{"id":5542,"date":"2024-06-13T19:48:23","date_gmt":"2024-06-13T19:48:23","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/mort-et-souffrance-de-lenfant-terrible-regard-sur-le-struwwelpeter-de-heinrich-hoffmann\/"},"modified":"2024-09-06T16:33:19","modified_gmt":"2024-09-06T16:33:19","slug":"mort-et-souffrance-de-lenfant-terrible-regard-sur-le-struwwelpeter-de-heinrich-hoffmann","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5542","title":{"rendered":"Mort et souffrance de l&rsquo;enfant terrible. Regard sur le \u00ab Struwwelpeter \u00bb de Heinrich Hoffmann *"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6890\">Dossier \u00ab\u00a0Violence et culture populaire \u00bb, n\u00b019<\/a><\/h5>\n<p><em>* Cet article reprend de mani\u00e8re partielle les r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s dans mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise \u00ab\u00a0Comique et sadisme : les repr\u00e9sentations du corps dans le\u00a0<\/em>Struwwelpeter\u00a0<em>de Heinrich Hoffmann\u00a0\u00bb (Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, 2011, 126 f.) et s&rsquo;inscrit dans le cadre d&rsquo;un projet ayant re\u00e7u l&rsquo;appui du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Fonds de recherche du Qu\u00e9bec, Soci\u00e9t\u00e9 et culture (FQRSC).<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il faut bien admettre que les enfants jouent \u00e0 la mort exactement comme ils jouent \u00e0 la sexualit\u00e9, avec le m\u00eame naturel et la m\u00eame absence d&rsquo;angoisse ou de d\u00e9go\u00fbt<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Sophie de Mijolla-Mellor. 2006.<em>\u00a0L&rsquo;enfant lecteur, de la Comtesse de S\u00e9gur \u00e0 Harry Potter. Les raisons du succ\u00e8s<\/em>. Paris\u00a0: Bayard, p.\u00a041.<\/span>.\u00a0\u00bb<br \/>\u2013 Sophie de Mijolla-Mellor<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1845, le p\u00e9dopsychiatre Heinrich Hoffmann parcourt les rues de Francfort \u00e0 la recherche du cadeau parfait pour son fils de trois ans, un objet qui aurait \u00e0 la fois une fonction p\u00e9dagogique et de divertissement. \u00c0 premi\u00e8re vue, le livre d&rsquo;images semble \u00eatre un bon choix, mais les librairies limitent leurs inventaires \u00e0 des ab\u00e9c\u00e9daires ennuyeux, conformes au mod\u00e8le propos\u00e9 par John Locke en 1693, qui montre aux enfants \u00ab\u00a0toutes les images possibles d\u2019animaux, avec leurs noms imprim\u00e9s au-dessous, ce qui les invit[e] \u00e0 lire et leur apport[e] information et savoir\u00a0\u00bb (Locke cit\u00e9 dans Escarpit, 1981, p. 105). Hoffmann abandonne finalement ses recherches et rentre plut\u00f4t chez lui avec un cahier aux pages blanches, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 le remplir lui-m\u00eame de dessins et de comptines propres \u00e0 amuser son enfant plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 le bombarder de vocabulaire (Hoffmann, 2005, p. 35-37).<\/p>\n<p>S&rsquo;il s&rsquo;attendait \u00e0 ce que l&rsquo;album plaise \u00e0 son fils, il n&rsquo;avait toutefois pas pr\u00e9vu le succ\u00e8s qui s&rsquo;ensuivrait aussi aupr\u00e8s de son cercle d&rsquo;amis; de bouche \u00e0 oreille, le projet parvient jusqu&rsquo;\u00e0 un \u00e9diteur qui propose \u00e0 Hoffmann l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une publication. L&rsquo;auteur accepte, et le livre para\u00eet en librairies d\u00e8s le No\u00ebl suivant, sous le titre fort simple de\u00a0<em>Lustige Geschichten und drollige Bilder f\u00fcr Kinder von 3-6 Jahren<\/em>\u00a0(que l&rsquo;on pourrait traduire par \u00ab\u00a0Histoires gaies et dr\u00f4les d&rsquo;images pour enfants de trois \u00e0 six ans\u00a0\u00bb). La popularit\u00e9 du livre est imm\u00e9diate, et les enfants sont particuli\u00e8rement fascin\u00e9s par la plus courte des historiettes,\u00a0<em>Der Struwwelpeter<\/em>, qui illustre et d\u00e9crit en quelques lignes un gar\u00e7on qui refuse depuis presque un an de se laisser couper les ongles et peigner les cheveux. \u00c0 partir de la troisi\u00e8me \u00e9dition, c\u2019est donc ce titre qui sera adopt\u00e9 (<em>Der Struwwelpeter<\/em>, ou\u00a0<em>Pierre l\u2019\u00e9bouriff\u00e9<\/em>, en fran\u00e7ais), et ce pour toutes les r\u00e9\u00e9ditions qui suivront (on en compte aujourd\u2019hui plus de mille [Feuerhahn, 1993, p. 63]). Le livre n&rsquo;a pas connu un immense succ\u00e8s dans la francophonie, sans doute faute de traduction ad\u00e9quate (jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;excellent\u00a0<em>Crasse-Tignasse<\/em>\u00a0de Cavanna, en 1979),\u00a0mais on le trouve encore aujourd&rsquo;hui en \u00e9vidence dans toutes les librairies allemandes, et ses adaptations sont nombreuses dans le monde anglo-saxon,\u00a0qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9\u00a0d&rsquo;une traduction de Mark Twain. Et, si certains se sont essay\u00e9s \u00e0 de nouvelles traduction, rares sont les \u00e9ditions qui pr\u00e9sentent des\u00a0illustrations\u00a0autres que celles originalement dessin\u00e9es par Hoffmann<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">La meilleure exception \u00e0 cette r\u00e8gle est l&rsquo;album de Bob Staake, Struwwelpeter and Other Disturbing Yet Cautionary Tales (Staake, 2006).<\/span>.<\/p>\n<p>On pourrait croire, en regardant l&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9dition, que le livre est mi\u00e8vre et se pr\u00e9sente un peu \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un recueil de bonnes mani\u00e8res, \u00e0 l&rsquo;image de la litt\u00e9rature pour la jeunesse de l&rsquo;\u00e9poque. Mais il suffit de l&rsquo;ouvrir pour voir bondir, dans des couleurs vives et des traits grossiers, caricaturaux, une myriade de personnages enfants poursuivis par le malheur. Kaspar refuse de manger sa soupe et meurt de faim, Paulinchen joue avec des allumettes et termine en cendres (figure 1),\u00a0Konrad suce ses pouces et se les voit couper, et ainsi de suite, \u00e0 travers dix r\u00e9cits. Moralisateur? On ne peut le nier. Mais la violence des historiettes, comme celle des contes des fr\u00e8res Grimm ou de Hans Christian Andersen, exerce d&rsquo;abord et avant tout une fascination sur l&rsquo;enfant, dont les craintes sont contrecarr\u00e9es par la vitalit\u00e9 des images et le rythme des comptines. Ce faisant, les sc\u00e9narios de violence et de mort pr\u00e9sent\u00e9s dans le Struwwelpeter, bien qu&rsquo;explicites, s&rsquo;av\u00e8rent plut\u00f4t inoffensifs pour leur destinataire. Nous verrons ici qu&rsquo;ils sont plut\u00f4t d&rsquo;une part comiques, d&rsquo;une autre cathartiques, et que leur caract\u00e8re manich\u00e9en les rend m\u00eame rassurants dans une certaine mesure.<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/postures-dev.aegirnt2.uqam.ca\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/c_jacob_figure1.jpg\" alt=\"\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>(Figure 1)<\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<div>\n<h2>Une violence comique<\/h2>\n<p>&gt;L&rsquo;importance de trois types de d\u00e9nouements au sein de l&rsquo;album \u2013 chute, mort et mutilation \u2013 n&rsquo;\u00e9tonne pas quand on voit dans quelles situations l&rsquo;enfant s&rsquo;amuse du corps. Albertine Deletaille, si elle croit que le sadisme n&rsquo;a pas sa place dans la litt\u00e9rature destin\u00e9e aux enfants de deux \u00e0 sept ans, admet tout de m\u00eame que l&rsquo;on est \u00ab parfois \u00e9tonn\u00e9 de constater quelles sont les situations qui font rire \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0 : tr\u00e9bucher, tomber, \u00eatre mal boutonn\u00e9 \u00bb (Deletaille, 1977, p. 35). En se basant sur sa propre exp\u00e9rience d&rsquo;enfant, Robert Escarpit d\u00e9fend qu&rsquo;outre ces situations, la violence peut effectivement \u00eatre un motif de plaisir et de rires pour le jeune lecteur : \u00ab J&rsquo;ai eu Pierre l&rsquo;\u00e9bouriff\u00e9 entre les mains quand j&rsquo;\u00e9tais enfant ; il ne m&rsquo;a pas sp\u00e9cialement traumatis\u00e9. D&rsquo;autre part, mes images d&rsquo;Epinal d&rsquo;enfance, les images d&rsquo;Epinal traditionnelles, \u00e9taient d&rsquo;une cruaut\u00e9 f\u00e9roce : on y d\u00e9coupe les gens en rondelles, on coupe des t\u00eates, le sang jaillit de tous les c\u00f4t\u00e9s, on br\u00fble les gens. C&rsquo;est \u00e9pouvantable et tr\u00e8s amusant. J&rsquo;\u00e9tais ravi quand je lisais \u00e7a. \u00bb (Deletaille, 1977, p. 41; section \u00ab Disussion \u00bb)<\/p>\n<p>Ainsi la violence du\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>\u00a0rappelle celle des images d&rsquo;\u00c9pinal, sans doute par son caract\u00e8re graphique et explicite. Dans la d\u00e9finition d&rsquo;Escarpit d&rsquo;un sadisme comique, on voit imm\u00e9diatement la distinction avec le sadisme du conte de f\u00e9es (en particulier du\u00a0<em>M\u00e4rchen<\/em>\u00a0allemand), o\u00f9 le passage du corps au second plan conf\u00e8re \u00e0 la violence un caract\u00e8re certes fascinant<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Dans\u00a0<em>Psychanalyse des contes de f\u00e9es<\/em>, Bruno Bettelheim a d\u00e9velopp\u00e9 cet aspect du conte comme r\u00e9v\u00e9lateur de fantasmes infantiles de violence, et n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 y voir une influence positive chez l&rsquo;enfant, bien qu&rsquo;elle inqui\u00e8te fr\u00e9quemment les parents\u00a0: \u00ab\u00a0Tel conte pr\u00e9cis peut en effet angoisser l&rsquo;enfant, mais \u00e0 mesure qu&rsquo;il se familiarise avec les contes de f\u00e9es, les aspects effrayants tendent \u00e0 dispara\u00eetre, tandis que les traits rassurants gagnent en importance.