{"id":5534,"date":"2024-06-13T19:48:22","date_gmt":"2024-06-13T19:48:22","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/echapper-a-la-machine-sociale-le-vagabondage-chez-isabelle-eberhardt\/"},"modified":"2024-09-06T16:46:36","modified_gmt":"2024-09-06T16:46:36","slug":"echapper-a-la-machine-sociale-le-vagabondage-chez-isabelle-eberhardt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5534","title":{"rendered":"\u00c9chapper \u00e0 la \u00ab\u00a0machine sociale\u00a0\u00bb. Le vagabondage chez Isabelle Eberhardt"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6887\">Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018<\/a><\/h5>\n<p>Lorsque l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux imaginaires du d\u00e9sert et du nomadisme, le cas de l\u2019\u00e9crivaine-voyageuse Isabelle Eberhardt appara\u00eet comme un incontournable. \u00c0 l\u2019aube du XXe si\u00e8cle, cette derni\u00e8re a refus\u00e9 les normes sociales de l\u2019Occident afin de se consacrer tout enti\u00e8re au Sahara, une immensit\u00e9 g\u00e9ographique o\u00f9 elle a fa\u00e7onn\u00e9 sa libert\u00e9 par le vagabondage et densifi\u00e9 son rapport au monde. N\u00e9e en 1877 \u00e0 Gen\u00e8ve, d\u2019une m\u00e8re exil\u00e9e de Russie et d\u2019un p\u00e8re inconnu, Isabelle Eberhardt conna\u00eet tr\u00e8s jeune la soif de l\u2019Orient, plus particuli\u00e8rement du d\u00e9sert. Afin de briser l\u2019enfermement qu\u2019elle ressent dans la maison familiale, de cr\u00e9er des liens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et de nourrir son imaginaire, elle emploie diff\u00e9rents pseudonymes lui permettant d\u2019entretenir une correspondance avec des marins et de jeunes musulmans. Elle fait aussi para\u00eetre en 1895 des nouvelles dans la <em>Nouvelle Revue Moderne<\/em>, sous le nom de Nicolas Podolinski, dont \u00ab\u00a0Vision du Moghreb\u00a0\u00bb, o\u00f9 elle se livre d\u00e9j\u00e0 \u00e0 sa fascination orientale. Mais sa soif infinie du Sahara ne se satisfait pas du r\u00eave\u00a0: elle d\u00e9cide d\u2019apprendre l\u2019arabe et de se convertir \u00e0 l\u2019islam.<\/p>\n<p>Avant qu\u2019elle n\u2019entreprenne en 1897 la s\u00e9rie de voyages qui donneront naissance aux <em>\u00c9crits sur le sable<\/em>, il y a chez elle un projet vers lequel tendra toute sa courte existence, soit de se consacrer au vagabondage et \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Lorsqu\u2019elle gagne le d\u00e9sert, elle choisit de porter des v\u00eatements d\u2019homme et le nom de Mahmoud Saadi\u00a0: elle peut ainsi assister aux sc\u00e8nes de la vie quotidienne en Alg\u00e9rie et fr\u00e9quenter certains lieux auxquels son statut de femme lui interdisait l\u2019acc\u00e8s. Comme le soulignent Marie-Odile Delacour et Jean-Ren\u00e9 Huleu dans leur pr\u00e9sentation de la correspondance d\u2019Eberhardt, ses textes r\u00e9v\u00e8lent un parti pris pour les milieux marginaux, les foules bigarr\u00e9es, o\u00f9 sa capacit\u00e9 d\u2019observation passe par la dissimulation de son identit\u00e9 f\u00e9minine, par le travestissement\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pour Isabelle Eberhardt l\u2019\u0153uvre et la vie se cr\u00e9ent comme des romans parall\u00e8les et parfois se confondent. Elle \u00e9voque par exemple ces heures troubles \u00e0 Alger o\u00f9 elle m\u00e8ne une double existence. L\u2019aube la ram\u00e8ne devant la porte d\u2019une mosqu\u00e9e \u00e0 l\u2019instant de la pri\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 si j\u2019avais pass\u00e9 la nuit \u00e0 mon domicile officiel au quai de la P\u00eacherie, je devais d\u2019abord aller rue de la Marine, chez une certaine blanchisseuse italienne, Rosina Menotti, qui habitait une seule cave o\u00f9 j\u2019\u00e9changeais mes v\u00eatements de femme contre l\u2019accoutrement correspondant \u00e0 mes plans pour le reste de la journ\u00e9e. [\u2026]\u00a0\u00bb (Delacour et Huleu, dans Eberhardt, 1998, p.