{"id":5568,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/les-configurations-dialogiques-dans-jacques-le-fataliste-de-diderot\/"},"modified":"2024-08-29T18:15:50","modified_gmt":"2024-08-29T18:15:50","slug":"les-configurations-dialogiques-dans-jacques-le-fataliste-de-diderot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5568","title":{"rendered":"Les configurations dialogiques dans \u00ab Jacques le fataliste \u00bb de Diderot"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\">Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022<\/a><\/h5>\n<p>Autant les \u00e9crivains du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avaient \u00e9t\u00e9 des moralistes, pr\u00e9occup\u00e9s de l\u2019am\u00e9lioration des individus, ceux du XVIII<sup>e<\/sup> sont des philosophes ayant en vue le progr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9. Ils traduisent la rationalit\u00e9 cart\u00e9sienne qui enseignait que c\u2019est par la raison qu\u2019on pouvait distinguer la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019erreur. Hommes d\u2019esprit, les philosophes des Lumi\u00e8res ont insist\u00e9 sur l\u2019utilit\u00e9 pratique qui leur paraissait plus imm\u00e9diate et dans leur style, ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019ample p\u00e9riode oratoire la phrase courte et le dialogue philosophique. Diderot en a fait un usage intensif dans son \u0153uvre posthume <em>Jacques le fataliste<\/em> o\u00f9 il m\u00eale les diverses techniques de la nouvelle, du conte, de l\u2019essai et du texte th\u00e9\u00e2tral. La forme dialogu\u00e9e du roman \u00e9pouse le cheminement d\u2019une pens\u00e9e paradoxale qui se pla\u00eet \u00e0 multiplier les contrastes de mani\u00e8re \u00e0 rendre compte de la pluralit\u00e9 des conceptions du monde et des choses. Cette forme assez particuli\u00e8re explique l\u2019int\u00e9r\u00eat que l\u2019on peut avoir pour ce texte tout en faisant na\u00eetre certaines questions. Dans cet ordre d\u2019id\u00e9es, nous nous proposons d\u2019\u00e9tudier ce texte comme une \u0153uvre dialogique afin de d\u00e9terminer, dans un premier temps, les aspects du dialogisme dans la forme, la structure et la mise en texte. Puis, dans un deuxi\u00e8me temps, nous d\u00e9montrerons la tendance dialogique \u00e0 travers le contenu philosophique de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h2>1. Le dialogisme dans l\u2019\u00e9criture de <em>Jacques le fataliste<\/em><\/h2>\n<p>Dans<em> Jacques le fataliste, <\/em>la transposition de l\u2019oralit\u00e9 dans l\u2019\u00e9crit est remarquable. \u00ab\u00a0C\u2019est une chose singuli\u00e8re que la conversation, \u00e9crit Diderot [\u2026] un homme jette un mot qu\u2019il d\u00e9tache de ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et suivi dans sa t\u00eate. Un autre fait autant\u00a0; et puis attrape qui pourra.\u00a0\u00bb (Diderot, 1984, 143) Le trait essentiel de ce r\u00e9cit est sa forme dialogique. \u00c0 l\u2019instar de plusieurs autres auteurs de son si\u00e8cle, Diderot utilise l\u2019argumentation au sein de ses \u00e9crits afin de persuader son public, le faire r\u00e9fl\u00e9chir, ne se contentant pas de provoquer chez lui un simple et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re effet de plaisir de lecture. Le recours constant \u00e0 l\u2019interpellation du lecteur pour exposer un point de vue implique g\u00e9n\u00e9ralement de vouloir produire chez son lui une impression de r\u00e9alit\u00e9. L\u2019auteur simule ainsi une conversation r\u00e9elle, et renforce son pouvoir de persuasion, car \u00ab\u00a0la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb se trouve dans un l\u2019\u00e9change avec l\u2019autre. Ainsi, l\u2019effet le plus marquant de l\u2019interpellation est le dialogisme, qui donne au discours romanesque \u2013 traditionnellement monologique \u2013 une structure d\u2019\u00e9change. En t\u00e9moignent les citations suivantes\u00a0: \u00ab\u00a0Une autre chose, lecteur, que je voudrais bien que vous me dissiez, c\u2019est si son ma\u00eetre n\u2019e\u00fbt pas mieux aim\u00e9 \u00eatre bless\u00e9\u00a0\u00bb (Diderot, 1989, 29)\u00a0; \u00ab\u00a0Je vous supplie, lecteur, de vous familiariser avec cette mani\u00e8re de dire emprunt\u00e9e de la g\u00e9om\u00e9trie, parce que je la trouve pr\u00e9cise et je m\u2019en servirai souvent.