{"id":5566,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/renart-personnage-paradoxal-des-contes-a-rire-de-la-france-medievale\/"},"modified":"2024-08-29T18:19:21","modified_gmt":"2024-08-29T18:19:21","slug":"renart-personnage-paradoxal-des-contes-a-rire-de-la-france-medievale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5566","title":{"rendered":"Renart, personnage paradoxal des contes \u00e0 rire de la France m\u00e9di\u00e9vale"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\">Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022<\/a><\/h5>\n<p>L\u2019\u00e2ge classique m\u00e9di\u00e9val<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Le Classicisme m\u00e9di\u00e9val couvre les XII<sup>e<\/sup> et XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Ces p\u00e9riodes correspondent \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 agricole, au d\u00e9veloppement des villes, \u00e0 des grandes r\u00e9alisations culturelles et artistiques, avec l\u2019ouverture des universit\u00e9s, notamment celle de Paris en 1200. Elle re\u00e7oit, en 1252, le nom de Sorbonne, qu\u2019elle porte encore aujourd\u2019hui. Les XII<sup>e<\/sup> et XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles sont ainsi qualifi\u00e9s de Si\u00e8cles des Lumi\u00e8res, appel\u00e9s \u00ab \u00c2ge classique m\u00e9di\u00e9val \u00bb. C\u2019est \u00ab le beau Moyen \u00c2ge \u00bb ou\u00a0 le \u00abMoyen \u00c2ge flamboyant \u00bb. <\/span> fran\u00e7ais a vu na\u00eetre, dans l\u2019univers des r\u00e9cits drolatiques<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Les r\u00e9cits drolatiques concernent particuli\u00e8rement <em>Le Roman de Renart<\/em> et les fabliaux qualifi\u00e9s de litt\u00e9rature de la \u00ab\u00a0ris\u00e9e\u00a0\u00bb ou litt\u00e9rature du gros rire. Ces textes sont d\u00e9finis comme \u00ab\u00a0des contes \u00e0 rire\u00a0\u00bb, comme \u00ab\u00a0de bonnes histoires \u00e0 servir apr\u00e8s le repas\u00a0\u00bb, et racont\u00e9s par \u00ab\u00a0anvoise\u00fcre\u00a0\u00bb (plaisanterie) \u00ab\u00a0por deliter\u00a0\u00bb (pour s\u2019amuser) lors des f\u00eates et des veill\u00e9es, comme le d\u00e9clare, dans le prologue, l\u2019auteur de la branche IV, \u00ab\u00a0Ysengrin dans le puits\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab Or me convient tel chose dire \/ Dont je vos puisse fere rire. \/ Maintenant, il faut que je vous raconte \/ Une histoire qui vous divertisse.\u00a0\u00bb <\/span>, un personnage atypique, paradoxal, aux exploits d\u00e9routants, mais captivants\u00a0: Renart le goupil<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> Ancien nom du renard en ancien fran\u00e7ais, langue en vigueur au d\u00e9but de l\u2019\u00e8re carolingienne (IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle). <\/span>. H\u00e9ros sybillin, caract\u00e9ris\u00e9 par la fuite, le personnage donne une cadence actantielle effr\u00e9n\u00e9e \u00e0 la narration bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9ternel retour et l\u2019immortalit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> L\u2019immortalit\u00e9 de Renart tire sa vitalit\u00e9 et sa p\u00e9rennisation dans la mort feinte, ruse qui consiste, de la\u00a0 part du d\u00e9cepteur, \u00e0 adopter pendant un temps plus ou moins limit\u00e9 l\u2019attitude d\u2019un animal mort\u00a0: l\u2019animal s\u2019allonge sur le dos et reste vigoureusement immobile en retenant son souffle\u00a0; les pattes en l\u2019air, les yeux ferm\u00e9s, les babines retrouss\u00e9es sur les dents. Cette technique est utilis\u00e9e dans les aventures de chasse et lors des duels judiciaires. Elle n\u2019est pas seulement un moyen de gagner du temps, mais de s\u2019assurer de l\u2019avenir\u00a0; elle n\u2019est pas non plus un moyen ponctuel de r\u00e9pondre \u00e0 un besoin, elle est une fa\u00e7on de (faussement) mourir pour (vraiment) rena\u00eetre, d\u2019entrer en clandestinit\u00e9 pour mieux r\u00e9gner. Cf Micheline de Combarieu du Gr\u00e8s, \u00ab\u00a0Faire la mort veille\u00a0: la ruse de la mort feinte dans <em>Le Roman de Renart<\/em>\u00a0\u00bb, in <em>Prisma<\/em> VII \/2, CESCM, Poitiers, juillet, d\u00e9cembre, 1991, p. 170. <\/span> (Combarieu du Gr\u00e8s, 1991, 170). Le texte renardien met admirablement en sc\u00e8ne, en effet, un h\u00e9ros rus\u00e9 et perp\u00e9tuellement en fuite, faisant du <em>Roman de Renart<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> L\u2019\u00e9dition sur laquelle nous travaillons et dont sont extraites toutes les citations est la suivante\u00a0: Jean Dufournet et Andr\u00e9 M\u00e9line, <em>Le Roman de Renart<\/em>, Paris, Garnier-Flammarion, 2 tomes, 2005. <\/span> (Dufournet et M\u00e9line, 2005), une <em>po\u00efesis<\/em>, une \u0153uvre fond\u00e9e sur la relance perp\u00e9tuelle des aventures cocasses et \u00e9poustouflantes du goupil. La saga renardienne d\u00e9veloppe une probl\u00e9matique dans laquelle s\u2019inscrit l\u2019esprit de cette r\u00e9flexion\u00a0: Renart, personnage paradoxal.<\/p>\n<p>R\u00e9fl\u00e9chir sur le comportement singulier de ce h\u00e9ros animal revient \u00e0 le pister dans ses qu\u00eates, surtout alimentaires. Tant\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9 dans un g\u00e9linier, tant\u00f4t aux prises avec les m\u00e2tins des vilains riches tels Bertolt et Li\u00e9tart, tant\u00f4t encore en conflit avec les moines dans une abbaye ou \u00e0 l\u2019or\u00e9e d\u2019un essart, \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un sous bois, d\u2019une for\u00eat, d\u2019une clairi\u00e8re, d\u2019une vall\u00e9e, Renart est ce personnage mobile, pr\u00e9sent dans tous les espaces, toujours prompt \u00e0 \u00e9garer, non seulement ses protagonistes, mais aussi le lecteur.<\/p>\n<p>Dominant l\u2019univers dans lequel il \u00e9volue sous des traits zoomorphes et anthropomorphes, selon les circonstances de la narration, le personnage s\u2019affirme par son inconstance l\u00e9gendaire et signale sa pr\u00e9sence, l\u00e0 o\u00f9 il est le moins attendu et vice versa. Dans cette optique, Elisabeth Charbonnie affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Renart est un v\u00e9ritable Prot\u00e9e\u00a0: m\u00e9chant et cruel, s\u00e9rieux jusqu\u2019\u00e0 la philosophie; plaisant jusqu\u2019\u00e0 la force, d\u2019esprit \u00e0 la fois m\u00fbr et juv\u00e9nile. Renart pla\u00eet en inqui\u00e9tant. \u00bb (Charbonnier, 1987, 7)<\/p>\n<p>Les conteurs, en jetant donc d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans l\u2019ar\u00e8ne narrative un personnage fam\u00e9lique, instable, insaisissable, \u00e9nigmatique et fonci\u00e8rement madr\u00e9, soul\u00e8vent le probl\u00e8me de son identit\u00e9 (Moessinger, 2000, 179)\u00a0: Qui est Renart? Dans quelle mesure le h\u00e9ros \u00e9ponyme et ambivalent participe-t-il du fondement de l\u2019ensemble des r\u00e9cits? Comment assume-t-il cette sp\u00e9cificit\u00e9? Pourquoi les auteurs le pr\u00e9sentent sous cet angle? \u00c0 quels enjeux r\u00e9pond ce jeu contradictoire du personnage?<\/p>\n<h2>I. L<em>\u2019ethos <\/em>du personnage<\/h2>\n<p>Le personnage central de \u00ab Renart \u00bb, repr\u00e9sentant embl\u00e9matique au premier degr\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale r\u00e9gie par l&rsquo;\u00e2pret\u00e9 des relations de force, est un baron, mais qui pers\u00e9cute sans vergogne les autres. Renart, qui deviendra figure l\u00e9gendaire du fripon mal\u00e9fique, se comporte en tout puissant et n&rsquo;ob\u00e9it qu&rsquo;\u00e0 ses besoins imm\u00e9diats (la faim, la convoitise) ou au d\u00e9sir pervers de faire le mal pour le mal. Marginalis\u00e9, car s\u2019\u00e9rigeant au-dessus des lois et des codes de l&rsquo;honneur, le h\u00e9ros-d\u00e9cepteur s\u2019illustre ainsi en v\u00e9ritable brigand. Par ses agissements, il se met, permanemment, en marge de sa soci\u00e9t\u00e9 et toujours dans une posture de fugitif, d\u2019o\u00f9 son statut de personnage paradoxal<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"> La notion m\u00eame de paradoxe est en soi contradictoire. L\u2019\u00e9tymologie renvoie \u00e0 \u00ab\u00a0hors du dogme\u00a0\u00bb. Le paradoxe s\u2019inscrit dans la marginalit\u00e9, dans le conflit. Il est versatile, prot\u00e9iforme. Cf\u00a0: Joseph Vidal-Rosset, <em>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un paradoxe\u00a0?