{"id":5558,"date":"2024-06-13T19:48:23","date_gmt":"2024-06-13T19:48:23","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-contrat-dans-paradis-cle-en-main-et-un-homme-et-son-peche\/"},"modified":"2024-09-04T17:32:07","modified_gmt":"2024-09-04T17:32:07","slug":"le-contrat-dans-paradis-cle-en-main-et-un-homme-et-son-peche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5558","title":{"rendered":"Le contrat dans \u00ab Paradis, cl\u00e9 en main \u00bb et \u00ab Un homme et son p\u00e9ch\u00e9 \u00bb"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6889\">Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020<\/a><\/h5>\n<p>La nation est un concept dont la d\u00e9finition ne fait pas toujours consensus; toutefois, on s\u2019entend g\u00e9n\u00e9ralement pour dire qu\u2019elle correspond \u00e0 un ensemble d\u2019individus conscients de leur identit\u00e9 culturelle et historique particuli\u00e8re, vivant sur un territoire d\u00e9limit\u00e9, soumis aux m\u00eames lois, rassembl\u00e9s autour de valeurs morales ou religieuses communes. \u00c0 ces caract\u00e9ristiques pourrait s\u2019ajouter l\u2019institution de r\u00e8gles qui dictent les \u00e9changes de biens et de services au sein d\u2019un groupe donn\u00e9\u00a0: la nation est aussi fond\u00e9e sur des modalit\u00e9s qui r\u00e9gissent l\u2019activit\u00e9 humaine et les interactions entre individus.<\/p>\n<p>Les mod\u00e8les dominants qui structurent les \u00e9changes dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine sont principalement r\u00e9gul\u00e9s par l\u2019\u00c9tat, le march\u00e9 et le tiers secteur. Ce sont ces mod\u00e8les qui serviront de point de d\u00e9part \u00e0 l\u2019analyse de quelques relations contractuelles d\u00e9peintes dans les romans qu\u00e9b\u00e9cois\u00a0Paradis, cl\u00e9 en main\u00a0de Nelly Arcan et\u00a0Un homme et son p\u00e9ch\u00e9\u00a0de Claude-Henri Grignon. Cette \u00e9tude des deux \u0153uvres m\u00e8nera \u00e0 une interpr\u00e9tation du corps comme lieu de transgression des cat\u00e9gories qui cloisonnent les diverses sph\u00e8res sociales.<\/p>\n<h2>Au c\u0153ur du tiers secteur\u00a0: le r\u00e9seau<\/h2>\n<p>Le sociologue Jacques T. Godbout explique que le tiers secteur se distingue de l\u2019\u00c9tat et du march\u00e9 par son mode de fonctionnement\u00a0: le r\u00e9seau. En effet, l\u2019\u00c9tat et le march\u00e9 sont des appareils, puisque, \u00e9tant \u00ab\u00a0fond\u00e9s sur une\u00a0rupture\u00a0entre producteurs et usagers\u00a0\u00bb (Godbout, 2000, 10), ils m\u00e9diatisent le rapport entre les individus. Cette m\u00e9diation de l\u2019\u00e9change par les appareils constitue la norme depuis le XVIIIe\u00a0si\u00e8cle, car la notion de libert\u00e9 moderne va de pair avec la valeur accord\u00e9e \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et aux droits individuels. Est libre celui ou celle qui peut choisir sans cons\u00e9quences d\u2019entrer dans une relation ou de la quitter, ou encore de choisir en quels termes sa participation \u00e0 l\u2019\u00e9change se fera \u2013 la d\u00e9mocratie \u00e9tant une variante collective de ce principe. Les \u00e9changes sont modalis\u00e9s en vertu des valeurs d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de justice en ce qui concerne l\u2019\u00c9tat, et de r\u00e9ciprocit\u00e9 ou d\u2019int\u00e9r\u00eat dans le cadre du rapport marchand.