\u00a0II)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle se d\u00e9place aussi parfois en tant que reporter de guerre, ce pour quoi nombre de ses r\u00e9cits d\u00e9crivent le quotidien parmi les l\u00e9gionnaires ou les tensions entre diff\u00e9rentes tribus. Ses agissements fascinent encore les esprits, de m\u00eame que les circonstances pour le moins singuli\u00e8res de sa disparition, puisque la vagabonde est morte noy\u00e9e au moment de la crue des eaux de l\u2019oued d\u2019A\u00efn Sefra en 1904, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt-sept ans. Retrouv\u00e9s dans la boue, ses manuscrits sont parvenus entre les mains d\u2019admirateurs d\u00e9sirant censurer le portrait litt\u00e9raire qu\u2019ils livraient de la jeune femme\u00a0; d\u2019o\u00f9 un certain nombre de ratures et d\u2019omissions visant \u00e0 att\u00e9nuer quelques propos virulents ou empreints de sensualit\u00e9. Mais l\u2019\u00e9dition des<em> \u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> en deux tomes par Delacour et Huleu, respectivement parus en 1988 et 1990, contribue \u00e0 restructurer l\u2019ensemble de ses notes, journaliers et r\u00e9cits.<\/p>\n<p>Si le voyage se pr\u00e9sente comme une \u00e9chapp\u00e9e par rapport au quotidien balis\u00e9 et connu, il nous ram\u00e8ne en cela \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie m\u00eame du mot d\u00e9viance \u2013 soit le fait de s\u2019\u00e9carter de la \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb route. Puisqu\u2019il s\u2019agit justement de critiquer la norme occidentale, notamment le mode de vie s\u00e9dentaire, et parce qu\u2019un appel attire irr\u00e9sistiblement Eberhardt vers le d\u00e9sert, notre analyse des <em>\u00c9crits sur le sable<\/em> se concentrera sur les deux principales caract\u00e9ristiques du transfuge, c\u2019est-\u00e0-dire la transgression et la transmutation. D\u00e9velopp\u00e9e par Jean-Michel Belorgey, cette notion permet d\u2019aborder la remise en question des habitudes de m\u00eame que la m\u00e9tamorphose du rapport au monde dans les r\u00e9cits d\u2019Eberhardt.<\/p>\n<h2>La notion de transfuge<\/h2>\n<p>Belorgey, dans <em>La vraie vie est ailleurs<\/em> et <em>Transfuges. Voyages, ruptures, m\u00e9tamorphoses<\/em>, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 des individus qui se d\u00e9tachent de leur Occident natal et se mettent en qu\u00eate d\u2019une certaine alt\u00e9rit\u00e9. Ceux qu\u2019il nomme les transfuges se distinguent radicalement des mod\u00e8les du colonial et de l\u2019explorateur, en ce sens qu\u2019ils n\u2019accomplissent aucune mission \u00e0 vis\u00e9e civilisatrice et que la dur\u00e9e de leur entreprise n\u2019est pas fix\u00e9e selon une \u00e9ventuelle date de retour. En fait, leur pr\u00e9sence t\u00e9moigne d\u2019une r\u00e9action devant l\u2019implantation de la pens\u00e9e dominante occidentale, du choc \u00e9prouv\u00e9 face aux bouleversements qu\u2019ils per\u00e7oivent dans les r\u00e9gions convoit\u00e9es par les puissances coloniales, qu\u2019il s\u2019agisse du d\u00e9sert ou encore des \u00eeles du Pacifique ou de l\u2019oc\u00e9an Indien. Ils r\u00e9agissent \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation du monde et jugent n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9crire sur les espaces et les pratiques qui opposent encore quelque r\u00e9sistance. C\u2019est pourquoi \u00e0 la fascination de l\u2019Autre s\u2019ajoute, chez les transfuges, une conscience politique. En effet,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] nul ne fait l\u2019exp\u00e9rience