{"id":5560,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/rompre-les-corps-pour-etouffer-la-memoire\/"},"modified":"2024-09-04T17:31:45","modified_gmt":"2024-09-04T17:31:45","slug":"rompre-les-corps-pour-etouffer-la-memoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5560","title":{"rendered":"Rompre les corps pour \u00e9touffer la m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6889\">Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020<\/a><\/h5>\n<p>\u00c0 la lecture de <em>La constellation du lynx <\/em>de Louis Hamelin, il appara\u00eet d\u2019embl\u00e9e que les s\u00e9visses inflig\u00e9s \u00e0 de multiples corps rev\u00eatent une importance particuli\u00e8re. Il y a effectivement une r\u00e9currence assez flagrante dans cette fiction de l\u2019histoire, portant principalement sur les \u00e9v\u00e8nements li\u00e9s \u00e0 la crise d\u2019Octobre 70, de corps agress\u00e9s, violent\u00e9s, rompus, qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre interrog\u00e9e. Ceux-ci font partie des nombreux \u00e9l\u00e9ments incongrus, des traces laiss\u00e9es par cet \u00e9pisode troublant de l\u2019histoire de la nation qu\u00e9b\u00e9coise, qui feront l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate approfondie men\u00e9e par le protagoniste de <em>La constellation<\/em>. Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son ancien professeur, l\u2019homme de lettre Chevalier Branlequeue, Samuel Nihilo reprend l\u2019enqu\u00eate de son mentor et tente de faire la lumi\u00e8re sur l\u2019incoh\u00e9rence de plusieurs faits li\u00e9s \u00e0 la crise d\u2019Octobre, sur des \u00e9v\u00e8nements que celui-ci a toujours con\u00e7us comme \u00e9tant le r\u00e9sultat d\u2019une conspiration politique. Cette entreprise prend alors la forme d&rsquo;une qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 o\u00f9 les moindres pistes, les moindres indices susceptibles d&rsquo;\u00e9clairer ces \u00e9v\u00e9nements apparaissent comme autant de points, diss\u00e9min\u00e9s dans l&rsquo;espace et le temps, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de relier afin de reconstituer la constellation brouill\u00e9e et en retrouver le sens perdu. Les recherches de Samuel le conduiront rapidement \u00e0 investiguer du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019escouade antiterroriste, des services secrets, de ces personnages qui, bien que travaillant dans l&rsquo;ombre, tirent souvent les ficelles de l\u2019histoire. Cette dimension secr\u00e8te des \u00e9v\u00e8nements d&rsquo;Octobre 70 se pr\u00e9sente par ailleurs comme intimement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;objet de notre analyse\u00a0: les nombreux s\u00e9vices corporels inflig\u00e9s aux personnages du roman sont commis afin de garder la v\u00e9rit\u00e9 dans l&rsquo;ombre, afin qu&rsquo;elle ne soit pas transmise. Un coup d\u2019\u0153il \u00e0 la page couverture du roman d\u2019Hamelin permet d\u00e9j\u00e0 d\u2019entrevoir le r\u00e9seau s\u00e9mantique des corps violent\u00e9s, que notre lecture propose de mettre en relief. On peut y voir un collet de trappeur. Il est hautement significatif que ce soit autour du coup de l\u2019animal que ce pi\u00e8ge se resserre, \u00e9tranglant ainsi la victime qui s\u2019y fait prendre, \u00e9touffant la voix embarrassante. Le lynx \u00e9trangl\u00e9 par le trappeur en d\u00e9but de roman contribue d\u2019ailleurs \u00e0 d\u00e9ployer cette all\u00e9gorie o\u00f9 la violence vise \u00e0 faire taire les voix susceptibles de t\u00e9moigner de la v\u00e9rit\u00e9. Nous nous int\u00e9resserons en outre au rapport qui peut \u00eatre \u00e9tabli entre corps et corps social, ou encore entre corps et nation. C&rsquo;est notamment \u00e0 travers cette perspective que nous consid\u00e9rerons la question de la m\u00e9moire et des actes de violence visant \u00e0 entraver sa transmission.<\/p>\n<p>Afin de permettre une meilleure compr\u00e9hension de la dimension symbolique du roman\u00a0 d&rsquo;Hamelin, il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9toffer quelque peu la pr\u00e9sentation de cette \u0153uvre riche et complexe. Hamelin d\u00e9crit lui-m\u00eame sa d\u00e9marche dans une\u00a0note de l\u2019auteur \u00e0 la fin de son roman comme<\/p>\n<blockquote>\n<p>[u]n travail de reconstitution pour lequel l\u2019imagination romanesque a servi avant tout d\u2019instrument d\u2019investigation historique. L\u2019histoire officieuse a \u00e9t\u00e9 le mortier du romancier devant la fa\u00e7ade pleine de trous d\u2019une version officielle ne tenant pas debout (Hamelin, 2010, 595).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il appara\u00eet ainsi que l\u2019auteur rejette la version officielle de cette histoire voulant que les autorit\u00e9s polici\u00e8res aient \u00e9t\u00e9 prises au d\u00e9pourvu par les enl\u00e8vements et qu\u2019elles n\u2019aient eu d\u2019autre choix que de faire appel \u00e0 l\u2019arm\u00e9e pour leur pr\u00eater main forte. Il embrasse ainsi les th\u00e8ses de Jacques Ferron (1990) et de Pierre Valli\u00e8res (1977), selon lesquelles les felquistes n\u2019auraient \u00e9t\u00e9 qu\u2019une poign\u00e9e de jeunes na\u00effs qui se seraient laiss\u00e9s manipuler par le pouvoir en place et qui auraient \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9s dans le but d\u2019\u00e9craser le mouvement ind\u00e9pendantiste, en pleine expansion \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Pour r\u00e9aliser son projet, Hamelin a men\u00e9 une enqu\u00eate m\u00e9ticuleuse