{"id":5567,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/avec-les-mains\/"},"modified":"2024-08-29T18:14:03","modified_gmt":"2024-08-29T18:14:03","slug":"avec-les-mains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5567","title":{"rendered":"Avec les mains"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\">Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>J\u2019ai des mains amoureuses. Avant, on disait que j\u2019avais un c\u0153ur de pierre.<br \/>Nina Bouraoui, <em style=\"font-size: 12px; line-height: 1.538em;\">Poup\u00e9e Bella<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y a chez Nina Bouraoui une volont\u00e9 voire un d\u00e9sir non seulement de s\u2019adresser \u00e0 l\u2019autre, de se faire entendre, mais surtout de garder, de s\u00e9duire, de capter voire de ravir l\u2019autre par un usage <em>m\u00e9lodique<\/em> \u2013 plut\u00f4t que m\u00e9thodique \u2013 de la langue. Dans <em>Poup\u00e9e Bella<\/em>, roman publi\u00e9 en 2004, Bouraoui \u00e9crit\u00a0: \u00ab Je r\u00eave d\u2019une \u00e9criture mod\u00e8le dont je suivrais les lignes, les trames et les c\u00e9sures. Je r\u00eave d\u2019un corps contre le mien. Dans mon cas, il faut \u00e9crire pour se faire aimer.\u00a0\u00bb (Bouraoui, 2004, 45) Elle dira aussi, \u00e0 plusieurs reprises et sous diff\u00e9rentes formules, qu\u2019\u00e9crire et aimer sont du domaine de la sorcellerie, qu\u2019on ne choisit pas d\u2019aimer les filles, ni d\u2019\u00e9crire, mais que \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture et les filles viennent du m\u00eame brasier. \u00bb (75) Elle parlera alors d\u2019une \u00ab \u00e9criture vaudoue \u00bb, puis, souvent, elle dira\u00a0\u00e9crire \u00ab pour \u00eatre <em>avec elle<\/em> \u00bb\u00a0(132)\u00a0: dans la recherche d\u2019une ad\u00e9quation qui ne serait pourtant pas de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9quivalence, de la fusion, mais plut\u00f4t du r\u00eave, de la retenue et de l\u2019impossibilit\u00e9 de cette fusion-l\u00e0 qu\u2019appelle justement le feu ou le brasier. Il s\u2019agirait donc d\u2019une approche, d\u2019un contact qui ne se ferait pas malgr\u00e9 la distance ou contre elle, mais bien gr\u00e2ce \u00e0 elle. Par interf\u00e9rence, toujours\u00a0: dans la manipulation m\u00eame qu\u2019appelle et qu\u2019exige une pratique incantatoire, vaudou et sans doute un peu sorci\u00e8re de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<h2>La langue<\/h2>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de <em>Mes mauvaises pens\u00e9es<\/em>, la narratrice avoue \u00e0 la psy qui se tient devant elle que \u00ab c\u2019est M. qui [lui] a donn\u00e9 [son] num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone. \u00bb La narratrice pr\u00e9cise aussit\u00f4t qu\u2019elle ne la voit presque plus \u00ab et c\u2019est mieux ainsi \u00bb, dit-elle, parce qu\u2019\u00ab [elle] aurai[t] eu l\u2019impression de prendre sa place [&#8230;] de lui devoir une histoire. \u00bb (Bouraoui, 2005, 9) \u00c0 l\u2019aveu succ\u00e8de presque m\u00e9caniquement l\u2019excuse, la culpabilit\u00e9 : \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00fb venir plus t\u00f4t [\u2026] J\u2019aurais d\u00fb vous appeler, il y a un an \u00bb mais \u00ab\u00a0j\u2019avais si peur de lui voler son amour [\u2026] j\u2019avais peur aussi de me lier \u00e0 M. par l\u2019interm\u00e9diaire de votre corps, j\u2019avais peur d\u2019\u00e9changer nos r\u00eaves \u00bb (11). Il y a d\u2019embl\u00e9e dans cette fa\u00e7on de se pr\u00e9senter ou d\u2019\u00e9tablir un premier contact une sorte de fausse politesse qui glisse rapidement du c\u00f4t\u00e9 du jeu, de l\u2019adresse et de la s\u00e9duction\u00a0: jeu que force n\u00e9cessairement ces rencontres qui n\u2019ont d\u2019abord toujours lieu que par un usage de la