du divers sans d\u00e9couvrir les p\u00e9rils qui le menacent et l\u2019urgence qu\u2019il y aurait \u00e0 les conjurer. Aussi n\u2019est-il gu\u00e8re de carri\u00e8re de transfuge qui, quel qu\u2019ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine son ressort \u2013 l\u2019exotisme de la nature, l\u2019exotisme de la primitivit\u00e9, l\u2019exotisme des sexes, l\u2019exotisme des divins \u2013 ne d\u00e9bouche, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre, sur une prise de conscience politique (mise en doute des vertus de la \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb, d\u00e9fense des colonis\u00e9s contre l\u2019exploitation coloniale [\u2026]). (Belorgey, 1989, p.\u00a017)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les transfuges \u00e9prouvent un tel malaise dans leur soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine que celui-ci agit \u00e0 titre de d\u00e9clencheur, comme un signal de d\u00e9part vers une autre terre d\u2019\u00e9lection. Puisque l\u2019h\u00e9g\u00e9monie occidentale les r\u00e9volte, le voyage ne se pr\u00e9sente pas comme une fuite vers un ailleurs extatique ou une qu\u00eate de l\u2019\u00e9tourdissement des sens jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oubli\u00a0: il offre une prise de conscience de la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019espace dans sa dimension \u00e9cologique, sociale et politique. Il r\u00e9pond \u00e0 un d\u00e9sir d\u2019ailleurs et confronte le transfuge \u00e0 la disparition qui menace sa terre d\u2019\u00e9lection, puisque celle-ci s\u2019av\u00e8re plus fragile que paradisiaque.<\/p>\n<p>Isabelle Eberhardt fait partie de ces individus qui cherchent \u00e0 s\u2019\u00e9carter de la norme occidentale et sur lesquels Belorgey fonde sa r\u00e9flexion. Ils se sentent tellement \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans leur propre culture qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e8rent partir en qu\u00eate d\u2019un ailleurs dont ils esp\u00e8rent \u00eatre l\u2019objet d\u2019une m\u00e9tamorphose. En laissant certaines attaches culturelles derri\u00e8re eux, les transfuges souhaitent \u00e9prouver avec l\u2019ailleurs un v\u00e9ritable contact, afin que celui-ci entra\u00eene une profonde transformation de leur \u00eatre. Dans le cas d\u2019Eberhardt, le cadre occidental rejet\u00e9 est celui de la s\u00e9dentarit\u00e9, de la routine et des normes bien-pensantes, dont le premier texte des <em>\u00c9crits sur le sable<\/em> expose sans d\u00e9tour la critique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Avoir un domicile, une famille, une propri\u00e9t\u00e9 ou une fonction publique, des moyens d\u2019existence d\u00e9finis, \u00eatre enfin un rouage appr\u00e9ciable de la machine sociale, autant de choses qui semblent n\u00e9cessaires, indispensables presque \u00e0 l\u2019immense majorit\u00e9 des hommes, m\u00eame aux intellectuels, m\u00eame \u00e0 ceux qui se croient le plus affranchis. Cependant, tout cela n\u2019est que la forme vari\u00e9e de l\u2019esclavage auquel nous astreint le contact avec nos semblables, surtout un contact r\u00e9gl\u00e9 et continuel. (Eberhardt, 1988, p.\u00a028)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par la mani\u00e8re dont ils choisissent de se comporter dans leur soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine, les transfuges d\u00e9rangent ou \u00e0 tout le moins ne passent pas inaper\u00e7us. Certains actes ont un \u00e9clat qui influence consid\u00e9rablement la perception des gens qu\u2019ils c\u00f4toient de m\u00eame que celle de la critique. En d\u00e9saccord avec le sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019Occident sur les autres cultures, ou encore parce qu\u2019ils redoutent