<\/p>\n<p>En contrepartie, dans le r\u00e9seau, \u00ab\u00a0l\u2019individu est imbriqu\u00e9 dans de nombreux liens o\u00f9 se tissent des obligations multiples\u00a0\u00bb (11). Le lien entre individus doit \u00eatre maintenu puisque c\u2019est en lui que r\u00e9side la valeur de ce qui est \u00e9chang\u00e9. Le geste lui-m\u00eame est porteur de sens, car il affirme l\u2019importance de la contribution \u00e0 la collectivit\u00e9. Godbout observe que dans le don, la relation intersubjective prend la forme d\u2019un endettement mutuel positif, c\u2019est-\u00e0-dire que les acteurs ressentent l\u2019impression\u00a0simultan\u00e9e\u00a0d\u2019avoir re\u00e7u plus qu\u2019ils ont donn\u00e9. L\u2019impossibilit\u00e9 math\u00e9matique de ce sentiment r\u00e9v\u00e8le la valeur qualitative plut\u00f4t que quantitative de l\u2019objet d\u2019\u00e9change. Godbout postule que le sens du don se trouve dans \u00ab\u00a0le refus du rapport instrumental \u00e0 autrui\u00a0\u00bb (120); il s\u2019opposerait ainsi au fonctionnement de l\u2019appareil, qui instrumentalise le rapport \u00e0 autrui afin de prot\u00e9ger le droit \u00e0 l\u2019identit\u00e9 individuelle. Recevoir met donc en danger l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019individu, qui doit accepter une hybridation de son identit\u00e9, \u00ab\u00a0contamin\u00e9e\u00a0\u00bb par celle du donneur et par la charge symbolique ajout\u00e9e \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le don se joue au c\u0153ur d\u2019une zone liminaire o\u00f9 chaque agent de la relation doit accepter de s\u2019engager, o\u00f9 les fronti\u00e8res maintenues entre les sph\u00e8res sociales se trouvent brouill\u00e9es, et o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 individuelle est mise en danger avant de subir une transformation. Il s\u2019apparente ainsi au rite de passage, dont la deuxi\u00e8me \u00e9tape, telle qu\u2019identifi\u00e9e par l\u2019ethnologue Arnold Van Gennep, consiste en une phase de marginalisation au cours de laquelle l\u2019individu transgresse les fronti\u00e8res entre les cat\u00e9gories fig\u00e9es, avant de revenir au groupe muni d\u2019une identit\u00e9 qui s\u2019est confirm\u00e9e par l\u2019exp\u00e9rience des contraires\u00a0<a id=\"footnoteref1_qy53uyt\" class=\"see-footnote\" title=\"Van Gennep expose le r\u00e9sultat de ses recherches dans son livre\u00a0Les rites de passage\u00a0(1981).\" href=\"#footnote1_qy53uyt\">[1]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>La signature, trace du corps\u00a0: entre l\u2019\u00e9criture et l\u2019oralit\u00e9<\/h2>\n<p>L\u2019opposition entre le fonctionnement des appareils comme l\u2019\u00c9tat et le march\u00e9 et celui du tiers secteur se superpose \u00e0 celle que l\u2019on retrouve entre la pens\u00e9e \u00e9crite et la pens\u00e9e orale. En effet, l\u2019outil principal des appareils \u00e9tatique et marchand est le contrat \u00e9crit. Alors que \u00ab\u00a0les cultures orales sont tributaires de la m\u00e9moire et de la dur\u00e9e de vie du t\u00e9moin oculaire\u00a0\u00bb (Goody, 1986, 147), la permanence du contenu \u00e9crit dans le contrat assure aux acteurs de l\u2019\u00e9change que leur relation sera limit\u00e9e \u00e0 ce sur quoi ils se sont entendus, leur garantissant une ind\u00e9pendance et une libert\u00e9 plus difficile \u00e0 obtenir dans les soci\u00e9t\u00e9s orales. Dans celles-ci, la possibilit\u00e9 de r\u00e9interpr\u00e9tation par le t\u00e9moin est beaucoup plus grande, notamment en raison du contexte, de ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme moral ou immoral par la coutume, et de la relation, de nature possiblement fluctuante, entre les acteurs et le t\u00e9moin. Or, si le contrat peut aujourd\u2019hui se passer d\u2019un t\u00e9moin vivant pour \u00eatre valide, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la signature, qui est entr\u00e9e en force comme signe d\u2019identit\u00e9 et de validit\u00e9 principal au m\u00eame moment que les appareils ont vu le jour, et qui, contrairement aux sceaux et aux cachets, donne la place d\u2019honneur \u00e0 l\u2019individualit\u00e9. Si, de l\u2019\u00e9poque