langue. La narratrice insiste\u00a0: \u00ab Je ne suis pas venue pour voler son pass\u00e9 ni pour le remonter, je ne suis pas venue pour v\u00e9rifier votre visage, votre voix, vos mains [\u2026] je ne suis pas venue pour vous s\u00e9duire, non plus [\u2026] \u00bb La triple reprise du <em>je ne suis pas venue pour<\/em> fait entendre simultan\u00e9ment tout le contraire de ce qui pr\u00e9c\u00e8de\u00a0: la prudence excessive dont fait preuve la narratrice traduisant immanquablement le risque du danger, la mise en garde contre elle-m\u00eame, ce risque-l\u00e0, en fait, d\u2019une personnalit\u00e9 qui, comme elle le pr\u00e9tend, \u00ab s\u2019est form\u00e9e [\u2026] \u00e0 partir du langage qui poss\u00e8de. \u00bb (10)<\/p>\n<p>Il est important de rappeler ici l\u2019intention sur laquelle s\u2019ouvre le roman des<em> Mauvaises pens\u00e9es. <\/em>Si la narratrice souhaite se d\u00e9faire de son cerveau, et surtout se faire couper les mains, elle pr\u00e9sentera ses <em>Mauvaises pens\u00e9es <\/em>comme\u00a0: \u00ab une histoire qui tournera autour de moi, qui m\u2019enveloppera, qui me mangera [et] ce ne sera pas une romance, ce ne sera pas une l\u00e9gende \u00bb. \u00c0 celle qui se tient devant elle, la narratrice dira\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais porter ma voix sur vous, je n\u2019en esp\u00e8re aucun amour, aucune intrigue \u00bb (11) Cette id\u00e9e de <em>faire porter<\/em> sa propre voix <em>sur<\/em> une autre \u2013 plut\u00f4t que <em>par <\/em>quelqu\u2019un d\u2019autre \u2013 semble pourtant moins de l\u2019ordre de la projection ou encore du d\u00e9doublement que du d\u00e9sir de trouver en l\u2019autre un certain point d\u2019ancrage. Un point d\u2019ancrage qui serait avant tout un point d\u2019arr\u00eat plut\u00f4t qu\u2019un point de fuite ou d\u2019alliance. Moins un \u00e9cho qu\u2019une mani\u00e8re de se lover en l\u2019autre, de s\u2019y multiplier doucement sans r\u00e9ciprocit\u00e9, sans attente et surtout, sans m\u00eame anticiper le retour du d\u00e9sir vers soi.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas ici \u2013 par l\u2019adresse que porte pendant plus de deux cent quatre-vingt pages le roman de Bouraoui \u2013 de marquer l\u2019autre avec violence, d\u2019y laisser une trace. C\u2019est un contact qui op\u00e8re lentement, en longueur. Comme un mouvement qui t\u00e9moigne de ce qu\u2019on appelle en anglais <em>longing <\/em>mais qui se traduit difficilement en fran\u00e7ais par envie ou peut-\u00eatre par d\u00e9sir. Il manque en effet au mot fran\u00e7ais cette inclinaison vers le futur que force le mot anglais\u00a0: ce go\u00fbt justement non pas de l\u2019attente, ni de l\u2019urgence, mais au contraire, d\u2019un temps qui sait se faire attendre. Dans cette langueur-l\u00e0 de l\u2019\u00e9criture, on remarque chez Bouraoui qu\u2019il ne suffit pas de simplement tendre vers l\u2019autre, mais de montrer comment, dans l\u2019\u00e9criture, il est possible de s\u2019\u00e9tendre avec l\u2019autre\u00a0: de croire \u00e0 cette pr\u00e9sence, \u00e0 cette pr\u00e9gnance voire \u00e0 cette r\u00e9surgence qui anime l\u2019\u00e9criture amoureuse.<\/p>\n<h2>Les mains<\/h2>\n<p>L\u2019adresse chez Bouraoui ne vise donc pas \u00e0 faire l\u2019inventaire ni \u00e0 sauver les restes ou encore les fant\u00f4mes qui nourrissent ce qu\u2019elle appelle ses mauvaises pens\u00e9es. La narration est bien s\u00fbr tr\u00e8s dense, et aussi circulaire, mais il n\u2019y a pas chez Bouraoui la lourdeur voire l\u2019effet de suffocation que provoque l\u2019\u00e9criture de Christine Angot, par exemple. \u00c0 l\u2019acharnement et \u00e0 la manipulation tr\u00e8s brusque de la langue chez Angot s\u2019oppose clairement l\u2019ivresse, pour ne pas dire la caresse, qui donne sa couleur \u00e0 chacun des romans de Nina Bouraoui.