{"id":5538,"date":"2024-06-13T19:48:22","date_gmt":"2024-06-13T19:48:22","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-trajectoire-dun-desir-deviant-dans-loeuvre-dherve-guibert-analyse-du-journal-dun-amoureux-des-enfants\/"},"modified":"2024-09-06T16:41:18","modified_gmt":"2024-09-06T16:41:18","slug":"la-trajectoire-dun-desir-deviant-dans-loeuvre-dherve-guibert-analyse-du-journal-dun-amoureux-des-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5538","title":{"rendered":"La trajectoire d&rsquo;un d\u00e9sir \u00ab\u00a0d\u00e9viant\u00a0\u00bb dans l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Herv\u00e9 Guibert. Analyse du journal d&rsquo;un amoureux des enfants."},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6887\">Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018<\/a><\/h5>\n<p>Un ami photographe d&rsquo;Herv\u00e9 Guibert lui propose un voyage en Afrique du Nord, entre la mer et le d\u00e9sert, avec deux enfants. L\u2019auteur tient un carnet tout au long du voyage qui devient, \u00e0 quelques manipulations pr\u00e8s, un texte publi\u00e9 aux \u00e9ditions de Minuit. <em>Voyage avec deux enfants<\/em> pr\u00e9sente, \u00e0 travers le v\u00e9cu et l&rsquo;anticipation du voyage, quelque chose comme la cartographie du d\u00e9sir de Guibert pour un des deux enfants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e9sirer un enfant\u00a0\u00bb, c&rsquo;est vouloir en mettre un au monde, en avoir un. C&rsquo;est l\u00e0 le pendant socialement accept\u00e9, voire encourag\u00e9 de la formule. Lu autrement, \u00ab\u00a0d\u00e9sirer un enfant\u00a0\u00bb peut aussi renvoyer \u00e0 l&rsquo;attirance physique, ce qui, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, est sans doute le d\u00e9sir le plus proscrit d&rsquo;entre tous. Dans son texte <em>Voyage avec deux enfants<\/em>, Guibert montre la fronti\u00e8re \u00e9pineuse qui s\u00e9pare ces deux zones en la d\u00e9passant, en la d\u00e9pla\u00e7ant, mais en usant toujours de proc\u00e9d\u00e9s textuels qui l\u00e9gitiment la transgression. Il s&rsquo;agira ici, d&rsquo;une part, de pr\u00e9senter ces proc\u00e9d\u00e9s singuliers, c&rsquo;est-\u00e0-dire de montrer comment les d\u00e9viances qui concernent la forme de l&rsquo;ouvrage cristallisent et en m\u00eame temps autorisent les d\u00e9viances qui ont trait \u00e0 la repr\u00e9sentation d&rsquo;une sexualit\u00e9 hors-norme. D&rsquo;autre part, nous chercherons \u00e0 comprendre \u00e0 quels imp\u00e9ratifs peut bien venir r\u00e9pondre l&rsquo;expression du d\u00e9sir d&rsquo;enfant et le d\u00e9tournement r\u00e9current, par Guibert, de la filiation. Ainsi, nous montrerons que les repr\u00e9sentations \u00e9rotiques de l&rsquo;enfance apparaissent comme les mises en sc\u00e8ne d&rsquo;un d\u00e9sir d&rsquo;enfantement que le texte ne cesse de formuler.<\/p>\n<h2>Forme et horizons d&rsquo;attente<\/h2>\n<p>Guibert est un menteur. Il se joue de ses lecteurs et de ses lectrices, d\u00e9boulonne point par point leurs horizons d&rsquo;attente. L&rsquo;horizon d&rsquo;attente, tel que d\u00e9fini par Hans-Robert Jauss dans son ouvrage <em>Pour une esth\u00e9tique de la r\u00e9ception<\/em>, rel\u00e8ve de trois choses, soit\u00a0: l&rsquo;exp\u00e9rience que le public a du genre de l&rsquo;\u0153uvre qui se trouve devant lui, la th\u00e9matique ou la forme dont l&rsquo;auteur pr\u00e9suppose la connaissance du public, et la capacit\u00e9 de ce m\u00eame public \u00e0 distinguer langage courant et langage po\u00e9tique (Jauss, 1978, p. 49). Guibert d\u00e9stabilise \u00e0 tous ces \u00e9gards. D&rsquo;abord, le genre de <em>Voyage avec deux enfants<\/em> est ind\u00e9fini. La page couverture ne pr\u00e9sente aucun titre g\u00e9n\u00e9rique, et pour cause\u00a0: l&rsquo;ouvrage est \u00e0 la fois journal de voyage, conte, roman ou r\u00e9cit. Bien que l&rsquo;on s&rsquo;aventure dans le livre comme dans un journal intime et que les fragments qu&rsquo;il comporte soient dat\u00e9s, ceux-ci sont dispos\u00e9s p\u00eale-m\u00eale, sans \u00e9gard \u00e0 une chronologie. Les fragments qui pr\u00e9c\u00e8dent le d\u00e9part sont le lieu d&rsquo;une fiction du voyage, c&rsquo;est \u00ab\u00a0le r\u00e9cit du plaisir\u00a0\u00bb, le voyage tel que Guibert l&rsquo;anticipe avec sa plume de romancier. \u00c0 quoi s&rsquo;oppose \u00ab\u00a0le r\u00e9cit de la souffrance\u00a0\u00bb, soit le journal du \u00ab\u00a0vrai voyage\u00a0\u00bb, comme le d\u00e9signe Guibert (Guibert, 1982a, p.\u00a033). Compte tenu du caract\u00e8re sensible de ce qui se donne \u00e0 lire, le lecteur cherche constamment (en vain) \u00e0 discerner les sauts de di\u00e9g\u00e8se. En disposant les fragments dans le d\u00e9sordre, Guibert met les fantasmes et le voyage sur un m\u00eame plan. Du coup, la man\u0153uvre, en plus d&rsquo;\u00eatre d\u00e9routante, bouscule le troisi\u00e8me horizon d&rsquo;attente. Sans transition, le texte enfile des descriptions du quotidien, dans un langage courant, \u00e0 des fragments qui rel\u00e8vent du merveilleux. De Guibert qui cache son carnet de la vue des enfants \u00e0 Guibert, ogre, qui les d\u00e9vore la nuit \u00ab\u00a0dans des bouillies de dates confites\u00a0\u00bb (Guibert, 1982a, p. 34).<\/p>\n<p>Ainsi, Guibert d\u00e9pose dans son \u0153uvre certains points de rep\u00e8re pour mieux nous tromper par la suite. Le titre constitue son premier trompe-l\u2019\u0153il. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un voyage, mais s&rsquo;agit-il vraiment de deux enfants? Les deux protagonistes en question sont tour \u00e0 tour d\u00e9sign\u00e9s par des adjectifs\u00a0: \u00ab\u00a0l&rsquo;enfant chaste\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;enfant jaloux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;enfant disgracieux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;enfant maussade\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rieur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fi\u00e9vreux\u00a0\u00bb&#8230; Leur identit\u00e9 ne tient qu&rsquo;\u00e0 \u00e7a<a id=\"footnoteref1_6d9zalu\" class=\"see-footnote\" title=\"On retrouve bien un pr\u00e9nom, \u00ab\u00a0Vincent\u00a0\u00bb, une seule fois dans Voyage avec deux enfants. Cela dit, la note dans laquelle il se retrouve est encadr\u00e9e de guillemets, proc\u00e9d\u00e9 utilis\u00e9 par Guibert pour inclure un passage r\u00e9dig\u00e9 ailleurs qui ne se fond pas int\u00e9gralement dans la logique du texte (Guibert, 1982a, p. 98)..\" href=\"#footnote1_6d9zalu\">[1]<\/a>. De plus, l&rsquo;auteur prend la peine de distinguer son d\u00e9sir pour l&rsquo;adolescence de celui pour l&rsquo;enfance\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e2ge qui m&rsquo;enflamme, en effet, c&rsquo;est l&rsquo;adolescence, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;enfance\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il (Guibert, 1982a, p. 31). Par cette distinction, Guibert laisse entendre qu&rsquo;il mesure l&rsquo;utilisation de ces termes, qu&rsquo;il n&rsquo;utilise pas le mot \u00ab\u00a0enfant\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer des adolescents. Or, si on consulte des biographies <a id=\"footnoteref2_gia6dx6\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans son livre Herv\u00e9 Guibert Biographie, Christian Soleil, qui r\u00e9alise une entrevue avec les deux enfants du voyage plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s la mort de Guibert, souligne : \u00ab\u00a0Il s'agit plus pr\u00e9cis\u00e9ment d'adolescent de 17 ans qui deviendront des enfants dans le jeu guibertien\u00a0\u00bb (Soleil, 2002, p. 155).\" href=\"#footnote2_gia6dx6\">[2]<\/a>, ou m\u00eame en \u00e9tant attentif \u00e0 l&rsquo;intertexte guibertien<a id=\"footnoteref3_wieajw8\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans Le protocole compassionnel, Guibert \u00e9crit que Vincent a dix ans de moins que lui (Guibert, 1991a, p. 49).\" href=\"#footnote3_wieajw8\">[3]<\/a>, on apprend que les enfants du r\u00e9cit n&rsquo;ont d&rsquo;enfant que le nom. Ce sont des adolescents de dix-sept ans, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 Guibert, lui, en a vingt-six. Il s&rsquo;agit pour lui d&rsquo;\u00ab\u00a0inviter des enfants dans des enveloppes adultes<a id=\"footnoteref4_moz8e4x\" class=\"see-footnote\" title=\"Pour nous confondre davantage, Guibert annonce le mensonge \u00e0 l'envers\u00a0: \u00ab\u00a0je pourrais aussi imaginer que les deux enfants sont des faux enfants, des adolescents dont la croissance a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9e [\u2026], voil\u00e0 un truchement bien plaisant \u00bb (Guibert, 1982a, p. 31-32).\" href=\"#footnote4_moz8e4x\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb (Guibert, 1982a, p. 19). On peut \u00e9galement imaginer que Guibert s&rsquo;est inspir\u00e9 de la d\u00e9marche artistique de son compagnon de voyage, Bernard Faucon, dont les photographies mettent en sc\u00e8ne de faux enfants, des enfants de cire, parfois entrem\u00eal\u00e9s de vrais enfants<a id=\"footnoteref5_kwcf1a6\" class=\"see-footnote\" title=\"Ce proc\u00e9d\u00e9 touche particuli\u00e8rement sa s\u00e9rie de photographies intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Les grandes vacances\u00a01977-1981\u00a0\u00bb (Faucon, 1995).\" href=\"#footnote5_kwcf1a6\">[5]<\/a>.<\/p>\n<h2>Forcer le d\u00e9sir<\/h2>\n<p>Si notre z\u00e8le \u00e0 ratisser des biographies pour d\u00e9couvrir l&rsquo;\u00e2ge de ces \u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb est parlant quant au caract\u00e8re d\u00e9viant de ce que le texte <em>semble<\/em> mettre en sc\u00e8ne, est encore plus parlant le fait que Guibert force l&rsquo;image, m\u00eame si celle-ci est frapp\u00e9e d&rsquo;interdits sociaux, moraux, voire judiciaires. Il nous appara\u00eet que cet \u00ab\u00a0\u00e9chafaudage romanesque\u00a0\u00bb, comme le nomme l&rsquo;auteur (Guibert, 1982a, p. 31), ne fait pas qu&rsquo;\u00e9branler; il satisfait un d\u00e9sir d&rsquo;un autre ordre. Car non seulement Guibert impose l&rsquo;enfance au niveau de la repr\u00e9sentation, par le mensonge de sa d\u00e9signation, mais il s&rsquo;inflige carr\u00e9ment le d\u00e9sir. Du moins, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il nous laisse croire dans un certain passage de <em>Voyage avec deux enfants<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je me force \u00e0 jouir en pensant \u00e0 un enfant. Mais comme une encre molle qui accroche mal le sable, qui le fr\u00f4le seulement et glisse en emportant le bateau ailleurs, dans son vent (mon propre vent de jouissance est une image adulte), ma divagation ne cesse de dessiller l&rsquo;enfant que je m&rsquo;impose, elle m&rsquo;\u00e9loigne de lui au lieu de m&rsquo;en approcher, elle me le vole, et me ram\u00e8ne au pied de cette architecture d&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9s, grouillante de corps m\u00fbrs, que j&rsquo;ai patiemment \u00e9labor\u00e9e depuis que je manie le plaisir. Revenir \u00e0 l&rsquo;enfant, malgr\u00e9 les vents contraires, lutter dans le courant inverse [\u2026] je suis repris d&rsquo;une sensation premi\u00e8re de vomissement, et je crache