pendant plusieurs ann\u00e9es au cours desquelles il s\u2019est efforc\u00e9 de comprendre cette histoire qui a laiss\u00e9 des traces et des indices soulevant plusieurs interrogations et dont le sens fait d\u00e9faut<a id=\"footnoteref1_lwo1dcy\" class=\"see-footnote\" title=\"Les incoh\u00e9rences de l\u2019histoire d\u2019Octobre sont effectivement nombreuses. \u00c0 ce titre, mentionnons, par exemple, les d\u00e9clarations contradictoires des policiers concernant la maison voisine de celle o\u00f9 \u00e9tait d\u00e9tenu Laporte; maison qui, d\u2019apr\u00e8s eux, avait \u00e9galement abrit\u00e9 des felquistes, mais qui \u00e9tait vide depuis un mois au moment de la mort du ministre, et o\u00f9 ils ont tout de m\u00eame curieusement fait une perquisition et arr\u00eat\u00e9 \u00ab\u00a0une bande de jeunes pouilleux\u00a0\u00bb (Hamelin, 2010, 554) durant la captivit\u00e9 de celui-ci, quelques jours avant sa mort. D\u2019autres incoh\u00e9rences sont li\u00e9es aux t\u00e9moignages m\u00eames des felquistes. Par exemple, Paul Rose a choisi de plaider coupable au proc\u00e8s pour le meurtre de Pierre Laporte, par solidarit\u00e9 avec ses complices de l\u2019enl\u00e8vement, alors que des \u00e9coutes polici\u00e8res ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la suite qu\u2019il a confi\u00e9 \u00e0 son avocat qu\u2019il n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas sur les lieux au moment du d\u00e9c\u00e8s. Par ailleurs, plusieurs indices expos\u00e9s dans\u00a0La constellationtendent \u00e0 d\u00e9montrer que le meurtre n\u2019\u00e9tait en fait qu\u2019un homicide involontaire. Pourquoi y avait-il un oreiller et une couverture dans la valise de la voiture o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert le cadavre? Cela n\u2019indique-t-il pas que les felquistes avaient l\u2019intention de transporter l\u2019otage vivant? Aussi, pourquoi avoir pris le risque de se faire prendre en laissant la voiture sur le terrain de la base militaire de Saint-Hubert? Avaient-ils espoir que Pierre Laporte soit retrouv\u00e9 vivant? C\u2019est \u00e0 ce genre de questions sans r\u00e9ponses que tente de r\u00e9pondre Louis Hamelin, car les t\u00e9moins directs de la crise ont toujours refus\u00e9 de faire totalement la lumi\u00e8re sur les \u00e9v\u00e9nements.\" href=\"#footnote1_lwo1dcy\">[1]<\/a><\/p>\n<h2>Histoire de fant\u00f4me<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Le personnage de roman, c\u2019est \u00e0 la fois sa faiblesse et sa force, est un ectoplasme.\u00a0\u00bb (Berthelot, 1997, 11) Cette formule m\u00e9taphorique tend \u00e0 traduire la singularit\u00e9 caract\u00e9risant ces \u00ab\u00a0\u00eatres de papier\u00a0\u00bb, pour reprendre les termes de Roland Barthes, que sont le narrateur et les personnages. C&rsquo;est une fa\u00e7on de dire que le personnage \u00ab\u00a0pr\u00e9tend avoir un corps, mais il n\u2019en a pas. Son aspect comme ses sensations font l\u2019objet de descriptions minutieuses, quand chacun sait qu\u2019il n\u2019a d\u2019autre r\u00e9alit\u00e9 que celle des mots. Bref, il existe sans exister\u00a0\u00bb (12). L\u2019auteur a donc le loisir de les modeler \u00e0 sa guise, de leur conf\u00e9rer une corporalit\u00e9 d\u00e9finie, de pr\u00e9server plut\u00f4t une certaine ambigu\u00eft\u00e9 ou m\u00eame encore de produire des figures \u00e9vanescentes. Ils sont avant tout des signes linguistiques qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9chiffrer pour en obtenir le message<a id=\"footnoteref2_8f1lrgj\" class=\"see-footnote\" title=\"bien que \u00ab\u00a0code et message, dans le cas de l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire, co\u00efncident\u00a0\u00bb (Hamon, 1977, 120)\" href=\"#footnote2_8f1lrgj\">[2]<\/a>, d\u2019apr\u00e8s la conception de Philippe Hamon dans son ouvrage <em>Pour une s<\/em><em>\u00e9<\/em><em>miologie du personnage. <\/em>Il entend effectivement \u00ab\u00a0consid\u00e9rer \u00e0 priori le personnage comme un <em>signe, <\/em>c\u2019est-\u00e0-dire choisir un \u00ab\u00a0point de vue\u00a0\u00bb qui <em>construit <\/em>cet objet en l\u2019int\u00e9grant au message d\u00e9fini lui-m\u00eame comme une communication, comme compos\u00e9 de signes linguistiques (au lieu de l\u2019accepter comme <em>donn<\/em><em>\u00e9<\/em> par une tradition critique et par une culture centr\u00e9e sur la notion de \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb humaine)\u00a0\u00bb (117).<\/p>\n<p>Incidemment, cette citation de Fran\u00e7is Berthelot, tir\u00e9e de son ouvrage <em>Le corps du h<\/em><em>\u00e9<\/em><em>ros<\/em>\u00a0<em>: pour une s<\/em><em>\u00e9<\/em><em>miologie de l<\/em><em>\u2019<\/em><em>incarnation romanesque,<\/em> semble particuli\u00e8rement adapt\u00e9e \u00e0 <em>La constellation<\/em> en ceci qu\u2019un des personnages cl\u00e9s du roman est un fant\u00f4me : celui de Paul Lavoie. L&rsquo;enjeu central du r\u00e9cit r\u00e9side effectivement dans le d\u00e9voilement des circonstances entourant la mort de Paul Lavoie; ministre lib\u00e9ral qui, en octobre 70, a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 par le FLQ (Front de lib\u00e9ration du Qu\u00e9bec) et dont le cadavre a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 sept jours plus tard dans la valise d\u2019une voiture. L\u2019on aura compris que Louis Hamelin joue avec les noms de ses personnages et que le Paul Lavoie en question est une transposition fictionnelle de Pierre Laporte. Ils ont d\u2019ailleurs les m\u00eames initiales.