romaine au XVIe\u00a0si\u00e8cle, l\u2019\u00e9crit a toujours accompagn\u00e9 le contrat oral, il ne l\u2019a toutefois jamais surpass\u00e9 en autorit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce que la signature lui permette de le faire en ajoutant \u00e0 l\u2019\u00e9crit la charge d\u2019oralit\u00e9 qu\u2019elle contient en tant que trace du corps pr\u00e9sent lors de l\u2019entente. Paradoxalement, puisque la signature repr\u00e9sente la pr\u00e9sence du t\u00e9moin, elle permet \u00e0 l\u2019\u00e9crit de se passer de lui\u00a0:\u00a0elle \u00ab\u00a0suppl\u00e9e effectivement \u00e0 la personne r\u00e9elle\u00a0\u00bb (152). Signe ambigu \u00e0 souhait, elle t\u00e9moigne de la pr\u00e9sence du corps et de la valeur du geste en m\u00eame temps qu\u2019elle ampute le texte du lien qu\u2019il entretenait auparavant avec le corps vivant\u00a0: le contrat ne d\u00e9pend plus de la dur\u00e9e de vie de son t\u00e9moin oculaire. Le texte est maintenant autonome.<\/p>\n<p>Il semble donc particuli\u00e8rement int\u00e9ressant de relever que les sc\u00e8nes contractuelles \u00e9tudi\u00e9es ici ne s\u2019articulent pas autour de la signature. Dans le roman de Nelly Arcan, l\u2019entente contractuelle se construit et se conclut sur le corps d\u2019Antoinette Beauchamp, la narratrice, plut\u00f4t que sur un document de papier. Les \u00e9tapes qu\u2019elle doit franchir pour acc\u00e9der au droit de conclure une entente de suicide avec la compagnie Paradis, cl\u00e9 en main commencent par des \u00e9preuves d\u2019endurance (Arcan, 2009, 53) au cours desquelles elle doit \u00ab\u00a0agir en soldat, en robot\u00a0\u00bb (57), c\u2019est-\u00e0-dire comme un \u00eatre sans libert\u00e9 de conscience; viennent ensuite les tests de sant\u00e9 perform\u00e9s sur elle alors qu\u2019elle est inconsciente, sans qu\u2019on lui ait demand\u00e9 son consentement (55); puis, avant de rencontrer le psychiatre, Antoinette passe un bon moment dans un bar de danseuses, qui sont des \u00ab\u00a0soldates de l\u2019amour dont l\u2019unique arme \u00e9tait leur corps\u00a0\u00bb (76), o\u00f9 elle engourdit ses sens en buvant plus que de raison; et enfin, derni\u00e8re \u00e9preuve, Antoinette remporte le droit d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0suicid\u00e9e\u00a0\u00bb par la compagnie au terme d\u2019une partie de poker qui se d\u00e9roule dans la cage d\u2019un zoo. Son adversaire et elle ne sont plus que des b\u00eates, que des corps, qui fonctionnent \u00e0 l\u2019instinct sous les cris de la m\u00e9nagerie, d\u00e9peinte comme une \u00ab\u00a0coalition animale\u00a0\u00bb (179). Apr\u00e8s toutes ces \u00e9preuves impos\u00e9es au corps, Antoinette \u00e9crira en une ligne s\u00e9par\u00e9e du corps du texte\u00a0: \u00ab\u00a0 Mon arr\u00eat de mort \u00e9tait sign\u00e9\u00a0\u00bb (193).<\/p>\n<p>Pourtant, il n\u2019y a eu nulle signature. Nulle part Antoinette Beauchamp n\u2019a-t-elle eu \u00e0 \u00e9crire son nom au bas d\u2019un contrat. C\u2019est que la signature n\u2019est pas n\u00e9cessaire quand le corps sert \u00e0 la fois de preuve et d\u2019objet d\u2019\u00e9change. Le corps, sa pulsion charnelle, constitue pour Antoinette le fondement de la vie sur Terre\u00a0: \u00ab\u00a0le sens de la vie, son origine, sa force d\u2019attraction, son ultime vis\u00e9e, \u00e9tait log\u00e9e dans le cul\u00a0\u00bb (75), dira-t-elle pendant son escale Chez Par\u00e9. Apr\u00e8s plusieurs verres, elle passera du sexe au sentiment, affirmant que \u00ab\u00a0c\u2019\u00e9tait l\u2019amour et rien d\u2019autre qui motivait les hommes et les femmes \u00e0 se marchander les uns les autres\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0les bars de danseuses \u00e9taient des lieux de [\u2026] don de soi, de fusion collective\u00a0\u00bb (76).