d\u00e9j\u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation du monde, les transfuges adoptent une attitude qui peut sembler insens\u00e9e ou r\u00e9trograde aux yeux de leur soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine. Selon Belorgey,<\/p>\n<blockquote>\n<p>ils ont, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, fait scandale en subissant l\u2019attrait de l\u2019Autre, dans une proportion passant celle que l\u2019Occident dont ils \u00e9taient issus \u00e9tait en mesure de tol\u00e9rer\u00a0; [\u2026] un des \u00e9l\u00e9ments de leur projet \u00e9tant de s\u2019inscrire en faux contre les th\u00e9ories et sensibilit\u00e9s alors en vigueur concluant \u00e0 l\u2019existence de barri\u00e8res infranchissables entre l\u2019Occident et cet Autre \u2013 primitif, musulman ou oriental \u2013 vers lequel ils se jetaient. (Belorgey, 2000, p.\u00a013-14)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chacun des individus auxquels s\u2019int\u00e9resse Belorgey se caract\u00e9rise d\u2019abord par un rapport transgressif \u00e0 la s\u00e9dentarit\u00e9 et \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie occidentale. L\u2019appel de l\u2019ailleurs se fait plus fort que toute norme sociale, invite le transfuge \u00e0 s\u2019\u00e9vader d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9, mais qui d\u00e9sormais l\u2019\u00e9touffe. Dans un deuxi\u00e8me temps, la transmutation t\u00e9moigne d\u2019une volont\u00e9 d\u2019\u00e9prouver un changement par le contact de l\u2019Autre, d\u2019adopter autant que possible son mode de vie, de partager son regard sur le monde. Contrairement au touriste, qui consigne son exp\u00e9rience de l\u2019ailleurs dans un album-photo, le transfuge garde en lui-m\u00eame les traces de son parcours, les r\u00e9actualise gr\u00e2ce \u00e0 un nouveau rapport au monde. Si Belorgey s\u2019autorise \u00e0 parler de transmutation, c\u2019est<\/p>\n<blockquote>\n<p>parce que, du contact avec cet Autre, [les transfuges] entend[ent] non pas ramener des souvenirs, des exp\u00e9riences ou des connaissances peu ou prou n\u00e9gociables en vue d\u2019accro\u00eetre leur statut dans leur pays d\u2019origine, [\u2026] mais subir un changement, un remaniement en profondeur de leur personnalit\u00e9. (Belorgey, 2000, p.\u00a014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En s\u2019opposant \u00e0 une pens\u00e9e s\u00e9dentaire et \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde homog\u00e8ne, les transfuges d\u00e9veloppent une conscience exotique, soit une ouverture des sens \u00e0 la diversit\u00e9 du r\u00e9el, comme l\u2019entendait Victor Segalen dans son <em>Essai sur l\u2019exotisme<\/em>. La m\u00e9tamorphose qu\u2019ils esp\u00e8rent du contact avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 exige la suspension, ne serait-ce que temporaire, des rep\u00e8res familiers, afin d\u2019\u00e9prouver la rencontre, d\u2019en laisser r\u00e9sonner les \u00e9chos en soi. Andr\u00e9 Carpentier, dans un article de <em>L\u2019espace en toutes lettres<\/em>, insiste \u00e9galement sur l\u2019in\u00e9vitable solitude caract\u00e9risant cette exp\u00e9rience\u202f:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[Le] moment exotique, [c\u2019est] quand le diff\u00e9rent se fait reconna\u00eetre comme autre et impose au voyageur d\u2019en concevoir la radicale alt\u00e9rit\u00e9\u00a0; quand \u00e7a produit un choc que de sentir l\u2019autre, soit tr\u00e8s dissemblable, soit \u00e0 peine distinct, mais aigu dans sa diff\u00e9rence, et que le voyageur se retrouve seul avec lui-m\u00eame face \u00e0 sa propre diversit\u00e9. Et de fait, ce vif sentiment du Divers [\u2026] met le voyageur absolument seul avec lui-m\u00eame. (Carpentier, 2003, p.