\u00a0\u00bb (38)\u00a0; \u00ab\u00a0Vous allez croire, lecteur, que ce cheval est celui qu\u2019on a vol\u00e9 au ma\u00eetre de Jacques, et vous vous tromperez\u00a0\u00bb (52)\u00a0; \u00ab\u00a0Eh bien, lecteur, vous vous abusez de tout point\u00a0\u00bb (101).<\/p>\n<p>\u00c0 travers ces r\u00e9pliques, Diderot entreprend de provoquer son lecteur par des injonctions ou des questions. \u00c0 ces proc\u00e9d\u00e9s s\u2019ajoutent des marqueurs typiquement dialogaux ou phatiques\u00a0: \u00ab\u00a0Et vous, lecteur, parlez sans discrimination\u00a0; car, vous voyez que nous sommes en beau train de franchise, voulez vous que nous laissions l\u00e0 cette \u00e9l\u00e9gante et prolixe bavarde d\u2019h\u00f4tesse [\u2026]\u00a0?\u00a0\u00bb (132) Et d\u2019autres r\u00e9gulateurs, comme c\u2019est le cas lorsque le narrateur utilise le vocatif\u00a0: \u00ab\u00a0Eh bien, vous avez raison\u00a0\u00bb (79)\u00a0; \u00ab\u00a0Homme passionn\u00e9 comme vous, lecteur\u00a0; homme curieux comme vous, lecteur\u00a0\u00bb (62).\u00a0<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie discursive joue un r\u00f4le important dans la construction d\u2019une figure de locuteur et d\u2019allocutaire, dans la mise en place d\u2019une relation interlocutive ins\u00e9parable d\u2019un r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e9nonciatif et, par-dessus tout, dans la mise en sc\u00e8ne d\u2019un discours dont les structures dialogiques c\u00f4toient de pr\u00e8s les structures dialogales. Cela nous am\u00e8ne\u00a0 \u00e0 proposer que l\u2019interpellation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e du lecteur et le mode discursif allocutif qu\u2019elle engendre ont, dans <em>Jacques le<\/em> <em>fataliste<\/em>, une fonction structurante, car ils introduisent un dispositif textuel-discursif servant de d\u00e9clencheur et de cadre sc\u00e9nographique au discours narratif proprement dit.<\/p>\n<p>L\u2019apostrophe conf\u00e8re \u00e0 l\u2019allocutaire une pr\u00e9sence effective dans la fiction\u00a0; il est pr\u00e9sent non seulement \u00e0 travers les diverses marques allocutives mais aussi par la fa\u00e7on dont se construit le discours qui lui est adress\u00e9. Diderot cr\u00e9e donc l\u2019illusion d\u2019un contact direct avec son lecteur r\u00e9el, il\u00a0 ne lui parle plus par le biais de son personnage narrateur, ce qui donne l\u2019impression d\u2019une parole orale, d\u2019un contact direct avec l\u2019instance de locution. Cette pr\u00e9f\u00e9rence pour la forme dialogique provenait chez Diderot, reconnu par plusieurs comme le meilleur causeur de son \u00e9poque, de sa conviction que cette forme est plus naturelle, plus mim\u00e9tique, plus fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la communication humaine que les autres formes litt\u00e9raires, et ainsi plus apte \u00e0 offrir une image sensible et convaincante au lecteur. De m\u00eame, cette technique est due \u00e0 l\u2019oralit\u00e9 du dialogue engendrant le r\u00e9cit. Les signes de connivence faits aux lecteurs sugg\u00e8rent l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteur et du personnage narrant\u00a0\/\u00a0narrateur extra-di\u00e9g\u00e9tique. Il s\u2019agit d\u2019un <em>dialogisme interlocutif montr\u00e9<\/em><a id=\"footnoteref1_1k0gaxi\" class=\"see-footnote\" title=\"Terminologie emprunt\u00e9e \u00e0 Alain Rabatel (1997) permettant de pr\u00e9ciser le fait que le journaliste est \u00e0 la fois locuteur, c\u2019est-\u00e0-dire producteur d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et responsable explicite de celui-ci et \u00e9nonciateur, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est la source d\u2019un point de vue. Le dialogisme interlocutif peut \u00eatre subdivis\u00e9 selon qu\u2019il reste latent (constitutif) ou qu\u2019il se manifeste ouvertement (montr\u00e9). Le dialogisme interlocutif constitutif permet de prendre en compte la nature construite du discours en fonction d\u2019une cible pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 laquelle il s\u2019adresse. Le dialogisme interlocutif montr\u00e9 permet quant \u00e0 lui de saisir les interpellations du lecteur par des artifices divers. \" href=\"#footnote1_1k0gaxi\">[1]<\/a>,\u00a0 pour emprunter la terminologie d\u2019Alain Rabatel. Nous soulignons le fait que l\u2019ensemble du discours instaure une relation de dialogue <em>in absentia <\/em>avec le lecteur virtuel ou r\u00e9el, en anticipant sa r\u00e9ception. L\u2019\u00e9crivain, locuteur et \u00e9nonciateur, module sa parole en fonction de l\u2019image qu\u2019il se fait de son interlocuteur et de la finalit\u00e9 qu\u2019il poursuit, celle de capter son attention et de l\u2019inviter \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 son r\u00e9cit. Le texte constitue donc un espace pseudo-interactif o\u00f9 le lecteur aurait la place centrale. D\u2019o\u00f9 un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019accroche et de \u00ab\u00a0strat\u00e9gies de captation\u00a0\u00bb (1984, 55) propos\u00e9 par Patrick Charaudeau.<\/p>\n<p>Par ailleurs, ce proc\u00e9d\u00e9 dialogique, presque syst\u00e9matique chez Diderot, permet de mettre en place une strat\u00e9gie de coop\u00e9ration entre l\u2019auteur et son lecteur. Cette interpellation constante du lecteur peut \u00eatre lue comme une annulation de la particularit\u00e9 de l&rsquo;histoire qui se d\u00e9roule. Elle est le signe d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;inscrire le r\u00e9cit dans une m\u00e9moire cognitive commune \u00e0 l&rsquo;auteur et au lecteur. L&rsquo;auteur recourt \u00e0 une strat\u00e9gie de coop\u00e9ration au moyen d&rsquo;un dialogue constant.. Le r\u00e9cit cesserait alors d\u2019\u00eatre l\u2019expression d\u2019une contingence pour se transformer en une sorte d\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par la m\u00e9moire collective. Le lecteur n\u2019est plus le spectateur privil\u00e9gi\u00e9 du d\u00e9voilement de l\u2019inconnu, il se trouve lui-m\u00eame mis en sc\u00e8ne dans un r\u00e9cit dont il est partie int\u00e9grante et dans lequel il est impliqu\u00e9 par une s\u00e9rie de vocatif et d\u2019apostrophe.\u00a0 Diderot refuse le rapport que la tradition classique instaure entre l\u2019auteur et son lecteur, et c\u2019est en laissant croire \u00e0 ce dernier qu\u2019il peut faire entendre sa voix au sein de l\u2019\u0153uvre qu\u2019il actualise cette conception singuli\u00e8re. On dirait que Diderot accorde une importance \u00ab\u00a0anticip\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 la th\u00e9orie de la r\u00e9ception, car il veut montrer que la valeur esth\u00e9tique d\u2019une \u0153uvre se mesure par son effet sur le r\u00e9cepteur par l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique et morale de celui-ci, et non par d\u2019autres crit\u00e8res tant valoris\u00e9s par les po\u00e9tiques classiques.<\/p>\n<p>Si\u00a0 Diderot prend constamment son lecteur pour t\u00e9moin, ne cherche-t-il pas \u00e9galement \u00e0 le d\u00e9router par diverses digressions\u00a0?