<\/p>\n<p>Cela dit, s\u2019il est question d\u2019ivresse et de caresse, c\u2019est surtout pour faire entendre la contradiction qui fonde chez Bouraoui la dimension charnelle de la narration, et un rapport d\u2019\u00e9criture tr\u00e8s chaste, en surface, du rapport amoureux. D\u2019ailleurs, on remarque que ce rapport \u00e0 la surface \u2013 donc \u00e0 la peau \u2013 se d\u00e9cline dans chacun de ses romans non pas \u00e0 partir des traces laiss\u00e9es sur elle, mais \u00e0 partir de ce qui s\u2019y impr\u00e8gne autrement. En ne laissant jamais de trace tangible qui permettrait de saisir une fois pour toutes ce qu\u2019elle appelle \u00ab le corps fou et r\u00e9sistant\u00a0\u00bb de l\u2019amour.<\/p>\n<p>Quand Bouraoui parle de br\u00fblure, elle parle de passion, de ce qu\u2019elle appelle l\u2019explosion du ventre. Mais de la br\u00fblure, elle ne garde que l\u2019attente, l\u2019anticipation du premier contact et de son recommencement par l\u2019\u00e9criture. On remarque en effet que l\u2019intensit\u00e9 du d\u00e9sir chez Bouraoui n\u2019a d\u2019\u00e9gal que le parfum, la lumi\u00e8re et la musique qui hantent l\u2019\u00e9criture sous une forme de retour qui s\u2019\u00e9loigne du simple souvenir. Si dans la peau, dans les mains, \u00ab\u00a0c\u2019est le d\u00e9sir br\u00fbl\u00e9 \u00bb (37), c\u2019est bien parce que\u00a0la br\u00fblure s\u2019appr\u00e9hende par la force du troisi\u00e8me degr\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire dans la fum\u00e9e, l\u2019\u00e9vanescence qu\u2019elle cr\u00e9e dans l\u2019impossibilit\u00e9 m\u00eame d\u2019un contact durable. \u00ab Oui, je peux \u00e9crire sur le d\u00e9sir et sur le plaisir, je peux \u00e9crire sur le brasier, sur les sangs, sur les tensions, je peux \u00e9crire sur l\u2019enveloppement, mais je n\u2019ai aucun mot pour la sexualit\u00e9 [\u2026] \u00bb, \u00e9crit Bouraoui, qui ajoute\u00a0: \u00ab si je devais \u00e9crire sur les filles [\u2026] j\u2019\u00e9crirais sur la taille, la main, la voix, rien de leurs nuits, rien, les mots glissent sur cela. \u00bb (37) Et pourtant, c\u2019est dans <em>Nos Baisers sont des adieux<\/em> que Bouraoui d\u00e9ploiera \u00e0 ce propos une r\u00e9elle \u00e9loquence en affirmant que : \u00ab\u00a0Quand elle me demandait de toucher, je pensais \u00e0 deux m\u00e9duses flottant sous l\u2019eau. \u00bb (Bouraoui, 2010, 58)<\/p>\n<h2>La peau<\/h2>\n<p>Souligner l\u2019importance des mains chez Bouraoui \u2013 la fa\u00e7on qu\u2019ont les mains de porter et de permettre l\u2019articulation de ce qui appara\u00eet comme une narration du plaisir ou de la jouissance \u2013 c\u2019est insister d\u2019autant plus sur cette peau-buvard, cette peau qui, m\u00eame si elle prend tout, reste n\u00e9anmoins lisse et fragile\u00a0: ce qu\u2019elle d\u00e9signe pr\u00e9cis\u00e9ment comme une \u00ab\u00a0peau photographique \u00bb (2005, 28).<\/p>\n<p>En effet, la peau chez Bouraoui n\u2019est pas que le lieu des cicatrices. S\u2019il y a bel et bien une tristesse, une douleur et un retour constant sur l\u2019id\u00e9e m\u00eame du d\u00e9chirement, de la cassure, la peau est ce qui permet de prendre malgr\u00e9 tout, de garder un peu tout sans pour autant devenir le tombeau m\u00eame de l\u2019amour. Il y a dans l\u2019\u00e9criture un effort de prendre et de garder justement quelque chose du souvenir, de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re de l\u2019amour. La peau s\u2019impose ainsi sur le r\u00e9cit comme terrain non pas destin\u00e9 \u00e0 s\u2019ouvrir, \u00e0 \u00eatre ouvert, mais plut\u00f4t \u00e0 recouvrir, \u00e0 \u00eatre d\u00e9couvert.