\u00a0164)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019aube du XXe si\u00e8cle, le droit que revendique Eberhardt \u2013 le vagabondage \u2013 va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019id\u00e9ologie dominante, qui pr\u00f4ne plut\u00f4t la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019\u00e9tablir et de b\u00e2tir une vie prosp\u00e8re. Pourtant, c\u2019est l\u2019errance qui lui permet de s\u2019affranchir d\u2019un cadre social ali\u00e9nant et de d\u00e9velopper de mani\u00e8re sensible son rapport \u00e0 la terre.<\/p>\n<h2>Pour une pratique du vagabondage<\/h2>\n<p>Dans son essai <em>Th\u00e9orie du voyage. Po\u00e9tique de la g\u00e9ographie<\/em>, Michel Onfray explique que la s\u00e9dentarit\u00e9 facilite le rep\u00e9rage des individus, puisqu\u2019elle signifie l\u2019occupation d\u2019un plan cart\u00e9sien, c\u2019est-\u00e0-dire une existence o\u00f9 la position de chacun se r\u00e9v\u00e8le gr\u00e2ce \u00e0 des abscisses spatiales et \u00e0 des ordonn\u00e9es temporelles. En effet, selon lui, le voyage induit \u00ab\u00a0une d\u00e9claration de guerre au quadrillage et au chronom\u00e9trage de l\u2019existence\u00a0\u00bb (Onfray, 2007, p.\u00a015). Or, si Isabelle Eberhardt fait figure de marginale, c\u2019est justement parce qu\u2019elle a cherch\u00e9 sa vie durant \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 toute forme de rep\u00e9rage. D\u2019abord en franchissant les limites sociales impos\u00e9es \u00e0 son propre sexe, en rev\u00eatant des v\u00eatements et un nom d\u2019homme\u00a0: \u00ab\u00a0Sous un costume correct de jeune fille europ\u00e9enne, je n\u2019aurais jamais rien vu, le monde e\u00fbt \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 pour moi, car la vie ext\u00e9rieure semble avoir \u00e9t\u00e9 faite pour l\u2019homme et non pour la femme\u00a0\u00bb (Eberhardt, 1988, p.\u00a073)\u00a0; puis par la pratique du vagabondage, qui l\u2019emp\u00eache de s\u2019\u00e9tablir en un lieu fixe, localisable. Ainsi, gr\u00e2ce \u00e0 ses constants d\u00e9placements g\u00e9ographiques, Eberhardt se d\u00e9robe au rep\u00e9rage.<\/p>\n<p>L\u2019un des ancrages de sa r\u00e9flexion vient du constat que la sensation d\u2019\u00eatre au monde ne peut s\u2019\u00e9prouver que si le corps et l\u2019esprit rejettent certaines conventions sociales. \u00c0 cet \u00e9gard, Christophe Roncato soutient que le devoir de production et de rentabilit\u00e9 que s\u00e9cr\u00e8te la soci\u00e9t\u00e9 occidentale nuit au d\u00e9veloppement d\u2019une pens\u00e9e critique et autonome\u00a0: \u00ab\u00a0Le corps humain est affaibli par l\u2019\u00e9troitesse de l\u2019espace qui lui est allou\u00e9. [\u2026] Le lieu est non seulement un espace (physique) de vie, mais \u00e9galement un espace pour l\u2019esprit.\u00a0\u00bb (Roncato, 2008) Si l\u2019esprit a besoin d\u2019espace pour que se d\u00e9ploient ses facult\u00e9s, il a besoin de profiter du temps, d\u2019un temps qui ne soit pas strictement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la production de biens et de services. Sans quoi comment pourrait-il prendre conscience de ce malaise? La libert\u00e9 ne peut se gagner par une participation contrainte \u00e0 un syst\u00e8me qui d\u00e9nature le rapport sensible de l\u2019homme \u00e0 la terre.<\/p>\n<p>Selon Eberhardt, le vagabondage incarnerait l\u2019un des seuls gages d\u2019ind\u00e9pendance intellectuelle, en permettant de laisser derri\u00e8re soi les entraves d\u2019une vie r\u00e9gl\u00e9e d\u2019avance, gr\u00e2ce au mouvement g\u00e9ographique qui conjugue solitude et nomadisme. \u00c0 l\u2019inverse, ceux qui ne ressentent pas le besoin d\u2019aller voir de nouveaux horizons lui semblent peureux ou prisonniers des engrenages de la machine sociale. Dans les <em>\u00c9crits sur le sable<\/em>, cette critique s\u2019op\u00e8re notamment par l\u2019image du b\u00e9tail exploit\u00e9, m\u00e9taphore de l\u2019homme s\u00e9dentaire. Lorsqu\u2019elle \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0[a]ucun servage n\u2019avilit son allure, aucun labeur ne courbe son \u00e9chine vers la terre qu\u2019il poss\u00e8de et qui se donne \u00e0 lui, toute, en bont\u00e9 et en beaut\u00e9\u00a0\u00bb (Eberhardt, 1988, p.