<\/p>\n<p>Dans <em>La constellation<\/em>, le fait qu\u2019on ait affaire \u00e0 un fant\u00f4me dans le cas de Paul Lavoie accentue la port\u00e9e symbolique de ce personnage. Ce qui est ainsi mis en \u00e9vidence, c\u2019est l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 de celui-ci. C\u2019est-\u00e0-dire que la dimension fictionnelle de ce r\u00e9cit ne cherche pas \u00e0 s\u2019effacer derri\u00e8re un effet de r\u00e9el visant \u00e0 confondre le lecteur. Elle se donne plut\u00f4t \u00e0 voir pour ce qu\u2019elle est : une transposition fictionnel de la r\u00e9alit\u00e9 et non le miroir de la r\u00e9alit\u00e9, dont le moindre d\u00e9tail serait rendu avec pr\u00e9cision. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 lire la description du personnage de Marie-Qu\u00e9bec pour s\u2019en convaincre :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Samuel avait lu un jour un roman dont l\u2019auteur tenait absolument \u00e0 lui faire savoir que la robe que portait son h\u00e9ro\u00efne \u00e9tait en lainage l\u00e9ger bleu marine, \u00e0 pans fronc\u00e9s jaune ma\u00efs avec une large ceinture \u00e0 n\u0153ud. Vous ne trouverez rien de semblable ici. Simplement, Marie-Qu\u00e9bec \u00e9tait v\u00eatue comme une jeune femme de vingt-sept ou vingt-huit ans repr\u00e9sentative de son \u00e9poque, situ\u00e9e aux confins de deux mill\u00e9naires. Pas tr\u00e8s grande, brune, les yeux et les pommettes d\u2019une Indienne, mettons (Hamelin, 2010, 91).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019abord, l\u2019adresse directe du narrateur au lecteur \u00e9limine l\u2019option classique d\u2019une transcription imm\u00e9diate de la r\u00e9alit\u00e9 effectu\u00e9e par un narrateur omniscient et immat\u00e9riel. Au contraire, ici, il y a une m\u00e9diation flagrante. Le narrateur impose sa pr\u00e9sence et dicte clairement les r\u00e8gles di\u00e9g\u00e9tiques. De cette mani\u00e8re, le lecteur est invit\u00e9 \u00e0 garder en t\u00eate qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une repr\u00e9sentation fictionnelle et symbolique de la r\u00e9alit\u00e9<a id=\"footnoteref3_430if9b\" class=\"see-footnote\" title=\"Un tel proc\u00e9d\u00e9, produisant un \u00ab\u00a0effet de distanciation\u00a0\u00bb, selon la th\u00e9orie de Bertolt Brecht, a pour fonction d\u2019entraver le processus d\u2019identification passive du spectateur ou du lecteur aux personnages qui lui sont pr\u00e9sent\u00e9s. L\u2019objectif ainsi recherch\u00e9 est d\u2019amener le spectateur ou le lecteur \u00e0 adopter une position critique et \u00e0 susciter sa r\u00e9flexion par rapport \u00e0 la construction fictionnelle \u00e0 laquelle il est confront\u00e9.\" href=\"#footnote3_430if9b\">[3]<\/a>. L\u2019ind\u00e9termination de l\u2019\u00e2ge de la jeune femme, qui est simplement \u00ab\u00a0repr\u00e9sentative de son \u00e9poque\u00a0\u00bb, proc\u00e8de \u00e9galement de ce contrat de lecture. Aussi, le \u00ab\u00a0mettons\u00a0\u00bb est-il tr\u00e8s \u00e9loquent. Il met l\u2019accent sur le fait que les caract\u00e9ristiques physiques du personnage importent peu et que ces d\u00e9tails pourraient bien \u00eatre diff\u00e9rents sans que cela ne change quoi que ce soit \u00e0 l\u2019histoire, qui, elle, est importante. \u00c9videmment, le jeu avec les pr\u00e9noms des personnages historiques contribue \u00e9galement \u00e0 saper l\u2019effet de r\u00e9el : les fr\u00e8res Rose, qui ont enlev\u00e9 Laporte, deviennent les fr\u00e8res Lafleur, Robert Bourassa devient Albert V\u00e9zina, etc. La fiction manifeste encore une fois sa pr\u00e9sence, au d\u00e9triment de l\u2019illusion r\u00e9aliste et directement r\u00e9f\u00e9rentielle, ce qui, du reste, constitue une invite de plus \u00e0 \u00eatre sensible \u00e0 la dimension symbolique que peu comporter cette \u0153uvre et \u00e0 se risquer \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n<h2>Les corps violent\u00e9s<\/h2>\n<p>La description initiale du fant\u00f4me de Paul Lavoie lui conf\u00e8re l\u2019apparence d\u2019un corps violent\u00e9 :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pr\u00e8s de la table de cuisine, le fant\u00f4me de Paul Lavoie s\u2019\u00e9tait tir\u00e9 une chaise. Le poignet de sa main gauche et le pouce et la paume de la dextre \u00e9taient enrob\u00e9s de bandages de fortune macul\u00e9s de sang s\u00e9ch\u00e9. Autour de son cou, la fine strie sanguinolente du sillon d\u2019\u00e9tranglement \u00e9tait bien visible. Il arborait des coulisses de raisin\u00e9 sous chaque narine, aux deux coins de la gueule et dans le creux des oreilles. Il avait la face bleue\u00a0(27).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il rev\u00eat ainsi l\u2019apparence de son cadavre. Aussi, se plaint-il \u00e0 Nihilo de la lenteur de son travail. Tant que celui-ci n\u2019aura pas termin\u00e9 l\u2019\u00e9criture de son livre sur la crise d\u2019Octobre et n\u2019aura pas d\u00e9voil\u00e9 les v\u00e9ritables circonstances de la mort du revenant, il ne pourra se lib\u00e9rer de sa p\u00e9nible condition : \u00ab\u00a0le probl\u00e8me, c\u2019est que tant que tu n\u2019auras pas termin\u00e9 le maudit bouquin, moi, je vais \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 me tourner les pouces ici! Et crois-moi, c\u2019est bien pire que le purgatoire\u00a0\u00bb (28). Son pi\u00e8tre \u00e9tat ainsi que son confinement sont li\u00e9s \u00e0 un d\u00e9faut de transmission de la v\u00e9rit\u00e9 sur sa mort et perdureront jusqu\u2019\u00e0 ce que la parution du livre ne vienne rem\u00e9dier \u00e0 la