{"id":5545,"date":"2024-06-13T19:48:23","date_gmt":"2024-06-13T19:48:23","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/race-et-classe-dans-le-mouvement-punk-des-annees-1970-en-grande-bretagne-resistance-et-violence-chez-les-sex-pistols\/"},"modified":"2024-09-06T16:19:26","modified_gmt":"2024-09-06T16:19:26","slug":"race-et-classe-dans-le-mouvement-punk-des-annees-1970-en-grande-bretagne-resistance-et-violence-chez-les-sex-pistols","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5545","title":{"rendered":"Race et classe dans le mouvement punk des ann\u00e9es 1970 en Grande-Bretagne: r\u00e9sistance et violence chez les Sex Pistols"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6890\">Dossier \u00ab\u00a0Violence et culture populaire \u00bb, n\u00b019<\/a><\/h5>\n<p>La marginalit\u00e9 provoque une attitude ambivalente chez le reste d\u2019une population qui associe rapidement marginalit\u00e9 avec violence et criminalit\u00e9. Dans le champ des <em>cultural studies<\/em>, la question de la marge met en lumi\u00e8re les relations de pouvoir entre les diff\u00e9rents groupes culturels. Ce n\u2019est pas un hasard si Stuart Hall et Dick Hebdige, tous deux en lien \u00e9troit avec le Centre Contemporain des <em>Cultural studies<\/em> (CCCS), se sont lanc\u00e9s dans une \u00e9tude du ph\u00e9nom\u00e8ne des sous-cultures spectaculaires juv\u00e9niles. C\u2019est donc avec l\u2019appui de leurs observations que nous examinerons le contexte de cr\u00e9ation de ces groupes, somme toute assez r\u00e9cents, et que nous en dresserons un bref historique. La plus connue et la plus extr\u00eame de ces sous-cultures est sans doute le punk. Nous ferons un d\u00e9tour par la sociologie de la d\u00e9viance, telle que vue par l\u2019am\u00e9ricain Howard Becker afin de comprendre l\u2019id\u00e9e de contestation qui sous-tend les sous-cultures \u00e9tudi\u00e9es. Bien qu\u2019on retrace les d\u00e9buts du punk avec la formation des Sex Pistols autour de 1975, il faut comprendre que cette sous-culture est le r\u00e9sultat d\u2019une chaine de r\u00e9actions contre-culturelles. Nous verrons, d\u2019ailleurs, que la notion d\u2019ethnicit\u00e9 ou de race est centrale dans les sous-cultures spectaculaires en Grande-Bretagne et qu\u2019il en r\u00e9sulte une oscillation constante entre des groupes x\u00e9nophobes, des groupes noirs ou des groupes blancs influenc\u00e9s par ces derniers. Le punk, bien qu\u2019apparaissant comme une sous-culture x\u00e9nophobe, s\u2019est d\u2019abord d\u00e9velopp\u00e9 en continuation, ou en s\u2019inspirant fortement, du mouvement rastafari. La violence mise de l\u2019avant par les Sex Pistols, et les groupes punks en g\u00e9n\u00e9ral, est pr\u00e9sent\u00e9e comme une r\u00e9sistance que les membres de la culture tentent d\u2019int\u00e9grer dans la lign\u00e9e d\u2019une violence l\u00e9gitim\u00e9e en comparant leur position d\u2019opprim\u00e9s \u00e0 celle des Africains exil\u00e9s. Nous prouverons qu\u2019il en r\u00e9sulte plut\u00f4t d\u2019une violence typiquement anglaise qui s\u2019inscrit dans une tradition culturelle britannique classique.<\/p>\n<h2>Briser l\u2019h\u00e9g\u00e9monie\u00a0: le r\u00f4le des sous-cultures<\/h2>\n<p>Le d\u00e9but du punk se retrace au fondement des Sex Pistols en 1974. Apr\u00e8s une carri\u00e8re musicale d\u2019\u00e0 peine trois ans et d\u2019un seul album (<em>Never mind the Bollocks<\/em>), les Sex Pistols atteignent le statut de groupe iconique qui, \u00e0 la fois, fascine et terrifie l\u2019Angleterre. Connus pour leur tendance \u00e0 la violence, leur style vestimentaire extravagant et leur esprit contestataire, les Sex Pistols attirent un public jeune et plut\u00f4t violent. Les autorit\u00e9s sont fr\u00e9quemment appel\u00e9es \u00e0 intervenir lors de leurs concerts. En 1979, soit en pleine apog\u00e9e du mouvement punk, Dick Hebdige, sociologue britannique et grand acteur des <em>culturals studies<\/em>, \u00e9crit <em>Subculture\u00a0: the meanning of style<\/em>. Il signale que les <em>cultural studies<\/em>, \u00e9tant \u00e0 l\u2019\u00e9poque un courant de pens\u00e9e de nouvelle date, se trouvent aux prises avec deux d\u00e9finitions contraires de la culture\u00a0: une, d\u00e9terminant la qualit\u00e9 de la production culturelle \u2013 soit le combat entre culture savante et culture populaire \u2013 et une autre, englobant les caract\u00e9ristiques du mode de vie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Le sociologue souligne l\u2019apport de Roland Barthes aux <em>cultural studies<\/em>\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0En appliquant une m\u00e9thode d\u2019origine linguistique \u00e0 des formes de discours non langagiers comme la mode, le cin\u00e9ma, la cuisine, etc., Barthes a ouvert des horizons insoup\u00e7onn\u00e9s aux <em>cultural studies<\/em> contemporaines \u00bb (Hebdige, 2008 p. 13). C\u2019est de lui qu\u2019Hebdige tire son approche et c\u2019est pour cette raison qu\u2019il analyse le style des sous-cultures comme un syst\u00e8me de signes. Ainsi, le style vestimentaire des punks devient une part int\u00e9grante de leur message. Bien entendu, en se positionnant comme tel, Hebdige privil\u00e9gie une d\u00e9finition de la culture en tant que mode de vie.<\/p>\n<p>Il soutient que c\u2019est justement dans les discours et gestes du quotidien que les syst\u00e8mes de repr\u00e9sentation exercent la plus forte influence. Les id\u00e9ologies sont au c\u0153ur de chaque syst\u00e8me qu\u2019il soit familial, gouvernemental ou culturel\u00a0: \u00ab\u00a0Certaines acqu\u00e9rant une position dominante tandis que d\u2019autres restent marginales \u00bb (Hebdige, 2008 p. 14). Il rappelle, \u00e0 cet effet, les travaux de Karl Marx, appuyant que les classes qui dominent par leur puissance mat\u00e9rielle imposent \u00e9galement leur domination au niveau id\u00e9ologique et spirituel. Dans l\u2019ouvrage <em>Resistance Through Rituals<\/em>, dirig\u00e9 par Stuart Hall et auquel Hebdige collabore, les chercheurs du CCCS entreprennent de lancer la r\u00e9flexion sur la formation et les caract\u00e9ristiques des sous-cultures. Ils explorent la fa\u00e7on dont est mise en place cette domination sociale. Hebdige cite Hall \u00e0 cet effet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le