\u00a027), elle valorise ainsi la figure du vagabond en tant qu\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9, par son refus d\u2019\u00eatre entrav\u00e9 et condamn\u00e9 aux labours\u00a0: \u00ab\u00a0[C]e besoin peureux d\u2019immobilit\u00e9 ressemble \u00e0 la r\u00e9signation inconsciente de la b\u00eate, que la servitude abrutit, et qui tend le cou vers le harnais.\u00a0\u00bb (Eberhardt, 1988, p.\u00a028)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette critique de la s\u00e9dentarit\u00e9 \u2013 qui concerne aussi le fonctionnement de la pens\u00e9e, laquelle, afin de se d\u00e9ployer, n\u00e9cessite une certaine mobilit\u00e9 \u2013 il s\u2019agit d\u2019\u00e9couter cet appel de l\u2019ailleurs, car pour Eberhardt, la libert\u00e9 se gagne \u00ab\u00a0le long des routes\u00a0\u00bb, au fil du chemin parcouru. Comme l\u2019affirme Roncato, l\u2019esprit a besoin de se mouvoir \u00e0 travers l\u2019espace ; c\u2019est pourquoi le d\u00e9placement g\u00e9ographique joue un r\u00f4le si consid\u00e9rable dans le renouvellement du rapport au monde. Olivier Delbard affirme quant \u00e0 lui que<\/p>\n<blockquote>\n<p>[c]\u2019est lorsque le corps retrouve sa place au sein de la nature que l\u2019esprit se vide, s\u2019affine et tend vers l\u2019essentiel. Cet esprit, qui vit du corps et de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019espace naturel est semblable \u00e0 un espace qui se d\u00e9ploie, englobant la r\u00e9alit\u00e9 de la nature tout en visant \u00e0 la d\u00e9passer par la parole po\u00e9tique qui en \u00e9mane. (Delbard, 1999, p.\u00a0223)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au corps en marche se superpose une pens\u00e9e qui se d\u00e9place d\u2019un point \u00e0 l\u2019autre, une pens\u00e9e mobile. Le mouvement joue autant sur le plan g\u00e9ographique que r\u00e9flexif, puisque pratique et po\u00e9tique vont de pair. Au d\u00e9veloppement d\u2019un esprit critique s\u2019ajoute une curiosit\u00e9 pour un espace g\u00e9ographique particulier, choisi selon les affinit\u00e9s du voyageur. Le d\u00e9sir de m\u00e9tamorphose qu\u2019\u00e9prouve le transfuge peut s\u2019exprimer par une pr\u00e9dilection pour certains paysages ; chez Eberhardt, c\u2019est le d\u00e9sert du Sahara qui exerce une attraction lui permettant de renouveler son rapport au monde.<\/p>\n<p>La rh\u00e9torique du vagabondage qui s\u2019\u00e9labore au long des <em>\u00c9crits sur le sable<\/em> conjugue une tension vers l\u2019horizon et un amour des lieux qui grandit \u00e0 la mesure de l\u2019\u00e9loignement et de l\u2019absence de retour. C\u2019est ce qui permet \u00e0 la voyageuse de go\u00fbter pleinement toutes les facettes des endroits visit\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019allais l\u00e0-bas, sans y conna\u00eetre personne, sans but et sans h\u00e2te, sans itin\u00e9raire fixe surtout\u2026 Mon \u00e2me \u00e9tait calme et ouverte \u00e0 toutes les sensations aim\u00e9es de l\u2019arriv\u00e9e en pays nouveau.\u00a0\u00bb (Eberhardt, 1988, p.