<\/p>\n<h2>2. Digression dialogique<\/h2>\n<p>Le processus du d\u00e9rapage est au c\u0153ur de la cr\u00e9ation diderotienne. Il appara\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue comme une suite d\u2019op\u00e9rations parenth\u00e9tiques qui sollicitent vivement la curiosit\u00e9 scientifique et l\u2019imagination artistique de l\u2019auteur. Mais cette technique pr\u00e9suppose une conception privil\u00e9giant le d\u00e9sordre, la d\u00e9liaison et la fragmentation. Elle d\u00e9stabilise le lecteur en instaurant un climat de malaise qui d\u00e9joue ses attentes et le frustre dans ses habitudes de lecture. Ainsi, le roman met en \u0153uvre une multitude de tons qui fait du texte un espace plurivocal et pluritonal. Ce proc\u00e9d\u00e9 transforme le texte en texte-carrefour o\u00f9 coexiste une multiplicit\u00e9 de tendances convergentes et parfois m\u00eame divergentes qui le disloquent, le d\u00e9sarticulent. D\u2019ailleurs, Diderot reconna\u00eet lui-m\u00eame cet aspect d\u00e9cousu de l\u2019\u0153uvre \u00e0 travers deux m\u00e9taphores symboliques\u00a0: celle de la <em>rhapsodie<\/em> et celle du livre auquel manquent certains feuillets. Le\u00a0\u00ab propos\u00a0\u00bb est,\u00a0 en effet, selon l\u2019auteur lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab Aussi d\u00e9cousu dans la conversation que la lecture d\u2019un livre dont on aurait saut\u00e9 quelques feuillets.\u00a0\u00bb (121) Dans un autre contexte, il ajoute : \u00ab\u00a0Jacques n\u2019est qu\u2019une insipide rhapsodie de faits les uns r\u00e9els, les autres imagin\u00e9s, \u00e9crits sans gr\u00e2ce et distribu\u00e9s sans ordre.\u00a0\u00bb (248)<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re rhapsodique de ce roman, savamment agenc\u00e9 malgr\u00e9 son apparente h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, tient en partie \u00e0 la mani\u00e8re dont l\u2019auteur con\u00e7oit la litt\u00e9rature. Cette derni\u00e8re constitue pour lui un espace ouvert \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation d\u2019un large \u00e9ventail de styles et de genres par le truchement de la pratique mim\u00e9tique qui consiste \u00e0 pasticher une vari\u00e9t\u00e9 de styles d\u2019auteurs appartenant \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes. C\u2019est ainsi que l\u2019auteur se d\u00e9double en empruntant les voix de ses contemporains ou d\u2019\u00e9crivains qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et en se glissant sciemment et avec une dext\u00e9rit\u00e9 manifeste dans la peau de chacun d\u2019eux.<\/p>\n<p>L\u2019envahissement d\u2019un texte par un autre texte l\u00e9gitime l\u2019intrusion de Diderot. Le vagabondage de sa pens\u00e9e et son d\u00e9rapage oratoire devient parfois lyrique, lorsqu\u2019il \u00e9voque de mani\u00e8re attendrie, par exemple, le souvenir de ses parents. Sans doute, l\u2019\u00e9cart doubl\u00e9 d\u2019une disparit\u00e9 et d\u2019un blanc chronologique o\u00f9 il ne se passe rien sur le plan di\u00e9g\u00e8tique, si l\u2019on se place dans la perspective des intermittences de l\u2019attention, supposent une distance concr\u00e8te mesurable en nombre de signes ou de mots entre l\u2019endroit o\u00f9 se rompt et celui o\u00f9 se renoue le fil du discours. lorsque Diderot se veut rassurant et d\u00e9clare, par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0je me livre \u00e0 tous les \u00e9carts de ma t\u00eate, je ne perds cependant pas de vue mon chemin et j\u2019y rentre.\u00a0\u00bb (251) L\u2019\u00e9crivain donne effectivement l\u2019impression qu\u2019il ouvre et ferme des parenth\u00e8ses, sans plus. Il est vrai aussi que son mode d\u2019organisation narratif ram\u00e8ne, dans bien des cas, ses digressions au statut de simples pi\u00e8ces rapport\u00e9es. Ce discours digressif marginal et surajout\u00e9 r\u00e9sulte d\u2019une forme de polyphonie discursive qui refl\u00e8te l\u2019instabilit\u00e9 de l\u2019humeur et la mobilit\u00e9 de l\u2019esprit. De m\u00eame, cette polyphonie renvoie \u00e0 la f\u00e9brilit\u00e9 de l\u2019imagination et \u00e0 l\u2019afflux du savoir, mais aussi, du point de vue du travail litt\u00e9raire, \u00e0 une philosophie du discours. Mais cette philosophie n\u2019est pas celle des \u00ab\u00a0b\u00e2tons rompus\u00a0\u00bb, celle du d\u00e9cousu, image d\u2019une discontinuit\u00e9 fondamentale. Ainsi, l\u2019\u0153uvre exhibe son montage narratif complexe par digressions et emboitements d\u2019histoires les unes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des autres, d\u00e9voilant ainsi le dialogisme et l\u2019intertextualit\u00e9 qui traversent tout le roman.