\u00a0<em>Le d\u00e9plaisir initial de l&rsquo;angoisse devient alors le grand plaisir de l&rsquo;angoisse affront\u00e9e avec succ\u00e8s et ma\u00eetris\u00e9e<\/em>. Les parents qui ne veulent pas croire que leur enfant a des d\u00e9sirs de meurtre et a envie de mettre en morceaux choses et gens croient que leur petit doit \u00eatre mis \u00e0 l&rsquo;abri de telles pens\u00e9es (comme si c&rsquo;\u00e9tait possible\u00a0!). En interdisant \u00e0 l&rsquo;enfant de conna\u00eetre des histoires qui lui diraient implicitement que d&rsquo;autres enfants que lui ont les m\u00eames fantasmes, on lui laisse croire qu&rsquo;il est le seul au monde \u00e0 imaginer de telles choses. Il en r\u00e9sulte que ses fantasmes prennent pour lui un aspect effrayant.\u00a0\u00bb (Bettelheim, 1976, p. 190) L&rsquo;auteur souligne. <\/span>, mais non comique. Alors que le conte contribue \u00e0 cr\u00e9er un effet d&rsquo;angoisse chez le lecteur, qui sera rachet\u00e9 par la fin heureuse, l&rsquo;exag\u00e9ration des situations de violence chez Hoffmann ne donne pas m\u00eame \u00e0 la peur l&rsquo;occasion de na\u00eetre, car le seuil du tragique est tout de suite d\u00e9pass\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 c\u00e9der la place \u00e0 la situation comique. Claudia Rathman a observ\u00e9 dans plusieurs dessins anim\u00e9s modernes pour enfants que, bien que le corps subisse des violences importantes, il n&rsquo;y a jamais surgissement du sentiment de peur ou d&#8217;empathie, car on voit tout de suite dans la figure dessin\u00e9e certaines exag\u00e9rations qui \u00ab\u00a0d\u00e9shumanisent\u00a0\u00bb le personnage (Rathman, 2004, p. 34). Georges Minois partage aussi cet avis, selon lequel l&rsquo;exag\u00e9ration du malheur am\u00e8ne un renversement de l&rsquo;angoisse au profit du rire\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La vision s\u00e9rieuse s&rsquo;accompagne d&rsquo;interdits, de restrictions, de peur et d&rsquo;intimidation. \u00c0 l&rsquo;inverse, la vision comique, li\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9, est une victoire sur la peur. Dans la f\u00eate carnavalesque, on d\u00e9truit, on r\u00e9duit, on renverse, on se moque de tout ce qui fait peur\u00a0: images comiques de la mort, supplices joyeux, incendies d&rsquo;une construction grotesque baptis\u00e9e \u00ab\u00a0enfer\u00a0\u00bb; le sacr\u00e9, les interdits, les tabous transgress\u00e9s n&rsquo;existent plus pour un moment; on rit de ce que l&rsquo;on craignait. (Minois, 2000, p. 138)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est donc dire que la violence pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame d\u00e9range moins que celle qui n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e9voqu\u00e9e. Par ailleurs, les personnages du\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>\u00a0rel\u00e8vent de la fac\u00e9tie, comme les figures de la f\u00eate de fous, et se d\u00e9barrassent ainsi de la complexit\u00e9 qui fait l&rsquo;humain pour n&rsquo;en devenir que la caricature. Avant de les voir subir les pires malheurs, on ne conna\u00eet rien d&rsquo;eux, sauf le d\u00e9faut qui les m\u00e8nera \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance\u00a0: Hanns, qui tombe dans l&rsquo;eau faute de regarder o\u00f9 il met les pieds, est toujours\u00a0<em>distrait<\/em>; Fr\u00e9d\u00e9ric, qui se fera s\u00e9v\u00e8rement mordre par un chien, est fonci\u00e8rement\u00a0<em>m\u00e9chant<\/em>; et tout ce qu&rsquo;on sait de Phillip, qui renverse la table \u00e0 d\u00eener et termine couvert de soupe, c&rsquo;est qu&rsquo;il est\u00a0<em>hyperactif<\/em>, du moins quand vient le moment du repas. Ces deux derniers personnages, par leurs actions, rappellent les fous des cours de la Renaissance, dont les comportements consistaient fr\u00e9quemment en des tours tels que \u00ab\u00a0tirer la nappe pendant le festin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0martyriser les animaux\u00a0\u00bb (Feuerhahn, 1993, p. 26). Leurs actions leur seront reproch\u00e9es, ce qui n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 le cas avec le fou, mais elles n&rsquo;en sont pas moins dr\u00f4les pour le destinataire. Le sort du fou, comme celui des enfants terribles de l&rsquo;\u0153uvre de Hoffmann, n&rsquo;int\u00e9resse pas; il ne vaut que par ses actions, et son talent \u00e0 faire surgir le rire.<\/p>\n<p>Au sujet de cette g\u00e9n\u00e9ralisation, le constat que Henri Bergson fait \u00e0 propos des titres de pi\u00e8ces comiques et tragiques est r\u00e9v\u00e9lateur. Selon lui, un<\/p>\n<blockquote>\n<p>drame, m\u00eame quand il nous peint des passions ou des vices qui portent un nom, les incorpore si bien au personnage que leurs noms s&rsquo;oublient, que leurs caract\u00e8res g\u00e9n\u00e9raux s&rsquo;effacent, et que nous ne pensons plus du tout \u00e0 eux, mais \u00e0 la personne qui les absorbe; c&rsquo;est pourquoi le titre d&rsquo;un drame ne peut gu\u00e8re \u00eatre qu&rsquo;un nom propre. Au contraire, beaucoup de com\u00e9dies portent un nom commun\u00a0:\u00a0<em>L&rsquo;Avare<\/em>,\u00a0<em>Le Joueur<\/em>, etc. (Bergson, 2007, p. 12)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Der Struwwelpeter<\/em>, constitu\u00e9 d&rsquo;un nom propre et d&rsquo;un d\u00e9terminant, se situe \u00e0 mi-chemin entre les deux formes, ce qui est difficilement transposable dans la langue fran\u00e7aise<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">On retrouvera cette forme en fran\u00e7ais dans le cas des adjectifs plac\u00e9s \u00e0 la gauche du nom, par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Le petit Bruno\u00a0\u00bb, mais l&rsquo;effet ne fonctionne pas avec le terme \u00ab\u00a0\u00e9bouriff\u00e9\u00a0\u00bb. N\u00e9anmoins, le fait qu&rsquo;on ne puisse pas dire, en fran\u00e7ais, \u00ab\u00a0le Bruno\u00a0\u00bb comme on dirait, en allemand, \u00ab\u00a0Der Peter\u00a0\u00bb, rend caduc l&rsquo;effet qui pourrait en ressortir. \u00ab\u00a0Le m\u00e9chant Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent dans la majorit\u00e9 des traductions fran\u00e7aises, nous le prouve bien, car il n&rsquo;apparente pas le nom propre \u00e0 une forme g\u00e9n\u00e9rale. Dans la version originale, on a bien \u00ab\u00a0der bitterb\u00f6se Friederich\u00a0\u00bb, mais aussi seulement \u00ab\u00a0der Friederich\u00a0\u00bb, ce qui \u00f4te une part d&rsquo;humanit\u00e9 au personnage.<\/span>. Le titre met donc en sc\u00e8ne un personnage r\u00e9el appel\u00e9 \u00ab\u00a0Peter\u00a0\u00bb, mais le d\u00e9sindividualise en faisant intervenir l&rsquo;article. L&rsquo;adjectif profite aussi d&rsquo;un effet comique, puisque c&rsquo;est le vice mis en sc\u00e8ne dans le conte qui se situe \u00e0 m\u00eame le titre. Bergson compl\u00e8te d&rsquo;ailleurs sa d\u00e9monstration en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Si je vous demande d&rsquo;imaginer une pi\u00e8ce qui puisse s&rsquo;appeler\u00a0<em>le Jaloux<\/em>, par exemple, vous verrez que\u00a0<em>Sganarelle<\/em>\u00a0vous viendra \u00e0 l&rsquo;esprit, ou\u00a0<em>George Dandin<\/em>, mais non pas\u00a0<em>Othello<\/em>;\u00a0<em>Le Jaloux<\/em>\u00a0ne peut \u00eatre qu&rsquo;un titre de com\u00e9die.\u00bb (Bergson, 2007, p.\u00a012) De m\u00eame, on n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 surpris de voir\u00a0<em>Les Fourberies de Scapin<\/em>\u00a0transform\u00e9 en\u00a0<em>Le Fourbe Scapin<\/em>, mais\u00a0<em>Le Jaloux Othello<\/em>\u00a0\u00e9voque une pi\u00e8ce humoristique, bien diff\u00e9rente du drame de Shakespeare. Ainsi, le titre de l&rsquo;album de Hoffmann s&rsquo;impose, avant m\u00eame la lecture de l&rsquo;\u0153uvre, comme un indice fort de la primaut\u00e9 du comique sur le tragique au sein des histoires. Le fait que le vice mis en jeu soit corporel, indiqu\u00e9 par l&rsquo;adjectif \u00ab\u00a0struwwel\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e9bouriff\u00e9\u00a0\u00bb accentue cet effet; la jalousie peut \u00eatre un vice tragique, mais pas le refus de se peigner.