{"id":5559,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/the-dragonfly-of-chicoutimi-ou-le-theatre-dune-memoire-singuliere-et-collective\/"},"modified":"2024-09-04T17:31:56","modified_gmt":"2024-09-04T17:31:56","slug":"the-dragonfly-of-chicoutimi-ou-le-theatre-dune-memoire-singuliere-et-collective","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5559","title":{"rendered":"\u00ab The Dragonfly of Chicoutimi \u00bb, ou le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une m\u00e9moire singuli\u00e8re et collective"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6889\">Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab once upon a time \/ a boy named Gaston Talbot \/ born in Chicoutimi \/ in the beautiful province of Quebec \/ in the great country of Canada \/ had a dream and that dream came true \/ does it not sound\u00a0<em>bien chic and swell<\/em>\u00a0\/ it\u2019s common sense to answer yeah\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 14). Il est reformul\u00e9 de plusieurs mani\u00e8res, ce \u00ab once upon a time \u00bb de Gaston Talbot dans\u00a0<em>The Dragonfly of Chicoutimi<\/em>\u00a0de Larry Tremblay, une pi\u00e8ce en anglais<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">\u00a0Ou \u00ab\u00a0\u00e9crite en fran\u00e7ais, mais avec des mots anglais\u00a0\u00bb selon la formule de Paul Lefebvre (Lefebvre, 2005, 77). Il s\u2019agit toutefois d\u2019une hypoth\u00e8se contest\u00e9e. Par exemple, dans une analyse de cette \u0153uvre, Robert Dion affirme \u00e0 ce sujet que \u00ab\u00a0[\u2026] l\u2019on doit admettre, lorsqu\u2019on s\u2019en tient \u00e0 la seule facture du texte, qu\u2019elle est \u00e9crite en anglais, dans un\u00a0<em>basic english<\/em>\u00a0certes (tout bilingue imparfait peut facilement la lire sans dictionnaire), mais n\u00e9anmoins relativement idiomatique\u00a0\u00bb (Dion, 2005, 85).<\/span>qui occupe une place de choix au sein du r\u00e9pertoire de la dramaturgie qu\u00e9b\u00e9coise depuis sa cr\u00e9ation en 1995.<\/p>\n<p>M\u00eame si l\u2019enfance et tous ses espoirs dignes de contes de f\u00e9es sont d\u00e9j\u00e0 lointains pour lui au moment o\u00f9 Gaston Talbot tente de s\u2019inventer une autre histoire, le temps d\u2019o\u00f9 surgit sa parole en anglais est profond\u00e9ment travaill\u00e9 par le pass\u00e9. Le pr\u00e9sent est mobilis\u00e9 par des souvenirs qui ne se laissent pas oublier, par des secrets qui en viennent \u00e0 imposer leur d\u00e9voilement, malgr\u00e9 tous les d\u00e9tours de la parole, par les \u00ab\u00a0mensonges\u00a0\u00bb (r\u00e9v\u00e9lateurs de d\u00e9sirs et donc porteurs de v\u00e9rit\u00e9s), les contradictions, les h\u00e9sitations et les \u00ab anyway \u00bb qui pars\u00e8ment le r\u00e9cit de Gaston. La m\u00e9moire est un enjeu fondamental dans cette pi\u00e8ce. Bien qu\u2019il s\u2019agisse en apparence d\u2019une m\u00e9moire singuli\u00e8re inscrite dans une \u0153uvre que des critiques ancrent dans une dramaturgie dite \u00ab\u00a0de l\u2019intime\u00a0\u00bb, celle-ci n\u2019en est pourtant pas moins une m\u00e9moire li\u00e9e au collectif, indissociable d\u2019un contexte national et politique qu\u00e9b\u00e9cois, d\u00e9passant chaque subjectivit\u00e9 singuli\u00e8re. Apr\u00e8s une br\u00e8ve description de la pi\u00e8ce, je d\u00e9crirai comment la m\u00e9moire s\u2019inscrit et fonctionne dans la po\u00e9tique de ce texte, notamment dans le cadrage spatio-temporel, le travail du r\u00eave et les associations qu\u2019il d\u00e9ploie, et dans le travail de la langue, afin de montrer en quoi il n\u2019y a pas lieu de choisir entre une lecture du politique ou de l\u2019\u00ab\u00a0intime\u00a0\u00bb dans cette pi\u00e8ce en ce que les deux sont indissociables.<\/p>\n<p>Comment d\u00e9crire ce texte? En disant d\u2019abord qu\u2019il s\u2019agit du monologue d\u2019un personnage, Gaston Talbot de Chicoutimi, qui, lorsqu\u2019il se pr\u00e9sente au public, raconte un r\u00eave qu\u2019il a fait en anglais. Ce r\u00eave, fait dans cette langue que Gaston n\u2019a jamais vraiment apprise, a permis le surgissement d\u2019une parole en anglais, et cela apr\u00e8s des ann\u00e9es de mutisme, tel qu\u2019il en vient \u00e0 le r\u00e9v\u00e9ler. Dans ce r\u00eave, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre transform\u00e9 en \u00ab\u00a0dragonfly<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">\u00a0\u00c0 titre de pr\u00e9cision, le mot \u00ab\u00a0dragonfly\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0libellule\u00a0\u00bb en anglais. Force est de constater que ces deux mots sont connot\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9remment. Comme le fait remarquer Jean Cl\u00e9o Godin, qui souligne d\u2019ailleurs que ce mot renvoie aux dragons, \u00ab\u00a0[\u2026] si le terme anglais\u00a0<em>dragonfly<\/em>\u00a0est neutre, son \u00e9quivalent fran\u00e7ais a \u00e9videmment un genre qui, en l\u2019occurrence, est f\u00e9minin pour les deux sexes\u00a0:\u00a0<em>la<\/em>\u00a0libellule\u00a0\u00bb (Godin, 1996, 91). Le dragon est donc associ\u00e9 aux contes de f\u00e9e, aux \u00ab\u00a0once upon a time\u00a0\u00bb qui ponctuent le r\u00e9cit de Gaston, r\u00e9cit habit\u00e9 par l\u2019enfance. Chiara Lesp\u00e9rance a aussi abord\u00e9 cette question du \u00ab\u00a0dragonfly \u00bb, en soulignant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un exemple par lequel se donne \u00e0 voir un \u00ab\u00a0d\u00e9placement d\u2019une situation de faiblesse \u00e0 une situation de force \u00bb, un d\u00e9placement que permettrait \u00ab\u00a0[\u2026] l\u2019identification \u00e0 l\u2019agresseur, qui se manifeste par l\u2019appropriation, de la part d\u2019un francophone, de la langue de ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir\u00a0: l\u2019anglais.\u00a0\u00bb (Lesp\u00e9rance, 2005, 133). De plus, comme je le montrerai plus loin, ce mot anglais permet le surgissement d\u2019une violence \u00e0 l\u2019endroit de la m\u00e8re dans le r\u00eave de Gaston, l\u2019image du \u00ab\u00a0dragonfly\u00a0\u00bb engendrant la d\u00e9voration.<\/span>\u00a0\u00bb et avoir d\u00e9vor\u00e9 sa m\u00e8re, Gaston a pu survoler sa ville natale pour la premi\u00e8re fois de sa vie, pour ensuite s\u2019\u00e9craser sur les lieux du souvenir d\u2019un traumatisme survenu \u00e0 l\u2019adolescence. Le r\u00e9cit de ce r\u00eave et les cha\u00eenes de signifiants qu\u2019il d\u00e9ploie (comme autant de manifestations de d\u00e9sirs <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">C\u2019est d\u2019ailleurs le propre du r\u00eave, que d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0[\u2026]<em>\u00a0la satisfaction (d\u00e9guis\u00e9e) d\u2019un d\u00e9sir (r\u00e9prim\u00e9, refoul\u00e9)<\/em>\u00a0\u00bb, selon la r\u00e8gle d\u00e9couverte par Freud (Freud, 2010, 200) [l\u2019auteur souligne].<\/span>), permettent ensuite \u00e0 Gaston d\u2019avouer pour la toute premi\u00e8re fois un lourd secret autour d\u2019\u00e9v\u00e9nements ayant eu lieu au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 de ses seize ans, par un \u00ab hot sunny day of July \u00bb : un crime commis sur le bord de la rivi\u00e8re aux Roches.<\/p>\n<h2>\u00ab Once upon a time in Chicoutimi\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019espace et le temps<\/h2>\n<p>Aucune didascalie n\u2019offre d\u2019informations quant \u00e0 l\u2019espace et au temps dans lesquels la parole de Gaston surgit<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> Il n\u2019y a qu\u2019une seule didascalie dans ce texte; elle est en fran\u00e7ais, d\u2019ailleurs, et elle surgit apr\u00e8s le r\u00e9cit en anglais.<\/span>. Aussi, aucune indication n\u2019est donn\u00e9e permettant de cibler pr\u00e9cis\u00e9ment la distance temporelle entre la nuit de l\u2019av\u00e8nement du r\u00eave en anglais et le \u00ab\u00a0here \u00bb et le \u00ab\u00a0tonight<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Gaston se pr\u00e9sente d\u2019abord au public en disant\u00a0\u00ab\u00a0I travel a lot \/ I see a lot of things \/ very different from what we are used to see here \/ of course\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 11) et il situe ainsi le temps de son \u00e9nonciation\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0so tonight my motto is \/ TO KEEP IN TOUCH\u00a0\u00bb (12).