<\/p>\n<p>Le temps de l\u2019amour chez Bouraoui \u00e9chappe \u00e0 celui de la blessure et du traumatisme \u2013 \u00e0 ce qui laisse une trace en soi et qui est appel\u00e9 \u00e0 revenir \u2013 pour mieux revenir \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un app\u00e9tit et d\u2019une envie de voir les choses advenir par le biais des corps amoureux. Souvent, ce sont les allers-retours fluides, presque fusionnels entre le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et le futur, qui font voir dans le geste d\u2019\u00e9crire une capacit\u00e9 voire une pr\u00e9dilection \u00e0 jouer avec le r\u00e9el. Ce n\u2019est pas un hasard si la narratrice de <em>Mes Mauvaises pens\u00e9es <\/em>dit d\u2019embl\u00e9e savoir \u00e9crire par amour\u00a0: \u00ab Je sais que j\u2019\u00e9cris par amour vous savez, je sais que j\u2019\u00e9cris dans cette forme de f\u00e9licit\u00e9, et quand j\u2019\u00e9cris sur Diane, je la serre encore dans mes bras, et quand j\u2019\u00e9cris sur l\u2019Alg\u00e9rie, je pourrais crier \u201cJe suis de retour\u00a0!\u201d \u00bb (187) Il y a en effet dans ce dernier passage toute la circularit\u00e9 emp\u00each\u00e9e du rapport\u00a0amoureux tel que l\u2019aborde Bouraoui. Alors que la narratrice dit \u00ab je sais vous savez \u00bb, il n\u2019est pas question d\u2019attendre la r\u00e9ponse ou la r\u00e9action de l\u2019autre sur soi. Il y a d\u2019embl\u00e9e une insistance, une anticipation. Et puis, on remarque qu\u2019elle ne dit pas \u00e9crire <em>\u00e0 propos <\/em>de Diane ou <em>\u00e0 propos <\/em>de l\u2019Alg\u00e9rie. C\u2019est <em>sur<\/em> Diane et <em>sur<\/em> l\u2019Alg\u00e9rie, que s\u2019\u00e9crit le livre. Il y a quelque chose de l\u2019horizon dans cette fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire sur les lieux de l\u2019amour comme s\u2019il n\u2019y avait ni contour ni g\u00e9ographie possible. Bouraoui \u00e9crit d\u2019ailleurs qu\u2019elle \u00ab ne sai[t] pas o\u00f9 se trouve la limite de l\u2019amour, ou si c\u2019est une limite qui se d\u00e9place sans cesse. \u00bb (198)<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9treinte<\/h2>\n<p>Dans son livre <em>La Ressemblance par contact<\/em>, Didi-Huberman r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la trace en l\u2019opposant \u00e0 l\u2019empreinte. Il fait remarquer que contrairement \u00e0 la trace, il y a dans l\u2019empreinte une \u00e9trange finesse\u00a0: celle de la dur\u00e9e, du geste, mais surtout du retour de ce geste-l\u00e0 que pose la main qui prend, qui caresse et qui, prolongeant le temps de la caresse, sait la force, le potentiel voire le risque m\u00eame de son emprise.<\/p>\n<p>\u00ab Le contact finit presque fatalement par se penser dans l\u2019\u00e9l\u00e9ment de la s\u00e9paration, de la perte, de l\u2019absence \u00bb (Didi-Huberman, 2008, 309), \u00e9crit le philosophe. Rappelant l\u2019image famili\u00e8re de l\u2019empreinte du pied dans le sable bordant la mer, il insiste sur la puissance et la fragilit\u00e9 qui s\u2019y m\u00ealent de mani\u00e8re \u00e0 attirer l\u2019attention sur le geste qui pr\u00e9c\u00e8de toujours l\u2019empreinte. Un geste sans doute un peu lent, un peu lourd, mais toujours silencieux qui ferait penser, si l\u2019on revient \u00e0 Nina Bouraoui, au mouvement que fait la main qui \u00e9crit, la main qui promet. C\u2019est-\u00e0-dire un geste qui viserait \u00e0 faire comprendre \u00e0 l\u2019autre \u2013 en lui touchant le bras, en lui effleurant la main ou encore en lui \u00e9crivant un mot \u2013 que <em>je suis l\u00e0<\/em>. R\u00e9p\u00e9ter au pr\u00e9sent que <em>je suis l\u00e0<\/em> pour dire, en fait, que je serai encore l\u00e0 demain. De la trace \u00e0 l\u2019empreinte, puis de l\u2019empreinte \u00e0 l\u2019emprise, se dessine alors, gr\u00e2ce \u00e0 la main qui prend le temps d\u2019aller vers l\u2019autre, en le touchant, en lui \u00e9crivant \u2013 ou simplement en restant l\u00e0, tendue, dans l\u2019attente de se faire prendre \u00e0 son tour \u2013 une trajectoire amoureuse.