<\/p>\n<p>Cela ne signifie pas, toutefois, qu&rsquo;il faille voir dans le\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>\u00a0de simples situations caricaturales o\u00f9 la violence est trivialis\u00e9e. L&rsquo;album associe bel et bien, rh\u00e9toriquement, le comique \u00e0 la violence, mais les aspects plus inqui\u00e9tants de celle-ci sont aussi pr\u00e9sents. Ils forcent la fascination de l&rsquo;enfant pour ce qui lui serait normalement cach\u00e9, et c&rsquo;est ce qui semble inqui\u00e9ter certains critiques.<\/p>\n<h2>Le tabou des corps morts<\/h2>\n<p>On ne s&rsquo;\u00e9tonne pas trop que la pr\u00e9sence de tabous tels que la violence et la mort, dans le\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>, soit la principale source d&rsquo;inqui\u00e9tude des d\u00e9tracteurs de l&rsquo;\u0153uvre. Le Fran\u00e7ais Boris Eizykman, par exemple, consid\u00e8re l\u2019album comme un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0arsenal de terreur [o\u00f9] la violence sans appel des r\u00e9cits illustr\u00e9s [\u2026], la parano\u00efa de la pure soumission, la terreur \u00e9prouv\u00e9e devant la labilit\u00e9 du corps polymorphe et retourn\u00e9e en torture-an\u00e9antissement de ce corps potentiel, manifestent un exc\u00e8s dans la cruaut\u00e9, une gratuit\u00e9 sadique\u00a0\u00bb (Eizykman, 1979, p.\u00a088). Aux \u00c9tats-Unis, certains penseurs craignent aussi les effets que pourraient avoir les r\u00e9cits de Hoffmann sur les petits. Ainsi, Thomas Freeman n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 dire que la seule raison pour laquelle les histoires parvenaient \u00e0 calmer les enfants est qu&rsquo;elles les traumatisaient<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">\u00ab\u00a0Hoffmann describes the fears of his little patients with such sympathy and sensitivity that one might almost [&#8230;] think he opposed the popular Victorian practice of using threats to scare children into their \u201cproper\u201d place, where they are to be seen and not heard. The children had merely to catch sight of Dr. Hoffmann and they would burst into fears, fight him off and kick. But the doctor&rsquo;s little sketches can only have made the children more frightened than ever, since they replace one fear with many others.\u00a0<em>And if they were as effective in quieting the children as he says they were, then this was not because they comforted the children, but rather because they probably shocked them into a state of stupified horror<\/em>. Now they were no longer worried that the doctor would \u201cget them\u201d &#8211; they were much more terrified by Hoffmann&rsquo;s tailor and his scissors.\u00a0\u00bb (Freeman, 1977, p.\u00a0809) Nous soulignons. <\/span>, tandis que Barbara Smith Chalou y per\u00e7oit une violence n\u00e9gative en ce qu&rsquo;elle est d\u00e9contextualis\u00e9e et arbitraire (Smith Chalou, 2007, p. 31). Ce que l&rsquo;on voit poindre en premier lieu dans les commentaires \u00e0 l&rsquo;encontre du\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>, c&rsquo;est un d\u00e9sir de protection de l&rsquo;adulte envers l&rsquo;enfant. De nos jours plus que jamais, \u00ab\u00a0la mode veut que l&rsquo;on cache \u00e0 l&rsquo;enfant que tout ce qui va mal dans la vie vient de notre propre nature\u00a0: le penchant qu&rsquo;ont tous les humains \u00e0 agir agressivement, asocialement, \u00e9go\u00efstement, par col\u00e8re ou par angoisse\u00a0\u00bb (Bettelheim, 1976, p. 19), comme si taire l&rsquo;odieux suffisait \u00e0 pr\u00e9venir et \u00e0 prot\u00e9ger. L&rsquo;id\u00e9e que, pour le parent, \u00ab\u00a0l&rsquo;enfance est toute innocence\u00a0\u00bb (Jan, 1984, p.\u00a0177) y est probablement pour beaucoup dans cette volont\u00e9 de maintenir purs les d\u00e9sirs du petit\u00a0: certaines choses sont, d&#8217;embl\u00e9e, associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, et en prendre connaissance constitue d\u00e9j\u00e0 la perte d&rsquo;une part d&rsquo;innocence. Mais en dehors de la connaissance proprement dite, il y a d\u00e9j\u00e0 chez l&rsquo;enfant l&rsquo;impression, le pressentiment, la conscience qu&rsquo;il y a bien\u00a0<em>quelque chose<\/em>, m\u00eame s&rsquo;il ne sait pas pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0<em>quoi<\/em>. Isabelle Jan constate du reste que ce sont \u00ab\u00a0les livres qui ne posent pas le probl\u00e8me de l&rsquo;enfance qui auront le plus de chances de le toucher et de lui faire prendre conscience de lui-m\u00eame et de ses pouvoirs\u00a0\u00bb (Jan, 1984, p.\u00a0178). Effectivement, dans l&rsquo;album de Hoffmann, deux contes sur dix se terminent explicitement en transgressant l&rsquo;un des plus importants tabous de notre \u00e9poque, la repr\u00e9sentation de la mort.<\/p>\n<p>Celle-ci exerce en effet une fascination sur l&rsquo;enfant, pour qui elle est encore plus myst\u00e9rieuse, si c&rsquo;est possible, que pour l&rsquo;adulte. Il est d&rsquo;ailleurs int\u00e9ressant que ce dernier prenne autant de pr\u00e9cautions, \u00e0 notre \u00e9poque, pour cacher les myst\u00e8res de la mort \u00e0 sa prog\u00e9niture. Non seulement a-t-il certainement v\u00e9cu le deuil de proches et se sent-il plus pr\u00e8s de la mort vu son \u00e2ge que le jeune enfant, mais il est surtout plus conscient de l&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, comme le rappelle Mijolla-Mellor\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la mort d&rsquo;un proche, les questions pos\u00e9es par les enfants sont assez semblables. Ils demandent qu&rsquo;on leur explique le sens du terme, ce \u00e0 quoi il leur est g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9pondu par l&rsquo;absence (\u00ab\u00a0Il n&rsquo;est plus l\u00e0\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0on ne le reverra plus\u00a0\u00bb), puis ils butent sur le caract\u00e8re d\u00e9finitif de l&rsquo;absence en question. Il n&rsquo;est pas rare qu&rsquo;ils manifestent leur scepticisme, \u00e0 la fois quant au fait qu&rsquo;on n&rsquo;en<em>\u00a0revienne jamais<\/em>\u00a0et plus encore \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que ce sort puisse\u00a0<em>concerner tout un chacun<\/em>\u00a0et eux-m\u00eames en particulier. [\u2026] On aurait tort de les croire d\u00e9barrass\u00e9s de la question pour autant et cela notamment parce qu&rsquo;ils per\u00e7oivent, comme pour le sexe et la naissance, que les adultes en sont eux-m\u00eames embarrass\u00e9s et ne leur r\u00e9pondent pas de mani\u00e8re franche. (Mijolla-Mellor, 2006, p.\u00a042)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mort n&rsquo;est donc pas d&#8217;embl\u00e9e un sujet tabou pour l&rsquo;enfant, mais du fait que l&rsquo;adulte l\u2019envisage comme telle et le lui fasse sentir, elle gagne un caract\u00e8re myst\u00e9rieux et angoissant. Cela dit, l&rsquo;album de Hoffmann, bien qu&rsquo;il fasse intervenir la mort sur plusieurs plans, n&rsquo;est certainement pas aussi troublant que le croient Eizykman, Freeman et Smith Chalou\u00a0: si l&rsquo;adulte per\u00e7oit la mort comme fatale et d\u00e9finitive, il en va tout autrement pour l&rsquo;enfant, qui lui, n&rsquo;y voit qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement temporaire. Smith Chalou semble ignorer cet aspect lorsqu&rsquo;elle compare au<em>\u00a0Struwwelpeter<\/em>\u00a0le dessin anim\u00e9<em>\u00a0Roadrunner<\/em>, o\u00f9 Wile E. Coyote est fr\u00e9quemment \u00e9cras\u00e9 sous une enclume ou frapp\u00e9 par une locomotive. Selon elle, cette \u00e9mission ne pr\u00e9senterait pas de probl\u00e8me, puisque\u00a0 \u00ab\u00a0this rapid succession of brutality and recovery, brutality and recovery, may serve to desensitize the viewer who is led to understand that these violent acts cannot be real, and are merely designed for the supposed \u00ab\u00a0entertainment\u00a0\u00bb of the viewer\u00a0\u00bb (Smith Chalou, 2007, p.\u00a032), alors qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas r\u00e9tablissement dans les historiettes d&rsquo;Hoffmann. Les informations apport\u00e9es par Mijolla-Mellor montrent que la comparaison est \u00e0 prendre dans le sens inverse\u00a0: si l&rsquo;enfant ne s&rsquo;\u00e9tonne pas que le coyote revienne \u00e0 la vie dans l&rsquo;\u00e9pisode suivant son \u00ab\u00a0drame\u00a0\u00bb, c&rsquo;est justement parce que sa conception de la mort n&rsquo;implique pas naturellement la finalit\u00e9. Ainsi les contes du\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>\u00a0o\u00f9 survient explicitement la mort, soit \u00ab\u00a0Die gar traurige Geschichte mit dem Feuerzeug\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Die Geschichte vom Suppen-Kaspar\u00a0\u00bb, sont sans doute, \u00e9tonnamment, moins angoissants pour l\u2019enfant que la premi\u00e8re histoire, o\u00f9 la mort se d\u00e9gage symboliquement des traits du personnage.