terme \u00ab\u00a0h\u00e9g\u00e9monie\u00a0\u00bb d\u00e9signe une situation dans laquelle une alliance provisoire entre certains secteurs sociaux est \u00e0 m\u00eame d\u2019exercer une \u00ab\u00a0autorit\u00e9 sociale totale\u00a0\u00bb sur des groupes subalternes, et ce non pas tant en ayant recours \u00e0 la coercition ou \u00e0 l\u2019imposition directe des id\u00e9es dominantes qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0en engendrant et en fa\u00e7onnant une forme de consensus telle que le pouvoir des classes dominantes apparaisse comme tout \u00e0 la fois comme l\u00e9gitime et naturel\u00a0\u00bb (Hall, 1977 cit\u00e9 par Hebdige, 2008, p. 19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, selon Barthes, les id\u00e9ologies atteignent un statut de normalit\u00e9 ou de naturalit\u00e9. Bien entendu, les conflits \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des classes dominantes sont in\u00e9vitables et ces consensus ne peuvent \u00eatre \u00e9ternels. C\u2019est donc dans une soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique o\u00f9 les id\u00e9ologies dominantes s\u2019imposent aux individus, d\u00e9terminant les normes selon lesquelles ils vivront, que prennent racines les groupes \u00e9tudi\u00e9s par les deux sociologues. Si tous deux s\u2019entendent sur le fait que les sous-cultures se positionnent en marge de la culture dominante, Hall ajoute que la relation entre les diff\u00e9rents groupes culturels ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Il pr\u00e9cise que le groupe le plus important est la classe \u00e0 laquelle appartient un individu\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>In modern societies, the most fundamental groups are the social classes, and the major cultural configurations will be, in fundamental though often mediated way \u201cclass culture\u201d. Relative to these cultural configurations, sub-cultures are within one or other of the larger cultural networks (Hall et Jefferson, 1976, p. 13).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chaque sous-culture est donc doublement positionn\u00e9e\u00a0: d\u2019abord au sein de sa culture de classe, qu\u2019on appellera culture parente, mais \u00e9galement en marge de la culture dominante. Tous les groupes que nous \u00e9tudierons proviennent de la m\u00eame culture parente, soit la classe populaire. Les sous-cultures juv\u00e9niles spectaculaires font donc office d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne urbain, centralis\u00e9 \u00e0 Londres. Pourtant, malgr\u00e9 cette classe d\u2019origine commune, chacune des sous-cultures se d\u00e9marque par des attributs et des id\u00e9aux qui leur sont exclusifs.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre est celle qui voit naitre l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la jeunesse en tant que groupe social distinct comme le fait remarquer Hall:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The term [Youth Culture] is premised on the view that what happened too \u201cyouth\u201d in this period is radically and qualitatively different from anything that had happened before. [&#8230;]Of course, post-war youth did engage in distinctive cultural pursuits, and this closely linked with the expansion of the leisure and fashion industries, directed at the teenage market (Hall et Jefferson, 1976, p. 15).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le style devient une pr\u00e9occupation et un mode d\u2019expression, de m\u00eame que la principale caract\u00e9ristique de l\u2019appartenance \u00e0 une sous-culture juv\u00e9nile. C\u2019est dans ce contexte d\u2019apr\u00e8s-guerre que les premi\u00e8res sous-cultures juv\u00e9niles \u00e9mergent en Grande-Bretagne en opposition directe aux id\u00e9ologies dominantes. Pour Walter Benjamin, la violence est directement li\u00e9e au droit, par cons\u00e9quent \u00e0 l\u2019existence quotidienne d\u2019un sujet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Benjamin analyse plus avant les principes de la violence dans le droit positif, qui distingue, dans son essence, entre la violence sanctionn\u00e9e de l&rsquo;\u00c9tat, et celle non sanctionn\u00e9e, \u00e0 laquelle l&rsquo;\u00c9tat doit s&rsquo;opposer par la violence. Ce qu&rsquo;il r\u00e9sume par le concept de \u00ab monopolisation de la violence\u00a0\u00bb par le droit : car la violence, en existant en dehors du droit, constitue non pas par ses fins, mais par sa seule existence, un danger pour le droit (Kambas, p. 72).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La violence existe uniquement autour du concept du droit, mais se porte au secours de deux buts oppos\u00e9s, c\u2019est donc dire que la violence est protectrice ou d\u00e9constructive de droits. Autrement dit, la violence occupe soit le p\u00f4le de la r\u00e9sistance soit celui de l\u2019oppression. Ainsi le sous-cultures juv\u00e9niles, sont le sympt\u00f4me d\u2019une r\u00e9sistance, d\u2019une manifestation \u00ab spectaculaire \u00bb (Hebdige, 2008, p. 20) de la rupture face au consensus h\u00e9g\u00e9monique d\u2019apr\u00e8s guerre. D\u2019ailleurs, il y a dans cette hypermonstration une violence inou\u00efe. Johnny Rotten, le chanteur des Sex Pistols, dira\u00a0qu\u2019en adoptant un look \u00ab\u00a0trash\u00a0\u00bb (Temple, 2002) il voulait forcer les gens \u00e0 les voir en tant que d\u00e9chets, en tant qu\u2019exclus de la soci\u00e9t\u00e9. La violence se cristallise \u00e0 travers cette appellation puisque le v\u00e9ritable message qu\u2019envoie le groupe n\u2019est pas \u00ab\u00a0Nous somme exclus \u00bb, mais plut\u00f4t \u00ab\u00a0Vous qui nous excluez, regardez ce que nous sommes devenus\u00a0\u00bb. L\u2019appellation \u00ab\u00a0trash\u00a0\u00bb est alors retourn\u00e9e contre la soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique et pleinement habit\u00e9e par les jeunes punks qui repoussent les limites et renversent l\u2019exclusion.