enfin une tache trop longtemps contenue, presque verte, maladroite, id\u00e9alement enfantine (Guibert, 1982a, 18-19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e que Guibert doive s&rsquo;imposer l&rsquo;enfance \u00ab\u00a0par toutes sortes de ficelles, d&rsquo;images, de souvenirs\u00a0\u00bb (Guibert, 1982a, p. 32), au d\u00e9triment de son propre d\u00e9sir, jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;en donner la naus\u00e9e, est r\u00e9currente dans l&rsquo;ouvrage. Dans un r\u00e9sum\u00e9 de son \u0153uvre, l&rsquo;auteur annonce d&#8217;embl\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9sir fabriqu\u00e9. En parlant de lui, \u00e0 la troisi\u00e8me personne, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0cet homme, ce c\u00e9libataire<em> joue<\/em>, par l&rsquo;\u00e9criture, \u00e0 se mettre dans la peau d&rsquo;un p\u00e9dophile. Les possibilit\u00e9s de tendresse qui adviennent ne sont pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es, sans doute, de l&rsquo;amour paternel<a id=\"footnoteref6_2mp8up4\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous soulignons. Herv\u00e9 Guibert, \u00ab\u00a0Voyage avec deux enfants\u00a0\u00bb R\u00e9sum\u00e9 de l'\u0153uvre, Les \u00e9ditions de Minuit, [en ligne] &lt; http:\/\/www.leseditionsdeminuit.fr\/f\/index.php?sp=liv&amp;livre_id=1668 &gt; (consult\u00e9 le 11 avril 2013).\" href=\"#footnote6_2mp8up4\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb. Il distingue clairement son fantasme du fantasme que l&rsquo;\u00e9criture doit, par le <em>jeu<\/em>, mettre en acte. Ainsi, la jouissance n&rsquo;a jamais lieu. Heureusement, dirons-nous! Pour citer R\u00e9gnier Pirard, \u00ab\u00a0un enfant ne peut \u00eatre, sans risque mortel ou de folie, objet de jouissance tel un appendice narcissique\u00a0\u00bb (Pirard, 2010, p. 57). L&rsquo;\u00e9criture ne cesse de dire l&rsquo;impossibilit\u00e9 de l&rsquo;accomplissement de ce d\u00e9sir. Du coup, l&rsquo;interdit appara\u00eet toujours au centre du fantasme. Dans la fiction, la p\u00e9d\u00e9rastie emm\u00e8ne son lot de punitions<a id=\"footnoteref7_ydykm3l\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00c0 titre d'exemples, dans Vous m'avez fait former des fant\u00f4mes, des brigands p\u00e9d\u00e9rastes se voient moralement condamn\u00e9s \u00e0 la fin de l'ouvrage. Dans Les lubies d'Arthur, le personnage de Bichon (qui vit une relation incestueuse avec Arthur) meurt empal\u00e9 par le ventre.\" href=\"#footnote7_ydykm3l\">[7]<\/a>, dans le journal intime, le d\u00e9sir se donne \u00e0 lire sous le mode de \u00ab\u00a0l&rsquo;envie de\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0r\u00eave de\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref8_woi9597\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Ce soir le fils de B. dans le train\u00a0: l'envie de baiser sa peau malgr\u00e9 sa blancheur boutonneuse; l'envie de baiser ses l\u00e8vres, malgr\u00e9 leurs craquelures; l'envie de mettre ma langue dans sa bouche, malgr\u00e9 ses dents mal lav\u00e9es\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 64); \u00ab\u00a0J'ai envie d'\u00eatre l'ami indigne qui s'absente pour aller passer en douce une main dans la culotte de pyjama du fils endormi\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 287); \u00ab\u00a0R\u00eave de bonheur physique avec le petit \u00c9tienne\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 398); \u00ab\u00a0R\u00eave [...] d'une partouze d'enfants\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 477); \u00ab\u00a0R\u00eavai que je faisais l'amour \u00e0 un enfant d\u00e9lur\u00e9\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 13).\" href=\"#footnote8_woi9597\">[8]<\/a>. Ainsi, l&rsquo;auteur a r\u00e9guli\u00e8rement recours \u00e0 la figure de l&rsquo;ogre<a id=\"footnoteref9_03sjowp\" class=\"see-footnote\" title=\"Pour ne nommer que ces deux exemples, dans Les lubies d'Arthur, le personnage principal r\u00eave de d\u00e9vorer un f\u0153tus (Guibert, 1983, p. 49). Dans Le mausol\u00e9e des amants, lorsque Guibert se sent menac\u00e9 par la naissance prochaine d'un enfant de son amant, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0En le d\u00e9vorant \u00e0 la source, d\u00e9vorer la prog\u00e9niture de T. (\u00eatre l'ogre anticip\u00e9)\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 185).\" href=\"#footnote9_03sjowp\">[9]<\/a>. Le caract\u00e8re fantastique de cette figure co\u00efncide avec la posture de Guibert qui ne fait que consommer des <em>symboles<\/em> d&rsquo;enfants\u00a0: des repr\u00e9sentations textuelles qu&rsquo;il \u00e9labore lui-m\u00eame, des mannequins d&rsquo;enfants qu&rsquo;il collectionne (Guibert, 2001, p. 11-17, 55), et des portraits d&rsquo;enfants dont il recouvre ses murs\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Gilles part consommer des dizaines d&rsquo;enfants \u00e0 chaque voyage en Tha\u00eflande; moi j&rsquo;ach\u00e8te des portraits d&rsquo;enfants par dizaines, fusain, pastel, crayons Cont\u00e9, dont je tapisse les murs de ma chambre pour en faire la \u00a0\u00bbchambre des enfants\u00a0\u00bb. Ogre l&rsquo;un et l&rsquo;autre \u00e0 sa fa\u00e7on (Guibert, 2001, p. 541).