<\/span>\u00a0\u00bb dans lesquels s\u2019ancre la parole. Le texte est toutefois parsem\u00e9 d\u2019indices, de rep\u00e8res temporels dont on peut reconstituer le fil \u00e0 rebours, une fois tous les secrets et toutes les v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9voil\u00e9s.<\/p>\n<p>Gaston se pr\u00e9sente d\u2019abord au public comme \u00e9tant un grand voyageur, mais cela s\u2019av\u00e8re un mensonge. Ainsi, l\u2019espace auquel renvoient les souvenirs dans le r\u00e9cit de r\u00eave et l\u2019espace onirique sont situ\u00e9s \u00e0 Chicoutimi. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, tous les \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s se sont d\u00e9roul\u00e9s dans cette ville, quelque part entre ces endroits \u00e9voqu\u00e9s\u00a0: la maison familiale au \u00ab\u00a0640 Sainte-Anne Street\u00a0\u00bb entre les rues Saint-Joseph et Saint-Dominique, la for\u00eat situ\u00e9e derri\u00e8re cette maison (la for\u00eat de la \u00ab river rivi\u00e8re aux Roches \u00bb o\u00f9 Gaston dit avoir pass\u00e9 son \u00ab\u00a0essential childhood \u00bb) (Tremblay, 2005, 21), la rue Racine et les champs que Gaston survole dans son r\u00eave, ainsi que la rivi\u00e8re Saguenay qui s\u00e9pare la ville de Chicoutimi en deux. Il y a aussi ces lieux \u00e9voqu\u00e9s au passage : \u00ab\u00a0fifteen years ago they built a second bridge \/ ugly it goes without saying \/ beside the old one \/ the Sainte-Anne bridge nowadays is only for \/ pedestrians \/ and for people who want to suicide \/ anyway<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Le \u00ab\u00a0fifteen years ago\u00a0\u00bb d\u00e9signant la construction du nouveau pont constitue d\u2019ailleurs un indice aidant \u00e0 situer le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9nonciation.<\/span>\u00a0\u00bb (20). L\u2019espace survol\u00e9 par la parole de Gaston et par le \u00ab\u00a0dragonfly\u00a0\u00bb est donc un lieu d\u2019enfermement dont il est impossible de sortir, ne serait-ce qu\u2019en r\u00eave (\u00e0 moins d\u2019emprunter ce \u00ab Sainte-Anne bridge \u00bb\u2026 mais \u00ab anyway \u00bb). La maison familiale est aussi pr\u00e9sent\u00e9e comme un lieu d\u2019emprisonnement\u00a0: Gaston ne peut y p\u00e9n\u00e9trer au d\u00e9but du r\u00eave, lorsqu\u2019il se heurte \u00e0 une porte close et qu\u2019il implore sa m\u00e8re de lui ouvrir la porte et de le laisser entrer. Il demeure ensuite prisonnier de la cuisine quand sa m\u00e8re l\u2019\u00e9pingle au mur en lui transper\u00e7ant la poitrine avec un couteau. Il ne peut s\u2019\u00e9chapper qu\u2019en se transformant en \u00ab\u00a0dragonfly\u00a0\u00bb et en d\u00e9vorant sa m\u00e8re pour ensuite prendre son envol.<\/p>\n<p>La temporalit\u00e9 dans ce texte est, elle aussi, synonyme d\u2019un cloisonnement, d\u2019une impasse. Gaston en vient \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler que beaucoup de temps s\u2019est \u00e9coul\u00e9 entre les \u00e9poques survol\u00e9es par son r\u00e9cit, soit\u00a0le temps de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence dans lesquels le r\u00eave a puis\u00e9 ses mat\u00e9riaux<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Ce qui correspond souvent au fonctionnement du r\u00eave, comme Freud le montre\u00a0: \u00ab\u00a0[p]lus on s\u2019engage profond\u00e9ment dans l\u2019analyse des r\u00eaves, plus on est amen\u00e9 souvent sur la trace d\u2019\u00e9pisodes v\u00e9cus de l\u2019enfance qui jouent un r\u00f4le, comme sources du r\u00eave, dans le contenu onirique latent\u00a0\u00bb (Freud, 2010, 238).<\/span>, ce \u00ab hot sunny day of July \u00bb de l\u2019\u00e9t\u00e9 de ses seize ans, les ann\u00e9es de mutisme, la nuit du r\u00eave, et le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9nonciation. Mais le pr\u00e9sent est hant\u00e9 par le pass\u00e9, par des souvenirs issus du temps de l\u2019enfance, \u00ab ce temps qui ne passe pas<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Selon l\u2019expression qui constitue le titre d\u2019un ouvrage de J.B. Pontalis (2001).<\/span>\u00bb, des souvenirs qui font retour dans le r\u00e9cit de Gaston, exigeant reconnaissance. \u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le passage du temps, qui n\u2019a pourtant pas pass\u00e9, se signifie par le corps de Gaston (ou plut\u00f4t par ce que Gaston dit de ce corps)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>look at me \/ I have white hair \/ all those wrinkles around my eyes my lips my neck \/ my skin is yellow \/ my hands shake my legs hurt me \/ I have bad breath \/ which indicates stomach troubles \/ I can\u2019t eat what I want and so on and so on \/ my body is a total ruin \/ but the river rivi\u00e8re aux Roches still flows in my veins (17).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit donc d\u2019un \u00ab corps-ruine \u00bb o\u00f9 coulent encore les eaux du lieu de pr\u00e9dilection de son enfance, un corps vieilli qui ne peut plus parcourir les rues de la ville avec la m\u00eame rapidit\u00e9 que durant les \u00e9t\u00e9s pass\u00e9s \u00e0 jouer aux cowboys et aux indiens dans la for\u00eat derri\u00e8re la maison familiale. Un corps pour lequel la ville est synonyme de danger, comme le laisse entendre cette description d\u2019une activit\u00e9 pourtant bien \u00ab\u00a0banale \u00bb\u00a0: \u00ab usually when I have to cross the streets \/ trying to save my life \/ in that dangerous city where the green light \/ never lasts enough time for people like me \u00bb (18)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">D\u2019ailleurs, Anne Ubersfeld souligne qu\u2019un vieillard \u00ab\u00a0[\u2026] figure dans tout th\u00e9\u00e2tre la\u00a0<em>pr\u00e9sence vivante du pass\u00e9<\/em>, du r\u00e9volu historique\u00a0: tout un jeu se fait entre le\u00a0<em>vivant<\/em>\u00a0et le\u00a0<em>r\u00e9volu<\/em>\u00a0des \u00e9l\u00e9ments du pass\u00e9\u00a0\u00bb (Ubersfeld, 1982, 201 [l\u2019auteure souligne]).<\/span>. Ce corps est donc, lui aussi, une prison \u00e0 laquelle il n\u2019est possible d\u2019\u00e9chapper qu\u2019en se transformant bri\u00e8vement en \u00ab\u00a0dragonfly\u00a0\u00bb \u00e0 la fin d\u2019un r\u00eave. \u00a0 \u00a0<\/p>\n<p>Le temps qui a \u00ab pass\u00e9 sans passer \u00bb se signifie aussi dans le r\u00e9cit de ce r\u00eave dans lequel Gaston dit que \u00ab In the dream \/ I was a child \/ I mean I felt like a child \/ with an adult body \/ the body of my forties \u00bb (20)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Ce qui constitue d\u2019ailleurs un indice quant \u00e0 son \u00e2ge au moment du surgissement du r\u00eave.<\/span>. Mais aussi, le passage du temps se donne \u00e0 voir par les cr\u00e9ations artistiques de Gaston dont son r\u00e9cit lui permet de d\u00e9voiler l\u2019existence. Des \u00ab\u00a0masterpieces \u00bb comme un \u00ab\u00a0Eiffel Tower \u00bb, un \u00ab ship Japanese style \u00bb, un \u00ab\u00a0Star Trek vessel\u00a0\u00bb, un \u00ab Olympic Stadium\u00a0\u00bb, \u00ab big plates for fruits \u00bb, \u00ab\u00a0houses and their stairways \u00bb\u2026 et un \u00ab human face \u00bb (qu\u2019il n\u2019a pas r\u00e9ussi) (23). Des chefs-d\u2019\u0153uvre construits avec des b\u00e2tons, trouv\u00e9s sur les trottoirs de la ville, comme ceux qu\u2019il jetait par terre lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant, apr\u00e8s avoir mang\u00e9 des\u00a0<em>popsicles<\/em>\u00a0blancs qu\u2019il aimait tant. Il y a donc eu beaucoup d\u2019enfants qui sont pass\u00e9s par les trottoirs de Chicoutimi, ainsi que plusieurs matins o\u00f9 Gaston Talbot a parcouru les rues de la ville pour ramasser ces d\u00e9bris de l\u2019enfance avec lesquels il a pu construire toutes ses \u0153uvres, depuis l\u2019\u00e2ge de douze ou treize ans<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Comme des maisons dont il d\u00e9crit ainsi l\u2019ampleur\u00a0: \u00ab\u00a0anyway I got so much success \/ with my houses and their stairways \/ maybe a total of two hundred pieces \/ the biggest one has six feet high\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 23).<\/span>.