<\/em>, collection \u00ab\u00a0Chemins Philosophiques\u00a0\u00bb, Paris, \u00c9d. Vrin, <a title=\"2004\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/2004\">2004<\/a>. <\/span>.<\/p>\n<h3>1. La caract\u00e9risation du personnage\u00a0: un h\u00e9ros en perp\u00e9tuelle fuite<\/h3>\n<p>La fuite constitue l\u2019un des fondements de l\u2019existence du personnage-levier, Renart. Elle est intimement li\u00e9e \u00e0 la ruse qui ouvre ses multiples possibilit\u00e9s. L\u2019<em>ethos<\/em> du goupil se construit dans le d\u00e9fil\u00e9 de la narration, marqu\u00e9 par le d\u00e9ploiement incessant de nouvelles branches<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Pour d\u00e9signer les r\u00e9cits de la mati\u00e8re renardienne, on a recouru d\u00e8s le Moyen \u00c2ge \u00e0 un terme nouveau, celui de <em>branche<\/em>, qui appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans son sens litt\u00e9raire de \u00ab\u00a0conte\u00a0\u00bb, terme dont l\u2019attestation la plus ancienne se trouverait, selon Noboru Harano, dans la branche IV (vv. 18-21), juste avant l\u2019aventure du puits. <\/span>. Les r\u00e9cits suivent leurs cours et trouvent leur acm\u00e9 dramatique toutes les fois que Renart prend la poudre d\u2019escampette ou pique des \u00e9perons pour \u00e9chapper \u00e0 ses poursuivants.<\/p>\n<p>Le personnage est, d\u2019embl\u00e9e, en contradiction avec son monde qui valorise la prouesse. L\u2019attitude de Renart est antichevaleresque. Pour Jacques Le Goff, en effet, \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale a avant tout le culte de la prouesse chevaleresque qui est d\u2019abord un exploit physique\u00a0\u00bb (Le Goff, 1985, 417). Face \u00e0 ce culte du courage, Renart d\u00e9valorise l\u2019une des valeurs sacro-saintes de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale. Au lieu de combattre, le h\u00e9ros utilise la ruse, et quand il se sent menac\u00e9, opte pour la fuite comme moyen de salut, d\u00e9fiant ainsi la logique fonctionnelle de l\u2019univers m\u00e9di\u00e9val.<\/p>\n<p>Le ch\u00e2telain de Maupertuis (Renart) court pour \u00e9viter le gibet. La course est son principe de vie et cette d\u00e9marche informe toute l\u2019\u00e9criture, faisant reposer la variation de ses aventures sur un m\u00eame th\u00e8me\u00a0: la qu\u00eate alimentaire.<\/p>\n<p>\u00c9pop\u00e9e de la ruse, mais aussi et surtout \u00e9pop\u00e9e de la faim (Augier, 1978, 40-48), <em>Le<\/em> <em>Roman de Renart<\/em> pr\u00e9sente un h\u00e9ros au ventre toujours creux, arpentant infiniment les diff\u00e9rents espaces et lieux de l\u2019\u0153uvre. La faim accablante, redoutable, se pr\u00e9sente comme un probl\u00e8me individuel de survie dans le tissu narratif des r\u00e9cits\u00a0: chacun \u00e0 son tour semble conna\u00eetre la faim, aussi bien le puissant que le faible. La branche IV, \u00ab\u00a0Ysengrin dans le puits\u00a0\u00bb, montre Renart tourment\u00e9 par la faim se diriger \u00e0 vive allure vers l\u2019abbaye des moines\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Lors se remet en l\u2019anble\u00fcre \/ Fors del bois, et vint en l\u2019oreille \/ Arestez est, de fain baaille, \/ Grelles, megres e esbahis \/ Molt a grand fein en son pa\u00efs. \/ D\u2019oures en autres s\u2019estendielle. \/ Et ses ventres si se merveille \/ Et si boel qui sont dedenz \/ Que font ses poes et ses denz \/ D\u2019angoisse gient et de detrece \/ Et de la fein qui molt le blece.\u00a0 \/ Reprenant alors le trot \/ Il gagne l\u2019or\u00e9e du bois \/ O\u00f9 il s\u2019arr\u00eate, b\u00e2illant de faim, \/ Tout maigre, d\u00e9charn\u00e9 et ne sachant que faire. \/ C\u2019est que la faim r\u00e8gne dans tout le pays. \/ Les boyaux se demandent bien dans son ventre \/ Ce que font ses pattes et ses dents. \/ Tortur\u00e9 par la faim, il ne peut retenir, \/ Des g\u00e9missements. (vv.46-57)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses qu\u00eates de nourriture se r\u00e9alisent sur fond de danger. D\u2019ailleurs, il en est conscient. Subvenir aux besoins alimentaires de la famille est un imp\u00e9ratif absolu. Le devoir parental est donc si fort que, parfois, Renart, en d\u00e9pit des dangers repr\u00e9sent\u00e9s par ses exp\u00e9ditions, malgr\u00e9 les p\u00e9rils auxquels il s\u2019expose, s\u2019ent\u00eate \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 ses qu\u00eates. Le pari est clair\u00a0: \u00ab\u00a0Qui chaut tout est en aventure \/ Qui ne risque rien n\u2019a rien.\u00a0\u00bb (Branche IV, v. 106)<\/p>\n<p>De ce fait, le goupil est un personnage perp\u00e9tuellement sur le qui-vive. Ses rapports avec les hommes proc\u00e8dent d\u2019un syst\u00e8me de convoitise et d\u2019opposition\u00a0: l\u2019animal convoite la viande (les poules en particulier), et l\u2019homme sa peau. D\u00e8s lors, le goupil adopte le trait de comportement caract\u00e9ristique de l\u2019animal traqu\u00e9\u00a0: la fuite est une r\u00e9action instinctive face au danger et \u00e0 la menace que repr\u00e9sente l\u2019homme, d\u2019o\u00f9 l\u2019utilisation par les conteurs de la tournure expressive employ\u00e9e cinq fois dans la branche II<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"> Cette branche, la plus ancienne, est une composition par enfilage, un r\u00e9cit \u00e0 tiroirs. Il y a, en effet, plusieurs \u00e9pisodes, un v\u00e9ritable feuilleton\u00a0: \u00ab\u00a0Renart et Chantecler le coq\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Renart et la m\u00e9sange\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Renart et Tibert le chat\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Renart et Ti\u00e9celin le corbeau\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Renart et Hersent la louve\u00a0\u00bb. <\/span>, (aux vers 351; 465; 647; 783; 834)\u00a0: \u00ab\u00a0Fuiant s\u2019en va \/ Prend la fuite\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0S\u2019en va fuiant \/ Prend la fuite.\u00a0\u00bb Le personnage en fuite \u00ab\u00a0ne suit jamais un chemin rectiligne<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> Cette technique est connue des bestiaires. Cf\u00a0: <em>Bestiaires du Moyen \u00c2ge<\/em>, Textes de Pierre de Beauvais, Guillaume Le Clerc, Richard de Fournival, Bruneto Latini, Corbechon, mis en fran\u00e7ais moderne par Gabriel Bianciotto, Paris, \u00c9d. Stock, Moyen \u00c2ge, 1980, p. 37. <\/span>\u00a0\u00bb (Bianciotto, 1980, 37), mais bien une trajectoire en zigzag qui lui permet de semer, d\u2019\u00e9garer les chiens.<\/p>\n<p>Les qu\u00eates entreprises par le personnage subissent une d\u00e9valorisation, une d\u00e9rision, lorsqu\u2019elles sont mises dans une relation incongrue avec la faim et la nourriture. L\u2019on se souvient, par ailleurs, de la figure du chevalier errant dans la litt\u00e9rature dite \u00ab\u00a0s\u00e9rieuse\u00a0\u00bb (textes \u00e9piques et courtois), chevalier qui va chercher aventure. Or, dans le r\u00e9cit renardien, la seule qu\u00eate qui soit est celle de la nourriture oppos\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019aventure qualifiante. Ainsi, la qu\u00eate renardienne n\u2019a pas la vertu qualifiante de la qu\u00eate chevaleresque. Avec le goupil, l\u2019activit\u00e9 animale travestit l\u2019\u00e9thique de la chevalerie\u00a0: \u00ab\u00a0Or m\u2019estuet mon sens esprover \/ C\u2019est une belle occasion de prouver mon astuce, ma ruse\u00a0\u00bb (Branche V, \u00ab\u00a0Le bacon vol\u00e9\u00a0\u00bb). De ce fait, le h\u00e9ros visite plusieurs espaces, car son souci permanent et constant est la nourriture.