<\/p>\n<p>Cette violence, qui est d\u2019embl\u00e9e mise de l\u2019avant par les Sex Pistols, se veut protectrice de droits qui, que ce soit l\u00e9gitime ou non, sont consid\u00e9r\u00e9s comme bafou\u00e9s par les adeptes de la sous-culture. Et si la violence est pr\u00e9sente dans les gestes et les chansons, elle l\u2019est \u00e9galement dans ce style vestimentaire \u00ab\u00a0trash\u00a0\u00bb adopt\u00e9 par les jeunes de cette sous-culture juv\u00e9nile \u00ab\u00a0spectaculaire\u00a0\u00bb. Ainsi, le qualificatif \u00ab\u00a0spectaculaire\u00a0\u00bb d\u00e9signe \u00ab les objections et les contradictions [qui] se manifestent obligatoirement, au niveau profond\u00e9ment superficiel des apparences, \u00e0 savoir au niveau des signes \u00bb (Hebdige, 2008, p. 20). Cette appartenance \u00e0 une sous-culture juv\u00e9nile s\u2019inscrit dans un registre de la monstration constante. L\u2019usage d\u2019un signe par une sous-culture se distingue de l\u2019usage de sa culture parente par le d\u00e9tournement du sens. La sous-culture reprend donc des \u00e9l\u00e9ments de sa culture de classe et en fait un usage ill\u00e9gitime\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[L]e style d\u2019une sous-culture donn\u00e9e est toujours lourd de signification. Ses m\u00e9tamorphoses sont \u00ab\u00a0contre nature\u00a0\u00bb, elles interrompent le processus de \u00ab\u00a0normalisation\u00a0\u00bb. De ce point de vue, elles sont autant de gestes en direction d\u2019un discours qui scandalise la \u00ab\u00a0majorit\u00e9 silencieuse\u00a0\u00bb, qui conteste le principe d\u2019unit\u00e9 et de coh\u00e9sion, qui contredit le mythe du consensus (Hebdige, 2008, p. 20).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il faut entendre \u00ab spectaculaire \u00bb \u00e9galement dans le sens d\u2019extraordinaire. Les sous-cultures que nous \u00e9tudierons ont en commun d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9es de violentes et d\u2019extr\u00eames ou, autrement dit, de d\u00e9viantes. C\u2019est en 1963 que le sociologue am\u00e9ricain Howard S. Becker publie <em>Outsiders\u00a0: \u00e9tudes de la sociologie de la d\u00e9viance<\/em>. L\u2019importance de clarifier le concept de d\u00e9viance se fait bien sentir chez Becker\u00a0: \u00ab\u00a0Notre premier probl\u00e8me est de construire une d\u00e9finition de la d\u00e9viance. Mais avant d\u2019en venir l\u00e0, nous examinerons quelques-unes des d\u00e9finitions actuellement utilis\u00e9es, en signalant ce que les recherches qui partent de ces d\u00e9finitions conduisent \u00e0 n\u00e9gliger\u00a0\u00bb (Becker, 1985, p. 28). La premi\u00e8re d\u00e9finition que Becker rel\u00e8ve d\u00e9crit la d\u00e9viance comme \u00ab\u00a0tout ce qui diff\u00e8re de ce qui est le plus commun\u00a0\u00bb (Becker, 1985, p. 29). Le probl\u00e8me majeur de cette vision statistique offre une d\u00e9finition superficielle de la d\u00e9viance. Dans cette perspective, les gauchers ou les personnes aux cheveux roux seraient d\u00e9viants. Cette d\u00e9finition occulte compl\u00e8tement l\u2019id\u00e9e de transgression qui est \u00e0 la base des \u00e9tudes de la d\u00e9viance et qui est le moteur des sous-cultures spectaculaires. Une deuxi\u00e8me d\u00e9finition se calque sur le mod\u00e8le d\u2019une maladie physique. La d\u00e9viance devient un pathog\u00e8ne ayant infiltr\u00e9 un organisme en sant\u00e9. Cette fa\u00e7on de circonscrire la d\u00e9viance donne, contrairement \u00e0 la premi\u00e8re, une importance majeure au jugement de valeur. Il devient donc impossible de tracer, entre d\u00e9viant et conventionnel, une ligne qui sera accept\u00e9e par la majorit\u00e9 d\u2019une population. Il existe \u00e9galement un groupe de sociologues qui ont opt\u00e9 pour une approche plus anthropologique en tentant de d\u00e9terminer ce qui, dans une soci\u00e9t\u00e9, menace la stabilit\u00e9 et la survie. \u00ab\u00a0Une telle conception a le grand m\u00e9rite de sugg\u00e9rer des domaines de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 peuvent exister des probl\u00e8mes dont les individus ne sont peut-\u00eatre pas conscients\u00a0\u00bb (Becker, 1985, p. 28). Par contre, il reste difficile de v\u00e9ritablement d\u00e9terminer ce qui est fonctionnel ou non dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e et pour cette raison, cette d\u00e9finition reste de nature plus th\u00e9orique que pratique. La derni\u00e8re d\u00e9finition pr\u00e9existante qu\u2019il soul\u00e8ve est la plus proche de sa propre conception. La d\u00e9viance est alors d\u00e9crite comme \u00ab\u00a0le d\u00e9faut d\u2019ob\u00e9issance aux normes du groupe \u00bb (Becker, 1985, p. 28).<\/p>\n<p>Becker va admettre en partie cette id\u00e9e, en y ajoutant toutefois une composante importante. Il se questionne sur le fait que certains comportements transgressant une norme soient punis alors que d\u2019autres soient banalis\u00e9s. Selon lui, trois facteurs modulent la r\u00e9action des membres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 face \u00e0 la transgression de leurs normes\u00a0: le temps, les types de personnes qui commentent l\u2019acte ou qui sont l\u00e9s\u00e9s et les cons\u00e9quences qui en d\u00e9coulent. L\u2019apport le plus important de Becker \u00e0 la d\u00e9finition de la d\u00e9viance, c\u2019est justement cette id\u00e9e du regard ext\u00e9rieur. La d\u00e9viance est un statut attribu\u00e9 par la majorit\u00e9 qui cr\u00e9e les normes\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9viance n\u2019est pas une propri\u00e9t\u00e9 simple, pr\u00e9sente dans certains types de comportements et absente dans d\u2019autres, mais le produit d\u2019un processus qui implique la r\u00e9ponse de d\u2019autres individus \u00e0 ces conduites \u00bb (Becker, 1985, p. 37). Cette fa\u00e7on de d\u00e9finir la d\u00e9viance port\u00e9e par le regard des autres, et non pas comme une propri\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8que \u00e0 un individu, r\u00e9volutionne compl\u00e8tement le champ d\u2019\u00e9tude de Becker. D\u2019ailleurs, cette vision attirera \u00e9norm\u00e9ment les th\u00e9oriciens des <em>cultural studies<\/em> comme le font remarquer Hall et Jefferson\u00a0: \u00ab Our starting point, as for so many others, was Howard\u2019s Becker\u2019s Outsiders \u2013 the text which, at least for us, best signalled the break in mainstream Sociology [\u2026] of what came to be known as \u201cinteractionnnist\u201d, and late a \u201ctransactional\u201d or \u201clabelling\u201d perspective \u00bb (Hall et Jefferson, 1976, p. 15). L\u2019influence de Becker sur les <em>cultural studies<\/em> n\u2019est donc plus \u00e0 prouver et il faut alors comprendre que l\u2019\u00e9tiquette \u00ab d\u00e9viant \u00bb qui est coll\u00e9e aux jeunes participants \u00e0 ces sous-cultures ne leur est donn\u00e9e que par leur relation avec la culture et les id\u00e9ologies dominantes. Cette \u00e9tiquette de d\u00e9viant et l\u2019exclusion qui en d\u00e9coule sera le principal vecteur de l\u2019identification des jeunes punks envers les sous-cultures noires. De plus, ceux-ci \u00e9tant de plus en plus nombreux en sol anglais, il est normal que les interactions entre les sous-cultures en soient modifi\u00e9es.