<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, dans le roman\u00a0Un homme et son p\u00e9ch\u00e9, le corps et le contrat se trouvent tout aussi intimement li\u00e9s. La volupt\u00e9 physique n\u2019est certes pas un plaisir important dans la vie de S\u00e9raphin Poudrier, qui n\u2019a consomm\u00e9 son union avec sa femme, en qui il recherche \u00ab\u00a0la b\u00eate de travail beaucoup plus que la b\u00eate de plaisir\u00a0\u00bb (HSP, 26), que cette seule fois o\u00f9 il \u00ab\u00a0la poss\u00e9da brutalement\u00a0\u00bb (Grignon, 2008, 27). Il est bien connu que l\u2019avare cr\u00e9\u00e9 par Grignon ne jouit que de ses biens mat\u00e9riels, le champ lexical de l\u2019amour charnel, utilis\u00e9 sans restriction par l\u2019auteur, ne laissant aucun doute \u00e0 ce sujet : son argent, il le \u00ab\u00a0caresse\u00a0\u00bb (57) dans des \u00ab\u00a0sc\u00e8nes de volupt\u00e9\u00a0\u00bb qui le \u00ab\u00a0grisent de d\u00e9sir\u00a0\u00bb (48), ces \u00ab\u00a0supr\u00eames attouchements\u00a0\u00bb (35), il \u00ab\u00a0ne pouvait plus se retenir\u00a0\u00bb (35) devant \u00ab\u00a0sa jouissance\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0atteignait un paroxysme que ne connut jamais la luxure la plus parfaite\u00a0\u00bb (35), etc. En contrepoids de la chambre o\u00f9 il entrepose l\u2019objet de son d\u00e9sir dans des sacs d\u2019avoine, il y a, au premier \u00e9tage, cette vaste pi\u00e8ce du haut-c\u00f4t\u00e9 de la maison, cette \u00ab\u00a0chambre mortuaire qui avait servi \u00e0 trois g\u00e9n\u00e9rations de Poudrier\u00a0\u00bb (33) o\u00f9 se trouve un \u00ab\u00a0joli secr\u00e9taire en acajou [\u2026] renfermant des papiers de la plus haute importance\u00a0: billets, contrats, m\u00e9moires, formules l\u00e9gales, ch\u00e8ques, re\u00e7us, obligations\u00a0\u00bb (33). Dans cet endroit litt\u00e9ratien par excellence, le corps n\u2019est pr\u00e9sent qu\u2019\u00e0 deux moments\u00a0: l\u2019endettement et la mort, les visiteurs n\u2019\u00e9tant jamais que \u00ab\u00a0des endett\u00e9s, marchant au supplice ou \u00e0 la ruine\u00a0\u00bb (33). M. Lemont vient y emprunter cent dollars \u00e0 S\u00e9raphin pour payer la jeune fille qu\u2019il a engross\u00e9e; S\u00e9raphin le domine \u00e0 tous points de vue, financi\u00e8rement et moralement. Au moment o\u00f9 l\u2019emprunteur c\u00e8de au march\u00e9 s\u00e9v\u00e8re que m\u00e8ne S\u00e9raphin et qu\u2019il accepte les termes de l\u2019emprunt\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est correct, [\u2026] je vais signer votre papier\u00a0\u00bb (45), un coup de tonnerre se fait entendre et l\u2019orage \u00e9clate, rendant la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0plus lugubre que jamais, \u00e0 cause des t\u00e9n\u00e8bres, du cierge allum\u00e9 qui promenait sur les murs des lueurs de fun\u00e9railles\u00a0\u00bb (46). Comme Antoinette Beauchamp, il s\u2019agit d\u2019un arr\u00eat de mort que Lemont signera \u00ab\u00a0d\u2019une main moite\u00a0\u00bb (47).<\/p>\n<p>Et pourtant, ni Antoinette Beauchamp ni Lemont ne meurent. Le sc\u00e9nario suicidaire d\u2019Antoinette se conclura plut\u00f4t par un \u00e9chec\u00a0: la guillotine qui devait lui trancher le cou fera d\u00e9faut et la laissera parapl\u00e9gique. Ce sera la m\u00e8re d\u2019Antoinette qui mourra \u00e0 la fin du livre, alors que dans\u00a0Un homme et son p\u00e9ch\u00e9, c\u2019est bien entendu S\u00e9raphin qui p\u00e9rira dans le feu de sa maison lorsqu\u2019il s\u2019y pr\u00e9cipite pour tenter de sauver son argent.