<\/p>\n<h3>2. Les itin\u00e9raires du h\u00e9ros\u00a0: un espace multiforme<\/h3>\n<p>Dans le r\u00e9cit renardien, l\u2019intrigue se constitue en un double mouvement qui dessine et d\u00e9limite l\u2019espace. La narration est sujette aux subtilit\u00e9s des gestes et des actions de Renart, elle s\u2019oppose \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du personnage, comme le souligne Michel Pastoureau\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le renard, en effet, se tient plus volontiers en surface que sous terre. Tapi dans un fourr\u00e9, couch\u00e9 dans un buisson, cach\u00e9 dans une cavit\u00e9 naturelle ou de construction humaine, il se repose, dort, \u00e9coute, observe, sent, guette ses proies. Le terrier n\u2019est pour lui qu\u2019un abri provisoire d\u2019inaction. (Pastoureau, 1991, 431-446)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mobilit\u00e9 spatiale de l\u2019animal-h\u00e9ros est syst\u00e9matique\u00a0: cela conf\u00e8re aux r\u00e9cits une fragmentation narrative rendant dynamique l\u2019espace renardien. Dans la branche III, \u00ab\u00a0Les poissons vol\u00e9s\u00a0\u00bb, Renart passe \u00ab\u00a0entre le bois et la rivi\u00e8re\u00a0\u00bb (v. 12), puis \u00ab\u00a0S\u2019est couchier lez une haie \/ S\u2019est couch\u00e9 le long d\u2019une haie\u00a0\u00bb (v. 20). Dans la branche IV, \u00ab\u00a0Ysengrin dans le puits\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0S\u2019en va fors del bois \/ S\u2019en va pour sortir du bois\u00a0\u00bb (v. 47).<\/p>\n<p>Ailleurs, il rencontre Tibert et \u00ab\u00a0Andui [qui] s\u2019en tournent une sente \/ Chemine le long d\u2019un sentier\u00a0\u00bb (v. 101). Pour rejoindre Chanteclerc le coq, le goupil \u00ab\u00a0S\u2019en vint traiant \u00e0 une vile, la vile seoit en un bos \/ Se dirigea vers une ferme situ\u00e9e dans un bois\u00a0\u00bb (vv. 26-27). Dans la branche II, \u00ab\u00a0Renart et Tibert\u00a0\u00bb, pour se venger du chat, Renart se met au bord de l\u2019orni\u00e8re qui marquait la limite entre le bois et un \u00e9troit sentier\u00a0: \u00ab\u00a0Si a choisi pr\u00e8s de l\u2019orni\u00e8re, entre le bois et la carere \/ Il\u00a0 l\u2019aper\u00e7ut pr\u00e8s de l\u2019orni\u00e8re entre le bois et le chemin charretier.\u00a0\u00bb (vv. 725-726) La branche II-d, \u00ab\u00a0Renart et Hersent\u00a0\u00bb, montre le goupil qui, avant de se retrouver dans la demeure du loup, passe \u00e0 travers un bois, \u00ab\u00a0Renart vint par un bois fendant \/ Renart se met en route coupant \u00e0 travers le bois\u00a0\u00bb (v. 1027), poursuit son chemin jusqu\u2019\u00e0 une haie \u00ab\u00a0Tant que il vint en une haie\u00a0 \/ Si bien qu\u2019il s\u2019y arriva\u00a0\u00bb (v. 1030).<\/p>\n<p>Dans \u00ab\u00a0Les v\u00eapres de Tibert\u00a0\u00bb, le h\u00e9ros fait un long d\u00e9tour. De son ch\u00e2teau il passe, en effet, par le \u00ab\u00a0bois de Veneroi\u00a0\u00bb, coupe ensuite par la lande, avant de suivre une \u00ab\u00a0voie\u00a0\u00bb qui d\u00e9bouche sur un poulailler o\u00f9 il est aper\u00e7u par les l\u00e9vriers (vv. 16-18). La branche IX, \u00ab\u00a0Brun, Renart et Li\u00e9tart\u00a0\u00bb, pr\u00e9sente le goupil en chasse depuis le matin dans la for\u00eat, non loin d\u2019un chemin \u00ab\u00a0En un bois apr\u00e8s del chemin \/ Dans le bois au-del\u00e0 du chemin\u00a0\u00bb (v. 442). Ayant per\u00e7u des aboiements de chiens, il se cache dans le creux d\u2019un ch\u00eane pour les laisser passer. Puis, quittant le bois pour les champs, il court \u00e0 vive allure\u00a0: \u00ab\u00a0Del bois ist, a l\u2019essart va droit \/ Quittant le bois, il fila directement \u00e0 l\u2019essart\u00a0\u00bb (v. 463).<\/p>\n<p>De l\u2019int\u00e9rieur de son ch\u00e2teau, espace priv\u00e9, le d\u00e9cepteur investit les lieux clos des essarts, des vilains ou des moines \u00e0 la recherche de g\u00e9liniers dans le but de capturer des chapons ou des g\u00e9lines\u00a0: \u00ab\u00a0Et la faim tant le par tourmente, \/ Ou bel li soit ou se repente, \/ Le refait arri\u00e8re fichier \/ Por les gelines acrochie. \/ Et la faim qui continue \u00e0 le tenailler \/ Le pousse \u00e0 revenir sur ses pas \/ Pour essayer de s\u2019emparer \/ Des poules, co\u00fbte que co\u00fbte.\u00a0\u00bb (Branche IV,\u00a0vv. 117-120) Ces endroits deviennent pour Renart des univers professionnels, sociaux qui lui procurent de quoi subvenir \u00e0 ses besoins et \u00e0 ceux de sa famille. Perp\u00e9tuellement en qu\u00eate, il assemble les aventures entre elles, non pas tant comme actant r\u00e9current, mais surtout parce qu\u2019il est dans le besoin, et donc constamment en d\u00e9placement, justifiant ainsi le proverbe m\u00e9di\u00e9val\u00a0: \u00ab Le besoin fait m\u00eame trotter les vieilles. \u00bb Renart est par essence un personnage cin\u00e9tique\u00a0: le mouvement est son mode d\u2019existence, de survie. Ses trajets de qu\u00eate de nourriture et ses fuites r\u00e9p\u00e9t\u00e9es pour rejoindre Maupertuis, son ch\u00e2teau, couvrent un espace multiforme.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le personnage animal n\u2019appara\u00eet jamais dans un espace compl\u00e8tement ouvert ou totalement ferm\u00e9. Il est \u00e0 la fronti\u00e8re de la for\u00eat et des hameaux, se r\u00e9v\u00e9lant, en effet, comme le h\u00e9ros des clairi\u00e8res et des sentiers. Le personnage vit de vol, une activit\u00e9 contraire aux vues commun\u00e9ment admises par la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale. En effet, dans cet univers du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00ab\u00a0s\u2019attaquer aux biens d\u2019autrui est consid\u00e9r\u00e9 comme un crime\u00a0\u00bb, \u00e9crit Marie Th\u00e9r\u00e8se Lorcin (Lorcin, 1967, 156). Le goupil affam\u00e9 quitte sa\u00a0 tani\u00e8re en direction d\u2019une ferme, op\u00e8re, et, pourchass\u00e9 par les vilains et leurs m\u00e2tins, revient bredouille ou charg\u00e9 de butins dans son terrier. Renart, repr\u00e9sent\u00e9 sous les traits d\u2019un couard et d\u2019un voleur, donne l\u2019image invers\u00e9e du chevalier tel qu\u2019il est peint dans les textes \u00e9piques et courtois. Ainsi, le goupil fugitif ne permet \u00e0 aucun conteur de donner un tableau macroscopique des lieux, d\u2019o\u00f9 une description topographique qui se r\u00e9duit \u00e0 la simple nomination ou au simple inventaire des espaces internes (terrier, tani\u00e8re, pertuis) et externes (fermes, cl\u00f4tures, murs). L\u2019on conviendra donc, avec Rosanna Brusegan, lorsqu\u2019elle conclut \u00e0 propos de la repr\u00e9sentation spatiale dans les fabliaux, que \u00ab\u00a0le caract\u00e8re exp\u00e9ditif des actions des personnages et le rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de la narration sont le r\u00e9sultat de la pauvret\u00e9 de la description et de la pr\u00e9sence des syst\u00e8mes alternatifs de repr\u00e9sentation spatiale\u00a0\u00bb (Brusegan, 1991, 53).<\/p>\n<p>Les lieux ne sont perceptibles qu\u2019\u00e0 travers le parcours des personnages. La trajectoire de Renart est rigoureusement fonctionnelle. Le goupil s\u2019illustre avec \u00e9clat lors des qu\u00eates\u00a0 de nourriture. Les r\u00e9cits de ce type fonctionnent \u00e0 la lumi\u00e8re de la m\u00e9tamorphose illusoire alternative (Konan Lambert, 2007, 232), qui pr\u00e9sente le personnage \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019animal et de l\u2019humain, entre le zoomorphisme et l\u2019anthropomorphisme. La fonctionnalit\u00e9 textuelle prend \u00e0 t\u00e9moin l\u2019espace qui signifie\u00a0: le terrier correspond au repos, \u00e0 l\u2019inaction, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9; alors que le sentier, la clairi\u00e8re, la ferme, les murs des abbayes correspondent \u00e0 l\u2019action et, partant, au danger.