<\/p>\n<h2>Du Reggae au Punk\u00a0: la notion d\u2019ethnicit\u00e9<\/h2>\n<p>En effet, suite aux nombreuses pertes humaines advenues durant la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne encourage l\u2019immigration des pays membres du Commonwealth et des colonies britanniques. Bon nombre de Jama\u00efcains sont alors recrut\u00e9s pour travailler pour les compagnies de chemins de fer ou de transport public. Malgr\u00e9 les campagnes qui encourageaient l\u2019immigration des afro-carib\u00e9ens, ceux-ci sont re\u00e7us au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 raciste et discriminatoire. Une double notion d\u2019exil se met ainsi en place dans la communaut\u00e9 jama\u00efcaine en Angleterre\u00a0: d\u2019abord par rapport \u00e0 l\u2019Afrique, o\u00f9 les populations vivaient avant l\u2019esclavage, et ensuite par rapport aux Cara\u00efbes. Autour de cette notion d\u2019exil, le reggae prend de l\u2019ampleur dans les ann\u00e9es soixante. Pour Hebdige, le reggae \u00ab puise \u00e0 une exp\u00e9rience tout \u00e0 fait sp\u00e9cifique, celle des Noirs de Jama\u00efque et de Grande-Bretagne \u00bb (Hebdige, 2008, p. 32). La musique reggae apparait d\u2019abord comme un parfait vaisseau pour le discours religieux du rastafari, cette pens\u00e9e spirituelle qui comprend l\u2019Afrique comme une terre promise et l\u2019empereur \u00c9thiopien, qui fut lui m\u00eame exil\u00e9 en Angleterre, comme une divinit\u00e9 (Hall et Jefferson, 1976, p. 138). Ce mouvement \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme marginal, voire dangereux, en Jama\u00efque puisqu\u2019il met en lumi\u00e8re les relations de pouvoirs et de classes sociales que le gouvernement essayait de camoufler:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dans les circonstances dans lesquels vivent les Noirs britanniques, il n\u2019est pas \u00e9tonnant que le reggae, dans lequel on retrouve \u00e0 la fois la tradition orale des enfants d\u2019esclaves et leur rapport \u00e0 la religion, interpelle la nouvelle communaut\u00e9 qui est alors \u00ab suspendue entre plusieurs horizons \u00bb (Hebdige, 2008, p. 33).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vers la fin des ann\u00e9es soixante, le reggae perd ses influences religieuses, mais demeure \u00e0 la crois\u00e9e de plusieurs id\u00e9ologies. En int\u00e9grant la quotidiennet\u00e9, le reggae s\u2019approprie le registre de la monstration d\u2019une appartenance qui passe par l\u2019apparence et devient une sous-culture comme le d\u00e9crit Hebdige :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Quelque part entre le ghetto jama\u00efcain de Trenchtown et les immeubles victoriens de Notthing Hill, la religion rastarfari \u00e9tait devenue un \u00ab style \u00bb\u00a0: une combinaison expressive de \u00ab [dread]locks \u00bb, de blousons militaires et d\u2019herbe proclamant sans ambig\u00fcit\u00e9 le sentiment d\u2019ali\u00e9nation des jeunes Noirs britanniques (Hebdige, 2008, p. 38-39).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le message rasta se transforme et devient le symbole de la r\u00e9sistance noire. Les dreadlocks rappellent la chevelure m\u00eal\u00e9e et pleine de n\u0153uds des esclaves que les jeunes portent alors pour souligner leur h\u00e9ritage. Le drapeau de l\u2019\u00c9thiopie devient le symbole par excellence de cette conscience des racines africaines. Dans les ann\u00e9es qui suivent, plusieurs sous-cultures noires se d\u00e9veloppent, soit les Hipsters et les Rude boys. M\u00eame si leur attitude face \u00e0 la classe populaire et leur style vestimentaire varient, ces sous-cultures ont en commun d\u2019\u00eatre un assemblage d\u2019\u00e9l\u00e9ments du ghetto et de faire de l\u2019identit\u00e9 ethnique une pr\u00e9occupation centrale. Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que toutes les sous-cultures spectaculaires juv\u00e9niles que nous \u00e9tudions ont en commun leur appartenance \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. Cette situation socio-\u00e9conomique commune force la cohabitation des ss et des Blancs dans le Est-End ou le sud londonien, les districts d\u00e9favoris\u00e9s. Des tensions naissent alors de cette cohabitation forc\u00e9e et les confrontations violentes sont nombreuses. Au contact de ces sous-cultures essentiellement noires se d\u00e9veloppent deux branches ou g\u00e9n\u00e9alogies de sous-cultures blanches\u00a0: celles qui sont influenc\u00e9es par elles et celles qui se d\u00e9veloppent autour d\u2019une attitude x\u00e9nophobe. Le rock and roll, musique qui est centrale \u00e0 bon nombre de sous-cultures blanches dans les ann\u00e9es 60, semblait pr\u00e9parer le terrain pour une entente entre les deux communaut\u00e9s. N\u00e9e de la fusion entre le gospel noir et la country blanche (Hebdige, 2008, p. 53), cette musique jusqu\u2019alors in\u00e9dite, aurait d\u00fb rendre les fronti\u00e8res entre les groupes blancs et noirs poreuses.