<\/p>\n<p>Au th\u00e9\u00e2tre, \u00ab [\u2026]\u00a0<em>le signifiant du temps c\u2019est l\u2019espace<\/em>\u00a0et son contenu d\u2019objets\u00a0\u00bb (Ubersfeld, 1982, 197 [l\u2019auteure souligne]) et ces cr\u00e9ations viennent signifier l\u2019accumulation d\u2019ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es depuis l\u2019enfance, mais elles sont aussi des t\u00e9moins d\u2019\u00e9v\u00e9nements (comme la construction du Stade olympique et la cr\u00e9ation de\u00a0<em>Star trek<\/em>), qui ont marqu\u00e9 l\u2019Histoire au cours des d\u00e9cennies du mutisme de Gaston. Surtout, ces chefs-d\u2019\u0153uvre viennent signifier des d\u00e9sirs (de voyages). Le d\u00e9sir de quitter Chicoutimi se manifeste d\u2019ailleurs de plusieurs mani\u00e8res\u00a0: du \u00ab I travel a lot \u00bb, avec lequel Gaston amorce son r\u00e9cit, \u00e0 l\u2019envol\u00e9e du \u00ab dragonfly \u00bb dans les images du r\u00eave, en passant par l\u2019\u00e9vocation du \u00ab Sainte-Anne Bridge \u00bb. Ce d\u00e9sir se r\u00e9v\u00e8le aussi par le fait que Gaston tente de se faire passer pour un autre (notamment pour Pierre Gagnon<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">Comme je le montrerai plus loin, Gaston tente de se faire passer pour son ami, d\u2019une part en se transformant en Pierre en prenant ses traits dans le r\u00eave, mais aussi, d\u2019autre part, par un jeu de miroir par lequel il se d\u00e9crit au public en inversant certains traits caract\u00e9ristiques de Pierre avec les siens.<\/span>) en r\u00e9\u00e9crivant son histoire et par les nombreux mensonges ou omissions de son discours, dont on peut reconstituer le fil \u00e0 rebours. Quels sont-ils ces souvenirs et ces secrets du pass\u00e9 dont l\u2019\u00e9vocation \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition dans le texte impose le d\u00e9voilement?<\/p>\n<p>D\u2019abord, le terrible secret avou\u00e9 \u00e0 la fin du r\u00e9cit, c\u2019est que, par un \u00ab hot sunny day of July \u00bb, le \u00ab\u00a0glorious cowboy \u00bb Pierre Gagnon-Connally a demand\u00e9 \u00e0 son ami Gaston Talbot (celui qui jouait toujours le r\u00f4le de l\u2019Indien qu\u2019il tuait avec son fusil imaginaire), de devenir son cheval, lui donnant ensuite des ordres en anglais et scellant ainsi quelque chose de son destin\u00a0: \u00ab\u00a0Don\u2019t talk \/ a horse doesn\u2019t talk \u00bb (Tremblay, 2005, 53). \u00c0 cet ordre, le \u00ab\u00a0cheval \u00bb Gaston a ob\u00e9it durant des d\u00e9cennies jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il fasse son r\u00eave \u00ab in English \u00bb, retrouvant ainsi l\u2019usage de la parole, mais dans cette langue qu\u2019il n\u2019a jamais apprise, dont il a pourtant entendu quelque chose, comme en t\u00e9moigne son r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements de ce jour de juillet\u00a0: \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pierre Gagnon-Connally catches me \/ with an invisible lasso \/ inserts in my mouth an invisible bit \/ and jumps on my back \/ he rides me guiding me with his hands on my hair \/ after a while he gets down from my back \/ looks at me as he never did before \/ then he starts to give me orders in English \/ I don\u2019t know English \/ but on that hot sunny day of July \/ every word which comes \/ from the mouth of Pierre Gagnon-Connally \/ is clearly understandable (52-53).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les paroles et les noms avec lesquels Pierre a parl\u00e9 \u00e0 Gaston ont laiss\u00e9 des traces.\u00a0 Comme ce \u00ab son of a bitch \u00bb lanc\u00e9 par le \u00ab glorious cowboy \u00bb \u00e0 son \u00ab\u00a0cheval\u00a0\u00bb, apr\u00e8s l\u2019avoir marqu\u00e9 au \u00ab fer rouge \u00bb de sa cigarette sur la cuisse en lui disant \u00ab Get down on your knees \/ you\u2019re a horse \/ not a man \u00bb et \u00ab Now you belong to me \/ you got my mark\u00a0\u00bb (53). Plusieurs de ces mots se trouvent d\u00e9plac\u00e9s dans les images du r\u00eave<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Par exemple, \u00ab\u00a0horse\u00a0\u00bb revient \u00e0 plusieurs reprises dans le texte et se trouve d\u00e9plac\u00e9 entre autres dans une \u00ab\u00a0horse tail\u00a0\u00bb avec lesquels sont nou\u00e9s les cheveux de\u00a0la m\u00e8re de Gaston dans le r\u00eave.<\/span>.\u00a0<\/p>\n<p>Les paroles de Pierre r\u00e9sonnent bien longtemps apr\u00e8s ce jour fatidique o\u00f9 l\u2019indien devenu cheval, apr\u00e8s avoir vu le reflet de sa \u00ab broken face \u00bb dans le miroir de la rivi\u00e8re o\u00f9 le cowboy l\u2019a forc\u00e9 \u00e0 boire, a bless\u00e9 accidentellement et ensuite achev\u00e9, apr\u00e8s lui avoir fait le bouche-\u00e0-bouche, ce cowboy qui l\u2019avait pris pour sa monture<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Gaston raconte ainsi les \u00e9v\u00e9nements (tout en rapportant un ordre que lui a adress\u00e9 Pierre)\u00a0: \u00ab\u00a0I drink \/ Pierre Gagnon-Connally on my back \/ Good horse \/ drink again \/ we have still a long ride to go \/ I drink again \/ looking my broken face \/ reflected in the water \/ of the river rivi\u00e8re aux Roches \/ but suddenly \/ I stand up \/ with the strenght and the surprise of a spring \/ projecting Pierre in the river \/ I turn back \/ I see his broken body on the rocks\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 54-55).<\/span>. Le cheval tuant ainsi celui qui \u00e9tait peut-\u00eatre son seul ami, mais aussi le \u00ab cowboy \u00bb dont le corps \u00e9tait pour lui un objet de d\u00e9sir\u00a0: \u00ab I touch his body \/ I feel his life \/ I do a mouth-to-mouth \/ I see so close his face \/ I can\u2019t handle it \/ I take his head with my hands \/ and crush it on the rocks \u00bb (55)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">D\u2019ailleurs, des mots du r\u00e9cit de ce souvenir (tels que \u00ab\u00a0handle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0face\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0feel\u00a0\u00bb, ainsi que plusieurs autres mots renvoyant au jour du meurtre) reviennent s\u2019inscrire comme signifiants \u00e0 plusieurs reprises dans le texte. Aussi, cette sc\u00e8ne est racont\u00e9e autrement \u00e0 la toute fin du r\u00e9cit de r\u00eave\u00a0: \u00ab\u00a0I wake up \/ totally wet \/ I open my eyes \/ I\u2019m not on my bed \/ I\u2019m lying on a body \/ a cold and wet body \/ the dead body of Pierre Gagnon \/ my lips are on his lips \/ I\u2019m doing a mouth-to-mouth \/ I\u2019m touching his blond hair \/ I\u2019m looking his blue and fixed eyes\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 50-51). Des mots de ce passage tels que \u00ab\u00a0blue\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0fixed\u00a0\u00bb, rappelant les yeux de Pierre, s\u2019immiscent comme signifiants dans l\u2019ensemble du r\u00e9cit.<\/span>. Ce d\u00e9sir de Gaston se manifeste encore dans le pr\u00e9sent, comme le laisse entendre cette forme de pri\u00e8re adress\u00e9e \u00e0 Pierre \u00ab Oh Pierre Gagnon \/ I never said \/ never never said \/ that your body \/ was the only one I ever touched \u00bb (48)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">Voir \u00e0 ce sujet l\u2019article de Robert Schwartzwald, entre autres, qui montre bien comment la relation de domination entre Pierre et Gaston est porteuse d\u2019un d\u00e9sir homosexuel, se donnant \u00e0 voir avec une certaine ambigu\u00eft\u00e9 (Schwartzwald, 2005).<\/span>.<\/p>\n<p>Gaston le dit pourtant d\u00e8s le d\u00e9part; \u00ab there was something totally wrong \/ on that hot sunny day of July \/ what was it \/ no doubt that it concerned first \/ the naked body of Pierre Gagnon \/ laughing like a fool \/ in the water of the river rivi\u00e8re aux Roches \/ in the little forest \/ just behind my family house \u00bb (17). Dans ce passage, la juxtaposition de \u00ab totally wrong \u00bb \u00e0 la \u00ab family house \u00bb et au \u00ab\u00a0naked body of Pierre Gagnon\u00a0\u00bb n\u2019a rien d\u2019anodin\u00a0: on peut y rep\u00e9rer une tension au c\u0153ur du texte. Celle-ci s\u2019articule non seulement autour de d\u00e9sirs non reconnus, mais aussi de deux langues, m\u00e9moires et h\u00e9ritages inscrits dans une dialectique conflictuelle. \u00a0<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0To dream in english\u00a0\u00bb\u00a0: le travail du r\u00eave et de la langue<\/h2>\n<p>Gaston pr\u00e9tend au d\u00e9part que son r\u00eave \u00ab in English \u00bb a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu comme une \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9diction \u00bb, affirmant \u00e0 ce sujet que<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] the mere fact to dream in English \/ which after all is something more or less ordinary \/ even if as for me at that moment of my life \/ I was a French speaking person \/ was felt as a dramatic change \/ or even more \/ as a signal \/ something like an angel \/ coming down to the earth of my consciousness \/ to show me the way (19-20).