<\/p>\n<p>On sait que l&rsquo;histoire du\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>, d&rsquo;abord plac\u00e9e par Hoffmann \u00e0 la toute fin de l&rsquo;album, a connu un tel succ\u00e8s aupr\u00e8s des enfants que l&rsquo;auteur a d\u00e9cid\u00e9, au fil des \u00e9ditions, de la d\u00e9placer au d\u00e9but et de r\u00e9cup\u00e9rer le nom du personnage dans son titre. Si le texte est rest\u00e9 inchang\u00e9 de la premi\u00e8re \u00e9dition, en 1845, \u00e0 la derni\u00e8re, il n&rsquo;en va pas de m\u00eame pour l&rsquo;image, qui s&rsquo;est consid\u00e9rablement modifi\u00e9e depuis sa version originale. On retrouvait, d\u00e8s le d\u00e9part, les \u00e9l\u00e9ments centraux \u00e0 l&rsquo;illustration\u00a0: les cheveux entrem\u00eal\u00e9s, les ongles d\u00e9mesur\u00e9ment longs, le peigne, les ciseaux, et une sorte de pi\u00e9destal sur lequel est pos\u00e9 Peter, en dessous duquel on retrouvait le texte de l&rsquo;histoire (figure 2). Une comparaison entre cette premi\u00e8re illustration et celle, plus r\u00e9cente, que l&rsquo;on retrouve dans la grande majorit\u00e9 des \u00e9ditions aujourd&rsquo;hui (figure 3), fait ressortir d&rsquo;elle-m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une fascination pour la mort qui semble s&rsquo;\u00eatre exacerb\u00e9e d&rsquo;une \u00e9dition \u00e0 l&rsquo;autre. En se basant seulement sur la premi\u00e8re, Ulrich C. Knoepflmacher constate bon nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui l&rsquo;associent \u00e0 la mort, \u00e0 commencer par la posture extr\u00eamement stationnaire de ce protagoniste passif\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>No [\u2026] movement is allowed to Hoffmann&rsquo;s Struwwelpeter, who remains as frozen as any statue or marmoreal urn. [\u2026] Children are, by definition, mobile, ambulatory creatures. They are continually growing, like Struwwelpeter&rsquo;s unimpeded hair and nails, as they march from infancy toward the more sedentary restraints of adult life. Is the stiff and arrested Struwwelpeter, who strangely resembles a stuffed museum specimen mounted by a taxidermist, possibly not a child at all? (Knoepflmacher,\u00a02000, p.\u00a086)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si l&rsquo;absence de mouvement ou l&rsquo;allure de statue est fr\u00e9quemment constat\u00e9e au sujet du Struwwelpeter \u2013 notamment par Nelly Feuerhahn, qui le compare \u00e0 une \u00ab\u00a0statuaire religieuse\u00a0\u00bb (Feuerhahn, 1993, p.\u00a065) \u2013, la description de Knoepflmacher montre pr\u00e9cis\u00e9ment la distance qu&rsquo;il y a entre le personnage titre et les autres. Le Struwwelpeter est le seul protagoniste qui ne subit aucune cons\u00e9quence; il est aussi le seul \u00e0 \u00eatre d\u00e9mesur\u00e9ment passif, un peu comme l&rsquo;adulte, qui ne ressent pas la m\u00eame agitation que l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/postures-dev.aegirnt2.uqam.ca\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/c_jacob_figure_2_0.jpg\" alt=\"\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>(Figure 2)<\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/postures-dev.aegirnt2.uqam.ca\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/c_jacob_figure_3.jpg\" alt=\"\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>(Figure 3)<\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>C&rsquo;est donc dire que la seule fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9viter les cons\u00e9quences de ses actions est de n&rsquo;en commettre aucune, mais alors survient aussi l&rsquo;ennui, comme la mort, ou ce qui ressemble parfois \u00e0 l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 du monde adulte. L&rsquo;histoire n&rsquo;en fait pas moins intervenir le principe de plaisir, car elle sugg\u00e8re que le Struwwelpeter est celui qui fait ce qu&rsquo;il souhaite, et\u00a0<em>seulement<\/em>\u00a0ce qu&rsquo;il souhaite, justement \u00e0 la mani\u00e8re de l&rsquo;adulte, \u00e0 qui personne ne donne d&rsquo;ordres, du moins aux yeux de l&rsquo;enfant. La longueur de ses ongles et de ses cheveux est le t\u00e9moin de ce plaisir mals\u00e9ant, mais elle \u00e9voque encore une fois la mort, car, comme le rappelle Knoepflmacher, \u00ab\u00a0hair and nails continue to grow even after our limbs have stopped developing\u00a0\u00bb (Knoepflmacher,\u00a02000, p.\u00a086), et donc apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s. On constate aussi, dans cette premi\u00e8re version de l&rsquo;image, que les ongles s&#8217;emm\u00ealent, comme des racines qui retiendraient Peter sous terre. Cet \u00e9l\u00e9ment particulier a disparu dans l&rsquo;illustration d\u00e9finitive, mais tout le reste s&rsquo;oriente vers une plus importante figuration de la mort et du monde adulte.<\/p>\n<p>Ensuite, la planche de bois sur laquelle \u00e9tait pos\u00e9 le Struwwelpeter s&rsquo;est transform\u00e9e en une sorte de cercueil-coffre \u00e0 jouets, o\u00f9 est inscrite l&rsquo;histoire donn\u00e9e \u00e0 lire. Mais l&rsquo;histoire, comme l&rsquo;image, s&rsquo;inscrit dans la passivit\u00e9\u00a0: ce qui est racont\u00e9 ici, contrairement aux autres contes, ce ne sont pas les mauvaises actions de Peter, mais pr\u00e9cis\u00e9ment son\u00a0<em>manque d&rsquo;action<\/em>. L&rsquo;inscription sur la bo\u00eete n&rsquo;est donc pas tant un r\u00e9cit qu&rsquo;une description, voire une \u00e9pitaphe. Aux c\u00f4t\u00e9s de celle-ci, les ic\u00f4nes du peigne et des ciseaux prennent place en guise de \u00ab\u00a0signes de son martyre\u00a0\u00bb (Feuerhahn, 1993, p. 65). Dans l\u2019esquisse de 1845, ces deux objets flottent dans les airs, au point qu\u2019on a l\u2019impression que le personnage jongle avec eux. La conscience que ses longs ongles ne lui permettraient pas de telles prouesses fait dispara\u00eetre cette possibilit\u00e9, mais l&rsquo;illusion de mouvement et de jeu subsiste. Dans la plus r\u00e9cente \u00e9dition, tout est fig\u00e9, jusqu&rsquo;aux traits du visage qui paraissent fondus dans l&rsquo;enfance, au contraire du haut du corps et des v\u00eatements, qui sont ceux de l&rsquo;adulte. Pour Knoepflmacher, le Struwwelpeter se situe quelque part entre l&rsquo;homme et le gar\u00e7on, comme s&rsquo;il avait vieilli en certains endroits seulement : \u00ab\u00a0The drawing of the curious figure makes him look like a hybrid : his head, enlarged by the lion&rsquo;s mane, and his huge torso and extended arms are those of an adult, whereas the short, stubby legs still seem to belong to a child.\u00a0\u00bb (Knoepflmacher,\u00a02000, p.\u00a086) L&rsquo;hybridation se ressent aussi par les mani\u00e8res du personnage, car l&rsquo;illustration ne laisse aucun doute sur le refus de Peter de se laisser peigner les cheveux ou couper les ongles, mais le reste de son apparence est impeccablement propre et bien mise. Quant au visage, il para\u00eet rajeuni dans la derni\u00e8re version, au point que le Struwwelpeter ressemble \u00e0 un ch\u00e9rubin qu&rsquo;on aurait v\u00eatu comme un adulte.<\/p>\n<p>Cette fusion laisse Knoepflmacher perplexe au sujet de la fonction du conte dans l&rsquo;album\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>What is the inert Struwwelpeter doing in a text that inevitably treats mobility as something noxious? How are we expected to read the figure Hoffmann first placed last and then placed first? Are we expected to say \u00ab\u00a0pfui\u00a0\u00bb to him because he is a sloppy child who has resisted adult discipline, or, quite the contrary, because he signifies the adult paralysis that parents impose on their fidgety young in the name of what we nowadays like to call \u00ab\u00a0socialization\u00a0\u00bb? (Knoepflmacher, 2000, p.\u00a087)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 la question, il est essentiel de consid\u00e9rer que l&rsquo;illustration n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 que d\u00e9plac\u00e9e d&rsquo;une \u00e9dition \u00e0 l&rsquo;autre; elle a \u00e9t\u00e9 sensiblement modifi\u00e9e pour faire intervenir la mort de fa\u00e7on beaucoup plus visible, ce que Knoepflmacher ne prend pas en compte dans son analyse. Dans l&rsquo;illustration de 1845, on per\u00e7oit un d\u00e9but d&rsquo;hybridation entre enfant et adulte, et certains signes laissent voir un rapprochement avec une figure de mort, tels les ongles emm\u00eal\u00e9s. Peter, cependant, n&rsquo;est pas aussi mani\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il le sera \u00e0 son passage en couverture\u00a0: il n&rsquo;a pas encore de foulard, son habit est plus simple et ses manches sont relev\u00e9es jusqu&rsquo;aux coudes. La version finale demeure ludique, mais Thanatos se m\u00eale \u00e0 Eros pour cr\u00e9er un sentiment d&rsquo;angoisse; plac\u00e9e \u00e0 la fin, l&rsquo;histoire du Struwwelpeter donnait un tout autre sens \u00e0 l&rsquo;album, puisqu&rsquo;elle for\u00e7ait \u00e0 le refermer avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une sorte de destin\u00e9e tragique. Dans sa version d\u00e9finitive, c&rsquo;est plut\u00f4t \u00ab\u00a0Die Geschichte vom fliegenden Robert\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0l&rsquo;histoire de Robert-qui-vole\u00a0\u00bb), la plus ludique et la moins tragique, qu&rsquo;on a plac\u00e9e en conclusion.