<\/p>\n<p>La digression peut \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 l\u2019interpellation dans le cadre du m\u00eame processus interlocutif, l\u2019espace parenth\u00e9tique \u00e9tant une sorte de bulle qui enveloppe locuteur et allocutaire et les tient li\u00e9s par le m\u00eame propos. Elle constitue \u00e9galement un moyen d\u2019authentifier la situation ou le lien dialogal, marquant le souci mim\u00e9tique de <em>faire vrai<\/em>, de reproduire les circonvolutions et les p\u00e9r\u00e9grinations de l\u2019esprit dans une conversation \u00e0 b\u00e2tons rompus.<\/p>\n<h2>3. Le dialogisme philosophique<\/h2>\n<p>Les \u00e9nonc\u00e9s philosophiques scandent tout le r\u00e9cit, contamin\u00e9s par le romanesque, et tendent \u00e0 investir toutes les strates du discours. Les protagonistes sont dot\u00e9s d\u2019attributs qui leur permettent d\u2019entamer des r\u00e9flexions sur les sujets les plus divers. Et si les portraits physiques des personnages ne sont que l\u00e9g\u00e8rement esquiss\u00e9s, c\u2019est que ces derniers sont pr\u00e9sent\u00e9s, notamment, \u00e0 travers leurs pens\u00e9es\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Le ma\u00eetre ne disait rien, et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas \u00e9tait \u00e9crit l\u00e0-haut.\u00a0\u00bb (60)<\/p>\n<p>Le ma\u00eetre et son valet adoptent les postures des philosophes. Les personnages entament des discussions sur des sujets tels que le fatalisme, le d\u00e9terminisme, la libert\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9, la sagesse, la folie, le bonheur, le malheur, la volont\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience de la douleur, etc. \u00c9pousant la forme du dialogue socratique, la conversation \u00e0 b\u00e2tons rompus sur des sujets tr\u00e8s divers entre les personnages mis en sc\u00e8ne ne cherche aucunement \u00e0 atteindre la v\u00e9rit\u00e9. Cette dimension philosophique de l\u2019\u0153uvre constitue une autre forme de dialogisme. Nous remarquons la pr\u00e9sence d\u2019une voix immat\u00e9rielle, informe, extra-di\u00e9g\u00e9tique qui n\u2019est ni celle du narrateur ni celle d\u2019un personnage, et qui prend en charge le contenu philosophique du discours\u00a0; c\u2019est en m\u00eame temps une voix endog\u00e8ne qui prend forme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du r\u00e9cit et se greffe sur le discours narratif pour l\u2019accompagner, le justifier ou le moduler. En effet, \u00e0 travers les antagonismes que repr\u00e9sentent Jacques et son ma\u00eetre, l\u2019\u00e9nonciateur tente de mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les id\u00e9es, de les tester. Il ne cherche pas \u00e0 \u00e9tablir des v\u00e9rit\u00e9s stables et in\u00e9branlables. Il tente incessamment d\u2019aiguiser l\u2019app\u00e9tit des lecteurs en leur proposant des contre-exemples significatifs qui servent \u00e0 relancer la r\u00e9flexion. Jacques reconna\u00eet que l\u2019enfantement se fait dans la douleur bien qu\u2019il ne lui soit pas donn\u00e9 de vivre une telle exp\u00e9rience. La d\u00e9monstration se fait parfois gr\u00e2ce \u00e0 des r\u00e9cits annexes qui viennent se greffer au r\u00e9cit principal. Pour prouver l\u2019absurdit\u00e9 des pressentiments des lecteurs, le ma\u00eetre de Jacques raconte l\u2019histoire du mari dont la femme pressent la mort suite \u00e0 l\u2019op\u00e9ration. Cependant, le mari ne meurt pas.<\/p>\n<p>On peut donc voir, outre la voix discursive qui chapeaute le r\u00e9cit, une autre voix, voire un autre faisceau de voix. En m\u00eame temps que devisent le ma\u00eetre et son valet, s\u2019affrontent ou sont simplement soumis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des syst\u00e8mes de pens\u00e9e, des th\u00e9ories philosophiques. Le texte devient alors le lieu o\u00f9 s\u2019entrecroisent les voix qui dialoguent avec celles qui insinuent, les voix qui se parlent avec celles qui se d\u00e9fient, les voix qui \u00e9changent des mots avec celles qui r\u00e9pandent des id\u00e9es. Le champ romanesque offre l\u2019occasion \u00e0 diff\u00e9rentes voix d\u2019exprimer leur conception fortement divergente de la vie et de l\u2019existence.