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toutefois, il en vient \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler que la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas aussi reluisante; \u00ab well the truth is not easy to catch \u00bb (19), comme le dit Gaston. Si \u00ab en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, un r\u00eave est intraduisible en d\u2019autres langues [\u2026] \u00bb (Freud, 2010, 137) et que l\u2019anglais a ainsi produit, avec le travail du r\u00eave, des images permettant d\u2019entendre certains \u00e9l\u00e9ments d\u2019une histoire, le r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements de ce jour de juillet r\u00e9v\u00e8le que l\u2019anglais est porteur d\u2019une suj\u00e9tion. C\u2019est en somme un tout autre statut que celui d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation divine qui lui est accord\u00e9 \u00e0 la toute fin du r\u00e9cit\u00a0: \u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>The night I had \/ that dream in English \/ my mouth was a hole of shit \/ I mean \/ full of words like \/ chocolate cake beloved son \/ son of a bitch popsicle sticks \/ your lips taste wild cherries \/ a dragonfly fixed on a wall by a pin \/ when the sunlight reached \/ my dirty sheets my eyes filled with sweat \/ my mouth was still spitting \/ all those fucking words \/ like rotten seeds \/ everywhere in the room \/ I was not \/ as they said \/ aphasic \/ anymore \/ I was speaking in English (Tremblay, 2005, 57).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y a un conflit linguistique dans ce texte et il s\u2019inscrit non seulement dans les souvenirs racont\u00e9s, mais au sein m\u00eame du travail de l\u2019\u00e9criture. En effet, bien que le texte soit \u00e9crit en anglais, le fran\u00e7ais fait sentir sa pr\u00e9sence dans la syntaxe, mais aussi dans les expressions, les noms de personnages et de lieux \u00e9voqu\u00e9s, et les intertextes comme la chanson \u00ab Tout va tr\u00e8s bien, Madame la Marquise\u00a0\u00bb entendue dans le r\u00eave. Surtout, le fran\u00e7ais surgit dans la didascalie \u00e0 la toute fin du texte\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Gaston Talbot chante, apr\u00e8s en avoir cher- \/ch\u00e9 les mots dans sa m\u00e9moire, la chanson \/\u00a0<\/em>J\u2019attendrai<em>, popularis\u00e9e par Tino Rossi.\u00a0<\/em>\u00bb (57), qui s\u2019av\u00e8re d\u2019ailleurs le seul passage \u00e9voquant le futur dans un texte tout entier \u00e9crit au pass\u00e9 et au pr\u00e9sent (et qui laisse ainsi entendre que ce qui est parti, ce qui s\u2019est envol\u00e9 pourrait revenir<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\">Jeanne Bovet affirme au sujet de cette didascalie que \u00ab\u00a0Au terme du r\u00e9cit, enfin, le fran\u00e7ais refait pleinement surface [\u2026]\u00a0\u00bb (Bovet, 2007, 52), mais que \u00ab\u00a0Une partie essentielle continue de manquer \u00e0 l\u2019appel, comme l\u2019indique bien le texte de la chanson. \u201c\u00a0J\u2019attendrai \/ le jour et la nuit \/ J\u2019attendrai toujours \/ ton retour\u00a0\u201d\u00a0: le retour de la langue fran\u00e7aise, de Pierre Gagnon, de l\u2019amour de la m\u00e8re, de Gaston Talbot tel qu\u2019en lui-m\u00eame, joyau de la couronne de celle-ci (Tremblay, 2005, 43)\u00a0\u00bb (Bovet, 2007, 53). Ce qui me semble important, c\u2019est non pas de trancher entre ces hypoth\u00e8ses, mais de souligner que cette chanson vient signifier qu\u2019un changement s\u2019est produit entre le d\u00e9but et la fin du texte. Une fois la confession accomplie, le mouvement du texte s\u2019inscrit dans celui d\u2019une attente du retour de ce qui est disparu et non plus dans les tentatives de s\u2019envoler, de quitter, d\u2019\u00e9chapper \u00e0 une situation (ne serait-ce que par le r\u00eave ou l\u2019imaginaire).<\/span>).<\/p>\n<p>Si l\u2019anglais est indissociable d\u2019un contexte de suj\u00e9tion dans ce texte, Robert Dion a aussi montr\u00e9 qu\u2019il s\u2019y op\u00e8re un certain renversement de la logique de domination pr\u00e9valant entre les deux langues. Selon Dion, le fran\u00e7ais \u00ab\u00a0corrompt\u00a0\u00bb l\u2019anglais dans cette pi\u00e8ce<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\">L\u2019auteur \u00e9voque d\u2019ailleurs plusieurs exemples de passages o\u00f9 le fran\u00e7ais enclenche un renversement dans la syntaxe et dans des expressions en anglais (Dion, 2005, 87-88). Dion \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se suivante\u00a0: \u00ab\u00a0On voit que si le passage du protagoniste \u00e0 la langue anglaise t\u00e9moigne de la puissance de cet idiome, le fran\u00e7ais demeure n\u00e9anmoins pr\u00e9sent pour l\u2019attaquer de l\u2019int\u00e9rieur \u2013 comme un corps \u00e9tranger, comme une cellule canc\u00e9reuse\u00a0: le minoritaire reste un danger, quoique relatif, pour le majoritaire. Par certains c\u00f4t\u00e9s \u2013 et compte tenu du fait, bien entendu, que c\u2019est un Qu\u00e9b\u00e9cois francophone qui s\u2019exprime en anglais \u2013, on peut consid\u00e9rer que c\u2019est ici le fran\u00e7ais qui corrompt l\u2019anglais, qui lui fait subir une amorce de cr\u00e9olisation assimilable aux lin\u00e9aments d\u2019une \u201cjoualisation\u201d de l\u2019anglais. Il s\u2019agirait d\u2019un renversement des conditions historiques de la cohabitation des langues en terre qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0\u00bb (88-89). Une analyse du texte permet effectivement de constater que certaines expressions y sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, dans une syntaxe tant\u00f4t b\u00e2cl\u00e9e, tant\u00f4t correcte. Par exemple, si Gaston dit \u00ab\u00a0I look my hands\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 32), le \u00ab\u00a0at\u00a0\u00bb qui devrait s\u2019ins\u00e9rer dans cette phrase est pourtant pr\u00e9sent dans d\u2019autres passages, tels que \u00ab\u00a0look at the blood \/ look at the hands \/ look at the stones\u00a0\u00bb (29).<\/span>. En plus de permettre une contre-attaque envers la langue qui l\u2019a domin\u00e9, cette prise de parole offre aussi \u00e0 Gaston la chance de mentir, de cacher un certain h\u00e9ritage. L\u2019anglais devient ainsi la langue du mensonge, de la dissimulation.<\/p>\n<p>\u00ab [T]here is nothing interesting to say about this area \/ we are not responsible of the place where we are born \u00bb (21) dit Gaston au d\u00e9but de son r\u00e9cit. S\u2019il \u00e9voque, \u00e0 quelques reprises, la maison familiale o\u00f9 il a grandi, il en est tout autrement pour les gens qui y ont habit\u00e9, outre cette seule allusion aux parents\u00a0: \u00ab my parents rented a house on Sainte-Anne Street \u00bb (20). C\u2019est par le r\u00e9cit de r\u00eave que Gaston en vient \u00e0 d\u00e9voiler quelque chose au sujet des membres de sa famille, m\u00eame s\u2019il ne nomme (et donc ne reconna\u00eet) aucun d\u2019entre eux.\u00a0<\/p>\n<p>Quelque chose est tout de m\u00eame dit des membres de cette famille, par des jeux de miroirs et de grands d\u00e9tours de la parole, d\u2019o\u00f9 surgissent des pr\u00e9sences, des fant\u00f4mes du pass\u00e9. Il y a un oncle dont l\u2019existence est \u00e9voqu\u00e9e au passage. Un \u00ab\u00a0uncle who got crazy for insects \u00bb, et dont Gaston raconte que, lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant et qu\u2019il s\u2019est bless\u00e9 au doigt avec une \u00e9pingle en tentant de toucher le \u00ab\u00a0dragonfly \u00bb dans sa collection d\u2019insectes, \u00ab\u00a0blood came out at the tip of my finger \/ my uncle ran to it and sucked the blood \u00bb (41). Quant aux fr\u00e8res et s\u0153urs, Gaston en a huit, mais c\u2019est la m\u00e8re, dont il joue le r\u00f4le en racontant son r\u00eave, qui le r\u00e9v\u00e8le en se pr\u00e9sentant au public ainsi\u00a0: \u00ab I gave birth \/ to nine sumptuous children \/ and Gaston is the jewel of this crown \/ which squeezes my head to death \u00bb (43).