<\/p>\n<p>Alors que Nina Bouraoui \u00e9crit que \u00ab d\u00e9j\u00e0, dans les mots, se tient l\u2019invention \u00bb que \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0, dans l\u2019\u00e9criture, se d\u00e9ploie l\u2019amour \u00bb, il me semble que d\u00e9j\u00e0, dans l\u2019empreinte, se dessine l\u2019\u00e9treinte. Et, dans ce va-et-vient qui caract\u00e9rise l\u2019\u00e9criture du plaisir et de la jouissance, Bouraoui r\u00e9ussit non seulement \u00e0 ne pas \u00e9puiser le discours amoureux, mais lui redonne un tout autre \u00e9lan : celui dont s\u2019anime la langue quand elle s\u2019emporte et s\u2019efforce de dire avec justesse la singularit\u00e9 de l\u2019amour des filles entre elles.<\/p>\n<h2>La co\u00efncidence<\/h2>\n<p>Dans son livre <em>En cas d\u2019amour<\/em>, la philosophe Anne Dufourmantelle nous invite \u00e0 observer le motif de la fugue chez Bach. Elle \u00e9crit\u00a0que<\/p>\n<blockquote>\n<p>ce qui revient est obs\u00e9dant, car cela fait sans cesse appara\u00eetre ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9, ce qui n\u2019a pas eu lieu. C\u2019est bien cela qui se r\u00e9p\u00e8te : le manque. Et non le plein, l\u2019\u00e0-vif, le trop. C\u2019est au contraire ce qui ne s\u2019est pas produit. Ce qui dans le lien a manqu\u00e9, qui s\u2019est d\u00e9rob\u00e9, revient ind\u00e9finiment. Dans le r\u00e9el. Car il n\u2019a pas de mot pour se dire. (2009, 75)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans <em>Fragments d\u2019un discours amoureux<\/em>, Barthes dira que ce qui revient dans les mots d\u2019amour, c\u2019est la nuance. Que \u00ab la nuance, c\u2019est ce dernier \u00e9tat de la couleur qui ne peut \u00eatre nomm\u00e9\u00a0:\u00a0la nuance, c\u2019est l\u2019Intraitable. \u00bb (1977, 119) Puis, il y a Marguerite Duras qui, \u00e0 la question \u00ab Tu pars pour aimer toujours\u00a0? \u00bb, fait entendre l\u2019une des plus belles r\u00e9ponses de toutes les histoires du monde, qu\u2019elles soient d\u2019amour ou de d\u00e9samour\u00a0: \u00ab\u00a0Je pars pour aimer toujours dans cette douleur adorable de ne jamais te tenir, de ne jamais pouvoir faire que cet amour nous laisse pour morts. \u00bb (2004, 1123)<\/p>\n<p>Il faut voir dans chacune de ces citations comment la question du manque et de l\u2019absence est appel\u00e9e \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter par l\u2019\u00e9criture amoureuse. Chez Bouraoui, la question se pose d\u00e8s lors par le biais des souvenirs, dans la co\u00efncidence des temps que provoque chaque fois le retour m\u00eame d\u2019un souvenir. Comme l\u2019explique Didi-Huberman en s\u2019appuyant sur une r\u00e9flexion de Benjamin\u00a0: \u00ab Les v\u00e9ritables souvenirs ne doivent pas tant rendre compte du pass\u00e9 que d\u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment le lieu [actuel, pr\u00e9sent, anachronique] o\u00f9 on en prend possession. \u00bb (2008, 313) \u00c0 l\u2019instar de l\u2019empreinte sur la peau, le souvenir ne peut donc exister que dans l\u2019apr\u00e8s-coup ou pour le dire avec les mots de Didi-Huberman\u00a0: dans la collision d\u2019un toujours avec un apr\u00e8s.\u00a0<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de Didi-Huberman \u00e0 propos de l\u2019empreinte et du souvenir comme processus o\u00f9 l\u2019on peut voir \u00ab des temps \u00e0 l\u2019\u0153uvre, des temps contradictoires intriqu\u00e9s dans la m\u00eame image\u00a0\u00bb t\u00e9moigne \u00e0 mon sens de ce qui, chez Bouraoui, r\u00e9siste \u2013 tout en y participant \u2013 \u00e0 l\u2019anachronisme m\u00eame du temps de l\u2019amour. Il est important de consid\u00e9rer en ce sens les figures qui impr\u00e8gnent son \u00e9criture sous le mode de la r\u00e9p\u00e9tition, bien s\u00fbr, mais surtout du ressassement. Je pense ici aux figures du p\u00e8re, de l\u2019Amie, de la Chanteuse, de la s\u0153ur, de Diane, de la m\u00e8re, du premier gar\u00e7on, mais aussi des lieux comme Alger, mais surtout \u00e0 la Suisse qui se d\u00e9cline chez Bouraoui par trois villes bien pr\u00e9cises\u00a0: Zurich, Lausanne et Gen\u00e8ve. Des villes dont elle \u00e9voque toujours la couleur bleu\u00a0: celui plus fonc\u00e9 des montagnes, celui plus hypnotisant du lac, mais surtout le bleu ind\u00e9finissable et triste des nuits d\u2019amour qui, dit-elle, lui donnent le vertige.