<\/p>\n<p>On doit garder \u00e0 l&rsquo;esprit que la figure du Struwwelpeter s&rsquo;est retrouv\u00e9e de mani\u00e8re fortuite au sein de l&rsquo;album la premi\u00e8re fois\u00a0: \u00ab\u00a0Le docteur Hoffmann a expliqu\u00e9 qu&rsquo;ayant achev\u00e9 ses histoires, il se retrouvait avec une page blanche en trop. Comme \u00ab\u00a0son inspiration touchait \u00e0 sa fin\u00a0\u00bb, il pensa alors \u00e0 l&rsquo;horrible personnage qu&rsquo;il avait l&rsquo;habitude de griffonner et dont raffolaient ses petits malades.\u00a0\u00bb (Defourny, 1996a, p.\u00a010) La premi\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait donc pas aussi calcul\u00e9e, et il est normal qu&rsquo;elle ait subi plus de modifications que les illustrations des autres contes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Dans les diff\u00e9rentes adaptations plus r\u00e9centes, le Struwwelpeter subit aussi de nombreuses modifications, et n&rsquo;est pas toujours aussi passif que dans les illustrations d&rsquo;Hoffmann. Dans la version de Bob Staake, non seulement il est r\u00e9ellement repr\u00e9sent\u00e9 comme sale et puant, mais il est aussi mouvant\u00a0: on peut le voir nous faire dos et s&rsquo;en aller en marchant\u00a0(Staake, 2006, p.11).\u00a0Claude Lapointe et Fran\u00e7ois Ruy-Vidal, dans une \u00e9dition fran\u00e7aise publi\u00e9e chez Harlin Quist, font de Pierre l&rsquo;\u00e9bouriff\u00e9 un \u00ab\u00a0jeune hippie \u00e9cologiste\u00a0\u00bb, dont la passivit\u00e9 est litt\u00e9ralement transform\u00e9e en lutte politique, comme l&rsquo;explique Lapointe\u00a0: \u00ab\u00a0l&rsquo;image donne quelques raisons \u00e0 Pierre de refuser aux prospecteurs, aux b\u00e9tonneurs, aux pelles m\u00e9caniques de venir d\u00e9truire son arbre, son bel arbre. Si vous le regardez bien, vous verrez que les feuilles et les cheveux du contestataire se m\u00ealent, la tignasse devient progressivement feuillage, ou l&rsquo;inverse.\u00a0\u00bb (Defourny, 1996b, p.\u00a058) Cette vision d&rsquo;une fusion du Struwwelpeter rejoint celle de Knoepflmacher, qui voit dans les longs ongles et cheveux du personnage la ressemblance avec un arbre plein de branches\u00a0(Knoepflmacher, 2000, p.\u00a084). <\/span>.<\/p>\n<p>Une lecture du Struwwelpeter comme personnage figurant la mort a \u00e9t\u00e9 faite aussi par les Tiger Lillies et Martin Jacques, comme en t\u00e9moigne leur adaptation th\u00e9\u00e2trale de 1999,\u00a0<em>Shockheaded Peter\u00a0: A Junk Opera<\/em>. Dans cette pi\u00e8ce, le personnage du Struwwelpeter est repr\u00e9sent\u00e9 comme un enfant enterr\u00e9 qui sort directement de sa tombe pour faire irruption dans le sous-sol de ses parents (Knoepflmacher,\u00a02000, p.\u00a085-86). Si cette pi\u00e8ce m\u00eale la mort et le rire, elle le fait de fa\u00e7on beaucoup plus troublante que l&rsquo;\u0153uvre de Hoffmann et ne s&rsquo;adresse visiblement plus aux enfants, comme l&rsquo;observe Jack Zipes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>What makes the McDermott and Crouch production of\u00a0<em>Shockheaded Peter<\/em>\u00a0different and disturbing is that it heightens Hoffmann&rsquo;s \u00ab\u00a0enlightened\u00a0\u00bb cruelty toward children in such a graphic and statistic manner that it becomes difficult to laught at the relentlessly repeated punishments the child puppets are compelled to endure on stage. Yet laugh we must. (Zipes, 2002, p. 148)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L&rsquo;humour noir pr\u00e9sent dans le Struwwelpeter se transforme donc en rire jaune au contact de la pi\u00e8ce des Tiger Lillies. Zipes ajoute que, si l&rsquo;\u0153uvre de Hoffmann est g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7ue comme un petit manuel de bonnes mani\u00e8res \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des enfants, l&rsquo;adaptation en \u00ab\u00a0junk opera\u00a0\u00bb est plut\u00f4t teint\u00e9e d&rsquo;une morale \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des\u00a0<em>parents<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The stories in\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>\u00a0are more harmless jokes than anything else, and the evident sadism is more funny than shocking. In my opinion, this social normalization of cruelty prompted the Tiger Lillies to stage Struwwelpeter for adults as an act of confrontation. In their hands, a book that was intended to mollify adult&rsquo;s bad conscience and produce guilt in children is transformed into a bitter, if not cynical, attack on complacent adults who believe that we have grown more civilized in our attitude toward children. (Zipes, 2002, 158)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La diff\u00e9rence entre le comique et le troublant, dans ces jeux tabous avec le corps, la violence et la mort, n&rsquo;est d\u00e9limit\u00e9e que par la mince ligne entre la raillerie et le cynisme. Dans le\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>, les parents sont n\u00e9gligents envers leurs enfants, mais ils ne font jamais preuve de cruaut\u00e9. Par ailleurs, cette n\u00e9gligence, m\u00eame si elle a parfois de tristes issues, peut \u00eatre per\u00e7ue positivement par l&rsquo;enfant tant qu&rsquo;elle reste fictive, car elle est aussi synonyme d&rsquo;une plus grande autonomie. Il en va de m\u00eame dans les contes de f\u00e9es, o\u00f9<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] le fait d&rsquo;\u00eatre chass\u00e9 de la maison peut \u00eatre inconsciemment ressenti par l&rsquo;enfant soit comme le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de ses parents, soit comme l&rsquo;id\u00e9e que ses parents veulent se d\u00e9barrasser de lui. L&rsquo;enfant l\u00e2ch\u00e9 dans le monde, ou abandonn\u00e9 dans une for\u00eat, symbolise \u00e0 la fois le d\u00e9sir des parents de voir l&rsquo;enfant devenir ind\u00e9pendant et le d\u00e9sir de l&rsquo;enfant, ou son angoisse, vis-\u00e0-vis de cette ind\u00e9pendance. (Bettelheim, 1976, p.\u00a0152)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi il n&rsquo;y a, dans aucun conte de l&rsquo;album, d&rsquo;acte sadique commis par le parent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;enfant. La mort, comme les autres cons\u00e9quences, ne prend jamais la forme d\u2019un meurtre, mais r\u00e9sulte d&rsquo;un acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 du personnage. En cela, elle se rapporte aux c\u00e9r\u00e9monials traditionnels associ\u00e9s au bris d&rsquo;un tabou dans une communaut\u00e9.<\/p>\n<h2>Dans le ch\u00e2timent, le r\u00e9tablissement de l&rsquo;ordre<\/h2>\n<p>On sait que les enfants sont souvent compar\u00e9s aux peuples primitifs en raison de certaines de leurs croyances, tel l&rsquo;animisme<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">La croyance que toute chose pourrait \u00eatre dot\u00e9e d&rsquo;une \u00e2me, que toute chose est d&rsquo;une certaine fa\u00e7on\u00a0<em>vivante<\/em>. On remarque cette croyance en particulier chez les peuples primitifs dans leur relation \u00e0 la nature et chez l&rsquo;enfant dans son rapport avec les jouets qui l&rsquo;entourent, sa poup\u00e9e ou son ourson, par exemple (sur ce sujet, voir Freud, 2001, p. 143-225).<\/span>, ou encore de leur manque de connaissances sur la civilisation dans laquelle ils doivent \u00e9voluer. De la m\u00eame fa\u00e7on que les peuples primitifs ob\u00e9issent \u00e0 un ordre sans n\u00e9cessairement en comprendre les raisons, souvent relatives \u00e0 des croyances sacr\u00e9es, l&rsquo;enfant se voit fr\u00e9quemment demander d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 des r\u00e8gles qu&rsquo;il ne comprend pas, et qui ne lui sont pas toujours expliqu\u00e9es m\u00eame quand il le souhaiterait.<\/p>\n<p>Sigmund Freud, en traitant des n\u00e9vros\u00e9s, a observ\u00e9 que les petits enfants ont fr\u00e9quemment des phobies auxquelles sont associ\u00e9es des interdictions\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;intention de quelques-unes de ces prohibitions est facilement intelligible; d&rsquo;autres, au contraire, apparaissent incompr\u00e9hensibles, stupides, absurdes. Nous donnons \u00e0 ces prohibitions le nom de \u00ab\u00a0c\u00e9r\u00e9monial\u00a0\u00bb et nous trouvons que les coutumes taboues pr\u00e9sentent les m\u00eames vari\u00e9t\u00e9s.