\u00a0<\/p>\n<p>La m\u00e8re \u2013 ou \u00ab mum \u00bb comme Gaston l\u2019appelle dans son r\u00eave (ce qui s\u2019av\u00e8re \u00e0 la fois le nom donn\u00e9 aux m\u00e8res en Angleterre et un signifiant du mutisme de Gaston, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mot qui d\u00e9signe le silence en anglais<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-19\">19<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-19\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\">Effectivement, l\u2019usage du mot \u00ab\u00a0mum\u00a0\u00bb est particulier, puisque ce mot s\u2019\u00e9crit ainsi surtout en Angleterre, tandis qu\u2019en Am\u00e9rique du Nord, \u00ab\u00a0mom\u00a0\u00bb (donc avec un \u00ab\u00a0o\u00a0\u00bb) est employ\u00e9 plus couramment. Aussi, ce mot \u00e9crit avec un \u00ab\u00a0u\u00a0\u00bb d\u00e9signe le mutisme, le silence et peut \u00eatre connot\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 renvoyer au fait de taire un secret, par exemple.<\/span>) \u2013 n\u2019est jamais nomm\u00e9e non plus et son fils n\u2019en dit rien en dehors du r\u00e9cit de r\u00eave o\u00f9 il la fait parler. Ce r\u00eave dans lequel elle appara\u00eet permet toutefois de voir quelque chose du regard que Gaston pose sur elle et qu\u2019elle posait sur lui, de m\u00eame que sur Pierre Gagnon-Connally. La voix de la m\u00e8re se fait entendre dans des interdits \u00e9voqu\u00e9s dans le r\u00eave qui r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 la fois quelque chose de son autorit\u00e9 exerc\u00e9e sur son fils ainsi que des valeurs qui lui \u00e9taient ch\u00e8res. C\u2019est ce que permet de constater ce passage o\u00f9 Gaston entre dans la maison familiale\u00a0: \u00ab the floor is wet \/ I say to myself \/ it\u2019s Friday\u00a0\/ mum always washes the floor on Friday \/ I\u2019m happy and sad \/ I love Friday \/ but I hate fish [\u2026] mum buys popsicles on Friday \/ but I have to wait Saturday to have them \u00bb (32). On l\u2019entend aussi par les arguments avanc\u00e9s par le jeune Gaston, lorsque, \u00e9pingl\u00e9 tel un \u00ab\u00a0dragonfly \u00bb sur le mur de la cuisine par un couteau que sa m\u00e8re lui a lanc\u00e9 au c\u0153ur, il la supplie ainsi : \u00ab look at me \/ touch me \/ please give me your help \/ I don\u2019t want to be an insect \/ I want to go to school \/ to learn French math\u00a0\/ geography history of Canada \/ I want to eat mashed potatoes \/ steak and suck white popsicles \u00bb (42).<\/p>\n<p>La m\u00e8re de Gaston \u00e9tait donc fid\u00e8le aux valeurs de son \u00e9poque. D\u2019une \u00e9poque o\u00f9, quelque part dans une ville o\u00f9 les rues portent les noms des saints catholiques, quand \u00ab Tout va tr\u00e8s bien, Madame la Marquise \u00bb jouait \u00e0 la radio dans les cuisines (comme dans le r\u00eave de Gaston), les m\u00e8res veillaient \u00e0 ce que leurs enfants fassent, eux aussi, p\u00e9nitence chaque vendredi de l\u2019ann\u00e9e. Une m\u00e8re canadienne-fran\u00e7aise toute-puissante \u2013 \u00ab you know the strenght \/ and the inflexibility of a mother \u00bb (42), comme l\u2019a d\u00e9crit Gaston \u2013, qui n\u2019aimait pas ce Pierre Gagnon avec qui jouait son fils. Cette animosit\u00e9 \u00e0 son endroit se d\u00e9voile dans le r\u00e9cit de r\u00eave o\u00f9 elle constate que son fils a pris les traits de Pierre\u00a0: \u00ab I recognize you know \/ you are Pierre Gagnon \/ the dumb child \u00bb (42).<\/p>\n<p>Quant au p\u00e8re de Gaston, c\u2019est seulement \u00e0 rebours que l\u2019on peut comprendre qu\u2019il en a dit quelques mots. Lorsque Gaston confie, au d\u00e9but de son monologue, \u00e0 propos de Pierre Gagnon que \u00ab\u00a0his father was not so bright either \/ he drank and was always on welfare \/ anyway let\u2019s go back to that sunny hot day of July \u00bb (15), c\u2019est plut\u00f4t de son propre p\u00e8re dont il est question. Cette v\u00e9rit\u00e9 se d\u00e9voile par d\u00e9duction gr\u00e2ce au passage o\u00f9, apr\u00e8s avoir avou\u00e9 qu\u2019il a menti et s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 sous les traits de Pierre<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-20\">20<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-20\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\">Avant de d\u00e9voiler le vrai nom de Pierre, Gaston avoue que \u00ab\u00a0What I told you \/ about those days spent to play with Pierre Gagnon \/ cowboys and Indians \/ in the little forest near my home \/ is not totally true \/ in fact I was the cowboy \/ he was about twelve years old \/ I was four years more than him\u00a0\/ but I was dumb \/ and he was bright \/ he was the one \/ who knew what to do \/ at the right moment \/ for the right reason \/ he was the one \/ who deserved to be the glorious cowboy\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 51).<\/span>, Gaston r\u00e9v\u00e8le que<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pierre\u2019s real name \/ was Pierre Gagnon-Connally \/ his mother Huguette Gagnon \/ married Major Tom Connally \/ he was from Windsor \/ he came to Saguenay \/ to work on the military base of Bagotville \/ Pierre always said to me \/ that his father was a pilot \/ he was so proud of him \/ but I never believed that \/ he was probably a mechanic or operator \u00bb (51-52).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab Connally \u00bb qui compl\u00e8te le nom de Pierre Gagnon est donc important s\u2019il n\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019\u00e0 la fin du r\u00e9cit, juste avant l\u2019aveu du meurtre et de la sc\u00e8ne de domination qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. La r\u00e9v\u00e9lation de ce patronyme montre dans quelle filiation s\u2019inscrivait le \u00ab glorious cowboy \u00bb, et le moment et le contexte d\u2019o\u00f9 surgit cet aveu sugg\u00e8rent que cette filiation n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la sc\u00e8ne de domination qui suit.<\/p>\n<p>Par ce r\u00eave en anglais et la parole qu\u2019il engendre, Gaston peut emprunter la langue et les traits de l\u2019autre, ne reconna\u00eetre personne de sa famille, mais nommer les parents de Pierre (et ainsi tenter de s\u2019inscrire dans cette filiation par un jeu de miroir). L\u2019anglais permet aussi le surgissement d\u2019une grande violence \u00e0 l\u2019endroit de la m\u00e8re, cr\u00e9ant l\u2019image d\u2019un \u00ab dragonfly\u00a0\u00bb qui la d\u00e9vore (l\u2019\u00e9quivalent fran\u00e7ais, \u00ab\u00a0libellule\u00a0\u00bb, est connot\u00e9 diff\u00e9remment, comme je l\u2019ai soulign\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment). Une fois tous les secrets r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, on peut aussi constater \u00e0 rebours que le r\u00eave en anglais permet une profanation de l\u2019h\u00e9ritage canadien-fran\u00e7ais auquel la m\u00e8re est associ\u00e9e, ce qui se donne \u00e0 voir par le nom \u00ab mum \u00bb dont Gaston l\u2019affuble, mais aussi parce qu\u2019il la fait parler en anglais. Surtout, cela se manifeste par une parole de Pierre qui se trouve d\u00e9plac\u00e9e comme signifiant dans le r\u00eave, un \u00ab\u00a0son of a bitch \u00bb dont Gaston se d\u00e9signe lui-m\u00eame, notamment lorsqu\u2019il frappe \u00e0 la porte de la maison, dans ce qui constitue d\u2019ailleurs une confession partielle puisqu\u2019il laisse \u00e9chapper des d\u00e9tails de son crime\u00a0: \u00ab\u00a0look at your son of a bitch \/ don\u2019t let him shout in the streets \/ look mum \/ look at the blood \/ look at the hands \/ look at the stones \u00bb (29)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-21\">21<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-21\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"21\">C\u2019est lorsque Pierre Gagnon-Connally est mont\u00e9 sur le dos de Gaston qu\u2019il le traite de ce nom\u00a0: \u00ab\u00a0Go straight \/ turn left \/ left again \/ turn right \/ go straight \/ faster faster \/ son of a bitch\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 54)<\/span>. En se traitant de ce nom (ou en pla\u00e7ant ensuite ces mots dans la bouche de sa m\u00e8re), Gaston peut l\u2019injurier elle aussi (la \u00ab\u00a0bitch\u00a0\u00bb dont il est le fils). En somme, ce n\u2019est qu\u2019en faisant parler sa m\u00e8re (tel qu\u2019elle lui a parl\u00e9 dans le r\u00eave, o\u00f9 se manifestent des d\u00e9sirs et o\u00f9 des souvenirs s\u2019interpr\u00e8tent), et en jouant le r\u00f4le de Pierre Gagnon-Connally (en r\u00e9p\u00e9tant les paroles qu\u2019il lui a adress\u00e9es le jour de sa mort), que Gaston peut en venir \u00e0 d\u00e9voiler la v\u00e9rit\u00e9 sur son pass\u00e9.