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019existence de plusieurs groupes x\u00e9nophobes, le contact entre Blancs et Noirs \u00e9tant de plus en plus fr\u00e9quent, les relations entre ceux-ci sont \u00e0 m\u00eame de se modifier et certains jeunes adoptent une attitude plus ouverte. C\u2019est dans ce contexte que nait la figure du Skinhead, anc\u00eatre du punk et figure de l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 raciale. Bien que cette sous-culture se transforme compl\u00e8tement dans les d\u00e9cennies suivantes, notamment aux \u00c9tats-Unis, en un sous-groupe de la droite radicale se rapprochant du n\u00e9onazisme, le Skinhead tel qu\u2019il nait dans les ann\u00e9es 1960 en Angleterre combat au c\u00f4t\u00e9 de ses compatriotes de classe, qu\u2019ils soient Noirs ou Blancs. Selon John Clarke, cette sous-culture se base sur une d\u00e9fense non pas d\u2019un territoire, mais d\u2019une communaut\u00e9 (Hall et Jefferson, p. 99). Les adeptes de cette sous-culture ont une conscience intensifi\u00e9e d\u2019une scission dans la soci\u00e9t\u00e9 britannique. En prenant conscience de leur position au bas de l\u2019\u00e9chelle et l\u2019acceptant, ils cr\u00e9ent une opposition marqu\u00e9e \u00ab Us-them \u00bb (Hall et Jefferson, 1976, p. 100). Ils se placent volontairement en retrait de la soci\u00e9t\u00e9 et organisent contre l\u2019autorit\u00e9 une r\u00e9sistance violente. Arborant un style d\u2019ouvrier mod\u00e8le \u2013 cheveux en brosse, bretelles, pantalons Levis, Doc Martens cir\u00e9es \u2013 le Skinhead renoue plus intens\u00e9ment que toute autre sous-culture avant-lui avec la communaut\u00e9 prol\u00e9tarienne en supprimant toutes les influences bourgeoises. Hebdige utilise l\u2019expression \u00ab\u00a0White Negroe\u00a0\u00bb (Hall et Jefferson, 1976, p. 99) pour d\u00e9crire le Skinhead parce que, pour incarner son identit\u00e9 ouvri\u00e8re, celui-ci puise dans deux sources contradictoires\u00a0: la culture des immigrants antillais et celle de la classe ouvri\u00e8re blanche. Au lieu d\u2019\u00eatre en rupture avec leur culture parente, les Skinheads utilisent les valeurs de leurs parents pour se positionner au c\u0153ur de l\u2019histoire d\u2019une classe prol\u00e9taire et en d\u00e9fendre les droits. Les valeurs recherch\u00e9es par ce groupe sont celles d\u2019une classe organis\u00e9e selon un mode d\u00e9fensif. Par contre, la condition des ouvriers s\u2019\u00e9tant relativement am\u00e9lior\u00e9e, cette position d\u00e9fensive s\u2019est peu \u00e0 peu perdue. La position des immigrants jama\u00efcains dans la soci\u00e9t\u00e9 raciste anglaise ressemble alors \u00e0 celle d\u2019un groupe prol\u00e9taire blanc dont la position n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 corrompue par des influences ext\u00e9rieures. Leur communaut\u00e9 est plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et leur souffrance plus pure, ils se rapprochent donc davantage des valeurs id\u00e9alis\u00e9es par les jeunes Skinheads. Leur inclusion des immigrants jama\u00efcains ne les emp\u00eache toutefois pas de mener des attaques contre d\u2019autres groupes minoritaires et de s\u2019occuper au \u00ab Paki-bashing \u00bb et au \u00ab Queer-bashing \u00bb (Hall et Jefferson, 1976, p. 102).<\/p>\n<h2>Le Punk et ses racines d\u00e9color\u00e9es<\/h2>\n<p>Le Punk descend directement du Skinhead, le style prol\u00e9tarien s\u2019intensifie et des \u00e9l\u00e9ments plus subversifs se rajoutent \u00e0 leur style (\u00e9pingles de nourrice, chaines, vestes tach\u00e9es&#8230;). L\u2019intrusion du <em>glamrock<\/em> dans le paysage culturel explique la radicalit\u00e9 accrue du punk par rapport au Skinhead. Le message que lan\u00e7aient David Bowie, Marc Bolan et les autres <em>glamrockeurs<\/em> \u00e9tait un message d\u2019\u00e9vasion. Ils voulaient d\u00e9montrer qu\u2019on pouvait s\u2019\u00e9chapper de son statut par l\u2019imaginaire, qu\u2019on pouvait \u00e9chapper \u00e0 sa race et surtout \u00e0 son genre. Les Punks r\u00e9agissent \u00e0 cette sous-culture apolitique en cr\u00e9ant une sous-culture plus radicale et plus subversive et en mettant de l\u2019avant le message contraire\u00a0: \u00ab There is no way out\u00a0\u00bb (Temple, 2002).<\/p>\n<p>Le Punk combat le c\u00f4t\u00e9 naturel attribu\u00e9 aux id\u00e9ologies dominantes en exag\u00e9rant l\u2019aspect artificiel et plastique du look. M\u00eame si Hebdige ne s\u2019attarde pas sur le terme d\u00e9viance, la notion, telle que pens\u00e9e par Becker, permet de comprendre l\u2019esprit de contestation qu\u2019ont en commun toutes les sous-cultures \u00e9tudi\u00e9es. Adopter un de ces styles \u00e9quivaut \u00e0 une transgression des normes \u00e9tablies et le punk, tr\u00e8s au fait de sa d\u00e9viance, fait tout ce qu\u2019il peut pour donner \u00e0 voir son esprit contestataire. Le Noir devient alors un symbole de l\u2019ali\u00e9nation qui est centrale \u00e0 la sous-culture punk. Il repr\u00e9sente, comme l\u2019\u00e9crit Hebdige, \u00ab l\u2019essence de l\u2019underground et incarne toutes les valeurs qui cohabitent en marge et en opposition aux normes de conformit\u00e9 et de temp\u00e9rances de la soci\u00e9t\u00e9 majoritaire \u00bb (Hebdige, 2008, p. 47). Le reggae est evidemment tr\u00e8s attirant pour ces jeunes punks, toujours issus des quartiers populaires, puisqu\u2019il repr\u00e9sente l\u2019ultime ali\u00e9nation, celle qu\u2019eux m\u00eame voudraient pouvoir repr\u00e9senter. Dans <em>Filth and Fury<\/em>, un rockumentaire<a id=\"footnoteref1_c25n0e8\" class=\"see-footnote\" title=\"Genre filmique qui documente le parcours d\u2019une figure rock et qui fait un retour dans les ann\u00e9es 2000 aux \u00c9tats-Unis.\" href=\"#footnote1_c25n0e8\">[1]<\/a> qui relate l\u2019\u00e9poque du point de vue des Sex Pistols, un des musiciens dit que c\u2019est au contact des Jama\u00efcains de leur quartier qu\u2019ils commencent \u00e0 entrer dans l\u2019univers de la musique. D\u2019ailleurs, si le punk est la sous-culture qui reprendra le mieux les signes de sa culture parente pour les subvertir, le cr\u00e9ole jama\u00efcain dans lequel est chant\u00e9 le reggae reste le signe le plus habillement subverti, retournant la violence du colonisateur contre lui en lui rendant sa propre langue \u00e9trang\u00e8re. C\u2019est ce que les Punks feront de l\u2019\u00e9pingle \u00e0 nourrice, entre autre, symbole d\u2019abord d\u2019un soin port\u00e9 \u00e0 un jeune enfant qui prend une signification violente lorsque port\u00e9e sur la veste d\u2019un punk ou dans le nez de la Reine.