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Du m\u00eame coup, Guibert oppose clairement le d\u00e9sir de son ami (d\u00e9sir du corps) \u00e0 son d\u00e9sir \u00e0 lui (d\u00e9sir d&rsquo;images). Le fantasme ne fonctionne ici qu&rsquo;en tant que construction symbolique. Si l&rsquo;\u00e9criture cesse de le soutenir, celui-ci se dissipe. Guibert \u00e9crit d&rsquo;ailleurs, dans <em>Voyage avec deux enfants<\/em>, un fragment qui annonce l&rsquo;inad\u00e9quation entre la r\u00e9alit\u00e9 et le texte\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;h\u00e9site \u00e0 \u00e9crire\u00a0: Voyage de merde, enfant de merde. Le d\u00e9but du mensonge\u00a0: l&rsquo;\u00e9crire ce serait renoncer au roman\u00a0\u00bb (Guibert 1982a, p. 97)<\/p>\n<h2>La filiation<\/h2>\n<p>Plusieurs auteurs voient dans le sida, du moins dans le sida tel qu&rsquo;il se vivait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Guibert, un arr\u00eat dans la filiation. Chantal Saint-Jarre, professeure de litt\u00e9rature et auteure de <em>Du sida, l&rsquo;anticipation de la mort et sa mise en discours<\/em>, parle d&rsquo;une \u00ab\u00a0castration g\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb (Saint-Jarre, 1994, p. 45), puisque le VIH s&rsquo;attaque \u00e0 la sexualit\u00e9, \u00e0 la possibilit\u00e9 m\u00eame de procr\u00e9er, et qu&rsquo;il touche directement le sang, qui n&rsquo;est rien de moins que le support symbolique de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. Selon elle, les sid\u00e9ens ont \u00e0 faire plusieurs deuils\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] deuil de l&rsquo;enfance, deuil de la sexualit\u00e9 active et gratifiante, deuil de la fertilit\u00e9, deuil de la maternit\u00e9, deuil de la paternit\u00e9, deuil du d\u00e9sir d&rsquo;enfant, deuil de l&rsquo;enfant (id\u00e9alis\u00e9) qu&rsquo;on n\u2019aura pas, qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 ou qu&rsquo;on n&rsquo;est plus (Saint-Jarre, 1994, p. 225).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sujet sid\u00e9en perd la possibilit\u00e9 d&rsquo;enfanter ainsi que sa propre enfance, en vieillissant d&rsquo;un coup. Guibert dit d&rsquo;ailleurs, \u00e0 35 ans, se sentir comme sa grand-tante Suzanne qui en a 95 et qui est impotente (Guibert, 2009). Saint-Jarre, qui a travaill\u00e9 aupr\u00e8s de personnes infect\u00e9es au VIH dans le cadre de sa pratique th\u00e9rapeutique (au comit\u00e9 Sida Aide Montr\u00e9al, \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 canadienne de l&rsquo;h\u00e9mophilie et dans sa pratique priv\u00e9e) insiste, dans son ouvrage, sur l&rsquo;importance que les sujets sid\u00e9ens accordent \u00e0 cette question. Un de ses patients lui mentionne son d\u00e9sir d&rsquo;ouvrir une maison d&rsquo;aide aux b\u00e9b\u00e9s atteints du sida, un autre lui confie son d\u00e9sarroi \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre une \u00ab\u00a0branche coup\u00e9e\u00a0\u00bb (Saint-Jarre, 1994, p. 217) dans l&rsquo;arbre g\u00e9n\u00e9alogique de sa famille; un jeune homme lui fait part de son d\u00e9sir d&rsquo;adopter un enfant, un autre de congeler son sperme \u00ab\u00a0afin de garder la certitude, en mourant, de participer \u00e0 la reproduction de l&rsquo;esp\u00e8ce\u00a0\u00bb (Saint-Jarre, 1994, p. 226). Certains hommes sid\u00e9ens, toujours selon Saint-Jarre, expriment m\u00eame le d\u00e9sir, gr\u00e2ce \u00e0 la science, d&rsquo;\u00e9liminer les cellules contamin\u00e9es dans leur sperme pour pouvoir donner naissance \u00e0 un enfant. En somme, le sida attaque directement la filiation. C&rsquo;est justement l\u00e0 un des principaux enjeux du plus populaire roman de Guibert, <em>\u00c0 l&rsquo;ami qui ne m&rsquo;a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, qui montre une filiation horizontale, repli\u00e9e sur elle-m\u00eame; une communaut\u00e9 de sid\u00e9ens qui, pour survivre, s&rsquo;\u00e9changent les m\u00e9dicaments d&rsquo;autres sid\u00e9ens d\u00e9j\u00e0 morts. \u00c0 ce sujet, les propos de Joseph Levy et d&rsquo;Alexis Nouss, qui ont \u00e9crit un essai d&rsquo;anthropologie sur les romans du sida, sont plut\u00f4t \u00e9clairants\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le sida, par son double aspect fatal et \u00e9pid\u00e9mique, r\u00e9duirait la dimension d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 dans la perception de la mort et am\u00e8nerait la conscience individuelle \u00e0 la certitude de sa propre finitude dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;autre qui meurt ou va mourir, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 le m\u00eame [que soi]. La dimension microsociale du milieu atteint par le sida amplifie la preuve et la probabilit\u00e9 de la mort de l&rsquo;individu dans une dialectique complexe entre la mort de soi, de moi, de toi et de tous (Levy et Nouss, 1994, p. 94) .<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les recherches de Chantal Saint-Jarre s&rsquo;inscrivent \u00e9galement en continuit\u00e9 avec celles du psychanalyste Serge Leclaire qui voit dans l&rsquo;acte analytique une tentative de tuer l&rsquo;enfant toujours renaissant, la repr\u00e9sentation tyrannique d&rsquo;un \u00ab\u00a0enfant merveilleux\u00a0\u00bb (Leclaire, 1975) que nous avons \u00e9t\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre arrach\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re, de devenir sujet et d&rsquo;entrer dans le langage. Saint-Jarre indique que le sida fait surgir cette figure de fa\u00e7on violente et imp\u00e9rative. L&rsquo;enfance, \u00e0 tous les niveaux, est expuls\u00e9e du champ des possibles. Elle fait donc retour dans l&rsquo;\u00e9criture, sous plusieurs formes, avant m\u00eame d&rsquo;\u00eatre \u00e9rotis\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans son roman posthume <em>Le paradis<\/em>, \u00e9crit alors qu&rsquo;il \u00e9tait gravement malade, atteint du VIH et condamn\u00e9 \u00e0 une mort imminente, Guibert fait le r\u00e9cit d&rsquo;un personnage qui porte son nom, mais qui, contrairement \u00e0 lui, est h\u00e9t\u00e9rosexuel et s\u00e9ron\u00e9gatif. Plus important encore, le personnage \u00e9voque sa volont\u00e9 d&rsquo;avoir un enfant, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait du cadeau que le sida confisque. Il dit \u00e0 son amie : \u00ab\u00a0Puisque nous n&rsquo;avons pas le sida, pourquoi ne pas nous offrir un enfant?