\u00a0\u00bb (Freud, 2001, p.\u00a047) Or, si le\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>\u00a0est apparu dans un contexte bourgeois occidental, les prohibitions y sont \u00e0 l&rsquo;honneur, y compris celles qui paraissent \u00ab\u00a0incompr\u00e9hensibles, stupides, absurdes\u00a0\u00bb. La prohibition de jouer avec des allumettes, par exemple, se comprend ais\u00e9ment, et ce qui arrive \u00e0 Pauline pourrait se produire dans la r\u00e9alit\u00e9. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;interdiction faite \u00e0 Konrad de sucer ses pouces ne trouve pas d&rsquo;explication rationnelle, ou du moins pas dans le conte, o\u00f9 la cons\u00e9quence est dict\u00e9e comme telle par la m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Sinon viendra l&rsquo;homme aux ciseaux\/Qui te coupera aussit\u00f4t\/Les deux pouces sans h\u00e9siter,\/Comme s&rsquo;ils \u00e9taient de papier.\u00a0\u00bb (figure 4) (Hoffmann, 2005, p.\u00a023) Alors que l&rsquo;enfant comprend que de jouer avec des allumettes peut provoquer une br\u00fblure, rien ne justifie concr\u00e8tement l&rsquo;association entre le su\u00e7otement de pouces et l&rsquo;apparition de \u00ab\u00a0l&rsquo;homme aux ciseaux\u00a0\u00bb (ou du tailleur<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Le terme allemand est \u00ab\u00a0Schneider\u00a0\u00bb, ce qui signifie \u00ab\u00a0tailleur\u00a0\u00bb, mais pourrait aussi se traduire par \u00ab\u00a0coupeur\u00a0\u00bb, car il d\u00e9coule du verbe \u00ab\u00a0schneiden\u00a0\u00bb\u00a0: couper. On peut donc croire que le choix de Cavanna de conserver, pour le r\u00e9cit, le sens \u00e9tymologique du terme est motiv\u00e9, car la profession de tailleur prend pour l&rsquo;enfant germanophone un aspect mena\u00e7ant qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas en fran\u00e7ais.<\/span>, dans la version originale). C&rsquo;est ce type d&rsquo;interdiction qui \u00e9voque la coutume taboue du monde primitif, et ce que sa violation apporte de cons\u00e9quences sur l&rsquo;individu et sa collectivit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La transgression d&rsquo;un tabou a pour sanction un ch\u00e2timent, le plus souvent une grave maladie ou la mort. N&rsquo;est menac\u00e9 de ce ch\u00e2timent que celui qui s&rsquo;est rendu coupable de cette transgression. [\u2026] C&rsquo;est seulement quand la transgression d&rsquo;un tabou n&rsquo;est pas suivie automatiquement du ch\u00e2timent du coupable, que les primitifs sentent s&rsquo;\u00e9veiller en eux le sentiment collectif qu&rsquo;ils sont menac\u00e9s d&rsquo;un danger, et ils s&#8217;empressent d&rsquo;appliquer eux-m\u00eames le ch\u00e2timent qui ne s&rsquo;est pas produit spontan\u00e9ment. Il nous est facile d&rsquo;expliquer le m\u00e9canisme de cette solidarit\u00e9. C&rsquo;est la crainte de l&rsquo;exemple contagieux, de l&rsquo;impulsion \u00e0 l&rsquo;imitation, donc de la nature infectieuse du tabou, qui entre en jeu. (Freud, 2001, p.\u00a0105-106)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce syst\u00e8me primitif, et m\u00eame dans les civilisations actuelles, comme le montre l&rsquo;exemple du syst\u00e8me p\u00e9nal, le tabou s&rsquo;inscrit directement dans un rapport de causalit\u00e9 extr\u00eamement manich\u00e9en\u00a0: la violation d&rsquo;une action\u00a0<em>doit<\/em>\u00a0mener \u00e0 une sanction, quitte \u00e0 ce que cette sanction soit provoqu\u00e9e d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment. L&rsquo;enfant, pour qui \u00ab\u00a0tout est lumi\u00e8re ou t\u00e9n\u00e8bres, sans nuance\u00a0\u00bb (Bettelheim, 1976, p.\u00a0118), \u00e9volue mentalement dans un syst\u00e8me dualiste semblable. Bien s\u00fbr, s&rsquo;il commet une mauvaise action, il esp\u00e8re ne pas se faire prendre; mais la punition a aussi quelque chose de rassurant\u00a0: elle confirme l&rsquo;ordre du monde, des lois, donne l&rsquo;impression d&rsquo;une certitude quant \u00e0 l&rsquo;avenir. Cette analogie avec les tabous primitifs explique en grande partie l&rsquo;effet b\u00e9n\u00e9fique des cons\u00e9quences qui adviennent aux personnages du\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>. Apr\u00e8s tout, celui qui enfreint la loi ou le tabou \u00ab\u00a0\u00e9veille la jalousie et l&rsquo;envie\u00a0\u00bb (Freud, 2001, p. 54), et il est normal qu&rsquo;il subisse les cons\u00e9quences associ\u00e9es \u00e0 cette entorse.<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/postures-dev.aegirnt2.uqam.ca\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/c_jacob_figure4.png\" alt=\"\" width=\"266\" height=\"215\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>(Figure 4)<\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00catre t\u00e9moin de la sanction du protagoniste s&rsquo;av\u00e8re donc satisfaisant pour le jeune lecteur, au m\u00eame titre que l&rsquo;est encore pour certaines personnes le spectacle de la peine de mort ou, comme l&rsquo;explique Freud, pour les primitifs, qui satisfaisaient un d\u00e9sir sadique en octroyant eux-m\u00eames le ch\u00e2timent m\u00e9rit\u00e9 au violateur. Ce ne serait \u00e9videmment pas la m\u00eame chose si les personnages \u00e9taient plus d\u00e9velopp\u00e9s psychologiquement, ou s&rsquo;ils transgressaient la loi parentale dans un objectif noble, comme on le voit dans le conte de f\u00e9es. Leur caract\u00e8re unidimensionnel suscite la distanciation de la part du destinataire, qui se r\u00e9jouit de leur malheur autant qu&rsquo;il avait appr\u00e9ci\u00e9 les voir commettre la mauvaise action. En outre, le caract\u00e8re d\u00e9finitif de la mort n&rsquo;est pas encore ancr\u00e9 chez l&rsquo;enfant, et la violence n&rsquo;est pas non plus ressentie comme r\u00e9elle. Au m\u00eame titre que dans les fantasmes de violence des enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de leurs pairs (s\u0153ur, fr\u00e8re, camarade d&rsquo;\u00e9cole), on peut croire que \u00ab\u00a0la condition qu&rsquo;aux enfants ch\u00e2ti\u00e9s ne soit inflig\u00e9 aucun dommage s\u00e9rieux [est] fermement maintenue\u00a0\u00bb (Freud, 1996, p. 120) dans l&rsquo;esprit du lecteur. La souffrance de Pauline, de Konrad et des autres n&rsquo;est donc pas consid\u00e9r\u00e9e dans l&rsquo;appr\u00e9ciation de leur cons\u00e9quence; seul le r\u00e9tablissement de l&rsquo;ordre entre en jeu.<\/p>\n<p>Noy\u00e9 dans une mer de productions pour la jeunesse aux tons pastel, le\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>, qui aura \u00e9t\u00e9 pendant plus de cent ans un incontournable de la biblioth\u00e8que de l&rsquo;enfant allemand, n&rsquo;est plus le premier livre vers lequel se tournent les parents, perplexes devant les sc\u00e9narios qu&rsquo;il met en sc\u00e8ne. Pourtant, si on ne peut nier la violence qui s&rsquo;y op\u00e8re, on doit admettre que celle-ci est moins nocive qu&rsquo;ont tent\u00e9 de le prouver des chercheurs tels qu&rsquo;Eyzikman ou Smith Chalou : non seulement elle fait rire par son caract\u00e8re vaudevillesque, mais en plus elle parvient \u00e0 fasciner l&rsquo;enfant en le confrontant \u00e0 un tabou, et elle se fait rassurante en r\u00e9tablissant une forme d&rsquo;ordre.<\/p>\n<p>La diminution de la popularit\u00e9 du livre, outre les changements de m\u0153urs, est peut-\u00eatre en partie attribuable \u00e0 la r\u00e9putation de l&rsquo;Allemagne \u00e0 la suite de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Pendant le Troisi\u00e8me Reich, par exemple, on a vu na\u00eetre une multitude de parodies provenant d&rsquo;un peu partout dans le monde et servant \u00e0 attaquer Hitler tout en mettant en relief le caract\u00e8re sadique des historiettes.\u00a0<em>Truffel Eater<\/em>, paru \u00e0 Londres en 1933, serait la premi\u00e8re parodie anti-hitl\u00e9rienne connue, mais son attaque est bien gentille en comparaison du\u00a0<em>Struwwelhitler<\/em>\u00a0des Britanniques Robert et Philipp Spence, parue en 1941 sous le pseudonyme de Doktor Schrecklichkeit (Docteur Terreur). Dans cet album, le Struwwelhitler n&rsquo;a pas de longs ongles, mais \u00ab\u00a0the horrid blood drops drip\/From each dirty finger tips\u00a0\u00bb (Spence, 2005, p.\u00a02). Il n&rsquo;y a d&rsquo;ailleurs pas qu&rsquo;Hitler qui s&rsquo;y trouve ridiculis\u00e9\u00a0: Little Gobby (Joseph Goebbels), pour ne nommer qu&rsquo;un exemple, se fait couper les pouces parce qu&rsquo;il continue de r\u00e9diger des mensonges malgr\u00e9 l&rsquo;avertissement de sa m\u00e8re. Plus pr\u00e8s de nous, on retrouve aussi une allusion \u00e0 la \u00ab\u00a0perversit\u00e9 germanique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Comme le soul\u00e8ve Jack Zipes au sujet de la perception populaire du folklore allemand, \u00ab\u00a0it seems there must always be something Germanic about perversity, gloom and torture in the arts\u00a0\u00bb (Zipes, 2002, p. 147).