{"id":5556,"date":"2024-06-13T19:48:23","date_gmt":"2024-06-13T19:48:23","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/elocutio-du-corps-exile\/"},"modified":"2024-09-04T17:41:30","modified_gmt":"2024-09-04T17:41:30","slug":"elocutio-du-corps-exile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5556","title":{"rendered":"Elocutio du corps exil\u00e9"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6889\">Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020<\/a><\/h5>\n<p>Le pr\u00e9sent article interroge la pr\u00e9sence de la nation au travers des repr\u00e9sentations des corps dans deux romans de l&rsquo;exil, \u00e9crits suite \u00e0 l&rsquo;installation de la dictature en Argentine. Ainsi, consid\u00e9rant que \u00ab\u00a0l&rsquo;espace des mises en jeu du corps, o\u00f9 se lit, [\u2026], l&#8217;empreinte des contraintes collectives, s&rsquo;offre [\u2026] \u00e0 \u00e9clairer le fonctionnement du monde social\u00a0\u00bb (Granger, 2012, 14), le corps, dans un contexte d\u2019exil, devient alors, reprenant l&rsquo;id\u00e9e de Claire Perrin, support charnel de l&rsquo;\u00e9nonciation (Perrin, 2006, 9). \u00c9tant donn\u00e9 que \u00ab\u00a0le pouvoir s&rsquo;est avanc\u00e9 dans le corps, [et qu&rsquo;] il se trouve expos\u00e9 dans le corps m\u00eame\u00a0\u00bb (Foucault, 1975, 3), comme le propose Michel Foucault, la perception que les dictatures ont de celui-ci est \u00e0 prendre en compte dans notre lecture. En effet, quelle autre image que celle du corps pourrait repr\u00e9senter au mieux l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;horreur inflig\u00e9e par la dictature? Celle-ci a toujours consid\u00e9r\u00e9 le corps comme \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la terreur. Cela se manifeste de plusieurs mani\u00e8res\u00a0: elle renie le corps-ennemi, elle le fait prisonnier, elle le torture, elle le viole, elle le drogue puis le jette dans l&rsquo;oc\u00e9an, elle le contraint \u00e0 s&rsquo;exiler ou encore elle en vole les prog\u00e9nitures. L&rsquo;individu consid\u00e9r\u00e9 comme adversaire, entrave \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre du r\u00e9gime dictatorial, n&rsquo;a plus sa place dans la nation; il n&rsquo;est qu&rsquo;une enveloppe charnelle qu&rsquo;il faut \u00e9vincer\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref1_9todsst\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l'\u00eatre humain n'aime pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 son corps \" href=\"#footnote1_9todsst\">[1]<\/a>. Les \u00e9crivaines choisies pour cette \u00e9tude profitent de l&rsquo;espace litt\u00e9raire pour offrir de nouveau une place \u00e0 ces corps-victimes car si les corps disparaissent, les mots, eux, restent. Notons aussi que lettres et corps sont intimement li\u00e9s, puisque tous deux sont des \u00ab\u00a0conducteurs de sens\u00a0\u00bb (Dumouli\u00e9 et Riaudel, 2008, 10)\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref2_b5w13nh\" class=\"see-footnote\" title=\"Citons par ailleurs cette r\u00e9flexion tr\u00e8s int\u00e9ressante: \u00ab\u00a0Mais comme [le corps] joint deux domaines h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, la chair\/la langue, la nature\/la culture, il est d'abord et originairement un corps traducteur\u00a0\u00bb (Dumouli\u00e9 et Riaudel, 2008, 10).\" href=\"#footnote2_b5w13nh\">[2]<\/a>. Tandis que l&rsquo;un r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;imaginaire, l&rsquo;autre d\u00e9voile le r\u00e9el. De plus, ces deux supports s&rsquo;imbriquent\u00a0: le corps donne forme aux \u00e9crits et inversement.<\/p>\n<p><em>La sombra del jard\u00edn<\/em>\u00a0de Cristina Siscar, publi\u00e9 en 1999, et\u00a0<em>Informe de Par\u00eds<\/em>\u00a0de Paula Wajsman, datant de 1990\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref3_zexco3j\" class=\"see-footnote\" title=\"Aucun des deux romans n'a \u00e9t\u00e9 traduit vers le fran\u00e7ais. Leurs titres signifient respectivement \u00ab\u00a0L'ombre du jardin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Rapport de Paris\u00a0\u00bb.\" href=\"#footnote3_zexco3j\">[3]<\/a>, ont toutes deux \u00e9t\u00e9 \u00e9crites par des auteures argentines exil\u00e9es en France durant la dictature qui a terrass\u00e9 leur pays de 1976 \u00e0 1983. Dans les deux cas, les \u00e9crivaines font appel au genre de l&rsquo;autofiction pour poser la question de l&rsquo;identit\u00e9 en reconstruction chez les individus exil\u00e9s. Toutes deux mettent en sc\u00e8ne des protagonistes souffrant d\u2019une perte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, \u00e9voluant dans des lieux similaires et empruntant des trajectoires semblables. Dans\u00a0<em>La sombra del Jard\u00edn<\/em>\u00a0nous suivons le parcours \u00ab\u00a0errant\u00a0\u00bb d\u2019une Argentine anonyme, surnomm\u00e9e\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>, qui a choisi la France comme pays d\u2019accueil. Elle int\u00e8gre une troupe de th\u00e9\u00e2tre,\u00a0<em>Imago Mundi<\/em>, qui rassemble des personnages de diverses origines. L\u2019histoire d\u00e9bute \u00e0 Paris et raconte \u2013 avec peu de d\u00e9tails quant au pass\u00e9 du personnage principal \u2013 la qu\u00eate d\u2019un \u00ab\u00a0<em>Ithaque<\/em>\u00a0perdu\u00a0\u00bbIthaque renvoie \u00e0 la mythologie grecque\u00a0: Ulysse, roi de cette \u00eele, conna\u00eet nombres d&rsquo;aventures suite \u00e0 la Guerre de Troie, pour revenir sur ses terres et retrouver son \u00e9pouse P\u00e9n\u00e9lope., une initiation au d\u00e9racinement dans un cadre naturel. Dans\u00a0<em>Informe de Par\u00eds<\/em>, nous d\u00e9couvrons une jeune femme argentine de la \u00ab\u00a0<em>jet lumpen<\/em>\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref4_6ofxe0t\" class=\"see-footnote\" title=\"La\u00a0jet lumpen\u00a0fait \u00e9cho \u00e0 la\u00a0jet set, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s que cette premi\u00e8re rassemble des individus venant de milieux modestes; le terme allemand\u00a0lumpen\u00a0est utilis\u00e9 par Marx pour d\u00e9signer des gens qui appartiennent au prol\u00e9tariat de par leur condition mat\u00e9rielle mais qui n'ont pas de conscience de classe.