<\/p>\n<p>Si l\u2019on consid\u00e8re le goupil humanis\u00e9, il devient Renart le baron. La m\u00e9tamorphose illusoire<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"> Expression de Roger Bellon constituant le titre de la premi\u00e8re partie de sa Th\u00e8se de Doctorat d\u2019Etat\u00a0: <em>Diversit\u00e9 et unit\u00e9 dans Le Roman de Renart<\/em>, soutenue le 14 mars 1992 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lyon II. Il appelle \u00ab\u00a0m\u00e9tamorphose illusoire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la fantaisie des personnages, la double appartenance au monde animal, et au monde humain\u2026 Ni vraiment animaux ni vraiment hommes, ils sont \u00ab\u00a0autres\u00a0\u00bb, vivent en marge du monde animal et du monde humain, tout en ayant des attributs caract\u00e9ristiques de l\u2019un et l\u2019autre de ces deux mondes\u00a0: on peut parler d\u2019un\u00a0\u00bb entre-deux\u00a0\u00bb qui est finalement un ailleurs\u00a0\u00bb. p. 29<\/span>, par le jeu de l\u2019\u00e9criture, influence l\u2019espace, ce qui installe l\u2019univers renardien dans les isotopies humaine et animale. Ainsi, par opposition \u00e0 la \u00ab\u00a0tesni\u00e8re\u00a0\u00bb, c\u2019est le terme \u00ab\u00a0pal\u00e8s\u00a0\u00bb qui est le plus souvent utilis\u00e9 au d\u00e9but des r\u00e9cits. Tel est le cas des branches Va (v. 299), I (v. 18), VI (v. 17) et XI (v. 1754) <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Les branches Va, \u00ab\u00a0La Cour de Noble\u00a0\u00bb\u00a0; I, \u00ab\u00a0Le jugement de Renart\u00a0\u00bb\u00a0; VI, \u00ab\u00a0Le moniage de Renart\u00a0\u00bb\u00a0; XI, \u00ab\u00a0Renart Empereur\u00a0\u00bb. <\/span>.<\/p>\n<p>Toute l\u2019intrigue se d\u00e9roule dans une instabilit\u00e9, et Renart est g\u00e9n\u00e9reusement emport\u00e9 par les flots de cette instabilit\u00e9. Il est \u00e0 la fronti\u00e8re, \u00e0 la lisi\u00e8re des espaces habit\u00e9s et inhabit\u00e9s. Cette configuration de l\u2019univers renardien d\u00e9gage toute une symbolique \u00e0 saisir et \u00e0 comprendre.<\/p>\n<h2>II. Renart, entre renardie et diabolie<\/h2>\n<p>Le personnage de Renart ainsi que la ruse \u00e0 laquelle il a donn\u00e9 son nom, la <em>renardie<\/em>, s\u2019inscrivent dans cette double perspective du masque et du langage, du langage comme masque par excellence, au point que le personnage du goupil va devenir progressivement, dans la litt\u00e9rature moralisante de ce temps, une figure all\u00e9gorique, celle du mensonge et de l\u2018imposture, de l\u2018hypocrisie, que les textes appellent d\u00e9sormais <em>renardie<\/em>. Renart est un ma\u00eetre du langage, mais qui l\u2019utilise pour se tirer des impasses et aussi, quelquefois, faire du mal \u00e0 son protagoniste. Cette seconde partie de l\u2019analyse montrera, d\u2019une part, l\u2019identit\u00e9 fluctuante du h\u00e9ros qui oscille entre renardie et diabolie, et, d\u2019autre part, les enjeux qui en d\u00e9coulent.<\/p>\n<h3>1. La Renardie\u00a0: une plate-forme de ruses<\/h3>\n<p>L\u2019univers du <em>Roman de Renart <\/em>est, a priori, celui de la renardie et non de la diabolie<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">Sur la distinction entre \u00ab\u00a0Renardie\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Diabolie\u00a0\u00bb, cf Claude Reichler, <em>La Diabolie, la s\u00e9duction, la renardie, l\u2019\u00e9criture<\/em>, Paris, Minuit, \u00ab\u00a0Critiques\u00a0\u00bb, 1979, pp. 77-149. <\/span> (Reichler, 1979, 77-149). En effet, les premi\u00e8res branches mettent en sc\u00e8ne un personnage menac\u00e9 par le gibet qui, cependant, d\u00e9joue cette hart, par son art<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Sur l\u2019homophonie entre hart et art, voir l\u2019article de Roger Dragonetti, \u00ab\u00a0Renart est mort, Renart est vif, Renart r\u00e8gne\u00a0\u00bb, dans <em>La Musique et les lettres\u00a0: \u00e9tudes de litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale<\/em>, Gen\u00e8ve, Droz, \u00ab\u00a0Publications romanes et fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, 1996,\u00a0 pp. 419-434. <\/span> (Dragonetti, 1996, 419-434). \u00c0 ce sujet, Jean Dufournet, pr\u00e9fa\u00e7ant l\u2019\u0153uvre d\u2019Elisabeth Charbonnier, rel\u00e8ve admirablement la dimension du personnage\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Les Clercs du Moyen \u00c2ge ont d\u00e9couvert en son nom \u00ab\u00a0Renart\u00a0\u00bb, particuli\u00e8rement au suffixe \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb la 3<sup>\u00e8me<\/sup> personne du singulier de l\u2019indicatif pr\u00e9sent du verbe \u00ab\u00a0ardre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0br\u00fbler\u00a0\u00bb\u00a0: Renart, c\u2019est celui que br\u00fble le d\u00e9sir qui le pousse toujours vers de nouvelles qu\u00eates. Mais, c\u2019est aussi, l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb, la technique, l\u2019artifice, la ruse, l\u2019art magique qui le fait constamment jouer avec la \u00a0\u00bb\u00a0hart\u00a0\u00bb, la corde de la pendaison, avec la mort dont il ne cesse de triompher gr\u00e2ce \u00e0 ses nombreuses ruses. (Charbonnier, 1987, 6-7)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Renart se d\u00e9finit par la ruse. En t\u00e9moignent ces branches\u00a0: \u00ab\u00a0Je vos dirai ja sans mentir \/ Qui a fet tante trecherie \/ Et qui tant home a de\u00e7o\u00fc \/ Que par engin que par vertu. \/ Je vais vous raconter exactement \/ La vie de Renart le goupil \/ Qui a commis tant\u00a0 de tromperies \/ Et s\u2019est jou\u00e9 de tant d\u2019hommes \/ Par sa ruse aussi bien que par sa force.\u00a0\u00bb (Branche VII<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">\u00ab\u00a0La confession de Renart\u00a0\u00bb <\/span>, vv. 70-74), ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Dist li vilein\u00a0: \u00ab\u00a0Renart, ne hoigne\u00a0! \/ Tu sez tant de guile et de fart. \/ -Renart, r\u00e9pliqua le vilain, ne raconte pas d\u2019histoires\u00a0! \/ Tu connais tant de ruses et de mensonges.\u00a0\u00bb (Branche VIII<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">\u00ab\u00a0Le p\u00e8lerinage de Renart\u00a0\u00bb <\/span>, vv. 78-79), et finalement\u00a0: \u00ab\u00a0Afere une novele branche \/ De Renart qui tant sout de ganche.\u00a0\/ A composer un nouvel \u00e9pisode des aventures \/ De Renart, le trompeur aux milles tours.\u00a0\u00bb (Branche IX<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">\u00ab\u00a0Brun, Renart et Li\u00e9tart\u00a0\u00bb <\/span>, vv. 5-6)<\/p>\n<p>Renart appartient tout d\u2019abord \u00e0 une esp\u00e8ce animale qui poss\u00e8de au Moyen \u00c2ge une valeur symbolique. Capable, selon les naturalistes, de simuler la mort afin de capturer des oiseaux, le personnage repr\u00e9sente avant tout la ruse, et tout le lexique m\u00e9di\u00e9val de la ruse le caract\u00e9rise inextricablement\u00a0: <em>guile<\/em> ou <em>art<\/em> (ruse), <em>barat<\/em>, <em>bole<\/em> ou <em>boide <\/em>(tromperie), <em>tricherie<\/em> ou <em>engin <\/em>(tricherie), <em>conch\u00efement<\/em> (moquerie), <em>lecherie<\/em> (perfidie). La finalit\u00e9 de cette ruse et des bons tours du personnage s\u2019inscrivent dans le jeu de l\u2019\u0153uvre\u00a0: \u00ab\u00a0fere rire\u00a0\u00bb. Le ch\u00e2telain de Maupertuis n\u2019incarne pas alors le mal, mais se r\u00e9v\u00e8le comme le Ma\u00eetre \u00e8s ruse dont la comp\u00e9tence dans ce domaine trouve pompeusement son expression condens\u00e9e dans le mot \u00ab\u00a0renardie \u00bb <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\"> Ce vocable se manifeste par \u00ab\u00a0le faux semblant, le mensonge ou la caut\u00e8le, le masque qui sont autant de manifestations d\u2019une confuse identit\u00e9 personnelle\u00a0\u00bb. Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne, <em>La Ruse de l\u2019intelligence, La m\u00e9tis des Grecs<\/em>, Paris, UGE, 10\/18, 1977, p. 7. <\/span> (Vernant et D\u00e9tienne, 1977, 7), qui signifie litt\u00e9ralement le r\u00e8gne de la Renardie, n\u00e9ologisme m\u00e9di\u00e9val. En effet, prot\u00e9iforme, capable de changer de ton, de voix, de langue, de r\u00f4le et m\u00eame d\u2019apparence, Renart introduit un peu de fantaisie dans un monde relativement morne, attirant vers lui les bonnes gr\u00e2ces du lecteur\/spectateur. Cependant, sa conduite s\u2019inscrit aux antipodes des normes communautaires m\u00e9di\u00e9vales. La renardie trouve, en effet, sa vitalit\u00e9 dans le couple foi\/f\u00e9lonie. La foi, faite de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la parole donn\u00e9e, et la loyaut\u00e9 dans la conduite font d\u00e9faut \u00e0 Renart.