\u00a0\u00bb (Guibert, 1992, p. 127). Cette figure appara\u00eet comme salvatrice dans le discours de Guibert. Dans un dialogue ins\u00e9r\u00e9 sans explication entre deux pages de <em>Voyage avec deux enfants<\/em> (et repris presque tel quel dans deux autres de ses livres<a id=\"footnoteref10_exk6024\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00c0 quelques d\u00e9tails pr\u00e8s, le passage est repris dans son journal intime, Le mausol\u00e9e des amants (Guibert, 2001, p. 75), et dans sa pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre Vole mon dragon (Guibert, 1994, p. 63-64).\" href=\"#footnote10_exk6024\">[10]<\/a>), une amie de Guibert lui demande ce qui pourrait le sauver, ce \u00e0 quoi il r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0toucher le corps d&rsquo;un enfant, mais ce ne serait que par rapport au d\u00e9go\u00fbt que m&rsquo;inspire mon propre corps\u00a0\u00bb (Guibert, 1982a, p. 132). Dans les derni\u00e8res pages de son journal intime, alors que Guibert est sur le point de mourir, on peut lire, par exemple, un r\u00e9cit de r\u00eave dans lequel il jubile de se trouver dans un magasin de jouet (Guibert, 2001, p. 125). L&rsquo;enfant, pour Guibert, est \u00ab\u00a0un poison, puis l&rsquo;eau qui le d\u00e9laye et qui l&rsquo;absout\u00a0\u00bb (Guibert, 1982a, p. 100).<\/p>\n<p>On convient donc que ce n&rsquo;est pas l&rsquo;aspect biologique du sida qui provoque l&rsquo;apparition de l&rsquo;enfance dans l&rsquo;\u00e9crit, mais plut\u00f4t le fait que la maladie conjugue l&rsquo;impossibilit\u00e9 de procr\u00e9er et qu&rsquo;elle impose la mort comme horizon de finitude. Il semble que Guibert soit d\u00e9j\u00e0 assujetti \u00e0 ces conditions avant m\u00eame de contracter le VIH et avant m\u00eame que le sida n&rsquo;apparaisse dans l&rsquo;imaginaire collectif. D&rsquo;une part, l&rsquo;homosexualit\u00e9 en elle-m\u00eame emp\u00eache le sujet d&rsquo;envisager avoir un enfant ou de se reproduire \u2013 du moins, c&rsquo;\u00e9tait le cas \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Guibert o\u00f9 la notion d&rsquo;homoparentalit\u00e9 \u00e9tait extr\u00eamement marginale. D&rsquo;autre part, Guibert anticipe sa mort d\u00e8s son premier ouvrage publi\u00e9 en 1977<a id=\"footnoteref11_uhwilkt\" class=\"see-footnote\" title=\"Il s'agit de La mort propagande. Dans cet ouvrage, entre autres, Guibert invente le sc\u00e9nario de sa mort et les coupures de presse qui suivraient. Guibert \u00e9crit ce livre par d\u00e9pit, apr\u00e8s que plusieurs \u00e9diteurs aient refus\u00e9 de publier les contes pour enfants qu'il \u00e9crivait \u00e0 l'\u00e9poque. Si cette anecdote \u2013 qui nous vient de Michel Foucault (Foucault, 1977, p. 107) \u2013 nous appara\u00eet anecdotique, il n'en reste pas moins qu'elle illustre \u00e0 merveille la co\u00efncidence entre la figure de l'enfance et l'anticipation de la mort dans la d\u00e9marche d'\u00e9criture guibertienne.\" href=\"#footnote11_uhwilkt\">[11]<\/a>. Il \u00e9crit \u00e9galement avoir ressenti \u00ab\u00a0une sorte de jubilation\u00a0\u00bb au moment d&rsquo;apprendre son diagnostic, lui qui fait de la mort une id\u00e9e fixe depuis l&rsquo;enfance\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>En sortant du centre de la rue du Jurra o\u00f9 nous venions, Jules et moi, de faire le test, j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 contraint \u00e0 l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 d&rsquo;une pens\u00e9e inavouable\u00a0: que je tirais une sorte de jubilation de la souffrance et de la duret\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience [\u2026] Depuis que j&rsquo;ai douze ans, et depuis qu&rsquo;elle est une terreur, la mort est une marotte (Guibert, 1990a, p. 158).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cela nous m\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9ciser que Guibert n&rsquo;est pas atteint du sida au moment d&rsquo;\u00e9crire <em>Voyage avec deux enfants<\/em>. Le sida, en quelque sorte, vient nommer et justifier une logique narrative d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente depuis longtemps dans son \u0153uvre. \u00c0 ce sujet, Guibert dit d&rsquo;ailleurs en entrevue\u00a0: \u00ab\u00a0Le sida m&rsquo;a permis de radicaliser un peu plus encore certains syst\u00e8mes de narration, de rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, de mise en jeu de moi-m\u00eame au-del\u00e0 m\u00eame de ce que je pensais possible\u00a0\u00bb (Guibert, 1990b, p. 19).