\" href=\"#footnote4_6ofxe0t\">[4]<\/a>, anonyme mais surnomm\u00e9e principalement\u00a0<em>Princesa<\/em>, exil\u00e9e en France et se retrouvant avec d\u2019autres compatriotes. La majeure partie du roman se d\u00e9roule dans la capitale fran\u00e7aise, au sein de laquelle s\u2019op\u00e8re la d\u00e9mystification de cet espace urbain<a id=\"footnoteref5_n6clorp\" class=\"see-footnote\" title=\"Face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, le d\u00e9sir, l'imaginaire du nouveau lieu d'attache, s'\u00e9vanouit. Voir \u00e0 ce propos la partie \u00ab\u00a0Renversement des mythes\u00a0\u00bb dans la th\u00e8se\u00a0Les romans de la perte en Argentine, Orianne Guy, Universit\u00e9 Rennes\u00b02: 403.f.dactyl.\" href=\"#footnote5_n6clorp\">[5]<\/a>. Toutefois, le lecteur apprend dans le discours du narrateur que la protagoniste s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e dans le Sud de la France et dans d\u2019autres pays du continent europ\u00e9en. Les deux femmes exil\u00e9es vivent sur un mode de fonctionnement marginal\u00a0: tandis que\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0\u00e9volue au sein d\u2019un milieu artistique, cela durant la premi\u00e8re partie du r\u00e9cit, et s\u2019entoure d\u2019\u00e9trangers autres qu\u2019argentins,\u00a0<em>Princesa<\/em>\u00a0vit de la drogue au sein d\u2019un groupe rassemblant d\u2019autres exil\u00e9s venant de son pays. De ce fait, l\u2019\u00e9criture de Cristina Siscar se construit sur la po\u00e9tique et la symbolique, tandis que celle de Paula Wajsman refl\u00e8te la dure r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un r\u00e9seau souterrain, d\u2019une condition de vie pr\u00e9caire.<\/p>\n<p>Les protagonistes se trouvent dans une situation o\u00f9 l&rsquo;Autre a une place importante dans le processus de leurs reconstructions respectives. Or, si l\u2019on adh\u00e8re aux dimensions ontologiques de l\u2019existence propos\u00e9es par Jean-Paul Sartre, le premier contact avec autrui se situe au niveau du \u00ab\u00a0corps observ\u00e9\u00a0\u00bb, pouvant \u00eatre alors accept\u00e9 comme le premier lieu de parole\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref6_9aa05wz\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00c0 ce sujet, voir\u00a0: Sartre, 1943. Les trois dimensions ontologiques propos\u00e9es sont les suivantes: j'existe mon corps, mon corps est utilis\u00e9 et connu par autrui, j'existe pour moi comme connu par autrui \u00e0 titre de corps.\" href=\"#footnote6_9aa05wz\">[6]<\/a>. Celui-ci interagit avec autrui et ne prend forme et sens que si l\u2019Autre en prend conscience. Il en r\u00e9sulte que l&rsquo;individu prend connaissance de son corps puis l&rsquo;accepte. Il nous semble int\u00e9ressant d&rsquo;analyser le rapport que les personnages principaux entretiennent avec l&rsquo;image de leurs corps. Nous aurons l&rsquo;occasion d&rsquo;observer que, les socles identitaires souffrant d&rsquo;un \u00ab\u00a0\u00e9clatement\u00a0\u00bb \u2013 en l&rsquo;occurrence celui de l&rsquo;exil \u2013, les personnages f\u00e9minins se font \u00e9chos, au travers de leurs corps et de la d\u00e9structuration de la soci\u00e9t\u00e9. Le corps, dans les deux cas, fait figure de m\u00e9tonymie de l&rsquo;identit\u00e9 collective.<\/p>\n<h2>1. Le corps-prisonnier de la dictature au-del\u00e0 des fronti\u00e8res<\/h2>\n<h3>1.1. La politique de la terreur<\/h3>\n<p>Venues d\u2019un pays o\u00f9 r\u00e8gnent la dictature et sa politique de terreur, les protagonistes manifestent de l&rsquo;inqui\u00e9tude dans leur quotidien. Dans\u00a0<em>La sombra del jard\u00edn\u00a0<\/em>ainsi que dans\u00a0<em>Informe de Par\u00eds<\/em>, on observe quelques indices r\u00e9v\u00e9lant leur sentiment de parano\u00efa. La crainte omnipr\u00e9sente d\u2019\u00eatre l\u2019objet de la torture ou de la mort met les personnages dans une situation de p\u00e9ril. Malgr\u00e9 la distance qui les s\u00e9pare du r\u00e9gime dictatorial, les jeunes femmes restent toujours en alerte, se m\u00e9fient d\u2019embl\u00e9e d\u2019autrui. Ce sentiment d\u2019inqui\u00e9tude est bas\u00e9 sur l\u2019incertitude\u00a0et les protagonistes se rendent compte de leur vuln\u00e9rabilit\u00e9. Jean-Paul Sartre analyse cette position de faiblesse comme \u00e9tant la preuve de l\u2019existence du corps, facilement attaquable, dans l\u2019espace\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref7_xa7lfsn\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Ce que je saisis imm\u00e9diatement lorsque j\u2019entends craquer les branches derri\u00e8re moi, ce n\u2019est pas qu\u2019il y a quelqu\u2019un, c\u2019est que je suis vuln\u00e9rable, que j\u2019ai un corps qui peut \u00eatre bless\u00e9, que j\u2019occupe une place et que je ne puis, en aucun cas, m\u2019\u00e9vader de l\u2019espace o\u00f9 je suis sans d\u00e9fense, bref que je suis vu. Ainsi, le regard est d\u2019abord un interm\u00e9diaire qui renvoie de moi \u00e0 moi-m\u00eame\u00a0\u00bb (Sartre, 1943, 305).\" href=\"#footnote7_xa7lfsn\">[7]<\/a>Dans\u00a0<em>La sombra del jard\u00edn<\/em>, l\u2019instance narrative utilise les verbes \u00ab\u00a0acechar\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref8_ulyq14d\" class=\"see-footnote\" title=\"Ce terme signifie \u00ab\u00a0guetter\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais.\" href=\"#footnote8_ulyq14d\">[8]<\/a>ou encore \u00ab\u00a0espiar\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref9_64yiy2t\" class=\"see-footnote\" title=\"Celui-ci se traduit \u00ab\u00a0par \u00e9pier\u00a0\u00bb.