situation en brisant le sceau du silence d\u2019Octobre :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je sais pourquoi vous \u00eates ici, Lavoie, ai-je dit au spectre en me rasseyant. Vous \u00eates coinc\u00e9 au purgatoire. Celui de l\u2019Histoire ne fonctionne pas tout \u00e0 fait comme celui du bon Dieu. Ce sont les noms qui y s\u00e9journent, pas les \u00e2mes. Et en attendant de pouvoir rejoindre les h\u00e9ros et les martyrs du panth\u00e9on local, ou bien de vous retrouver \u00e0 la cave, parmi les tra\u00eetres \u00e0 la patrie et les sales pourris damn\u00e9s pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9, vous \u00eates forc\u00e9 d\u2019utiliser les bonnes vieilles m\u00e9thodes pour vous rappeler aux vivants. Vous m\u2019envoyez votre apparence terrestre en visite et moi, je me retrouve dans ma cuisine en train de parler \u00e0 un ectoplasme aux aurores, rien d\u2019autre qu\u2019une mani\u00e8re d\u2019hologramme artisanal finalement. On dirait que je repr\u00e9sente votre dernier espoir\u2026 (415)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la lecture, il appara\u00eet de fa\u00e7on \u00e9vidente que Sam Nihilo est un double de Louis Hamelin. En fait, celui-ci raconte dans son roman, \u00e0 travers le personnage de Nihilo, la progression de l\u2019enqu\u00eate historique qu\u2019il a lui-m\u00eame men\u00e9e pour en arriver \u00e0 tirer ses conclusions sur Octobre et \u00e0 \u00e9crire son livre. Le nom du protagoniste, Samuel Nihilo, est d\u2019ailleurs une anagramme du nom de l\u2019auteur de <em>La constellation, <\/em>ce qui d\u00e9note une mise en abyme au caract\u00e8re autofictionnel. Dans ce contexte, le fant\u00f4me de Lavoie appara\u00eet comme une m\u00e9taphore de la t\u00e2che que s\u2019est donn\u00e9e l\u2019auteur et qui le hantera jusqu\u2019\u00e0 son accomplissement : \u00ab\u00a0Et vous, vous \u00eates l\u00e0 pour me rappeler \u00e0 mes devoirs devant l\u2019Histoire et m\u2019emp\u00eacher de me suicider.\u00a0\u00bb (416)\u00a0\u00c0 la fin du roman, une fois cette t\u00e2che accomplie, l\u2019apparition de Paul Lavoie a chang\u00e9 de poil : \u00ab\u00a0Lavoie arborait un petit chapeau de plage informe en coton bleu ciel, une chemise hawa\u00efenne ouverte sur la poitrine. \u00c0 son cou, un collier de fleur avait remplac\u00e9 le sillon sanguinolent de la cha\u00eenette religieuse dans ses chairs. Il portait un sac de golf \u00e0 l\u2019\u00e9paule.\u00a0\u00bb (588)\u00a0Puis, Sam lui demande ce qu\u2019il en est de ses mains : elles sont gu\u00e9ries. C\u2019est que la justice a \u00e9t\u00e9 faite, et les v\u00e9ritables responsables de la mort de Lavoie ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce qui est d\u00e9voil\u00e9 \u00e0 travers le roman, c\u2019est l\u2019\u00e9vidence que les autorit\u00e9s avaient infiltr\u00e9 le FLQ, qu\u2019ils y avaient sans aucun doute plac\u00e9 des agents provocateurs qui ont contribu\u00e9 \u00e0 provoquer la crise, qu\u2019ils ont tir\u00e9 profit de celle-ci, car elle fournissait un excellent pr\u00e9texte pour instaurer la loi des mesures de guerre, d\u00e9ployer l\u2019arm\u00e9e dans les rues, arr\u00eater de fa\u00e7on arbitraire et emprisonner pour un temps ind\u00e9termin\u00e9 pr\u00e8s de cinq-cents innocents. L\u2019arrestation des souverainistes, syndicalistes, artistes et intellectuels aux id\u00e9es un peu trop socialistes ou progressistes au go\u00fbt des autorit\u00e9s avait pour objectif d\u2019injecter une bonne dose de peur \u00e0 la population. Il fallait freiner par tous les moyens la vague ind\u00e9pendantiste qui grossissait rapidement \u00e0 l\u2019\u00e9poque. En ce qui concerne Paul Lavoie, l\u2019enqu\u00eate r\u00e9v\u00e8le que les autorit\u00e9s savaient probablement o\u00f9 il \u00e9tait gard\u00e9 captif, car le FLQ \u00e9tait surveill\u00e9 de pr\u00e8s. Elles auront choisi de l\u2019abandonner \u00e0 son sort, de le sacrifier au nom de l\u2019unit\u00e9 nationale. Il aura \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9, et c\u2019est pourquoi son fant\u00f4me ne trouvera la paix que lorsque la justice aura \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablie et que sa m\u00e9moire ne servira plus \u00e0 cautionner la machination dont il a \u00e9t\u00e9 victime. Nihilo, et \u00e0 travers lui Hamelin, se fait son porte-voix, puisque les voix qui auraient pu apporter leur morceau de v\u00e9rit\u00e9 au casse-t\u00eate que constitue la r\u00e9alit\u00e9 historique de la crise d\u2019Octobre se sont tues ou ont \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9es. Ces voix, ce sont bien s\u00fbr celles des felquistes qui ont toujours refus\u00e9 d\u2019admettre clairement que la mort du ministre lib\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e accidentellement et qu\u2019ils aient pu avoir \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9s na\u00efvement par le pouvoir, qu\u2019ils aient pu \u00eatre, en somme, les dindons de la farce dans toute cette histoire.<\/p>\n<h2>La strangulation<\/h2>\n<p>La r\u00e9currence du motif de la strangulation dans le roman permet de signifier que tout a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre pour r\u00e9duire les corps au silence et ainsi alt\u00e9rer la m\u00e9moire d\u2019octobre. En plus de Paul Lavoie qui meurt de cette mani\u00e8re, un article du <em>Montr<\/em><em>\u00e9<\/em><em>al-Matin <\/em>dat\u00e9 du 24 novembre 1970 nous apprend qu\u2019un membre du FLQ, d\u00e9tenu en Angleterre, a myst\u00e9rieusement \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 pendu dans sa cellule :<\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>Un membre du FLQ se pend <\/strong>\u00e0 <strong>Londres<\/strong><\/p>\n<p>Si l\u2019on en croit le <em>Standard Tribune<\/em> de Londres, un jeune Canadien fran\u00e7ais, Luc Goupil, d\u00e9crit comme un sympathisant du Front de lib\u00e9ration du Qu\u00e9bec, s\u2019est pendu en fin de semaine dans une cellule de la prison de Reading, en Angleterre.