<\/p>\n<h2>Faire d\u00e9vier la filiation<\/h2>\n<p>Avant qu&rsquo;il ne soit atteint du sida \u2013 au risque d&rsquo;insister \u2013 on retrouve plusieurs inventions de Guibert, plusieurs jeux textuels par lesquels il arrive justement, en faisant d\u00e9vier la filiation, \u00e0 conjuguer homosexualit\u00e9 et procr\u00e9ation. Dans son roman pornographique <em>Les Chiens<\/em>, la sc\u00e8ne finale, entre autres, pr\u00e9sente un personnage qui met une femme enceinte par l&rsquo;interm\u00e9diaire de son amant. La femme \u00ab\u00a0devient f\u00e9conde\u00a0\u00bb par l&rsquo;addition de sperme qui, en \u00ab\u00a0traversant des masses spongieuses\u00a0\u00bb, passe de \u00ab\u00a0moi \u00e0 lui\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0de lui \u00e0 elle\u00a0\u00bb (Guibert, 1982b, p. 36)<a id=\"footnoteref12_yd7jrei\" class=\"see-footnote\" title=\"On peu apercevoir dans ce trio, sous la forme de personnages de fiction, Guibert, son amant Thierry et la compagne de son amant, Christine, a qui est d\u00e9dicac\u00e9 le livre (\u00c0 T. et C.) (Guibert, 1982b, p. 7). Avant de mourir, Guibert s'est mari\u00e9 avec Christine (qui porte aujourd'hui le nom de Guibert) pour \u00e9viter que les revenus de ses livres ne reviennent \u00e0 ses parents (Soleil, 2002, p. 191), ce qui est en soi un d\u00e9tournement important de la filiation.\" href=\"#footnote12_yd7jrei\">[12]<\/a>. Autre man\u0153uvre semblable dans son roman <em>Les lubies d&rsquo;Arthur<\/em>, le personnage principal met \u00ab\u00a0enceint\u00a0\u00bb un personnage masculin, du nom de Bichon, dont il se d\u00e9clare aussi le p\u00e8re adoptif. Dans <em>Voyage avec deux enfants<\/em>, lorsque Guibert dit vouloir embrasser l&rsquo;enfant, celui ci lui r\u00e9pond la phrase de Bartleby\u00a0: \u00ab\u00a0je pr\u00e9f\u00e9rerais pas\u00a0\u00bb, ce \u00e0 quoi Guibert r\u00e9plique: \u00ab\u00a0je v\u00e9n\u00e8re sa puret\u00e9 et je le sacre fils\u00a0\u00bb (Guibert, 1982a, p. 92).<\/p>\n<p>Autrement dit, l&rsquo;enfant est instrumentalis\u00e9. La figure de l&rsquo;enfant permet toujours \u00e0 Guibert de s&rsquo;ins\u00e9rer dans une filiation imaginaire et construite. Et lorsque cette figure est \u00e9rotis\u00e9e, c&rsquo;est \u00e9galement pour faire fonctionner cet engrenage. Dans la seule sc\u00e8ne de <em>Voyage<\/em> o\u00f9 il y a un rapprochement physique entre Guibert et celui qu&rsquo;il nomme \u00ab\u00a0l&rsquo;enfant\u00a0\u00bb, il l&rsquo;appelle d&rsquo;abord \u00ab\u00a0mon fils ador\u00e9 \u00bb, \u00ab\u00a0ma ch\u00e8re petite fille\u00a0\u00bb. Ensuite, il dit prendre la place de la fille en creusant \u00ab\u00a0une fente au bas de [s]on ventre\u00a0\u00bb (Guibert, 1982a, p. 106), comme si l&rsquo;acte sexuel devait absolument mimer la procr\u00e9ation.<\/p>\n<p>En ce qui a trait \u00e0 la filiation biologique r\u00e9elle dans laquelle Guibert est inscrit, du moins ce qu&rsquo;il nous en donne \u00e0 lire, un tableau compl\u00e8tement diff\u00e9rent s&rsquo;offre \u00e0 nous. Guibert fait montre d&rsquo;une r\u00e9elle violence envers ses parents, il refuse d&rsquo;\u00eatre une plus value pour ses g\u00e9niteurs. \u00ab\u00a0Les laisser juste me voir, et toujours vivant est le plus grand don \u2013 le seul \u2013 que je puisse leur faire\u00a0\u00bb, peut-on lire dans son journal (Guibert, 2001, p. 18). L&rsquo;exemple le plus flagrant de son rejet de la triangulation familiale est la d\u00e9dicace de son livre <em>Mes Parents<\/em>, soit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 personne\u00a0\u00bb. S&rsquo;il refuse d&rsquo;\u00eatre le fils de ses parents, il s&rsquo;imagine volontiers \u00eatre celui de son amoureux. Car l&rsquo;\u00e9rotisation de l&rsquo;enfance ne se limite pas seulement \u00e0 faire de l&rsquo;enfant son objet de d\u00e9sir, elle implique aussi pour Guibert de se faire lui-m\u00eame l&rsquo;enfant dans certaines sc\u00e8nes fantasm\u00e9es. Il \u00e9crit par exemple aimer l&rsquo;id\u00e9e que son corps \u00ab\u00a0d\u00e9coule en ligne directe\u00a0\u00bb de celui de son amant (Guibert, 2001, p. 344). Une fois, il dit l&rsquo;appeler \u00ab\u00a0papa\u00a0\u00bb dans un demi-sommeil (Guibert, 2001, 115). \u00c0 plusieurs reprises, il lui tend un martinet dont il dit qu&rsquo;il est la r\u00e9plique exacte de celui avec lequel son p\u00e8re le battait. Ce martinet, \u00e9crit Guibert, \u00ab porte en lui, dans ses lani\u00e8res immobiles, la plainte des enfants battus, il exhale le plaisir des amants d\u00e9voy\u00e9s\u00a0\u00bb (Guibert, 1991b, p. 19).<\/p>\n<p>En conclusion, les fantasmes que Guibert nous donne \u00e0 lire sont certainement hors-normes. Cela dit, la mani\u00e8re dont il les articule \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit nous force \u00e0 nous poser cette question fondamentale\u00a0: \u00c0 quoi tient la d\u00e9viance, qu&rsquo;est-ce qui pose probl\u00e8me? La repr\u00e9sentation du fantasme, ou bien son ad\u00e9quation avec le d\u00e9sir d&rsquo;un sujet? Qu&rsquo;en est-il d&rsquo;un sujet qui \u00e9rotise l&rsquo;enfance, mais se met \u00e0 distance du d\u00e9sir exprim\u00e9? Il en tient au lecteur et \u00e0 la lectrice, selon sa perception, de mesurer. Nous pouvons par contre mesurer \u00e0 quel point Guibert fait d\u00e9vier la filiation, et comment la figure de l&rsquo;enfance lui permet d&rsquo;y arriver. En s&rsquo;imaginant avoir l&rsquo;enfant, en s&rsquo;imaginant \u00eatre l&rsquo;enfant de l&rsquo;autre et m\u00eame en s&rsquo;imaginant avoir un enfant de l&rsquo;enfant, Guibert en vient \u00e0 occuper simultan\u00e9ment toutes les sc\u00e8nes de sa conception. Cette posture co\u00efncide avec celle du p\u00e9dophile, selon le psychanalyste G\u00e9rard Szwec\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le p\u00e9dophile est \u00e0 la fois une m\u00e8re incestueuse, un p\u00e8re du type \u00ab\u00a0p\u00e8re de la horde\u00a0\u00bb sexuellement d\u00e9voy\u00e9 et un enfant roi dans la toute puissance. Il est \u00e0 lui seul tous les acteurs d&rsquo;une sc\u00e8ne primitive tr\u00e8s distordue, une sc\u00e8ne narcissique sans immixtion ext\u00e9rieure (Szwec, 1992, p. 595).