<\/p>\n<p>L\u2019univers renardien, qui \u00e0 premi\u00e8re vue, fonctionne sur le mod\u00e8le de la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale autour de Noble le lion, image de Charlemagne ou d\u2019Arthur, honore cette valeur de fid\u00e9lit\u00e9 et de loyaut\u00e9. En l\u2019absence du roi, Renart prend sa place. Ce r\u00e9gicide est une rupture du serment vassalique, une attitude d\u00e9loyale qui rel\u00e8ve de la f\u00e9lonie. Le conteur de la branche II, Pierre de Saint Cloud, pr\u00e9sente la f\u00e9lonie du personnage comme un \u00e9tat naturel\u00a0: \u00ab\u00a0Renart, li poilz le doit \/ Que soiez felz et deputere \/ Renart avec ce poil, \/ Vous ne pouvez \u00eatre que tra\u00eetre et parjure.\u00a0\u00bb (Branche II, vv. 1068-1069) Cette f\u00e9lonie inn\u00e9e fait de Renart un exclu automatique de la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale. Avec son attitude qui s\u2019oppose au code chevaleresque, le personnage est, \u00e0 plusieurs reprises, interpell\u00e9 par ses deut\u00e9ragonistes comme un partenaire d\u00e9loyal\u00a0: \u00ab\u00a0Li traite, li foi mentie \/ parjures et li tricheres \/ Li fax, li desloiaus, lecheres \/ Le tra\u00eetre, le malhonn\u00eate \/ Le parjure et le tricheur \/ Le faux, le d\u00e9loyal menteur.\u00a0\u00bb (Branche X, vv. 858-860) Chantecler le coq dira de lui\u00a0: \u00ab\u00a0Dist Chantecler pas ne t\u2019en croi. \/ Je n\u2019ai pas confiance en toi.\u00a0\u00bb (v. 327). La m\u00e9sange lui tient le m\u00eame propos\u00a0: \u00ab\u00a0En ne vos puet prendre a vert\u00e9. \/ Il est impossible de vous faire confiance.\u00a0\u00bb (v. 484). Ces \u00e9pisodes vont au-del\u00e0 de la simple dialectique du mensonge et de la v\u00e9rit\u00e9. Ils posent, en outre, le probl\u00e8me central de la foi qui pr\u00e9suppose l\u2019absence du mensonge dans les relations f\u00e9odales. Renart s\u2019illustre en h\u00e9ros paradoxal, car en marge de l\u2019univers qui est le sien.<\/p>\n<h3>2.\u00a0 La Diabolie\u00a0: une rh\u00e9torique du mal<\/h3>\n<p>Le d\u00e9voiement du h\u00e9ros-trickster<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\"> Le mot \u00ab\u00a0trickster\u00a0\u00bb vient de l\u2019anglais et d\u00e9signe le personnage rus\u00e9 dans les contes. Dans la langue fran\u00e7aise, c\u2019est le \u00ab\u00a0d\u00e9cepteur\u00a0\u00bb, mot se rattachant \u00e0 la fois au sens ancien du verbe \u00ab\u00a0d\u00e9cevoir\u00a0\u00bb, qui signifie \u00ab\u00a0 tromper\u00a0\u00bb, et au sens moderne de \u00ab\u00a0d\u00e9sappointer\u00a0\u00bb. <\/span> prend, \u00e0 des moments de l\u2019intrigue, une autre tournure qui lui conf\u00e8re le statut de criminel. Il repr\u00e9sente alors le Mal sous toutes ses formes, prototype de l\u2019Homme d\u00e9masqu\u00e9 de ses biens\u00e9ances\u00a0: \u00ab\u00a0Renart est l\u2019incarnation du Mal [\u2026], les vertus cessent d\u2019exister et sont partout remplac\u00e9es par les vices.\u00a0\u00bb (Suomela-Elina, 1998, 45-59). C\u2019est le r\u00e8gne de la Diabolie, \u00ab\u00a0m\u00e9canisme qui confisque l\u2019\u00eatre au profit du para\u00eetre\u00a0\u00bb, selon Zigui Kol\u00e9a Paulin (Zigui, 1995, 527).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode du bapt\u00eame, dans la branche XI, \u00ab\u00a0Renart Empereur\u00a0\u00bb, en est une preuve. De quoi s\u2019agit-il? Drouin le moineau veut baptiser ses oisillons pour leur sant\u00e9. Il commet l\u2019imprudence, sans le savoir, de se confier \u00e0 Renart\u00a0: \u00ab\u00a0Or n\u2019en soi\u00e9s james en dote \/ Fait Renart, que bien le garrai, \/ Or n\u2019en soi\u00e9s ja en esmai \/ Eh bien ayez confiance \/ Dit Renart, je les gu\u00e9rirai \/ N\u2019ayez aucune crainte !\u00a0\u00bb (vv. 850-852) Renart, par la suite, d\u00e9vore les petits de Drouin. Ainsi, pour le goupil, baptiser devient synonyme de d\u00e9vorer. Le personnage atypique associe deux termes contradictoires\u00a0: baptiser\/d\u00e9vorer, sauver\/tuer. L\u2019action de baptiser, qui masque la r\u00e9alit\u00e9 de d\u00e9vorer, a \u00e9t\u00e9 simplement renardis\u00e9e.<\/p>\n<p>Les conteurs ne voient en lui que le symbole odieux de l\u2019hypocrisie, du mensonge et de la trahison. Renart est \u00e0 la fronti\u00e8re du Bien et du Mal. Par moments plaisant, mais aussi inqui\u00e9tant, farceur ici et cynique l\u00e0, habile com\u00e9dien ou reflet de la perfidie, ce trompeur exceptionnel et s\u00e9duisant annonce le processus de construction d\u2019une identit\u00e9 fluctuante, instable, contradictoire et d\u2019un discours qui s\u2019achemine vers la connaissance de l\u2019Homme.<\/p>\n<p>\u00c0 la fois dr\u00f4le et sinistre, polymorphe et complexe, mais aussi fascinant surtout par sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fier ouvertement l\u2019ordre et \u00e0 s\u2019engager dans des aventures souvent st\u00e9riles et marginales, le d\u00e9cepteur entreprend une d\u00e9marche en parall\u00e8le, une sorte de contrepoint au monde des r\u00e8gles et des biens\u00e9ances. Caract\u00e9ris\u00e9 par son ambigu\u00eft\u00e9 et s\u2019inscrivant dans un v\u00e9ritable illogisme, il fait la parade de sa mis\u00e8re, mais aussi de l\u2019attrait suscit\u00e9 par le c\u00f4t\u00e9 obscur de l\u2019Homme qu\u2019il \u00e9voque et repr\u00e9sente\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la collection primitive, Renart appara\u00eet avec sa verve gouailleuse, non comme un redresseur de torts, mais comme un juge malicieux qui d\u00e9nonce les ridicules de l\u2019Homme\u00a0\u00bb (Bossuat, 1964, 653). L\u2019\u0153uvre, saisie dans sa profondeur, raconte la nature primaire des Hommes, leur avidit\u00e9, leur sottise et la supr\u00e9matie de la loi du plus fort. Tout cela s\u2019incarne dans le personnage-vedette, figure embl\u00e9matique et singuli\u00e8re du fripon mal\u00e9fique.<\/p>\n<h3>3.\u00a0 L\u2019atypisme renardien\u00a0: une satire sociale \u00e0 la d\u00e9couverte de l\u2019Homme<\/h3>\n<p>La renardie et la diabolie, traits caract\u00e9riels de Renart, sont contradictoires \u00e0 son univers. Cependant, le h\u00e9ros-trickster du fait de son statut textuel et social, m\u00eame s\u2019il est un arch\u00e9type de la mati\u00e8re renardienne, demeure aussi un v\u00e9ritable vecteur d\u2019une id\u00e9ologie du groupe, notamment d\u2019une classe de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale. Le personnage est vu de l\u2019ext\u00e9rieur comme un Robin des bois et a une conscience morale. Le d\u00e9cepteur est plaisant, et sa ruse est pl\u00e9biscit\u00e9e. Il est le porte-parole des petites gens \u00e9cras\u00e9es par une noblesse pr\u00e9datrice, ce qui fait de lui le symbole du vassal que ses conditions de vie r\u00e9duisent \u00e0 des exp\u00e9dients rus\u00e9s, puisqu\u2019il ne peut compter sur sa force. La mission de ce h\u00e9ros paradoxal correspond donc \u00e0 une vis\u00e9e satirique.<\/p>\n<p>Le personnage de Renart est une interpellation \u00e0 la conscience humaine, comme le soulignait Kouacou Jacques Raymond Koffi dans une \u00e9tude, <em>Le Roman de Renart\u00a0: une interpellation \u00e0 la conscience humaine<\/em> (Kouacou, 2010, 132-142). Les r\u00e9cits mettent en sc\u00e8ne ce personnage s\u00e9riel pour symboliser l\u2019Homme confront\u00e9 \u00e0 la sempiternelle lutte entre le Bien et le Mal.<\/p>\n<p>Le goupil vivant \u00e0 la lisi\u00e8re de son mode constitue un symbole. Il est une figure permettant d&rsquo;approcher la v\u00e9rit\u00e9 et il nous livre m\u00eame une v\u00e9rit\u00e9, celle des conteurs. C\u2019est le discours sur l\u2019Homme aux prises avec ses contradictions. De ce fait, le recours aux proc\u00e9d\u00e9s satiriques, comme le comique, s\u2019offre en tant que voie royale pour \u00e9pingler les travers de la nature humaine. En cela, le h\u00e9ros \u00e9ponyme donne une coloration hybride \u00e0 l\u2019\u0153uvre qui ressemble tant\u00f4t \u00e0 une fable, tant\u00f4t \u00e0 une \u00e9pop\u00e9e (r\u00e9cit d\u2019aventures) amusante. Cet hybridisme ambigu tire sa vitalit\u00e9 de la satire qui caract\u00e9rise les branches, faisant de ce joyau litt\u00e9raire m\u00e9di\u00e9val une \u0153uvre caustique d\u00e9non\u00e7ant les vicissitudes humaines par le biais du rire qui se d\u00e9gage des actions d\u2019\u00e9clat du h\u00e9ros. Ainsi, l\u2019\u0153uvre s\u2019inscrit dans les contes \u00e0 rire de la France m\u00e9di\u00e9vale\u00a0; le rire acquiert toute sa dimension, il a un r\u00f4le aussi bien narratif que th\u00e9matique ou id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>H\u00e9rit\u00e9 du latin populaire \u00ab\u00a0rid\u00ebre\u00a0\u00bb (Rey, 1992 et Greimas, 2001), qui d\u00e9signe soit la manifestation physique du rire (forme transitive), soit sa r\u00e9alisation intellectuelle dans le sens de \u00ab\u00a0se moquer de\u00a0\u00bb (forme intransitive), le rire est \u00e9troitement li\u00e9 au comique, au point qu\u2019ils se confondent. Le comique est souvent indirectement d\u00e9sign\u00e9 par le rire, l\u2019humour, la parodie. Les d\u00e9finitions du rire et du comique se recouvrent, quelquefois, partiellement, au point que le premier est employ\u00e9 pour d\u00e9signer le second. Ils sont envisag\u00e9s comme des quasi-synonymes. C\u2019est \u00e0 juste titre qu\u2019Henri Bergson d\u00e9crit le rire (qu\u2019il identifie au comique) comme \u00ab\u00a0un certain geste social, qui souligne et r\u00e9prime une certaine distraction sp\u00e9ciale des hommes et des \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb (Bergson, 1999, 67). Il les consid\u00e8re comme une sanction sociale visant \u00e0 r\u00e9primer tout \u00e9cart \u00e0 la norme. Le rire devient donc une arme\u00a0: c\u2019est la port\u00e9e subversive du comique.