<\/p>\n<h2>Hologramme<\/h2>\n<p>De la diff\u00e9rence entre r\u00e9p\u00e9tition et ressassement, il vaut la peine de rappeler ce qu\u2019\u00e9crit Dominique Rabat\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il y a bien un ensorcellement propre au ressassement. C\u2019est une force qui ruine et produit les formes o\u00f9 il s\u2019incarne passag\u00e8rement [\u2026] le ressassement exerce \u00e0 la fois un mouvement tr\u00e8s puissant d\u2019emprise (sur l\u2019\u00e9crivain devant ce qui fait violemment retour, sur le lecteur saisi par le m\u00eame vertige) mais il est aussi <em>geste<\/em> de dessaisissement face \u00e0 un processus qui efface le sujet. (2001, 19)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que la r\u00e9p\u00e9tition s\u2019inscrit dans un ordre plut\u00f4t lin\u00e9aire du temps et qu\u2019il y a en elle quelque chose du mart\u00e8lement, elle diff\u00e8re du ressassement par la forme m\u00eame que prend cette emprise au sein du texte. Il semble en effet que le ressassement permet non seulement un mouvement vers l\u2019avant, mais il permet \u00e9galement les d\u00e9tours, le d\u00e9sordre. Penser le ressassement, c\u2019est penser in\u00e9vitablement le temps de l\u2019amour\u00a0: cette fa\u00e7on que l\u2019on a de lire et de relire, ou encore de dire ou de redire les moments de l\u2019amour en pensant chaque fois qu\u2019il s\u2019agit de la premi\u00e8re fois. S\u2019il y a une lassitude dans la r\u00e9p\u00e9tition, il y a sans doute quelque chose du lasso dans le ressassement\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une emprise tr\u00e8s consciente de sa douceur, d\u2019une emprise qui op\u00e8re sous le mode justement de l\u2019empreinte, de la caresse.<\/p>\n<p>Toujours dans <em>La Ressemblance par contact<\/em>, Didi-Huberman distingue l\u2019empreinte de la trace par sa capacit\u00e9 \u00e0 durer, \u00e0 survivre, et donc, \u00e0 faire retour. Chez Nina Bouraoui, que ce soit dans <em>La vie heureuse<\/em>, dans <em>Poup\u00e9e Bella<\/em>, dans <em>Nos Baisers sont des adieux<\/em> ou de mani\u00e8re encore plus \u00e9vidente dans <em>Mes mauvaises pens\u00e9es<\/em>, ce sont toujours les mains qui viennent s\u2019interposer. Il faut d\u2019ailleurs remarquer le nombre d\u2019occurrences des mains dans <em>Mes mauvaises pens\u00e9es<\/em>\u2026 Or, il se passe quelque chose comme un d\u00e9calage qui fait entendre tout l\u2019anachronisme amoureux dont il \u00e9tait question pr\u00e9c\u00e9demment avec Didi-Huberman, Dufourmantelle, Barthes et Marguerite Duras. \u00c0 un moment-cl\u00e9 du roman, la narratrice dit qu\u2019elle n\u2019a\u00a0que ses mains sur son visage pour se d\u00e9fendre de Diane \u2013 personnage qui revient dans plusieurs romans de Bouraoui comme incarnation m\u00eame du premier amour, constamment perdu et retrouv\u00e9. Parce que, comme pour s\u2019expliquer : \u00ab mes mains ne tiennent que son souvenir \u00bb (2005, 213-214).