\" href=\"#footnote9_64yiy2t\">[9]<\/a>\u00a0qui rel\u00e8vent directement de l\u2019espionnage, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019observation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et cach\u00e9e. Croyant qu\u2019on lui tend un pi\u00e8ge, que des hommes sont venus pour la capturer,\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e\u00a0<\/em>exprime un sentiment de crainte. Cette r\u00e9action r\u00e9v\u00e8le la parano\u00efa qui hante la jeune femme hors des fronti\u00e8res argentines. L\u2019exil ouvre les voies \u00e0 la libert\u00e9 physique; il n\u2019en reste pas moins que la peur g\u00e9n\u00e9r\u00e9e auparavant et donc appartenant au domaine du pass\u00e9, de l\u2019\u00ab\u00a0all\u00e1\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref10_di0biaa\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0l\u00e0-bas\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote10_di0biaa\">[10]<\/a>, poursuit la personne dans le pr\u00e9sent, l\u2019\u00ab\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref11_dxz1xub\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0ici\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote11_dxz1xub\">[11]<\/a>. L\u2019imaginaire de la pers\u00e9cution devient alors un outil de la terreur, faisant fi de l\u2019espace-temps et s\u2019ins\u00e9rant insidieusement dans les r\u00e9flexes des \u00ab\u00a0pers\u00e9cut\u00e9s\u00a0\u00bb. En ce qui concerne\u00a0<em>Informe de Par\u00eds<\/em>,\u00a0<em>Princesa<\/em>\u00a0sait qu\u2019en France elle ne sera pas arr\u00eat\u00e9e arbitrairement. On d\u00e9couvre dans certains passages un sentiment de suspicion\u00a0: les personnages exil\u00e9s ont gard\u00e9 certaines habitudes de protection qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient forg\u00e9es pendant la dictature. Nous pouvons lire \u00e0 deux reprises le substantif \u00ab\u00a0conspiradores\u00a0\u00bb. De plus, le lecteur d\u00e9couvre que Paris regorge d\u2019\u00ab\u00a0espions de la mode\u00a0\u00bb ou encore que la concierge de l\u2019immeuble o\u00f9 loge\u00a0<em>Princesa<\/em>\u00a0est pay\u00e9e justement pour \u00ab\u00a0\u00e9pier\u00a0\u00bb les va-et-vient journaliers. L\u2019atmosph\u00e8re de secret va plus loin que ce succinct aper\u00e7u de la vie quotidienne \u00e0 Paris\u00a0: elle entre jusque dans l\u2019appartement de\u00a0<em>Princesa<\/em>, qui doit taire un projet aupr\u00e8s de ses colocataires.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9actions appartiennent d\u00e9sormais au domaine du naturel, car les forces arm\u00e9es ont r\u00e9ussi \u00e0 semer la terreur au-del\u00e0 d\u2019un cadre spatio-temporel pr\u00e9cis et \u00e0 \u00ab\u00a0tatouer\u00a0\u00bb mentalement les \u00ab\u00a0subversifs\u00a0\u00bb de leur sceau. Le sentiment de parano\u00efa appara\u00eet l\u00e9gitime lorsqu\u2019on connait les pi\u00e8ges que les para-policiers argentins r\u00e9ussissent \u00e0 tendre jusqu\u2019en Europe pour r\u00e9cup\u00e9rer les rebelles. En effet, le Plan Condor ne s\u2019est pas limit\u00e9 aux fronti\u00e8res des pays sous le joug totalitaire pour pourchasser les rebelles; il poursuit les exil\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de ces limites. Dans\u00a0<em>Informe de Par\u00eds<\/em>, l\u2019auteure fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des faits r\u00e9els qui se sont produits dans des groupes de d\u00e9fense des droits de l\u2019Homme<a id=\"footnoteref12_4epoqd6\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous pensons alors au lieutenant de fr\u00e9gate argentin, Alfredo Astiz, surnomm\u00e9 l\u2019\u00ab\u00a0Ange blond de la mort\u00a0\u00bb, qui avait r\u00e9ussi \u00e0 infiltrer le Centre Argentin d\u2019Information et de Solidarit\u00e9 (C.A.I.S.) au sein duquel il trouvait ses prochaines victimes parmi tous les opposants au r\u00e9gime totalitaire argentin. \u00c0 ce sujet, voir l\u2019ouvrage de Tristan Mend\u00e8s-France, 2003,\u00a0http:\/\/homepage.mac.com\/tristanmf\/ASTIZ\/page1.html, consult\u00e9 le 19\/09\/11.\" href=\"#footnote12_4epoqd6\">[12]<\/a>. Gr\u00e2ce \u00e0 de multiples exemples, elle parvient \u00e0 convaincre que la parano\u00efa des personnages exil\u00e9s est bien fond\u00e9e. Malgr\u00e9 leur d\u00e9part, leur exil en terres lointaines, outre-Atlantique, les met toujours face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de leur pays. Le r\u00e9gime les poursuit au-del\u00e0 des fronti\u00e8res et impose sa menace.<\/p>\n<p>Nous avons pu observer \u00e0 quel point l\u2019omnipr\u00e9sence du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et l\u2019apparition de la parano\u00efa envahissent le quotidien des deux protagonistes. Pourtant face \u00e0 une situation similaire, les deux personnages r\u00e9agissent de mani\u00e8res diff\u00e9rentes. Tandis que\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0arrive \u00e0 se d\u00e9tacher de sa position de faiblesse et se met \u00e0 \u00e9pier davantage ceux qui l&rsquo;entourent,\u00a0<em>Princesa<\/em>, de son c\u00f4t\u00e9, doute de tout et n&rsquo;a plus confiance en personne. L\u2019imaginaire de la terreur est inscrit dans le comportement des personnages exil\u00e9s en pr\u00e9sence.<\/p>\n<h3>1.2. La torture et les disparitions<\/h3>\n<p>Le rapport que la dictature entretient avec les corps-ennemis, tortur\u00e9s, an\u00e9antis, entra\u00eene chez les personnages une nouvelle repr\u00e9sentation du corps, voire de leurs propres corps. De son c\u00f4t\u00e9,\u00a0<em>Princesa<\/em>\u00a0semble se \u00ab\u00a0d\u00e9s-approprier\u00a0\u00bb son corps, elle le consid\u00e8re comme un outil qui exprime les sensations pr\u00e9sentes et v\u00e9cues. Il n\u2019est qu\u2019une enveloppe charnelle. Sa vision du corps est repr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019un de ses dessins affich\u00e9s au mur de sa cuisine\u00a0: la jeune Argentine ne cr\u00e9e pas un corps de toute pi\u00e8ce, elle r\u00e9invente un corps \u00e0 partir de sch\u00e9mas anatomiques. Le r\u00e9sultat est pour le moins \u00e9trange puisqu\u2019il comporte des morceaux disloqu\u00e9s, plac\u00e9s \u00e0 des endroits incongrus. Cette \u0153uvre repr\u00e9sente d\u2019une part l\u2019absence d\u2019identit\u00e9 (corps d\u2019un mort anonyme \u00e9tudi\u00e9 parmi tant d\u2019autres) et d\u2019autre part la d\u00e9sarticulation de l\u2019\u00eatre (ici le corps est \u00ab\u00a0remodelable\u00a0\u00bb). Ce corps d\u00e9membr\u00e9 rappelle le terme \u00ab\u00a0amputados\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref13_h80c1xk\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0amput\u00e9s\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote13_h80c1xk\">[13]<\/a>\u00a0employ\u00e9 par Rub\u00e9n Bareiro Saguier (Bareiro Saguier, 1989, 22) ainsi que le cauchemar de\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0qui revoit en r\u00eaves des bouts du corps de son amie\u00a0<em>Lina<\/em>\u00a0tomber du ciel. Le d\u00e9membrement est pr\u00e9sent dans les deux textes et rappelle implicitement le sort r\u00e9serv\u00e9 aux Argentins rebelles. Tant le psychisme que le corps tortur\u00e9 sont disloqu\u00e9s, an\u00e9antis.