<\/p>\n<p>Le reggae devient de plus en plus imp\u00e9n\u00e9trable pour les Blancs quand celui-ci, qui est d\u2019abord un discours spirituel, int\u00e8gre un message de plus en plus politique sur l\u2019exp\u00e9rience noire. Cette africanisation exclut d\u2019embl\u00e9e l\u2019ouverture envers les Blancs. Elle cr\u00e9e une essence noire et efface les limites entre les diff\u00e9rences exp\u00e9riences des immigrants jama\u00efcains. Selon Hall, la premi\u00e8re phase de la repr\u00e9sentation des Noirs est celle de \u00ab l\u2019exp\u00e9rience noire en tant que cadre singulier et unificateur fond\u00e9 sur la construction d\u2019une identit\u00e9 traversant les diff\u00e9rences ethniques et culturelles existant entre les diff\u00e9rente communaut\u00e9s \u00bb (Hall, 2007, p. 204). Les Noirs prennent la position de l\u2019autre, invisible dans le discours blanc dominant, essentialisant leur identit\u00e9 autour de l\u2019exclusion et de l\u2019oppression. Avant de poursuivre, il faut comprendre que, pour Hall, la repr\u00e9sentation a un double effet. Certes, elle exprime les particularit\u00e9s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, mais elle a \u00e9galement un r\u00f4le constitutif. Cette radicalisation du caract\u00e8re africain et exclusif du reggae a pour effet de participer \u00e0 une essence noire. Pour Hall, \u00ab [l]e moment essentialisant est faible parce qu\u2019il naturalise et d\u00e9historise la diff\u00e9rence, confondant ce qui est historique et culturel avec ce qui est naturel, biologique et g\u00e9n\u00e9tique \u00bb (Hall, 2007, p. 224). Le signifiant noir est alors d\u00e9tach\u00e9 de son histoire, de sa culture, mais surtout de sa classe et de son appartenance ouvri\u00e8re. Cet essentialisme renforce le binarisme. Pour Hall, il est imp\u00e9ratif de refuser la binarit\u00e9, de ne pas \u00eatre Noir ou Britannique, mais Noir et Britannique.<\/p>\n<p>Le mouvement punk ne peut pas soutenir une vraie relation d\u2019influence avec les sous-cultures noires parce que celles-ci, par une politisation plus radicale, renforcent l\u2019exclusion ethnique. \u00c0 d\u00e9faut de pouvoir utiliser le drapeau \u00c9thiopien comme symbole de leur ali\u00e9nation, les groupes punks, qui tentent tout de m\u00eame de cr\u00e9er une parall\u00e8le blanc \u00e0 l\u2019identit\u00e9 rastafari afin de l\u00e9gitimer leur sentiment d\u2019exclusion et la violence mise de l\u2019avant pour le combattre, se tournent vers un registre familier et convoquent des r\u00e9f\u00e9rents culturels traditionnels anglais. Les Sex Pistols, le premier groupe de musique punk, sont sans aucun doute l\u2019embl\u00e8me de la sous-culture. L\u2019utilisation qu\u2019ils ont faite du portrait de la Reine et de l\u2019Union Jack, \u00e0 des fins iconoclastes bien \u00e9videmment, a eu pour effet de g\u00e9n\u00e9rer des valeurs d\u2019anarchie et de d\u00e9clin, contraires \u00e0 celles mises de l\u2019avant par le reggae. De plus, c\u2019est contre des probl\u00e8mes typiquement anglais que les punks r\u00e9agissent\u00a0: suite \u00e0 la gr\u00e8ve des vidangeurs qui dura plusieurs mois, les punks expriment leur frustration face aux \u00e9normes montagnes de d\u00e9chets qui remplissent les rues en int\u00e9grant le sac de poubelle \u00e0 leur look. Le chanteur, Johnny Rotten, dira d\u2019ailleurs: \u00ab\u00a0Wear a garbage bag for god sake and then you\u2019re dealing with it\u00a0\u00bb (Temple, 2002).<\/p>\n<p>Si le Punk tire son exil et son ali\u00e9nation dans un territoire qu\u2019il ne reconnait pas et qui ne le reconnait pas, il est important de se souvenir qu\u2019il est exil\u00e9 dans son propre pays. C\u2019est donc dire que l\u2019exil, qui est exprim\u00e9 par le reggae, est un exil pass\u00e9 face \u00e0 une terre lointaine, alors que l\u2019exil des punks est fix\u00e9 dans un pr\u00e9sent sans avenir. Comme cet exil est la condition de l\u2019ici-maintenant des punks, Hebdige parle alors d\u2019un \u00ab exil volontaire et sans retour \u00bb (Hebdige, 2008, p. 70). Le refus de l\u2019autorit\u00e9, qui est caract\u00e9ristique du punk, m\u00e8ne in\u00e9vitablement \u00e0 la transgression des normes. Ainsi, les comportements violents qui t\u00e9moignent de cette d\u00e9fiance face \u00e0 ce qui est normatif sont accept\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la sous-culture et m\u00eame valoris\u00e9s puisque consid\u00e9r\u00e9s comme l\u00e9gitimes ou protecteurs de droits. En fait, ce n\u2019est pas seulement l\u2019autorit\u00e9 que ceux-ci rejettent. Cette attitude, qui est porteuse d\u2019un puissant sentiment d\u2019ali\u00e9nation, est \u00e9galement dirig\u00e9e contre toute leur soci\u00e9t\u00e9 et contre l\u2019h\u00e9g\u00e9monie qui la domine : \u00ab C\u2019est cette fa\u00e7on de se sentir \u00e9tranger \u00e0 l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0innocence\u00a0\u00bb trompeuse des apparences qui caract\u00e9rise aussi les Teddys Boys, les Punks et sans doute d\u2019autres futurs groupes de d\u00e9viants \u00bb (Hebdige, 2008, p. 22). Becker souligne d\u2019embl\u00e9e dans son livre que l\u2019\u00e9tranger (ou l\u2019outsider) a un double statut\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 le rejette sur le fait des transgressions dont il se rend coupable, mais lui-m\u00eame n\u2019a pas envie de rejoindre la soci\u00e9t\u00e9 ou de s\u2019y conformer. Il se voit comme \u00e9tranger aux normes mises en place par la majorit\u00e9 et s\u2019\u00e9loigne de la normalit\u00e9 pour se soustraire \u00e0 ces r\u00e8gles.<\/p>\n<h2>La rencontre impossible\u00a0: le punk et l\u2019appartenance ethnique<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 la proximit\u00e9 des groupes punks envers leurs camarades noirs, l\u2019\u00e9cart entre Noirs et Blancs est insurmontable. Sur le plan musical, le Punk joue dans les aigus alors que le reggae donne dans les basses. De plus, les groupes punks iconiques font appel \u00e0 des influences associ\u00e9e \u00e0 la culture britannique traditionnelle pour parler de leur exil. Comme le fait remarquer Ruth Adams, les documentaires sur les Sex Pistols d\u00e9voilent bien l\u2019influence qu\u2019ont eue sur eux des grands canons de la litt\u00e9rature britannique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[The films] clearly locate punk within the context of English cultural history. Explicitly illustrated are Lydon\u2019s use of Shakespeare\u2019s (or, more specifically, Olivier\u2019s) Richard III to create his stage persona, and both his and McLaren\u2019s employment of Dickensian imagery\u2014Oliver Twist in particular\u2014in the construction of the band\u2019s image. McLaren describes the Pistols as his \u2018\u2018little Artful Dodgers<a id=\"footnoteref2_63d0ixx\" class=\"see-footnote\" title=\"Le Renard, en traduction fran\u00e7aise, est le petit orphelin qui int\u00e8gre Oliver Twist \u00e0 la bande de voleurs.