<\/p>\n<p>Cette fa\u00e7on de se laisser aller vers Diane comme vers un aimant est, chez Bouraoui, une r\u00e9ponse \u00e0 la fatalit\u00e9 du temps de l\u2019amour. La comparaison qu\u2019\u00e9tablit la narratrice entre Diane et un hologramme va d\u2019ailleurs en ce sens : \u00ab C\u2019est encore l\u2019hologramme, vous savez, c\u2019est aussi un petit point qui grossit chaque fois que j\u2019y pense, Diane se tient dans une forme d\u2019hypnose, une hypnose romantique. \u00bb Alors que l\u2019hologramme r\u00e9f\u00e8re au relief d\u2019une surface \u2013 \u00e0 la fa\u00e7on qu\u2019a une certaine image d\u2019occuper l\u2019espace, de d\u00e9border de son cadre \u2013 il para\u00eet n\u00e9cessaire de terminer sur ce qui fait d\u00e9faut chez Nina Bouraoui. C\u2019est-\u00e0-dire sur ce qui exc\u00e8de ou encore sur ce qui d\u00e9passe cette surface lisse dont sont justement fait les murs de ce qu\u2019elle appelle son \u00e9difice amoureux. Alors que je soutenais pr\u00e9c\u00e9demment que ce sont les mains qui permettent de faire avancer ou d\u00e9vier les diff\u00e9rents focus de la narration, il n\u2019y a qu\u2019elles qui peuvent assurer un certain contact entre le sentiment amoureux et l\u2019objet de cet amour. Si Bouraoui parle constamment du mouvement et de la spirale que doit faire l\u2019\u00e9criture pour en arriver \u00e0 dire un peu du vide ou du trop-plein de l\u2019amour, impossible de ne pas capter, dans la r\u00e9apparition \u00e0 la fois ponctuelle et diff\u00e9r\u00e9e des mains, quelque chose du relais, de la force d\u2019un lien qui est en train de se tisser. Quelque chose donc qui, \u00e0 m\u00eame la narration, accroche ou qui appelle justement qu\u2019on s\u2019y accroche.<\/p>\n<h2>Partir<\/h2>\n<p><em>Mes Mauvaises pens\u00e9es<\/em> est un roman qui pose d\u00e8s les premi\u00e8res lignes la question du d\u00e9part, de la force qu\u2019il faut pour partir. Or, si cette question se multiplie au sein du r\u00e9cit, elle revient de mani\u00e8re strat\u00e9gique \u00e0 la fin du roman o\u00f9 la narratrice demande \u00e0 sa propre m\u00e8re comment sa m\u00e8re \u00e0 elle est morte. La m\u00e8re r\u00e9pond\u00a0qu\u2019\u00ab\u00a0elle s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e de son coma pour [lui] dire adieu puis elle s\u2019est \u00e9teinte. \u00bb De la mort, la narratrice gardera l\u2019image de \u00ab la derni\u00e8re force, de la force d\u2019amour\u00a0\u00bb puis, lancera \u2013 au bout de trois cents pages compos\u00e9es de phrases compactes, sans paragraphe, sans chapitre, sans rien d\u2019autre que des phrases \u00e0 la cha\u00eene destin\u00e9es non pas \u00e0 combler l\u2019absence mais \u00e0 faire danser les absents ensemble \u2013 qu\u2019\u00ab\u00a0il faudrait \u00e9crire un livre avec du silence. \u00bb (285) C\u2019est encore l\u00e0, gr\u00e2ce \u00e0 une sorte de flottement, que surgit l\u2019amour. Non pas dans la densit\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit qui oscille entre silence et cacophonie, mais exactement l\u00e0 o\u00f9, enfin, au terme d\u2019une histoire, se ferait entendre quelque chose du r\u00e2lement, du soupir un peu bestial de l\u2019amour\u00a0: comme un doux m\u00e9lange d\u2019indicible et de rumeur.<\/p>\n<p><em>Mes mauvaises pens\u00e9es<\/em> se termine en ce sens sur une confession. L\u2019auteure dit garder les images et les peurs des autres, mais surtout les mots. <em>Je garde les mots du Corbusier<\/em>, <em>je garde les mots de ma m\u00e8re<\/em>, <em>je garde les mots de M. \u00e0 votre sujet<\/em>, <em>je garde les mots de mon p\u00e8re<\/em> et puis, \u00e0 la toute fin, ceux d\u2019une c\u00e9l\u00e8bre architecte anglaise\u00a0: \u00ab Je garde les mots d\u2019Eileen Gray\u00a0: Il faut d\u00e9construire avant de construire.