<\/p>\n<p><em>Le Roman de Renart<\/em> brouille la fronti\u00e8re entre normalit\u00e9 et transgression, et livre un texte satirique fonctionnant sur le r\u00e9gime du comique. L\u2019\u0153uvre comporte, en effet, une multitude de proc\u00e9d\u00e9s comiques (Leclercq, 2007, 87-100), (de situation, de mots et de gestes)\u00a0: certains sont ax\u00e9s sur un sujet risible (th\u00e8mes du bas corporel et du cocuage), d\u2019autres sur un emploi d\u00e9cal\u00e9 du langage (burlesque, h\u00e9ro\u00ef-comique, m\u00e9lange de langues), d\u2019autres encore sur un usage ludique de la litt\u00e9rature dite \u00ab\u00a0s\u00e9rieuse\u00a0\u00bb (parodie de la chanson de geste, du roman courtois).<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res entre le s\u00e9rieux et le comique sont ainsi poreuses. Le ton des \u00e9pisodes est tr\u00e8s vari\u00e9, s\u00e9rieux aussi bien que burlesque ou ironique, \u00e0 l\u2019image du personnage \u00e0 la limite de ces fronti\u00e8res litt\u00e9raires. Le spectateur ou le lecteur rit des d\u00e9fauts des Hommes (la na\u00efvet\u00e9 d\u2019Ysengrin), mais aussi du fonctionnement de toute la soci\u00e9t\u00e9 (Le Goff, 1999, 1343).<\/p>\n<p>Un fait capital est toutefois bien attest\u00e9\u00a0: au Moyen \u00c2ge, le rire est lib\u00e9rateur. De qui, de quoi rit-on? La pertinence des r\u00e9ponses \u00e0 ces questions passe par une migration au c\u0153ur des structures sociales et des mentalit\u00e9s collectives d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui se contemple dans un miroir, et aper\u00e7oit ses ridicules (M\u00e9nard, 1990, 9-30). Le rire renardien, provenant de l\u2019atypisme du h\u00e9ros, s\u2019inscrit dans la perspective d\u2019un rapport dilemmatique avec une soci\u00e9t\u00e9 qui ne r\u00e9pond pas \u00e0 ses expectatives, parce qu\u2019elle a remplac\u00e9 l\u2019\u00eatre par le para\u00eetre, et est en contradiction vis-\u00e0-vis de ses principes de fonctionnement, \u00e0 l\u2019image de son h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Le discours litt\u00e9raire comique est alors un pr\u00e9texte et un r\u00e9flexe m\u00e9di\u00e9vaux pour l\u2019actualisation litt\u00e9raire de cette figure arch\u00e9typale (Renart). \u00c0 travers le personnage, il est question de l\u2019Homme avec ses besoins fondamentaux, ses faiblesses et ses contradictions internes. Le comique repr\u00e9sente l\u2019espace pour l\u2019\u00e9nonciation de l\u2019autre visage de la r\u00e9alit\u00e9, voire son c\u00f4t\u00e9 terrible et violent. Il permet de mieux montrer la r\u00e9alit\u00e9 dans sa profondeur.<\/p>\n<p>La typification, la stylisation, les traits g\u00e9n\u00e9raux et les plus repr\u00e9sentatifs constituent une voie d\u2019\u00e9cart qui rend possible cette d\u00e9marche d\u2019observation et d\u2019approfondissement. Peindre l\u2019humanit\u00e9 dans sa m\u00e9diocrit\u00e9 r\u00e9elle et en d\u00e9noncer les d\u00e9fauts sont les voies indiqu\u00e9es du comique renardien.<\/p>\n<p>En marge de l\u2019opinion commune, Renart est un personnage subversif et non-conformiste. Il est comminatoire parce qu\u2019il constitue une menace d\u2019effondrement du syst\u00e8me de valeurs dans lequel il vit. Enfin anatreptique et \u00e9ristique dans le d\u00e9menti perp\u00e9tuel du vrai, Renart perturbe l\u2019ordre social en installant le malaise et le d\u00e9sordre. Cependant, il est un symbole \u00e9thique, car il vise \u00e0 \u00e9veiller la r\u00e9flexion ou la critique en r\u00e9v\u00e9lant des morales profondes.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte de Renart, ce personnage \u00e0 griffes, surtout son statut paradoxal dans l\u2019\u0153uvre, informe sur la nature humaine. H\u00e9ros pr\u00e9sentant une identit\u00e9 singuli\u00e8re, car tour \u00e0 tour teinturier, m\u00e9decin, moine, jongleur, faussaire, r\u00e9gent, baron, bref, personnage prot\u00e9iforme, Renart est \u00e0 la fronti\u00e8re de tous les mondes et en marge du monde dans lequel il vit. Ce g\u00e9nie de la m\u00e9tamorphose repousse les fronti\u00e8res et fait vaciller les bornes communautaires qui contraindraient ses d\u00e9placements. Jouant avec tout, avec la vie, avec la mort qu\u2019il simule pour se tirer d\u2019affaire ou prendre les autres au pi\u00e8ge, cet acteur \u00e9nigmatique de la mati\u00e8re renardienne ne saurait marcher droit en raison de ses divers r\u00f4les. \u00ab\u00a0Il ne peut \u00eatre contenu par une image-prison\u00a0\u00bb (Barre, 2013, 2-17).<\/p>\n<p>Tel le ph\u00e9nix, Renart rena\u00eet toujours de sa fausse mort. Se tenant \u00e0 la lisi\u00e8re de la vie et de la mort, du Bien et du Mal, le d\u00e9cepteur r\u00e9sume la condition humaine. \u00c0 la fois personnage d\u2019un cycle, personnage dans une suite\/continuation<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-19\">19<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-19\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\"> Rutebeuf, <em>Renart le bestourn\u00e9<\/em>, en 1261; Jacquemart Giel\u00e9e et le Clerc de Troyes r\u00e9digent respectivement <em>Renart le nouvel<\/em> et <em>Renart le contrefait<\/em> entre la fin du XIII<sup>e<\/sup> et du premier tiers du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. <\/span> (Rutebeuf, 1261\u00a0; Jacquemart Giel\u00e9e et Clerc de Troyes), dans une transposition\/r\u00e9\u00e9criture<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-20\">20<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-20\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\">\u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9r\u00eat de Renart, et celui des fabliaux, c\u2019est que la tradition les a perp\u00e9tu\u00e9s\u00a0: Boccace, Rabelais, Moli\u00e8re et La Fontaine en t\u00e9moignent.\u00a0\u00bb Robert Sabatier, <em>La Po\u00e9sie du Moyen \u00c2ge<\/em>, Paris, Albin Michel, 1975, pp. 246-247. <\/span> (Sabatier, 1975, 246-247) et dans une adaptation cin\u00e9matographique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5566\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-21\">21<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5566-21\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"21\"> Le projet d\u2019adaptation au cin\u00e9ma du <em>Roman de Renart<\/em> date de 1929\u00a0: Ladislas Starewitch con\u00e7oit et fabrique des marionnettes, Ir\u00e8ne Starewitch r\u00e9dige un sc\u00e9nario. Le film sort le 10 avril 1941. Cf, Olivier Lep\u00e2tre \u00ab\u00a0 Un \u00e9pigone film\u00e9\u00a0: Le <em>Roman de Renart<\/em> de Ladislas et Ir\u00e8ne Starewitch\u00a0\u00bb, dans <em>Editer, traduire ou adapter les textes m\u00e9di\u00e9vaux<\/em>, Actes du Colloque international des 11 et 12 d\u00e9cembre 2008, Universit\u00e9 Jean Moulin, Lyon 3, C. E. D. I. C, Centre Jean Pr\u00e9vost, pp. 313-327. <\/span> (Lep\u00e2tre, 2008, 313-327), le h\u00e9ros est entr\u00e9 dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, car devenu personnage-migrant (Eco, 2000, 58-64). Renart, \u00e0 l\u2019instar des personnages, tels le Petit Chaperon Rouge, d\u2019Artagnan ou Alice, a une existence en dehors des \u00ab\u00a0partitions originales\u00a0\u00bb et existe m\u00eame pour qui n\u2019a jamais lu le texte de d\u00e9part, car il est devenu collectivement vrai parce que la communaut\u00e9 a fait sur lui des investissements passionnels. Ainsi est-il devenu un personnage mythique.