<\/p>\n<p>Si la signature est absente du contrat qui lie Antoinette et la compagnie Paradis, cl\u00e9 en main, c\u2019est parce que le corps de la narratrice constitue un lieu de transgression de la fronti\u00e8re entre le d\u00fb et le don. Sa m\u00e8re lui rend visite tous les jours, lui apporte ce dont elle a besoin, et tente de lui donner envie de revivre, de sortir de son lit malgr\u00e9 sa parapl\u00e9gie. Puis, un jour, sa m\u00e8re s\u2019absente; l\u2019inconcevable se produit alors\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a y est, je me suis r\u00e9concili\u00e9e avec ma nature gr\u00e9gaire, je suis pr\u00eate \u00e0 faire le grand saut de la r\u00e9insertion sociale, je suis pr\u00eate \u00e0 me jeter dans les bras ouverts du syst\u00e8me, parce que, pendant deux jours, [\u2026] le corps de ma m\u00e8re n\u2019a pas v\u00e9cu pour moi\u00a0\u00bb (Arcan, 2009, 160). Le manque fonctionne ici comme un moteur qui enclenche la participation au social, illustrant \u00e0 merveille le sch\u00e9ma de la dette que trace Godbout dans son essai sur le don. Antoinette s\u2019inqui\u00e8te de l\u2019absence de sa m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0En attendant le retour de ma m\u00e8re \u2013 si elle revient \u2013, je dois continuer, finir ce que j\u2019ai commenc\u00e9. Si elle est morte, et m\u00eame si elle ne l\u2019est pas, je le lui dois. On a tous une dette. La vie, c\u2019est une longue dette\u00a0\u00bb (166). La m\u00e8re revient, elle n\u2019est pas morte, mais ce n\u2019est qu\u2019un sursis; l\u2019intuition d\u2019Antoinette \u00e9tait la bonne, sa m\u00e8re souffre d\u2019une maladie qui la tuera en quelques jours. Mais ce qui importe, c\u2019est qu\u2019Antoinette a accept\u00e9 le risque que comporte le don\u00a0: pour assumer la dette, il faut accepter qu\u2019avec le don viendra une transformation identitaire. Godbout affirme que recevoir constitue une \u00ab\u00a0mise en p\u00e9ril de l\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb des receveurs qui craignent qu\u2019en contrepartie de la dette, \u00ab\u00a0on leur demande de ne plus \u00eatre eux-m\u00eames\u00a0: de devenir un peu le donneur.\u00a0[\u2026] Autrement dit, ils craignent une demande d\u2019objectivation d\u2019eux-m\u00eames et de rejet de leur identit\u00e9 \u00bb (Godbout, 2000, 134). Ici, c\u2019est la mort prochaine de la m\u00e8re, avec qui elle forme \u00ab\u00a0un couple de siamoises\u00a0\u00bb (Arcan, 2009, 21), qui fait d\u2019Antoinette quelqu\u2019un de vivant\u00a0: \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re va bient\u00f4t mourir et moi, j\u2019ai enfin envie de vivre. [\u2026] Ma dette n\u2019est pas honor\u00e9e, pas encore, je dois continuer \u00e0 parler, \u00e0 raconter\u00a0\u00bb (189). Parler, raconter, ce sont des gestes que l\u2019on pose dans un contexte d\u2019oralit\u00e9; or, Antoinette \u00e9crit son histoire, gr\u00e2ce \u00e0 un logiciel qui lui permet de projeter le texte sur le plafond au-dessus de son lit. C\u2019est en transmettant son histoire qu\u2019elle accomplira le rite du don, et qu\u2019elle transformera son endettement en une exp\u00e9rience positive.<\/p>\n<h2>L\u2019acceptation de la dette\u00a0: le d\u00fb devenu don<\/h2>\n<p>Cette dette envers sa m\u00e8re, Antoinette la refusait cat\u00e9goriquement \u00e0 la veille de son suicide, tel qu\u2019elle le lui \u00e9crit dans une lettre d\u2019adieu\u00a0: \u00ab\u00a0je ne t\u2019ai rien demand\u00e9. [\u2026] Je te pardonne de m\u2019avoir fait na\u00eetre\u00a0\u00bb (97). Lorsque la m\u00e8re vient la rejoindre et se couche avec elle pour ne plus se relever, Antoinette, pour la premi\u00e8re fois, \u00e9crit en sa pr\u00e9sence, sans \u00e9gard pour elle, et aussi en son honneur (210). Les contradictions ne s\u2019opposent plus; les deux femmes sont \u00e0 la fois corps et esprits, vie et mort, tour \u00e0 tour m\u00e8re et fille l\u2019une de l\u2019autre. Le d\u00fb devient don pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019Antoinette ne ressent pas le besoin de rendre, mais de transmettre, de donner \u00e0 son tour. Et ce qu\u2019elle donne, c\u2019est son histoire \u00e9crite, son histoire racont\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, l\u2019encre elle-m\u00eame r\u00e9siste \u00e0 l\u2019\u00e9criture de S\u00e9raphin Poudrier, \u00ab\u00a0comme si elle n\u2019e\u00fbt point voulu servir aux contrats malhonn\u00eates ou si durs que r\u00e9digeait d\u2019une main de fer l\u2019impitoyable pr\u00eateur\u00a0\u00bb (Grignon, 2008, 34). Une main de fer\u00a0: son corps est de m\u00e9tal et non de chair, tout comme \u00ab\u00a0son cerveau \u00e9tait devenu une machine qui enregistrait\u00a0\u00bb (57), comme le corps d\u2019Antoinette devenu robot, un automate qui cherche la mort et refuse la vie. Puisque son d\u00e9sir d\u2019argent est combl\u00e9, et qu\u2019il n\u2019en conna\u00eet nul autre, S\u00e9raphin ne ressent pas le besoin de participer \u00e0 la vie sociale\u00a0: \u00ab\u00a0Poudrier \u00e9tait un personnage, un homme puissant, terrible, que les habitants du pays craignaient, d\u00e9testaient souverainement et finissaient par respecter\u00a0\u00bb (115-116). S\u00e9raphin pr\u00e9f\u00e8re que les autres soient endett\u00e9s envers lui, craignant comme la peste le \u00ab\u00a0mauvais d\u00e9biteur qui voulait payer ses dettes\u00a0\u00bb (122). La dette n\u2019est pour lui qu\u2019un principe de pouvoir qui lui permet de dominer l\u2019autre; ainsi, il ne peut faire corps avec personne, pas m\u00eame avec les femmes qu\u2019il d\u00e9sire. Plut\u00f4t que de s\u2019unir \u00e0 l\u2019autre, l\u2019avare se scinde en deux au moment o\u00f9, comme un fou furieux, il croit s\u2019\u00eatre fait voler et cherche fr\u00e9n\u00e9tiquement son argent: \u00ab\u00a0Sur les murs son ombre se d\u00e9pla\u00e7ait, parfois m\u00eame le devan\u00e7ait, comme si un autre avare l\u2019e\u00fbt aid\u00e9 \u00e0 chercher l\u2019argent\u00a0\u00bb (125). La dette \u00e0 laquelle Poudrier soumet ses d\u00e9biteurs n\u2019a aucune chance de se transformer en d\u00e9sir de transmettre puisqu\u2019elle est utilis\u00e9e de fa\u00e7on d\u00e9ficiente non seulement en tant que principe de don, mais aussi sans \u00e9galit\u00e9 ni justice, sans r\u00e9ciprocit\u00e9, et sans aucun autre int\u00e9r\u00eat que le sien propre. Br\u00fbl\u00e9 par son d\u00e9sir, son corps finira consum\u00e9 dans le brasier de l\u2019incendie avec son argent, qui lui survivra cependant sous la forme fragile d\u2019une seule pi\u00e8ce d\u2019or trouv\u00e9e au creux de sa main, alors que son visage, m\u00e9connaissable, ne pr\u00e9sentera plus que des trous b\u00e9ants.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de relever que, dans la r\u00e9\u00e9criture de son \u0153uvre, Grignon a fait du mariage de S\u00e9raphin et Donalda le paiement d\u2019une dette contract\u00e9e par le p\u00e8re de la jeune mari\u00e9e. Dans la premi\u00e8re version du roman, Poudrier la convoite depuis qu\u2019elle \u00e9tait enfant, \u00ab\u00a0frapp\u00e9 par la blancheur de ses bras et par la fermet\u00e9 de sa poitrine, si opulente pour son \u00e2ge. Il l\u2019aimait\u00a0\u00bb (26). Quant \u00e0 Donalda, elle \u00e9prouvait aussi du d\u00e9sir pour son \u00e9poux, mais ce d\u00e9sir ne s\u2019est pas trouv\u00e9 combl\u00e9, car l\u2019avare n\u2019aime pas les enfants, qui finissent par \u00ab\u00a0co\u00fbter cher\u00a0\u00bb (27). La disparition progressive de son d\u00e9sir sexuel constitue sa premi\u00e8re mort, lorsque \u00ab\u00a0peu \u00e0 peu son corps devenait une chose inerte\u00a0\u00bb (27) jusqu\u2019au jour o\u00f9 \u00ab\u00a0le mal s\u2019en alla tout seul. Elle ne d\u00e9sirait plus l\u2019homme, et sa chair la laissa tranquille\u00a0\u00bb (27).