{"id":5565,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/tu-me-manques\/"},"modified":"2024-08-29T18:05:32","modified_gmt":"2024-08-29T18:05:32","slug":"tu-me-manques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5565","title":{"rendered":"Tu me manques"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\">Dossier \u00ab&nbsp;Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p><em>\u00c9crire, aimer. Je vois que cela se vit dans le m\u00eame inconnu. Dans le m\u00eame d\u00e9fi de la connaissance mise au d\u00e9sespoir.<\/em><\/p>\n<p>Marguerite Duras <a id=\"footnoteref1_h34dddw\" class=\"see-footnote\" title=\" Propos de Duras (Fernandes, 1986, 145). \" href=\"#footnote1_h34dddw\">[1]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parce qu\u2019il est con\u00e7u comme le sentiment le plus grand et le plus puissant, l\u2019amour d\u00e9borde du domaine du connaissable et r\u00e9siste aux diff\u00e9rents efforts de compr\u00e9hension. Tant\u00f4t de l\u2019ordre de l\u2019irrationnel, tant\u00f4t du spirituel, son exp\u00e9rience et sa mise en r\u00e9cit r\u00e9v\u00e8lent plus souvent qu\u2019autrement la faille du savoir et du logos.<\/p>\n<p>Dans une conf\u00e9rence intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Le ressassement ou le droit \u00e0 la litt\u00e9rature (N\u0153ud, point \u2013 arriver \u00e0 s&rsquo;effacer)\u00a0\u00bb, Jacques Derrida interroge le lien fondamental entre le ressassement et l&rsquo;\u00e9criture dans une attention port\u00e9e \u00e0 la locution \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb. \u00c0 la fois engagement, aveu et promesse d&rsquo;amour, \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb est une d\u00e9claration performative qui noue le sujet \u00e0 une it\u00e9ration paradoxalement unique <em>et<\/em> infinie\u00a0: pour toujours et une fois pour toutes. C&rsquo;est \u00e9galement une conclusion que tire Roland Barthes dans ses <em>Fragments d&rsquo;un discours amoureux<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Je-t&rsquo;aime <\/em>est sans nuances. Il supprime les explications, les am\u00e9nagements, les degr\u00e9s, les scrupules. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re \u2013 paradoxe exorbitant du langage \u2013, dire <em>je-t&rsquo;aime<\/em>, c&rsquo;est faire comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun th\u00e9\u00e2tre de la parole, et ce mot est toujours <em>vrai<\/em> (il n&rsquo;a d&rsquo;autre r\u00e9f\u00e9rent que sa prof\u00e9ration\u00a0: c&rsquo;est un performatif). (1977, 177)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dire \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb, c&rsquo;est en quelque sorte se commettre \u00e0 un combat acharn\u00e9 avec le temps de l&rsquo;\u00e9nonciation et son effectivit\u00e9. C&rsquo;est-\u00e0-dire que cela implique la n\u00e9gation d&rsquo;une r\u00e9p\u00e9tition pass\u00e9e et la compulsion du temps pr\u00e9sent, ce qui marque le rapport \u00e0 l&rsquo;occurrence de la d\u00e9claration d&rsquo;amour, le rapport \u00ab\u00a0au retour de ce qui chaque fois se dit une seule fois\u00a0\u00bb (Derrida, 2001, 323). En litt\u00e9rature et en art, la narrativit\u00e9 de la rencontre et de la promesse amoureuses donne \u00e0 penser ce d\u00e9sordre de la temporalit\u00e9 \u00e9nonciative.<\/p>\n<table style=\"width: 700px;\" border=\"2\" width=\"956\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\" align=\"left\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 255px;\">&lt;p\u2026 Je te rencontrefaite \u00e0 la taille de l&rsquo;amour?taille de mon corps m\u00eame? &lt;pD\u00e9vore-moi. &lt;pD\u00e9forme-moi jusqu&rsquo;\u00e0 la laideur. &lt;p(Duras, 2008, 35)<\/td>\n<td style=\"width: 254px;\">\n<p>Je me souviens de toi.<\/p>\n<p>Cette ville \u00e9tait faite \u00e0 la taille de l&rsquo;amour.<\/p>\n<p>Tu \u00e9tais fait\u00a0 \u00e0 la taille de mon corps m\u00eame.<\/p>\n<p>Qui es-tu?<\/p>\n<p>Tu me tues.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais faim. Faim d&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9s, d&rsquo;adult\u00e8res, de mensonges et de mourir.<\/p>\n<p>Depuis toujours.<\/p>\n<p>Je me doutais bien qu&rsquo;un jour tu me tomberais dessus.<\/p>\n<p>Je t&rsquo;attendais dans une impatience sans borne, calme.