\" href=\"#footnote2_63d0ixx\">[2]<\/a>\u2019\u2019 thus casting himself in the role of one of the two most notorious Jewish entrepreneurs in English literature (Adams, p. 470).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>The \u00ab Artful Dodger \u00bb, ou \u00ab Le Renard \u00bb (Dickens, 2005, p. 347) dans sa traduction fran\u00e7aise, est un personnage de Dickens, un petit voleur qui aide Oliver Twist dans le roman du m\u00eame nom. En donnant ce sobriquet aux membres du groupe, MacLaren se place dans la position de Fagin, le coordonnateur de la bande de voleur, r\u00e9crivant ainsi l\u2019histoire du jeune orphelin opprim\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 victorienne. Ce faisant, le g\u00e9rant investit les Sex Pistol de l\u2019espoir que porte l\u2019histoire du jeune gar\u00e7on, soit l\u2019espoir de quitter la position de moins que rien dans la soci\u00e9t\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e anglaise. Le punk s\u2019\u00e9loigne de plus en plus de ses racines noires au d\u00e9tour des ann\u00e9es 80 en prenant des tendances plus nihilistes. Cette d\u00e9rive du politique au nihilisme est illustr\u00e9e \u00e0 m\u00eame la discographie des Sex Pistols. Lanc\u00e9 en 1976, <em>Anarchy in the U.K.<\/em> (Sex Pistols, 1976) annonce l\u2019anarchie qui doit in\u00e9vitablement venir et propose un plan d\u2019action, ou, comme le dit McLaren : \u00ab a statement of self-rule, of do-it-yourself \u00bb (Stratton, 2007, p. 128). Quand seulement un an plus tard ils lancent <em>God save the Queen<\/em>, cet esprit contestataire se dissipe au profit d\u2019un d\u00e9sabusement et d\u2019un d\u00e9tachement comme en t\u00e9moignent les paroles : \u00ab\u00a0God save the Queen her fascist regime\/ There is no future in England\u2019s dreaming\u00a0\u00bb (Sex Pistols, 1977). Les Sex Pistols s\u2019attaquent \u00e0 la monarchie, symbole ultime de leur ali\u00e9nation, sans pouvoir promettre un retour ou une solution comme le feront les musiciens de reggae ou comme ils le faisaient eux-m\u00eames un an auparavant. Plus le punk devient punk, tel qu\u2019on le con\u00e7oit aujourd\u2019hui dans son esth\u00e9tique nihiliste et d\u00e9sabus\u00e9e, plus il s\u2019\u00e9loigne des groupes qui l\u2019ont influenc\u00e9 et l\u2019ont l\u00e9gitim\u00e9. Ceux qui restent plus proche de leur influence jama\u00efcaine, cr\u00e9ent des sous-genres qui se d\u00e9tacheront peu \u00e0 peu de la sous-culture punk.<\/p>\n<p>En fait, malgr\u00e9 leur opposition marqu\u00e9e \u00e0 la monarchie et leur esprit contestataire, Ruth Adams affirme que les Sex Pistols trouvaient mieux leur place dans la tradition anglaise qu\u2019ils ne le pensaient\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The Pistols themselves are presented less as menaces to society than the inheritors of the English music hall tradition [\u2026]. The Pistols, it is stressed, were working in the tradition of English, working-class musical theatre, not rock and roll, which was\u2014like other undesirable rogue elements such as heroin, Nancy Spungen, and a uniform of black leather jackets\u2014an American import (Adams, p. 471).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En plus de d\u00e9colorer leurs racines noires, soit de se d\u00e9laisser de tout ce qu\u2019ils avaient voulu prendre \u00e0 la culture jama\u00efcaine, les premiers punks s\u2019ancrent dans une imagerie et une tradition typiquement anglaise\u00a0: s\u2019ils entretiennent un rapport ambivalent envers l\u2019ethnicit\u00e9, c\u2019est d\u2019abord envers leur propre origine. Leur volont\u00e9 de quitter le territoire et de d\u00e9construire la culture britannique est claire, tant dans leurs chansons que dans les documentaires, mais n\u2019ayant nulle part o\u00f9 aller, ils n\u2019ont d\u2019autres choix que de convoquer le seul imaginaire qu\u2019ils connaissent, soit l\u2019imaginaire anglais. Johnny Rotten dira d\u2019ailleurs \u00e0 ce sujet: \u00ab We declared war to England without even meaning to\u2026 \u00bb (Temple, 2002). Cette position flottante entre un pays dont ils s\u2019inspirent, mais qu\u2019ils voudraient voir changer, est peut-\u00eatre ce qui causa leur perte apr\u00e8s seulement deux ann\u00e9es d\u2019activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Il convient de se questionner sur la place que prend la sous-culture punk apr\u00e8s la chute des Sex Pistols. Avec la postmodernit\u00e9, Hall souligne qu\u2019il existe toujours un espace donn\u00e9 pour ces sous-cultures contestataires, mais celles-ci se trouvent plut\u00f4t \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la culture dominante, dans un espace r\u00e9gi par celle-ci. D\u2019ailleurs, cette r\u00e9cup\u00e9ration et cette marchandisation de la marge par la culture dominante ne plairait pas aux jeunes qui ont agit en tant que pionniers dans le ph\u00e9nom\u00e8ne des sous-cultures. Ils r\u00e9pondraient probablement que la contestation ne s\u2019ach\u00e8te pas et qu\u2019une fois qu\u2019elle est produite \u00e0 la chaine, une sous-culture cesse d\u2019exister. D\u2019ailleurs, les membres des Sex Pistols d\u00e9plorent ce qui est advenu de la sous-culture punk, traitant leurs successeurs et leurs fans de \u00ab fake \u00bb ou de \u00ab sheep \u00bb (Temple, 2002). Pour eux, l\u2019id\u00e9e \u00e9tait d\u2019\u00eatre original et de ne pas laisser la soci\u00e9t\u00e9 leur dicter leur fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, bref de r\u00e9sister. Ils diront d\u2019ailleurs que s\u2019ils n\u2019avaient pas cr\u00e9\u00e9 le mouvement, ils n\u2019auraient pas eu les moyens d\u2019y participer. Ils n\u2019auraient jamais eu assez d\u2019argent pour avoir le bon look.