<\/p>\n<p>Toujours d\u2019apr\u00e8s l\u2019article de ce journal londonien, ce jeune homme de vingt-cinq ans se serait pendu aux barreaux de sa cellule \u00e0 l\u2019aide de sa chemise au moment m\u00eame o\u00f9 la police de Scotland Yard s\u2019appr\u00eatait \u00e0 l\u2019interroger sur les r\u00e9centes activit\u00e9s du FLQ [\u2026] (305)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le lecteur de <em>La constellation <\/em>est invit\u00e9 \u00e0 rejeter la th\u00e8se du suicide. Cet assassinat d\u00e9guis\u00e9 en suicide est d\u2019ailleurs d\u00e9crit plus loin dans le roman. Le lynx \u00e9voqu\u00e9 dans le titre est ex\u00e9cut\u00e9 lui aussi par strangulation :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le masque de la b\u00eate s\u2019\u00e9carquille, d\u00e9form\u00e9 par une tension extraordinaire pendant que l\u2019humain et lui s\u2019observent, sans bouger. Puis le premier d\u2019un geste brusque empoigne \u00e0 deux mains le cou du f\u00e9lin et en serrant le soul\u00e8ve peu \u00e0 peu de terre. Les grosses pattes rondes labourent toutes griffes dehors les gants qui repoussent le chat, le tiennent \u00e0 distance, \u00e0 bout de bras [\u2026] Au cours de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 qui suit, le p\u00e8re et l\u2019enfant stup\u00e9faits voient, dans le clair-obscur de la cabane, le loup-cervier passer progressivement de la lutte aux spasmes, ils peuvent suivre l\u2019\u00e9volution du tr\u00e9pas sur sa figure \u00e9nigmatique, la grimace fig\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ultime tr\u00e9mulation qui secoue l\u2019animal tout entier (24).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette agression mortelle est d\u2019autant plus symbolique que l\u2019animal ne constitue pas un personnage jouant un r\u00f4le coh\u00e9rent dans le roman; il devient, lui aussi, tout comme Paul Lavoie, un ectoplasme. C\u2019est seulement lorsqu\u2019on met le titre et la forme de <em>La constellation du lynx<\/em> en perspective avec cet \u00e9v\u00e8nement \u2014 l\u2019animal \u00e0 la \u00ab\u00a0figure \u00e9nigmatique\u00a0\u00bb qui est exp\u00e9di\u00e9 au ciel \u2014 que cette all\u00e9gorie prend tout son sens. \u00c0 partir d\u2019une multitude de points \u00e9parses dans l\u2019espace et le temps que constituent les courts chapitres du roman \u2014 et de l\u2019Histoire \u00e9clat\u00e9e du Qu\u00e9bec moderne \u2014, la narration travaille \u00e0 retracer les liens pouvant red\u00e9finir la figure dissip\u00e9e, disloqu\u00e9e, n\u00e9cros\u00e9e; elle travaille \u00e0 reconstituer la constellation du lynx afin d\u2019en restituer le sens perdu.<\/p>\n<p>Le premier chapitre de <em>La constellation<\/em> s\u2019ouvre par une narration \u00e0 la premi\u00e8re personne. Mais ce narrateur, le propri\u00e9taire de la maison de Saint-Luc o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts les felquistes en fuite, donc t\u00e9moin cl\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements, annonce d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il ne lui reste que cinq minutes \u00e0 vivre : on ne lui laissera pas la chance de raconter son histoire, de livrer son t\u00e9moignage. On choisit de s\u2019en prendre \u00e0 sa t\u00eate, quoi de mieux pour l\u2019emp\u00eacher de parler; celle-ci finit \u00e9cras\u00e9e sous la roue d\u2019un tracteur. Un autre narrateur, externe \u00e0 l\u2019histoire d\u2019Octobre celui-l\u00e0, est donc forc\u00e9 de prendre le relais avant que la victime n\u2019ait pu m\u00eame terminer le chapitre. C\u2019est certainement pour rappeler cette mission au narrateur, celle d\u2019\u00e9lucider l\u2019\u00e9nigme, que le fant\u00f4me du lynx revient hanter les lieux de sa r\u00e9sidence. Car intrigu\u00e9 par cette curieuse pr\u00e9sence, Nihilo fait une petite recherche en biblioth\u00e8que pour t\u00e2cher de comprendre la symbolique de cet animal\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dans un bouquin sur la symbolique animali\u00e8re des cultures am\u00e9rindiennes, le lynx \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme le \u00ab\u00a0d\u00e9tenteur des secrets\u00a0\u00bb. Dans un autre ouvrage intitul\u00e9 <em>D<\/em><em>\u00e9<\/em><em>couvrir son animal-totem, <\/em>on affirmait que pour percer les secrets les plus opaques il suffisait de faire appel \u00e0 la m\u00e9decine du lynx. Aux yeux des adeptes de cette m\u00e9decine, ajoutait-on, il \u00e9tait \u00e9vident que le sphinx de l\u2019\u00c9gypte antique n\u2019\u00e9tait pas un lion comme on l\u2019avait toujours cru, mais bien un lynx. \u00ab\u00a0<em>Si le lynx frappe <\/em><em>\u00e0<\/em> <em>votre porte, <\/em><em>\u00e9<\/em><em>coutez-le!