<\/p>\n<p>D\u00e9vore-moi. D\u00e9forme-moi \u00e0 ton image afin qu&rsquo;aucun autre, apr\u00e8s toi ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Nous allons rester seuls, mon amour.<\/p>\n<p>La nuit ne va pas finir.<\/p>\n<p>Le jour ne se l\u00e8vera plus sur personne.<\/p>\n<p>Jamais. Jamais plus. Enfin.<\/p>\n<p>Tu me tues.<\/p>\n<p>Tu me fais du bien.<\/p>\n<p>Nous pleurerons le jour d\u00e9funt avec conscience et bonne volont\u00e9.<\/p>\n<p>Nous n&rsquo;aurons plus rien d&rsquo;autre \u00e0 faire, plus rien que pleurer le jour d\u00e9funt.<\/p>\n<p>De temps passera. Du temps seulement.<\/p>\n<p>Et du temps va venir.<\/p>\n<p>Du temps viendra. O\u00f9 nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira. Le nom s&rsquo;en effacera peu \u00e0 peu de notre m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Puis, il dispara\u00eetra tout \u00e0 fait.<\/p>\n<p>(Duras, 2008, 115)<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>C&rsquo;est comme cela que l\u2019\u0153uvre de Marguerite Duras met en r\u00e9cit un temps apocalyptique, qui en vient \u00e0 se d\u00e9finir comme temps de l&rsquo;amour. Dans <em>Hiroshima mon amour<\/em> (pour se limiter \u00e0 ce texte de Duras), la romance entre l&rsquo;actrice fran\u00e7aise et l&rsquo;homme japonais se superpose aux r\u00e9cits de mort et de destruction de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et de l&rsquo;explosion de la bombe atomique. C&rsquo;est dans leurs embrassades que surgit et resurgit, comme autant de \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb profess\u00e9s \u00e0 l&rsquo;autre, \u00ab\u00a0Tu n&rsquo;as rien vu \u00e0 Hiroshima\u00a0\u00bb. L&rsquo;histoire intime se glisse dans les mailles de l&rsquo;Histoire et c&rsquo;est dans cette br\u00e8che que fait irruption l&rsquo;amour, qui met \u00e0 mal l&rsquo;ambition totalisante de la m\u00e9moire collective. Le temps de l&rsquo;amour, fait de r\u00e9p\u00e9titions, de d\u00e9calages et de contrecoups, est le produit de la mort qui se donne comme une nouvelle une origine narrative. C&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rochronie du temps pr\u00e9sent signe la fin de l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9, de l&rsquo;existence pass\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Tout se m\u00e9langera sans principe pr\u00e9con\u00e7u et de la fa\u00e7on dont ce m\u00e9lange doit se faire chaque jour, partout, o\u00f9 sont les couples bavards du premier jour.\u00a0\u00bb (15) \u00c9v\u00e9nement des derniers temps et couple du premier jour, donc. \u00c0 l&rsquo;arbitraire et l&rsquo;absurde de la destruction et \u00e0 la lin\u00e9arit\u00e9 du temps de l&rsquo;Histoire, Duras oppose l&rsquo;histoire d&rsquo;amour, qui appara\u00eet comme la seule n\u00e9cessit\u00e9\u00a0: elle est ce qui se pr\u00e9sente depuis l&rsquo;impensable, mais qui demeure la seule chose qui puisse encore \u00eatre pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Si Derrida souligne le caract\u00e8re performatif du \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb dans sa d\u00e9claration m\u00eame, il avance \u00e9galement la non-performativit\u00e9 de celui-ci. Alors qu&rsquo;un performatif, selon la th\u00e9orie des <em>Speech acts<\/em>, implique l&rsquo;intention d&rsquo;un sujet qui produit ce qu&rsquo;il dit, la ma\u00eetrise d&rsquo;un contexte l\u00e9gitime et de r\u00e8gles conventionnelles d&rsquo;\u00e9nonciation, \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb est une phrase que l&rsquo;on dit dans savoir ce que l&rsquo;on dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[L]a force qui dicte ce \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb vient \u00e9videmment d&rsquo;ailleurs. Elle n&rsquo;a pas de sens, si on peut dire\u00a0: le sujet, au fond, ne sait pas ce qu&rsquo;il dit, il ne contr\u00f4le pas cette puissance d&rsquo;\u00e9nonciation, ni ce qui le pousse \u00e0 la r\u00e9p\u00e9ter. Et, par cons\u00e9quent, cette compulsion de r\u00e9p\u00e9tition prive la phrase de sens, tout en y affirmant une puissance qui exc\u00e8de le sujet. (2001, 325)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette force qui pousse le sujet au ressassement tirerait sa source dans la premi\u00e8re d\u00e9claration d&rsquo;amour, si on suit encore une fois Barthes; \u00ab\u00a0Pass\u00e9 le premier aveu, <em>\u00a0\u00bbje t&rsquo;aime\u00a0\u00bb<\/em> ne veut plus rien dire\u00a0: il ne fait que reprendre d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9nigmatique, tant elle para\u00eet vide, l&rsquo;ancien message (qui peut-\u00eatre n&rsquo;est pas pass\u00e9 par ces mots). Je le r\u00e9p\u00e8te hors de toute pertinence; il sort du langage, il divague, o\u00f9?