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9,<em>\u00a0Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0est un \u00eatre ind\u00e9fini, nominativement et physiquement. Elle n\u2019est qu\u2019une ombre, ne laisse pas d\u2019empreintes et semble inconsistante. D&rsquo;apr\u00e8s les termes employ\u00e9s par le narrateur, la protagoniste serait \u00ab\u00a0transparente\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0une ombre absente qui se glisse parmi les ombres\u00a0\u00bb. Sa voix est \u00ab\u00a0lointaine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0anonyme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le reflet de son visage se d\u00e9compose sous les gouttes d\u2019eau\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e\u00a0<\/em>serait alors une\u00a0<em>chose<\/em>, un objet fa\u00e7onn\u00e9, sans vie, qui se laisse manipuler telle une poup\u00e9e. Toutefois, le lecteur peut remarquer quelques passages du livre o\u00f9 la femme prend forme. Le corps de cette derni\u00e8re semble prendre vie lorsque ceux qui l&rsquo;entourent la regardent ou lors de relations charnelles avec des personnages masculins. Ainsi, on d\u00e9couvre cette \u00ab\u00a0mise en consistance\u00a0\u00bb de\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0d\u00e8s la troisi\u00e8me page du roman, quand un homme la d\u00e9visage dans le m\u00e9tro parisien\u00a0: \u00ab\u00a0Se daba vuelta y me miraba con tanta persistencia que mi cuerpo empez\u00f3 a modelarse dentro de la ropa\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref14_oo6ry6s\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Il se retournait et me regardait avec tant de persistance que mon corps commen\u00e7a \u00e0 se modeler dans mes v\u00eatement\u00a0\u00bb, la traduction est la n\u00f4tre.\" href=\"#footnote14_oo6ry6s\">[14]<\/a>\u00a0(Siscar, 1999, 11). Cette revalorisation de\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0lui permet d&rsquo;occuper une place en tant qu\u2019individu apr\u00e8s avoir connu le d\u00e9ni de l\u2019\u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb dans une dictature.<\/p>\n<p>Notons que, dans une sc\u00e8ne o\u00f9 la protagoniste prend \u00ab\u00a0consistance\u00a0\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 son ami\u00a0<em>Iv\u00e1n<\/em>, le terme employ\u00e9 pour d\u00e9signer le fait de sortir de la pi\u00e8ce \u2013 \u00ab\u00a0desaparecer\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref15_86sari2\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0dispara\u00eetre\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote15_86sari2\">[15]<\/a>\u00a0(Siscar, 1999, 76) \u2013 renvoie encore une fois aux disparitions, omnipr\u00e9sentes dans le texte, rappelant le sort inflig\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 30\u00a0000 Argentins. Ici, le roman permet la r\u00e9apparition des individus disparus dans l\u2019imaginaire du lecteur; l\u2019\u00e9criture donne une place \u00e0 l\u2019oubli et aux corps reni\u00e9s.<\/p>\n<h2>2. Un peuple qui cherche \u00e0 \u00eatre entendu<\/h2>\n<h3>2.1. Le discours du corps \u00e9rotique<\/h3>\n<p>Outre le regard, l\u2019\u00e9ros permet \u00e0 la jeune femme de\u00a0<em>La sombra del jard\u00edn<\/em>\u00a0de prendre forme. D\u2019apr\u00e8s N\u00e9stor Ponce, cette \u00e9criture du corps \u00ab\u00a0\u00e9rotique\u00a0\u00bb transpara\u00eet dans plusieurs textes narrant l\u2019exil\u00a0: \u00ab\u00a0En varios textos de la di\u00e1spora, el contacto f\u00edsico, el amor con el \u201cotro extranjero\u201d sirve para acercar a los errantes y les permite que encuentren un medio para romper el silencio\u00a0\u00bb (Ponce, 2011, 189-190)<a id=\"footnoteref16_f4399im\" class=\"see-footnote\" title=\"Voici notre traduction de cet extrait : \u00ab\u00a0Dans plusieurs textes de la diaspora, le contact physique, l'amour avec l'\" href=\"#footnote16_f4399im\">[16]<\/a>. Le contact physique est lui aussi un passage-langage qui rompt les fronti\u00e8res-silence avec autrui. Ainsi, quand\u00a0<em>Gniag\u00e1<\/em>, membre de la troupe, touche la peau de la protagoniste ou lui enfile ses collants tout en la caressant,\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0se rend compte de l\u2019existence de sa chair, de son corps, de sa pr\u00e9sence dans l\u2019espace et donc de son existence\u00a0(Siscar, 1999, 38). Le narrateur emploie le terme \u00ab\u00a0modelar\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref17_oliwihy\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0modeler\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote17_oliwihy\">[17]<\/a>\u00a0pour traduire la mise en valeur de la protagoniste\u00a0: le personnage principal est \u00ab\u00a0une chose\u00a0\u00bb que l\u2019on peut transformer, mettre en forme \u00e0 sa guise. C\u2019est une sorte de r\u00e9ification de\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0qui l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 de par son surnom. Le contact physique devient une preuve d\u2019existence, ce qui renvoie de nouveau aux corps des disparus : qu\u2019est-il advenu de ces \u00eatres? Comment mettre un terme\/mot \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 absente?<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue physique, c\u2019est une voie sans issue, un \u00e9chec,\u00a0car\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0n\u2019est rel\u00e9gu\u00e9e qu\u2019au statut de personnage-objet qui n\u2019existe qu\u2019au travers d\u2019autrui ou de la fiction. Elle trouve enfin un recours plus \u00e0 m\u00eame de r\u00e9v\u00e9ler sa v\u00e9ritable teneur lorsqu\u2019elle rencontre\u00a0<em>Lucio<\/em>. S\u2019\u00e9tablit entre eux un rapport platonique, impos\u00e9 par la jeune femme argentine.