<\/em>\u00a0\u00bb (263)\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>M\u00e9moire et corps social<\/h2>\n<p>La pr\u00e9sence singuli\u00e8re dans cette fiction de l\u2019Histoire de corps agress\u00e9s, morcel\u00e9s, dont on veut \u00e9touffer la voix peut \u00eatre lue comme le symbole du mutisme qu\u2019on veut imposer aux t\u00e9moins des \u00e9v\u00e8nements historiques en lien avec la crise d\u2019Octobre, mais aussi, globalement, du mutisme qu\u2019on veut imposer \u00e0 la voix de la m\u00e9moire collective li\u00e9e \u00e0 cette crise, la m\u00e9moire \u00e9tant tributaire de son ou de ses vecteurs de transmission. On en vient ainsi \u00e0 r\u00e9duire la m\u00e9moire d\u2019Octobre \u00e0 un malaise, empreint d\u2019une ambigu\u00eft\u00e9 conflictuelle favorable au tabou, perp\u00e9tuant la confusion et la honte dans la psych\u00e9 collective. \u00c0 travers les corps individuels, c\u2019est le corps social qui est vis\u00e9, c\u2019est la communion de la collectivit\u00e9 qui \u00e9tait en voie de se forger autour d\u2019un projet d\u2019\u00e9mancipation national qu\u2019on veut \u00e0 tout prix emp\u00eacher. Dans le roman, d\u2019ailleurs, les felquistes ont bien compris cet enjeu. Ils savent qu\u2019ils risquent de perdre \u00ab\u00a0toute la sympathie qu\u2019[ils ont] r\u00e9ussi \u00e0 aller chercher avec le Manifeste\u00a0\u00bb (530); ils comprennent \u00ab\u00a0qu\u2019avec leur arm\u00e9e dans les rues, [les autorit\u00e9s risquent de] monter le monde ordinaire contre le FLQ\u00a0\u00bb (539). Aussi, les atteintes port\u00e9es aux cinq-cents corps individuels qui sont arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s suite \u00e0 la loi des mesures de guerre, qui en ressortent parfois transform\u00e9s, alt\u00e9r\u00e9s, rejaillissent sur la collectivit\u00e9, et c\u2019est toute la nation qu\u00e9b\u00e9coise qui est atteinte dans son int\u00e9grit\u00e9, puisque l\u2019humiliation que provoque l\u2019occupation de l\u2019arm\u00e9e et les arrestations arbitraires est consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Un traumatisme comme celui qu\u2019a provoqu\u00e9 la crise d\u2019Octobre produit une rupture dans l\u2019ordre symbolique. Le projet d\u2019\u00e9mancipation nationale, \u00e0 l\u2019origine porteur d\u2019espoir et de fiert\u00e9, apr\u00e8s avoir subi une telle violence symbolique, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 entach\u00e9 par un \u00e9v\u00e8nement aussi peu glorieux, a perdu une part de sa noblesse. Le flux de transmission de l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire devant mener \u00e0 bien le projet de lib\u00e9ration nationale a \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9; ne demeurent ainsi, comme r\u00e9sidus de cette histoire, qu\u2019un morcellement au go\u00fbt amer et difficile \u00e0 avaler, qu\u2019une d\u00e9faite suppl\u00e9mentaire \u00e0 ajouter au r\u00e9cit collectif des Qu\u00e9b\u00e9cois. C\u2019est donc la collectivit\u00e9 enti\u00e8re qui est amput\u00e9e de sa m\u00e9moire, le corps social qui est mutil\u00e9, car l\u2019oubli appara\u00eet comme la seule issue tol\u00e9rable pour la psych\u00e9 collective : \u00ab\u00a0La crise d\u2019Octobre \u00e9tait rest\u00e9e, depuis ce temps, la face cach\u00e9e de la lune qu\u00e9b\u00e9coise. Un trou de m\u00e9moire collectif en forme de mise \u00e0 mort.\u00a0\u00bb (510)<\/p>\n<p>Violences faites aux corps et transmission de la m\u00e9moire individuelle, dans ce roman, sont intimement li\u00e9es aux r\u00e9percussions sur le corps social et la m\u00e9moire collective.\u00a0 L\u2019individuel rejoint le collectif. Cons\u00e9quemment, on ne s\u2019\u00e9tonnera pas que la fiert\u00e9 du peuple qu\u00e9b\u00e9cois paraisse fragile dans <em>La constellation.<\/em> Cette fragilit\u00e9 transpara\u00eet d&rsquo;ailleurs m\u00e9taphoriquement \u00e0 travers le corps du personnage de Marie-Qu\u00e9bec, la copine de Nihilo, dont le nom est en ce sens assez \u00e9vocateur. Lorsqu\u2019elle lui appara\u00eet en r\u00eave, notamment, une telle caract\u00e9ristique est mise en relief de fa\u00e7on quelque peu triviale :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ils \u00e9taient sur une plage de sable blanc quelque part, il sentait palpiter la mer tout pr\u00e8s et Marie-Qu\u00e9bec marchait devant lui en lui tournant le dos, s\u2019\u00e9loignait, sans le regarder, mais consciente de la pr\u00e9sence au monde de ce cul, de sa pl\u00e9nitude charnelle, elle qui l\u2019avait beau et se d\u00e9pla\u00e7ait comme si elle avait voulu se le rentrer entre les jambes, un peu comme on rentre la t\u00eate. Et c\u2019est ainsi qu\u2019elle avait travers\u00e9 sa vie comme elle passait dans ce r\u00eave, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une figurante qui, sans le savoir, jouait le r\u00f4le principal (25).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Fiction et v\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n<p>Bien s\u00fbr, dans le roman, l\u2019histoire se termine bien : Nihilo parvient \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 mesure que je parlais, le sc\u00e9nario prenait vie, les questions rest\u00e9es inexpliqu\u00e9es s\u2019\u00e9clairaient une \u00e0 une, les pi\u00e8ces du puzzle tombaient en place. Des d\u00e9tails d\u2019abord \u00e9cart\u00e9s comme insignifiants s\u2019allumaient maintenant au fil des mots prononc\u00e9s, enfin reli\u00e9s, formant un ensemble coh\u00e9rent et logique (556).