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si, dans le r\u00e9el, cette posture est fondamentalement destructrice et d\u00e9structurante pour l&rsquo;objet et le sujet du d\u00e9sir en question, l&rsquo;\u0153uvre de Guibert nous laisse penser que l&rsquo;expression de ces d\u00e9sirs, sur le plan purement et<em> exclusivement<\/em> litt\u00e9raire, fonctionne comme un antidote symbolique au bris r\u00e9el d&rsquo;une filiation et \u00e0 l&rsquo;anticipation d&rsquo;une mort prospective.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Faucon, Bernard. 1995. <em>Jours d&rsquo;images<\/em>, Tokyo\u00a0: Treville, (non, pag.)<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 12-21 mars 1977. \u00ab\u00a0Non au sexe roi\u00a0\u00bb (entretien avec B.-H. Levy), <em>Le Nouvel Observateur<\/em>, n\u00b0644, p. 92-130.<\/p>\n<p>Jauss, Hans-Robert. 1978. <em>Pour une esth\u00e9tique de la r\u00e9ception<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 305 p.<\/p>\n<p>Guibert, Herv\u00e9. 1977. <em>La mort propagande<\/em>, Paris\u00a0: R\u00e9gine Deforges, 127 p.<\/p>\n<p>_____. 1982a. <em>Voyage avec deux enfants<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, 122 p.<\/p>\n<p>_____. 1982b. <em>Les chiens<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, 37 p.<\/p>\n<p>_____. 1983. <em>Les lubies d&rsquo;Arthur<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, 117 p.<\/p>\n<p>_____. 1986.<em> Mes parents<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 168 p.<\/p>\n<p>_____. 1987. <em>Vous m&rsquo;avez fait former des fant\u00f4mes<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 204 p.<\/p>\n<p>_____. 1990a. <em>\u00c0 l&rsquo;ami qui ne m&rsquo;a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 265 p.<\/p>\n<p>_____. 1er mars 1990b, \u00ab La vie sida \u00bb (Entretien avec Antoine de Gaudemar),\u00a0<em>Lib\u00e9ration<\/em>, p.\u00a019.<\/p>\n<p>_____. 1991a. <em>Le protocole compassionnel<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 226 p.<\/p>\n<p>_____. 1991b. <em>Vice<\/em>, Paris\u00a0: Jacques Bretoin, 101 p.<\/p>\n<p>_____. 1992. <em>Le paradis<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 140 p.<\/p>\n<p>_____. 1994. <em>Vole mon dragon<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 70 p.<\/p>\n<p>_____. 2001.<em> Le mausol\u00e9e des amants<\/em>, Paris, Gallimard, 560 p.<\/p>\n<p>_____. (r\u00e9al), Pascale Breugnot (r\u00e9al), 2009 (1992). <em>La Pudeur ou l&rsquo;Impudeur<\/em>, DVD, documentaire, France\u00a0: BQHL, 58 min.<\/p>\n<p>Leclaire, Serge. 1975. <em>On tue un enfant<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, 136 p.<\/p>\n<p>Levy, Joseph. Nouss, Alexis. 1994. <em>Sida-Fiction, essai d&rsquo;anthropologie romanesque<\/em>, Paris\u00a0: Presses universitaires de Lyon, 212 p.<\/p>\n<p>Pirard, R\u00e9gnier. 2010. <em>Le sujet post-moderne entre sympt\u00f4me et jouissance<\/em>, Toulouse\u00a0: Eres, 235 p.<\/p>\n<p>Saint-Jarre, Chantal. 1994. <em>Du sida. L&rsquo;anticipation de la mort et sa mise en discours<\/em>. Paris\u00a0: Deno\u00ebl, 267 p.<\/p>\n<p>Soleil, Christian. 2002.<em> Herv\u00e9 Guibert, biographie<\/em>, Saint-\u00c9tienne: Actes graphiques, p. 253.<\/p>\n<p>Szwec, G\u00e9rard. 1993. \u00ab\u00a0Faudra mieux surveiller les petits\u00a0\u00bb, <em>Revue Fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, n\u00b057, p. 592-603.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_6d9zalu\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_6d9zalu\">[1]<\/a> On retrouve bien un pr\u00e9nom, \u00ab\u00a0Vincent\u00a0\u00bb, une seule fois dans <em>Voyage avec deux enfants.<\/em> Cela dit, la note dans laquelle il se retrouve est encadr\u00e9e de guillemets, proc\u00e9d\u00e9 utilis\u00e9 par Guibert pour inclure un passage r\u00e9dig\u00e9 ailleurs qui ne se fond pas int\u00e9gralement dans la logique du texte (Guibert, 1982a, p. 98)..<\/p>\n<p id=\"footnote2_gia6dx6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_gia6dx6\">[2]<\/a> Dans son livre <em>Herv\u00e9 Guibert Biographie<\/em>, Christian Soleil, qui r\u00e9alise une entrevue avec les deux <em>enfants<\/em> du voyage plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s la mort de Guibert, souligne : \u00ab\u00a0Il s&rsquo;agit plus pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;adolescent de 17 ans qui deviendront des enfants dans le jeu guibertien\u00a0\u00bb (Soleil, 2002, p. 155).<\/p>\n<p id=\"footnote3_wieajw8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_wieajw8\">[3]<\/a> Dans <em>Le protocole compassionnel<\/em>, Guibert \u00e9crit que Vincent a dix ans de moins que lui (Guibert, 1991a, p. 49).<\/p>\n<p id=\"footnote4_moz8e4x\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_moz8e4x\">[4]<\/a> Pour nous confondre davantage, Guibert annonce le mensonge \u00e0 l&rsquo;envers\u00a0: \u00ab\u00a0je pourrais aussi imaginer que les deux enfants sont des faux enfants, des adolescents dont la croissance a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9e [\u2026], voil\u00e0 un truchement bien plaisant \u00bb (Guibert, 1982a, p. 31-32).<\/p>\n<p id=\"footnote5_kwcf1a6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_kwcf1a6\">[5]<\/a> Ce proc\u00e9d\u00e9 touche particuli\u00e8rement sa s\u00e9rie de photographies intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Les grandes vacances\u00a01977-1981\u00a0\u00bb (Faucon, 1995).