\u00a0\u00bb (1977, 175). Un \u00e9v\u00e9nement amoureux, celui produit par le \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb, serait ainsi effectif et triomphant par la non-performativit\u00e9 de cette d\u00e9claration, par ce qui d\u00e9borde du sujet, ce qui le d\u00e9fini hors du langage; c&rsquo;est dans le mouvement de cette fonctionnalit\u00e9 apor\u00e9tique que proc\u00e8de cette \u00ab\u00a0situation limite \u00a0<a id=\"footnoteref2_97xpfby\" class=\"see-footnote\" title=\" Barthes paraphrase ici Jacques Lacan\u00a0: \u00ab\u00a0Je-t'aime n'est pas une phrase\u00a0: il ne transmet pas un sens, mais s'accroche \u00e0 une situation limite\u00a0: ''celle o\u00f9 le sujet est suspendu dans un rapport sp\u00e9culaire \u00e0 l'autre''. C'est une holophrase.\u00a0\u00bb (1977, 176) \" href=\"#footnote2_97xpfby\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il y a vingt ans paraissait <em>To Bring You My Love<\/em> de PJ Harvey. Construit \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un livre de pri\u00e8res, cet album est enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;amoureux absent, celui qui a disparu, qui a abandonn\u00e9 et d\u00e9sert\u00e9 l&rsquo;amante. C&rsquo;est sous le signe de la d\u00e9votion en effet, au sens religieux du terme, que la chanteuse construit le r\u00e9cit qui se pr\u00e9sente sous la forme d&rsquo;une imploration d&rsquo;un amour sacr\u00e9. <em>To Bring You My Love<\/em>, qui s&rsquo;ouvre sur la chanson \u00e9ponyme, ancre d&#8217;embl\u00e9e le r\u00e9cit dans un univers ponctu\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences bibliques\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>I was born in the desert \/ I been down for years \/ Jesus, come closer \/ I think my time is near \/ And I&rsquo;ve traveled over \/ Dry earth and floods \/ Hell and high water \/ To bring you my love \/ Climbed over mountains \/ Travelled the sea \/ Cast down off heaven \/ Cast down on my knees \/ I&rsquo;ve laid with the devil \/ Cursed god above \/ Forsaken heaven \/ To bring you my love (<em>To Bring You My Love<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La plainte est ainsi port\u00e9e par la voix creuse, envo\u00fbtante et languissante de la chanteuse. D\u00e9ployant sa supplication en un long g\u00e9missement, en un \u00ab\u00a0Long Snake Moan\u00a0\u00bb (<em>Long Snake Moan<\/em>), qui suit le rythme r\u00e9p\u00e9titif de l&rsquo;incantation, la promesse d&rsquo;amour est prof\u00e9r\u00e9e telle une offrande. Destin\u00e9 au \u00ab\u00a0Man above\u00a0\u00bb (<em>Working for the man<\/em>), la chanteuse implore l&rsquo;amour \u00e0 un au-del\u00e0, comme si l&rsquo;amour ne pouvait en passer que par l\u00e0, ne pouvait se transmettre qu&rsquo;en faisant appel \u00e0 la figure du Grand Absent, celle de Dieu\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>I&rsquo;m begging, Jesus, please \/ Send his love to me \/<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>How long must I suffer? \/ Dear God, I&rsquo;ve served my time \/ This love becomes my torture \/ This love, my only crime \/ Oh lover please release me \/ My arms too weak to grip \/ My eyes to dry for weeping \/ My lips too dry to kiss\u00a0 (<em>Send His Love To Me<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est dans l&rsquo;exc\u00e8s de sens que fournit le monde divin que le \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb se laisse saisir. L\u2019\u0153uvre de PJ Harvey prend ainsi acte de la non-performativit\u00e9 du \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;entendait Derrida, en destinant sa plainte aux dieux, r\u00e9cepteurs tous d\u00e9sign\u00e9s, et en installant son \u00e9nonciation dans une mise en sc\u00e8ne biblique. Comme si, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un miroir invers\u00e9, ce n&rsquo;\u00e9tait que