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il cherche tout de m\u00eame \u00e0 obtenir une confirmation de son hypoth\u00e8se en l\u2019exposant \u00e0 Godefroid (la version fictionnelle du felquiste Francis Simard) alors qu\u2019ils se rencontrent par hasard au Mexique :<\/p>\n<blockquote>\n<p>La maison voisine \u00e9tait un poste d\u2019observation. Pourquoi une descente de police l\u00e0? Pour jouer avec vos nerfs. Faire monter la pression. \u00c0 un \u00e9chelon ou l\u2019autre de la hi\u00e9rarchie, la d\u00e9cision de sacrifier Lavoie a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 un moment donn\u00e9. Sont pas cons. Ils pouvaient tr\u00e8s bien pr\u00e9voir l\u2019impact de sa mort sur l\u2019opinion publique, l\u2019\u00e9c\u0153urement du bon monde. Vous aviez publiquement menac\u00e9 de le tuer, alors la suite \u00e9tait logique, la fin d\u00e9j\u00e0 \u00e9crite. Eux, ils se sont content\u00e9s de vous encadrer. La sale besogne, ils vous l\u2019ont pratiquement sous-contract\u00e9e. L\u2019otage allait craquer, les ravisseur capoter, ou les deux\u2026 (556)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 d\u2019exposer sa th\u00e9orie, la confirmation arrive, mais certainement pas de la fa\u00e7on dont Nihilo pouvait l\u2019appr\u00e9hender : Godefroid finit par lui sauter \u00e0 la gorge et tente de l\u2019\u00e9trangler. Le motif de l\u2019\u00e9tranglement est alors repris, mais cette fois la parole sera gagnante\u00a0: Nihilo s\u2019en tire avec un bras cass\u00e9, ce qui ne l\u2019emp\u00eachera pas d\u2019\u00e9crire son livre. Tout cela rel\u00e8ve du fictionnel; toutefois, sans nier qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une fiction de l\u2019Histoire et qu\u2019il y a donc une transposition tr\u00e8s marqu\u00e9e et flagrante de la r\u00e9alit\u00e9 historique, la dimension r\u00e9f\u00e9rentielle de ce roman appara\u00eet comme la principale pr\u00e9occupation de l\u2019auteur. D\u2019ailleurs, Louis Hamelin s\u2019est \u00e9vertu\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre avec vigueur en entrevue<a id=\"footnoteref4_ockoy9p\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir notamment son entrevue \u00e0 l\u2019\u00e9mission Bazzo.tv. du 30 septembre 2010. [en ligne] &lt;\u00a0http:\/\/bazzotv.telequebec.tv\/occurence.aspx?id=511&amp;invite=240\u00a0&gt; (Consult\u00e9 le 5 ao\u00fbt 2014)\" href=\"#footnote4_ockoy9p\">[4]<\/a> le fondement historique de son roman et sa version des faits<a id=\"footnoteref5_8h3j5g0\" class=\"see-footnote\" title=\"D\u2019o\u00f9 peut-\u00eatre cette lutte et la blessure de Nihilo \u00e0 la fin du roman, comme illustration des hostilit\u00e9s qu\u2019Hamelin devait n\u00e9cessairement anticiper.\" href=\"#footnote5_8h3j5g0\">[5]<\/a>Pour Hamelin, l\u2019objectif de ce roman consiste certainement \u00e0 s\u2019attaquer aux relents d\u2019un traumatisme collectif qui proc\u00e8dent notamment de ce que la lumi\u00e8re n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement faite sur les \u00e9v\u00e8nements d\u2019Octobre, de ce que les failles et incoh\u00e9rences de cette histoire n\u2019aient jamais \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement \u00e9lucid\u00e9es. Dans <em>La constellation du lynx, <\/em>les multiples s\u00e9vices subis par les corps t\u00e9moignent de la guerre id\u00e9ologique qui s\u2019est jou\u00e9e en Octobre 70, au plan individuel, mais \u00e9galement collectif; ils t\u00e9moignent aussi du mutisme et de l\u2019alt\u00e9ration de la m\u00e9moire de ces \u00e9v\u00e8nements historiques. Pour que ceux-ci soient mis en lumi\u00e8re, sans doute fallait-il attendre que la fiction romanesque se saisisse de cette histoire et retrace les liens probants entre les diff\u00e9rents indices h\u00e9t\u00e9roclites et sibyllins qui subsistent autour des \u00e9v\u00e8nements de cette crise, qu\u2019elle jette ainsi un pav\u00e9 dans le mar\u00e9cage de sa version officielle. Mais pour que la m\u00e9moire d\u2019Octobre reprenne enfin tous ses droits, il faudra encore que plusieurs lecteurs de <em>La constellation<\/em> se saisissent de cette histoire et d\u00e9cident de mener leur propre investigation, qu\u2019ils entreprennent de se r\u00e9approprier la m\u00e9moire de leur collectivit\u00e9, de leur nation. Ils respecteraient certainement ainsi la volont\u00e9 de Louis Hamelin, qui a fait de la filiation, et de la transmission qui lui est inh\u00e9rente, une question centrale de son roman, articul\u00e9e autour de la relation professeur\/\u00e9tudiant (de litt\u00e9rature), mais \u00e9galement autour de la relation auteur\/lecteur d\u2019une nouvelle forme de roman engag\u00e9 envers la question nationale.\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Berthelot, Francis. 1997.\u00a0<em>Le corps du h<\/em><em>\u00e9<\/em><em>ros : Pour une s<\/em><em>\u00e9<\/em><em>miologie de l<\/em><em>\u2019<\/em><em>incarnation romanesque.\u00a0<\/em>Paris : Nathan Universit\u00e9, 192 p.<\/p>\n<p>Hamelin, Louis. 2010.\u00a0<em>La constellation du lynx.<\/em>\u00a0Montr\u00e9al : Bor\u00e9al, 596 p.<\/p>\n<p>Ferron, Jacques. 1990.\u00a0<em>Une amiti<\/em><em>\u00e9<\/em><em>\u00a0bien particuli<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re.\u00a0<\/em><em>Lettres de Jacques Ferron\u00a0<\/em><em>\u00e0<\/em>\u00a0<em>John Grube.\u00a0<\/em>Sherbrooke : Bor\u00e9al, 256 p.<\/p>\n<p>Valli\u00e8res, Pierre. 1977.\u00a0<em>L<\/em><em>\u2019<\/em><em>ex<\/em><em>\u00e9<\/em><em>cution de Pierre Laporte.