<\/p>\n<h2>Entre le singulier et le collectif<\/h2>\n<p>Certains critiques ont constat\u00e9 qu\u2019il pourrait bien y avoir une dimension \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb \u00e0 cette pi\u00e8ce qu\u00e9b\u00e9coise \u00e9crite en anglais<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"22\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-22\">22<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-22\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"22\">Voir notamment les articles de Robert Dion, Jean Cl\u00e9o Godin, Paul Lefebvre et Robert Schwartzwald en bibliographie.<\/span>. Mais puisque ce texte semble interroger l\u2019\u00ab\u00a0intime\u00a0\u00bb ou se situer dans ce que Jeanne Bovet a appel\u00e9 \u00ab une po\u00e9tique d\u00e9territorialis\u00e9e de l\u2019intime \u00bb (Bovet, 2007, 61), la \u00ab\u00a0conclusion \u00bb \u00e0 laquelle elle arrive, c\u2019est que, bien que l\u2019on puisse analyser ce texte en fonction d\u2019une lecture sociopolitique, \u00ab [\u2026] la valeur intime de la langue prime sur sa valeur sociale\u00a0\u00bb (61)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"23\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-23\">23<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-23\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"23\">D\u2019autres analyses se sont pench\u00e9es davantage sur ce qui rel\u00e8ve de l\u2019\u00ab\u00a0intime\u00a0\u00bb dans ce texte (voir entre autres\u00a0: Lesp\u00e9rance, 2005). Il existe aussi un article dans lequel les auteurs s\u2019opposent \u00e0 l\u2019id\u00e9e voulant que l\u2019anglais repr\u00e9sente la langue de la suj\u00e9tion et de l\u2019ali\u00e9nation dans cette pi\u00e8ce, sous pr\u00e9texte qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al et qu\u2019elle s\u2019adresserait donc \u00e0 un public d\u2019une ville cosmopolite, o\u00f9 les univers linguistiques se c\u00f4toient fr\u00e9quemment (Darroch et Morissette, 2005).<\/span>. Pourtant, le savoir psychanalytique\u00a0montre bien que cette question n\u2019a pas \u00e0 se poser, puisque le sujet est parl\u00e9, divis\u00e9 et structur\u00e9 par l\u2019Autre. \u00ab C\u2019est qu\u2019<em>autrui<\/em>\u00a0joue toujours dans la vie de l\u2019individu le r\u00f4le d\u2019un mod\u00e8le, d\u2019un objet, d\u2019un associ\u00e9 ou d\u2019un adversaire \u00bb (Freud, 1968, 83 [l\u2019auteur souligne]), disait Freud. Ce que l\u2019on nomme \u00ab\u00a0l\u2019individu \u00bb ou \u00ab la personne \u00bb n\u2019existe que dans son rapport au semblable, comme le rappelle G\u00e9rard Pommier (Pommier, 1998, 37). Mais aussi, c\u2019est \u00e0 partir de traces mn\u00e9siques transmises d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre par la structure du langage que se fonde le lien social. C\u2019est donc par la langue avec laquelle on est parl\u00e9 que l\u2019on h\u00e9rite d\u00e8s lors d\u2019une certaine m\u00e9moire qui nous d\u00e9passe.<\/p>\n<p>Si, comme l\u2019a \u00e9crit le sociologue Joseph-Yvon Th\u00e9riault, \u00ab la langue est charg\u00e9e de m\u00e9moire \u00bb (Th\u00e9riault, 2002, 219), la m\u00e9moire collective au Qu\u00e9bec est porteuse de conflits, de questions qui ne sont pas r\u00e9gl\u00e9s. Cette pi\u00e8ce de Larry Tremblay, cet impossible \u00ab\u00a0once upon a time \u00bb dont la po\u00e9tique est travaill\u00e9e par la m\u00e9moire, est un exemple tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateur montrant comment les conflits, les enjeux et questions irr\u00e9solus qui traversent la m\u00e9moire nationale au Qu\u00e9bec peuvent s\u2019inscrire dans des pi\u00e8ces des \u00ab nouvelles dramaturgies \u00bb des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, et ce, m\u00eame au sein d\u2019\u0153uvres en apparence tourn\u00e9es vers \u00ab l\u2019intime \u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"24\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5559\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-24\">24<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5559-24\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"24\">Je tiens \u00e0 remercier Mme Anne \u00c9laine Cliche pour ses enseignements, ses conseils et son accompagnement tout au long du chantier dans lequel cet article s&rsquo;inscrit et \u00e0 remercier Nathana\u00ebl Pono pour les r\u00e9visions de ce texte.<\/span>.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<div>\n<div id=\"ftn1\">\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Bovet, Jeanne. 2007. \u00ab Du plurilinguisme comme fiction identitaire\u00a0: \u00e0 la rencontre de l\u2019intime \u00bb.\u00a0<em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, vol. 43, no. 1, p. 43-62.<\/p>\n<p>Darroch, Michael et Jean-Fran\u00e7ois Morissette. 2005. \u00ab La polyphonie mise en sc\u00e8ne \u00e0 Montr\u00e9al et \u00e0 Toronto \u00bb, dans Yves Jubinville (dir. publ.), \u00ab Dossier critique \u00bb, dans Larry Tremblay,\u00a0<em>The Dragonfly of Chicoutimi<\/em>, Montr\u00e9al, Les Herbes rouges, coll. \u00ab\u00a0Territoires\u00a0\u00bb, 2005 [1995], p. 160-202.<\/p>\n<p>Dion, Robert. 2005. \u00ab\u00a0Un cas extr\u00eame d\u2019h\u00e9t\u00e9rolinguisme\u00a0? \u00bb dans Yves Jubinville, (dir. publ.), \u00ab\u00a0Dossier critique\u00a0\u00bb, dans Larry Tremblay. 2005 [1995].\u00a0<em>The Dragonfly of Chicoutimi<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Les Herbes rouges, coll. \u00ab\u00a0Territoires\u00a0\u00bb, p. 81-102.<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. 1968 [1921]. \u00ab Psychologie collective et analyse du Moi \u00bb dans\u00a0<em>Essais de psychanalyse<\/em>\u00a0[nouvelle \u00e9dition pr\u00e9sent\u00e9e par Dr. A. Hesnard, traduit par Dr. S. Jank\u00e9l\u00e9vitch]. Paris\u00a0: Petite biblioth\u00e8que Payot, p. 83-175.<\/p>\n<p>_______. 2010 [1899-1900].\u00a0<em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em>\u00a0[traduit de l\u2019allemand et pr\u00e9sent\u00e9 par Jean-Pierre Lefebvre]. Paris, Seuil, 697 p.<\/p>\n<p>Godin, Jean Cl\u00e9o. 1996. \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019un\u00a0<em>Dragonfly\u00a0<\/em>? \u00bb.\u00a0<em>Jeu\u00a0: revue de th\u00e9\u00e2tre<\/em>, no 78, p.\u00a090-95.<\/p>\n<p>Lefebvre, Paul. 2005. \u00ab To keep in touch \u00bb dans Yves Jubinville (dir. publ.), \u00ab\u00a0Dossier critique\u00a0\u00bb, dans Larry Tremblay. 2005 [1995].\u00a0<em>The Dragonfly of Chicoutimi<\/em>. Montr\u00e9al : Les Herbes rouges, coll. \u00ab\u00a0Territoires\u00a0\u00bb, p. 77-80.<\/p>\n<p>Lesp\u00e9rance, Chiara. 2005. \u00ab Une interpr\u00e9tation micropsychanalytique \u00bb dans Yves Jubinville, (dir. publ.), \u00ab\u00a0Dossier critique\u00a0\u00bb, dans Larry Tremblay. 2005 [1995].\u00a0<em>The Dragonfly of Chicoutimi<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Les Herbes rouges, coll. \u00ab\u00a0Territoires\u00a0\u00bb, p. 132-157.<\/p>\n<p>Pommier, G\u00e9rard. 1998 [1990].\u00a0<em>Freud apolitique?<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion, coll. \u00ab\u00a0Champs \u00bb, 252 p.<\/p>\n<p>Pontalis, J.B. 2001.\u00a0<em>Ce temps qui ne passe pas<\/em>; suivi de\u00a0<em>Le compartiment de chemin de fer<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab Folio\/essais \u00bb, 230 p.<\/p>\n<p>Schwartzwald, Robert. 