\u00a048)<\/p>\n<p>Puisque son amour du voyage provient de tous ces lieux qu\u2019elle quitte pour ne plus y revenir, elle cherche \u00e0 les \u00e9prouver de la mani\u00e8re la plus dense pour les fixer dans sa m\u00e9moire. Cette dualit\u00e9 entre l\u2019amour des espaces connus et l\u2019appel des lointains, cette \u00ab\u00a0double jouissance\u00a0\u00bb, comme la d\u00e9crit Eberhardt, t\u00e9moigne d\u2019un d\u00e9sir de d\u00e9couvrir le plus de paysages possible tout en ne s\u2019attachant \u00e0 aucun de fa\u00e7on d\u00e9finitive\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[L]a joie intime de penser que je vais partir demain, d\u00e8s l\u2019aube, et quitter toutes ces choses, qui pourtant me plaisent ce soir et me sont douces. Mais qui, sauf un nomade, un vagabond, pourrait comprendre cette double jouissance? Le c\u0153ur encore \u00e9mu de tout ce qui m\u2019avait prise et que j\u2019ai laiss\u00e9, je me dis que l\u2019amour est une inqui\u00e9tude et qu\u2019il faut aimer \u00e0 quitter, puisque les \u00eatres et les choses n\u2019ont de beaut\u00e9 que passag\u00e8re. (Eberhardt, 1988, p.\u00a0225)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aussi, bien que le vagabondage implique d\u2019incessants d\u00e9placements, entrecoup\u00e9s d\u2019escales, et que de la sorte les paysages se modifient continuellement, les tableaux d\u2019Eberhardt mettent en \u00e9vidence la r\u00e9p\u00e9tition des d\u00e9parts, c\u2019est-\u00e0-dire le caract\u00e8re cyclique du nomadisme. C\u2019est souvent au lever ou au coucher du soleil que la vagabonde r\u00e9it\u00e8re sa joie d\u2019aller partout, inconnue et \u00ab\u00a0pauvre de besoins\u00a0\u00bb, de se sentir libre puisque sans attaches\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Apr\u00e8s une courte nuit lunaire pass\u00e9e sur une natte, [\u2026] je m\u2019\u00e9veille heureux avec des sensations d\u00e9licieuses qui me prennent toujours quand j\u2019ai dormi dehors, sous un grand ciel, et quand je vais me remettre en route. (Eberhardt, 1988, p.\u00a0229)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsque l\u2019identit\u00e9 narrative se trouble de la sorte, par l\u2019irruption du masculin, le lecteur est amen\u00e9 \u00e0 se questionner sur la nature du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb. M\u00eame si celui-ci signifie un \u00e9cart face aux normes sociales cat\u00e9gorisant l\u2019individu en fonction de son genre, dans le cas des <em>\u00c9crits sur le sable<\/em>, il semble aussi t\u00e9moigner des multiples travestissements auxquels a recouru l\u2019\u00e9crivaine-voyageuse. En se jouant des fronti\u00e8res du f\u00e9minin et du masculin, le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb invite en quelque sorte \u00e0 d\u00e9placer l\u2019angle de lecture sur l\u2019espace d\u00e9sertique. Car, comme le propose Rachel Bouvet dans <em>Pages de sable. Essai sur l\u2019imaginaire du d\u00e9sert<\/em>, l\u2019\u00e9criture d\u2019Eberhardt se consacre \u00e0 d\u00e9crire dans ses multiples variantes le Sahara ainsi que les parcours de ceux et celles qu\u2019elle croise au fil de ses vagabondages. Autrement dit, la nature du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb s\u2019estompe au profit d\u2019un tableau polysensoriel de l\u2019espace d\u00e9sertique dont l\u2019identit\u00e9 narrative semble se nourrir. Au-del\u00e0 du geste de s\u2019en aller, c\u2019est le d\u00e9sir de se transformer gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ailleurs qui pr\u00e9vaut chez Eberhardt.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Belorgey, Jean-Michel. 1989. <em>La vraie vie est ailleurs. Histoires de ruptures avec l\u2019Occident<\/em>. Paris\u00a0: J.-C. Latt\u00e8s, 412\u00a0p.<\/p>\n<p>Belorgey, Jean-Michel. 2000.<em> Transfuges. Voyages, ruptures, m\u00e9tamorphoses\u00a0: des Occidentaux en qu\u00eate d\u2019autres mondes<\/em>. Paris\u00a0: Autrement, 437\u00a0p.<\/p>\n<p>Bouvet, Rachel. 2006. <em>Pages de sable. Essai sur l\u2019imaginaire du d\u00e9sert<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: XYZ \u00e9diteur, 208\u00a0p.