\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0pr\u00e9f\u00e8re ne plus offrir son corps \u00e0 autrui pour \u00e9viter d\u2019en ressortir comme avant, c\u2019est-\u00e0-dire inexistante. La parole prend le dessus sur le rapport au corps et se l\u2019approprie\u00a0: le mot dit le corps, la souffrance, et donne une forme \u00e0 l\u2019absence. La protagoniste a trouv\u00e9 sa place dans cette partie discursive du r\u00e9cit. Ce changement de comportement conforte l&rsquo;effet de consistance qui n\u2019existait pas auparavant, car elle a avec\u00a0<em>Lucio<\/em>\u00a0un r\u00f4le d\u2019\u00e9metteur actif, et non d\u2019auditeur passif. Par trois fois dans le texte, nous remarquons que, lors de ses rencontres, la jeune femme n\u2019est consid\u00e9r\u00e9e que pour sa pr\u00e9sence en tant que r\u00e9ceptrice de discours. Avant la rencontre avec\u00a0<em>Lucio<\/em>, le narrateur associait la jeune Argentine \u00e0 une \u00ab\u00a0paire d\u2019oreilles\u00a0\u00bb, un bout de corps \u00ab\u00a0r\u00e9cepteur\u00a0\u00bb (57, 119, 133).\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>\u00a0permettait aux autres de confirmer leur existence et non l\u2019inverse. Dans la joute verbale, elle a dor\u00e9navant tout autant sa place que son interlocuteur; elle existe car elle est prise en consid\u00e9ration par autrui tout comme\u00a0<em>Lucio<\/em>\u00a0existe car il est \u00e9cout\u00e9 par\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em>. Cette consid\u00e9ration de l&rsquo;individu rappelle le d\u00e9sir du peuple argentin d&rsquo;\u00eatre entendu qui n&rsquo;a eu de cesse de d\u00e9noncer les violences inflig\u00e9es dans son pays durant la dictature.<\/p>\n<p>En ce qui concerne\u00a0<em>Princesa<\/em>, son corps, qui prend vie au rythme du son et investit l\u2019espace de l\u2019Autre, est reconnu aussi gr\u00e2ce \u00e0 la relation charnelle<a id=\"footnoteref18_069oj48\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Par la s\u00e9duction, je vise \u00e0 me constituer comme un plein d\u2019\u00eatre et \u00e0 me faire\u00a0reconna\u00eetre comme tel. Pour cela je me constitue en objet signifiant\u00a0\u00bb (Sartre, 1943, 421).\" href=\"#footnote18_069oj48\">[18]<\/a>. Paula Wajsman \u00e9crit le corps \u00ab\u00a0\u00e9rotique\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref19_9yq6t07\" class=\"see-footnote\" title=\"Cf. Guy, 2011, 250.\" href=\"#footnote19_9yq6t07\">[19]<\/a>. D\u2019une part, il est un espace de plaisir permettant la reconnaissance aupr\u00e8s de l\u2019Autre, mais il est aussi le lieu exprimant le sentiment d\u2019amour. La jeune femme conna\u00eet nombre d\u2019aventures qui illustrent son besoin de se sentir exister.<\/p>\n<h2>2.2. Existence du corps<\/h2>\n<p>Le corps doit non seulement \u00eatre entendu, ressenti, mais il sert aussi de r\u00e9ponse \u00e0 ces disparitions\u00a0: il doit vivre et \u00eatre vu. La musique se retrouve partout o\u00f9 va\u00a0<em>Princesa<\/em>. Le son ainsi que la danse p\u00e9n\u00e8trent le corps et lui donnent vie. Contrairement \u00e0 Cristina Siscar qui choisit de mettre le silence au centre de son \u0153uvre romanesque en faisant appel \u00e0 la peinture et autres repr\u00e9sentations visuelles, Paula Wajsman privil\u00e9gie le son, mis en valeur par la musique.\u00a0<em>Princesa<\/em>\u00a0profite d\u2019\u00eatre sur la capitale pour sortir dans les lieux \u00e0 la mode et donner vie \u00e0 son corps. C\u2019est le moment o\u00f9 la jeune femme et ses amis revivent et font exprimer leurs corps, autrement inertes dans l\u2019appartement.<\/p>\n<p>Enfin,\u00a0<em>Princesa<\/em>\u00a0se \u00ab\u00a0d\u00e9s-approprie\u00a0\u00bb son corps et on peut le remarquer lorsqu&rsquo;elle utilise celui-ci \u00e0 des fins p\u00e9cuniaires. Ainsi, la jeune femme est appel\u00e9e \u00e0 travailler dans le domaine de la mode. Pour accompagner les sujets dans leurs mouvements, le photographe qui la fait travailler cr\u00e9e une ambiance jazzy, un rythme sensuel. Pendant le\u00a0<em>shooting<\/em>, la protagoniste retrouve la cadence vive d\u2019une danse argentine\u00a0: la milonga<a id=\"footnoteref20_bixgbpf\" class=\"see-footnote\" title=\"La milonga est un genre musical n\u00e9 dans la Pampa argentine. Elle appara\u00eet \u00e0 partir du milieu du\u00a0XIXe\u00a0si\u00e8cle\u00a0dans les faubourgs de\u00a0Buenos Aires\u00a0et m\u00e9lange deux genres\u00a0: le\u00a0candombe\u00a0afro-argentin (work song\u00a0rythm\u00e9 que chantent les esclaves noirs africains) et la\u00a0habanera\u00a0cubaine.\" href=\"#footnote20_bixgbpf\">[20]<\/a>.\u00a0<em>Princesa\u00a0<\/em>prend plaisir \u00e0 travailler ainsi, car les corps sont en harmonie avec la musique. De plus, la repr\u00e9sentation photographique justifie la pr\u00e9sence de l\u2019objet, ici le corps de\u00a0<em>Princesa<\/em>. Le personnage est reconnu et son image peut se diffuser dans l\u2019espace et dans le temps\u00a0: son corps s\u2019inscrit dans une \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation de la m\u00e9moire\u00a0\u00bb (Barthes, 1980,\u00a0119-121).