2005. \u00ab Chicoutimi, qui veut dire\u2026 ? Cartographies de la sexuation dans\u00a0<em>The Dragonfly of Chicoutimi<\/em>\u00a0\u00bb dans Yves Jubinville, (dir. publ.), \u00ab\u00a0Dossier critique\u00a0\u00bb, dans Larry Tremblay. 2005 [1995].\u00a0<em>The Dragonfly of Chicoutimi<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Les Herbes rouges, coll. \u00ab\u00a0Territoires\u00a0\u00bb, p. 103-131.<\/p>\n<p>Th\u00e9riault, Joseph Yvon. 2002.\u00a0<em>Critique de l\u2019am\u00e9ricanit\u00e9\u00a0: m\u00e9moire et d\u00e9mocratie au Qu\u00e9bec<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Qu\u00e9bec Am\u00e9rique, coll. \u00ab D\u00e9bats \u00bb, 373 p.<\/p>\n<p>Tremblay, Larry. 2005 [1995].\u00a0<em>The Dragonfly of Chicoutimi<\/em>, Montr\u00e9al, Les Herbes rouges, coll. \u00ab Territoires \u00bb, 204 p.<\/p>\n<p>Ubersfeld, Anne. 1982 [1978].\u00a0<em>Lire le th\u00e9\u00e2tre<\/em>. Paris\u00a0: Messidor\/\u00c9ditions sociales, coll. \u00ab\u00a0Essentiel \u00bb, 302 p.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Philippe, C\u00e9line. 2014. \u00ab The Dragonfly of Chicoutimi, ou le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une m\u00e9moire singuli\u00e8re et collective \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5559 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx ).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/philippe-20.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 philippe-20.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c1c82195-4ae5-413c-953a-314da2afb67a\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/philippe-20.pdf\">philippe-20<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/philippe-20.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c1c82195-4ae5-413c-953a-314da2afb67a\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>\u00a0Ou \u00ab\u00a0\u00e9crite en fran\u00e7ais, mais avec des mots anglais\u00a0\u00bb selon la formule de Paul Lefebvre (Lefebvre, 2005, 77). Il s\u2019agit toutefois d\u2019une hypoth\u00e8se contest\u00e9e. Par exemple, dans une analyse de cette \u0153uvre, Robert Dion affirme \u00e0 ce sujet que \u00ab\u00a0[\u2026] l\u2019on doit admettre, lorsqu\u2019on s\u2019en tient \u00e0 la seule facture du texte, qu\u2019elle est \u00e9crite en anglais, dans un\u00a0<em>basic english<\/em>\u00a0certes (tout bilingue imparfait peut facilement la lire sans dictionnaire), mais n\u00e9anmoins relativement idiomatique\u00a0\u00bb (Dion, 2005, 85).<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>\u00a0\u00c0 titre de pr\u00e9cision, le mot \u00ab\u00a0dragonfly\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0libellule\u00a0\u00bb en anglais. Force est de constater que ces deux mots sont connot\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9remment. Comme le fait remarquer Jean Cl\u00e9o Godin, qui souligne d\u2019ailleurs que ce mot renvoie aux dragons, \u00ab\u00a0[\u2026] si le terme anglais\u00a0<em>dragonfly<\/em>\u00a0est neutre, son \u00e9quivalent fran\u00e7ais a \u00e9videmment un genre qui, en l\u2019occurrence, est f\u00e9minin pour les deux sexes\u00a0:\u00a0<em>la<\/em>\u00a0libellule\u00a0\u00bb (Godin, 1996, 91). Le dragon est donc associ\u00e9 aux contes de f\u00e9e, aux \u00ab\u00a0once upon a time\u00a0\u00bb qui ponctuent le r\u00e9cit de Gaston, r\u00e9cit habit\u00e9 par l\u2019enfance. Chiara Lesp\u00e9rance a aussi abord\u00e9 cette question du \u00ab\u00a0dragonfly \u00bb, en soulignant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un exemple par lequel se donne \u00e0 voir un \u00ab\u00a0d\u00e9placement d\u2019une situation de faiblesse \u00e0 une situation de force \u00bb, un d\u00e9placement que permettrait \u00ab\u00a0[\u2026] l\u2019identification \u00e0 l\u2019agresseur, qui se manifeste par l\u2019appropriation, de la part d\u2019un francophone, de la langue de ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir\u00a0: l\u2019anglais.\u00a0\u00bb (Lesp\u00e9rance, 2005, 133). De plus, comme je le montrerai plus loin, ce mot anglais permet le surgissement d\u2019une violence \u00e0 l\u2019endroit de la m\u00e8re dans le r\u00eave de Gaston, l\u2019image du \u00ab\u00a0dragonfly\u00a0\u00bb engendrant la d\u00e9voration.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>C\u2019est d\u2019ailleurs le propre du r\u00eave, que d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0[\u2026]<em>\u00a0la satisfaction (d\u00e9guis\u00e9e) d\u2019un d\u00e9sir (r\u00e9prim\u00e9, refoul\u00e9)<\/em>\u00a0\u00bb, selon la r\u00e8gle d\u00e9couverte par Freud (Freud, 2010, 200) [l\u2019auteur souligne].<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> Il n\u2019y a qu\u2019une seule didascalie dans ce texte; elle est en fran\u00e7ais, d\u2019ailleurs, et elle surgit apr\u00e8s le r\u00e9cit en anglais.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>Gaston se pr\u00e9sente d\u2019abord au public en disant\u00a0\u00ab\u00a0I travel a lot \/ I see a lot of things \/ very different from what we are used to see here \/ of course\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 11) et il situe ainsi le temps de son \u00e9nonciation\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0so tonight my motto is \/ TO KEEP IN TOUCH\u00a0\u00bb (12).<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Le \u00ab\u00a0fifteen years ago\u00a0\u00bb d\u00e9signant la construction du nouveau pont constitue d\u2019ailleurs un indice aidant \u00e0 situer le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9nonciation.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Ce qui correspond souvent au fonctionnement du r\u00eave, comme Freud le montre\u00a0: \u00ab\u00a0[p]lus on s\u2019engage profond\u00e9ment dans l\u2019analyse des r\u00eaves, plus on est amen\u00e9 souvent sur la trace d\u2019\u00e9pisodes v\u00e9cus de l\u2019enfance qui jouent un r\u00f4le, comme sources du r\u00eave, dans le contenu onirique latent\u00a0\u00bb (Freud, 2010, 238).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Selon l\u2019expression qui constitue le titre d\u2019un ouvrage de J.B. Pontalis (2001).<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>D\u2019ailleurs, Anne Ubersfeld souligne qu\u2019un vieillard \u00ab\u00a0[\u2026] figure dans tout th\u00e9\u00e2tre la\u00a0<em>pr\u00e9sence vivante du pass\u00e9<\/em>, du r\u00e9volu historique\u00a0: tout un jeu se fait entre le\u00a0<em>vivant<\/em>\u00a0et le\u00a0<em>r\u00e9volu<\/em>\u00a0des \u00e9l\u00e9ments du pass\u00e9\u00a0\u00bb (Ubersfeld, 1982, 201 [l\u2019auteure souligne]).<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>Ce qui constitue d\u2019ailleurs un indice quant \u00e0 son \u00e2ge au moment du surgissement du r\u00eave.<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>Comme des maisons dont il d\u00e9crit ainsi l\u2019ampleur\u00a0: \u00ab\u00a0anyway I got so much success \/ with my houses and their stairways \/ maybe a total of two hundred pieces \/ the biggest one has six feet high\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 23).<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>Comme je le montrerai plus loin, Gaston tente de se faire passer pour son ami, d\u2019une part en se transformant en Pierre en prenant ses traits dans le r\u00eave, mais aussi, d\u2019autre part, par un jeu de miroir par lequel il se d\u00e9crit au public en inversant certains traits caract\u00e9ristiques de Pierre avec les siens.<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>Par exemple, \u00ab\u00a0horse\u00a0\u00bb revient \u00e0 plusieurs reprises dans le texte et se trouve d\u00e9plac\u00e9 entre autres dans une \u00ab\u00a0horse tail\u00a0\u00bb avec lesquels sont nou\u00e9s les cheveux de\u00a0la m\u00e8re de Gaston dans le r\u00eave.<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Gaston raconte ainsi les \u00e9v\u00e9nements (tout en rapportant un ordre que lui a adress\u00e9 Pierre)\u00a0: \u00ab\u00a0I drink \/ Pierre Gagnon-Connally on my back \/ Good horse \/ drink again \/ we have still a long ride to go \/ I drink again \/ looking my broken face \/ reflected in the water \/ of the river rivi\u00e8re aux Roches \/ but suddenly \/ I stand up \/ with the strenght and the surprise of a spring \/ projecting Pierre in the river \/ I turn back \/ I see his broken body on the rocks\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 54-55).