<\/p>\n<p>La conversation de Jacques et de son ma\u00eetre constitue une esp\u00e8ce de dialogue socratique o\u00f9 sont formul\u00e9es des questions d\u2019ordre m\u00e9taphysique sur l\u2019origine, les causes, les fins de l\u2019existence, auxquelles il n\u2019est souvent r\u00e9pondu que par d\u2019autres questions\u00a0: \u00ab\u00a0est-ce que l\u2019on sait o\u00f9 l\u2019on va\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qu\u2019un sage\u00a0?\u00a0\u00bb (24), etc. \u00c0 ce bavardage ind\u00e9fini se rajoute la doctrine du fatalisme qui donne une r\u00e9ponse \u00e0 tout. Devant tout \u00e9v\u00e9nement favorable ou funeste, Jacques affirme que\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0c\u2019est \u00e9crit l\u00e0-haut\u00a0\u00bb (23). La notion de \u00ab\u00a0fatalit\u00e9\u00a0\u00bb (33), \u00ab\u00a0grand rouleau\u00a0\u00bb (36), \u00ab\u00a0l\u00e0-haut\u00a0\u00bb (43), \u00ab\u00a0tout ce qui nous arrive de bien ou de mal ici-bas \u00e9tait \u00e9crit l\u00e0-haut\u00a0\u00bb (136).&lt;\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Ces expressions font du fatalisme une croyance un peu na\u00efve, presque une superstition.\u00a0 D\u2019ailleurs, nous en recensons, au fil du roman, plus de cinquante et une occurrences. Ce leitmotiv constitue les repr\u00e9sentations populaires, qui visent \u00e0 personnaliser la notion de n\u00e9cessit\u00e9. Cette <em>doxa<\/em> du destin pr\u00e9tend que chaque balle a son billet, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de se r\u00e9signer. Cependant, certains voient que Diderot, \u00e9tant mat\u00e9rialiste, a raill\u00e9 le fatalisme, d\u2019o\u00f9 l\u2019insertion d\u2019un discours ironique. D\u2019ailleurs, bon nombre de linguistes s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre le caract\u00e8re polyphonique de l\u2019ironie. Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019ironie est li\u00e9e au dialogisme<em>, <\/em>\u00e0 l\u2019affrontement des id\u00e9es, \u00e0 la pol\u00e9mique. \u00bb (1978, 34) Selon Oswald Ducrot\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Parler de fa\u00e7on ironique, cela revient pour un locuteur L, \u00e0 pr\u00e9senter l\u2019\u00e9nonciation comme exprimant la position d\u2019un \u00e9nonciateur E, position dont on sait par ailleurs que le locuteur L n\u2019en prend pas la responsabilit\u00e9 et, bien plus, qu\u2019il la tient pour absurde. Tout en \u00e9tant donn\u00e9 comme le responsable de l\u2019\u00e9nonciation, L n\u2019est pas assimil\u00e9 \u00e0 E, origine du point de vue exprim\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation.\u00a0(Ducrot, 1984, 121)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ironie constitue une voix subtile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un discours. Elle est souvent le double de la m\u00eame voix qui prend en charge l\u2019\u00e9nonc\u00e9, apportant une nuance, modulant le propos et assumant la responsabilit\u00e9 du jugement. La critique du fatalisme, qu\u2019elle soit directe ou indirecte, est l\u2019\u00e9manation d\u2019une voix qui exprime une id\u00e9e, un concept, un syst\u00e8me de pens\u00e9e. Elle porte toujours une double empreinte vocale\u00a0: celle du locuteur et celle du syst\u00e8me de pens\u00e9e, de l\u2019id\u00e9ologie ou de la philosophie qu\u2019il d\u00e9fend. La critique philosophique de Diderot est un discours fortement habit\u00e9. Y cohabitent la voix explicite du courant qu\u2019il soutient, \u00e0 savoir le mat\u00e9rialisme et le d\u00e9terminisme, avec la voix implicite de l\u2019id\u00e9e \u00e0 combattre qui est le fatalisme. \u00c0 