dans ce contexte transcendant, dans ce champ s\u00e9mantique sp\u00e9cifique, et selon les modalit\u00e9s \u00e9nonciatives de la pri\u00e8re et de l&rsquo;incantation, que le \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb trouvait la l\u00e9gitimit\u00e9 et l&rsquo;effectivit\u00e9 de sa prononciation; comme si, puisqu&rsquo;elle ne touche pas son destinataire (l&rsquo;amoureux disparu), puisqu&rsquo;elle rate d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sa cible, elle mettait en lumi\u00e8re la part d&rsquo;irrationalit\u00e9 de la d\u00e9claration amoureuse et donc l&rsquo;in\u00e9vitable d\u00e9route de sa performativit\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>De Duras \u00e0 PJ Harvey l&rsquo;amour se produit depuis l&rsquo;impensable\u00a0: depuis l&rsquo;absence, l&rsquo;exc\u00e8s, la mort, Dieu; la parole amoureuse surgit \u00e0 partir d&rsquo;un manque \u00e0 dire, \u00e0 savoir, et \u00e0 toucher l&rsquo;autre (et l&rsquo;Autre)\u00a0: \u00ab\u00a0On croit savoir. Et puis, non. Jamais.\u00a0\u00bb (Duras, 2008, 109) Si pour Derrida le ressassement particulier de la locution \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb rend compte de la d\u00e9robade de la cause de sa formulation, et donc de la part d&rsquo;inconnaissable et d&rsquo;incontr\u00f4lable de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement amoureux m\u00eame, l&rsquo;auteure et la musicienne dirigent leur voix vers ce trou noir, cet abysse. Par l&rsquo;insistance d&rsquo;une temporalit\u00e9 apocalyptique, rythm\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition, la scansion et les retours, le discours amoureux advient et s\u2019impose \u00e0 elles comme une exp\u00e9rience de perte et de d\u00e9saveu. C&rsquo;est dans cette faille que s&rsquo;ouvre l&rsquo;espace tragique de l&rsquo;\u00e9criture et de la cr\u00e9ation qui fait co\u00efncider le \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0tu me manques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>BARTHES, Roland. 1977. <em>Fragments d&rsquo;un discours amoureux<\/em>, Paris : Seuil, coll. \u00ab Tel Quel \u00bb.<\/p>\n<p>DERRIDA, Jacques. 2001. \u00ab Le ressassement ou le droit \u00e0 la litt\u00e9rature (N\u0153ud, point \u2013 arriver \u00e0 s&rsquo;effacer) \u00bb, dans Rabat\u00e9, Dominique et Yves Vade (dir.). 2001. <em>\u00c9critures du ressassement<\/em>. Bordeaux : Presses Universitaires de Bordeaux, pp. 309-327.<\/p>\n<p>DURAS, Marguerite. 2008 [1960]. <em>Hiroshima mon amour<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 155 p.<\/p>\n<p>FERNANDES, Marie-Pierre. 1986. <em>Travailler avec Duras<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 216 p.<\/p>\n<p>To Bring You My Love. Londres\u00a0: Island Records, 42:27 mins.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_h34dddw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_h34dddw\">[1]<\/a> Propos de Duras (Fernandes, 1986, 145).<\/p>\n<p id=\"footnote2_97xpfby\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_97xpfby\">[2]<\/a> Barthes paraphrase ici Jacques Lacan\u00a0: \u00ab\u00a0Je-t&rsquo;aime n&rsquo;est pas une phrase\u00a0: il ne transmet pas un sens, mais s&rsquo;accroche \u00e0 une situation limite\u00a0: \u00a0\u00bbcelle o\u00f9 le sujet est suspendu dans un rapport sp\u00e9culaire \u00e0 l&rsquo;autre\u00a0\u00bb. C&rsquo;est une holophrase.\u00a0\u00bb (1977, 176)<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Pelletier, Laurence. 2015. \u00ab\u00a0Pr\u00e9face\u00a0: Tu me manques\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022, En\u00a0ligne &lt; http:\/\/revuepostures.com\/fr\/preface-22 &gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/preface-22.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 preface-22.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-7a1d71c0-afcd-4791-b640-6189b3463e2c\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/preface-22.pdf\">preface-22<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/preface-22.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-7a1d71c0-afcd-4791-b640-6189b3463e2c\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab&nbsp;Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022 \u00c9crire, aimer. 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