<\/p>\n<p>Renart fascine parce qu\u2019il amplifie quelque chose de nous-m\u00eames, il sert d\u2019exutoire \u00e0 nos zones d\u2019ombres. Le personnage r\u00e9v\u00e8le ainsi la puissante sauvagerie de nos \u00e9gos infantiles, de nos d\u00e9sirs primaires de possession; en somme, tout ce qu\u2019une \u00e9ducation bien pes\u00e9e devrait civiliser.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p><strong>Corpus<\/strong><\/p>\n<p><em>Le Roman de Renart<\/em>. 2005. \u00c9dition et traduction de Jean Dufournet et Andr\u00e9 Meline. Paris\u00a0: \u00c9ditions Garnier-Flammarion, 2 tomes.<\/p>\n<p><strong>Autres textes consult\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>AUGIER, Michelle. 1978. \u00ab\u00a0Le Th\u00e8me de la faim dans les premi\u00e8res branches du <em>Roman de Renart<\/em>\u00a0\u00bb. <em>M\u00e9langes Jeanne Lods du Moyen \u00c2ge au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>. Paris : \u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure (\u00c9cole Normale des jeunes filles), tome 1, pp. 40-48.<\/p>\n<p>BARRE, Aur\u00e9lie. 2013. \u00ab\u00a0Renart personnage anim\u00e9\u00a0\u00bb. <em>Textimage, Varia 3, Revue d\u2019\u00e9tude du dialogue Texte-image<\/em>, pp. 2-17.<\/p>\n<p>BELLON, Roger. 1999. <em>Diversit\u00e9 et unit\u00e9 dans Le Roman de Renart<\/em>, Th\u00e8se de Doctorat d\u2019Etat, Universit\u00e9 de Lyon II.<\/p>\n<p>BERGSON, Henri. 1999. <em>Le Rire\u00a0: Essai sur la signification du comique<\/em>. Paris : Presses universitaires de France.<\/p>\n<p>BIANCIOTTO, Gabriel. 1980. <em>Bestiaires du Moyen Age<\/em>, Textes de Pierre de Beauvais, Guillaume Le Clerc, Richard de Fournival, Bruneto Latini et Corbechon. Paris : \u00c9ditions Stock, coll. \u00ab Moyen \u00c2ge \u00bb.<\/p>\n<p>BOSSUAT, Robert. 1964. <em>Dictionnaire des Lettres<\/em>, Le Moyen \u00c2ge. 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Paris : UGE, 10 \/ 18.<\/p>\n<p>DRAGONETTI, Roger. 1996. \u00ab\u00a0Renart est mort, Renart est vif, Renart r\u00e8gne\u00a0\u00bb. <em>La Musique et les lettres\u00a0: \u00e9tudes de litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale<\/em>, Gen\u00e8ve : \u00c9ditions Droz, \u00ab\u00a0Publications romanes et fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, pp. 419-434.<\/p>\n<p>ECO, Umberto. 2000. \u00ab\u00a0Sur quelques fonctions de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb. <em>Mensuel<\/em>, n\u00b0392, pp. 58-64.<\/p>\n<p>GREIMAS, Algirdas Julien. 2001. <em>Dictionnaire de l\u2019Ancien Fran\u00e7ais<\/em>. Paris.<\/p>\n<p>LECLERCQ, Armelle. 2007. \u00ab\u00a0Renart ou le rire rebelle\u00a0\u00bb. <em>Etudes litt\u00e9raires<\/em>, vol. 38, pp. 87-100.<\/p>\n<p>LE GOFF, Jacques. 1985. <em>La Civilisation de l\u2019Occident m\u00e9di\u00e9val<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Champion.<\/p>\n<p>_____. Jacques. 1999. \u00ab\u00a0Le Rire dans la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale\u00a0\u00bb. <em>Un Autre Moyen \u00c2ge<\/em>. Paris : \u00c9ditions Quarto Gallimard, p. 1343.<\/p>\n<p>LEPATRE, Olivier. 11-12 d\u00e9cembre 2008. \u00ab\u00a0Un \u00e9pigone film\u00e9\u00a0: <em>Le<\/em> <em>Roman de Renart<\/em> de Ladislas et Ir\u00e8ne Starewitch\u00a0\u00bb. <em>Editer, traduire ou adapter les textes m\u00e9di\u00e9vaux<\/em>, Actes du Colloque international, Universit\u00e9 Jean Moulin, Lyon 3, C. E. D. I. C, Centre Jean Pr\u00e9vost, pp. 313-327.<\/p>\n<p>LORCIN, Marie Th\u00e9r\u00e8se. 1967.\u00a0 <em>La France au XIII<\/em>e<em> si\u00e8cle<\/em>. 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Paris : \u00c9ditions Albin Michel.<\/p>\n<p>SUOMELA-H\u00c4RM\u00c4, Elina. 1998. \u00ab\u00a0Evolutions et Mutations dans le second cycle de Renart\u00a0\u00bb. <em>L\u2019Information litt\u00e9raire<\/em>, n\u00b0 10, pp. 45-59.<\/p>\n<p>ZIGUI, Kol\u00e9a Paulin. 1995. <em>Les Contes \u00e0 rire de la France m\u00e9di\u00e9vale, Le Roman de Renart et les contes d\u2019animaux de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest\u00a0: Etude de Morphologie et de Physiologie compar\u00e9es, Types, Structures, Id\u00e9ologies. <\/em>Th\u00e8se de Doctorat d\u2019Etat, Universit\u00e9 Fran\u00e7ois Rabelais de Tours.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Konan, Yao Lambert. 2015. \u00ab\u00a0Renart, personnage paradoxal des contes \u00e0 rire de la France m\u00e9di\u00e9vale\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/konan-22&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/konan-22.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 konan-22.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-38da5abf-c997-40b9-826a-e0fe97a046a9\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/konan-22.pdf\">konan-22<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/konan-22.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-38da5abf-c997-40b9-826a-e0fe97a046a9\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Le Classicisme m\u00e9di\u00e9val couvre les XII<sup>e<\/sup> et XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Ces p\u00e9riodes correspondent \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 agricole, au d\u00e9veloppement des villes, \u00e0 des grandes r\u00e9alisations culturelles et artistiques, avec l\u2019ouverture des universit\u00e9s, notamment celle de Paris en 1200. Elle re\u00e7oit, en 1252, le nom de Sorbonne, qu\u2019elle porte encore aujourd\u2019hui. Les XII<sup>e<\/sup> et XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles sont ainsi qualifi\u00e9s de Si\u00e8cles des Lumi\u00e8res, appel\u00e9s \u00ab \u00c2ge classique m\u00e9di\u00e9val \u00bb. C\u2019est \u00ab le beau Moyen \u00c2ge \u00bb ou\u00a0 le \u00abMoyen \u00c2ge flamboyant \u00bb. <\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Les r\u00e9cits drolatiques concernent particuli\u00e8rement <em>Le Roman de Renart<\/em> et les fabliaux qualifi\u00e9s de litt\u00e9rature de la \u00ab\u00a0ris\u00e9e\u00a0\u00bb ou litt\u00e9rature du gros rire. Ces textes sont d\u00e9finis comme \u00ab\u00a0des contes \u00e0 rire\u00a0\u00bb, comme \u00ab\u00a0de bonnes histoires \u00e0 servir apr\u00e8s le repas\u00a0\u00bb, et racont\u00e9s par \u00ab\u00a0anvoise\u00fcre\u00a0\u00bb (plaisanterie) \u00ab\u00a0por deliter\u00a0\u00bb (pour s\u2019amuser) lors des f\u00eates et des veill\u00e9es, comme le d\u00e9clare, dans le prologue, l\u2019auteur de la branche IV, \u00ab\u00a0Ysengrin dans le puits\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab Or me convient tel chose dire \/ Dont je vos puisse fere rire. \/ Maintenant, il faut que je vous raconte \/ Une histoire qui vous divertisse.\u00a0\u00bb <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div> Ancien nom du renard en ancien fran\u00e7ais, langue en vigueur au d\u00e9but de l\u2019\u00e8re carolingienne (IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle). <\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> L\u2019immortalit\u00e9 de Renart tire sa vitalit\u00e9 et sa p\u00e9rennisation dans la mort feinte, ruse qui consiste, de la\u00a0 part du d\u00e9cepteur, \u00e0 adopter pendant un temps plus ou moins limit\u00e9 l\u2019attitude d\u2019un animal mort\u00a0: l\u2019animal s\u2019allonge sur le dos et reste vigoureusement immobile en retenant son souffle\u00a0; les pattes en l\u2019air, les yeux ferm\u00e9s, les babines retrouss\u00e9es sur les dents. Cette technique est utilis\u00e9e dans les aventures de chasse et lors des duels judiciaires. Elle n\u2019est pas seulement un moyen de gagner du temps, mais de s\u2019assurer de l\u2019avenir\u00a0; elle n\u2019est pas non plus un moyen ponctuel de r\u00e9pondre \u00e0 un besoin, elle est une fa\u00e7on de (faussement) mourir pour (vraiment) rena\u00eetre, d\u2019entrer en clandestinit\u00e9 pour mieux r\u00e9gner. Cf Micheline de Combarieu du Gr\u00e8s, \u00ab\u00a0Faire la mort veille\u00a0: la ruse de la mort feinte dans <em>Le Roman de Renart<\/em>\u00a0\u00bb, in <em>Prisma<\/em> VII \/2, CESCM, Poitiers, juillet, d\u00e9cembre, 1991, p. 170. <\/div><\/li><li><span>5<\/span><div> L\u2019\u00e9dition sur laquelle nous travaillons et dont sont extraites toutes les citations est la suivante\u00a0: Jean Dufournet et Andr\u00e9 M\u00e9line, <em>Le Roman de Renart<\/em>, Paris, Garnier-Flammarion, 2 tomes, 2005. <\/div><\/li><li><span>6<\/span><div> La notion m\u00eame de paradoxe est en soi contradictoire. L\u2019\u00e9tymologie renvoie \u00e0 \u00ab\u00a0hors du dogme\u00a0\u00bb. Le paradoxe s\u2019inscrit dans la marginalit\u00e9, dans le conflit. Il est versatile, prot\u00e9iforme. Cf\u00a0: Joseph Vidal-Rosset, <em>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un paradoxe\u00a0?