cet \u00e9gard, Philippe Hamon montre que l\u2019ironie\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0est une posture d\u2019\u00e9nonciation d\u00e9doubl\u00e9e, elle est un message double, pour un public qu\u2019elle d\u00e9double\u00a0\u00bb (Hamon, 1996, 151). L\u2019ironie construit donc un lecteur particuli\u00e8rement actif, qu\u2019elle transforme en coproducteur, en restaurateur d\u2019implicite, de non-dits, d\u2019allusions, d\u2019ellipses, et qu\u2019elle sollicite dans l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ses capacit\u00e9s herm\u00e9neutiques ou culturelles d\u2019interpr\u00e9tation, de reconnaissance de r\u00e9f\u00e9rents. Comme l\u2019\u00e9crit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-m\u00eames la moiti\u00e9\u00a0; ils \u00e9tendent la pens\u00e9e dont on leur pr\u00e9sente le germe.\u00a0\u00bb (2008, 4).<\/p>\n<p>L\u2019association d\u2019une double intention \u00e0 un propos, voil\u00e0 une autre dualit\u00e9 qui sous-tend le discours ironique critique. Outre l\u2019intention locutoire inh\u00e9rente \u00e0 toute communication s\u2019ajoute une fonction perlocutoire visant \u00e0 influencer l\u2019interlocuteur ou \u00e0 le convaincre. La voix qui dit et celle qui influence sont m\u00e9caniquement identiques, superpos\u00e9es, confondues, tout en \u00e9tant distinctes sur d\u2019autres plans, comme le plan spatio-temporel. La pr\u00e9sence ou l\u2019absence de mod\u00e9lisation du discours participe de la m\u00eame pluri-vocalit\u00e9 sp\u00e9cifique au discours critique.<\/p>\n<h2>4. <em>Jacques le fataliste<\/em>\u00a0: un chant polyphonique.<\/h2>\n<p>Dans <em>Jacques le fataliste,<\/em> le jeu dialogique est encore plus complexe. Ce roman accueille une multiplicit\u00e9 de voix\u00a0: celles du philosophe, du dramaturge, du romancier, du critique, etc. L\u2019art de la m\u00e9tamorphose rel\u00e8ve des apanages du cr\u00e9ateur qui proc\u00e8de \u00e0 un jeu de simulations. Il est l\u2019expression des tourments et des obsessions d\u2019un \u00eatre en qu\u00eate d\u2019une cons\u00e9cration future au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en mal d\u2019horizon. Il est \u00e9galement le signe r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un texte toujours ouvert \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. D\u00e8s lors, le texte se transforme en un v\u00e9ritable champ d\u2019\u00e9chos o\u00f9 les diff\u00e9rentes manifestations vocales qui interf\u00e8rent participent \u00e0 l\u2019orchestration g\u00e9n\u00e9rale du roman. <em>Jacques le fataliste<\/em> devient l\u2019espace d\u2019un chant polyphonique. Toutefois, loin de classer le texte dans la cacophonie, le dialogisme instaure un dialogue captivant entre les diff\u00e9rentes instances \u00e9nonciatives qui participent \u00e0 l\u2019\u00e9largissement de l\u2019espace textuel. Le chaos devient alors l\u2019illustration d\u2019un ordre latent qui \u00e9mane d\u2019un d\u00e9sordre patent.<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>BAKHTINE, Mikha\u00efl. 1970. <em>L\u2019\u0153uvre de Fran\u00e7ois Rabelais et la critique populaire au Moyen Age et sous la Renaissance,<\/em> Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>BARTHES. Roland. 1972 [1953] <em>Le degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019\u00e9criture, <\/em>Paris\u00a0: Seuil, coll. \u00ab\u00a0Points\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>CHARAUDEAU. Patrick. 2012. \u00ab\u00a0L\u2019arme cinglante de l\u2019ironie et de la raillerie dans le d\u00e9bat pr\u00e9sidentiel de 2012\u00a0\u00bb, <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9, <\/em>n\u00b0 146. p. 35-47.<\/p>\n<p>CHOUILLET. Jacques. 1989. <em>L\u2019originalit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre<\/em>, Paris\u00a0: Librairie g\u00e9n\u00e9rale fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>COHEN, Huguette. 1986. \u00ab\u00a0La figure dialogique dans Jacques le Fataliste\u00a0\u00bb, vol, CIXII.