<\/p>\n<h2>3. Une nation d\u00e9structur\u00e9e<\/h2>\n<h2>3.1. Corps meurtris\/Nation scind\u00e9e<\/h2>\n<p>Parall\u00e8lement au corps aim\u00e9 et reconnu par l\u2019Autre, les romans \u00e0 l\u2019\u00e9tude pr\u00e9sentent \u00e9galement des corps meurtris, en l&rsquo;occurrence par la drogue. En effet, dans\u00a0<em>Informe de Par\u00eds<\/em>, les substances ing\u00e9r\u00e9es deviennent, au fil des pages, le mal grandissant qui s\u2019\u00e9tend dans l\u2019entourage de la protagoniste et prend des formes de plus en plus violentes corporellement. Ici se pose la question de la fuite de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: la drogue, comme l\u2019imaginaire, propose une illusion accueillante. Par la consommation de drogue,\u00a0<em>Princesa<\/em>\u00a0teste les limites de son corps qu\u2019elle ne reconna\u00eet plus comme refuge de l\u2019\u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb, mais qu\u2019elle con\u00e7oit plut\u00f4t comme un support d\u2019exp\u00e9rimentations. Le corps, v\u00e9hicule de l\u2019exp\u00e9rience, devient prisonnier de la repr\u00e9sentation de son histoire mais aussi de la drogue. La preuve en est faite \u00e0 l\u2019occasion de son rendez-vous pour int\u00e9grer une revue de mode. En effet, le corps de\u00a0<em>Princesa\u00a0<\/em>n\u2019est plus sous son contr\u00f4le mais sous celui de la coca\u00efne. La \u00ab\u00a0d\u00e9s-appropriation\u00a0\u00bb est ici \u00e0 son apog\u00e9e. Les amis de la protagoniste, soumis \u00e0 cette toxicomanie, ont quitt\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9, mentalement et physiquement. La jeune femme compare cette situation \u00e0 une \u00ab\u00a0mode sinistre\u00a0\u00bb. De nouveau, tout n\u2019est que repr\u00e9sentation du mal dans le corps et fait au corps. La consommation incite \u00e0 l\u2019auto-destruction du corps (\u00ab\u00a0destrozarlo\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref21_0ysna20\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0le briser\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote21_0ysna20\">[21]<\/a>). La protagoniste compare cette d\u00e9pendance au g\u00e9nocide qui se trame en Argentine; le rappel de la mort v\u00e9cue \u00ab\u00a0l\u00e0-bas\u00a0\u00bb et l\u2019exp\u00e9rience de la mort \u00ab\u00a0ici\u00a0\u00bb la rendent consciente de la fragilit\u00e9 du corps, de son corps. Ce refus d\u2019accepter son propre corps pourrait dissimuler un besoin de s\u2019effacer. Certains des exil\u00e9s argentins n\u2019ont pas accept\u00e9 que les uns meurent alors qu\u2019eux sont rest\u00e9s en vie. Pourquoi ces destins? Pourquoi tel individu-corps et non cet autre? Serait-ce l\u00e0 une cons\u00e9quence autopunitive que celle d\u2019oublier son corps, le renier? La victime ayant souffert mais dont le corps est encore en vie pense compenser le manque de l&rsquo;autre disparu et l\u2019injustice en souffrant l\u2019an\u00e9antissement de son propre corps. La culpabilit\u00e9 et l\u2019impuissance face au destin peuvent engendrer un tel comportement o\u00f9 l\u2019individu devient le seul ma\u00eetre \u00e0 juger ce qu\u2019il faut faire pour et avec son corps.<\/p>\n<p>Enfin, ces corps en d\u00e9placements perp\u00e9tuels (Nord-Sud; qu\u00eate d&rsquo;une Ithaque perdue; voyages en Europe), \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de leur exil, tendent \u00e0 repr\u00e9senter la scission de la nation\u00a0: les uns restent tandis que les autres partent. Les exil\u00e9s vivent ainsi une vie parall\u00e8le \u00e0 celle de leurs compatriotes. Cette marginalit\u00e9 se retrouve \u00e9galement dans le contexte dans lequel \u00e9voluent quotidiennement les jeunes femmes\u00a0: une troupe itin\u00e9rante pour\u00a0<em>Miss Poup\u00e9e<\/em><a id=\"footnoteref22_j9yj4wy\" class=\"see-footnote\" title=\"Un article a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 la th\u00e9matique de l'errance. Cf. Guy, 2013.\" href=\"#footnote22_j9yj4wy\">[22]<\/a>\u00a0et le milieu de la drogue en ce qui concerne\u00a0<em>Princesa.<\/em>\u00a0Les protagonistes des romans sont certes en marge de la soci\u00e9t\u00e9, mais elles sont aussi en marge de leurs corps qu\u2019elles ne s\u2019approprient plus, laiss\u00e9s au seul jugement de l\u2019Autre (regard, sensualit\u00e9, \u00e9ros, travail, argent). Dans cette perspective, le corps n\u2019est qu\u2019une image dans la relation \u00e0 l\u2019Autre, un moyen de prouver l\u2019existence.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rant le corps comme support visible de la m\u00e9moire individuelle, le lecteur est alors en pr\u00e9sence d&rsquo;un substrat identitaire bien plus profond\u00a0: celui d&rsquo;un moment tragique de l&rsquo;histoire argentine, la dictature qui dura de 1976 \u00e0 1983. Le corps fictif appara\u00eet comme un vecteur de la souffrance collective de la nation et il refl\u00e8te notre mani\u00e8re d\u2019exploiter notre histoire. De plus, il investit l\u2019espace d\u2019autrui qui nous conna\u00eet alors en fonction de ce corps \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb qui nous \u00e9chappe<a id=\"footnoteref23_dpwcec8\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Ainsi mon corps ne se donne pas simplement comme le v\u00e9cu pur et simple\u00a0: mais ce v\u00e9cu m\u00eame, dans et par le fait contingent et absolu de l\u2019existence d\u2019autrui, se prolonge dehors dans une dimension de fuite qui m\u2019\u00e9chappe\u00a0\u00bb (Sartre, 1943, 402).\" href=\"#footnote23_dpwcec8\">[23]<\/a>. Or, l\u2019histoire n\u2019est qu\u2019un ensemble de repr\u00e9sentations usant de la m\u00e9moire\u00a0: le corps en devient le langage, reprenant ici les termes d\u2019Octavio Paz (Paz, 1997, 119). La r\u00e9ciproque est vraie\u00a0: le langage po\u00e9tique peut donner forme au corps. Cette perception du \u00ab\u00a0corps dans le texte\u00a0\u00bb est notable dans les r\u00e9cits \u00e9tudi\u00e9s. Les auteures utilisent le support litt\u00e9raire qui repr\u00e9sente les cons\u00e9quences des affres de la dictature et de l\u2019exil qui s\u2019en est suivi. Nous avons ainsi pu observer que Cristina Siscar et Paula Wajsman donnent corps \u00e0 la souffrance de la nation argentine au travers du discours du corps fictif. Nous avons relev\u00e9 le\u00a0<em>corps-prisonnier<\/em>\u00a0de la dictature au-del\u00e0 des fronti\u00e8res, mais aussi un\u00a0<em>corps-peuple<\/em>\u00a0qui cherche \u00e0 \u00eatre entendu, consid\u00e9r\u00e9 comme entit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re, et enfin le corps de la nation d\u00e9structur\u00e9e, scind\u00e9e. Le corps \u00e9crit par Cristina Siscar est mati\u00e8re ou inconsistance, c\u2019est-\u00e0-dire repr\u00e9sentation de l\u2019Un et de son an\u00e9antissement. Celui d\u00e9crit par Paula Wajsman est un espace d\u2019expressions, celui du mal et de l\u2019amour.