<\/p>\n<p>Carpentier, Andr\u00e9. 2003. \u00ab\u00a0\u00c9crire le voyage (Extraits de Mendiant de l\u2019infini)\u00a0\u00bb, dans Bouvet, Rachel et Basma El Omari (dir.), <em>L\u2019espace en toutes lettres<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Nota Bene, p.\u00a0161-174.<\/p>\n<p>Delbard, Olivier. 1999. <em>Les lieux de Kenneth White. Paysage, pens\u00e9e, po\u00e9tique<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 301\u00a0p.<\/p>\n<p>Eberhardt, Isabelle. 1988. <em>\u00c9crits sur le sable. \u0152uvres compl\u00e8tes. Tome 1<\/em>. \u00c9dition \u00e9tablie, annot\u00e9e et pr\u00e9sent\u00e9e par Marie-Odile Delacour et Jean-Ren\u00e9 Huleu. Paris\u00a0: Grasset, 498\u00a0p.<\/p>\n<p>Eberhardt, Isabelle. 1998. <em>\u00c9crits intimes. Lettres aux trois hommes les plus aim\u00e9s<\/em>. \u00c9dition \u00e9tablie et pr\u00e9sent\u00e9e par Marie-Odile Delacour et Jean-Ren\u00e9 Huleu. Paris\u00a0: \u00c9ditions Payot &amp; Rivages, 395\u00a0p.<\/p>\n<p>Onfray, Michel. 2007. <em>Th\u00e9orie du voyage. Po\u00e9tique de la g\u00e9ographie<\/em>. Paris\u00a0: Le livre de poche, 125\u00a0p.<\/p>\n<p>Roncato, Christophe. 2008. \u00ab\u00a0L\u2019atopie ou le processus de d\u00e9sencombrement\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes \u00e9cossaises<\/em>, no\u00a011, p.\u00a079-90.<\/p>\n<p>Segalen, Victor. 1995. \u00ab\u00a0Essai sur l\u2019exotisme\u00a0\u00bb, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes, tome 1<\/em>. Pr\u00e9fac\u00e9 et \u00e9dit\u00e9 par Henry Bouillier, Paris\u00a0: Robert Laffont, p.\u00a0745-781.<\/p>\n<p>White, Kenneth. 1994. <em>Le plateau de l\u2019albatros. Introduction \u00e0 la g\u00e9opo\u00e9tique<\/em>. Paris\u00a0: Grasset, 362\u00a0p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Marcil-Bergeron, Myriam. 2013. \u00ab \u00c9chapper \u00e0 la \u00ab\u00a0machine sociale\u00a0\u00bb. Le vagabondage chez Isabelle Eberhardt \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/marcil-bergeron-18&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/marcil-bergeron-18.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 marcil-bergeron-18.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-24bf12f4-00da-4c62-bb88-90a7f2bae0f6\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/marcil-bergeron-18.pdf\">marcil-bergeron-18<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/marcil-bergeron-18.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-24bf12f4-00da-4c62-bb88-90a7f2bae0f6\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018 Lorsque l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux imaginaires du d\u00e9sert et du nomadisme, le cas de l\u2019\u00e9crivaine-voyageuse Isabelle Eberhardt appara\u00eet comme un incontournable. \u00c0 l\u2019aube du XXe si\u00e8cle, cette derni\u00e8re a refus\u00e9 les normes sociales de l\u2019Occident afin de se consacrer tout enti\u00e8re au Sahara, une immensit\u00e9 g\u00e9ographique o\u00f9 elle a fa\u00e7onn\u00e9 sa [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1235,1237],"tags":[253],"class_list":["post-5534","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-deviances","category-lindividu-et-la-societe","tag-marcil-bergeron-myriam"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5534","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5534"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5534\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9018,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5534\/revisions\/9018"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5534"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5534"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5534"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}