\u00a0<\/em>Montmagny : Qu\u00e9bec\/Am\u00e9rique, 218 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_lwo1dcy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_lwo1dcy\">[1]<\/a> Les incoh\u00e9rences de l\u2019histoire d\u2019Octobre sont effectivement nombreuses. \u00c0 ce titre, mentionnons, par exemple, les d\u00e9clarations contradictoires des policiers concernant la maison voisine de celle o\u00f9 \u00e9tait d\u00e9tenu Laporte; maison qui, d\u2019apr\u00e8s eux, avait \u00e9galement abrit\u00e9 des felquistes, mais qui \u00e9tait vide depuis un mois au moment de la mort du ministre, et o\u00f9 ils ont tout de m\u00eame curieusement fait une perquisition et arr\u00eat\u00e9 \u00ab\u00a0une bande de jeunes pouilleux\u00a0\u00bb (Hamelin, 2010, 554) durant la captivit\u00e9 de celui-ci, quelques jours avant sa mort. D\u2019autres incoh\u00e9rences sont li\u00e9es aux t\u00e9moignages m\u00eames des felquistes. Par exemple, Paul Rose a choisi de plaider coupable au proc\u00e8s pour le meurtre de Pierre Laporte, par solidarit\u00e9 avec ses complices de l\u2019enl\u00e8vement, alors que des \u00e9coutes polici\u00e8res ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la suite qu\u2019il a confi\u00e9 \u00e0 son avocat qu\u2019il n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas sur les lieux au moment du d\u00e9c\u00e8s. Par ailleurs, plusieurs indices expos\u00e9s dans\u00a0<em style=\"font-size: 13.0080003738403px; line-height: 20.0063037872314px;\">La constellation<\/em>tendent \u00e0 d\u00e9montrer que le meurtre n\u2019\u00e9tait en fait qu\u2019un homicide involontaire. Pourquoi y avait-il un oreiller et une couverture dans la valise de la voiture o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert le cadavre? Cela n\u2019indique-t-il pas que les felquistes avaient l\u2019intention de transporter l\u2019otage vivant? Aussi, pourquoi avoir pris le risque de se faire prendre en laissant la voiture sur le terrain de la base militaire de Saint-Hubert? Avaient-ils espoir que Pierre Laporte soit retrouv\u00e9 vivant? C\u2019est \u00e0 ce genre de questions sans r\u00e9ponses que tente de r\u00e9pondre Louis Hamelin, car les t\u00e9moins directs de la crise ont toujours refus\u00e9 de faire totalement la lumi\u00e8re sur les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p id=\"footnote2_8f1lrgj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_8f1lrgj\">[2]<\/a> bien que \u00ab\u00a0code et message, dans le cas de l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire, co\u00efncident\u00a0\u00bb (Hamon, 1977, 120)<\/p>\n<p id=\"footnote3_430if9b\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_430if9b\">[3]<\/a> Un tel proc\u00e9d\u00e9, produisant un \u00ab\u00a0effet de distanciation\u00a0\u00bb, selon la th\u00e9orie de Bertolt Brecht, a pour fonction d\u2019entraver le processus d\u2019identification passive du spectateur ou du lecteur aux personnages qui lui sont pr\u00e9sent\u00e9s. L\u2019objectif ainsi recherch\u00e9 est d\u2019amener le spectateur ou le lecteur \u00e0 adopter une position critique et \u00e0 susciter sa r\u00e9flexion par rapport \u00e0 la construction fictionnelle \u00e0 laquelle il est confront\u00e9.<\/p>\n<p id=\"footnote4_ockoy9p\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_ockoy9p\">[4]<\/a> Voir notamment son entrevue \u00e0 l\u2019\u00e9mission Bazzo.tv. du 30 septembre 2010. [en ligne] &lt;\u00a0<a href=\"http:\/\/bazzotv.telequebec.tv\/occurence.aspx?id=511&amp;invite=240\">http:\/\/bazzotv.telequebec.tv\/occurence.aspx?id=511&amp;invite=240<\/a>\u00a0<u>&gt; (Consult\u00e9 le 5 ao\u00fbt 2014)<\/u><\/p>\n<p id=\"footnote5_8h3j5g0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_8h3j5g0\">[5]<\/a> D\u2019o\u00f9 peut-\u00eatre cette lutte et la blessure de Nihilo \u00e0 la fin du roman, comme illustration des hostilit\u00e9s qu\u2019Hamelin devait n\u00e9cessairement anticiper.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Auger, Dominic. 2014. \u00ab Rompre les corps pour \u00e9touffer la m\u00e9moire \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5560 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx ).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/auger-20.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 auger-20.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-eb242c9f-6099-4a3b-b828-4645635144a9\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/auger-20.pdf\">auger-20<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/auger-20.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-eb242c9f-6099-4a3b-b828-4645635144a9\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Corps et nation: fronti\u00e8res, mutation, transfert \u00bb, n\u00b020 \u00c0 la lecture de La constellation du lynx de Louis Hamelin, il appara\u00eet d\u2019embl\u00e9e que les s\u00e9visses inflig\u00e9s \u00e0 de multiples corps rev\u00eatent une importance particuli\u00e8re. Il y a effectivement une r\u00e9currence assez flagrante dans cette fiction de l\u2019histoire, portant principalement sur les \u00e9v\u00e8nements li\u00e9s [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1243,1249,1250,1251,1244,1245],"tags":[10],"class_list":["post-5560","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-corps-et-nation-frontieres","category-dossier-corps-et-nation-frontieres","category-dossier-mutations","category-dossier-transferts","category-mutations","category-transferts","tag-auger-dominic"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5560","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5560"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5560\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8959,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5560\/revisions\/8959"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5560"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5560"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5560"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}