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Bareiro Saguier, Rub\u00e9n. 1989. \u00ab\u00a0Escritura y exilio\u00a0\u00bb<em>.\u00a0<\/em><em>Novela y exilio: entorno a Mario Benedetti, Jos\u00e9 Donoso, Daniel Moyano.\u00a0<\/em>pp.\u00a017-23.<\/p>\n<p>Barthes, Roland. 1980.<em>\u00a0La chambre claire. Note sur la photographie<\/em>. Paris: Gallimard, 200\u00a0p.<\/p>\n<p>Dumouli\u00e9, Camille et Riaudel, Michel. 2008. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb.<em>\u00a0Le corps et ses traductions<\/em>, sous la direction de Camille Dumouli\u00e9 et Michel Riaudel, Paris: \u00c9ditions Desjonqu\u00e8res,\u00a0166\u00a0p.<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 1975. \u00ab\u00a0Pouvoir et corps\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Quel corps?<\/em>, n\u00b0\u00a02, pp.\u00a02-5.<\/p>\n<p>Granger, Christophe. 2012. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb.<em>\u00a0Histoire par corps: chair, posture, charisme<\/em>, sous la direction de Christophe Granger. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 159\u00a0p.<\/p>\n<p>Guy, Orianne. 2011.\u00a0<em>Les romans de la perte en Argentine:<\/em>\u00a0<em>La sombra del jard\u00edn de Cristina Siscar (1999) et Informe de Par\u00eds de Paula Wajsman (1990)<\/em>. 403\u00a0f.dactyl. Th\u00e8se: Universit\u00e9 Rennes\u00a02.<\/p>\n<p>Guy, Orianne. 2013. \u00ab\u00a0L&rsquo;espace de l&rsquo;exil dans\u00a0<em>La sombra del jard\u00edn<\/em>\u00a0de Cristina Siscar\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Amerika<\/em>\u00a0[En ligne] &lt;\u00a0<a href=\"http:\/\/amerika.revues.org\/4464\">http:\/\/amerika.revues.org\/4464<\/a>\u00a0&gt;<\/p>\n<p>Marzano, Michela. 2013.<em>\u00a0Philosophie du corps<\/em>. Paris: Presses universitaires de France, 127\u00a0p.<\/p>\n<p>Mendes-France, Tristan. 2003.\u00a0<em>Gueule d\u2019ange<\/em>. Paris: Favre, 176\u00a0p.<\/p>\n<p>Paz, Octavio. 1997.\u00a0<em>El Mono Gram\u00e1tico<\/em>. Barcelona: Seix Barral Planeta, 168\u00a0p.<\/p>\n<p>Perrin, Claire. 2006. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Corps et t\u00e9moignage<\/em>: actes du colloque tenu \u00e0 la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen, 25-27 octobre 2004 \/ publi\u00e9s sous la direction de Claire Perrin, Universit\u00e9 de Caen Basse-Normandie. Caen: Presses universitaires de Caen, 243\u00a0p.<\/p>\n<p>Ponce, N\u00e9stor. 2011.\u00a0<em>Memorias y cicatrices. Estudios sobre literatura latinoamericana contempor\u00e1rea<\/em>. Veracruz: Universidad veracruzana, 304\u00a0p.<\/p>\n<p>Sartre, Jean-Paul. 1943.<em>\u00a0L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant<\/em>. Paris: Gallimard, 692\u00a0p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_9todsst\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_9todsst\">[1]<\/a> \u00ab\u00a0De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;aime pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 son corps \u00ab\u00a0abjecte\u00a0\u00bb. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il cherche \u00e0 s&rsquo;en \u00e9loigner et \u00e0 sublimer sa mat\u00e9rialit\u00e9. Les tortionnaires et les r\u00e9gimes totalitaires le savent bien: pour dominer, soumettre et an\u00e9antir l&rsquo;homme, il faut le r\u00e9duire \u00e0 son corps, l&rsquo;attacher \u00e0 ses besoins, emp\u00eacher que la pens\u00e9e puisse \u00e9merger. La douleur extr\u00eame, la fatigue, la faim, le manque de sommeil affaiblissent non seulement le corps, mais l&rsquo;homme dans sa totalit\u00e9. Le corps martyris\u00e9 prend le dessus et s&rsquo;impose. Rien d&rsquo;autre n&rsquo;existe. Seule la souffrance corporelle compte.\u00a0\u00bb, (Marzano, 2013,\u00a092).<\/p>\n<p id=\"footnote2_b5w13nh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_b5w13nh\">[2]<\/a> Citons par ailleurs cette r\u00e9flexion tr\u00e8s int\u00e9ressante: \u00ab\u00a0Mais comme [le corps] joint deux domaines h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, la chair\/la langue, la nature\/la culture, il est d&rsquo;abord et originairement un corps traducteur\u00a0\u00bb (Dumouli\u00e9 et Riaudel, 2008, 10).<\/p>\n<p id=\"footnote3_zexco3j\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_zexco3j\">[3]<\/a> Aucun des deux romans n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 traduit vers le fran\u00e7ais. Leurs titres signifient respectivement \u00ab\u00a0L&rsquo;ombre du jardin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Rapport de Paris\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote4_6ofxe0t\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_6ofxe0t\">[4]<\/a> La\u00a0<em>jet lumpen\u00a0<\/em>fait \u00e9cho \u00e0 la\u00a0<em>jet set<\/em>, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s que cette premi\u00e8re rassemble des individus venant de milieux modestes; le terme allemand\u00a0<em>lumpen\u00a0<\/em>est utilis\u00e9 par Marx pour d\u00e9signer des gens qui appartiennent au prol\u00e9tariat de par leur condition mat\u00e9rielle mais qui n&rsquo;ont pas de conscience de classe.<\/p>\n<p id=\"footnote5_n6clorp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_n6clorp\">[5]<\/a> Face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, le d\u00e9sir, l&rsquo;imaginaire du nouveau lieu d&rsquo;attache, s&rsquo;\u00e9vanouit. Voir \u00e0 ce propos la partie \u00ab\u00a0Renversement des mythes\u00a0\u00bb dans la th\u00e8se\u00a0<em>Les romans de la perte en Argentine<\/em>, Orianne Guy, Universit\u00e9 Rennes\u00b02: 403.f.dactyl.<\/p>\n<p id=\"footnote6_9aa05wz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_9aa05wz\">[6]<\/a> \u00c0 ce sujet, voir\u00a0: Sartre, 1943. Les trois dimensions ontologiques propos\u00e9es sont les suivantes: j&rsquo;existe mon corps, mon corps est utilis\u00e9 et connu par autrui, j&rsquo;existe pour moi comme connu par autrui \u00e0 titre de corps.