<\/p>\n<p>DIDEROT, Denis. 1989 [1796]. <em>Jacques le fataliste<\/em>. Paris\u00a0: L.G.F.<\/p>\n<p>_____. 1984. <em>Lettres \u00e0 Sophie Volland<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>DUCROT, Oswald. 1984. <em>Le dire et le dit,<\/em> Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>GAHA, Kamel. 1994. <em>L\u2019\u00e9nonciation romanesque chez Diderot<\/em>, Tunis\u00a0: Sahar.<\/p>\n<p>HAMON, Philippe. 1996. <em>L\u2019ironie litt\u00e9raire, essais sur les formes de l\u2019\u00e9criture oblique<\/em>, Paris\u00a0: Hachette.<\/p>\n<p>KERBRAT-ORECCHIONI, Catherine. \u00ab\u00a0Probl\u00e8mes de l\u2019ironie\u00a0\u00bb, <em>Linguistique et s\u00e9miologie 2<\/em>, Lyon\u00a0: Presses universitaires de Lyon, p. 9-46.<\/p>\n<p>RABATEL, Alain. 1997. <em>Une histoire du point de vue<\/em>, <em>Recherches textuelles n\u00b02<\/em>, Publication du centre d\u2019\u00e9tudes linguistiques des textes &amp; des discours de l\u2019universit\u00e9 de Metz, Facult\u00e9 des lettres et sciences humaines, Paris\u00a0: Klincksieck.<\/p>\n<p>VOLTAIRE. 2008 [1764]. <em>Dictionnaire philosophique<\/em>, Paris\u00a0: Classique Garnier.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_1k0gaxi\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_1k0gaxi\">[1]<\/a> Terminologie emprunt\u00e9e \u00e0 Alain Rabatel (1997) permettant de pr\u00e9ciser le fait que le journaliste est \u00e0 la fois <em>locuteur<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire producteur d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et responsable explicite de celui-ci et <em>\u00e9nonciateur<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est la source d\u2019un point de vue. Le dialogisme interlocutif peut \u00eatre subdivis\u00e9 selon qu\u2019il reste latent (constitutif) ou qu\u2019il se manifeste ouvertement (montr\u00e9). Le dialogisme interlocutif constitutif permet de prendre en compte la nature construite du discours en fonction d\u2019une cible pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 laquelle il s\u2019adresse. Le dialogisme interlocutif montr\u00e9 permet quant \u00e0 lui de saisir les interpellations du lecteur par des artifices divers.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Zaghdene, Mouna. 2015. \u00ab Les configurations dialogiques dans Jacques le fataliste de Diderot \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/zaghdene-22&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/zaghdene-22.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 zaghdene-22.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-b8a73481-da83-42e3-8f9a-efafde583cb9\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/zaghdene-22.pdf\">zaghdene-22<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/zaghdene-22.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-b8a73481-da83-42e3-8f9a-efafde583cb9\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022 Autant les \u00e9crivains du XVIIe si\u00e8cle avaient \u00e9t\u00e9 des moralistes, pr\u00e9occup\u00e9s de l\u2019am\u00e9lioration des individus, ceux du XVIIIe sont des philosophes ayant en vue le progr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9. Ils traduisent la rationalit\u00e9 cart\u00e9sienne qui enseignait que c\u2019est par la raison qu\u2019on pouvait distinguer la v\u00e9rit\u00e9 de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1252,1253],"tags":[370],"class_list":["post-5568","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-discours-et-poetiques-de-lamour","category-hors-dossier-discours-et-poetiques-de-lamour","tag-zaghdene-mouna"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5568","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5568"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5568\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8762,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5568\/revisions\/8762"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}