<\/p>\n<p>En \u00e9vacuant le d\u00e9sir des \u00e9poux de son roman qu\u2019il a r\u00e9\u00e9crit dans le feuilleton\u00a0Les belles histoires des pays d\u2019en haut, Grignon a cr\u00e9\u00e9 avec S\u00e9raphin Poudrier l\u2019arch\u00e9type qu\u00e9b\u00e9cois de l\u2019avare immunis\u00e9 contre le plaisir charnel, pour qui tout passe par l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel. Pourtant, le roman publi\u00e9 en 1933 donne \u00e0 lire un homme aux prises avec un d\u00e9sir qu\u2019il combat alors m\u00eame qu\u2019il succombe, sans le savoir, au postulat de l\u2019appareil, de la s\u00e9paration entre soi et autrui. S\u00e9raphin Poudrier est un homme incomplet, scind\u00e9, refusant de participer au mouvement de transmission qui fonde la communaut\u00e9.<\/p>\n<h2>Le corps, la r\u00e9sistance, la litt\u00e9rature et l\u2019\u00e9crit<\/h2>\n<p>Le r\u00e9seau, qui utilise les r\u00e8gles des appareils pour mieux les d\u00e9tourner et m\u00eame s\u2019y opposer, ferait donc figure de r\u00e9sistance face \u00e0 la domination litt\u00e9ratienne de l\u2019\u00c9tat et du march\u00e9, dont l\u2019outil est le contrat \u00e9crit et sign\u00e9. Le don, rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 une sph\u00e8re sociale portant le nom de \u00ab\u00a0tiers secteur\u00a0\u00bb, se situe en marge de la norme que repr\u00e9sentent l\u2019\u00c9tat et le march\u00e9\u00a0: cette absence de d\u00e9nomination propre r\u00e9v\u00e8le une sorte de sous-cat\u00e9gorisation des \u00e9changes qui y ont lieu<a id=\"footnoteref2_5ky87g9\" class=\"see-footnote\" title=\"De la m\u00eame mani\u00e8re, la f\u00e9minit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e comme le \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me sexe\u00a0\u00bb lorsque Simone de Beauvoir s\u2019est pench\u00e9e sur la question dans le c\u00e9l\u00e8bre essai du m\u00eame nom.\" href=\"#footnote2_5ky87g9\">[2]<\/a>. Le n\u00e9olib\u00e9ralisme devenu le paradigme dominant de notre soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0vise \u00e0 expliquer le syst\u00e8me de production et surtout de circulation des biens et des services dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 partir des notions d\u2019int\u00e9r\u00eat, de rationalit\u00e9, d\u2019utilit\u00e9\u00a0\u00bb (Godbout, 2000, 149).\u00a0Or, tout comme le don qui se situe en marge ce paradigme, le corps transmet d\u2019abord et avant tout une richesse qui ne se soumet pas \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0: la vie elle-m\u00eame. Godbout affirme encore\u00a0:<\/p>\n<p>Le moderne a toutes les libert\u00e9s par rapport aux liens sociaux, mais il n\u2019a pas celle de ne pas contribuer \u00e0 la croissance de la production. [\u2026] Or, le mod\u00e8le du don ne se satisfait ni du postulat de l\u2019int\u00e9r\u00eat, ni de l\u2019int\u00e9riorisation des normes. Voil\u00e0 pourquoi le don [\u2026] remet en question le paradigme de l\u2019int\u00e9r\u00eat et conduit \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 [\u2026] de le poser comme postulat au m\u00eame titre que l\u2019int\u00e9r\u00eat (163).\u00a0<\/p>\n<p>Cette conclusion au sujet du don s\u2019applique \u00e9tonnament bien \u00e0 l\u2019art, et tout particuli\u00e8rement \u00e0 la litt\u00e9rature, science transfuge parmi les savoirs cloisonn\u00e9s. La litt\u00e9rature remet en question le paradigme de l\u2019\u00e9crit tout en affirmant l\u2019existence d\u2019une \u00e9criture qui est cr\u00e9ation plut\u00f4t que r\u00e9p\u00e9tition, et qui rappelle l\u2019importance des contextes d\u2019\u00e9nonciation, de la mat\u00e9rialit\u00e9 de la langue. L\u2019art r\u00e9siste aux notions d\u2019int\u00e9r\u00eat, d\u2019utilitarisme, \u00e0 l\u2019int\u00e9riorisation des normes, et revendique ainsi la pr\u00e9sence du corps dans l\u2019\u0153uvre. Comme Godbout sugg\u00e8re de faire le postulat du don plut\u00f4t que celui de l\u2019int\u00e9r\u00eat, les litt\u00e9raires et les artistes proposent de faire le postulat du lien plut\u00f4t que de l\u2019individualisme.