<\/p>\n<p id=\"footnote7_xa7lfsn\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_xa7lfsn\">[7]<\/a> \u00ab\u00a0Ce que je saisis imm\u00e9diatement lorsque j\u2019entends craquer les branches derri\u00e8re moi, ce n\u2019est pas qu\u2019il y a quelqu\u2019un, c\u2019est que je suis vuln\u00e9rable, que j\u2019ai un corps qui peut \u00eatre bless\u00e9, que j\u2019occupe une place et que je ne puis, en aucun cas, m\u2019\u00e9vader de l\u2019espace o\u00f9 je suis sans d\u00e9fense, bref que je suis vu. Ainsi, le regard est d\u2019abord un interm\u00e9diaire qui renvoie de moi \u00e0 moi-m\u00eame\u00a0\u00bb (Sartre, 1943, 305).<\/p>\n<p id=\"footnote8_ulyq14d\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_ulyq14d\">[8]<\/a> Ce terme signifie \u00ab\u00a0guetter\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p id=\"footnote9_64yiy2t\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_64yiy2t\">[9]<\/a> Celui-ci se traduit \u00ab\u00a0par \u00e9pier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote10_di0biaa\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_di0biaa\">[10]<\/a> \u00ab\u00a0l\u00e0-bas\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote11_dxz1xub\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_dxz1xub\">[11]<\/a> \u00ab\u00a0ici\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote12_4epoqd6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_4epoqd6\">[12]<\/a> Nous pensons alors au lieutenant de fr\u00e9gate argentin, Alfredo Astiz, surnomm\u00e9 l\u2019\u00ab\u00a0Ange blond de la mort\u00a0\u00bb, qui avait r\u00e9ussi \u00e0 infiltrer le Centre Argentin d\u2019Information et de Solidarit\u00e9 (C.A.I.S.) au sein duquel il trouvait ses prochaines victimes parmi tous les opposants au r\u00e9gime totalitaire argentin. \u00c0 ce sujet, voir l\u2019ouvrage de Tristan Mend\u00e8s-France, 2003,\u00a0<a href=\"http:\/\/homepage.mac.com\/tristanmf\/ASTIZ\/page1.html\">http:\/\/homepage.mac.com\/tristanmf\/ASTIZ\/page1.html<\/a>, consult\u00e9 le 19\/09\/11.<\/p>\n<p id=\"footnote13_h80c1xk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_h80c1xk\">[13]<\/a> \u00ab\u00a0amput\u00e9s\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote14_oo6ry6s\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref14_oo6ry6s\">[14]<\/a> \u00ab\u00a0Il se retournait et me regardait avec tant de persistance que mon corps commen\u00e7a \u00e0 se modeler dans mes v\u00eatement\u00a0\u00bb, la traduction est la n\u00f4tre.<\/p>\n<p id=\"footnote15_86sari2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref15_86sari2\">[15]<\/a> \u00ab\u00a0dispara\u00eetre\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote16_f4399im\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref16_f4399im\">[16]<\/a> Voici notre traduction de cet extrait : \u00ab\u00a0Dans plusieurs textes de la diaspora, le contact physique, l&rsquo;amour avec l'\u00a0\u00bbautre \u00e9tranger\u00a0\u00bb sert \u00e0 rapprocher les personnes errantes et cela leur permet de trouver un moyen de rompre le silence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote17_oliwihy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref17_oliwihy\">[17]<\/a> \u00ab\u00a0modeler\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote18_069oj48\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref18_069oj48\">[18]<\/a> \u00ab\u00a0Par la s\u00e9duction, je vise \u00e0 me constituer comme un plein d\u2019\u00eatre et \u00e0 me faire\u00a0<em>reconna\u00eetre comme tel<\/em>. Pour cela je me constitue en objet signifiant\u00a0\u00bb (Sartre, 1943, 421).<\/p>\n<p id=\"footnote19_9yq6t07\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref19_9yq6t07\">[19]<\/a> Cf. Guy, 2011, 250.<\/p>\n<p id=\"footnote20_bixgbpf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref20_bixgbpf\">[20]<\/a> La milonga est un genre musical n\u00e9 dans la Pampa argentine. Elle appara\u00eet \u00e0 partir du milieu du\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/XIXe_si%C3%A8cle%20%20XIXe%20si%8Fcle\">XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<\/a>\u00a0dans les faubourgs de\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Buenos_Aires\">Buenos Aires<\/a>\u00a0et m\u00e9lange deux genres\u00a0: le\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Candombe\">candombe<\/a>\u00a0afro-argentin (<em>work song<\/em>\u00a0rythm\u00e9 que chantent les esclaves noirs africains) et la\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Habanera\">habanera<\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cuba%20%20Cuba\">cubaine<\/a>.<\/p>\n<p id=\"footnote21_0ysna20\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref21_0ysna20\">[21]<\/a> \u00ab\u00a0le briser\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote22_j9yj4wy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref22_j9yj4wy\">[22]<\/a> Un article a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 la th\u00e9matique de l&rsquo;errance. Cf. Guy, 2013.<\/p>\n<p id=\"footnote23_dpwcec8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref23_dpwcec8\">[23]<\/a> \u00ab\u00a0Ainsi mon corps ne se donne pas simplement comme le v\u00e9cu pur et simple\u00a0: mais ce v\u00e9cu m\u00eame, dans et par le fait contingent et absolu de l\u2019existence d\u2019autrui, se prolonge dehors dans une dimension de fuite qui m\u2019\u00e9chappe\u00a0\u00bb (Sartre, 1943, 402).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Guy, Orianne. 2014. \u00ab Elocutio du corps exil\u00e9\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5556 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx ).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/guy-20.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 guy-20.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-24bbbdcc-3fb8-4c52-8000-b9fffccff119\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/guy-20.pdf\">guy-20<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/guy-20.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-24bbbdcc-3fb8-4c52-8000-b9fffccff119\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020 Le pr\u00e9sent article interroge la pr\u00e9sence de la nation au travers des repr\u00e9sentations des corps dans deux romans de l&rsquo;exil, \u00e9crits suite \u00e0 l&rsquo;installation de la dictature en Argentine. 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