\u00a0\u00bb C\u2019est ainsi qu\u2019au dernier moment, dans l\u2019\u00e9lan m\u00eame qui propulse la derni\u00e8re fois, les derniers mots, l\u2019id\u00e9e de l\u2019amour co\u00efncide v\u00e9ritablement avec les mains. Ces mains capables de d\u00e9truire et de se remettre \u00e0 l\u2019ouvrage, de se risquer encore au travail architectural de l\u2019amour : c\u2019est-\u00e0-dire au mouvement d\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019\u00e9criture qui se d\u00e9cline souvent chez Bouraoui par la juxtaposition voire de l\u2019imbrication de la force et des fragilit\u00e9s. L\u2019accent que met et remet l\u2019auteure tout au long de son \u0153uvre sur les mots des autres porte chaque fois un d\u00e9sir d\u2019ancrer ou, du moins, de jouer avec la p\u00e9rennit\u00e9 et la fluidit\u00e9 de la langue amoureuse. Accordant une force incantatoire au roman, la r\u00e9p\u00e9tition porte avec elle une image bien pr\u00e9cise, une sorte d\u2019appel qui n\u2019aurait cependant rien \u00e0 voir avec une bouteille \u00e0 la mer\u00a0: plut\u00f4t une image fuyante d\u2019un amour parfois bleu, parfois mauve qui, nageant \u00e0 la surface comme des m\u00e9duses, ne serait pas \u00e9tranger \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la mort. Puisque, comme l\u2019\u00e9crit Nina Bouraoui, si \u00ab les morts sont chaque fois ressuscit\u00e9s par notre langage, par notre mani\u00e8re de les raconter, ce sont eux les livres, ce sont eux l\u2019\u00e9criture qui court, ce sont eux les petits papiers amoureux. \u00bb (46-47)<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>BARTHES, Roland. 1977. <em>Fragments du discours amoureux<\/em>, Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>BOURAOUI, Nina. 2010. <em>Nos Baisers sont des adieux<\/em>, Paris\u00a0: Stock.<\/p>\n<p>_____. 2005. <em>Mes Mauvaises pens\u00e9es<\/em>, Paris\u00a0: Stock.<\/p>\n<p>_____. 2004. <em>Poup\u00e9e Bella<\/em>, Paris\u00a0: Stock.<\/p>\n<p>DIDI-HUBERMAN, Georges. 2008. <em>La Ressemblance par contact<\/em>, Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>DUFOURMANTELLE, Anne. 2009. <em>En cas d\u2019amour<\/em>, Paris\u00a0: Payot &amp; Rivages.<\/p>\n<p>DURAS, Marguerite. 2004. <em>Agatha<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab La Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, tome 3.<\/p>\n<p>RABAT\u00c9, Dominique, E. Beno\u00eet et J-P Moussaron. 2001. <em>\u00c9critures du ressassement<\/em>, Paris\u00a0: Presses Universitaires Bordeaux, coll. \u00ab\u00a0Modernit\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lebrun, Val\u00e9rie. 2015. \u00ab\u00a0Avec les mains\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/lebrun-22&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lebrun-22.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lebrun-22.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-d6a579bc-018e-49b7-bf00-b63e948c6634\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lebrun-22.pdf\">lebrun-22<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lebrun-22.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-d6a579bc-018e-49b7-bf00-b63e948c6634\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022 J\u2019ai des mains amoureuses. Avant, on disait que j\u2019avais un c\u0153ur de pierre.Nina Bouraoui, Poup\u00e9e Bella Il y a chez Nina Bouraoui une volont\u00e9 voire un d\u00e9sir non seulement de s\u2019adresser \u00e0 l\u2019autre, de se faire entendre, mais surtout de garder, de s\u00e9duire, de capter voire de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1252,1254],"tags":[230],"class_list":["post-5567","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-discours-et-poetiques-de-lamour","category-postface-discours-et-poetiques-de-lamour","tag-lebrun-valerie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5567","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5567"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5567\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8760,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5567\/revisions\/8760"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5567"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}