<\/p>\n<p>Il ne rel\u00e8ve pas du hasard que les jeunes punks aient arrim\u00e9 leur sous-culture \u00e0 une certaine appartenance au rastafari et \u00e0 la culture populaire noire. Les conditions d\u2019apr\u00e8s-guerre qui forcent une cohabitation plus \u00e9troite entre les nouveaux arrivants jama\u00efcains et les jeunes prol\u00e9taires facilitent la perm\u00e9abilit\u00e9 des identit\u00e9s mises de l\u2019avant par les sous-cultures juv\u00e9niles qui, de par leur position marginale, remettent en culture l\u2019h\u00e9g\u00e9monie dominante. Tax\u00e9s de l\u2019\u00e9tiquette de \u00ab\u00a0d\u00e9viants\u00a0\u00bb, les jeunes punks comparent le sentiment d\u2019exclusion qui en d\u00e9coule \u00e0 celui de leurs camarades jama\u00efcains, exil\u00e9s loin de leur noyau identitaire, l\u2019Afrique. Ainsi, la violence mise de l\u2019avant par les punks se veut une violence protectrice ou r\u00e9paratrice, visant \u00e0 corriger ce sentiment d\u2019\u00eatre exil\u00e9 \u00e0 m\u00eame leur terre natale. Autrement dit, le rapprochement entre le rastafari et le punk et l\u2019influence que le premier mouvement op\u00e8re sur le deuxi\u00e8me, se veut une l\u00e9gitimisation de la violence mise de l\u2019avant par les Sex Pistols, tant au plan spectaculaire par leur style plastique et artificiel, que par les gestes r\u00e9els. Par contre, m\u00eame si les musiciens du groupe iconique ont appris \u00e0 jouer aux contacts des jeunes noirs de leur quartier et qu\u2019ils partagent la position d\u00e9viante, exil\u00e9s en marge de la soci\u00e9t\u00e9, la position contestataire des Sex Pistols se d\u00e9veloppe \u00e0 la fois \u00e0 travers des r\u00e9f\u00e9rents culturels typiquement anglais et contre des probl\u00e8mes ou des conflits propres \u00e0 l\u2019Angleterre. Ainsi, en tentant d\u2019\u00e9tablir un parall\u00e8le blanc \u00e0 l\u2019identit\u00e9 rastafari, les Sex Pistols s\u2019ancrent plus profond\u00e9ment dans la culture anglaise, celle-ci m\u00eame dont ils se sentent exclus. Avec le temps, les Sex Pistols d\u00e9veloppent une esth\u00e9tique nihiliste et une violence qui semble puiser \u00e0 une incapacit\u00e9 \u00e0 se placer au sein de leur soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Adams, Ruth. 2008. \u00abThe Englishness of English Punk: Sex Pistols, Subcultures, and Nostalgia\u00bb, <em>Popular Music and Society<\/em>, Vol. 31, No. 4, p. 469-488.<\/p>\n<p>Becker, Howard S. 1985. <em>Outsiders, \u00c9tudes de la sociologie de la d\u00e9viance<\/em>, Paris, \u00c9ditions M\u00e9taili\u00e9, 248 p.<\/p>\n<p>Dickens, Charles. 2005. <em>Oliver Twist<\/em>, traduit de l\u2019anglais par Michel Laporte, Paris, Hachette, 347\u00a0p.<\/p>\n<p>Hall, Stuart et Jefferson, Tony (dir. Publ.). 1976. <em>Resistance Through Rituals\u00a0: Youth Subcultures in Post-war Britain<\/em>, London, Hutchinson Editions, 287 p.<\/p>\n<p>Hall, Stuart. 2007. <em>Identit\u00e9s et culture\u00a0: politiques des cultural studies<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 327 p.<\/p>\n<p>Hebdige, Dick. 2008. <em>Sous-culture\u00a0: le sens du style<\/em>, Paris, \u00c9ditons La D\u00e9couverte, Zones, 156 p.<\/p>\n<p>Kambas, Chryssoula. 1984. \u00ab\u00a0Walter Benjamin lecteur des \u00ab\u00a0Reflexions sur la violence\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, <em>Cahiers George Sorel<\/em>, Vol. 2, No. 2. pp. 71-89.<\/p>\n<p>Stratton, Jon. 2007. \u00abPunk, Jews, and the Holocaust-The English Story\u00bb <em>Shofar: An Interdisciplinary Journal of Jewish Studies<\/em>, Vol. 25, No. 4, \u00e9t\u00e9 2007, p. 124- 149.<\/p>\n<h2>Filmographie<\/h2>\n<p>Temple, Julien. 2002. <em>Filth and Fury<\/em>, Film Four, 108 min.<\/p>\n<h2>Musicographie<\/h2>\n<p>Sex Pistols. 1976. <em>Anarchy in the U.K.<\/em> &#8211; Single CD \u2013 EMI.<\/p>\n<p>Sex Pistols. 1977.<em> God Save the Queen<\/em> &#8211; Single CD \u2013 Virgin Records.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_c25n0e8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_c25n0e8\">[1]<\/a> Genre filmique qui documente le parcours d\u2019une figure rock et qui fait un retour dans les ann\u00e9es 2000 aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p id=\"footnote2_63d0ixx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_63d0ixx\">[2]<\/a> Le Renard, en traduction fran\u00e7aise, est le petit orphelin qui int\u00e8gre Oliver Twist \u00e0 la bande de voleurs.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lafleur, Maude. 2014. \u00ab Race et classe dans le mouvement punk des ann\u00e9es 1970 en Grande-Bretagne: r\u00e9sistance et violence chez les Sex Pistols \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Violence et culture populaire \u00bb, n\u00b019, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/lafleur-19&gt; (Consult\u00e9\u00a0le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lafleur-19.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lafleur-19.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-248343a3-5e6f-41f5-a6f3-d3d470b1f680\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lafleur-19.pdf\">lafleur-19<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lafleur-19.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-248343a3-5e6f-41f5-a6f3-d3d470b1f680\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Violence et culture populaire \u00bb, n\u00b019 La marginalit\u00e9 provoque une attitude ambivalente chez le reste d\u2019une population qui associe rapidement marginalit\u00e9 avec violence et criminalit\u00e9. Dans le champ des cultural studies, la question de la marge met en lumi\u00e8re les relations de pouvoir entre les diff\u00e9rents groupes culturels. Ce n\u2019est pas un hasard si [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1241,1239],"tags":[203],"class_list":["post-5545","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-reflets-angles-morts","category-violence-et-culture-populaire","tag-lafleur-maude"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5545","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5545"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5545\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9001,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5545\/revisions\/9001"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5545"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5545"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5545"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}