<\/span>\u00a0\u00bb dans le dessin anim\u00e9 am\u00e9ricain\u00a0<em>Family Guy<\/em>, o\u00f9 \u00ab\u00a0L&rsquo;histoire du suceur-de-pouce\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e en quatre phrases suivant les quatre illustrations de la version d&rsquo;Hoffmann, avec ce cynisme : \u00ab\u00a0There once was a boy who liked to suck his thumbs.\/His mother asked him to stop, but he wouldn&rsquo;t.\/So she cut off his thumbs.\/Now he has no thumbs. Good night.\u00a0\u00bb (MacFarlane, 2009-2010, 7 min. 14-7 min. 24) Dans cette version, qui dure \u00e0 peine une dizaine de secondes, le fait que ce soit directement la m\u00e8re qui coupe les pouces du gar\u00e7on laisse croire \u00e0 plus de violence encore que ce qui est r\u00e9ellement pr\u00e9sent\u00e9 dans la version de Hoffmann. On y fait r\u00e9f\u00e9rence comme \u00e0 un \u00ab\u00a0german bedtime story\u00a0\u00bb classique, laissant sous-entendre que la violence est \u00e0 l&rsquo;avant-plan dans la culture allemande. Sur une note moins ludique, on retrouve encore des articles aux relents conspirationnistes, tels que \u00ab\u00a0Can a children&rsquo;s book have a connection to the rise of Nazism to power<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5542\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5542-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Walter H. Schneider, sur la page de\u00a0<em>Fathers for life<\/em>,\u00a0<a href=\"http:\/\/fathersforlife.org\/hist\/der_struwwelpeter.htm\">http:\/\/fathersforlife.org\/hist\/der_struwwelpeter.htm<\/a>\u00a0(page consult\u00e9e le 11 octobre 2013). <\/span>?\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0Struwwelpeter et Anti-Struwwelpeter. La bande dessin\u00e9e au service des id\u00e9ologies\u00a0\u00bb (Qu\u00e9val, 2010), qui montre comment l&rsquo;\u0153uvre de Hoffmann corrompt les mentalit\u00e9s en encourageant l&rsquo;ob\u00e9issance aveugle \u00e0 toute forme d&rsquo;autorit\u00e9, menant naturellement l&rsquo;adolescent \u00e0 passer du noyau familial au corps d&rsquo;arm\u00e9e. Devant de telles critiques, et alors que la tradition litt\u00e9raire fran\u00e7aise rec\u00e8le elle-m\u00eame certains \u00e9l\u00e9ments sadiques ou moralisateurs dans ses r\u00e9cits pour la jeunesse (il suffit de lire\u00a0<em>Les malheurs de Sophie<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>Un bon petit diable<\/em>, de la respect\u00e9e Comtesse de S\u00e9gur), on peut se demander si les critiques formul\u00e9es \u00e0 l&rsquo;endroit du\u00a0<em>Struwwelpeter<\/em>\u00a0s&rsquo;adressent bel et bien \u00e0 l&rsquo;album de Hoffmann, ou si ce ne serait pas plut\u00f4t au noir pass\u00e9 germanique que l&rsquo;on conna\u00eet.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><strong>Corpus fictionnel :<\/strong><\/p>\n<p>Hoffmann, Heinrich. 2004 [1845].\u00a0<em>Der Struwwelpeter<\/em>. Esslingen\u00a0: Esslinger Verlag, [s. p.].<\/p>\n<p>Hoffmann, Heinrich. 2005 [1845 pour l&rsquo;\u00e9dition originale et 1979 pour la traduction].\u00a0<em>Crasse-Tignasse<\/em>, traduit de l&rsquo;allemand par Cavanna. Paris\u00a0: L\u2019\u00e9cole des loisirs, 37 p.<\/p>\n<p>MacFarlane, Seth (cr\u00e9ateur). 2009-2010.\u00a0<em>Family Guy<\/em>, \u00ab\u00a0Business Guy\u00a0\u00bb, saison 8, \u00e9pisode 9, 21 min. 10.<\/p>\n<p>Staake, Bob. 2006.\u00a0<em>Struwwelpeter and Other Disturbing Yet Cautionary Tales<\/em>, Seattle\u00a0: Fantagraphics, [s.p.].<\/p>\n<p><strong>Corpus th\u00e9orique :<\/strong><\/p>\n<p>Bergson, Henri. 2007.\u00a0<em>Le rire. Essai sur la signification du comique<\/em>. Paris\u00a0: Presses universitaires de France, 201 p.<\/p>\n<p>Bettelheim, Bruno. 1976.<em>\u00a0Psychanalyse des contes de f\u00e9es<\/em>. Paris\u00a0: Robert Laffont, 476 p.<\/p>\n<p>Defourny, Michel. 1996a. \u00ab\u00a0Struwwelpeter, Francfort 1845 \u2013 Bruxelles 1995\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Autour de Crasse-Tignasse. Actes du Colloque de Bruxelles augment\u00e9s et illustr\u00e9s<\/em>. Bruxelles\u00a0: Th\u00e9\u00e2tre du Tilleul, p. 8-11.<\/p>\n<p>Defourny, Michel. 1996b. \u00ab\u00a0Questions pos\u00e9es \u00e0 Claude Lapointe, illustrateur\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Autour de Crasse-Tignasse. Actes du Colloque de Bruxelles augment\u00e9s et illustr\u00e9s<\/em>. Bruxelles\u00a0: Th\u00e9\u00e2tre du Tilleul, p. 54-63.<\/p>\n<p>Deletaille, Albertine. 1977. \u00ab\u00a0Ma conception des albums pour enfants de deux \u00e0 sept ans\u00a0\u00bb. Denise Escarpit (dir.).\u00a0<em>L&rsquo;enfant, l&rsquo;image et le r\u00e9cit<\/em>. La Haye\u00a0: Mouton \u00c9diteur, 155 p.<\/p>\n<p>Eizykman, Boris. 1979.\u00a0<em>Le Struwwelpeter\u00a0: Un analogue graphique et narratif des machines de tortures et de pers\u00e9cution p\u00e9dagogiques au XIXe si\u00e8cle<\/em>. Paris\u00a0: Phot\u2019\u0153il, 100 p.<\/p>\n<p>Escarpit, Denise. 1981.\u00a0<em>La Litt\u00e9rature d&rsquo;enfance et de jeunesse en Europe.\u00a0<\/em><em>Panorama historique<\/em>. Paris : Presses universitaires de France, 127 p.<\/p>\n<p>Feuerhahn, Nelly. 1993.<em>\u00a0Le Comique &amp; l\u2019enfance<\/em>. Paris\u00a0: Presses universitaires de France, 268 p.<\/p>\n<p>Freeman, Thomas. 1977. \u00ab\u00a0Heinrich Hoffmann&rsquo;s Struwwelpeter : An Inquiry Into the Effects of Violence in Children&rsquo;s Literature\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Journal of Popular Culture<\/em>, vol. 10, no 4, p.\u00a0808-820.<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. 1996 [1919]. \u00ab\u00a0Un enfant est battu\u00a0\u00bb dans\u00a0<em>\u0152uvres compl\u00e8tes XV (1916-1920)<\/em>, collig\u00e9es par Andr\u00e9 Bourguignon, Piette Cotet et Jean Laplanche, Paris\u00a0: Presses universitaires de France, p. 119-146.<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. 2001 [1913]. \u00ab\u00a0Le retour infantile du tot\u00e9misme\u00a0\u00bb dans\u00a0<em>Totem et tabou<\/em>. Paris\u00a0: Payot, p.\u00a0143-225.<\/p>\n<p>Hoffmann, Heinrich. 2005 [1876 pour l&rsquo;\u00e9dition originale et 1979 pour la traduction]. \u00ab\u00a0Comment naquit le Struwwelpeter\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Crasse-Tignasse<\/em>, traduit de l&rsquo;allemand par Cavanna. Paris\u00a0: L\u2019\u00e9cole des loisirs, p. 35-37.<\/p>\n<p>Jan, Isabelle. 1984.\u00a0<em>La litt\u00e9rature enfantine<\/em>. Paris\u00a0: Les \u00e9ditions ouvri\u00e8res, 223 p.<\/p>\n<p>Knoepflmacher, U.C. 2000. \u00ab\u00a0Validating Defiance : From Heinrich Hoffmann to Mark Twain, Rudyard Kipling, and Maurice Sendak\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Princeton University Library Chronicle<\/em>, vol. 62, no\u00a01, p.\u00a083-107.<\/p>\n<p>Mijolla-Mellor, Sophie de. 2006.<em>\u00a0L&rsquo;enfant lecteur, de la Comtesse de S\u00e9gur \u00e0 Harry Potter. Les raisons du succ\u00e8s<\/em>. Paris : Bayard, 189 p.<\/p>\n<p>Minois, Georges. 2000.\u00a0<em>Histoire du rire et de la d\u00e9rision<\/em>. Paris\u00a0: Fayard, 637 p.<\/p>\n<p>Qu\u00e9val, Marie-H\u00e9l\u00e8ne. 2010. \u00ab\u00a0Struwwelpeter et Anti-Struwwelpeter. La bande dessin\u00e9e au service des id\u00e9ologies\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Germanica<\/em>\u00a02, n\u00b0 47, p.\u00a087-98.<\/p>\n<p>Rathmann, Claudia. 2004.\u00a0<em>Was gibt&rsquo;s denn da zu lachen? Lustige Zeichentrickserien und ihre Rezeption durch Kinder unter besonderer Ber\u00fccksichtigung der pr\u00e4sentierten Gewalt<\/em>, Munich\u00a0: Fischer, 201 p.<\/p>\n<p>Smith Chalou, Barbara. 2007.\u00a0<em>Struwwelpeter\u00a0: Humor or Horror\u00a0? 160 years later<\/em>. Lanham\u00a0: Lexington Books, 99 p.<\/p>\n<p>Spence, Robert et Philipp Spence. 2005 [1941].\u00a0<em>Struwwelhitler. A Nazi Story Book by Dr. Schrecklichkeit<\/em>. Berlin\u00a0: Autorenhaus, 27 p.<\/p>\n<p>Zipes, Jack. 2002.\u00a0<em>Sticks and Stones \u2013 The Troublesome Succes of Children&rsquo;s Literature from Slovenly Peter to Harry Potter<\/em>. New York\u00a0: Routledge, 240 p.<\/p>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Jacob, Carm\u00e9lie. 2014. \u00ab Mort et souffrance de l&rsquo;enfant terrible. Regard sur le Struwwelpeter de Heinrich Hoffmann \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Violence et culture populaire \u00bb, n\u00b019, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articlesjacob-19&gt; (Consult\u00e9\u00a0le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/jacob-19.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 jacob-19.