<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>D\u2019ailleurs, des mots du r\u00e9cit de ce souvenir (tels que \u00ab\u00a0handle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0face\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0feel\u00a0\u00bb, ainsi que plusieurs autres mots renvoyant au jour du meurtre) reviennent s\u2019inscrire comme signifiants \u00e0 plusieurs reprises dans le texte. Aussi, cette sc\u00e8ne est racont\u00e9e autrement \u00e0 la toute fin du r\u00e9cit de r\u00eave\u00a0: \u00ab\u00a0I wake up \/ totally wet \/ I open my eyes \/ I\u2019m not on my bed \/ I\u2019m lying on a body \/ a cold and wet body \/ the dead body of Pierre Gagnon \/ my lips are on his lips \/ I\u2019m doing a mouth-to-mouth \/ I\u2019m touching his blond hair \/ I\u2019m looking his blue and fixed eyes\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 50-51). Des mots de ce passage tels que \u00ab\u00a0blue\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0fixed\u00a0\u00bb, rappelant les yeux de Pierre, s\u2019immiscent comme signifiants dans l\u2019ensemble du r\u00e9cit.<\/div><\/li><li><span>16<\/span><div>Voir \u00e0 ce sujet l\u2019article de Robert Schwartzwald, entre autres, qui montre bien comment la relation de domination entre Pierre et Gaston est porteuse d\u2019un d\u00e9sir homosexuel, se donnant \u00e0 voir avec une certaine ambigu\u00eft\u00e9 (Schwartzwald, 2005).<\/div><\/li><li><span>17<\/span><div>Jeanne Bovet affirme au sujet de cette didascalie que \u00ab\u00a0Au terme du r\u00e9cit, enfin, le fran\u00e7ais refait pleinement surface [\u2026]\u00a0\u00bb (Bovet, 2007, 52), mais que \u00ab\u00a0Une partie essentielle continue de manquer \u00e0 l\u2019appel, comme l\u2019indique bien le texte de la chanson. \u201c\u00a0J\u2019attendrai \/ le jour et la nuit \/ J\u2019attendrai toujours \/ ton retour\u00a0\u201d\u00a0: le retour de la langue fran\u00e7aise, de Pierre Gagnon, de l\u2019amour de la m\u00e8re, de Gaston Talbot tel qu\u2019en lui-m\u00eame, joyau de la couronne de celle-ci (Tremblay, 2005, 43)\u00a0\u00bb (Bovet, 2007, 53). Ce qui me semble important, c\u2019est non pas de trancher entre ces hypoth\u00e8ses, mais de souligner que cette chanson vient signifier qu\u2019un changement s\u2019est produit entre le d\u00e9but et la fin du texte. Une fois la confession accomplie, le mouvement du texte s\u2019inscrit dans celui d\u2019une attente du retour de ce qui est disparu et non plus dans les tentatives de s\u2019envoler, de quitter, d\u2019\u00e9chapper \u00e0 une situation (ne serait-ce que par le r\u00eave ou l\u2019imaginaire).<\/div><\/li><li><span>18<\/span><div>L\u2019auteur \u00e9voque d\u2019ailleurs plusieurs exemples de passages o\u00f9 le fran\u00e7ais enclenche un renversement dans la syntaxe et dans des expressions en anglais (Dion, 2005, 87-88). Dion \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se suivante\u00a0: \u00ab\u00a0On voit que si le passage du protagoniste \u00e0 la langue anglaise t\u00e9moigne de la puissance de cet idiome, le fran\u00e7ais demeure n\u00e9anmoins pr\u00e9sent pour l\u2019attaquer de l\u2019int\u00e9rieur \u2013 comme un corps \u00e9tranger, comme une cellule canc\u00e9reuse\u00a0: le minoritaire reste un danger, quoique relatif, pour le majoritaire. Par certains c\u00f4t\u00e9s \u2013 et compte tenu du fait, bien entendu, que c\u2019est un Qu\u00e9b\u00e9cois francophone qui s\u2019exprime en anglais \u2013, on peut consid\u00e9rer que c\u2019est ici le fran\u00e7ais qui corrompt l\u2019anglais, qui lui fait subir une amorce de cr\u00e9olisation assimilable aux lin\u00e9aments d\u2019une \u201cjoualisation\u201d de l\u2019anglais. Il s\u2019agirait d\u2019un renversement des conditions historiques de la cohabitation des langues en terre qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0\u00bb (88-89). Une analyse du texte permet effectivement de constater que certaines expressions y sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, dans une syntaxe tant\u00f4t b\u00e2cl\u00e9e, tant\u00f4t correcte. Par exemple, si Gaston dit \u00ab\u00a0I look my hands\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 32), le \u00ab\u00a0at\u00a0\u00bb qui devrait s\u2019ins\u00e9rer dans cette phrase est pourtant pr\u00e9sent dans d\u2019autres passages, tels que \u00ab\u00a0look at the blood \/ look at the hands \/ look at the stones\u00a0\u00bb (29).<\/div><\/li><li><span>19<\/span><div>Effectivement, l\u2019usage du mot \u00ab\u00a0mum\u00a0\u00bb est particulier, puisque ce mot s\u2019\u00e9crit ainsi surtout en Angleterre, tandis qu\u2019en Am\u00e9rique du Nord, \u00ab\u00a0mom\u00a0\u00bb (donc avec un \u00ab\u00a0o\u00a0\u00bb) est employ\u00e9 plus couramment. Aussi, ce mot \u00e9crit avec un \u00ab\u00a0u\u00a0\u00bb d\u00e9signe le mutisme, le silence et peut \u00eatre connot\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 renvoyer au fait de taire un secret, par exemple.<\/div><\/li><li><span>20<\/span><div>Avant de d\u00e9voiler le vrai nom de Pierre, Gaston avoue que \u00ab\u00a0What I told you \/ about those days spent to play with Pierre Gagnon \/ cowboys and Indians \/ in the little forest near my home \/ is not totally true \/ in fact I was the cowboy \/ he was about twelve years old \/ I was four years more than him\u00a0\/ but I was dumb \/ and he was bright \/ he was the one \/ who knew what to do \/ at the right moment \/ for the right reason \/ he was the one \/ who deserved to be the glorious cowboy\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 51).<\/div><\/li><li><span>21<\/span><div>C\u2019est lorsque Pierre Gagnon-Connally est mont\u00e9 sur le dos de Gaston qu\u2019il le traite de ce nom\u00a0: \u00ab\u00a0Go straight \/ turn left \/ left again \/ turn right \/ go straight \/ faster faster \/ son of a bitch\u00a0\u00bb (Tremblay, 2005, 54)<\/div><\/li><li><span>22<\/span><div>Voir notamment les articles de Robert Dion, Jean Cl\u00e9o Godin, Paul Lefebvre et Robert Schwartzwald en bibliographie.<\/div><\/li><li><span>23<\/span><div>D\u2019autres analyses se sont pench\u00e9es davantage sur ce qui rel\u00e8ve de l\u2019\u00ab\u00a0intime\u00a0\u00bb dans ce texte (voir entre autres\u00a0: Lesp\u00e9rance, 2005). Il existe aussi un article dans lequel les auteurs s\u2019opposent \u00e0 l\u2019id\u00e9e voulant que l\u2019anglais repr\u00e9sente la langue de la suj\u00e9tion et de l\u2019ali\u00e9nation dans cette pi\u00e8ce, sous pr\u00e9texte qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al et qu\u2019elle s\u2019adresserait donc \u00e0 un public d\u2019une ville cosmopolite, o\u00f9 les univers linguistiques se c\u00f4toient fr\u00e9quemment (Darroch et Morissette, 2005).<\/div><\/li><li><span>24<\/span><div>Je tiens \u00e0 remercier Mme Anne \u00c9laine Cliche pour ses enseignements, ses conseils et son accompagnement tout au long du chantier dans lequel cet article s&rsquo;inscrit et \u00e0 remercier Nathana\u00ebl Pono pour les r\u00e9visions de ce texte.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020 \u00ab once upon a time \/ a boy named Gaston Talbot \/ born in Chicoutimi \/ in the beautiful province of Quebec \/ in the great country of Canada \/ had a dream and that dream came true \/ does it not sound\u00a0bien chic and [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1243,1250,1251,1249,1244,1245],"tags":[307],"class_list":["post-5559","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-corps-et-nation-frontieres","category-dossier-mutations","category-dossier-transferts","category-dossier-corps-et-nation-frontieres","category-mutations","category-transferts","tag-philippe-celine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5559","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5559"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5559\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8960,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5559\/revisions\/8960"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5559"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5559"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5559"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}