers d\u2019un po\u00e8me de Steinn Steinarr situ\u00e9 en exergue de <em>Hiver arctique<\/em>, qui est \u00e9galement cit\u00e9 dans le r\u00e9cit par Erlendur regardant son reflet, alors qu\u2019il se sent \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame (Indridason, 2009, p.\u00a0158).<\/p>\n<p id=\"footnote9_kk0cqd5\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_kk0cqd5\">[9]<\/a> De m\u00eame dans <em>La Femme en vert<\/em> introduit-il une ambigu\u00eft\u00e9 r\u00e9v\u00e9latrice qui ne permet pas d\u2019\u00eatre s\u00fbr que le fils perdu ne soit pas Erlendur\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, je vous parlerai de lui [le p\u00e8re d\u2019Erlendur] un de ces jours, r\u00e9pondit Erlendur. Il&#8230; [\u2026] Il a perdu son fils.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote10_id89ojk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_id89ojk\">[10]<\/a> La signification en islandais du nom \u00ab\u00a0Erlendur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote11_i3l23o5\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_i3l23o5\">[11]<\/a> Le p\u00e8re de David vient r\u00e9guli\u00e8rement voir Erlendur depuis 1976 et affirme lors de sa derni\u00e8re visite qu\u2019\u00ab\u00a0il aurait eu quarante-neuf ans aujourd\u2019hui. [\u2026] Jamais il n\u2019a f\u00eat\u00e9 ses vingt-et-un ans\u00a0\u00bb (Indridason, 2010, p.\u00a049), puis demande\u00a0: \u00ab\u00a0Mais on&#8230; enfin, nous&#8230; il y a toujours de l\u2019espoir, n\u2019est-ce-pas ?\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>, p.\u00a052)<\/p>\n<p id=\"footnote12_psh7wsy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_psh7wsy\">[12]<\/a> La m\u00e8re d\u2019Erlendur, \u00e0 ce moment \u00e9voqu\u00e9e, \u00e9tait visiblement elle aussi sujette \u00e0 des r\u00eaves laissant planer la possibilit\u00e9 d\u2019une communication entre l\u2019inconscient humain et le surnaturel\u00a0: elle \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 r\u00eaver de choses int\u00e9ressantes [\u2026] apr\u00e8s l\u2019\u00e2ge de trente ans. Elle \u00e9tait alors en mesure de pr\u00e9voir les d\u00e9c\u00e8s, les naissances, les visites, et bien d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements qui se v\u00e9rifiaient le plus souvent\u00a0\u00bb (Indridason, 2009, p.\u00a0169).<\/p>\n<p id=\"footnote13_0cykmxm\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_0cykmxm\">[13]<\/a> Le revenant est alors, selon Hamel, une figure marquante de la modernit\u00e9.<\/p>\n<p id=\"footnote14_41hc5ea\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref14_41hc5ea\">[14]<\/a> La pol\u00e9mique autour de l\u2019utilisation du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9serv\u00e9 par l\u2019isolement de l\u2019Islande dans <em>La Cit\u00e9 des jarres<\/em>, les violences conjugales dans <em>La Femme en vert<\/em>, la gloire pr\u00e9coce et passag\u00e8re dans<em> La Voix<\/em>, l\u2019implication historique de l\u2019Islande dans la guerre froide dans<em> L\u2019Homme du lac<\/em>, les tensions autour de l\u2019immigration dans <em>Hiver arctique<\/em>, le suicide dans <em>Hypothermie<\/em>.<\/p>\n<p id=\"footnote15_jnlrgxi\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref15_jnlrgxi\">[15]<\/a> O\u00f9 on lui transmet \u00ab\u00a0des histoires de fant\u00f4mes et de revenants, des histoires qui parlaient d\u2019une vie qui faisait partie de sa vie \u00e0 lui\u00a0\u00bb (Indridason, 2007a, p. 248). On notera la proximit\u00e9 de la formulation avec le moment o\u00f9 il accepte la mort de Marion Briem dans <em>Hiver arctique<\/em> (voir plus haut).<\/p>\n<p id=\"footnote16_9ccnukk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref16_9ccnukk\">[16]<\/a> Erlendur tient cependant \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler sa d\u00e9couverte au p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9, comme si un apaisement pouvait en d\u00e9couler.<\/p>\n<p id=\"footnote17_h49g6wr\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref17_h49g6wr\">[17]<\/a> On peut \u00e9galement faire remarquer, dans le m\u00eame roman, que le coma de la fille d\u2019Erlendur la plonge elle aussi dans une temporalit\u00e9 dont la dur\u00e9e est sans commune mesure avec celle d\u2019Erlendur. Encore dans ce m\u00eame roman, le personnage de Simon, qui a \u00e9t\u00e9 contraint, enfant, \u00e0 tuer son p\u00e8re pour l&#8217;emp\u00eacher de battre sa m\u00e8re \u00e0 mort, est demeur\u00e9 \u00ab\u00a0bloqu\u00e9\u00a0\u00bb dans la temporalit\u00e9 de l\u2019enfance\u00a0: le traumatisme l\u2019a emp\u00each\u00e9 de continuer \u00e0 se d\u00e9velopper normalement. Sa temporalit\u00e9 est elle aussi inaccessible aux autres personnages.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Simon-Chaix, Piera. 2013. \u00ab La disparition, sympt\u00f4me de rupture nostalgique dans les livres d\u2019Arnaldur Indridason \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/simon-chaix-18&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/simon-chaix-18.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 simon-chaix-18.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-e7ef1def-294c-4b14-a4fb-94a59ca005f1\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/simon-chaix-18.pdf\">simon-chaix-18<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/simon-chaix-18.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-e7ef1def-294c-4b14-a4fb-94a59ca005f1\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018 Oh, o\u00f9 suis-je donc, \/ Maintenant que s\u2019abat l\u2019hiver \/ Et o\u00f9 ont fui les fleurs \/ Le soleil \/ Et l\u2019ombre \/ rafra\u00eechissante de la terre ? \/ R\u00e9sonnent les murailles, \/ Muettes et glaciales, \/ Grincent les girouettes \/ Dans la temp\u00eate\u00a0[1]. 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