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Arcan, Nelly. 2009.\u00a0Paradis, cl\u00e9 en main, Montr\u00e9al\u00a0: Coup de t\u00eate, 216 p.<\/p>\n<p>Godbout, Jacques T. 2000.\u00a0Le don, la dette et l\u2019identit\u00e9, Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al, 190 p.<\/p>\n<p>Goody, Jack. 1986.\u00a0La logique de l\u2019\u00e9criture\u00a0: Aux origines des soci\u00e9t\u00e9s humaines, Paris\u00a0: A. Colin, 197 p.<\/p>\n<p>Grignon, Claude-Henri. 2008 [1933].\u00a0Un homme et son p\u00e9ch\u00e9, Montr\u00e9al, Stank\u00e9, coll. \u00ab\u00a010\/10\u00a0\u00bb, 154 p.<\/p>\n<p>Van Gennep, Arnold. 1981.\u00a0Les rites de passage, Paris\u00a0: Picard, 288 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_qy53uyt\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_qy53uyt\">[1]<\/a> Van Gennep expose le r\u00e9sultat de ses recherches dans son livre\u00a0Les rites de passage\u00a0(1981).<\/p>\n<p id=\"footnote2_5ky87g9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_5ky87g9\">[2]<\/a> De la m\u00eame mani\u00e8re, la f\u00e9minit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e comme le \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me sexe\u00a0\u00bb lorsque Simone de Beauvoir s\u2019est pench\u00e9e sur la question dans le c\u00e9l\u00e8bre essai du m\u00eame nom.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lavarenne, Catherine. 2014. \u00ab Le contrat dans Paradis, cl\u00e9 en main et Un homme et son p\u00e9ch\u00e9 \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5558 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx ).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavarenne-20.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lavarenne-20.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-2c170532-02e6-4223-b22f-fe2007fc73d6\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavarenne-20.pdf\">lavarenne-20<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavarenne-20.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-2c170532-02e6-4223-b22f-fe2007fc73d6\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020 La nation est un concept dont la d\u00e9finition ne fait pas toujours consensus; toutefois, on s\u2019entend g\u00e9n\u00e9ralement pour dire qu\u2019elle correspond \u00e0 un ensemble d\u2019individus conscients de leur identit\u00e9 culturelle et historique particuli\u00e8re, vivant sur un territoire d\u00e9limit\u00e9, soumis aux m\u00eames lois, rassembl\u00e9s autour de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1243,1249,1250,1251,1244,1245],"tags":[223],"class_list":["post-5558","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-corps-et-nation-frontieres","category-dossier-corps-et-nation-frontieres","category-dossier-mutations","category-dossier-transferts","category-mutations","category-transferts","tag-lavarenne-catherine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5558","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5558"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5558\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8961,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5558\/revisions\/8961"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5558"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5558"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5558"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}