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3f0d79a4-1308-45c7-8c1a-2e15a7b82b12\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/jacob-19.pdf\">jacob-19<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/jacob-19.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3f0d79a4-1308-45c7-8c1a-2e15a7b82b12\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Sophie de Mijolla-Mellor. 2006.<em>\u00a0L&rsquo;enfant lecteur, de la Comtesse de S\u00e9gur \u00e0 Harry Potter. Les raisons du succ\u00e8s<\/em>. Paris\u00a0: Bayard, p.\u00a041.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>La meilleure exception \u00e0 cette r\u00e8gle est l&rsquo;album de Bob Staake, Struwwelpeter and Other Disturbing Yet Cautionary Tales (Staake, 2006).<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Dans\u00a0<em>Psychanalyse des contes de f\u00e9es<\/em>, Bruno Bettelheim a d\u00e9velopp\u00e9 cet aspect du conte comme r\u00e9v\u00e9lateur de fantasmes infantiles de violence, et n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 y voir une influence positive chez l&rsquo;enfant, bien qu&rsquo;elle inqui\u00e8te fr\u00e9quemment les parents\u00a0: \u00ab\u00a0Tel conte pr\u00e9cis peut en effet angoisser l&rsquo;enfant, mais \u00e0 mesure qu&rsquo;il se familiarise avec les contes de f\u00e9es, les aspects effrayants tendent \u00e0 dispara\u00eetre, tandis que les traits rassurants gagnent en importance.\u00a0<em>Le d\u00e9plaisir initial de l&rsquo;angoisse devient alors le grand plaisir de l&rsquo;angoisse affront\u00e9e avec succ\u00e8s et ma\u00eetris\u00e9e<\/em>. Les parents qui ne veulent pas croire que leur enfant a des d\u00e9sirs de meurtre et a envie de mettre en morceaux choses et gens croient que leur petit doit \u00eatre mis \u00e0 l&rsquo;abri de telles pens\u00e9es (comme si c&rsquo;\u00e9tait possible\u00a0!). En interdisant \u00e0 l&rsquo;enfant de conna\u00eetre des histoires qui lui diraient implicitement que d&rsquo;autres enfants que lui ont les m\u00eames fantasmes, on lui laisse croire qu&rsquo;il est le seul au monde \u00e0 imaginer de telles choses. Il en r\u00e9sulte que ses fantasmes prennent pour lui un aspect effrayant.\u00a0\u00bb (Bettelheim, 1976, p. 190) L&rsquo;auteur souligne. <\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>On retrouvera cette forme en fran\u00e7ais dans le cas des adjectifs plac\u00e9s \u00e0 la gauche du nom, par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Le petit Bruno\u00a0\u00bb, mais l&rsquo;effet ne fonctionne pas avec le terme \u00ab\u00a0\u00e9bouriff\u00e9\u00a0\u00bb. N\u00e9anmoins, le fait qu&rsquo;on ne puisse pas dire, en fran\u00e7ais, \u00ab\u00a0le Bruno\u00a0\u00bb comme on dirait, en allemand, \u00ab\u00a0Der Peter\u00a0\u00bb, rend caduc l&rsquo;effet qui pourrait en ressortir. \u00ab\u00a0Le m\u00e9chant Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent dans la majorit\u00e9 des traductions fran\u00e7aises, nous le prouve bien, car il n&rsquo;apparente pas le nom propre \u00e0 une forme g\u00e9n\u00e9rale. Dans la version originale, on a bien \u00ab\u00a0der bitterb\u00f6se Friederich\u00a0\u00bb, mais aussi seulement \u00ab\u00a0der Friederich\u00a0\u00bb, ce qui \u00f4te une part d&rsquo;humanit\u00e9 au personnage.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>\u00ab\u00a0Hoffmann describes the fears of his little patients with such sympathy and sensitivity that one might almost [&#8230;] think he opposed the popular Victorian practice of using threats to scare children into their \u201cproper\u201d place, where they are to be seen and not heard. The children had merely to catch sight of Dr. Hoffmann and they would burst into fears, fight him off and kick. But the doctor&rsquo;s little sketches can only have made the children more frightened than ever, since they replace one fear with many others.\u00a0<em>And if they were as effective in quieting the children as he says they were, then this was not because they comforted the children, but rather because they probably shocked them into a state of stupified horror<\/em>. Now they were no longer worried that the doctor would \u201cget them\u201d &#8211; they were much more terrified by Hoffmann&rsquo;s tailor and his scissors.\u00a0\u00bb (Freeman, 1977, p.\u00a0809) Nous soulignons. <\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Dans les diff\u00e9rentes adaptations plus r\u00e9centes, le Struwwelpeter subit aussi de nombreuses modifications, et n&rsquo;est pas toujours aussi passif que dans les illustrations d&rsquo;Hoffmann. Dans la version de Bob Staake, non seulement il est r\u00e9ellement repr\u00e9sent\u00e9 comme sale et puant, mais il est aussi mouvant\u00a0: on peut le voir nous faire dos et s&rsquo;en aller en marchant\u00a0(Staake, 2006, p.11).\u00a0Claude Lapointe et Fran\u00e7ois Ruy-Vidal, dans une \u00e9dition fran\u00e7aise publi\u00e9e chez Harlin Quist, font de Pierre l&rsquo;\u00e9bouriff\u00e9 un \u00ab\u00a0jeune hippie \u00e9cologiste\u00a0\u00bb, dont la passivit\u00e9 est litt\u00e9ralement transform\u00e9e en lutte politique, comme l&rsquo;explique Lapointe\u00a0: \u00ab\u00a0l&rsquo;image donne quelques raisons \u00e0 Pierre de refuser aux prospecteurs, aux b\u00e9tonneurs, aux pelles m\u00e9caniques de venir d\u00e9truire son arbre, son bel arbre. Si vous le regardez bien, vous verrez que les feuilles et les cheveux du contestataire se m\u00ealent, la tignasse devient progressivement feuillage, ou l&rsquo;inverse.\u00a0\u00bb (Defourny, 1996b, p.\u00a058) Cette vision d&rsquo;une fusion du Struwwelpeter rejoint celle de Knoepflmacher, qui voit dans les longs ongles et cheveux du personnage la ressemblance avec un arbre plein de branches\u00a0(Knoepflmacher, 2000, p.\u00a084). <\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>La croyance que toute chose pourrait \u00eatre dot\u00e9e d&rsquo;une \u00e2me, que toute chose est d&rsquo;une certaine fa\u00e7on\u00a0<em>vivante<\/em>. On remarque cette croyance en particulier chez les peuples primitifs dans leur relation \u00e0 la nature et chez l&rsquo;enfant dans son rapport avec les jouets qui l&rsquo;entourent, sa poup\u00e9e ou son ourson, par exemple (sur ce sujet, voir Freud, 2001, p. 143-225).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Le terme allemand est \u00ab\u00a0Schneider\u00a0\u00bb, ce qui signifie \u00ab\u00a0tailleur\u00a0\u00bb, mais pourrait aussi se traduire par \u00ab\u00a0coupeur\u00a0\u00bb, car il d\u00e9coule du verbe \u00ab\u00a0schneiden\u00a0\u00bb\u00a0: couper. On peut donc croire que le choix de Cavanna de conserver, pour le r\u00e9cit, le sens \u00e9tymologique du terme est motiv\u00e9, car la profession de tailleur prend pour l&rsquo;enfant germanophone un aspect mena\u00e7ant qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas en fran\u00e7ais.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>Comme le soul\u00e8ve Jack Zipes au sujet de la perception populaire du folklore allemand, \u00ab\u00a0it seems there must always be something Germanic about perversity, gloom and torture in the arts\u00a0\u00bb (Zipes, 2002, p. 147).<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>Walter H. Schneider, sur la page de\u00a0<em>Fathers for life<\/em>,\u00a0<a href=\"http:\/\/fathersforlife.org\/hist\/der_struwwelpeter.htm\">http:\/\/fathersforlife.org\/hist\/der_struwwelpeter.htm<\/a>\u00a0(page consult\u00e9e le 11 octobre 2013). <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Violence et culture populaire \u00bb, n\u00b019 * Cet article reprend de mani\u00e8re partielle les r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s dans mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise \u00ab\u00a0Comique et sadisme : les repr\u00e9sentations du corps dans le\u00a0Struwwelpeter\u00a0de Heinrich Hoffmann\u00a0\u00bb (Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, 2011, 126 f.) et s&rsquo;inscrit dans le cadre d&rsquo;un projet ayant re\u00e7u l&rsquo;appui du Conseil de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1240,1239],"tags":[183],"class_list":["post-5542","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-figuration-et-fictionnalite-de-la-violence","category-violence-et-culture-populaire","tag-jacob-carmelie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5542","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5542"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5542\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9007,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5542\/revisions\/9007"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5542"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5542"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5542"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}