<\/em>, collection \u00ab\u00a0Chemins Philosophiques\u00a0\u00bb, Paris, \u00c9d. Vrin, <a title=\"2004\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/2004\">2004<\/a>. <\/div><\/li><li><span>7<\/span><div> Pour d\u00e9signer les r\u00e9cits de la mati\u00e8re renardienne, on a recouru d\u00e8s le Moyen \u00c2ge \u00e0 un terme nouveau, celui de <em>branche<\/em>, qui appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans son sens litt\u00e9raire de \u00ab\u00a0conte\u00a0\u00bb, terme dont l\u2019attestation la plus ancienne se trouverait, selon Noboru Harano, dans la branche IV (vv. 18-21), juste avant l\u2019aventure du puits. <\/div><\/li><li><span>8<\/span><div> Cette branche, la plus ancienne, est une composition par enfilage, un r\u00e9cit \u00e0 tiroirs. Il y a, en effet, plusieurs \u00e9pisodes, un v\u00e9ritable feuilleton\u00a0: \u00ab\u00a0Renart et Chantecler le coq\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Renart et la m\u00e9sange\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Renart et Tibert le chat\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Renart et Ti\u00e9celin le corbeau\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Renart et Hersent la louve\u00a0\u00bb. <\/div><\/li><li><span>9<\/span><div> Cette technique est connue des bestiaires. Cf\u00a0: <em>Bestiaires du Moyen \u00c2ge<\/em>, Textes de Pierre de Beauvais, Guillaume Le Clerc, Richard de Fournival, Bruneto Latini, Corbechon, mis en fran\u00e7ais moderne par Gabriel Bianciotto, Paris, \u00c9d. Stock, Moyen \u00c2ge, 1980, p. 37. <\/div><\/li><li><span>10<\/span><div> Expression de Roger Bellon constituant le titre de la premi\u00e8re partie de sa Th\u00e8se de Doctorat d\u2019Etat\u00a0: <em>Diversit\u00e9 et unit\u00e9 dans Le Roman de Renart<\/em>, soutenue le 14 mars 1992 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lyon II. Il appelle \u00ab\u00a0m\u00e9tamorphose illusoire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la fantaisie des personnages, la double appartenance au monde animal, et au monde humain\u2026 Ni vraiment animaux ni vraiment hommes, ils sont \u00ab\u00a0autres\u00a0\u00bb, vivent en marge du monde animal et du monde humain, tout en ayant des attributs caract\u00e9ristiques de l\u2019un et l\u2019autre de ces deux mondes\u00a0: on peut parler d\u2019un\u00a0\u00bb entre-deux\u00a0\u00bb qui est finalement un ailleurs\u00a0\u00bb. p. 29<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>Les branches Va, \u00ab\u00a0La Cour de Noble\u00a0\u00bb\u00a0; I, \u00ab\u00a0Le jugement de Renart\u00a0\u00bb\u00a0; VI, \u00ab\u00a0Le moniage de Renart\u00a0\u00bb\u00a0; XI, \u00ab\u00a0Renart Empereur\u00a0\u00bb. <\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>Sur la distinction entre \u00ab\u00a0Renardie\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Diabolie\u00a0\u00bb, cf Claude Reichler, <em>La Diabolie, la s\u00e9duction, la renardie, l\u2019\u00e9criture<\/em>, Paris, Minuit, \u00ab\u00a0Critiques\u00a0\u00bb, 1979, pp. 77-149. <\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>Sur l\u2019homophonie entre hart et art, voir l\u2019article de Roger Dragonetti, \u00ab\u00a0Renart est mort, Renart est vif, Renart r\u00e8gne\u00a0\u00bb, dans <em>La Musique et les lettres\u00a0: \u00e9tudes de litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale<\/em>, Gen\u00e8ve, Droz, \u00ab\u00a0Publications romanes et fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, 1996,\u00a0 pp. 419-434. <\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>\u00ab\u00a0La confession de Renart\u00a0\u00bb <\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>\u00ab\u00a0Le p\u00e8lerinage de Renart\u00a0\u00bb <\/div><\/li><li><span>16<\/span><div>\u00ab\u00a0Brun, Renart et Li\u00e9tart\u00a0\u00bb <\/div><\/li><li><span>17<\/span><div> Ce vocable se manifeste par \u00ab\u00a0le faux semblant, le mensonge ou la caut\u00e8le, le masque qui sont autant de manifestations d\u2019une confuse identit\u00e9 personnelle\u00a0\u00bb. Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne, <em>La Ruse de l\u2019intelligence, La m\u00e9tis des Grecs<\/em>, Paris, UGE, 10\/18, 1977, p. 7. <\/div><\/li><li><span>18<\/span><div> Le mot \u00ab\u00a0trickster\u00a0\u00bb vient de l\u2019anglais et d\u00e9signe le personnage rus\u00e9 dans les contes. Dans la langue fran\u00e7aise, c\u2019est le \u00ab\u00a0d\u00e9cepteur\u00a0\u00bb, mot se rattachant \u00e0 la fois au sens ancien du verbe \u00ab\u00a0d\u00e9cevoir\u00a0\u00bb, qui signifie \u00ab\u00a0 tromper\u00a0\u00bb, et au sens moderne de \u00ab\u00a0d\u00e9sappointer\u00a0\u00bb. <\/div><\/li><li><span>19<\/span><div> Rutebeuf, <em>Renart le bestourn\u00e9<\/em>, en 1261; Jacquemart Giel\u00e9e et le Clerc de Troyes r\u00e9digent respectivement <em>Renart le nouvel<\/em> et <em>Renart le contrefait<\/em> entre la fin du XIII<sup>e<\/sup> et du premier tiers du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. <\/div><\/li><li><span>20<\/span><div>\u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9r\u00eat de Renart, et celui des fabliaux, c\u2019est que la tradition les a perp\u00e9tu\u00e9s\u00a0: Boccace, Rabelais, Moli\u00e8re et La Fontaine en t\u00e9moignent.\u00a0\u00bb Robert Sabatier, <em>La Po\u00e9sie du Moyen \u00c2ge<\/em>, Paris, Albin Michel, 1975, pp. 246-247. <\/div><\/li><li><span>21<\/span><div> Le projet d\u2019adaptation au cin\u00e9ma du <em>Roman de Renart<\/em> date de 1929\u00a0: Ladislas Starewitch con\u00e7oit et fabrique des marionnettes, Ir\u00e8ne Starewitch r\u00e9dige un sc\u00e9nario. Le film sort le 10 avril 1941. Cf, Olivier Lep\u00e2tre \u00ab\u00a0 Un \u00e9pigone film\u00e9\u00a0: Le <em>Roman de Renart<\/em> de Ladislas et Ir\u00e8ne Starewitch\u00a0\u00bb, dans <em>Editer, traduire ou adapter les textes m\u00e9di\u00e9vaux<\/em>, Actes du Colloque international des 11 et 12 d\u00e9cembre 2008, Universit\u00e9 Jean Moulin, Lyon 3, C. E. D. I. C, Centre Jean Pr\u00e9vost, pp. 313-327. <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022 L\u2019\u00e2ge classique m\u00e9di\u00e9val fran\u00e7ais a vu na\u00eetre, dans l\u2019univers des r\u00e9cits drolatiques, un personnage atypique, paradoxal, aux exploits d\u00e9routants, mais captivants\u00a0: Renart le goupil. H\u00e9ros sybillin, caract\u00e9ris\u00e9 par la fuite, le personnage donne une cadence actantielle effr\u00e9n\u00e9e \u00e0 la narration bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9ternel retour et l\u2019immortalit\u00e9 (Combarieu [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1252,1253],"tags":[195],"class_list":["post-5566","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-discours-et-poetiques-de-lamour","category-hors-dossier-discours-et-poetiques-de-lamour","tag-konan-yao-lambert"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5566","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5566"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5566\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8764,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5566\/revisions\/8764"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5566"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5566"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5566"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}