<\/p>\n<p id=\"footnote6_2mp8up4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_2mp8up4\">[6]<\/a> Nous soulignons. Herv\u00e9 Guibert, \u00ab\u00a0Voyage avec deux enfants\u00a0\u00bb R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre, <em>Les \u00e9ditions de Minuit<\/em>, [en ligne] &lt; <a href=\"http:\/\/www.leseditionsdeminuit.fr\/f\/index.php?sp=liv&amp;livre_id=1668\">http:\/\/www.leseditionsdeminuit.fr\/f\/index.php?sp=liv&amp;livre_id=1668<\/a> &gt; (consult\u00e9 le 11 avril 2013).<\/p>\n<p id=\"footnote7_ydykm3l\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_ydykm3l\">[7]<\/a> \u00c0 titre d&rsquo;exemples, dans <em>Vous m&rsquo;avez fait former des fant\u00f4mes<\/em>, des brigands p\u00e9d\u00e9rastes se voient moralement condamn\u00e9s \u00e0 la fin de l&rsquo;ouvrage. Dans <em>Les lubies d&rsquo;Arthur<\/em>, le personnage de Bichon (qui vit une relation incestueuse avec Arthur) meurt empal\u00e9 par le ventre.<\/p>\n<p id=\"footnote8_woi9597\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_woi9597\">[8]<\/a> \u00ab\u00a0Ce soir le fils de B. dans le train\u00a0: l&rsquo;<em>envie de<\/em> baiser sa peau malgr\u00e9 sa blancheur boutonneuse; l&rsquo;<em>envie de<\/em> baiser ses l\u00e8vres, malgr\u00e9 leurs craquelures; l&rsquo;<em>envie de<\/em> mettre ma langue dans sa bouche, malgr\u00e9 ses dents mal lav\u00e9es\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 64); \u00ab\u00a0J&rsquo;ai <em>envie d<\/em>&lsquo;\u00eatre l&rsquo;ami indigne qui s&rsquo;absente pour aller passer en douce une main dans la culotte de pyjama du fils endormi\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 287); \u00ab\u00a0<em>R\u00eave de<\/em> bonheur physique avec le petit \u00c9tienne\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 398); \u00ab\u00a0<em>R\u00eave<\/em> [&#8230;] d&rsquo;une partouze d&rsquo;enfants\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 477); \u00ab<em>\u00a0R\u00eavai<\/em> que je faisais l&rsquo;amour \u00e0 un enfant d\u00e9lur\u00e9\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 13).<\/p>\n<p id=\"footnote9_03sjowp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_03sjowp\">[9]<\/a> Pour ne nommer que ces deux exemples, dans <em>Les lubies d&rsquo;Arthur<\/em>, le personnage principal r\u00eave de d\u00e9vorer un f\u0153tus (Guibert, 1983, p. 49). Dans <em>Le mausol\u00e9e des amants<\/em>, lorsque Guibert se sent menac\u00e9 par la naissance prochaine d&rsquo;un enfant de son amant, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0En le d\u00e9vorant \u00e0 la source, d\u00e9vorer la prog\u00e9niture de T. (\u00eatre l&rsquo;ogre anticip\u00e9)\u00a0\u00bb (Guibert, 2001, p. 185).<\/p>\n<p id=\"footnote10_exk6024\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_exk6024\">[10]<\/a> \u00c0 quelques d\u00e9tails pr\u00e8s, le passage est repris dans son journal intime, <em>Le mausol\u00e9e des amants <\/em>(Guibert, 2001, p. 75), et dans sa pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre <em>Vole mon dragon <\/em>(Guibert, 1994, p. 63-64).<\/p>\n<p id=\"footnote11_uhwilkt\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_uhwilkt\">[11]<\/a> Il s&rsquo;agit de <em>La mort propagande. <\/em>Dans cet ouvrage, entre autres, Guibert invente le sc\u00e9nario de sa mort et les coupures de presse qui suivraient. Guibert \u00e9crit ce livre par d\u00e9pit, apr\u00e8s que plusieurs \u00e9diteurs aient refus\u00e9 de publier les contes pour enfants qu&rsquo;il \u00e9crivait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Si cette anecdote \u2013 qui nous vient de Michel Foucault (Foucault, 1977, p. 107) \u2013 nous appara\u00eet anecdotique, il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;elle illustre \u00e0 merveille la co\u00efncidence entre la figure de l&rsquo;enfance et l&rsquo;anticipation de la mort dans la d\u00e9marche d&rsquo;\u00e9criture guibertienne.<\/p>\n<p id=\"footnote12_yd7jrei\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_yd7jrei\">[12]<\/a> On peu apercevoir dans ce trio, sous la forme de personnages de fiction, Guibert, son amant Thierry et la compagne de son amant, Christine, a qui est d\u00e9dicac\u00e9 le livre (\u00c0 T. et C.) (Guibert, 1982b, p. 7). Avant de mourir, Guibert s&rsquo;est mari\u00e9 avec Christine (qui porte aujourd&rsquo;hui le nom de Guibert) pour \u00e9viter que les revenus de ses livres ne reviennent \u00e0 ses parents (Soleil, 2002, p. 191), ce qui est en soi un d\u00e9tournement important de la filiation.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Godin, Louis-Daniel. 2013. \u00ab La trajectoire d&rsquo;un d\u00e9sir \u00ab\u00a0d\u00e9viant\u00a0\u00bb dans l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Herv\u00e9 Guibert. Analyse du journal d&rsquo;un amoureux des enfants. \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/godin-18&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/godin-18.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 godin-18.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-d88ae780-72c5-4597-9d3d-761b7946d389\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/godin-18.pdf\">godin-18<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/godin-18.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-d88ae780-72c5-4597-9d3d-761b7946d389\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab D\u00e9viances \u00bb, n\u00b018 Un ami photographe d&rsquo;Herv\u00e9 Guibert lui propose un voyage en Afrique du Nord, entre la mer et le d\u00e9sert, avec deux enfants. L\u2019auteur tient un carnet tout au long du voyage qui devient, \u00e0 quelques manipulations pr\u00e8s, un texte publi\u00e9 aux \u00e9ditions de Minuit. 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